VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.274920447X
176 pages

p. 23 à 24
doi: en cours

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Ça bouge

no 86 2005/2

2005 Vie sociale et traitements Ça bouge

Vers des ateliers d’écriture

7.8.9. en Basse-Normandie

Florian Dubosc Formateur en Insertion socialeet professionnelleCeméa de Basse-NormandieMembre du groupe d’animation régional de« 7.8.9. – Vers les États généraux du social »
Lors des cafés organisés en Basse-Normandie autour des États généraux du social, nous avons eu des échanges riches, passionnants, souvent passionnés autour de la situation sociale en France. Les individus citoyens présents s’exprimaient, se livraient, prenaient position, se confrontaient, débattaient, riaient, s’engueulaient. De ce foisonnement de paroles ne restaient que nos souvenirs et nos impressions, aucunes traces matérielles. L’objectif étant de faire remonter des écrits pour rédiger les cahiers de doléance, la question de la restitution des échanges nous est vite apparue.
Après des échanges dans le groupe d’animation, il nous est apparu que nos notes ne nous permettaient pas de réaliser des comptes rendus précis des paroles et prises de position des participants aux cafés. De plus, quelle légitimité avions-nous à retransmettre la parole d’autres, avec le cortège de maladresses que cela peut amener (avons-nous bien entendu et correctement compris ? La retransmission sera-t-elle fidèle aux idées exprimées ? ). Il nous a donc fallu penser autre chose pour faire remonter des écrits individuels. Plusieurs solutions ont été tentées : distribuer des supports d’écriture réalisés par 7.8.9. à chaque séance, en appelant à la bonne volonté de chacun. Peu ont écrit. Nous avons proposé, à chaque fin de café, de prendre quelques minutes pour écrire, mais après deux heures de concentration et de débat, les participants préféraient (et cela se comprend) prendre un café et « refaire le match ».
Au final, nous avons opté pour l’organisation d’ateliers d’écriture. L’idée nous est venue assez vite, plusieurs d’entre nous en avions fait l’expérience préalablement. Nous avons ainsi contacté une professionnelle de notre réseau et convié les participants des cafés à venir prendre la parole, ou plutôt la plume, pour nous livrer leur production, idée, état d’esprit du moment. Plusieurs sont venus, des professionnels et, oh joie, des usagers. Nous nous sommes retrouvés dans un cadre adapté et convivial, avec café et gâteaux pour partager une journée d’écriture autour de la question de la situation sociale en France. Les productions ont été riches, de fond comme de forme, souvent inattendues, toujours originales, uniques.
Un atelier d’écriture, tel que nous l’avons pratiqué, pousse les individus à faire l’expérience (peu courante) de sa singularité, de sa liberté. Pour cela, un cadre doit être posé qui laisse place à l’imaginaire, la création, la folie, mais également qui rassure, met en confiance et ne laisse pas place au sentiment d’échec. Pour cela, la professionnelle animant cette séance nous a proposé de travailler de la manière suivante : un thème commun était donné, et nous avions trente minutes pour écrire un texte, sous la forme que nous voulions, de la longueur que nous voulions, respectant de près ou de très loin le thème. Les thèmes étaient rattachés aux problématiques soulevées lors de nos cafés : le premier fut « exclusion/ inclusion », le second « le militantisme », et le dernier fut une reprise de morceaux choisis de nos productions (je me souviens par exemple avoir écrit sur le thème « c’est l’heure de l’homme », d’autres ont choisi autre chose).
Suite à nos productions, une étape importante et longue a été mise en place par l’animatrice. Chacun devait lire et faire partager son texte. L’épreuve est difficile : il n’est pas aisé de se livrer et de montrer aux autres une production dont nous avons rarement fait l’expérience, quelque chose qui a à voir avec notre intime, sur un exercice périlleux d’écriture personnelle, en dehors des chemins tracés par l’école ou les références magistrales. Et c’est là que le groupe d’atelier prend tout son sens : l’animatrice et les autres nous renvoient des choses sur notre écriture, sur le fond comme sur la forme. L’autre apparaît comme singulier, différent, mais d’une richesse méconnue, qui nous renvoie à notre propre richesse, à notre liberté, et on a vite le sentiment de quelque chose de réussi : on est fier de ses productions, mais aussi, voire plus, de celles des autres. On en ressort grandi.
Au final, nos écrits ont pris des formes différentes : poésies, nouvelles, réflexions philosophiques… Tous disent quelque chose sur la situation sociale en France, les textes se répondent, se complètent et reflètent les positions et les questionnements de chacun, professionnel ou usager. C’est très dans « l’esprit 7.8.9. » ça…
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