VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.2-7492-0448-8
144 pages

p. 129 à 133
doi: en cours

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Livres et revues

no 87 2005/3

Psychosociologie et formation, Jean Maisonneuve, Paris, L’Harmattan, 2005

Ce livre est paru dans la collection « Histoire et mémoire de la formation » fondée et dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault.
Dominique Fablet, maître de conférences en sciences de l’éducation, habilité à diriger des recherches, en a assuré l’avant-propos.
Jean Maisonneuve, qui a été professeur à l’Université Paris X-Nanterre, vient de faire paraître chez L’Harmattan un livre intitulé Psychosociologie et formation – 30 ans de formation relationnelle en groupe.
Cet ouvrage rend compte de l’apport de la psychosociologie à l’étude des groupes, des espaces de formation et à la formation des adultes. Il traite des questions majeures relatives à la dynamique des groupes et des relations dans les groupes. Le rapport au savoir y est questionné, y compris le savoir sur les groupes. L’expérience du groupe de formation et son utilité pour chacun sont mis en valeur, notamment pour ceux qui, dans l’exercice de leur métier, ont appris que certaines qualités relationnelles et une porosité au groupe sont nécessaires, comme c’est le cas pour tous ceux qui travaillent en santé mentale, dans les différents secteurs sanitaires et sociaux ou socio-éducatifs. Le lecteur intéressé aux dimensions groupales et institutionnelles sera frappé de leur actualité.
Dans la décennie 1970-1980, la psychosociologie avait le vent en poupe. A-t-elle seulement bénéficié d’un effet de mode ? Les psychosociologues ont-il été appelés après 1968 uniquement comme remède face aux conflits d’autorité ? Les a-t-on sollicités seulement pour rétablir de nouvelles régulations sans intérêt approfondi pour le groupal, le social ou l’institution dans la psyché et réciproquement ? Même dans les organisations dont les valeurs peuvent être qualifiées de démocratiques, participatives ou coopératives, l’intérêt pour le fonctionnement d’un groupe, pour les processus socio-affectifs et socio-opératoires s’est estompé. Sommes-nous entrés dans une période plus instrumentalisante que les précédentes qui ne laisserait guère de place à la psychosociologie, à ses valeurs et méthodes émancipatrices ?
Si l’approche clinique en psychosociologie s’appuie souvent sur les travaux de Winnicott et le concept de transitionnalité, sur ceux Michaël Balint et de la psychanalyse groupale, comme Jean Maisonneuve le souligne, la psychosociologie prend toujours en compte les réalités externes et pas seulement les réalités internes, d’où l’importance des groupes comme espaces intermédiaires et de circulation entre plusieurs ordres de réalité.
Certes, depuis la naissance de la dynamique des groupes avec Kurt Lewin et l’essor de la psychanalyse groupale, un fossé s’est ouvert entre les psychanalystes de groupe et les psychosociologues, y compris ceux dont les travaux se réfèrent à la psychanalyse. En effet, les psychosociologues ont été parfois stigmatisés par les psychanalystes comme trop intéressés par les réalités externes, les modalités pratiques ou pédagogiques, la résolution des problèmes d’action. Par l’aide qu’ils ont apportée dans l’analyse des situations, par l’aide à la théorisation de celles-ci, ils ont parfois été désignés sinon accusés de renforcer les résistances à l’abord des réalités psychiques et des processus fantasmatiques en groupe ou en institution, etc. Ils ont parfois été accusés d’encourager des plongées dans l’imaginaire en prenant en compte les réalités matérielles. Devant le regain du malaise dans la culture et de la destructivité, peut-être les controverses vont-elles prendre une nouvelle tournure et plus de densité, et seront-elles moins chargées de préjugés à l’égard du groupe ou du social. Ce livre devrait y contribuer.
Il rouvre notamment le débat sur le concept d’illusion groupale, proposé par Didier Anzieu ; il réinterroge le registre de réalité de cette illusion et ses fonctions. En revenant sur le chemin de cette illusion, Jean Maisonneuve soutient qu’il y a aussi une part de bien-être réel possible auprès des autres et avec les autres sans laquelle le lien interhumain serait inconsistant. Par son intérêt pour les groupes, les processus de groupes, l’approche psychanalytique des groupes et ses travaux sur les relations affinitaires et l’amitié, Jean Maisonneuve montre qu’il accorde autant d’importance aux réalités internes qu’aux réalités externes et cadres sociaux et à leurs imbrications, ainsi qu’aux dimensions relationnelles, dans la durée et dans l’ici et maintenant, dimensions qui ne relèvent pas de la seule illusion intersubjective ou d’une imaginaire capacité de sympathie avec l’autre ou plusieurs autres.
Sans doute, pour soutenir l’intérêt de l’expérience du groupe de formation, comme le fait Jean Maisonneuve dans son ouvrage, faut-il ne pas avoir peur de soi et des autres, faut-il se sentir suffisamment bien en présence d’autrui, se sentir stimulé par la présence d’autrui, poreux à la diversité des affinités potentielles à découvrir et à cultiver.
ANDRÉ SIROTA

« Humour, rire et groupe », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, n° 44, 2005, Toulouse, érès

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Dans ses mémoires sorties à New York en 1972, Alan Watts, théologien, mystique, poète, philosophe et anticonformiste, un des meilleurs connaisseurs de la pensée orientale, écrit ceci : « Pensez-vous que Dieu lui-même se prenne au sérieux ? Je connais un maître zen qui a laissé entendre que la meilleure position de méditation était de se tenir debout, les mains sur les hanches, en riant à gorge déployée pendant dix minutes tous les matins… L’essentiel du secret de la vie est de savoir rire et de savoir respirer. » Je ne sais pas si les auteurs qui constellent ce numéro connaissent Alan Watts, mais ils ont pourtant mis en application la recette, à leur façon. L’humour, le rire, c’est sérieux à condition de ne pas se prendre au sérieux et d’inscrire cette explosion joyeuse de l’inconscient dans les retours du groupe. L’humour et le rire se font alors collectifs. Rire ensemble construit le groupe tout en détendant ses membres qui laissent un moment tomber les défenses, comme le souligne Alberto Eiguer. « On s’en est payé une bonne tranche » signe une expression suffisamment ouverte pour dire la chose. Rire aux larmes, pisser de rire, rire aux éclats, « l’humour fin, gras, noir, absurde, etc. » (édito)… Le rire et l’humour témoignent d’une expression (voire excrétion) corporelle, tout en s’affichant dans le raffinement culturel d’une société donnée. On ne rit pas n’importe comment, ni n’importe où. Il y va d’un code, autant pour le rire que pour l’humour. L’humour de l’autre (anglais par exemple) ne nous touche pas toujours immédiatement. Au théâtre par exemple, comme le montrent Philippe Avron, Judith Stora-Sandor et Bernard Duez, on assiste à une véritable mise en scène du rire et des effets d’humour. Mais le rire et l’humour occupent aussi une place à part dans l’interprétation analytique : comme échappée belle de l’analyste, ça fait éclatement là où les répétitions dans le transfert tournaient en rond. On ne peut que remercier les auteurs de ce numéro étonnant d’avoir emprunté les chemins de ce qui se présente comme concept parallèle aux outils analytiques. Freud avait ouvert le sentier déjà dans Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient. Octave Mannoni en son temps avait aussi frayé avec ces concepts trop peu travaillés, sans doute parce que jugés peu nobles, par exemple dans : Un si vif étonnement, la honte, le rire, la mort (Seuil, 1988). Jacques Lacan ne dédaignait pas non plus une bonne dose d’humour, parfois féroce. Je pense au célèbre bon mot qui donne son titre à l’ouvrage de Jean Allouch : « Allô, Lacan ? – Certainement pas » (EPEL, 1984). Du coup, le rire comme l’humour rejaillissent de ce fond de langue populaire que trop souvent les analystes ont refoulé dans l’ombre pour se parer des colifichets d’une langue jugée conceptuellement plus sérieuse. En soulignant le rôle de l’humour dans les groupes à visée thérapeutique, comme dans la cure, les auteurs de ce beau numéro réintroduisent de la verdeur dans les discours analytiques qui font souvent grise mine. « La théorie est triste, mais l’arbre de la vie reverdit sans cesse. » C’est Freud qui nous en avertit.
JOSEPH ROUZEL, Directeur de L’Institut Européen Psychanalyse et Travail Social, rouzel-psy@ psychasoc. com

La chaufferie de langue, Dispositifs pour ateliers d’écriture Philippe Berthaut, Toulouse, érès

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Quinze années d’expériences acquises dans la conduite d’ateliers d’écriture et de stages avec divers publics font écrire à P. Berthaut que l’atelier d’écriture est une pratique originale de partage de l’écriture, où se joue, « se noue et se renoue », se met enjeu pour chacun une relation personnelle avec l’écriture, pour en acquérir par la pratique une expérience toujours plus enrichissante – même si elle s’avère ingrate – de la langue, à la fois par les contraintes et par les explorations qu’elle convoque en nous si on accepte peu à peu de s’y aventurer.
Une succession d’extraits et de citations de poètes et de philosophes : G. Steiner, G. Bachelard, A. Schlegel, P. Valéry, P. Quignard, J.P. Goux, mais avant eux R. Char et Messaouda, participant à un groupe d’alphabétisation à la médiathèque de Tournefeuille ouvrent le livre, et donnent le ton ! Faire chauffer la langue !
Le livre se propose d’élucider pratiquement la ou les qualités spécifiques d’animateur d’atelier qui ne sont pas que linguistiques et littéraires. « Avoir écrit un livre n’autorise pas de fait une compétence en atelier d’écriture », « animer un atelier d’écriture n’a pas de lien direct avec la qualité d’écrivain », cela pose d’autres problèmes. Voilà énoncés d’entrée quelques partis pris à réfléchir sur ce que l’acte d’écrire et celui de faire écrire signifient et engagent à la fois d’expériences de la pratique d’écriture et de savoir-faire distincts et pas automatiquement complémentaires….
Chacune des trois parties présente des démarches, donne des outils, avec des exemples de productions, fournit quantité d’approches de descriptifs de situations de contrainte d’écriture, d’exercices, de variations sur un thème, de situations à consignes, analyse, conseille, comme de bonnes recettes à s’approprier pour en créer d’autres.
Et là on mesure l’inventivité, l’inspiration qui guident l’auteur et d’une certaine manière, on y lit aussi son engagement d’animateur pédagogue et son implication d’écrivant/écrivain pour toujours propager, contaminer davantage. Il nous invite à retrouver l’importance du signifiant, si souvent sacrifié au signifié, comme en d’autre temps R. Vaneigem parlait de la force signifiante du qualificatif ; il rappelle l’importance de la lecture à haute voix pour nous aider à scruter les matériaux écrits, incite à écrire le Re-, à creuser là où ça butte comme dit F. Bon ; plus loin dans le chapitre consacré au dispositif d’écriture autour du paysage, il est dit que le manque à écrire, le manquant se trouve dans l’écriture de l’autre, une invitation à écrire à plusieurs pour réduire le manque.
Je partage aussi cette idée qu’il faut vivre et faire vivre l’expérience du poème comme une aventure dans le langage.
On y lit également des perspectives face aux nécessités de renouveler les formes de ces chantiers et une certaine lucidité face aux limites ou en tout cas à des enjeux élitaires, des prétentions/projets « littéraires », face à de nouvelles exigences et ambitions d’écriture qui oblige(rai)ent à conjuguer cet acte solitaire dans un collectif de création ou en tout cas d’accompagnement de processus de « création littéraire »…
Voici donc à l’usage des praticiens et autres harceleurs textuels une méthode progressive de conduite d’atelier d’écriture créative et une réflexion intéressante sur la conquête et l’espace de sa langue, à mettre en perspective avec les analyses d’Hervé Moëlo parues dans la revue de l’afl Les actes de lecture, nous conviant à lutter pour une écriture laïcisée, et à nous affranchir de l’imaginaire Littré et de la norme littéraire.
JACQUES LADSOUS

Conduire le développement social, Philip Mondolfo, Paris, Dunod, 271 p.

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On ne pourra certes pas reprocher à Philip Mondolfo de ne pas avoir de la suite dans les idées. En 2001, il publiait Travail social et développement où il faisait l’hypothèse de deux perspectives d’évolution : une qui recentrerait les pratiques autour des services traditionnels, une qui inciterait les professionnels à rechercher de nouveaux fonctionnements autour notamment du développement social. Il ne cachait pas son intérêt pour cette deuxième hypothèse. Il revient à la charge aujourd’hui en affirmant que nous n’avons plus le choix si nous voulons survivre à la crise du travail social, et à sa dévalorisation dans l’opinion. Il nous faut non seulement opter pour le développement social, mais même en prendre la tête ; la conduire.
J’aime ce mot, conduire, dans la mesure où il me rappelle l’étymologie de ma profession d’éducateur. « Conduire au-delà » (e-ducere) ce qui a bien pour conséquence d’aider le sujet à se développer.
Ce n’est donc pas en soi une idée originale. Les années 1960 ont vu l’expansion des idées de développement communautaire propagées par l’onu. « Un ensemble de procédés par lesquels les habitants d’un pays unissent leurs efforts à ceux des pouvoirs publics en vue d’améliorer la situation économique, sociale et culturelle des collectivités, d’associer celles-ci à la vie de la nation… Ces procédés supposent de réunir deux éléments, d’une part la participation active des habitants aux efforts entrepris, et d’autre part des services techniques fournis en vue de favoriser et de rendre plus efficaces les initiatives, les efforts personnels et l’aide mutuelle » (p. 32, citée par C. de Robertis et H. Pascal en 1987, dans L’intervention collective en travail social, Le Centurion, coll. « Socioguides »).
Un rapport de l’anas (Association nationale des assistantes sociales) de 1970 appelle les travailleurs sociaux à devenir davantage de véritables animateurs du développement social.
Mais pour des raisons diverses que P. Mondalfo analyse, et malgré le rapport du Conseil supérieur du travail social (csts) sur l’Intervention sociale d’intérêt collectif (isdic) en 1988 (La Documentation Française), les professionnels répugnent à s’engager dans cette direction et à collaborer avec d’autres intervenants sociaux dans le cadre d’opérations publiques (zep-dsq) et de missions transversales (paio).
Sans doute, il y eut l’Association nationale des responsables de circonscription (anrc) avec Irène Meunier, devenue rapidement après le début de la décentralisation le mdsl (Mouvement de développement social local) ; il y eut aussi la circulaire de Nicole Questiaux à l’adresse des professionnels. Rien n’y fit vraiment. Mais l’idée faisait son chemin. Des initiatives se prenaient çà et là dans le désordre : « le service n’apparaît pas pour le moment comme un lieu adéquat pour ce type d’action » et les travailleurs sociaux qui s’y engagent « trouvent davantage de possibilités de réflexion hors de la communauté professionnelle, c’est-à-dire avec les partenaires de l’action » (p. 91).
Sans doute il y eut aussi le rapport du csts sur l’intervention sociale d’aide à la personne (isap) dont l’auteur ne parle pas, et qui fut pourtant une invitation à relancer la stratégie du développement, en montrant qu’elle n’était pas incompatible loin de là avec le travail de relation qu’implique l’aide à la personne.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’on est absent d’une politique, celle-ci se fait souvent non seulement sans vous, mais aussi contre vous. Il y eut perte de sens, perte de compréhension des pouvoirs publics, de l’opinion publique et la dévalorisation redoutée arriva, remplissant de doute et d’insatisfaction des professionnels de plus en plus cantonnés dans des tâches administratives au service des professionnels et des usagers, on eut des professionnels au service des dispositifs.
Je laisse l’auteur développer poétiquement ce nouveau destin professionnel, ainsi que les appels du pied répétés d’organismes divers (siv, pjj). L’heure n’est plus à l’hésitation. Si nous voulons ne pas être à la remorque, et rester dans la course comme responsables et non comme exécutants, il nous faut retrouver des projets collectifs, et participer dans notre rôle, et avec les dimensions éthiques de notre profession, aux opérations de développement qui s’imposent.
Alors, faisant miennes les opinions de l’auteur, je lui dirai avec une gentille malice, qu’au schéma vertical de la décentralisation (p. 199) nous pouvons opposer tranquillement ce que les états généraux du social ont popularisé, le triangle des légitimités.
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Car l’intelligence stratégique du développement ne peut être réservée aux seuls représentants hiérarchiques et politiques, mais doit être partagée par les partenaires que sont les professionnels et les usagers (p. 109). N’est-ce pas d’ailleurs la conclusion de l’auteur lorsqu’il présente la nouvelle équation du travail social : assistance (à personne en danger) + accompagnement social (dans sa dimension éthique et clinique + développement (dans sa dimension collective et sociale).
« Chacun (des partenaires) aura une partition à jouer pour penser et rendre opérationnelle (c’est-à-dire agir) la combinaison de ces différentes approches dont dépendra finalement la réussite (de l’action) et du renouveau professionnel pour l’ensemble des travailleurs sociaux. » (p. 256)
PHILIPPE CHAVAROCHE
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