VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.2-7492-0605-7
168 pages

p. 142 à 143
doi: en cours

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Le goût des mots

no 89 2006/1

2006 Vie sociale et traitements Le goût des mots

Le goût des mots

Vincent Pachès Annick Drogou Agrégée de grammaire
Poussé par des vents contraires, le navire partait à la dérive. Ils s’étaient réfugiés dans la cale. Un espace exigu. Les corps immanquablement se touchaient. Avec la houle extérieure, le mouvement devenait incontrôlable. C’était gênant. Personne n’osait parler.
 
Pudeur
 
 
Ah, ces parties dites honteuses, pudenda, si naturelles à l’animal, si plaisantes à l’homme, quand une culpabilité soigneusement entretenue par la religion et le discours psychanalytique ne viennent pas s’en mêler... Que de crimes n’a-t-on pas commis en leur nom !
Montaigne s’en indignait à juste titre : Qu’a fait l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour n’en oser parler sans vergogne ?
Le latin exprime singulièrement la honte, me pudet, non pas j’ai honte, et j’assume ce sentiment qui m’envahit. Bien plutôt, la honte est sur moi, s’empare de moi, comme un corps qui me serait étranger. L’usage linguistique rend compte de ce dédouanement implicite, et inconscient. Très révélateur. La honte n’est pas innée, mais induite par l’éducation et ses éventuelles perversions et autres perversités.
Pudeur qui retient de commettre l’acte, vergogne salutaire, en regard de la honte, qui entache l’acte déjà commis.
Les Grecs désignent du même mot la pudeur et la honte, avec leur charge de répulsion. La honte, immanquablement associée à la laideur, est souvent opposée à la beauté. Elégance du corps, en ce qu’il est facteur d’harmonie et d’équilibre pour l’âme et le monde, et permet d’accéder à la beauté éternelle. Il n’est qu’à contempler les Hermès et autres Aphrodites de la sculpture athénienne.
Significatives aussi les dates auxquelles ce champ sémantique intervient nommément dans la langue française écrite : la pudeur, la pudicité et le pudibond pas avant le XIVe siècle, limpudeur au XVIIe, la pudibonderie au XIXe.
Reflet des évolutions morales, et souvent coercitives, de la société en matière de rapport au corps, surtout celui des femmes.
Et la pudeur, à ce titre, est devenue le champ clos de l’opprobre féminin. Si les sociétés antiques répugnent à la laideur et à toute souillure qui mettent en péril l’ordre collectif, les sociétés plus tardives, marquées par les monothéismes, jetteront l’anathème sur la fauteuse de trouble par essence, proie obligée du Diable, la femme.
Si le courage des hommes médiévaux les désigne comme preux, la vertu farouche des femmes en fait des prudes… surtout quand elles n’ont plus ni l’âge ni la fraîcheur d’avoir à défendre leurs attraits flétris… La pudeur militante est bien souvent un combat d’arrière-âge.
 
La pudeur
 
 
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Embarras de saison
Quand elle portait
De tout temps
Son manteau.
Son soupçon d’être s’emmitoufle.
La noblesse peine à se déboutonner. L’ardeur de vivre se fait discrète
Quand la chaleur du désir l’étreint
La retenue s’éteint.
Vincent Pachès

Bibliographie d’Annick Drogou

·  - Dico des Sectes, Milan, collection Essentiels, 1998
·  - À quoi sert la grammaire ? Milan, collection Essentiels, n°168, 2000

Bibliographie de Vincent Pachès

·  Voir www. vincentpaches. com
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