VST - Vie sociale et traitements
érès

I.S.B.N.9782749206370
156 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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Bloc-notes

no92 2006/4


2006 Vie sociale et traitements Bloc-notes

Korczak, si tu savais !

Jacques Ladsous
Tu as lutté toute ta vie pour que soient reconnus les droits des enfants ! Et dans un sens, tu as gagné, puisque la charte concernant ces droits à été élaborée et reconnue par de multiples pays. Mais pour autant, les enfants y ont-ils gagné quelque chose ? Peut-être dans certains esprits, avec certaines organisations. Mais regardons autour de nous ! Dans certains pays, les enfants sont encore exploités dans des travaux ingrats, au détriment de leur propre développement, d’autres sont enrôlés comme soldats et apprennent à tuer, à saccager, à devenir (malgré eux) des brutes sauvages, mais aussi vendus comme esclaves pour servir d’objets de plaisir aux touristes, en mal de sexe.
Chez nous même qui nous disons civilisés, des passeurs amènent clandestinement des fournées d’enfants pauvres qui sont matin et soir dans des ateliers en sous-sol où ils travaillent et vivent sans jamais pouvoir sortir sauf à s’évader et fuir leurs geôliers recueillis parfois par des associations comme Enfants du monde, Droits de l’homme, mais pourchassés souvent par la police et reconduits à des frontières hypothétiques où ils disparaissent corps et biens. Leurs pauvres salaires sont envoyés à leurs parents par leurs « employeurs », pour rembourser la dette du passage.
Et que penser des intérêts et des besoins de l’enfant dans les divorces successifs auxquels leurs parents les confrontent ? On parle souvent avec admiration de garde alternée : elle a certes des avantages, je ne dis pas le contraire, mais ceux qui reçoivent comme moi des confidences d’enfants, connaissent ce sentiment d’insécurité qui est le leur, à n’avoir pas de domicile. Car avoir deux domiciles ce n’est pas en avoir un où l’on se sent complètement chez soi. Qui est avantagé ? L’enfant ou l’adulte ? Dans ce traitement juste et raisonnable, mais insuffisamment satisfaisant au besoin d’unité qui sécurise celui qui se développe.
Ce mois-ci, je suis allé plusieurs fois à Alger. J’ai retrouvé avec plaisir la ville et les gens. Mais j’ai découvert que le nombre d’enfants abandonnés augmentait, justifiant cette création à laquelle les Ceméa (Languedoc-Roussillon) ont contribué : l’Institut méditerranéen de la petite enfance. Certes, il est intéressant de voir ces pouponnières où sont recueillis ces enfants, dans une prise en charge de proximité qui leur permet d’aspirer à la vie. Certes, il est intéressant de voir fonctionner cette école de « berceuses » qui forme le personnel des pouponnières, dans le sens que nous avons toujours préconisé, c’est-à-dire avec une attention physique et affective qui favorise la croissance sans créer l’insécurité, et qui ne se contente pas de techniques d’élevage. Mais on peut se demander pourquoi tant d’enfants sont abandonnés. Il est bien que la sexualité ne soit plus ni mystère ni taboue ; il est bien aussi que ceux qui s’accouplent engagent leur responsabilité, soit en ne procréant pas (au-delà des préceptes religieux) soit en prenant leur responsabilité par rapport à l’enfant à naître. Le lieu-ressources que nous avons inauguré en novembre, et qui vient couronner les autres activités doit pouvoir offrir discrètement aux jeunes les informations qui leur sont utiles. L’avoir installé au cœur d’un parc d’attractions permet une approche discrète et facile à ceux qui ont besoin de savoir tout en n’osant pas se renseigner, par crainte d’être mal jugés.
Et je ne parle pas chez nous des enfants qui dorment dehors parce que les ressources de leurs parents ne leur permettent plus d’avoir un toit. Droit des enfants à la sécurité – droit des hommes et des femmes d’aujourd’hui à avoir un toit ! Bravo, les enfants de Don Quichotte ! Ce que plusieurs d’entre nous préconisent depuis longtemps : réquisition des logements vides, d’une manière irréversible. Comme le suggéraient les acteurs de 7.8.9, vous avez profité de l’événement pour créer la situation médiatique indispensable à la prise de conscience.
Je termine là, Korczak ! Là où tu es, cela te donnera encore des raisons d’espérer.
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