VST - Vie sociale et traitements
érès

I.S.B.N.9782749207452
120 pages

p. 7 à 9
doi: en cours

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Ça bouge

n° 93 2007/1

2007 Vie sociale et traitements Ça bouge

Accueillir à Sevran des enfants porteurs de handicap

De la volonté à la réalité…

Martine Maurice Éducatrice de jeunes enfantsChef de projet Petite Enfance à la ville de Sevran (93)
Cet article a été publié dans Plume, le journal du clicoss 93. vst le reprend avec l’autorisation de son auteur et de la rédaction de Plume afin de lui donner une audience plus importante.
Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut accueillir dans les différentes structures les enfants porteurs de handicap… mais au-delà des bonnes volontés, la réalité nous oblige à constater que cela ne va pas tant de soi qu’on veut bien l’afficher. Cependant quelques collectivités se sont emparées des difficultés et s’attellent à combattre les freins repérés.
Au moment de l’élaboration de son Projet Petite Enfance, la ville de Sevran s’est appuyée sur les pratiques professionnelles déjà en œuvre dans ses structures municipales pour réfléchir et se positionner quant à l’accueil des enfants porteurs de handicap.
Projet de politique locale dédié à la place du jeune enfant dans la cité, coélaboré avec l’ensemble des acteurs, il est le résultat d’un travail collectif qui a duré plus d’un an. Formalisé en mai 2003 à partir d’une large concertation, porté par une forte dynamique participative, il a ainsi pu devenir un véritable cadre de référence, global, cohérent et innovant, certes ambitieux, mais dans lequel chaque professionnel et chaque institution peuvent inscrire leur action. L’objectif de la ville était de partir de la réalité locale, d’en conserver et d’en amplifier les atouts, de s’inspirer ou carrément d’innover pour combler les lacunes repérées.
 
L’accueil au quotidien…
 
 
Face aux besoins et à la demande de certaines familles, les structures d’accueil de la petite enfance se sont organisées bien avant que la loi ne les y oblige, pour accueillir de manière satisfaisante ces enfants qui demandent parfois une attention un peu plus spécifique mais aux besoins fondamentaux tout à fait identiques à ceux de n’importe quel autre enfant. Naturellement centrés sur l’individualisation de l’accueil, les professionnels ont pu ajuster leurs pratiques au fil du temps pour trouver des organisations facilitant leur adaptation aux besoins particuliers de chaque situation. Car finalement, on en arrive vite à la conclusion que nos outils traditionnels (observation, aménagement de l’espace, travail d’équipe, individualisation indispensable pour une bonne prise en compte du tout-petit, etc.) restent opérationnels et efficaces et que le manque de moyens souvent mis en avant reste certes un frein, mais n’est pas toujours le plus important à lever
 
… avec les outils professionnels traditionnels
 
 
Le règlement de la cama (Commission d’admission aux modes d’accueil) précise que certains dossiers, dont ceux des enfants porteurs de handicap, font l’objet d’une attention particulière. Puis lorsqu’une place a été attribuée, c’est lors de l’entretien d’admission avec la famille que les modalités d’accueil sont précisées et formalisées à travers la convention d’accueil individualisé. En cas de nécessité, le médecin de l’établissement élabore un protocole médical et voit avec l’équipe les moyens à mettre en œuvre le cas échéant pour pouvoir le respecter. Cette étape, surtout lors des toutes premières fois, a souvent été prédominante pour nombre de professionnels notamment en termes d’information, de dédramatisation de la situation de handicap, d’écoute des craintes, qui au fil des divers accueils, l’expérience aidant, se sont largement estompées.
Il arrive qu’au cours de certains accueils, la question de l’aménagement de l’espace se pose car il est quelquefois nécessaire d’adapter certains espaces (jeu, salle de bain, salle à manger) pour les rendre accessibles aux possibilités motrices de l’enfant. Il s’agit aussi de s’organiser lors des différents changements d’espace au cours de la journée (aller manger, aller dans la jardin…) ou de réfléchir avec l’assistante maternelle (en crèche familiale) pour adapter l’accueil à son domicile (éventuellement prêt de matériel spécifique). Il arrive que cette réflexion soit soutenue par une psychomotricienne qui peut guider les professionnels. Penser préalablement l’espace et les déplacements et s’ajuster en fonction des capacités des enfants facilite d’autant plus le travail au quotidien.
Le détachement systématique d’un professionnel de l’équipe est rarement possible en permanence mais cela est également rarement nécessaire. Par contre une prise en charge spécifique à certains moments est, une fois encore, question d’organisation des adultes… et de travail d’équipe.
Le travail d’équipe se décline sous deux formes : en interne à la structure d’accueil mais également en externe à travers la relation avec les différents intervenants. Intervenants extérieurs qui peuvent soit accompagner l’enfant, soit accompagner l’équipe ou les professionnels eux-mêmes. Là encore il est difficile de généraliser car chaque situation est spécifique et l’adaptation reste la meilleure démarche : réunions régulières pour faire le point, temps d’échanges avec le médecin et/ou la psychologue et les différents membres de l’équipe, rencontres et/ou intégration des intervenants extérieurs si besoin (psychomotricien, kiné, orthophoniste, éducateur spécialisé, hôpital, pédiatres libéraux), accompagnement plus spécifique en cas d’accueil au domicile d’une assistante maternelle, possibilité pour les professionnels de participer à un groupe de parole afin d’échanger avec d’autres et de confronter les pratiques, etc.
Cependant dans la réalité, bien au-delà des moyens matériels, l’intérêt des professionnels pour ces accueils reste prédominant. La volonté de proposer une place à tous, d’inclure des enfants dits différents, est un moteur essentiel pour lever nombre de freins, qui ne sont souvent que des prétextes pour ne pas faire. À la condition majeure que ces accueils soient soutenus par des investissements professionnels individuels portés par une réflexion d’équipe que les institutions se doivent de mettre en œuvre. Et cela pas seulement parce que la loi de 2005 vient le leur rappeler mais parce que cela fait partie de leur mission essentielle d’accueil de tous. Même s’il est vrai que cela va forcément induire « du travail en plus » (on peut alors se demander en plus de quoi), introduire du changement, obliger à la réflexion voire à la remise en cause et à la réorganisation, imposer de devoir faire face à une certaine forme d’inconnu. En soutien des équipes, nous avons la chance de pouvoir solliciter une instance de médiation et de recours et une plate-forme d’écoute téléphonique [1].
Après plusieurs années, il est particulièrement intéressant de constater combien accueillir un enfant porteur de handicap, bien au-delà de la charge de travail supplémentaire, est souvent d’une grande richesse pour revisiter certaines pratiques.
Je prendrai pour exemple l’accueil de Kévin, sourd profond, qui a finalement donné l’occasion à l’équipe de retravailler plus largement autour de sa façon de parler aux enfants : capter les regards, s’assurer qu’ils ont entendu et compris qu’on s’adressait à eux, ne pas parler à la cantonade et à trop grande distance mais s’approcher et regarder l’enfant auquel on s’adresse, se mettre systématiquement à sa hauteur pour échanger, repérer les signes du corps qui, lorsque l’on a deux ans, parlent beaucoup plus que les mots, etc. En effet, même s‘ils n’étaient pas tous sourds, la maîtrise du langage était pour tous en cours d’acquisition et, ce que tout le monde sait, loin d’être leur moyen privilégié d’expression. Mais devoir retravailler ce point précis pour mieux s’adapter à la situation de Kévin a permis de réajuster ce qui s’était effiloché au quotidien.
Sans vouloir nier ou minimiser la situation de handicap, il reste néanmoins important de ne jamais oublier qu’une structure d’accueil de la petite enfance accueille d’abord un enfant avant d’accueillir un handicapé. Elle est d’abord le lieu du jeu, des premières séparations, de la construction de la relation à l’autre, au groupe, au vivre ensemble.
 
NOTES
 
[1]elhan 93 : Écoute-Lien-handicap : ligne d’écoute créée en 2002, destinée aux familles et aux professionnels. Tél. 01 43 93 88 00.
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