Ce numéro ou un abonnement.
Ajouter au panier Ajouter au panier - VST - Vie sociale et traitements| VST - Vie sociale et traitements 2007/4 (n° 96) | 16 € |
Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.
| Abonnement 4 numéros à partir du n°2013/1 | 52 € |
| Abonnement 4 numéros à partir du n°2012/4 | 52 € |
| Abonnement 4 numéros à partir du n°2012/3 | 52 € |
Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.
ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - VST - Vie sociale et traitements Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa parité
Problématiques et enjeuxAuteurAmina Essaidi du même auteur
L’universalisme annulerait-il la participation des deux sexes aux commandes de notre société ?
Actuellement, dans notre société, les décisions politiques qui concernent le « vivre ensemble » dépendent essentiellement du pouvoir des hommes. Les femmes représentent la moitié de cette société organisée et pourtant ne participent guère à son orientation. Le pouvoir n’est pas partagé. Les femmes sont absentes des sphères du pouvoir, absentes des lieux où se prennent les décisions qui concernent la vie des nations, des régions ou des communes, la fixation du prix du pain ou la négociation de la paix. On l’observe aussi bien dans les nations les plus avancées sur la voie de la démocratie que dans celles qui s’y engagent ; cette absence est une règle quasiment générale.
2 Pourquoi ? Par quel engrenage des mentalités et des lois le domaine politique est-il, même dans les pays les plus démocratiques, la chasse gardée des hommes ? Cette situation provient de la notion d’universalisme. Un universalisme qui se retourne contre les femmes et contre la démocratie elle-même. Il n’oblige pas à la prise en compte de l’existence des deux sexes. Pourtant, l’égalité des sexes devrait impliquer la reconnaissance de leur différence et c’est cette différence qui doit être le moteur déterminant d’une démocratie. La différence ne ruine pas l’idée d’égalité. Il ne s’agit pas d’une différence comme peuvent l’utiliser les racistes, les sexistes, les xénophobes, qui fonde une infériorisation et un rejet de l’autre, de l’autre couleur de peau, de l’autre sexe ou de l’étranger. En cela, l’analyse dépasse une vision binaire des enjeux. Construire ce monde de demain, dont les auteurs et auteures seront les hommes et les femmes, implique de nouvelles règles du jeu qui renvoient à l’exercice de la citoyenneté et de la démocratie.
La citoyenneté politique et les femmes
Citoyenneté
3 La citoyenneté se rattache à deux grandes traditions : la tradition libérale (Montesquieu) et la tradition du civisme républicain (Rousseau). La première met l’accent sur les droits civils et politiques ; ces droits-libertés que l’individu possède face à l’intervention de l’État sont la garantie de son autonomie. La seconde tradition s’attache à la formation de l’intérêt général rendue possible grâce à la participation de l’ensemble des citoyens à une communauté d’intérêt politique ; c’est plutôt dans leurs rapports réciproques que dans leur autonomie que les citoyens instruisent leur communauté. Aujourd’hui, la citoyenneté recouvre habituellement trois sens. Pour Jean Leca[1] [1] G. Ferréol et G. Juquois (sous la direction de), Dictionnaire...
suite, la citoyenneté est un statut (un ensemble de droits et de devoirs) ; elle est aussi une identité (un sentiment d’appartenance à une communauté politique définie par une nationalité et un territoire déterminés) ; elle est enfin une pratique s’exerçant à travers la représentation et la participation politiques qui traduisent la capacité de l’individu à peser sur l’espace public. Pour exister et avoir tout son sens, la citoyenneté doit donc être exercée. Elle concerne chacun et chacune, c’est la raison pour laquelle les femmes qui n’y ont eu accès véritablement que très tardivement ont un rôle à jouer. Son exercice passe par l’implication dans des espaces, des actions citoyennes qui œuvrent pour l’intérêt général. Plus il y aura de diversité de points de vue sur la société que nous voulons, plus l’on se rapprochera d’un vivre ensemble. Cela suppose, me semble-t-il, de s’écarter de la philosophie rousseauiste qui voyait le contrat social comme étant une construction dans l’espace public réalisée exclusivement par les hommes. En effet, pour Rousseau, l’égalité politique n’est possible qu’entre semblables. Le contrat social ne peut donc s’établir entre un homme et une femme du fait de leur différence. La citoyenneté fait appel aux responsabilités individuelle et collective. Elle n’est pas un long fleuve tranquille. Elle s’exerce dans la reconnaissance des contraintes collectives qui seules peuvent permettre la liberté individuelle. Affrontements et désaccords sont considérés comme des moteurs et non comme des obstacles de cette participation. La liberté ne prend du sens que si des choix sont à faire à plusieurs et que chacun peut y participer. C’est pourquoi la citoyenneté s’apprend. Apprendre la citoyenneté, c’est prendre conscience de la nécessité pour l’autre de devenir soi, un autre différent. La citoyenneté est « avant tout le résultat d’une intégration sociale. Il faut apprendre à coexister, à vivre ensemble, à concilier des conceptions diverses, voire opposées, de l’existence ».
Démocratie
4 Le mot « démocratie » vient de deux mots grecs : demos, le peuple, et kratos, le pouvoir. Le mot « république » vient de l’expression latine « Res publica », la chose commune, la chose de tous. Cette expression désignait à Rome un type d’organisation collective conférant le pouvoir à une personne désignée par les citoyens. La parité est une exigence essentielle pour que vive la démocratie. Pourquoi donc les femmes en ont-elles été si longtemps mises à l’écart ? Si le mot démocratie porte en lui la reconnaissance que les êtres humains sont des semblables, alors l’après-1789 ouvre le champ à des interrogations profondes. En effet, nous allons assister à une exclusion des femmes de la Res publica, à la régression de leur participation à la vie publique. Le code civil napoléonien les empêche également d’accéder à certains pouvoirs, aussi bien domestiques que publics, ces pouvoirs qui fabriquent le citoyen et rendent réel le sujet démocratique. Pourquoi la femme apparaît-elle comme un trouble-fête dans l’univers des hommes ? C’est la démocratie elle-même qui dans ses débuts contribue à la mise à l’écart des femmes. Cette exclusion est une réponse à l’angoisse profonde de l’homme, celle de ne plus trouver en la femme l’autre qui assure son pouvoir. En effet, si la femme accédait aux mêmes droits que l’homme, les femmes deviendraient leurs identiques. Cette situation pour l’homme est difficilement supportable. Elle centre l’inquiétude sur la différenciation des sexes et sur les rapports au pouvoir.
5 La pensée démocratique a eu peur que se perde la différence sexuelle, que se déclare une confusion entre les sexes, que les rapports homme-femme en soient déstabilisés, voire soient pris dans une spirale identitaire. Il apparaît clairement qu’il y a discordance entre l’idéal démocratique de la représentativité égale de tous les individus et la pratique ou la conception courante qui font que seuls les hommes ont été jugés capables de représenter électivement une communauté, depuis les Grecs qui ont inventé la notion même de démocratie jusqu’à nos jours. La démocratie a longtemps écarté les femmes de la Cité.
Les étapes de l’inscription des femmes dans l’espace public
6
7 Les deux guerres mondiales ont ouvert aux femmes les emplois occupés par les hommes, non seulement dans les industries liées au conflit, mais dans un bon nombre de fonctions auxquelles elles n’avaient pas accès jusqu’alors. Le fait de quitter l’univers familial, qui leur était assigné depuis des siècles, pour affronter le monde du travail a bouleversé les mentalités, les aspirations et, surtout, fait prendre conscience des capacités productives et intellectuelles des femmes. La guerre finie, la tendance se renverse, les gouvernements encouragent les femmes à retourner dans leur foyer pour rendre leur place aux hommes. Rares sont celles qui ont pu et su résister à la pression, et préserver leur indépendance et leur travail. Le développement des technologies a favorisé l’affranchissement des tâches ménagères pour les fonctions traditionnellement réservées aux femmes : cuisiner, soigner, nettoyer le foyer. Dans les années 1970, la maîtrise légalisée de la procréation par la contraception et l’avortement a aussi libéré les femmes des grossesses non désirées. Cependant, l’absence de contrôle des naissances, qu’elle soit liée aux pressions religieuses ou à la situation des pays en voie de développement, fait encore peser sur de nombreuses femmes un lourd fardeau. D’autres freins à l’épanouissement des femmes existent : la pauvreté, la monoparentalité portée par les femmes…
8
Pour améliorer l’exercice du pouvoir en démocratie : une loi sur la parité
9 Dans l’histoire de France, la parité s’est trouvée confrontée à une construction philosophique et politique des institutions, à l’issue de la Révolution de 1789. Jusqu’en 1944, la question du vote avait pour les féministes occupé le devant de la scène : l’égalité citoyenne se recherchait dans l’égalité devant le suffrage. Pour un nombre important de féministes, la question d’être éligible ne se posait pas dès lors qu’elles obtiendraient le droit de vote. Mais le droit d’éligibilité, reconnu en principe, ne s’est pas traduit dans les faits. Jusqu’en 1997, les femmes n’ont guère représenté plus de 6 % des députés, et moins de 3 % des sénateurs. Bien qu’aucune loi ou disposition constitutionnelle n’interdise aux femmes de représenter le peuple, elles semblaient en être empêchées par une loi non écrite. C’est principalement à ce symptôme du monopole exercé par les hommes sur le pouvoir politique que les militantes de la parité se sont attaquées. Les directives européennes ont aussi fait avancer le débat. La question des femmes a illustré un problème classique, celui posé par la discrimination propre aux démocraties libérales : comment remédier à une exclusion fondée sur une identité de groupe, une identité assignée, sans faire de cette identité la raison de l’exclusion ?
Le concept de parité
10 La « parité » est atteinte lorsqu’il y a une représentation égale des femmes et des hommes dans les institutions élues de la République. Le terme est associé à une autre notion plus explicite dans le domaine politique, celle de démocratie paritaire. Il s’agit d’une remise en question des fondements de la démocratie représentative. L’inégalité des sexes étant encore prégnante, la parité se veut être un moyen de refonder un système démocratique manifestement déficient puisqu’il n’a pas pu intégrer la moitié des citoyens. La notion de parité est politiquement née au niveau européen. L’expression « démocratie paritaire » est lancée dans un colloque organisé en 1989 à Strasbourg par le Conseil de l’Europe : la question de l’égalité entre les hommes et les femmes est alors posée comme un préalable politique. Des femmes ayant l’expérience de hautes responsabilités politiques, dont Simone Veil et Édith Cresson, se réunissent à Athènes le 3 novembre 1992 à l’invitation de la Commission des Communautés européennes. Constatant un déficit démocratique, elles déclarent que « les femmes représentent plus de la moitié de la population. L’égalité impose la parité dans la représentation et l’administration des nations ». Enfin, 1992 est l’année où se diffuse en France le mot « parité » grâce à la parution du livre de Françoise Gaspard, Claude Servan-Schreiber et Anne le Gall[2] [2] Au pouvoir, citoyenne : liberté, égalité, parité,...
suite. À la conférence des Nations unies de Pékin en 1995, le thème de la parité occupait la deuxième place parmi les douze questions retenues par le Forum des ong dans leur plate-forme finale. Le premier était celui de la pauvreté des femmes et du développement, et le troisième celui de la lutte contre les intégrismes. C’est à la Conférence mondiale sur les femmes à Pékin que le Forum des ong s’est prononcé pour la parité tout en rejetant les quotas. Les arguments développés étaient les suivants.
11 « Nous voulons la parité :
- parce que nous sommes profondément attachées à l’idée d’égalité qui fait référence pour nous à trois siècles de luttes pour obtenir le droit à l’éducation, à l’enseignement et au travail, le droit de vote, le droit à la contraception et à l’avortement ;
- parce que, en parlant de quotas, nous nous sentons humiliées, car nous représentons la moitié du genre humain et non 20 ou 30 % ;
- parce que nous redoutons que les quotas ne deviennent en réalité un plafond, un seuil qui, une fois atteint, serait indépassable ;
- enfin, parce que nous voulons être présentes comme personne humaine tout entière. »
La décision a été prise de ne pas limiter la revendication de parité aux instances élues, mais de l’envisager dans tous les domaines où se prennent les décisions.
12 Les combats des femmes dans notre société ont évolué au cours des dernières décennies. Ils se sont peu à peu affirmés dans l’espace public, tout en continuant à être en veille sur les avancées acquises dans l’amélioration de la vie domestique.
Une politique résolument volontariste
13 La parité est posée comme une condition nécessaire à l’exercice d’une démocratie authentique. Mettre en œuvre des mesures paritaires dans les instances de décision introduit une logique nouvelle qui modifie la façon d’examiner les questions politiques. L’introduction d’une nouvelle composante, celle des femmes, crée les conditions pour qu’émergent d’autres aspirations, d’autres vécus, donc d’autres types de solutions, puisque c’est à partir de leur place d’exclues des droits depuis des siècles que les femmes intériorisent le monde et développent des aptitudes et des qualités dont peut s’enrichir la politique aujourd’hui.
14 La notion de parité est posée ainsi comme un concept lié à la modernité, remettant en cause un fonctionnement social et une image symbolique des hommes et des femmes dans la société : « Considérant que l’apport des femmes à la société est d’ordre éthique », les ong présentes à Pékin en 1995 ont conclu que « le but à atteindre est d’arriver à 30 % dans tous les niveaux de décision et 50 % – la parité – dans les instances élues d’ici l’an 2000 ».
15 Jusqu’à présent, nous sommes toujours loin de ces espérances. Peut-être les présidentielles de 2007, qui prévoient dans les programmes finalistes la parité dans leur gouvernement, ainsi que les élections législatives, favoriseront ce changement.
16 À la Conférence mondiale sur les femmes de Pékin, les États ont préconisé une nouvelle stratégie, résumée par les termes de mainstreaming et d’empowerment afin de développer des actions positives :
- mainstreaming : prise en compte de la dimension du genre dans toutes les questions de société ;
- empowerment : donner la capacité aux femmes d’exercer le pouvoir de décision.
La parité intègre un principe et un pari
17 Un principe : « Les femmes ont été soustraites, en raison de leur sexe, du corps politique à l’origine de la démocratie […] Cette exclusion a été fondée en principe, et c’est en tant que femmes, dans un rapport d’absolue égalité, qu’elles doivent être présentes dans les assemblées élues[3] [3] F. Gaspard, Nouvelles questions féministes, n° 4,...
suite. » Les femmes ne constituant ni une catégorie ni une minorité, mais l’une des deux composantes du corps social, l’instauration de quotas va à l’encontre du principe d’égalité. Un pari, aussi bien sur le plan symbolique que sur le plan du concret : « Il est clair que l’instauration d’assemblées paritaires […] bouleverserait l’image que toutes les femmes se font, et d’elles-mêmes et de leur capacité à assumer des responsabilités politiques. Nul doute que ces bouleversements, les discriminations persistantes, entraîneraient par ricochet d’autres mutations, par leur seule force symbolique[4] [4] E. Viennot, Nouvelles questions féministes, n° 4,...
suite. »
Notes
[ 1] G. Ferréol et G. Juquois (sous la direction de), Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, Paris, Armand Colin, 2003.
[ 2] Au pouvoir, citoyenne : liberté, égalité, parité, Paris, Le Seuil, 1992.
[ 3] F. Gaspard, Nouvelles questions féministes, n° 4, 1994.
[ 4] E. Viennot, Nouvelles questions féministes, n° 4, 1994, p. 79.
PLAN DE L'ARTICLE
- L’universalisme annulerait-il la participation des deux sexes aux commandes de notre société ?
- La citoyenneté politique et les femmes
- Les étapes de l’inscription des femmes dans l’espace public
- Pour améliorer l’exercice du pouvoir en démocratie : une loi sur la parité
POUR CITER CET ARTICLE
Amina Essaidi « La parité », VST - Vie sociale et traitements 4/2007 (n° 96), p. 114-119.
URL : www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2007-4-page-114.htm.
DOI : 10.3917/vst.096.0114.




