Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724628896
190 pages

p. 163 à 169
doi: en cours

Veille sur la revue
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Vingtième siècle signale

no 70 2001/2

 
Bienvenue à la SPHM
 
 
La Société pour l’histoire des médias a tenu en octobre dernier son assemblée générale constitutive et s’est donné pour président Christian Delporte, membre de notre comité de rédaction. Elle affiche le souci d’une large ouverture pluridisciplinaire, afin de mieux contribuer au développement et à la diffusion des recherches sur les médias, les médiations et les médiateurs. Tout courrier est à adresser au secrétaire général, Patrick Eveno, SPHM, 90 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris.
 
Un siècle de relations internationales
 
 
Exceptionnel, très classique, très recommandable, le numéro spécial de Politique étrangère (IFRI, automne-hiver 2000, 359 p., 115 F.) sur « 1900-2000 : cent ans de relations internationales » ! Une pléiade d’historiens (Bédarida, Ferro, Frank, Godement, Laurens, M’Bokolo, Soutou, Vaïsse…) et d’intellectuels (Hassner, Moïsi, Smolar, Thibaud…) traitent avec clarté et pertinence de tous les enjeux du siècle, en trois temps : des analyses transversales de grandes questions qui ont modifié les rapports de force et les échanges (mondialisation, fins d’empires, montée du droit, uniformisation économique, crise de l’État-nation, rôle des femmes…) ; des études sur les grands États dont l’action extérieure fut motrice ; enfin, une datation des ruptures par des monographies sur les grandes dates, de 1914 à 1989. Nul doute : ce numéro va rendre les plus grands services. Deux regrets, toutefois : aucun article ne signale le renouveau des méthodes d’analyse scientifique dans ce domaine ; on ne lit aucun portrait en pied d’acteurs ou d’analystes majeurs de l’empoignade séculaire.
 
Un bilan sur l’Église de France
 
 
Pierre Pierrard donne sous ce titre un bilan à la fois ambitieux et personnel. L’entreprise exigeait cette forme particulière d’engagement qui consiste à se tenir à distance de l’approche apologétique et de l’histoire ecclésiastique sans se placer en dehors de la communauté étudiée, pour parler aux chrétiens – car c’est à eux d’abord que le livre s’adresse – le langage de la raison et de la nuance historiennes et leur éclairer ainsi les débats, les enjeux, les espoirs sinon les promesses du siècle finissant. Tout le monde, sans doute, n’y trouvera pas son compte. Mais à elles seules, l’honnêteté de la démarche et la densité de l’information contenue en moins de 250 pages font l’intérêt et l’utilité de l’ouvrage. (Pierre Pierrard, Un siècle de l’Église de France (1900-2000), Paris, Desclée de Brouwer, 2000, 250 p., 130 F.)
 
Turquie-Israël
 
 
Les Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien présentent, sous le titre « Turquie-Israël. Un siècle d’histoire partagée », les actes d’un colloque tenu les 4 et 5 juin 1999 à l’Université du Bosphore, sous l’égide de l’Institut français d’études anatoliennes. De l’acte fondateur qu’avait constitué en 1949 la reconnaissance de l’État juif par la Turquie – premier pays musulman à faire ce choix – à l’accord cadre de coopération militaire signé en 1996, le dossier qu’introduit Esther Benbassa s’efforce de prendre en compte l’ensemble des facteurs qui, au cours du siècle, ont présidé aux relations entre le peuple juif, jadis un des « millet » de la mosaïque ottomane, et la Turquie soumise à une « évolution identitaire » propice, semble-t-il, au rapprochement d’aujourd’hui (CEMOTI, Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, n° 28, 1999, 370 p., 95 F.).
 
Peintures d’histoire
 
 
Le CDDP de l’Eure (3 bis rue de Verdun, 27000 Évreux, tél. 02 32 39 00 91) vient de lancer une excellente série de vidéos (de 20 à 30 minutes, 175 F. l’unité), « Peintures d’histoire », qui entend « éclairer la peinture par l’histoire et l’histoire par la peinture ». Chaque tableau célèbre est analysé avec précision. Toutes les questions adjacentes sont bien posées elles aussi : l’œuvre d’art dans la société, la liberté de l’artiste et sa contribution aux débats politiques, culturels et socio-économiques. Parmi les premiers titres, nous signalons tout particulièrement Der Krieg d’Otto Dix (1932), La Fée électricité de Raoul Dufy (1937) et La Crucifixion blanche de Marc Chagall (1938).
 
Histoire(s) de gendarmes
 
 
On sait ce que le renouveau actuel de l’histoire de la gendarmerie doit à Jean-Noël Luc, véritable animateur de la recherche en ce domaine. Nul n’était mieux désigné pour faire le point sur « l’essor d’un nouveau chantier », au seuil du numéro spécial que vient de publier la Revue de la gendarmerie nationale. Pour le seul 20e siècle, on relève à la fois des monographies régionales (celles de Corinne Marache sur l’Aquitaine entre deux guerres et du général Philippot sur l’Alsace-Lorraine des années 1920), des aperçus biographiques (le colonel Béringuier, que tire de l’oubli Carine Saada), des contributions érudites sur des secteurs particuliers (le Groupe d’armées du Nord pendant la Grande Guerre, la garde républicaine mobile dans l’entre-deux-guerres, la gendarmerie coloniale en Océanie, étudiés respectivement par Marie-Laure Féry, le capitaine Bouedo et Frédéric Angleviel). Enfin Jean-Noël Luc donne 21 pages de bibliographie qui, à elles seules, font de cette publication une référence indispensable (Revue de la gendarmerie nationale, hors série n° 2, « La gendarmerie, de la Révolution à l’entre-deux-guerres », 156 p., 40 F., 6,10 €).
 
La formation des militants ouvriers
 
 
Nous avions signalé en son temps la parution du premier recueil issu du séminaire dijonnais de Maurice Carrez et Thomas Bouchet, qui a depuis 1997 pour thème directeur : « Convaincre et former : propagande et diffusion des savoirs en milieux populaires aux xix e et xx e siècles ». Voici que paraissent dans les Cahiers d’histoire les actes de la journée d’étude du 12 mai 1999, sous le titre « Les écoles des partis ouvriers au xx e siècle ». Qu’il s’agisse des socialistes (Thierry Hohl, Frédéric Cépède) ou des communistes (Serge Wolikow, Jean Vigreux, Lucien Mercier, Yasmine Sibot), du parti social-démocrate autrichien (Paul Pasteur) ou finlandais (Maurice Carrez), le propos était cette fois d’analyser comment les appareils et les militants entendaient former une relève apte à tenir le discours dicté par l’orthodoxie partisane. L’ensemble contribue à enrichir notre connaissance de la diversité culturelle du socialisme, avec le souci de distinguer, s’agissant de courants internationalistes, ce qui domine, des différences nationales ou des nuances entre organisations (Cahiers d’histoire, n° 79, avril-juin 2000, dossier « Les écoles des partis ouvriers au xx e siècle », 90 F.).
 
Paroles de femmes
 
 
N’était la qualité d’ensemble d’un dossier réunissant des articles de Maria Pia Fantini, Annie Paradis, Christine Planté et Sylvie Mougin, trois textes de Daniel Fabre suffiraient à attirer l’attention sur cette livraison de Clio. Histoire, Femmes et Sociétés. La présentation de ce dossier, intitulé « Parler, chanter, lire, écrire », lui fournit le point de départ d’une subtile variation sur « Madame Bovary comme exploration exemplaire de la différence des genres dans le langage, tel que le xix e siècle européen l’a représentée ». Sa deuxième contribution définit quatre « figures biographiques » produites, selon lui, par la « théorie de l’écriture inspirée qui converge autour du thème de l’androgynie du créateur », à partir de l’époque romantique. La troisième propose une synthèse sur la lecture des femmes (Clio. Histoire, Femmes et Sociétés, « Parler, chanter, lire, écrire », n° 11, 2000, Presses universitaires du Mirail, 301 p., 140 F., 21,34 €).
 
Relectures de Gabriel Tarde
 
 
Pour faire suite à l’article de Dominique Kalifa sur la magistrature et la répression à la veille de la Grande Guerre paru dans notre n° 67 (juillet-septembre 2000, p. 43-59), on lira avec profit le dossier consacré à « Gabriel Tarde et la criminologie au tournant du siècle » par la toute jeune Revue d’histoire des sciences humaines éditée par les Presses universitaires du Septentrion. On y retrouve des qualités perceptibles dès le n° 1, qui s’ouvrait sur un dossier « Maurice Halbwachs et les sciences humaines de son temps ». Laurent Mucchielli, responsable du n° 3, propose quelques « réflexions sur les usages contemporains de Tarde », avant d’analyser les liens entre criminologie, hygiénisme et eugénisme en France entre 1870 et 1914. Et Massimo Borlandi vient éclairer, à partir de la correspondance inédite de Tarde, ses relations avec les criminologues italiens de son temps (Revue d’histoire des sciences humaines, n° 3, novembre 2000, Presses universitaires du Septentrion, 120 F., 18,29 € le numéro, 220 F., 33,54 € l’abonnement d’un an [ www. septentrion. com ]).
 
La Grande Guerre vue du Midi
 
 
Le numéro d’octobre-décembre 2000 des Annales du Midi. Revue de la France méridionale (tome 112, n° 232, Toulouse, Privat, 2000, 149 p., 100 F.) est tout entier consacré à la guerre de 1914-1918 étudiée sous des auspices méridionaux. Rémy Casals y dit l’ampleur de la moisson de témoignages faite par la Fédération audoise des œuvres laïques depuis la publication des Carnets de Barthas en 1978 et la continuité des travaux universitaires, mémoires, thèses et colloques, conduits sur la ligne Toulouse-Carcassonne-Montpellier. Cinq autres articles mettent bien en valeur d’utiles perspectives de recherche : sur l’Union sacrée vécue fort incomplètement par les Aveyronnais ; sur les ressorts locaux des mobilisations nationales en France comme en Angleterre ; sur les femmes de poilus tenues elles aussi par « une chaîne d’oppression » ; sur la légende de la lâcheté des Méridionaux au feu lancée dès 1914 par un sénateur du Nord ; sur Norton Cru enfin, présenté comme un lecteur très protestant des livres de guerre. La livraison tient à discuter et nuancer plus que jamais, sans la récuser absolument, l’idée d’un « consentement » à la guerre.
 
Lectures pour tous
 
 
Heureuse idée que celle de rééditer en collection de poche Le roman du quotidien, le premier livre d’Anne-Marie Thiesse, paru en 1984 et devenu introuvable. Cette histoire des « faubourgs de la littérature » à leur Belle Époque – l’expression est d’Alain-Fournier, mais l’occasion n’a pas été saisie de faire ce rappel absent de l’édition originale – n’a rien perdu de sa force novatrice. La méthode de l’auteur, qui croise les techniques et les enseignements de l’analyse littéraire, de l’enquête sociologique et de l’inventaire historique, a conservé son charme et sa fécondité (Anne-Marie Thiesse, Le roman du quotidien. Lecteurs et lectures populaires à la Belle Époque, Paris, Le Seuil (coll. « Points-Histoire »), 2000, 286 p.).
 
Mitteleuropa
 
 
Études danubiennes poursuit la publication des actes du colloque de Strasbourg d’octobre 1995 consacré à la bourgeoisie dans la monarchie des Habsbourg de 1848 à 1918. Dans ce deuxième ensemble de communications, on relève le tableau de Szabolcs de Vajay, « Le génie invisible de la cité ou la grande aventure de la bourgeoisie hongroise » et la belle étude d’Eva Philipoff, « La bourgeoisie viennoise chez Schnitzler : une société patriarcale à bout de souffle » (Études danubiennes, XV-1, 1er semestre 1999, 107 p.).
On trouvera, d’autre part, dans le numéro de Balkan Studies (vol. 39, n° 1, Thessaloniki, 1998) qui vient de paraître d’utiles mises au point sur l’évolution entre les deux guerres du contentieux gréco-turc (Domna Visvizi-Dontas, « La paix pénible de 1923 », p. 71-89), des relations entre l’Albanie et ses voisins (Paskal Milo, « Albania and the Balkan Entente », p. 91-122) et de la surveillance exercée par l’Angleterre (Dimitris Livanios, « A Loveless Entanglement. Britain and Bulgar-Yugoslav Relations, 1924-1943 », p. 123-146).
 
La Finlande, de l’Empire russe à l’Europe
 
 
On doit savoir gré aux éditions Fayard d’avoir publié la traduction de l’Histoire politique de la Finlande, xix e-xx e siècle, écrite par trois spécialistes reconnus, Seppo Hentilä, Osmo Jussila et Jukka Nevakivi. Leur livre est d’autant plus utile qu’il corrige sur bien des points l’historiographie traditionnelle : réévaluation de la place occupée par le grand-duché dans l’Empire russe, relectures des événements de 1917-1918 et de l’entre-deux-guerres. Il éclaire enfin l’entrée dans l’Union européenne d’un pays qui, en cinquante ans (1945-1995), a su affirmer, en dépit du voisinage de l’URSS, son régime démocratique et concilier, pour ses habitants, prospérité et sécurité (S. Hentilä, O. Jussila, J. Nevakivi, Histoire politique de la Finlande, xix e-xx e siècle, Paris, Fayard, 1999, 522 p., 160 F.).
 
Historiographie de l’Allemagne nazie
 
 
Jean Solchany et Michel Fabréguet se sont employés tour à tour à faire le point des avancées récentes de l’historiographie de l’Allemagne nazie. Le premier a dirigé dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine un important dossier sur le thème de « la violence nazie ». Il revient à Ulrich Herbert de dresser un état des connaissances et des questions relatives à la politique d’extermination, que complètent les apports de Diether Pohl sur le génocide en Galicie orientale, de M. Fabréguet sur la violence concentrationnaire et d’Hervé Joly sur « l’implication de l’industrie chimique allemande dans la Shoah ». Christian Ingrao revient sur « le cas des cadres du S.D. », tandis que Pierre Ayçoberry se penche, avec la sagacité et la rigueur qu’on lui connaît, sur les « avatars récents du genre biographique » appliqué à Hitler. Les mêmes qualités distinguent, dans le dossier réuni par M. Fabréguet pour la Revue d’Allemagne, les réponses qu’il propose à la question : « Le national-socialisme était-il moderne ? ». À côté de celles de Georg Kreis, Armin Nolzen et Karin Orth, les contributions d’Édouard Husson, Catherine Maurer et J. Solchany, outre l’article de M. Fabréguet lui-même sur l’historiographie britannique, confirment une vitalité de nos études germaniques qu’on se plaît à saluer (Revue d’histoire moderne et contemporaine, « La violence nazie », 47-2, avril-juin 2000, 150 F., et Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, « L’historiographie et l’Allemagne nazie », 32-3, juillet-septembre 2000).
 
Sternhell, suite
 
 
Les éditions Fayard ont réédité en 2000 la trilogie que Zelv Sternhell a consacrée à L’idéologie fasciste en France. Outre des textes révisés, le lecteur trouvera dans les préfaces et avant-propos offerts en suppléments, l’exposé plutôt musclé des thèses, classiques mais toujours controversées, de l’historien israélien (Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, 432 p., 160 F., La droite révolutionnaire, 436 p., 160 F., Ni droite, ni gauche, 542 p., 170 F.)
 
La foi la mieux partagée
 
 
Jean-Jacques Becker préface longuement le n° 62-63 de Communisme (2000, L’Âge d’homme, 270 p., 135 F.) sur les « Aspects de l’anticommunisme » et qualifie celui-ci de « la foi la mieux partagée du monde » contemporain. Sa typologie justifie pleinement l’expression. Il distingue en effet, avec tous effets cumulatifs de cette variété intrinsèque, l’anticommunisme de circonstance (contre Brest-Litovsk ou le pacte germano-soviétique), d’indifférence par imperméabilité culturelle (le monde anglo-saxon), de dénonciation de l’Union Soviétique (dissidence comprise), de classe, de gauche, de droite ou d’extrême droite ; sans oublier l’anticommunisme intestin (les « hitléro-trotskystes »), d’essence religieuse (« l’intrinsèquement pervers » de Pie XI) ou de circonstance prolongée (la décolonisation, la guerre froide). Tous ces aspects sont excellemment étudiés dans le numéro, clos par une étude sur Raymond Aron.
 
L’histoire du PCF
 
 
En 1995, Stéphane Courtois et Marc Lazar publiaient une stimulante Histoire du Parti communiste français. Les deux auteurs persévèrent et proposent de leur synthèse une version remaniée, intégrant les récents acquis de l’historiographie. Leur livre constitue à coup sûr l’une des synthèses les mieux informées sur une question âprement débattue (Stéphane Courtois, Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, 2000, 480 p., 159 F.).
 
Lucien Hérard, militant polymorphe
 
 
Les Cahiers d’Adiamos (n° 2, 2e semestre 2000, 126 p., 19, rue Maxime Guillot, 21300 Chenôve) rendent hommage à Lucien Hérard (1898-1993) dont l’itinéraire militant rend si bien compte des espoirs à géométrie variable du 20e siècle. Sous la direction de Philippe Poirrier, le cahier évoque l’instituteur de la « génération du feu », devenu professeur d’École normale, communiste passé à la critique du stalinisme, socialiste pivertiste après 1934. Hérard s’est lassé, effrayé par le pacifisme ambiant. Il a passé « son équateur » au printemps 1940, puis a refusé de résister sous la houlette des communistes. Reconverti dans le journalisme et le militantisme culturel pour sa chère Bourgogne, il y devint une notabilité abondamment décorée et unanimement regrettée. Mosco avait évoqué cette figure dans son film Mémoires d’Ex. Mais cette brochure dit déjà l’essentiel. À quand une thèse ou une « bio » ?
 
Regards italiens sur deux intellectuels français
 
 
À partir de sa correspondance et de ses écrits, pendant et après le conflit, Roberto Vivarelli fait paraître un article sur les impressions et les leçons qu’Élie Halévy a retirées de la première guerre mondiale (« Élie Halévy e la Grande Guerra », Rivista storica italiana, CXI-III, 1999, p. 756-772). De son côté, la revue trimestrielle de l’Institut Gramsci, Studi Storici, publie sous la forme d’un dossier d’hommages les communications relatives aux parcours intellectuel et militant de Jean-Pierre Vernant, présentées à la journée d’étude du 25 mai 1999, qui a réuni autour de lui, à l’université Frédéric II de Naples, quelques historiens italiens « Tra passato e presente. L’impegno di Jean-Pierre Vernant », Studi storici, 41-1, gennaio-marzo 2000).
 
De la Terreur à la guerre d’Algérie : relectures américaines
 
 
L’American Historical Review a regroupé trois études originales par leur façon de croiser les approches et de déplacer les lignes de partage habituelles entre spécialités. En retraçant la destinée des « petits bleus », ces titres que l’empereur Maximilien avait émis pour financer l’intervention française au Mexique, jusqu’à la Belle Époque, Steven C. Topik démêle des fils qui relient entre elles plusieurs histoires, politique, financière, diplomatique et culturelle (« When Mexico Had the Blues : A Transatlantic Tale of Bonds, Bankers, and Nationalists (1862-1910) », p. 714-738). Dans un article provocateur, Matthew Connely plaide, à partir du cas de la guerre d’Algérie, pour une histoire de l’après-seconde guerre mondiale qui ne s’en tienne pas, pour rendre compte de la conflictuosité Nord-Sud, aux schémas explicatifs de l’histoire diplomatique traditionnelle, tels qu’ils se sont jusqu’ici appliqués à la guerre froide (« Taking Off the Cold War Lens : Visions of North-South Conflict during the Algerian War for Independence », p. 739-769). Auparavant, Timothy Tackett livre une belle analyse du paranoid style qui affecte la politique dans la France révolutionnaire, à partir de la découverte des premiers complots et sous l’influence des peurs répandues dans les masses parisiennes (« Conspiracy Obsession in a Time of Revolution : French Elites and the Origins of the Terror, 1789-1792 », p. 691-713). The American Historical Review, vol. 105, n° 3, juin 2000.
 
De la Chine
 
 
Au sommaire de Past and Present figure un article où Henrietta Harrison s’efforce de montrer comment, dans la Chine humiliée des années 1890-1929, les journaux sont devenus, pas seulement du fait de l’influence culturelle des élites urbaines, une part intégrante du réseau des communications (« Newspapers and Nationalism in Rural China (1890-1929) », Past and Present, n° 166, p. 181-204). Par ailleurs, le dossier sur « Les conflits en Asie du Sud (1947-1999) » que Jacques Weber a fait paraître dans Guerres mondiales et conflits contemporains comporte d’utiles mises au point sur « la question tibétaine dans les relations sino-indiennes (1947-1960) » (Laurent Deshayes) et sur « le conflit sino-indien de 1962 » (Jyotsna Saksena) (Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 195, septembre 1999, 238 p., 130 F.). On se rapproche de l’actualité avec l’une des premières études à paraître sur le retour de Hong Kong à la Chine, qui s’interroge, logiquement, sur l’articulation entre dépendance politique et hégémonie du marché : Alvin Y. So (directeur du département de sciences sociales à l’Université de science et technologie de Hong Kong), « Hong Kong’s Problematic Democratic Transition : Power Dependency or Business Hegemony ? » (The Journal of Asian Studies, vol. 59, n° 2, May 2000, p. 359-381).
 
Montée des identités culturelles
 
 
On salue la naissance de Comprendre, revue annuelle de philosophie et de sciences sociales dirigée par Raymond Boudon (Paris IV) et dont Sylvie Mesure (CNRS) assure la rédaction en chef. Son n° 1, 2000 (PUF, 422 p., 149 F.) sur « Les identités culturelles », pose fermement trois questions, dans la lignée de « The Clash of Civilizations » de Samuel Huntington que Foreign Affairs publiait au début des années 1990 : le libéralisme politique peut-il prendre en compte les identités culturelles qui s’affirment avec tant d’impatience ? Comment un État démocratique peut-il les reconnaître ? Cette reconnaissance induit-elle un relativisme des valeurs communes ? Le parcours est très largement international (Afrique noire, Asie, Islam, Antilles, Québec). Dans les débats et perspectives, on note de riches contributions, du côté français, de Pierre Birnbaum, Michel Wieviorka, Dominique Schnapper (les droits culturels) et Jean-Marc Ferry (le sentiment national en Europe). Will Kymlicka résume – euphoriquement – le débat anglo-américain sur les droits des minorités et le multiculturalisme.
 
L’ethnologie et monument historique
 
 
Les Cahiers de la collection « Ethnologie de la France », aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme, publient les principales contributions au séminaire intitulé « Regards anthropologiques sur les monuments historiques », qui s’est tenu à Carcassonne en septembre 1997. L’ouvrage reflète une évolution épistémologique significative, dont Daniel Fabre rend bien compte dans son introduction. Longtemps indifférente aux critères officiels de définition des monuments historiques, l’ethnologie se saisit ici, avec vigueur, des questions que posent la vitalité contemporaine et les usages sociaux de la notion de patrimoine. Les contributions respectives de l’histoire et la mémoire à ce que François Barré appelle la « rhétorique de la monumentalisation », le rapport au temps et à l’espace vécu que trahissent les controverses autour du traitement de tel ou tel monument, l’attention désormais impérative à la réception, aux usages de l’élection patrimoniale, sont ici au cœur de réflexions qu’on espère voir prolongées (Daniel Fabre (dir.), Domestiquer l’histoire. Ethnologie des monuments historiques, Paris, Éditions de la MSH, 2000, 222 p., 130 F., 19,81 €).
 
De Dauzat à Hagège
 
 
Les réflexions des linguistes sur les usages sociaux et les fonctions politiques des langues et leur évolution dans le monde contemporain ne doivent certes pas laisser les historiens indifférents. Ne fût-ce que pour son chapitre 10, où il retrace en 70 pages l’histoire de l’hébreu (sa vie, sa mort et sa résurrection), le dernier livre de Claude Hagège mérite le détour. La liberté de ton de l’essayiste ne lui fait jamais oublier la rigueur du savant dans l’argumentation (Cl. Hagège, Halte à la mort des langues, Paris, Odile Jacob, 2000, 402 p., 140 F.). Coïncidence : au moment même où sort cette défense et illustration de Babel paraissent aussi les actes d’un colloque qui, à l’initiative de Jean-Pierre Chambon et Philippe Martel, avait réuni en novembre 1998 à Thiers, autour de la carrière et de l’œuvre d’Albert Dauzat, des linguistes, des littéraires et aussi quelques historiens. On regrette seulement que n’ait pas été repris, en guise de conclusion, le texte de la conférence que Claude Hagège avait donnée à cette occasion sur la question des langues régionales (Actes du colloque Albert Dauzat et le patrimoine linguistique auvergnat, co-édition Parc naturel régional Livradois-Forez/CRDP/ CNRS, 255 p., prix non indiqué).
 
Répertoires français
 
 
Publiés coup sur coup, deux annuaires donnent un instantané de la recherche française en histoire contemporaine. L’Association des historiens contemporanéistes de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (AHCESR) propose l’édition 2000 de son Annuaire des contemporanéistes : 385 notices, renseignées de manière assez rigide et qui donnent dans l’universitaire stricto sensu, sans beaucoup explorer les autres centres de recherches et les disciplines apparentées (contacts : Pierre Saly, AHCESR, 20 bd Saint-Germain, 75005 Paris).
Le Répertoire des historiens français de la période moderne et contemporaine. Annuaire 2000, édité par l’Institut d’histoire moderne et contemporaine du CNRS sous la direction de Daniel Roche, est une mise à jour des versions publiées en 1983 et 1991. Il propose environ 2 000 noms, recense au-delà des universités (interdisciplinarité, retraités, érudits locaux, conservateurs, journalistes et écrivains) et contient des index thématiques et géographiques. On peut, en lisant ces derniers, suivre les pleins et les déliés d’une recherche en plein essor mais qui néglige des thématiques et des zones culturelles et dont le décloisonnement n’est pas très évident (IHMC, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, tél. 01 44 32 31 52 ; Paris, CNRS Éditions, 2000, 496 p., 190 F.).
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