2001
Vingtième siècle
Librairie
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Sagnes Jean (dir.), Jean Moulin et son temps (1899-1943), Béziers, Presses universitaires de Perpignan, 2000, 155 p., 60 F., 9,15 €., Torres Tereska, Une Française libre. Journal (1939-1945), Paris, Phébus, 300 p., 129 F., 19,67 €.
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Barbier Maurice, La modernité politique, Paris, PUF, 2000, 257 p. (coll. « Thémis. Philosophie »), préface de Marcel Gauchet, 138 F., 21,04 €., Ferry Jean-Marc, La question de l’État européen, Paris, Gallimard, 2000, 322 p. (coll. « NRF Essais »), 129 F., 19,67 €.
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Jeanneney Jean-Noël (dir.), Une idée fausse est un fait vrai. Les stéréotypes nationaux en Europe, Paris, Odile Jacob, 2000, 230 p., 145 F., 22,11 €., Fumaroli Marc, Bonnefoy Yves, Weinrich Harald, Zink Michel (dir.), Identité littéraire de l’Europe, Paris, PUF, 2000, 224 p. (coll. « Perspectives littéraires »), 139 F., 21,19 €.
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Béraud Alain, Faccarello Gilbert (dir.), Nouvelle Histoire de la pensée économique, t. 2, Des premiers mouvements socialistes aux néoclassiques, t. 3, Des institutionnalistes à la période contemporaine, Paris, La Découverte, 2000, 614 p., 320 F., 48,78 € ; 525 p., 295 F., 44,97 €.
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Abram Joseph, Du chaos à la croissance (1940-1966), t. 2 de Gérard Monnier (dir.), L’architecture moderne en France, Paris, Picard, 1999, 327 p., 275 F., 41,92 €.
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Levy-Vroelant Claire (dir.), Logements de passage. Formes, normes, expériences, Paris, L’Harmattan, 2000, 297 p., 170 F., 25,92 €.
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Chartier Anne-Marie, Hébrard Jean, Discours sur la lecture (1880-2000), Paris, Bibliothèque publique d’information du Centre Georges-Pompidou, Fayard, 2000, 762 p., 180 F., 27,44 €.
Le Maroc, de Lyautey à Mohammed V
Rivet Daniel, Le Maroc de Lyautey à Mohammed V. Le double visage du Protectorat, Paris, Denoël, 1999 (coll. « L’Aventure coloniale de la France »), 461 p., 250 F.
Il était temps que Vingtième Siècle. Revue d’histoire rende compte de la somme de Daniel Rivet consacrée au Maroc contemporain ! Paru il y a plus d’un an, ce livre comblait un manque. Il s’impose dorénavant à qui veut comprendre la complexité de la période française du Maroc mais ravit, plus généralement, quiconque s’interroge sur ce pays fascinant. Daniel Rivet dit se retrouver dans la formule de William Golding « bredouill[ant] devant la complexité des mondes ». S’attelant à la tâche de présenter au lecteur l’histoire d’un pays qu’il aime, il choisit d’écrire dans le Protectorat. Des premiers pas sur le chemin d’une alliance inégale, couchée sur le papier le 30 mars 1912, à l’avènement d’un pays indépendant uni dans la dévotion au sultan, il choisit un regard de l’intérieur et s’inscrit délibérément sur les franges des historiographies habituelles, colonialiste ou anticolonialiste.
Mosaïque de visages, le Maroc est approché par ces paysages et par ces territoires. Ses multiples personnalités se déclinent surtout socialement et religieusement. Des pages très fines permettent de saisir l’étrange situation des Juifs marocains « ni exclus, ni inclus, mais reclus » (p. 95). Les connotations extrêmement variées qu’y prend l’esclavage éclairent aussi le feuilletage vertical d’une société complexe, également caractérisée par l’importance des liens horizontaux.
Cantonné dans le cadre chronologique du Protectorat, l’auteur brosse un tableau du pays qui déborde ces limites. Le Protectorat y apparaît comme le moment privilégié de certaines mutations, replacées plus souvent qu’on ne pourrait s’y attendre dans une continuité séculaire. Ainsi lors des belles pages consacrées aux formes de résistance à la conquête coloniale, notamment au jihâd et à l’exil intérieur, déclinées en « au nom du sultan » ou « sans le sultan » et en « avec le Maghzen », « loin du Maghzen » ou « contre le Maghzen ». Ce n’est que parce qu’il est tissé avec d’autres que le récit des années 1912-1956 éclaire si brillamment l’histoire de ce pays. « Le Protectorat est comme un levain faisant monter la pâte. Il engendre une nouvelle configuration sociale et politique à son corps défendant », écrit ainsi Daniel Rivet (p. 304).
Spécialiste du maréchal Lyautey auquel il consacre encore une fois des pages limpides, empreintes d’une admiration presque nostalgique, l’auteur est sensible aux juxtapositions qui sont sans doute une des particularités de ce pays. Hanté par l’anti-modèle algérien, Lyautey prend les rênes du Protectorat avec le souci de respecter la personnalité marocaine en y acclimatant un système de contrôle politique et social proche de ce que les Britanniques prétendent réaliser dans leur Empire. Le « maghzen des Français » s’installe donc à côté du Maghzen traditionnel, rénové mais diminué. Cette dualité sert de fil conducteur à Daniel Rivet et fonctionne comme catégorie heuristique pour approcher la « complexité labyrinthique » et l’« opacité vertigineuse » (p. 112) du pays.
Des analyses très précises ponctuent un récit chronologique jamais lassant. La plume de l’auteur guide le lecteur avec plaisir à travers de multiples portraits croqués, des bribes de vie évoquées et convoquées avec pertinence et finesse. On redécouvre des personnages connus ; on apprend surtout à en suivre d’autres, collectifs ou individuels, qui incarnent le double projet de l’auteur : faire comprendre et faire aimer.
La dualité est sans cesse à l’œuvre dans ce livre. Elle est cette présentation dichotomique à l’infini qui éloigne sans cesse le lecteur de l’apaisement repu et nourrit son avidité d’en apprendre encore. Elle est en même temps l’idée directrice qui convainc et insiste aussi pour être nuancée : ainsi quand Daniel Rivet décrit ces villes nouvelles où le « style du protecteur » évince « le style du vainqueur » sans que l’urbanité nouvelle, souhaitée par Lyautey, ne débouche sur une citadinité par trop politique. On peut aussi évoquer ces ambivalences et ces aménagements suscités par l’introduction d’une scolarisation et d’une médicalisation à l’occidentale. À l’inverse, alors même que la complexité semble toujours plus présente, l’auteur propose de lire le Protectorat comme la période de l’unification progressive de la société marocaine devenue « un agrégat d’individus rassemblés dans un commun dénominateur : le sentiment de devenir des étrangers dans leur propre pays, bouleversé et refaçonné par le colonisateur » (p. 390). Parallèlement les Marocains musulmans s’unissent peu à peu dans un projet commun de nation incarné par le sultan.
Refusant d’écrire l’histoire par la fin, Daniel Rivet offre un récit aux horizons démultipliés, où des possibles sont proposés à la réflexion et des moyens donnés aux lecteurs pour imaginer. Tourné vers l’avenir, ce livre affirme avec force l’importance et la fécondité de ce que son auteur appelle « notre passé maghrébin » (p. 340).
Raphaëlle Branche
Seconde guerre mondiale
Prost Antoine (dir.), Aryanisation économique et restitutions, Paris, La Documentation française, 2000, 286 p., Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, 180 F., 27,44 €.
Cet ouvrage est l’aboutissement d’un travail commencé en 1998 dans le cadre des travaux de la mission d’étude présidée par Jean Mattéoli. Il s’inscrit à l’intersection de la méthode historienne et de la démarche institutionnelle, d’où les ambiguïtés que les auteurs soulignent très justement dès l’avant-propos. Le questionnement central, fixé par le pouvoir politique, consistant à évaluer l’ampleur des spoliations non réparées ni indemnisées, limite de fait le champ d’investigation. Dès lors, le rapport s’est bâti autour de la problématique des restitutions (chap. 2) et d’une esquisse de bilan (chap. 4). Une longue partie relative à l’inventaire descriptif des sources exploitables et à la méthodologie appliquée (chap. 3), un chapitre introductif récapitulant l’état des connaissances de l’aryanisation économique et de très riches annexes (plus d’un tiers du volume) viennent compléter cet édifice. L’ouvrage apporte du neuf en évaluant l’ampleur, les formes et les modalités des restitutions, même si les résultats sont modestes au regard des objectifs affichés. La question de l’échantillonnage mérite alors d’être posée dans la mesure où la question centrale visait, semble-t-il, à tendre vers l’exhaustivité. On sait par expérience la charge de travail qu’implique une telle démarche, mais les résultats auraient sans doute permis de clore l’un des aspects les plus sombres de notre histoire. Il n’empêche que les estimations proposées aboutissent à un taux de l’ordre de 20-25 % de non-restitution en volume. En revanche, en valeur, la spoliation rémanente est évaluée « entre 5 % et 10 % de la valeur totale des biens aryanisés ». Cet écart entre volume et valeur s’explique en partie par la structure sociale des spoliés : des facteurs tels que la nationalité, la fortune, les relations favorisent une capacité de défense accrue dont sont dépourvus les plus démunis. Des travaux récents ou en cours par secteur d’activités – notamment sur les professions du cuir, les banques ou les maisons d’édition – nous permettront sans doute d’affiner encore les données. Au total, on l’aura compris, cet ouvrage demeure un outil de travail fort utile pour qui s’intéresse à ces questions.
Philippe Verheyde
Gilzmer Mechtild, Camps de femmes. Chroniques d’internées Rieucros et Brens (1939-1944), Paris, Autrement, 269 p. (coll. « Mémoires »), 149 F., 22,71 €.
Résultat d’une abondante recherche documentaire, ces Chroniques d’internées restituent, par touches aussi riches que variées, l’internement des femmes dans les camps de Rieucros (Lozère), puis de Brens (Tarn), où elles ont été transférées en février 1942. Antinazies mais communistes et allemandes, la plupart sont arrêtées lors de la déclaration de guerre en septembre 1939. Après quelques semaines à La Petite Roquette, elles sont envoyées dans « le centre de rassemblement pour étrangers indésirables de Rieucros ». Ce camp de petite dimension (570 internées au maximum en juillet 1940), devient une société exclusivement féminine, de vingt nationalités différentes – en plus des Allemandes, Autrichiennes et Sarroises, de nombreuses Espagnoles et Polonaises, puis à partir de l’automne 1940 de nombreuses Françaises internées par Vichy – où se côtoient les « politiques » et les « femmes de mauvaise vie ». Clivage profond, qui n’a été qu’exceptionnellement surmonté lorsque l’ensemble de la communauté internée a pu se sentir agressée. Les journaux intimes, croquis, poèmes, photographies, correspondances, rassemblés par Mechtild Gilzmer, montrent le quotidien de l’enfermement. Le froid, la faim, le manque d’hygiène, l’aménorrhée, la promiscuité, sont rythmés par les corvées et les tâches journalières, mais également par la lecture et l’écriture du courrier, les très rares sorties autorisées et une intense activité créatrice qui constitue, pour nombre d’entre elles, une salutaire échappatoire. Quotidien déchiré entre espoir et craintes : espoir d’obtenir une régularisation ou un visa, promesse de libération ; crainte de se retrouver aux mains des nazis, pour les juives et les communistes. À Brens, les craintes se confirment quand, en août 1942, ont lieu les premières déportations vers Auschwitz. On regrettera cependant que n’ait pas été approfondi le rapport complexe de ces femmes à leur identité, pourtant évoqué à plusieurs reprises : anti-nazies mais allemandes, donc suspectes ; femmes célibataires, pour la plupart, et militantes, c’est-à-dire moralement et politiquement dangereuses ; femmes profondément choquées par l’image de « galante » qu’on leur renvoie, mais qui rejettent les internées de droit commun parce que « prostituées ». Cela aurait permis de mieux comprendre l’épreuve endurée, celle d’une intimité mise à nue par l’internement, celle d’itinéraires personnels au mieux bouleversés, au pire détruits par la guerre. Néanmoins, le parti pris de Mechtild Gilzmer a été de réunir des fragments de vie, d’offrir au lecteur des documents souvent émouvants, qui laissent entrevoir des destins aussi exceptionnels que tragiques.
Fabrice Virgili
Sagnes Jean (dir.), Jean Moulin et son temps (1899-1943), Béziers, Presses universitaires de Perpignan, 2000, 155 p., 60 F., 9,15 €., Torres Tereska, Une Française libre. Journal (1939-1945), Paris, Phébus, 300 p., 129 F., 19,67 €.
Entre ces deux ouvrages, le point commun réside dans le souci de la vérité manifesté par les protagonistes. Si le premier rassemble les actes du colloque tenu à l’Université Paul Valéry-Montpellier III, le 9 octobre 1999, autour du personnage clé qu’est Jean Moulin, il revêt d’emblée une connotation scientifique ; le second rejoint la liste déjà longue des témoignages recueillis sur la dernière guerre, à ceci près qu’il émane d’une toute jeune femme ayant rejoint les Forces françaises libres dès le départ. Et que celle-ci ne s’embarrasse guère de précautions de langage. C’est par un point sur les archives que s’ouvre la réflexion sur Jean Moulin. Pour Daniel Cordier, il s’agit de retrouver dans la mesure du possible le déroulement original de la mission de Jean Moulin en « lui restituant la fermeté du dessin, des reliefs et des ombres ». Pour cela, il est nécessaire de partir des archives. Si le second semestre 1941 est bien connu grâce, entre autres, aux interrogatoires du résistant qui furent menés à son arrivée par les Anglais ou le BCRA, on peut regretter qu’il n’y ait aucun témoignage émanant de fonctionnaires ayant entouré le serviteur de l’État en 1940. Plusieurs contributions intéressantes insistent sur « ces républicains du Midi qui ont fait l’éducation politique de Moulin ». Ainsi Jean Sagnes souligne comment toute la carrière préfectorale de Jean Moulin s’est déroulée sous l’égide des radicaux, notamment de Pierre Cot. Profondément marqué par son père, Jean Moulin, fils de la Révolution de 1789, baigne dans le régime républicain, appréciant l’exercice du suffrage universel et celui des libertés fondamentales. Pour Jean-Paul Cointet, trois raisons essentielles expliquent que Jean Moulin soit devenu le représentant du Général : l’un comme l’autre sont les produits d’une réaction patriotique qui se manifeste après la défaite de 1940 ; les deux hommes communient dans le sentiment d’un même isolement et d’une solitude semblable et ont un sens voisin de l’État.
Mais la contribution la plus neuve de cette rencontre réside sans aucun doute dans le travail de Jean-Marie Guillon sur « missions et réseaux, une autre résistance », cette forme-là se caractérisant par sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Le décor de la vie clandestine que constituent les réseaux devient rapidement le troisième pôle de la vie clandestine dont l’un des acteurs majeurs est alors Jean Moulin.
Une première étape va de l’été 1940 à l’automne 1941 ; elle est celle de l’invention de la Résistance et Jean Moulin, par les informations qu’il apporte à Londres, se révèle un atout indispensable. De l’hiver 1941 à l’hiver 1942, mouvements et réseaux se diversifient, dont certains autour de l’envoyé du général de Gaulle. L’année 1943 correspond au moment où Giraud concurrence directement le pôle « gaulliste », constitué en partie par Jean Moulin.
Après avoir passé son bac à la veille du 18 juin 1940, la jeune Tereska Torrès, décide d’aller rejoindre de Gaulle à Londres. À 19 ans, elle s’engage dans le corps féminin des FFL, découvrant la guerre et le Blitz, la lâcheté et le courage des adultes, mais également l’amour. Mariée en mai 1944, elle perd son mari Georges, officier de la 2e DB à l’automne 1944. Ce sont ses souvenirs, écrits au jour le jour, qu’elle présente ici. Si elle ignore tout des combats de la Résistance, elle comprend à demi-mots que « nul ne fait la guerre sans se salir les mains ». Ce dont elle souffre par-dessus tout, c’est d’être une femme dans un univers quasi dominé par des hommes. De cette « chronique minuscule », on apprend beaucoup et d’abord que l’Histoire peut aussi être faite d’un empilement de petits faits.
Dominique Veillon
Dentan Paul-Émile, Impossible de se taire. Des protestants suisses face au nazisme, Genève, Labor et Fides, 2000, 134 p., 120 F., 18,29 €.
À travers treize biographies – onze réformés suisses auxquels s’ajoutent Karl Barth et le Néerlandais Visser’t Hooft, secrétaire général du COE en 1948 – l’auteur, journaliste et non historien, éclaire l’attitude de certains Helvétiques durant la guerre. Les engagements des personnalités retenues biaisent néanmoins le propos. Car, si la « neutralité » suisse est sans cesse épinglée, on ne trouve guère d’éléments nouveaux sur la responsabilité des plus hautes instances politiques, diplomatiques ou financières de la Confédération face au nazisme et à la fermeture des frontières en août 1942. En revanche, la synthèse comble un vide entre les personnalités phares de Karl Barth et Roland de Pury (qui ouvrent et ferment significativement le volume). Car, si responsables d’Églises (Alfons Koechlin, Visser’t Hooft), pasteurs (Walter Lüthi, Marcel Pasche, Paul Vogt, Roland de Pury), laïques (Paul de Saugy, Arthur Frey), intellectuels (Karl Barth, Paul de Saussure) ou femmes a priori peu destinées à de telles vocations (Odette Micheli, Gertrud Kurz) sont rentrés en résistance spirituelle, puis militante, enfin active, leurs motivations avaient besoin d’être éclairées. Et ils le sont correctement. On regrettera que l’étude des milieux ait été négligée, mais l’auteur rappelle au moins trois points importants : la difficulté de résister et d’aider les réfugiés juifs face à un État timoré, sinon complice ; l’absence de soutien à l’Église confessante allemande et à ses pasteurs résistants ; la précocité des informations sur les génocides. Quelques documents complètent ce volume sans bibliographie.
Patrick Harismendy
Europe
Barbier Maurice, La modernité politique, Paris, PUF, 2000, 257 p. (coll. « Thémis. Philosophie »), préface de Marcel Gauchet, 138 F., 21,04 €., Ferry Jean-Marc, La question de l’État européen, Paris, Gallimard, 2000, 322 p. (coll. « NRF Essais »), 129 F., 19,67 €.
Le critère fondamental de la modernité en politique, soutient Maurice Barbier, est « la séparation entre l’État politique et la société civile ». On discutera, naturellement, ce distinguo abrupt aux relents d’infrastructure-superstructure. Mais cette candeur laïque donne au livre sa vertu pédagogique et sa force rétrospective : les idées simples font les manuels utiles. Le parcours historique est clairement jalonné, et parfois trop, de la Cité antique à Tocqueville ou Marx, en passant par le christianisme, la Réforme, Hobbes, Rousseau ou Montesquieu. On ne suit pas toujours l’analyse de l’emprise du national sur la modernité politique, quand la « nation ethno-culturelle » de Herder et Fichte est trop systématiquement opposée à la « nation politique » de Sieyès et Renan et que le « nationalisme français » court en droite ligne « de Barrès au Front national ». Mais la fin du livre pose d’utiles questions aux historiens du contemporain. Elle définit utilement le totalitarisme comme rejet du moderne. Elle signale les interférences religieuses qui dégénèrent en « insuffisance » ou déficits de modernité en Israël, en Turquie, en Inde, au Japon et dans toutes les zones d’islamismes où l’on refuse le « Grand Satan » politique. Surtout, elle signale combien l’Union européenne, aujourd’hui, ignore la classique modernité politique : sa démocratie, plus procédurale que substantielle, sa forme purement normative signalent, selon Barbier, une postmodernité en marche. C’est ici que le livre autrement plus foisonnant et subtil du philosophe Jean-Marc Ferry prend tout son sens. Lui aussi est persuadé qu’une construction étatique inédite est déjà engagée, dans cette coalition de fortune (dont l’histoire si singulière serait, décidément, a-hégélienne ?), d’institutions intergouvernementales visant à coordonner des politiques publiques, appliquer des lois communes, libérer la circulation des personnes, faire valoir des droits individuels contre les États-Nations. Toutefois, il soutient que cette entité politique en gestation, cosmopolite et décrochée des modes de penser le cours de l’Histoire, n’aboutira pas si une communauté morale – et non plus de destin – ne vient pas l’étayer. Il soutient donc que les chantiers ouverts sont ceux d’une Constitution sociale de la Communauté (droit à un revenu de base), d’une culture politique commune (grâce à une Charte européenne de l’audiovisuel) et même d’une communauté des origines (par une réévaluation critique des mémoires nationales).
Finalement, conclut J.-M. Ferry, tout « dépend au premier chef de l’aptitude des peuples d’Europe à reconsidérer leur passé, à réévaluer leur histoire et à décentrer leur mémoire en conséquence, à engager, autrement dit, une histoire réfléchie du rapport à leur propre histoire, sans craindre de déstabiliser le narcissisme national ». Une « nouvelle histoire » paraît « timidement s’enclencher ». Postmoderne, il va de soi…
Jean-Pierre Rioux
Jeanneney Jean-Noël (dir.), Une idée fausse est un fait vrai. Les stéréotypes nationaux en Europe, Paris, Odile Jacob, 2000, 230 p., 145 F., 22,11 €., Fumaroli Marc, Bonnefoy Yves, Weinrich Harald, Zink Michel (dir.), Identité littéraire de l’Europe, Paris, PUF, 2000, 224 p. (coll. « Perspectives littéraires »), 139 F., 21,19 €.
Cocasses ou inquiétants, les stéréotypes nationaux ont eu longtemps la vie belle et, à l’abri de chaque frontière de l’Europe, les comportements collectifs, l’éducation, les médias, ont été marqués par leurs clichés et leurs clins d’œil, de génération en génération. Le mérite du colloque organisé en 1999 et si promptement édité par Europartenaires, la Fondation Friedrich Ebert et la Fondation Jean-Jaurès
[1] est d’avoir su dépasser ce constat banal en organisant la discussion autour de l’idée la plus simple et la plus opératoire en histoire comparée : le stéréotype en dit plus sur le locuteur que sur l’Autre ainsi raillé, il est un vrai baromètre de l’identité nationale. Il y a « une profondeur du dérisoire » (Jean-Noël Jeanneney). On trouvera donc dans ce petit livre, outre maints aperçus sur l’historiographie du sujet, de piquantes réflexions sur des moments de basculement (la pacification du stéréotype pendant les
sixties, par Jean-François Sirinelli), sur les meilleurs vecteurs (la caricature par Christian Delporte, le sport par Jean Lacouture, la télévision par Isabelle Veyrat-Masson, Helmut Thoma et Jérôme Clément), sur le rôle de l’école et de ses manuels, ou sur les éternelles scènes de ménage des vieux couples franco-allemand et franco-anglais. Mais il devient tout à fait passionnant quand on y lit l’idée d’avenir, qui pourrait d’ailleurs régenter aussi une histoire rétroactive à mettre en chantier : ces idées reçues ont été en si constant décalage avec les évolutions culturelles qu’il n’est pas déplacé de songer, aujourd’hui, à s’en emparer pour faire piquer au vif une Europe des cultures nationales en copropriété ou à tout le moins en cohabitation.
C’est pour un enracinement lui aussi sans jalousie ni raillerie que plaide de son côté Marc Fumaroli, maître d’œuvre d’une autre édition de colloque, sur l’Europe des lettres depuis l’Antiquité. Au chapitre contemporain, on retiendra de beaux textes de Jean-Yves Tadié sur la culture européenne de Proust, de Jacques Le Rider sur nos dettes à l’Europe centrale littéraire ou de Carlo Ossola sur le peuple chez Ungaretti et Pasolini. Pierre Rosanvallon, par un solide retour à ses chers auteurs du premier 19e siècle, maintient à juste titre qu’on peut réfléchir à l’Europe comme une forme et la penser comme une collectivité à condition de savoir, comme hier, que la constitution du demos démocratique et le développement des idéaux européens participent du même élan. Refaire la nation et construire l’Europe vont de pair. Joyce et Kazantzakis, après tout, ont repris l’Odyssée.
Jean-Pierre Rioux
Schnapper Pauline, La Grande-Bretagne et l’Europe. Le grand malentendu, Paris, Presses de Sciences Po, 2000, 218 p., 118 F., 17,99 €.
Les désaccords entre la Grande-Bretagne et ses voisins du continent au sujet de l’Europe ne sont pas récents et ont déjà fait l’objet d’un certain nombre d’études. L’originalité de l’ouvrage de Pauline Schnapper consiste dans le choix de l’éclairage – ou plus exactement des éclairages – pour expliquer ce « malentendu ». L’auteur aborde le thème à la fois sous les angles historique, géographique, politique et social. Elle entreprend d’abord d’étudier le caractère britannique en fonction de l’histoire du pays, de ses traditions, de sa culture et du rôle – réel ou imaginaire – joué par l’insularité. Ce travail préalable lui permet d’analyser la politique officielle du Royaume-Uni face à la construction et au développement de l’Europe. Cependant, Pauline Schnapper ne se contente pas d’examiner l’évolution des actions des gouvernements et leurs conséquences intérieures ou extérieures. Elle observe l’importance de la question de l’Europe au sein du parti au pouvoir et de celui de l’opposition, mais elle s’intéresse également à la position adoptée par la presse, l’opinion publique ou les syndicats. Le recoupement de ces différents points de vue donne une perception plus globale et sans nul doute plus objective de l’attitude britannique face à l’Europe.
Tiphaine Granger
Béraud Alain, Faccarello Gilbert (dir.), Nouvelle Histoire de la pensée économique, t. 2, Des premiers mouvements socialistes aux néoclassiques, t. 3, Des institutionnalistes à la période contemporaine, Paris, La Découverte, 2000, 614 p., 320 F., 48,78 € ; 525 p., 295 F., 44,97 €.
Viennent de paraître les tomes 2 et 3 de la Nouvelle Histoire de la pensée économique, rédigée par trente-deux spécialistes français et étrangers. Les huit années écoulées depuis la parution du tome 1 (Des scolastiques aux classiques, 1992), sont révélatrices de l’ampleur de la tâche accomplie. Traditionnellement, les ouvrages français d’histoire de la pensée économique sont rédigés par un auteur qui cherche à faire une synthèse des grands courants de pensée en économie en identifiant des périodes qui marquent la construction de la discipline. Avec cette Nouvelle Histoire de la pensée économique nous disposons d’un travail original et beaucoup plus ambitieux. Original, car chaque chapitre est traité par un spécialiste qui adopte une démarche analytique avec de courtes biographies des principaux économistes et une présentation des principales controverses ainsi qu’une mise en perspective à travers les recherches en histoire de la pensée. On remarque aussi que chaque tome combine une approche chronologique, thématique et par grands courants de pensée. Ambitieuses et rigoureuses sont les analyses des chapitres du tome 2 consacrés à Marx et aux « controverses autour du Capital » ou celles des tomes 2 et 3 qui, à partir d’une présentation détaillée des approches des fondateurs de la théorie néoclassique, exposent les différentes étapes de la construction du modèle d’équilibre général. Il est intéressant de suivre les analyses sur la monnaie, sur le taux d’intérêt et sur la théorie du capital pour comprendre comment dans un contexte de construction de la théorie néoclassique émergent des analyses prékeynésiennes qui ouvrent la voie à une théorie macroéconomique. Cet essor de la macroéconomie à partir de la théorie du cycle et de l’économie monétaire permet de mieux comprendre le caractère novateur des analyses de Keynes et en même temps la difficulté pour intégrer ses analyses dans cette branche de l’analyse économique qui se constitue après 1945 en discipline autonome avec la recherche d’une synthèse entre keynésiens et « classiques ». On est frappé par la richesse des analyses économiques qui se développent entre la fin du 19e siècle et les années 1930 ; c’est à la fois un foisonnement dans les orientations théoriques avec les marginalistes, les historicistes, les institutionnalistes, les marxistes… mais aussi un grand dynamisme dans la constitution d’écoles que l’on identifie comme étant allemande, autrichienne, suédoise, cambridgienne, norvégienne…
On peut regretter de ne pas trouver du côté de la microéconomie des repères plus précis permettant de voir comment se constituent des champs de recherche comme ceux de l’économie publique, de l’économie industrielle ou de l’économie financière, mais cela aurait conduit à alourdir l’ouvrage dans une voie déjà esquissée avec les chapitres consacrés aux théories des relations économiques internationales et à l’économie du développement. Il reste à signaler la qualité des références bibliographiques à la fin de chaque chapitre, véritable incitation à poursuivre la lecture à travers les articles et les ouvrages qui permettent de prolonger les analyses engagées dans cette Nouvelle Histoire de la pensée économique.
Pascal Le Merrer
Seknadje-Askénazi Enrique, Roberto Rossellini et la seconde guerre mondiale, Paris, L’Harmattan, 2000, 263 p. (coll. « Champs visuels »), 140 F., 21,34 €.
Cet ouvrage s’attache à une pérode controversée (1941-1943) de la carrière du cinéaste italien Roberto Rossellini. Généralement, les historiens du cinéma divisent celle-ci en deux périodes distinctes : au cours de la première, qui va des débuts jusqu’à 1943, le cinéaste réalise trois films au service de la propagande fasciste (La nave bianca, Un Pilota ritorna, L’uomo dalla croce) ; la seconde débute en 1944, quand Rossellini s’engage délibérément dans une dénonciation de l’oppression nazie et fasciste tout en glorifiant le combat du peuple (Roma citta aperta, Païsa, Germania anno zero). Ce revirement serait à rapprocher de celui de bon nombre d’intellectuels italiens, qui avaient adhéré au fascisme ou s’en étaient accommodés et qui, au moment de son effondrement, sont passés à la Résistance. La mise en évidence d’images contradictoires, dans les trois premiers films, montre que Rossellini, tout en refusant d’introduire des références explicites au fascisme, a réalisé des productions de tendance réaliste et documentariste qui ont pu être récupérées par le régime et mises à son service mais qui, néanmoins, participent de la lente gestation de son « néoréalisme ». La vie clandestine que le réalisateur a menée entre 1943 et 1944 lui a permis de se réhabiliter, mais l’étude comparative entre L’uomo della croce et Roma citta aperta montre que le passage de la compromission à la rédemption n’a pas été brutal, et que l’évolution du réalisateur est contemporaine de L’uomo della croce. C’est à la sociologie du cinéma que Enrique Seknadje-Askénazi emprunte sa conception de l’analyse. Le cinéma de Rossellini ne peut être isolé ni du contexte culturel ni des préoccupations de son temps telles qu’elles étaient exprimées par les intellectuels et les gens de cinéma. Cet ouvrage n’exhume aucune archive inédite, mais pose un regard neuf sur ces six films en les confrontant aux textes qu’ils ont suscités et aux propos du réalisateur. Reste un regret : celui de voir abordé trop succinctement le cadre institutionnel mis en place par le pouvoir fasciste dans lequel les premières productions s’inscrivent. Quelles étaient notamment les contraintes imposées par l’État ? Était-il facile de les contourner ? Quelle a été la réaction de la censure au moment de la délivrance des visas ? Comment ces œuvres furent-elles perçues par les journalistes ? Bénéficièrent-elles d’une large diffusion ? Correspondaient-elles à l’horizon d’attente des spectateurs ? Le recours à l’analyse comparative avec la situation d’autres cinématographies européennes aurait permis d’élargir le débat sur l’engagement des cinéastes du temps de la guerre et de mieux souligner encore la singularité de Roberto Rossellini.
Jean-Pierre Bertin-Maghit
Gentile Emilio, Fascismo e antifascismo. I partiti italiani fra le due guerre, Florence, Le Monnier, 2000, 545 p., Quaderni di storia fondati da Giovanni Spadolini, 32000 L., 16,58 €.
Emilio Gentile, éminent spécialiste de l’Italie giolittienne et fasciste, nous offre avec Fascismo e antifascismo un remarquable essai dont la principale originalité est d’entrecouper l’analyse, sans en rompre le rythme ni la logique, de 86 documents, pour certains connus (discours de Mussolini à la Chambre des députés le 16 novembre 1922) et pour d’autres très rarement cités (projet de statut général du Parti national fasciste élaboré par Farinacci en juin 1925). Ce livre possède aussi un appendice de 97 pages dans lesquelles sont présentées des données statistiques sur les élections nationales de 1921 à 1943, sur les familles politiques non fascistes et enfin, dans une troisième section, sur le Parti national fasciste. Une bibliographie raisonnée de 35 pages renforce l’intérêt hautement didactique de cet ouvrage. Avec un grand souci de clarté et une grande réussite pédagogique, E. Gentile étudie en 10 chapitres l’histoire des partis politiques italiens de 1918 à 1941. Cette analyse centrée sur le thème des formations partisanes, qui est de nouveau au cœur de l’historiographie politique italienne, permet d’éclairer à partir d’une même approche – cette constance dans le choix d’une méthode est suffisamment rare pour être soulignée – l’évolution des fascismes et des antifascismes. Gentile ne renouvelle certes pas l’histoire de cette période, comme il a pu le faire dans plusieurs autres de ses essais, mais il en réussit une synthèse très claire, très documentée et très à jour. Il fixe en particulier avec maestria les différences internes, structurelles et évolutives entre les fascismes, d’une part, et les antifascismes, d’autre part. Cet ouvrage a toutes les qualités pour devenir un instrument de travail incontournable.
Jean-Yves Frétigné
Asie
Markovits Claude, Gandhi, Paris, Presses de Sciences Po, 2000, 280 p. (coll. « Références/Facettes »), 84 F., 12,81 €.
Rares sont les ouvrages non militants sur Gandhi et la non-violence. Saluons à cet égard celui de Claude Markovits dans la nouvelle collection des Presses de Sciences Po. Les biographies de Mohandas Gandhi (1869-1948) se comptent par centaines et pourtant l’auteur n’hésite pas à parler d’un « échec » du genre pour cette figure prééminente du 20e siècle qui, à bien des égards, nous reste énigmatique. Le mérite de cet essai est d’entreprendre, dans sa première partie, une analyse des « images » voire des « icônes » de Gandhi, vu aussi bien comme « un bolchevique, un fanatique, un excentrique, un révolutionnaire, un saint, un avatar de la divinité ». L’auteur nous donne des clés pour comprendre les représentations contradictoires de Gandhi en Occident (figure christique) et en Inde (père spirituel de la nation quelque peu désincarné). La deuxième partie s’attache à « retrouver le Gandhi de l’Histoire derrière celui de la légende ». L’auteur s’intéresse notamment à la construction de son identité indienne de « patriote » en accordant une grande importance à sa période sud-africaine. Claude Markovits voit plutôt Gandhi comme un « intellectuel victorien » dont le paradoxe est d’avoir su mobiliser, à travers un répertoire symbolique particulièrement riche, les masses indiennes vers le projet de l’indépendance nationale. Il réussit à situer l’évolution de la pensée et de l’action du « Mahatma » (« grande âme ») dans son contexte historique, y compris celui de la longue durée. En revanche, les passages sur la non-violence souffrent de certaines lacunes, dès lors que l’auteur porte des jugements généraux sur cette notion, en dehors du contexte indien. Mais son approche fondamentale de la non-violence gandhienne, en tant que méthode d’action collective (sans rapport avec le pacifisme) nous semble fondamentalement juste.
Jacques Sémelin
Brocheux Pierre (dir.), Du Conflit d’Indochine aux conflits indochinois, Bruxelles/Paris, Complexe/IHTP, 2000, 178 p., 149 F., 22,71 €.
Les guerres d’Indochine ont fait l’objet de multiples études. Coéditeur de ces textes, l’IHTP a d’ailleurs consacré un de ses Cahiers au sujet. Réalisé dans le cadre du groupe de travail dirigé par Charles-Robert Ageron à l’IHTP, ce livre ne vise pas à reprendre le thème, mais à éclairer les à-côtés des conflits indochinois. L. Césari étudie les vestiges de l’influence française sur la péninsule de 1954 à 1966. Auteur d’une thèse sur le coût de la première guerre d’Indochine, H. Tertrais montre le déclin de l’influence économique de l’ex-métropole : ainsi 80 % des échanges de l’Indochine se faisait avec la France en 1954 ; à la fin des années 1960 les intérêts français se concentrent au Sud-Vietnam, mais seulement 3 % à 4 % des importations de ce pays viennent de France. Trân Thi Liên prolonge le sujet de sa thèse (sur les catholiques vietnamiens durant la guerre d’Indochine) en étudiant la période Diem. Elle conclut que l’échec de ce dernier ne doit pas être considéré comme l’échec d’une communauté, car celle-ci était loin de former un bloc monolithique derrière Ngo Dinh Diem. P. Brocheux, quant à lui, analyse l’économie nord-vietnamienne (entre 1954 et 1975) et conclut que « la guerre n’avait fait qu’ajourner le défi posé par le développement du système néo-stalinien ». En spécialiste du droit international, Monique Chemillier-Gendreau rend compte d’une longue suite de problèmes territoriaux entre Vietnam, Laos et Cambodge. Thème repris pour ce dernier pays dans la contribution de Ch. Meyer. L’historien berlinois Th. Engelbert traite d’un aspect obscur de la guerre d’Indochine : les efforts des communistes vietnamiens pour créer un mouvement révolutionnaire dans le royaume de Sihanouk ; sur les liens entre cette phase et la dictature sanglante des Khmers rouges, l’auteur se montre d’une grande circonspection.
Jacques Dalloz
Histoire urbaine
Abram Joseph, Du chaos à la croissance (1940-1966), t. 2 de Gérard Monnier (dir.), L’architecture moderne en France, Paris, Picard, 1999, 327 p., 275 F., 41,92 €.
Joseph Abram dresse dans ce livre le portrait d’une période paradoxale qui commence dans un pays en ruines et s’achève avec l’euphorie de la construction industrielle de masse, dopée par une croissance économique sans précédent. Ici comme dans les deux autres tomes de l’histoire de l’architecture moderne, la production architecturale est placée dans son contexte administratif, légal, historique et politique. Sur cette scène historique, l’auteur nous présente les acteurs : les architectes y ont une place de choix, mais aussi les ingénieurs, les maîtres d’ouvrages, les entreprises et même les habitants, souvent oubliés dans le discours sur l’architecture. Le territoire couvert est celui de la France des années 1940 et 1950 : il comprend ainsi logiquement son empire colonial, lieu d’expériences innovantes. Le livre s’attache avec pertinence à démontrer qu’il existe bien une architecture moderne en France : on ne s’étonnera donc pas de ne pas y trouver l’expression « style international », si populaire ailleurs. À la suite des études de René Jullian et de Maurice Besset sur la même période, ce livre militant et démonstratif fait la synthèse des nombreuses études monographiques avec l’ambition de présenter un panorama complet, cohérent et équilibré, de l’architecture de cette période. La volonté de faire un manuel a fait opter pour une présentation un peu austère, sans séduction inutile, mais qui sert la clarté du propos. Les illustrations, toujours de qualité, sont traitées comme de véritables documents : systématiquement commentées, elles permettent au lecteur de mieux appréhender les formes de l’architecture. Des outils critiques complètent le texte : bibliographie thématique, index des personnes, des institutions et des lieux, notices biographiques. Malheureusement, l’absence de renvois précis vers la bibliographie isole celle-ci du texte.
Le regroupement thématique de l’ouvrage montre la cohérence d’une période qu’on serait à tort tenté de scinder entre reconstruction et croissance. Un chapitre est consacré à la Reconstruction, origine et laboratoire des mécanismes de la production architecturale de la seconde moitié du 20e siècle, mais la place de la Reconstruction est un peu sous-évaluée dans la production d’œuvres architecturales marquantes. Ainsi l’auteur ne signale pas toujours que les bâtiments commentés font partie d’un programme de reconstruction, comme la chapelle de Ronchamp ou l’université de Caen. Ne pas faire une histoire de l’architecture exclusivement à partir des grands hommes ou des grands monuments impliquait de traiter la question du logement à part entière. Ce thème abondamment étudié est un point fort du livre. Le logement de masse est mal connu et il est urgent que les historiens lui donnent enfin la place qui lui revient. L’auteur aborde aussi de front les problèmes des grands ensembles et propose une lecture de leur échec actuel. Dans un débat où les contrevérités sont courantes, la voix de l’historien doit se faire entendre pour apporter un point de vue distancié, ce que fait Joseph Abram avec pertinence et clarté.
Ce livre de synthèse fait donc le point de la recherche sur trente années essentielles de l’architecture du 20e siècle. Tirant parti avec brio des études existantes, il réussit à dresser un panorama remarquablement équilibré, donnant en particulier une place de choix aux grands ensembles et au logement qui sont l’essentiel de l’héritage de la période. Un manuel pour les étudiants bien sûr, mais aussi pour les chercheurs confirmés et qui restera longtemps la référence la plus claire et la plus documentée sur l’architecture des « Trente Glorieuses ».
Patrice Gourbin
Levy-Vroelant Claire (dir.), Logements de passage. Formes, normes, expériences, Paris, L’Harmattan, 2000, 297 p., 170 F., 25,92 €.
Cet ouvrage collectif livre les principaux résultats d’un séminaire pluridisciplinaire, tenu en 1998 au Centre de recherche sur l’habitat, sur les fonctions et les usages de l’hébergement depuis le 18e siècle. À partir d’une définition minimale – être hébergé, c’est ne pas avoir de chez-soi –, les différentes contributions montrent la permanence et l’évolution des hébergés au fil du temps, du vagabond d’autrefois au sans domicile d’aujourd’hui, ainsi que les divers modes d’intervention des pouvoirs publics à leur égard, entre répression et sollicitude. Car le logement provisoire – décliné du garni au bidonville – a existé à toutes les époques, accueillant chez les parents, le conjoint, l’employeur, l’hôtelier ou le propriétaire de meublé, ceux qui ne pouvaient momentanément avoir de toit. Alors qu’il est relativement aisé d’analyser les politiques publiques visant à contrôler ce marché immobilier, l’aspect social du phénomène se dérobe à l’étude, tant les instruments de mesure (recensements, enquêtes de l’INSEE) buttent sur la complexité des critères de l’hébergement temporaire et de ses bénéficiaires. Il reste néanmoins un objet favori de la sociologie, du Hobo de Nels Anderson paru en 1923 à l’étude d’Andrée Michel sur le logement dans la région parisienne de 1959. L’originalité de ce recueil, dans la lignée de ces travaux, est d’avoir suivi sur une longue durée et dans des espaces variés (des migrants Soninkés aux Mexicains de Californie, des garnis parisiens de la fin du 19e siècle aux bidonvilles des années 1960), la perception négative de ce mode d’habiter, jamais considéré comme un véritable domicile, ainsi que les effets des pouvoirs publics, contrôlant logeurs et logés, à défaut de pouvoir l’éradiquer. Il est particulièrement intéressant, de ce point de vue, de suivre l’arsenal réglementaire mis en place depuis un quart de siècle pour venir en aide aux populations frappées par la crise économique qui a sévi pendant cette période. L’histoire des Centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) montre les enjeux du droit au logement et les illusions sur la toute-puissance de l’État providence. Malgré la variété des aides et l’éventail des solutions, avoir un toit, à la fin du 20e siècle, est un privilège inégalement partagé.
Danièle Voldman
Société, culture et politique
Chanet Jean-François, Les félibres cantaliens. Aux sources du régionalisme auvergnat (1879-1914), Clermont-Ferrand, Éditions Adosa, 2000, 349 p., prix non indiqué.
Le Félibrige est né en 1854, près d’Avignon, avec Mistral. Le mouvement n’a gagné les hauteurs auvergnates qu’avec un grand retard dans la « conscience d’oc », en 1894. C’est ce moment que Jean-François Chanet saisit pour auscultation, dans ce livre issu directement du mémoire de maîtrise qu’il fit naguère sous la direction de Maurice Agulhon.
On y fera, entre autres, la connaissance d’une poignée d’hommes associés pour empatoiser Marianne et offrir ainsi à la nation des provinces perdues et de la grande hécatombe de 1914-1918 l’hommage de leur petite patrie auvergnate, lieu de sociabilités rurales, matrice de rêves pour immigrés à Paris comme en Espagne. Arsène Vermenouze et l’abbé Courchinoux, catholiques ralliés et pas si « réacs » qu’on pourrait penser, Louis Delhostal, l’instituteur laïque fou de dialecte (ce « latin du pauvre », disait-il, irremplaçable voie d’accès au français), le sénateur radical Eugène Lintilhac si éloigné de tout « jacobinisme », ont fait de l’élitisme bien involontaire : 200 à 350 fidèles, tout compte fait dans cette province où les notables culturels resteront rares mais où le bilinguisme constitutif fut si vivace et si probant. Nonobstant, leur action, minutieusement et superbement décrite par J.-F. Chanet, laisse fortement à penser sur les rapports entre l’Église et l’École, la gauche et le régionalisme à la Belle Époque, le national et le local dans l’élaboration d’un républicanisme à très bonne hauteur volcanique, dont l’écho roulera jusque chez les bougnats de la Bastille et alentours.
Jean-François Chanet a, dès l’origine de sa vocation d’historien, bien travaillé à la mise à l’honneur de ces petites patries dont il a fait son pain quotidien. Que la première référence du livre revienne à Alexandre Vialatte (dont « Bouquins » vient d’assurer une somptueuse édition complète des « Chroniques » de La Montagne) est en outre un très bon signe d’authenticité pour cette histoire piquante et roborative comme la gentiane et dont l’auteur sait depuis lors entretenir le secret.
Jean-Pierre Rioux
Rolland Denis, Louis Jouvet et le théâtre de l’Athénée. « Promeneurs de rêves » en guerre de la France au Brésil, Paris, L’Harmattan-Institut universitaire de France, 2000, 448 p., 220 F., 33,54 €.
Louis Jouvet partit en tournée théâtrale à plusieurs reprises durant la période de l’Occupation. Le plus célèbre des quatre membres du Cartel, laissant son théâtre parisien de l’Athénée entre les mains jugées solides de Pierre Renoir, joua en Suisse, en zone libre, puis, en passant par l’Espagne et le Portugal, en Amérique latine de 1941 à 1945. C’est cette histoire que Denis Rolland retrace ici ou, plus précisément, dans ce premier volume, le passage de la France au Brésil entre 1940 et 1941. Un second tome traitera du séjour en Amérique latine de 1941 à 1945. Tout l’intérêt de l’ouvrage réside dans la confrontation entre la mémoire et la réalité. Mémoire magnifiée d’un exil volontaire ; mémoire « résistantialiste » permettant de reconstruire favorablement l’histoire des institutions qui ont soutenu le projet ; mémoire d’un succès formidable ; mémoire brésilienne plus mitigée, mais aussi plus estompée, tant reste marginal aujourd’hui le souvenir du passage de Louis Jouvet et des siens sur les terres américano-latines. Réalité beaucoup plus incertaine, explicable en grande partie par l’exceptionnalité des circonstances. Patiemment, l’auteur multiplie les interrogations pour comprendre les motivations qui ont poussé Louis Jouvet à s’engager outre-Atlantique dans des tournées financées par le régime de Vichy. En réponse, il fournit des analyses nourries par des recherches tout à la fois variées et fouillées.
Si le livre n’évite pas toujours quelques répétitions, l’ensemble emporte néanmoins l’adhésion par le soin de l’argumentation et la problématisation du propos. Ainsi, moins qu’un exil volontaire, exalté par toute une légende dorée, la tournée apparaît plutôt comme un moyen de continuer à jouer, envers et contre tout, hors des contraintes imposées à Paris, notamment en matière de répertoire. L’Amérique latine constitue moins un choix initial qu’une solution de remplacement, à défaut de l’Amérique du Nord. Mais, parce que le relais d’une élite cultivée y est tangible, et aussi parce que l’organisation de la tournée peut ici bénéficier de l’aide précieuse de Marcel Karsenty – auquel est emprunté le sous-titre poétique de « Promeneurs de rêves » –, le sous-continent se présente finalement comme un espace privilégié pour faire du théâtre. Cependant, si le régime de Vichy subventionne largement la tournée sur les terres latino-américaines, par l’intermédiaire de l’AFAA et du Service des œuvres des Affaires étrangères, Louis Jouvet n’apparaît jamais comme un artisan d’une quelconque propagande politique, mais se manifeste davantage comme un ambassadeur culturel de choix pour un régime qui cherche à mettre en valeur les atouts de la culture nationale. En l’occurrence, le répertoire retenu par Louis Jouvet, fondé sur les pièces classiques, notamment celles de Molière, mais aussi sur les œuvres d’auteurs français de l’entre-deux-guerres convient parfaitement. L’ouvrage de Denis Rolland s’inscrit ainsi dans une triple perspective d’histoire culturelle, politique et des relations internationales : l’histoire d’une troupe de théâtre au travail ; l’histoire d’une propagande culturelle extérieure ; l’histoire du rayonnement de la culture française dans un espace non francophone.
Pascale Goetschel
Chartier Anne-Marie, Hébrard Jean, Discours sur la lecture (1880-2000), Paris, Bibliothèque publique d’information du Centre Georges-Pompidou, Fayard, 2000, 762 p., 180 F., 27,44 €.
Publié une première fois en 1989, cet ouvrage avait alors rencontré une critique unanime. Née d’une commande de la Direction du livre et de la lecture du ministère de la Culture adressée au Service des études et de la recherche de la BPI, l’enquête collective soulignait la concurrence entre deux modèles de lecture : celui de l’école (lectures imposées, lentes, collectives de textes légitimes) et celui des bibliothèques (lectures libres, rapides, autonomes et d’actualité). La construction du livre articulait sur la durée d’un siècle les trois principaux pôles discursifs que sont les discours de l’Église catholique – qui longtemps donne le ton –, ceux de l’École républicaine et ceux des professionnels de la « lecture publique ». À la fin des années 1980, l’ouvrage s’inscrivait au sein d’un courant de recherches, largement pluridisciplinaire, qui portait un regard nouveau sur les lecteurs et la lecture et témoignait aussi d’une inquiétude partagée par l’ensemble des professionnels sur la baisse de la lecture des livres. Cette édition, publiée par un éditeur commercial qui peut s’appuyer sur un meilleur réseau de diffusion, bénéficie d’une centaine de pages nouvelles consacrées à des dossiers d’actualité : les discours sur l’illettrisme, les discours issus des recherches scientifiques et les discours sur l’informatisation et Internet. Les auteurs concluent sur « les révolutions de la lecture » et participent d’un optimisme inquiet : « Le pire n’est donc pas toujours sûr. De l’inculture d’un temps peut naître la culture d’un autre. » Au total, il faut saluer cette nouvelle édition, contribution majeure à la compréhension de l’histoire culturelle de la France contemporaine.
Philippe Poirrier
Fischer Didier, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours, Paris, Flammarion, 2000, 611 p., 159 F., 24,24 €.
Tiré d’une thèse récemment soutenue à Paris X-Nanterre, cet ouvrage refuse de privilégier des moments forts comme Mai 68 – qui ne marque ni l’irruption des étudiants dans la vie politique française ni l’émergence d’une parole étudiante sur la scène publique – et préfère appréhender le milieu étudiant sur le temps long, de l’entre-deux-guerres à nos jours. Ce faisant, Didier Fischer repère des permanences lui permettant de récuser certaines idées reçues. Le rapport des étudiants à la politique n’a pas beaucoup évolué en cinquante ans. Objets de méfiance, les partis ont toujours été ignorés par des étudiants qui préféraient s’engager autour de figures tutélaires comme Pierre Mendès France. Les étudiants refusèrent les extrêmes pour soutenir plutôt les courants politiques modérés de la gauche et de la droite. L’agitation groupusculaire des années 1960 doit donc être relativisée. En prenant le contrôle de l’UNEF, l’extrême gauche porta d’ailleurs un rude coup à cette organisation syndicale qui avait rassemblé tous les étudiants jusqu’en 1961, notamment à la faveur de son combat contre la guerre d’Algérie. L’ouvrage démonte aussi le discours classique sur l’explosion démographique étudiante de l’après-guerre. C’est moins le baby-boom qui est à l’origine de la forte croissance des effectifs universitaires que la progression de la scolarisation et l’allongement des cursus. Une forte demande sociale générée par les besoins de la croissance et la valorisation du diplôme a entraîné une massification de l’Université, bien mal gérée par les pouvoirs publics.
Didier Fischer s’en prend enfin au mythe de « l’héritier », cher à Pierre Bourdieu. Loin de se limiter aux enfants gâtés de la bourgeoisie dont elle aurait reproduit les privilèges, l’Université de l’après-guerre se caractérisait par une grande hétérogénéité sociale et politique. Caisse de résonance de la société française, l’Université ne fut pas pour autant le moteur d’une quelconque transformation du pays. Elle accompagna les mutations plus qu’elle ne les initia. Certes, l’ouvrage hésite parfois entre une analyse sociologique, voire anthropologique, du milieu étudiant et une étude plus politique des engagements propres à cet univers. L’auteur aurait pu s’intéresser davantage à la droite étudiante, limitée ici aux seuls jeunes du RPF, et noter la riche postérité politique d’anciens responsables syndicaux. On déplorera aussi l’absence d’illustrations : images, cartes, tableaux et graphiques. Mais cette étude précise, qui exploite des archives ministérielles, des papiers de l’UNEF et de la MNEF et des entretiens réalisés par l’auteur, est écrite dans une langue alerte qui alterne avec bonheur l’anecdote savoureuse et l’analyse de fond. Elle fera désormais référence sur un sujet donnant lieu à bien des clichés et inexactitudes.
François Audigier
Bréchon Pierre (dir.), Les valeurs des Français. Évolutions de 1980 à 2000, Paris, Armand Colin, 2000, 280 p. (coll. « U »), 140 F., 21,34 €.
Cette enquête a repris en 1999 la plupart des questions posées en 1981 et 1990 à un gros échantillon de Français et de ressortissants de neuf pays d’Europe occidentale. Après Les valeurs du temps présent publiées sous la direction de Jean Stoetzel (PUF, 1983) et Les valeurs des Français publiées sous celle d’Hélène Riffault (PUF, 1994), voici le point ultime d’une évolution fin de siècle, qui confirme ce qu’avançaient les travaux sociologiques moins statistiques de Mendras, de Dirn ou de Galland et Lemel. Cette radioscopie, il va sans dire, est dès à présent un instrument de travail de grande importance, dont les tableaux commentés (sous onze chapitres détaillant les différents registres de valeurs et les grandes tendances transversales) chiffrent enfin les discours dominants sur l’évolution mentale et civique des Français. Mais sans les inverser. Il ressort en effet de l’enquête que le pays est passé d’une morale de principe à une morale « en situation » étroitement rapportée au seul bonheur de l’individu, sous le double effet, surtout chez les jeunes, d’une évolution de l’institution familiale, vouée beaucoup plus qu’auparavant aux relations exclusivement affectives, et d’un effondrement des valeurs religieuses promues naguère par le catholicisme dominant. Seule la vie privée épanouit, la société reste une réalité dont on redoute la dureté sans chercher à l’assouplir : l’aménagement hédonique de la niche relationnelle mobilise bien plus les énergies que le dessin d’un avenir collectif. L’individualisation des valeurs s’oppose désormais à tout esprit de système, les attitudes priment sur les appartenances. Les seules variables sociologiques qui conservent un pouvoir explicatif sont le niveau de revenu et le niveau d’études : l’argent et le savoir sont les meilleurs régulateurs d’une vie sociale disloquée.
Des tendances lourdes observées dès 1975 sont confirmées elles aussi : acceptation du moteur libéral de l’économie, meilleur rapport au travail, lien très distendu avec le politique, valorisation de la tolérance et acceptation de comportements jadis tenus pour déviants, estompage des grandes guerres idéologiques, individualisation tous azimuts. Mais cette dernière ne conduit pas à un rejet du lien social, tout au contraire. Il s’avère en effet que les Français croient davantage à l’autorégulation sociale et qu’ils attendent toujours de l’État une protection sociale, une défense des privilèges acquis et une lutte contre l’insécurité et l’incivilité. La vie privée ne veut pas être passible d’un contrôle social, mais les Français, les plus jeunes compris, sont toujours demandeurs de règles collectives et d’ordre social. L’enquête, prudente et dont le questionnement doit coller à un échantillon européen, ne dit pas si cet ordre-là reste ou non « moral et civique », c’est-à-dire républicain.
Jean-Pierre Rioux
Guy Jean-Michel, La culture cinématographique des Français, Paris, La Documentation française, 2000, 349 p. (coll. « Questions de culture »), 144,31 F., 22 €.
Cette enquête lourde de l’Institut français de démoscopie, par interviews sur échantillon représentatif effectuées en novembre-décembre 1995 pour le Centenaire, commanditée par le Département des études et de la prospective du ministère de la Culture et de la Communication et par le CNC, porte à l’optimisme à l’heure où l’avenir d’une production française de films fait l’objet des lamentations que l’on sait. La fréquentation des salles, à tous les âges, reste en effet l’élément déterminant de la formation du goût et du sentiment d’aimer le cinéma. La télévision a revivifié et profondément cultivé la consommation tout venant. La cassette vidéo est bel et bien le « livre de poche » du cinéma. En un siècle, la culture cinématographique (le concept est strictement analysé, pour la première fois, au début de l’ouvrage) est devenue un bien commun à tous les Français et non pas le privilège du seul million et demi de cinéphiles. Le cinéma reste l’élément majeur et le plus « cultivant » d’une culture de masse dont il a su épuiser tous les effets de saturation sociale. Art pour tous par excellence, il a même créé du lien social. Les enquêteurs ont été frappés en effet par la qualité et la précision des réponses : repérages d’acteurs et de réalisateurs, questions sur l’histoire et les techniques, connaissances des films, légitimation des préférences et des références ; tout trahit une vraie culture, intégrée à l’individu à proportion de son niveau d’études mais imbibant toujours les milieux les plus populaires ou les plus démunis. La sortie en salle a certes chuté de moitié depuis 1930, mais l’école, les ciné-clubs, les cinémathèques ont bien pris le relais et, au passage, appris à ne pas consommer passivement du film à la télévision et sur cassette. Le petit écran est devenu le mode d’acquisition dominant. Néanmoins, la culture d’amont dans les familles et à l’école a été assez forte pour ne pas lui laisser l’exclusivité.
L’ouvrage, il va de soi, fourmille de renseignements précis qui légitiment cette euphorie relative. Les 80 films les plus connus font l’objet de fiches très complètes : on peut ainsi comparer les publics de À bout de souffle et de Orange mécanique, de La haine et de La vache et le prisonnier ; tâter du rural et du parisien ; sexuer l’usage des salles ; tenter de comprendre pourquoi Truffaut est deux fois plus connu que Scorsese et huit fois plus que Tarkovski, etc. Resterait à savoir si cette faveur française se distingue de celle d’autres pays européens. Sur ce point, il faudra attendre que les services d’études de la rue de Valois et du CNC consentent à sortir plus systématiquement de l’Hexagone.
Jean-Pierre Rioux
Intellectuels émigrés
Alter Peter (dir.), Out of the Third Reich : Refugee Historians in Post-War Britain, Londres, Tauris, 1999, 271 p., 39,50 £.
Dans le Royaume-Uni de l’après-guerre un petit groupe d’historiens nés en Autriche ou en Allemagne exerçait une influence importante dans les milieux intellectuels britanniques. Les membres de ce groupe avaient en commun d’être tous réfugiés de l’Europe nazie. Ce livre original retrace leur histoire à travers une série de chapitres autobiographiques.
Les 14 chapitres offrent un témoignage intéressant sur leur vécu. La plupart venaient de familles des classes moyennes, souvent marquées à gauche. Tous étaient confrontés en Allemagne ou en Autriche à la répression à cause des idées politiques de leur famille ou à la persécution à cause de leurs origines raciales. Ils sont partis entre 1933 et 1939, dans de nombreux cas, à la suite de la Nuit de cristal. Après leur arrivée en Angleterre ils ont presque tous servi dans l’armée britannique ou été internés. Leur intégration dépendait de leur capacité à apprendre une langue anglaise qu’ils connaissaient mal avant. Parfois taquinés à cause de leur nationalité, certains ont décidé de changer leur nom pour mieux s’intégrer. Ils avaient déjà fait des études d’histoire et leur choix d’une carrière d’historien n’était que la continuation de leur vie précédente. Mais trouver un poste universitaire en Grande-Bretagne à cette époque n’était pas toujours facile, surtout si l’on parlait beaucoup plus facilement l’allemand que l’anglais. Ceux qui étaient plus jeunes ont fait une grande partie de leur scolarité en Grande-Bretagne, souvent grâce à la charité. Ils avaient deux avantages sur la génération précédente pour trouver un travail d’historien. D’abord, ils avaient fait des études en Angleterre : ils connaissaient donc la langue et adoptaient souvent une approche empirique et britannique de l’histoire. Ensuite, ils ont bénéficié d’une extension du système universitaire dans les années 1960 avec la création de nouvelles universités ambitieuses, à l’esprit ouvert, comme l’Université de Sussex à Brighton. Si certains de ces historiens sont devenus des spécialistes importants de l’histoire britannique – par exemple Geoffrey Elton (né Gottfried Ehrenberg) – la plupart se sont spécialisés dans l’histoire de l’Europe centrale et, de ce fait, ont contribué à rendre les universités britanniques beaucoup plus ouvertes à l’histoire européenne.
Simon Kitson
Mehlman Jeffrey, Émigré New York. French Intellectuals in Wartime Manhattan (1940-1944), Baltimore, The John Hopkins University Press, 2000, 209 p., 38 €.
La littérature historique sur la fuite des intellectuels, artistes, scientifiques allemands et autrichiens dans les années 1930 et au début des années 1940 est considérable. Il n’en est pas de même pour les penseurs français qui ont pu trouver refuge à New York pendant la seconde guerre mondiale. Leur combat a très justement inspiré ce bel ouvrage. Émigré New York ne prétend pas être une analyse exhaustive de la vie et de la pensée de ces intellectuels, mais plutôt une méditation sur certains thèmes : l’exil de la terre natale, l’arrêt d’une vocation, le destin politique de leur pays.
Le livre de Jeffrey Mehlman s’articule autour de huit portraits particuliers d’intellectuels exilés. L’auteur y retrace le travail journalistique de Janet Flanner (Jean Genet) qui était alors le correspondant parisien de l’hebdomadaire The New-Yorker. Les destins de Georges Steiner et de Simone Weil sont évoqués, tout comme ceux d’Antoine de Saint-Exupéry, de Saint-John Perse et de Claude Lévi-Strauss. Il faut cependant reconnaître que, malgré la brièveté de son ouvrage, l’auteur a quelque peu outrepassé le premier mot de son sous-titre : Maurice Maeterlinck était belge (même s’il a longtemps résidé en France), et Denis de Rougemont était suisse.
L’auteur excelle lorsqu’il observe de près la vie et les attitudes de ceux qui défendaient outre-Atlantique les idéaux républicains tandis que leur propre nation subissait les brutalités de l’occupation allemande et les compromissions morales du régime de Vichy. Il montre ainsi que New York était, dans ces années-là, un remarquable avant-poste de la culture française. C’était un centre du symbolisme (personnifié par Maeterlinck), du surréalisme (incarné par André Breton que l’on voit de temps en temps apparaître dans ce livre), du structuralisme et même, un bref moment, de l’existentialisme lorsque Jean-Paul Sartre visita New York au début de l’année 1945 et fut pris pour un héros de la Résistance. Cependant, Mehlman ne situe pas vraiment ces mouvements et leurs représentants dans le contexte particulier de New York, pas plus qu’il ne s’attache à chercher les possibles conséquences, dans l’histoire culturelle française, du séjour des Français à New York pendant la guerre. Spécialiste de littérature française, il n’explore aucun lien ou aucune continuité qui aurait pu s’établir entre les réfugiés français et les intellectuels et écrivains américains qu’ils ont rencontrés. Peut-être les émigrés français étaient-ils différents des immigrants allemands ou autrichiens ? Ils avaient été déracinés ou expulsés d’une façon bien plus choquante et se trouvèrent face à une Amérique qui – de par le flou de sa structure, le rejet des rigidités des traditions du Vieux Monde et une adhésion constante à ce que Tocqueville dénonçait comme « la tyrannie de la majorité » – supposait de leur part un effort d’adaptation plus important que l’exigeait leur situation. Or, ceux que Mehlman dépeint pensaient rentrer ; ils n’avaient donc aucun besoin de s’adapter plus profondément à New York (ou au Nouveau Monde). Dès lors, il n’est pas étonnant qu’il y ait eu si peu d’échanges d’idées. Ce que les émigrés ont emporté avec eux n’était pas foncièrement modifié et Mehlman examine leur « legs » littéraire avec subtilité, en tenant souvent compte des dilemmes politiques que représentaient tout autant l’occupation allemande que l’autorité de Vichy. Il élargit, de ce fait, ce qui reste trop souvent confiné à l’Exilforschung, la recherche sur les réfugiés germanophones.
Stephen Whitfield (Traduit de l’américain par Monique Caminade)
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Agrikoliansky Éric, Les partis politiques en France au 20e siècle, Paris, Armand Colin, 2000, 96 p. (coll. « Synthèse-Histoire »), 42 F., 6,40 €.
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Andrew Christopher, Mitrokhine Vassili, Le KGB contre l’Ouest (1917-1991), Paris, Fayard, 2000, 984 p., 198 F., 30,18 €.
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Angeloff Tania, Le temps partiel, un marché de dupes ?, Paris, Syros, 2000, 226 p., 115 F., 17,53 €.
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Ballmer-Cao Thanh-Huyen, Mottier Véronique, Sigier Léa (textes rassemblés et présentés par), Genre et politique. Débats et perspectives, Paris, Gallimard, 2000, 542 p. (coll. « Folio/Essais »), 60 F., 10,06 €.
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Barreau Jean-Michel, Vichy, contre l’école de la République. Théoriciens et théories scolaires de la « Révolution nationale », Paris, Flammarion, 2001, 358 p., 120 F., 18,29 €.
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Baruch Marc Olivier, Guigueno Vincent, Le choix des X. L’École polytechnique et les polytechniciens (1939-1945), Paris, Fayard, 2000, 350 p., 150 F., 22,87 €.
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Bédarida François et Renée (présentés par), La résistance spirituelle (1941-1944). Les cahiers clandestins de Témoignage chrétien, Paris, Albin Michel, 2001, 412 p. (coll. « Documents »), 125 F., 19,06 €.
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Bégot Danielle, Hocquet Jean-Claude, Le sucre, de l’Antiquité à son destin antillais, Paris, Éditions du CTHS (Comité des Travaux historiques et scientifiques), 2000, 406 p., 250 F., 38,11 €.
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Belot Robert, Paroles de résistants, Paris, Berg International, 2001, (coll. « Écritures de l’Histoire »), 309 p., 120 F., 18,29 €.
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Berdah Jean-François, La démocratie assassinée. La République espagnole et les grandes puissances (1931-1939), Paris, Berg International, 2000, 451 p., (coll. « Écritures de l’histoire »), 159 F., 24,24 €.
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Blais Marie-Claude, Au principe de la République. Le cas Renouvier, Paris, Gallimard, 2000, 436 p. (coll. « Bibliothèque des idées »), 150 F., 22,87 €.
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Bodin Michel, Les Africains dans la guerre d’Indochine (1947-1954), Paris, L’Harmattan, 2000, 240 p. (« Recherches asiatiques »), 140 F., 21,34 €.
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Body-Gendrot Sophie, Les villes, la fin de la violence ?, Paris, Presses de Sciences Po (coll. « La Bibliothèque du citoyen »), 2001, 75 F., 11,43 €.
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Bonin Hubert, 100 mots clés d’histoire économique, Paris, Belin, 2000, 398 p. (coll. « Belin-Sup Éco-gestion »), 149 F., 22,71€.
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Bréchon Pierre, Willaime Jean-Paul (dir.), Médias et religions en miroir, Paris, PUF, 2000, 330 p. (coll. « Politique d’aujourd’hui »), 156 F., 23,78 €.
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Bulletin de l’Institut d’histoire du temps présent, CNRS Éditions, nÅŸ 76, novembre 2000, 160 p.
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Bulletin du CEGES ’30-’50, n° 34, été 2000, 52 p.
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Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz, Bruxelles, Éditions du Centre d’études et de documentation, n° 67, avril-juin 2000, 238 p., 350 BEF.
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Burrin Philippe, Fascisme, nazisme et autoritarisme, Paris, Le Seuil, 2000, 319 p. (coll. « Points-Histoire »), 50 F., 7,62 €.
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Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion, « L’année radiophonique 1930 », Comité d’histoire de la Radiodiffusion, n° 64, avril-juin 2000, 166 p., 50 F., 7,62 €.
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Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion, « L’année radiophonique 1950 », Comité d’histoire de la Radiodiffusion, n° 65, juillet-septembre 2000, 176 p., 50 F., 7,62 €.
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Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, « Les écoles des partis ouvriers au xx
e siècle », n° 79, 2e trimestre 2000, 184 p., 90 F., 13,72 € (France), 100 F. 15,24 € (étranger).
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Cahiers Léon Trotsky, n° 71, septembre 2000, 129 p., 90 F., 13,72 €.
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Calvez Ronan, La radio en langue bretonne. Roparz Hemon et Pierre-Jakez Hélias : deux rêves de la Bretagne, Rennes, Presses universitaires de Rennes/Centre de recherche bretonne et celtique, 2000, 330 p. (coll. « Histoire »), 139 F., 21,19 €.
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Canal Jordi, El carlismo, Madrid, Alianza Editorial, 2000, 500 p. (coll. « Historia »), prix non indiqué.
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Carbonell Charles-Olivier et al., Une histoire européenne de l’Europe. Mythes et fondements (des origines au xv
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Carbonel Charles-Olivier et al. Une histoire européenne de l’Europe. D’une Renaissance à l’autre ? (xv
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e siècle), Toulouse, Privat, 1999, 320 p., 145 F., 22,10 €.
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Carls Stephen D., Louis Loucheur, ingénieur, homme d’État, modernisateur de la France (1872-1931), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2000, 333 p., 170 F., 25,92 €.
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Cercle pour la défense des combattants d’AFN, Mémoire et vérité des combattants d’Afrique française du Nord. Livre blanc, Paris, 2000, 128 p., prix non indiqué.
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Challand Benoît, La ligue marxiste révolutionnaire en Suisse romande (1969-1980), Fribourg, Université de Fribourg (Suisse), 2000, 302 p. (coll. « Aux sources du temps présent »), prix non indiqué.
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Chapoulie Jean-Michel, La tradition sociologique de Chicago (1829-1961), Paris, Le Seuil, (coll. « Références »), 2001, 490 p., 190 F., 28,97 €.
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Chauveau Sophie, L’économie de la France au 20e siècle, Paris, Sedes, 2000, 192 p. (coll. « Campus Histoire »), 89 F., 13,57 €.
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Colonge Paul, Lill Rudolf (dir.), Histoire religieuse de l’Allemagne, Paris, Le Cerf, 2000, 442 p. (coll. « Histoire religieuse de l’Europe contemporaine »), 290 F., 44,21 €.
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Dard Olivier, Daumas Jean-Claude, Marcot François (dir.), L’Occupation, l’État fran-çais et les entreprises, Paris, ADHE, 2000, 487 p., 180 F., 27,44 €.
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Dehée Yannick, Mythologie politique du cinéma français (1960-2000), Paris, PUF, 2000, 306 p. (coll. « La politique éclatée »), 118 F., 17,99 €.
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Dentan Paul-Émile, Impossible de se taire. Des protestants suisses face au nazisme, Genève, Labor et Fides, 2000, 134 p., 120 F., 18,29 €.
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Dessert Daniel, Colbert ou le serpent venimeux, Bruxelles, Complexe, 2000, 170 p. (coll. « Questions à l’Histoire »), 110 F., 16,77 €.
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Déviance et Société, vol. 24, n° 3, septembre 2000, 324 p.
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Direction des Journaux Officiels (préface de Jean-Michel Belorgey), L’avènement de la loi de 1901 sur le droit d’association. Genèse et évolution de la loi au fil des Journaux Officiels, Paris, Les Éditions des Journaux Officiels, 2000, 1 007 p., 250 F., 38,11 €.
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Duchenne Geneviève, Dumoulin Michel (texte réunis par), Vers une Europe élargie. Actes de la chaire Glaverbel d’études européennes (1999-2000), Louvain-la-Neuve, Institut d’études européennes, 2000, 259 p., prix non indiqué.
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Duhamel Éric, Forcade Olivier, Histoire et vie politique en France depuis 1945, Paris, Nathan, 2000, 294 p. (coll. « fac. Histoire »), 139 F., 21,19 €.
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Dupas Alain, Une autre histoire de l’espace, Paris, Gallimard, 2000, 320 p., 139 F., 21,19 €.
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El Gammal Jean, Politique et poids du passé dans la France « fin de siècle », Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2001, 789 p., 250 F., 38,11 €.
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Fayet-Scribe Sylvie, Histoire de la documentation en France. Culture, science et technologie de l’information (1895-1937), Paris, CNRS Éditions, 2000, 314 p. (coll. « CNRS-Histoire »), 150 F., 22,87 €.
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Fischer Didier, L’histoire des étudiants en France de 1945 à nos jours, Paris, Flammarion, 2000, 612 p., 159 F., 24,24 €.
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Fournel Claire, Muzelle Stéphane, Un médecin au front de 1914 à 1918 ou l’incroyable destin, Joué-lès-Tours, Éditions Alan Sutton, 2000, 128 p. (coll. « Évocations »), 120 F., 18,29 €.
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Gabert Michèle, Entrés en Résistance. Isère. Des hommes et des femmes dans la Résistance, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2000, 350 p. (coll. « Résistances »), 180 F., 27,44 €.
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Goureaux Guy, L’occasion manquée d’une école unifiée, Nantes, Siloë, 2000, 220 p., 120 F., 18,29 €.
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Gutton Jean-Pierre, Bruits et sons dans notre histoire. Essai sur la reconstitution du paysage sonore, Paris, PUF, 2000, 186 p. (coll. « Le nœud gordien »), 139 F., 21,19 €.
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Habermas Jürgen, Vérité et justification, Paris, Gallimard (coll. « nrf essais »), 2001, 349 p., 160 F., 24,39 €.