2001
Vingtième siècle
Vingtième siècle signale
Vingtième siècle signale
L’année historiographique
Le dépouillement systématique de quelque 2 000 revues françaises et étrangères – auxquelles s’ajoute l’examen de 277 ouvrages collectifs… – permet aux auteurs de la Bibliographie annuelle de l’Histoire de France d’aligner 13 197 références. Les chercheurs seront heureux de consulter cette bible, qui offre un panorama quasi exhaustif de la production consacrée à l’histoire française. Un outil décidément indispensable qui de surcroît mesure les tendances de l’historiographie actuelle, toujours dominée par l’étude de la IIIe République, mais ouverte aux vents nouveaux des gender studies et de l’Altagsgeschichte (Bibliographie annuelle de l’Histoire de France, 1999, Paris, CNRS Éditions, 2000, 1 044 p.).
Le centenaire de la loi de 1901
C’est bien connu, trop de commémoration tue la commémoration. On « fait mémoire » à tout propos, au fil d’une actualité qui brise incessamment l’intelligence chronologique des faits et gestes commémorés. Voici que l’on entend dire, de-ci de-là, dans le monde associatif, que l’on n’en fait pas assez pour cette vieille grande loi du 1er juillet 1901. Singulière illusion d’optique. Une mission interministérielle a pourtant été installée, avec à sa tête Jean-Michel Belorgey. Elle fait plutôt bien son travail puisqu’on lui doit, entre autres, un beau volume retraçant, grâce au choix éclairé du regretté Jean-François Merlet dans les diverses éditions du Journal officiel, la lente construction de ce « monument de notre législation ». Rassurante illusion d’optique : quoique discret, ou parce que discret, ce livre restera une référence désormais indispensable (L’avènement de la loi de 1901 sur le droit d’association. Genèse et évolution de la loi au fil des Journaux officiels, Paris, Les éditions des Journaux officiels, n° 5950, 2000, 1 007 p., 250 F., 38,11 €).
À l’occasion du cinquième anniversaire de 48/14. La revue du Musée d’Orsay, Yannick Mercoyrol, responsable des publications du musée, annonce l’augmentation de la pagination de la revue, l’ajout de résumés, en anglais et en espagnol, des principaux articles, et la volonté de « diffuser un peu plus largement, en librairie, l’objet de tant de soins ». Cela est souhaitable, en effet, eu égard à la qualité des dossiers présentant les expositions – l’Italie et Signac sont à l’honneur ce printemps –, des études – particulièrement, ce semestre, celles de Philippe Oriol, « Au Temps d’Anarchie », de Georges Roques, « Harmonie des couleurs, harmonie sociale », de Robert L. Herbert, « Signac et les paysages de l’art social », et de Marina Ferretti-Bocquillon, « Au Temps d’Harmonie : une œuvre engagée » – et autres documents. De la belle ouvrage, vraiment (48/14. La revue du Musée d’Orsay, n° 12, Printemps 2001, « Néo-impressionnisme et art social », 114 p., 70 F., 10,67 €).
L’histoire aujourd’hui avec Tocqueville
Raisons politiques, nouvelle revue éditée aux Presses de Sciences Po étudie le « moment tocquevillien » en France qui a ouvert une brèche conceptuelle depuis la fin des années 1970. L’histoire intellectuelle, la relecture de la démocratie, l’étude de l’individualité, le renouveau de l’argumentaire libéral, l’affirmation temporaire de la « deuxième gauche », le rapport France-États-Unis sont à l’honneur, loin du paradigme marxiste et de la tradition sociologique à la française, dans un sillage qui entremêle Lefort et Furet, Aron, Castoriadis et Gauchet. L’histoire contemporaine est très présente, avec notamment un entretien de Pierre Rosanvallon et un débat animé par Marc Sadoun entre Marc Lazar, Krzysztof Pomian et Philippe Raynaud (Raisons politiques. Études de pensée politique, n° 1, février 2001, 229 p., 110 F., 16,77 €. Contacts : tél. 01 44 39 39 60 et
Info@ presses. sciences-po. fr
).
Aux sources du 20e siècle
Les enseignants le savent, trouver des documents originaux à présenter aux étudiants relève trop souvent de la mission impossible. C’est dire si l’ouvrage que dirige Bernard Lachaise vient combler une lacune. Ce recueil présente en effet une petite centaine de pièces, des textes pour la plupart, qui embrassent l’histoire du 20e siècle dans son ensemble. De l’Allemagne aux États-Unis en passant par l’URSS ou le Vatican, le professeur trouvera amplement matière à nourrir ses travaux dirigés – et l’étudiant les aliments nécessaires à sa culture générale (Bernard Lachaise (dir.), Documents d’histoire contemporaine. Le xx
e siècle, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2000, 278 p., 100 F., 15,24 €).
Une visite guidée des idées du 20e siècle
Les éditions Bréal rééditent, dans une version augmentée, la Chronique des idées contemporaines de Joël Roman, conseiller de la direction d’Esprit. À qui doit préparer des cours d’histoire culturelle du 20e siècle, ou cherche des chemins qui ne soient pas seulement les sentiers battus dans les apports et les débats du « siècle des intellectuels », il sera difficile de se passer de cet « itinéraire guidé à travers 300 textes choisis », et généralement bien choisis, avec un louable souci de rendre compte de la multiplicité de traditions, de disciplines et d’écoles qui caractérise ce siècle. Surtout si l’on ajoute que l’index des auteurs cités comporte, pour chacun, quelques indications bio-bibliographiques. Une réserve toutefois : les quelques historiens retenus dans cette anthologie se sont surtout illustrés, précisément, dans le domaine de l’histoire des idées, aux époques moderne et contemporaine. Mais d’autres, pour avoir fait porter leurs travaux sur l’économique, le social ou le politique, dans les mondes anciens et médiévaux, ne se sont pas dispensés de penser, à la lumière (ou dans les ombres) de leur présent, et eussent mérité une petite place (Joël Roman, avec la collaboration de Valérie Marange, Chronique des idées contemporaines, Itinéraire guidé à travers 300 textes choisis, Rosny-sous-Bois, Éditions Bréal, 2000, 1 019 p., prix non indiqué).
Influences maurrassiennes
Sources, Travaux historiques, revue de l’association « Histoire au présent », publie les actes de la table ronde tenue le 27 novembre 1999 à l’université de Nantes sur le rayonnement et l’influence de l’Action française dans le monde. Suisse romande (Alain Clavien, Claude Hauser), Italie (Serge Rossier), Belgique (Cécile Vanderpelen), Portugal (Emmanuel Hurault), et, outre-Atlantique, Québec (Catherine Pomeyrols) et Amérique latine – ce qui obligeait à envisager l’Espagne comme « relais d’influence » (Denis Rolland) : les intervenants nous conduisent donc de l’Europe latine au Nouveau Monde, et il revenait à Jacques Prévotat de tirer les premiers enseignements de ce voyage (Sources, Travaux historiques, n° 53-54, « L’Action française et ses amis étrangers », 2000, 112 p., 160 F.,21,34 €).
La revue Dissidences, « bulletin de liaison des études sur les mouvements révolutionnaires », consacre à ce thème un dossier qui doit beaucoup à Daniel Couret et Jean-Paul Salles. Les bibliographies thématiques sur le trotskysme aux États-Unis et en Amérique latine, les notes présentant les Hoover Institution Archives ou les ressources d’Internet sur le sujet, le « bref historique du mouvement trotskyste américain » et l’évocation de « quelques itinéraires militants » apportent beaucoup d’informations en peu de pages (Dissidences, n° 7, décembre 2000, 56 p., 25 F., 3,81 €).
Nouvelles du Centre d’études slaves
À l’occasion de son premier bilan quadriennal, le Centre d’études slaves de l’université de Paris-Sorbonne lance une Lettre, diffusée à 1 800 exemplaires, où l’on peut prendre connaissance des nouvelles de la recherche, des échos de congrès et de colloques, et autres séminaires ou conférences, ainsi que de l’actualité bibliographique internationale dans ce vaste domaine transdisciplinaire. Son directeur, Pierre Gonneau, annonce d’autre part la création d’un site Internet (
www. etudes-slaves. paris4. sorbonne. fr
), et rend hommage à Serge Aslanoff, le continuateur d’Ernest Denis dans la maison du 9, rue Michelet (Lettre du Centre d’études slaves, 2001, n° 1 (février), téléphone : 01.43.26.66.65, adresse électronique :
revue. etudes. slaves@ paris4. sorbonne. fr
).
L’initiative vient de très loin, mais elle devrait séduire et surtout instruire. Les Amis de Wallis et Futuna lancent, avec toutes les difficultés et toute la vaillance qu’on imagine, la première revue scientifique annuelle du cru, Les Cahiers de Wallis et Futuna. Histoire, géographie, ethnologie (n° 1, mars 2001, 70 p., 2000 FCFP, Collège Sisia, BP 13, 98610 Ono, Futuna). Sous la direction d’Odon Abbal, ces Cahiers souhaitent promouvoir le patrimoine historique et ethnologique de ce territoire insulaire qui a tant souffert de l’isolement scientifique, entre ses grandes sœurs polynésienne et néo-calédonienne. Leur premier numéro, très éclectique, donne en particulier un riche repérage bibliographique sur les deux îles, rassemblé et commenté par Frédéric Angleviel, professeur à l’université de la Nouvelle-Calédonie.
Travaux de l’Institut Pierre-Renouvin
La dernière livraison du Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin (n° 8, automne 1999, 272 p., 50 F., 7,62 €, e-mail : iipr@ univparis1.fr), après un hommage à René Girault, propose dans leur riche et prometteuse diversité des travaux d’étudiants de l’Institut. Ceux-ci portent sur la politique extérieure de l’Autriche, les relations navales franco-italiennes ou les relations culturelles entre Paris et Prague après 1945, la marine dans la crise de Suez, le parcours idéologique des Khmers rouges, la vision de la France à l’étranger à travers la stéréotypique baguette de pain, la « bataille honteuse » (1981-1994) entre MM. Gallo et Montagnier à propos de la découverte du virus du sida.
Le CAHMC (Centre aquitain d’histoire moderne et contemporaine) qui regroupe désormais les quatre anciens centres de recherche de l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3 et que dirige Josette Pontet, publie le n° 1 des Cahiers du Centre. On y trouve un fichier des chercheurs particulièrement précis et détaillé, une liste des travaux et enquêtes en cours, un commentaire des publications, des thèses, des DEA et des mémoires de maîtrise. L’outil est dès à présent indispensable. Contacts : tél. 05 57 12 46 19 ou 05 57 12 44 54 ; fax : 05 57 12 46 19 ; e-mail :
cahmc@ montaigne. u-bordeaux. fr
.
À l’initiative du conseil général, le Centre culturel de la Haute-Loire s’est lancé, avec les moyens du bord et sous l’énergique direction d’Auguste Rivet, dans une histoire du 20e siècle vue du Puy et alentour. Le livre épouse du mieux possible les contours historiographiques actuels dans le choix des thèmes traités, ce qui rompt agréablement avec la structuration habituelle des monographies (sont mis à l’honneur, par exemple, l’automobile, l’essor des communications, le cinéma, le tourisme, le catholicisme, le sport, les associations, la démocratisation de l’enseignement). Le résultat est inégal mais cette initiative devrait faire école, tant est indispensable une histoire-bilan du siècle vue d’en bas, dans le foisonnement de l’initiative et de la résistance locale (1900-2000. Un siècle en Haute-Loire, Le Puy, Cahiers de la Haute-Loire, 2001, 381 p. ; centre culturel départemental, BP 310, 43011 Le Puy-en-Velay, tél. 04 71 05 33 57).
Lire aujourd’hui René Bazin ?
Cette audacieuse question valait bien un colloque. Il s’est tenu le 25 mars 2000 à l’université catholique de l’Ouest et, grâce au concours du conseil général de Maine-et-Loire, les actes sont accessibles dès à présent. Eh oui, La terre qui meurt (roman de 1899 traduit en onze langues, avec un tirage total de 166 000 exemplaires), Les Oberlé (1901, 12 langues et 200 000 exemplaires), Le Blé qui lève (1907, 7 langues et 99 000 exemplaires), pour ne citer que les moins oubliés des vingt romans de l’académicien, méritent d’être revisités par les historiens, autant que les essais et récits de voyage (« Lire aujourd’hui René Bazin ? », textes réunis par Georges Cesbron et Christine Fonteneau, Impacts, revue trimestrielle de l’université catholique de l’Ouest, t. 34, n° 2/4, 2000, Les Éditions de l’UCO et L’Harmattan, 307 p., 75 F., 11,43 €).
La Revue du Nord de la guerre à l’usine
Ainsi présentées, les deux dernières livraisons hors série de la Revue du Nord paraissent conformes aux curiosités traditionnelles des historiens du Nord. Mais en un temps où l’on déplore le francocentrisme excessif de nos études, on ne peut qu’être sensible à l’ouverture internationale de ces curiosités, qui sont celles d’historiens de l’art autant que d’historiens de l’économie et de la société, et au choix des objets d’études qu’elles ont permis de distinguer. On doit la première, Création artistique et architecturale et conflits historiques dans l’Europe du Nord, à François Robichon, qui a obtenu un avant-propos de Raoul Girardet. Le 20e siècle y est bien représenté, de la photographie pendant le premier conflit mondial à La Guerre de Gromaire (coll. « Art et Archéologie », hors série n° 7, 2000, 128 p., 140 F., 21,34 €). Gérard Gayot et Philippe Minard éditent d’autre part les actes du colloque de Roubaix (20-22 novembre 1997), Les ouvriers qualifiés de l’industrie (xvi
e-xx
e siècle). Formation, emploi, migrations. Là encore, longue durée et comparatisme européen sont au rendez-vous (coll. « Histoire », hors série n° 15, 2001, 330 p., 160 F., 21,34 €).
Les civils dans la France en guerre
Par une coïncidence heureuse, et révélatrice, à coup sûr, du renouveau des études sur « l’autre front », la revue Guerres mondiales et conflits contemporains publie un dossier où sont présentés quelques aspects de la vie des civils français pendant les deux guerres mondiales. La première l’emporte nettement par le nombre des contributions. Il faut y voir, suggère Jean-Claude Allain, l’indication d’une tendance actuelle de la recherche. On jugera de la diversité des centres d’intérêt : la censure et le dessin de presse (Françoise Navet-Bou-ron), l’image du poilu dans les music-halls parisiens (Mathilde Joseph), Le Feu de Barbusse comme « dernière cartouche de la propagande de guerre française » (Eberhard Demm), le « mythe de la veuve éternelle » (Stéphanie Petit), les catholiques du diocèse de La Rochelle-Saintes (Jean-Philippe Bon), les étudiants et professeurs de l’université de Lille (Jean-François Condette), les divergences franco-américaines face au délicat problème de la sexualité des soldats (Jean-Yves Le Naour). Viennent ensuite, pour la période 1940-1944, la lutte de Vichy contre les francs-maçons, à partir de l’exemple du département de la Corrèze (Jean-Michel Valade), le mouvement « Redressement français » (Limoré Yagil), et l’attitude de l’administration française face à l’occupant en Seine-et-Oise (Thibault Richard). (Guerres mondiales et conflits contemporains, « Images civiles de la France en guerre », n° 197, mars 2000, 194 p., 130 F., 19,82 €.)
On salue la naissance de CERMA. Cahiers d’études et de recherches du musée de l’Armée (n° 1, 2000, 236 p., 85 F., 12,96 €, musée de l’Armée, service de l’Action pédagogique, Hôtel des Invalides, 129 rue de Grenelle, 75700 Paris 07 SP, tél. 01 44 42 51 73), qui accompagnera désormais l’évolution en cours de cet établissement prestigieux, dont nous avons rendu compte dans notre n° 69, p. 192-193. Cette première livraison reprend, en français et en anglais, les textes défendus lors d’un symposium de novembre 1998 sur « Peindre la Grande Guerre ». Bien peu d’illustrations, hélas, et des textes vraiment très inégaux. Mais on note d’intéressantes contributions, notamment sur les artistes aux Armées (François Robichon), les femmes peintres, les portraits de généraux et, surtout, un vrai souci d’ouverture internationale (Angleterre, Écosse, Slovénie, Portugal, États-Unis, Canada, Argentine).
Utile tir groupé sur les questions de stratégie : trois nouveaux usuels vont rendre de grands services. Le Dictionnaire de la pensée stratégique de François Géré, directeur de la Fondation recherches stratégiques (Paris, Larousse, 2000, 318 p., 110 F., 16,77 €) dit toute la complexité de cette pensée labile. Le Dictionnaire de stratégie, dirigé par Thierry de Montbrial et Jean Klein, ouvre tout l’éventail, d’« action psychologique » à « virtuel » en passant par l’interdiction des essais nucléaires ou l’appel de Stockholm ; il mêle les principes, les théories et les formes stratégiques ; les bibliographies sont particulièrement claires (Paris, PUF, 2000, 604 p., 498 F., 75,92 €). Enfin, sous la direction de Maurice Vaïsse, le Dictionnaire des relations internationales au 20e siècle (Paris, Armand Colin, 2000, 298 p., 140 F., 21,34 €) élargit le propos aux événements, aux hommes et aux institutions internationales, avec un bon système de corrélats.
Quand les éléments étaient (déjà) déchaînés
Entre autres commémorations possibles, en l’an 2000, il en est une du moins que l’actualité météorologique ne risquait pas de laisser oublier, c’est celle des grandes inondations de 1930 dans le Sud-Ouest. De fait, deux publications viennent de revenir sur cette catastrophe nationale, à partir de deux points de vue complémentaires. Dans leur numéro d’avril-juin 2000, les Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion présentent un dossier, établi par Caroline Ulmann-Mauriat et Guy Robert, sur « L’année radiophonique 1930 ». On y trouve une instructive petite étude de René Duval sur « Les pionniers de l’information continue et de la solidarité sur les ondes : Radio-Agen et Radio-Lyon » (Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion, n° 64, avril-juin 2000, 50 F., 7,62 €, p. 63-69). De son côté, Arkheia, la revue d’histoire de Montauban dont nous avons naguère salué la naissance, publie dans son n° 4 un article remarquablement illustré de Dominique Versavel sur « Le voyage de Gaston Doumergue dans le Sud-Ouest inondé » – manière bienvenue de défendre et illustrer une histoire régionale utile à la connaissance et à la compréhension de l’histoire de France (Arkheia, revue d’histoire de Montauban, n° 4, 4e trimestre 2000, 40 F., 6,10 €, p. 26-37).
Philippe Burrin en Points-Seuil
Les travaux que Philippe Burrin a consacrés aux années sombres lui ont valu une notoriété justifiée. Les éditions du Seuil ont eu la judicieuse idée de rassembler quelques articles de l’historien helvète. Le lecteur trouvera ainsi une réflexion sur la crise française, mais également sur le nazisme et la possibilité de comparer le fascisme brun et le totalitarisme rouge. Une réflexion de toute évidente stimulante qui devrait, grâce au format de poche, atteindre un public plus large que les seuls lecteurs des revues spécialisées (Philippe Burrin, Fascisme, nazisme, autoritarisme, Paris, Seuil, 2000, 320 p., coll. « Points-Histoire », 50 F., 7,62 €).
Portrait de Churchill en ami de la France
François Bédarida vient de donner à la revue Historical research un vif petit article sur l’idée que Winston Churchill se faisait de la France. Le sentiment, bien sûr, le lui inspirait autant que la raison : on y apprend ou vérifie qu’il aimait parler notre langue, qu’il admirait notre passé, notre grandeur militaire, mais qu’il sut toujours combiner, dans la direction des relations de son pays et du nôtre, amitié et realpolitik (« Winston Churchill’s image of France and the French », Historical research, vol. 74, n° 183, February 2001, p. 95-105).
En France, après la Shoah
Après deux ans d’interruption, Les Cahiers de la Shoah reparaissent et reprennent comme naguère des textes issus du séminaire d’André Kaspi à la Sorbonne. Le n° 5 (Paris, Les Belles Lettres, 223 p., 110 F., 16,77 €,
www. lesbelleslettres. com
) est consacré à « Survivre à la Shoah. Exemples français ». Il suit deux pistes de recherches : les échappatoires face à la persécution pendant la guerre (la ligne de démarcation, par Éric Alary ; l’Espagne, par Bartolomé Bennassar) et la construction d’un « nouveau Juif » dans la France d’après 1945 (le retour au passé et la redynamisation religieuse, par Claude Nataf ; l’Alyah à la française, par Catherine Nicault ; les résurgences, déjà, de l’antisémitisme, par Anne Grynberg). Tout est neuf et fort.
Gide, cinquante ans après
En attendant les actes du colloque « André Gide et l’écriture de soi », tenu à Paris les 2 et 3 mars 2001, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’écrivain, célébré d’ailleurs par la sortie du volume de la Pléiade consacré à ses écrits autobiographiques, sous le titre Souvenirs et voyages, le Bulletin des amis d’André Gide publie près de quarante pages du dossier documentaire que Daniel Durosay avait rassemblé pour l’édition du Voyage au Congo et du Retour du Tchad, et qui n’a pu que partiellement trouver place dans ce volume. Signalons aussi, dans le n° 126-127, l’édition par Jean Claude de la correspondance entre Gide et Jean-Louis Barrault (Bulletin des amis d’André Gide, vol. XXVIII, n° 126-127, avril-juillet 2000, et vol. XXIX, n° 129, janvier 2001, Centre d’études gidiennes de l’université de Nantes, 85 F., 13 €).
Jean Cassou, ou le refus de la résignation
Exemplaire réédition que celle de La mémoire courte, réponse donnée par Jean Cassou en 1953 à la Lettre aux directeurs de la Résistance de Jean Paulhan parue deux ans auparavant. Pour 10 francs, les éditions Mille et une nuits offrent le texte intégral de Cassou, quatre pages de notes, une postface bienvenue de Marc Olivier Baruch, ainsi que des aperçus bio-bibliographiques (Jean Cassou, La mémoire courte, Paris, Mille et une nuits, 2001, 111 p., coll. « La petite collection », n° 314, 10 F., 1,52 €).
Un garde-fou pour penser le siècle
Le recueil de textes sur le totalitarisme proposé par Enzo Traverso est exceptionnel. Beaucoup d’inédits en français, une investigation de science politique très ouverte et qui ne néglige ni la chronologie ni les cultures politiques : voici le vademecum – en poche – qu’attendaient tous ceux qui travaillent sur le 20e siècle. On suit parfaitement la « transgression » de la problématique totalitaire, depuis les antifascistes italiens des années 1920 jusqu’aux néolibéraux d’aujourd’hui. La gauche contemporaine, qui déserte le débat, n’est pas épargnée. Traverso conclut que « totalitarisme », fait historique, concept et théorie à la fois, reste le meilleur outil d’interprétation des tyrannies du 20e siècle. Impur et toujours connoté, peut-être. Mais toujours porteur de cette « tradition cachée » que signalait déjà Hannah Arendt : celle de tous ceux qui veulent comprendre pour raison garder et espérer. Le Totalitarisme. Le xx
e siècle en débat. Textes choisis et présentés par Enzo Traverso, Paris, Le Seuil, 2001, 923 p., coll. « Point-Essais », 80 F., 12,19 €.
Anthropologies, États et populations
Sous ce titre, la Revue de synthèse apporte une stimulante contribution aux échanges interdisciplinaires – qui sont aussi, en l’occurrence, des échanges entre les chercheurs en anthropologie sociale du musée national de Rio de Janeiro et ceux du Laboratoire de sciences sociales de l’École normale supérieure – sur les relations entre « savoirs anthropologiques, administration des populations et constructions de l’État » (titre de la substantielle introduction de Benoît de L’Estoile, Federico Neiburg et Lygia Sigaud). On retiendra aussi, dans cette riche livraison, le rappel toujours utile de Florence Weber : « Toute la difficulté d’une histoire des sciences est de rendre compte de la combinaison entre le mouvement propre de la connaissance scientifique … et les effets de son “contexte” historique, politique et social. » (« Le folklore, l’histoire et l’État en France (1937-1945), p. 453-467.) (Revue de synthèse, t. 121, n° 3-4, juillet-décembre 2000, Albin Michel, 160 F., 24,39 €.)
Claude Lévi-Strauss et Mircea Eliade
L’occasion est donnée de vérifier le parallèle, par exemple, dans deux articles figurant au sommaire du dernier numéro de Gradhiva : la première partie de celui d’Alexandre Pajon sur Claude Lévi-Strauss (« D’une métaphysique socialiste à l’ethnologie », p. 33-45), tiré d’une thèse d’histoire intitulée Les sociologues français de l’entre-deux-guerres et la tentation du politique, soutenue en 1997 à l’IEP de Paris, puis la mise au point lapidaire de Daniel Dubuis-son, « Mircea Eliade ou l’oubli de la Shoah » (p. 60-66). (Gradhiva, revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, n° 28, 2000, Éditions Jean-Michel Place, 100 F., 15,24 €.)
Population et géopolitique
Jacques Dupâquier et Yves-Marie Laulan ont créé en 1999 un Institut de géopolitique des populations qui a pour ambition d’intégrer la démographie dans la réflexion géopolitique et d’éveiller les consciences aux conséquences des phénomènes démographiques dans les domaines les plus divers de nos sociétés, économiques, sociaux ou culturels. L’institut a lancé une revue trimestrielle dont le n° 4 propose une introduction à cette géopolitique à base démographique (articles, entre autres, de Jean Baechler, Alain Besançon, Rémi Brague, Jean-Robert Pitte et Jean-Pierre Poussou). Abonnement d’un an, 200 F., à l’IGP, 20 rue d’Aguesseau, 75008 Paris.