2001
Vingtième siècle
Librairie
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Carls Stephen D., Louis Loucheur, 1872-1931 : ingénieur, homme d’État, modernisateur de la France, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2000, 333 p. (coll. « Histoire et civilisations »), 170 F., 25,92 €
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Dard Olivier, Daumas Jean-Claude, Marcot François (dir.), L’Occupation, l’État français et les entreprises, Paris, ADHE, 2000, 487 p. (coll. « Histoire écono-mique »), 180 F., 27,44 €
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Monnier Gérard, L’architecture moderne en France, tome 3, De la croissance à la compétition, 1967-1999, Paris, Picard, 2000, 311 p., 275 F., 41,92 €
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Andrew Christopher, Mitrokhine Vassili, Le KGB contre l’Ouest. Les archives Mitrokhine (1917-1991), trad. de l’anglais, Paris, Fayard, 2000, 982 p., 198 F., 30,18 €
Élites politiques en Allemagne et en Europe
Dowe Dieter et al. (dir.), Parteien im Wandel vom Kaiserreich zur Weimarer Republik. Rekrutierung – Qualifizierung – Karrieren, Munich, Oldenbourg, 1999, 410 p., 68 DM., 34 €
Ce livre propose les résultats de re-cherches parallèles menées par une dizaine d’historiens qui examinent un sujet qui revient à la mode outre-Rhin, les élites politiques. La question principale est d’actualité en Allemagne : c’est celle de la continuité de ces élites après la césure d’une révolution. Il ne s’agit cependant pas de celle de 1989-1990, mais de celle de 1918-1919 qui fut à l’origine de la première République allemande. Dès son introduction, Dieter Langewiesche souligne un résultat majeur de l’enquête : on a sous-estimé l’aptitude du libéralisme à s’organiser, une thèse qui, comme d’autres encore dans ce livre, peut être mise en rapport avec la recherche française, menée par exemple par Gilles Le Béguec. L’un des fondements de la démocratie de Weimar est donc justement cette continuité avec l’Empire dans l’organisation des partis libéraux et, aussi, du parti social-démocrate. Il y a cependant une contrepartie à cela : la primauté du politique qui caractérise la République de 1919 suscite l’opposition des élites extra-politiques, et tout particulièrement celles des universités et de l’armée, qui refusent d’être privées de l’influence dont elles jouissaient dans la société de l’Empire.
La première partie du recueil se consacre à l’étude des élites des partis. La contribution de W.H. Schröder retraçant les biographies des députés sociaux-démocrates au Parlement de l’Empire et de la République fait bien ressortir que 90 % des députés du SPD pouvaient être considérés comme des « politiciens professionnels » et des « fonctionnaires » au service du parti. Sous l’effet du nouveau droit de suffrage, introduit par la révolution en Prusse et au niveau national, la composition de groupes parlementaires, surtout de celui du SPD, change de manière fondamentale. Cependant, on observe qu’au sein de cette élite parlementaire de la République dominent des personnalités qui avaient exercé leurs fonctions depuis de longues années à l’époque de l’Empire. Andreas Biefang arrive au même résultat dans son étude de la diète de Prusse, dont l’élection par un suffrage à deux degrés fut abolie en 1918. La thèse de la continuité au-delà de la césure révolutionnaire se confirme dans la comparaison des élites politiques du SPD et du Zentrum, du parti catholique (Siegfried Weichlein), et dans une étude des élites politiques de Erfurt, capitale régionale de Thuringe (Jürgen Schmidt). Au niveau local, on saisit bien l’importance, aussi bien avant qu’après 1918, de ces « multifonctionnaires » qui joignent à leur capital en tant que leaders politiques, un capital culturel ou économique en tant que dirigeants d’une association professionnelle ou autre, alliant ainsi capacité politique et connaissance technique ou sociale. Wolther von Kieseritzky souligne le succès considérable des élites libérales dans leur effort pour influencer durablement les médias modernes d’alors, la presse nationale ou régionale. Son résultat contredit la thèse traditionnelle parlant de notables libéraux en recul par rapport à une société de plus en plus politisée. Néanmoins, il semble exagéré de prétendre, comme le fait l’auteur, que les élites libérales auraient été pleinement adaptées à l’âge des masses en politique. Le jugement de Manfed Hettling est plus fin : il pense que les élites libérales de l’époque ne sauraient être analysées à l’aune du modèle des notables, manifestement désuet, ni à l’échelle du modèle du parti moderne : pour une force politique qui faisait de l’individualisme un principe fondamental, des structures plus informelles, comme par exemple des associations ou des unions, étaient tout à fait adaptées. Cependant, il est vrai qu’à l’époque de la République démocratique, ces structures avec leur indépendance des organisations locales et leur faible degré de centralisation se transformaient en un handicap dans la compétition électorale. Ludwig Richter souligne cet aspect dans son analyse de la scission du libéralisme allemand qui, à l’image du libéralisme français depuis l’Affaire Dreyfus, était divisé en un parti plus à droite et un parti plus à gauche, plus démocratique, dont l’intransigeance en 1919 mit en échec la réunion projetée des deux ailes en un seul grand parti. Dans son étude de la noblesse, Wolfgang Zollitsch montre le sort d’une élite franchement inadaptée à l’époque et dont l’influence est en chute libre. La tentative de stabiliser l’influence conservatrice au moyen de la création de certains mouvements ne fit que causer de nouvelles scissions au sein d’une élite dont la prétention à jouer un rôle de premier plan était hors de propos.
La seconde partie du livre s’ouvre sur l’Europe. La comparaison avec la France, l’Italie et les États-Unis fait ressortir à chaque fois le haut degré d’organisation des partis en Allemagne. Pour un lecteur allemand habitué à considérer les partis politiques comme des institutions constitutives de la démocratie libérale moderne, la faiblesse des structures partisanes en France sous la Troisième République reste surprenante. Il en est de même du rôle des dynasties politiques, des mécanismes d’auto-recrutement, des comités locaux mis en évidence par Klaus-Peter Sick. Il démontre, par une analyse du discours sur les élites politiques et par une analyse des efforts de recrutement, qu’une élite formée par de tels mécanismes avait de plus en plus de mal à répondre aux attentes d’une société moderne et d’un État d’intervention où le pouvoir se légitimait par l’efficacité lors de son exercice. Arpad von Klimo décrit en Italie une situation où les élites parlementaires revendiquaient une position prépondérante par rapport aux partis. Sa comparaison de l’Italie et de la Prusse nous semble cependant, par endroits, critiquable : la séparation entre l’élite politique et l’administration qu’il pense pouvoir diagnostiquer contredit directement les observations de Schröder et de Weichlein. Thomas Mergel attire l’attention sur les États-Unis en analysant le discours allemand sur les élites et les partis américains. Il démontre combien ce discours sur les « machines de partis » et la « corruption » américaine était déterminé par des motivations de politique intérieure. La faiblesse effective des élites politiques américaines soulignée par Mergel ne se retrouve pas en Angleterre, analysée par Christiane Eifert. Sa thèse, selon laquelle il y avait beaucoup de points communs entre la noblesse en Angleterre et celle de l’Allemagne d’avant 1914, et tout particulièrement ses développements sur la position politique incontestée de nobles au niveau local méritent la considération du lecteur. En somme, ce livre donne une image excellente de l’état de la recherche en Allemagne à travers des contributions de qualité qui, en outre, sont bien reliées les unes aux autres.
Jan Palmowski (traduit de l’allemand par Klaus-Peter Sick)
Société et politique en France
Jankowski Paul, Cette vilaine affaire Stavisky. Histoire d’un scandale politique, Paris, Fayard, 2000, 467 p. (coll. « Chroniques »), 140 F., 21,34 €
Dans les publications récentes sur l’affaire Stavisky, dernier scandale à avoir ébranlé, au début de 1934, la Troisième République, se détache le livre de l’universitaire américain Paul Jankowski. Ayant dépouillé une masse d’archives considérable, composée pour l’essentiel de documents judiciaires souvent inédits, l’auteur restitue l’itinéraire d’un escroc dans la France des années 1920. Le mérite de ce livre est de démêler l’écheveau des affaires dont Stavisky fut l’instigateur, et surtout d’évoquer les différents réseaux ayant gravité autour de lui : petite pègre, journalistes de la presse à scandale, fonctionnaires corrompus, ou pas, et hommes politiques intéressés ou inconscients. Le traitement romancé du sujet, sous-tendu par une analogie récurrente avec les héros balzaciens, peut plaire. Mais ce choix occulte des points d’importance, sur la réalité des « années folles » ou sur les destins de l’immigration russe. Quant au scandale lui-même, son traitement plus rapide laisse intactes plusieurs interrogations, sur l’écart disproportionné entre les faits, découverts à partir de décembre 1933, et l’ampleur du scandale politique. Vingt-cinq ans après les dernières études sur le sujet, l’auteur, pointant du doigt les imaginaires collectifs (la « mythologie ») des contemporains, n’apporte pas de réelle réponse à cette question lancinante.
Frédéric Monier
Passy colonel, Mémoires du chef des services secrets de la France Libre, Paris, Odile Jacob, 2000, 806 p., 220 F., 33,54 €
L’auteur de ce livre a rejoint dès l’été 1940 la mince cohorte sur laquelle de Gaulle s’est appuyé pour créer la France libre. C’est son témoignage qu’il nous livre ici, à partir de la documentation importante qu’il a regroupée en 1945-1946. L’ouvrage comprend deux parties. La première intitulée Londres, juillet 1940-novembre 1942, retrace les balbutiements d’une machine de guerre clandestine édifiée par une poignée de rebelles. Le créateur du BCRA, le capitaine André Dewavrin, pseudo. : Passy, a tout juste 29 ans lorsque de Gaulle lui confie la charge de mettre en place un service secret. Polytechnicien, il ignore tout des activités clandestines et c’est avec quelques camarades rescapés de Norvège (Lagier alias Bienvenue, Duclos alias Saint-Jacques etc.) qu’il se lance dans la bataille du renseignement. Le résultat fut l’édification de réseaux d’ampleur nationale, à l’exemple du CND de Rémy, fournissant un nombre sans cesse croissant de renseignements. La seconde partie, Missions secrètes en France, novembre 1942-juillet 1943, est surtout consacrée aux contacts souvent rudes entre la France libre et la Résistance intérieure et montre comment une difficile coopération entre les deux finit par l’emporter.
Disons tout de suite que ces mémoires gagnent en clarté avec l’éclairage des préfaces et du solide appareil de notes critiques que Jean-Louis Crémieux-Brilhac donne ici avec sa rigueur habituelle. L’historien replace d’abord l’action du BCRA dans ses relations avec les Anglais. Il explique ensuite les querelles de chefs qui opposèrent par exemple Passy à Emmanuel d’Astier, aboutissant à la mise à l’écart de Passy au printemps 1944. Réfutant point par point les accusations proférées après-guerre, celles d’un Passy-Cagoulard et du BCRA-Gestapo, il démonte les mécanismes de « l’affaire Passy », laquelle se solde par la démission de l’armée du colonel Passy en 1949. C’est dans ce contexte, souligne-t-il, que Passy publie la première partie de ses mémoires, d’où une certaine acrimonie envers quelques résistants. Jean-Louis Crémieux-Brilhac démonte également le mécanisme de la mission « Arquebuse-Brumaire » (Passy-Brossolette) en 1943, évaluant à leur juste valeur les rôles de Pierre Brossolette et de Jean Moulin dans la constitution d’un Conseil de la Résistance. Il répond ainsi aux attaques voilées auxquelles se livre Passy à l’encontre de Jean Moulin, ce dernier ayant tendance à placer le BCRA au centre de tout. En dépit de leurs partis pris, ces mémoires constituent par leurs révélations un apport inestimable pour les historiens de la Résistance.
Dominique Veillon
Virgili Fabrice, La France « virile ». Des femmes tondues à la Libération, Paris, Payot, 2000, 400 p., 145 F., 22,11 €
L’ouvrage de Fabrice Virgili, réalisé à partir de sa thèse de doctorat, vient combler une lacune historiographique : il s’agit de la première étude méthodique, à l’échelle nationale, d’une pratique figurant parmi les images emblématiques de la Libération. Remarquable par son ampleur et sa minutie, ce travail surmonte le problème de sources fragmentaires et dispersées, avec cette difficulté supplémentaire que l’absence de mention ne signifie pas absence de tonte. Sur le fond, Fabrice Virgili avance un chiffre : vingt mille personnes, dont plus de 98 % de femmes, auraient été tondues pour collaboration avec l’occupant. De plus il relativise le cas, devenu lieu commun, de « la-jeune-fille-tondue-par-la-foule-pour-avoir-cou-ché-avec-un-Allemand » dans l’euphorie des journées libératrices. Ainsi, les tontes s’étendent de juin 1943 à mars 1946 ; elles ne sont motivées qu’à 57 % par des relations intimes ; et la spontanéité du phénomène ne peut occulter un degré variable d’implication des autorités. Autant de constats qui mènent à considérer la tonte comme un châtiment sexué de la collaboration. Flétrissant l’image du corps féminin, parfois accompagnée de violences, elle permet le rétablissement d’un ordre masculin mis à mal par la guerre. Elle apparaît, enfin, comme un châtiment collectif à vocation purificatrice : la reconstruction de l’identité nationale passant par l’effacement de la « souillure ».
Patricia Boyer
Ligou Daniel (dir.), Histoire des francs-maçons en France de 1815 à nos jours, Toulouse, Privat, 2000, 253 p. (coll. « Hommes et communautés »), 95 F., 14,18 €
Privat réédite en deux volumes l’Histoire des francs-maçons, parue en 1981 : le premier couvre la période 1725-1815, le second va jusqu’à 2000. Cette division pose le problème de la bibliographie, qui renvoie ici aux auteurs de titres donnés par le premier volume, sans plus de précisions (ainsi pour P. Chevallier). La récente Histoire de la franc-maçonnerie au xix
e siècle d’André Combes (2 vol., 1998-1999) est citée, mais non les ouvrages de Jérôme Rousse-Lacordaire sur Rome et les francs-maçons (1996) ou d’Émile Poulat et Jean-Pierre Laurant sur L’antimaçonnisme catholique (1994).
L’ouvrage n’en rendra pas moins de grands services, y compris sur la période la plus récente (1968-2000), objet d’un nouveau chapitre. On y apprend beaucoup sur la diversification croissante d’une maçonnerie qu’il est abusif de réduire au seul Grand Orient de France. Le monde maçonnique a été marqué par une série de divisions, reposant sur la question des rites ou de l’accueil des femmes. Origines, sociologie, effectifs, rituels et valeurs des principales obédiences sont exposés avec efficacité, permettant à l’historien « profane » de se familiariser avec cet univers. Le même historien est plus à l’aise, sans doute, avec l’influence politique réelle ou supposée des maçons. Des chapitres devenus classiques rappellent les faits, l’apogée dans les premières décennies de la Troisième République, l’affaire des fiches en 1906, le déclin des années 1930 et la catastrophe sous Vichy. On aurait aimé trouver des analyses plus fouillées sur le contenu des débats dans les loges et les convents, hier comme aujourd’hui. Et l’on regrette qu’une note apologétique, discrète, bride ici et là l’effort d’élucidation des crises et des « affaires ». L’ouvrage doit être reçu surtout comme une introduction, très satisfaisante à cet égard.
Patrick Cabanel
Margotti Marta, Preti e operai. La Mission de Paris dal 1943 al 1954, Turin, Paravia Scriptorium, 2000, 384 p. (coll. del Dipartimento di Storia dell’Università di Torino), 29,95 €
Issu d’une thèse soutenue en 1996 à l’université de Bologne, ce livre comble une lacune sur l’histoire des prêtres-ouvriers français. On connaissait déjà relativement bien les débuts (1943-1947) et la fin (1953-1954) de cette aventure missionnaire sans équivalent, grâce aux travaux d’Émile Poulat (Naissance des prêtres-ouvriers, 1965) et de François Leprieur (Quand Rome condamne, 1989). Mais il manquait précisément une étude détaillée et sérieusement documentée de l’entre-deux, par ailleurs saturé de mémoire.
En focalisant le regard sur la Mission de Paris, qui ne fut pas la seule mais sans doute la plus radicale des composantes du dispositif, Marta Margotti éclaire, à partir d’archives largement inexploitées jusque-là, le processus qui a conduit un certain nombre de prêtres-ouvriers à un renversement des perspectives missionnaires qui étaient les leurs, passant d’une conception active, fondée sur le projet de rechristianisation du monde ouvrier qui était déjà celui de la Jeunesse ouvrière chrétienne, à une conception passive, celle d’un enfouissement dans la classe ouvrière – le quartier ou l’usine – et d’une participation à ses combats. Elle montre aussi comment cette expérience inédite a conduit les prêtres-ouvriers à remettre en cause la théologie, la spiritualité et le métier qui étaient les leurs. « Les concepts ne tiennent plus, seule la réalité compte », note l’un d’entre eux dès 1949 ; « notre existence pose la question d’un sacerdoce non clérical » ajoute un autre en 1953. Une telle évolution rendait quasiment inévitable la décision romaine de mettre fin à l’expérience, quand bien même leur cas n’eût pas été aggravé par l’implication de certains d’entre eux dans le compagnonnage avec les communistes, nourrissant ainsi la crise du progressisme chrétien.
On mesure aussi, et ce n’est pas le moindre apport de ce livre, à quel point cette aventure a été tourmentée, jalonnée de débats passionnés et de conflits internes : à l’encontre de l’image des deux camps imposée par les mesures de 1954 et la séparation qui s’est opérée alors entre soumis et insoumis, c’est l’extrême diversité des itinéraires individuels qui se révèle ici. On appréciera le précieux index des noms in fine.
Yvon Tranvouez
Janvier Jean, Quelques souvenirs, édités par Jean-Yves Andrieux et Catherine Laurent, Rennes, PUR, 2000, 339 p. (coll. « Mémoire commune »), 150 F., 22,87 €
Ce sont les mémoires de Jean Janvier, maire de Rennes de 1908 à sa mort en 1923, destinés à ses enfants pour leur expliquer son action publique, que publient Jean-Yves Andrieux, professeur à Rennes II et Catherine Laurent, archiviste à Rennes, avec une introduction qui met bien en perspective la vie et l’action de l’édile, un appareil de notes précieux, une chronologie détaillée et un cahier de photos.
Rédigés en trois temps (en avril 1915, juin 1916, début des années 1920), ces Quelques souvenirs retracent la vie et l’action d’un enfant pauvre du pays de Fougères qui gravit par son travail tous les échelons de la réussite sociale (plâtrier formé par son Tour de France, entrepreneur respecté de bâtiment à Rennes jusqu’en 1905, organisateur d’un syndicat patronal national et médiateur lors des grèves, juge au tribunal de commerce). En 1906, le notable rennais, laïque et républicain, prend la tête du Comité d’union républicaine, s’allie avec les radicaux socialistes et la SFIO et enlève la municipalité à la droite en 1908. Bon gestionnaire, Jean Janvier relate sa politique de modernisation et d’embellissement d’une ville alors repliée sur elle-même, en sachant utiliser ses relations politiques. Sa politique urbaine avec l’architecte Emmanuel Le Ray marque de son empreinte la cité. C’est ensuite un grand patriote, partisan de l’Union sacrée, qui gère une cité de l’arrière accueillant blessés et mutilés et qui commémore leur sacrifice avec ce panthéon rennais construit dans l’hôtel de ville. La Victoire et l’après-guerre voient son échec aux élections sénatoriales en Ille-et-Vilaine mais aussi l’enracinement de la gauche dans la capitale bretonne. Au-delà du parcours d’un notable attaché à la justice sociale, ce sont les transformations d’une ville que Jean Janvier nous donne à voir dans ses Souvenirs.
Christian Bougeard
Biographies
Carls Stephen D., Louis Loucheur, 1872-1931 : ingénieur, homme d’État, modernisateur de la France, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2000, 333 p. (coll. « Histoire et civilisations »), 170 F., 25,92 €
De Louis Loucheur les manuels ont retenu la loi sur les habitations à bon marché de 1928. Le livre de Stephen Carls, paru en 1993, a pour principal mérite de mettre en lumière les multiples facettes de ce « nordiste » (né à Roubaix), ingénieur entré en politique pendant la Grande Guerre, en charge de ministères techniques comme l’Armement, le Travail ou le Commerce et l’Industrie, qui se distingua par sa volonté de modernisation de l’économie et de la société françaises tout comme par l’intérêt qu’il porta à l’idée d’union européenne.
Il s’appuie sur une documentation solide, en particulier les papiers Loucheur conservés à Stanford, et dont l’Institut Pierre-Renouvin (université de Paris I) possède une version microfilmée. Dans la lignée des travaux de Richard Kuisel, le parcours de ce polytechnicien est clairement lié, dans l’introduction, à ceux d’autres ingénieurs de la même génération qui contribuèrent à l’avènement de parlementaires d’un type nouveau et d’une technocratie appelée à demeurer aux commandes de l’État avec des fortunes diverses.
On regrette toutefois que la biographie demeure assez plate, factuelle, sans véritable mise en perspective. On peut déplorer surtout qu’à l’occasion de la traduction française, l’auteur n’ait pas mis à jour une bibliographie poussiéreuse dont les références françaises s’arrêtent à la fin des années 1970, ignorant presque tout des travaux effectués depuis vingt ans par des chercheurs – francophones, il est vrai ! – dans des domaines variés comme les travaux publics, les secteurs ferroviaire et électrique ou l’idée européenne. Sur ce dernier thème, Stephen Carls nous apprend peu, se contentant de puiser dans le livre de Carl Pegg, et ignore les recherches effectuées par Éric Bussière. La thèse de Bruno Marnot parue en décembre 2000 a permis heureusement d’approfondir la connaissance de ces députés ingénieurs dont Louis Loucheur demeure une figure importante.
Laurence Badel
Goyet Bruno, Henri d’Orléans, comte de Paris (1908-1999) : Le Prince impossible, Odile Jacob, 2000, 362 p.
« Le roi est mort, vive le roi » dit le vieux dicton ; « le roi est mort ; il ne reviendra plus » dira-t-on après ce livre où 300 pages sont écrites avant que soient abordées « les années de dupe » (1958-1965) qui ont fait l’objet de commentaires infinis chez les royalistes, de gauche plus que de droite. Car Maurras les sépare encore. En fait tout s’est joué en 1940 : prince d’Orléans, Henri, modéré et légaliste, n’a rien saisi de la querelle de la légitimité. Il a au contraire cru que la guerre serait l’occasion d’un rôle « au-dessus des partis ». Il y perdra toute dignité dans un double jeu dérisoire entre Vichy et les Alliés, sans oublier les Allemands, puisqu’il fait silence sur la Syrie. Ce qui outrera Bernanos ou Charbonnières qui voulut jouer les intermédiaires. L’annulation de la loi d’exil et le retour en France de 1951 prennent alors une autre figure. Le « prince rouge » de 1936 est devenu un « technicien » apolitique, modernisateur à tendance mendésiste qui, grâce à sa belle famille, devient héros de magazines dans une République à l’agonie, qui laisse les imaginaires rêver autour du vieux symbole.
Car l’intérêt du livre de Goyet est là. Non pas dans le récit d’une vie ratée mais dans l’analyse d’un héritage que le prince a mieux réussi à faire fructifier comme héritier (1926-1940) que comme prétendant. Le système de Cour est ici démonté : l’éducation par les prêtres ; l’exil qui n’atteint pas les femmes et auquel son père qui n’est pas héritier direct, n’a été obligé qu’en 1926 ; les liens diplomatiques avec les hommes d’État républicains de 1914 à 1924 ; le « monde » du faubourg Saint-Germain où les fidèles recrutent ; la fortune qui fond et oblige à s’installer au Maroc, pour tenir « le rang » ; le Vatican qui, se souvenant des affronts reçus par la Maison de France, refuse les dispenses qui, avec des mariages balkaniques, auraient permis de retrouver une influence. Il étudie jusqu’aux plans de table avec menus et listes d’invitation qui montrent la vanité d’une prétendance oscillant de la mondanité à une préoccupation « sociale », privée de tout référent civique. Ce qui ramène au vrai problème ici occulté : les Orléans se veulent « modernes » en étant parlementaires tout en se réconciliant avec le comte de Chambord.
Odile Rudelle
Ratte Philippe, De Gaulle, Paris, Larousse, 2000, 368 p. (coll. « La vie, la légende »), 149 F., 22,71 €
Tout est bon dans ce De Gaulle où excelle la plume de Philippe Ratte – dont il ne s’agit pas d’oublier qu’il nous donna naguère, avec Laurent Theis, un des meilleurs livres sur la guerre d’Algérie, chez Mame, en 1974. Le livre est construit, selon le principe de la collection, sur une mise en regard des actes et de leur relation par le verbe ou l’écrit. Voici de Gaulle moderne, en brave enfant de la Belle Époque, puis trop faible pour se courber, faisant de tout événement une œuvre, toujours rassembleur et infatigable pédagogue de certaine grandeur : la première partie, sur la vie et l’action, sonne juste et n’oublie rien. Mais la deuxième, sur la légende, est meilleure encore, qui distingue le fondateur, l’anticipateur, le déconcertant, le célébrant et le symbole. Entre les deux volets du retable, des pages roses d’anthologie, de bibliographie et de portraits, des schémas instructifs savent aller à l’essentiel (on notera un croquis exceptionnellement rosse de Mitterrand en p. 242-243) : elles raviront les professeurs et pourraient suffire aux plus innocents en gaullologie.
Comme tant d’autres, Philippe Ratte est revenu de ses illusions de jeunesse anti-gaullienne. Il se reprend ici en offrant au de Gaulle porteur de tant d’ardeurs, au « grand classique », au vieux sémaphore, au poseur de symboles, le plus jeune et le meilleur des manuels, en belle écriture avec pleins et déliés. On trinquera volontiers avec lui, aux illusions perdues comme aux nouveaux sursauts.
Jean-Pierre Rioux
Économie, nazisme, Occupation
Lofti Gabriele, KZ der Gestapo. Arbeitserziehungslager im Dritten Reich, Stuttgart, München, Deutsche Verlags-Anstalt, 2000, 56 DM., 28,68 €
Selon la jeune historienne Gabriele Lofti, les Arbeitserziehungslager, ces « camps de travail disciplinaire » de l’Allemagne nationale-socialiste, ont eu plus de traits communs avec les camps de concentration qu’on avait tendance à le penser. Son livre représente la première étude de fond consacrée à ces camps dont l’Allemagne était parsemée par centaines à l’époque. Les Arbeitserziehungslager (AEL) n’étaient pas dirigés par la SS, comme les camps de concentration, mais par les autorités régionales de la Gestapo. Dans la plupart des cas, les détenus des AEL n’étaient pas accusés de délits politiques, mais d’infractions contre la discipline du travail : l’objectif de ces camps était donc tout d’abord de discipliner les ouvriers de l’industrie. Une grande partie des détenus sont incarcérés pour désertion de leur poste de travail, pour absence non justifiée ou pour des conflits à l’usine. Les premières « expériences » de cette sorte de camp sont faites en 1939 afin de discipliner des ouvriers « récalcitrants » à l’occasion de la construction de la ligne de fortifications militaires à l’ouest et d’autres grands projets nationaux-socialistes. Les détenus sont alors punis par du travail corporel forcé d’une extrême dureté. Aux yeux des autorités policières, leur sort servait à discipliner la force de travail, et tout particulièrement celle de la fabrication d’armements. Gabriele Lofti souligne que plus la guerre se prolongeait, plus les conditions de détention dans les camps se détérioraient pour devenir franchement brutales, se rapprochant toujours davantage de celles des camps de concentration. De plus en plus, la survie pure et simple devenait le premier objectif de chaque détenu.
Les premiers de ces camps de travail furent construits d’abord pour des travailleurs allemands. Puis un pourcentage toujours plus important de détenus fut au cours de la deuxième guerre mondiale, ressortissant d’autres pays européens. On ne dispose pas de chiffres exacts quant à la répartition des détenus selon leur nationalité, mais il est probable que bon nombre de détenus français croupirent dans ces camps. Gabriele Lofti estime qu’un travailleur étranger sur vingt y séjourna. Au fur et à mesure que la guerre avançait, des infractions toujours plus insignifiantes voire inexistantes étaient arbitrairement sanctionnées, et, de plus en plus souvent, par l’envoi dans un camp de travail disciplinaire. On peut expliquer cette radicalisation de la pratique par des changements dans les modalités par lesquelles un travailleur pouvait y être envoyé. Une procédure de vérification par une cour de justice était exclue par principe. Dans les premières années toutefois, la Gestapo procédait à une sorte d’examen de chaque cas. Or dès 1941-1942, toute forme d’instruction fut abandonnée : une simple dénonciation par la direction d’une entreprise, par l’agence du travail locale ou par une institution semblable suffisait pour envoyer un travailleur dans un camp de travail disciplinaire.
La thèse de Gabriele Lofti qui sollicite le plus l’attention outre-Rhin est celle de la responsabilité des grandes entreprises, mais aussi d’établissements de moindre envergure, dans la conception puis l’élargissement de ces lieux de terreur. Les entreprises prenaient directement part au financement et à l’organisation des camps de travail disciplinaire. Dans les dernières années de la guerre, certains des quelque deux cents camps et de leurs quarante mille détenus étaient gardés par des corps de sécurité appartenant aux entreprises elles-mêmes. Cet engagement des entreprises privées s’explique d’une part par l’intérêt qu’elles avaient à combattre tout fléchissement de la discipline de travail. En outre, confrontés à une pénurie de plus en plus grave de travailleurs, les dirigeants des entreprises voulaient éviter que leurs ouvriers devenus soi-disant « délinquants », fussent envoyés dans les camps de concentration de la SS de Himmler.
Ce résultat, et d’autres encore, font du livre de Gabriele Lofti sur la naissance, sur la fonction et sur la signification des camps de travail disciplinaire une étude pleinement réussie d’une institution de la dictature national-socialiste qui avait peu retenu jusqu’alors l’attention des historiens. Certes, le texte n’est pas sans répétitions et quelques chapitres se contentent trop de décrire au lieu d’analyser. D’autres parties, comme celle sur les conditions de détention, donnent cependant une image cruelle de l’absence d’humanité dans les camps. Face à la discussion actuelle sur l’indemnisation des travailleurs forcés de l’époque, il est certes important de mieux savoir quelles étaient au juste ces entreprises qui collaboraient avec la Gestapo, et jusqu’où allait leur collaboration. Au vu de la difficulté des sources, on ne peut cependant tout attendre d’un seul auteur. Il faudra réserver ce sujet à de futures recherches.
Kiran Klaus Patel (traduit de l’allemand par Klaus-Peter Sick)
Dard Olivier, Daumas Jean-Claude, Marcot François (dir.), L’Occupation, l’État français et les entreprises, Paris, ADHE, 2000, 487 p. (coll. « Histoire écono-mique »), 180 F., 27,44 €
Il faut d’emblée saluer la parution de cet ouvrage, fruit d’un colloque qui s’est tenu à Besançon en mars 1999, qui vient enrichir notre compréhension de la vie économique en France durant l’Occupation. Les auteurs inscrivent leur démarche dans une problématique féconde, associant la question des contraintes liées à la guerre et à l’Occupation, à celle des différentes logiques des multiples acteurs-décideurs.
Structuré en trois grandes parties, l’ouvrage aborde tout d’abord la question des contraintes imposées par l’occupant allemand en France, mais aussi en Belgique et aux Pays-Bas. Les différentes contributions permettent de souligner l’importance des objectifs économiques de l’occupation, leur rôle prépondérant dans le traitement des pays conquis, et l’évolution de ce traitement au fil de la guerre. Une deuxième partie s’intéresse aux résultats des choix stratégiques opérés par Vichy en matière de concentration industrielle et commerciale, de main-d’œuvre, d’aryanisation des entreprises juives. C’est l’occasion pour les auteurs de scruter l’attitude des élites technocratiques ou professionnelles face aux contraintes, aux marges de manœuvre réelles ou supposées et aux représentations de l’avenir, induites par les circonstances. Enfin une approche au niveau des entreprises, des branches et des secteurs, permet de mettre en relief la complexité des situations, en soulignant d’ailleurs au passage tout ce qu’il y a de fructueux à intégrer le concept d’adaptation contrainte pour prendre la mesure de l’attitude des patrons face à l’occupant.
Se situant à la fois à des niveaux d’analyse macro-économique et micro-économique, tirant parti de l’approche comparative (entre pays, entre entreprises), replaçant l’ensemble dans une chronologie plus large que la seule période de l’Occupation, mariant avec bonheur réflexion conceptuelle et observation empirique, ce livre apparaît comme une référence essentielle dans une recherche en histoire économique plus que jamais dynamique.
Florent Le Bot
Impérialisme et colonisation
Saïd Edward, Culture et Impérialisme, Paris, Fayard-Le Monde Diplomatique, 2000, 555 p., 159 F, 24,24 €
Cet essai du prestigieux intellectuel palestinien vivant aux États-Unis est moins une théorie des rapports entre Culture et Impérialisme (succinctement mais clairement définis) qu’une étude de leurs liens, sur les plans littéraire et historique. Professeur de littérature comparée, Edward Saïd part du constat que les études littéraires tendent à ignorer obstinément les relations entre la littérature européenne et son contexte, l’Europe impériale et impérialiste, et s’emploie à montrer comment la culture s’est fondée sur les pratiques impériales et les a, en retour, consolidées. Les quatre chapitres du livre sont cependant d’un intérêt inégal pour l’historien. Si le premier analyse l’enchevêtrement du passé et du présent ainsi que des relations entre colonisateurs et colonisés, le second relève plus directement de la critique littéraire, à laquelle il emprunte la méthode d’analyse pour une relecture de Jane Austen, de Rudyard Kipling ou d’Albert Camus, au demeurant fort riche.
L’ouvrage est aussi, et c’est là tout son intérêt, celui d’un auteur engagé (la coédition par Le Monde Diplomatique est à cet égard significative). Par le recours constant à la littérature post- et anti-colonialiste, en contrepoint à la littérature impériale, ou encore par l’analyse de situations très contemporaines, comme la guerre du Golfe, son but est de susciter une réflexion contribuant à se libérer de la domination impérialiste et de ses suites. Mais le dernier chapitre, qui se veut optimiste (« Avenir affranchi de la domination »), n’est pas le plus convaincant de cet ouvrage très documenté – preuve peut-être de la difficulté à être optimiste par les temps qui courent. On regrette, en outre, l’absence d’une bibliographie générale et le fait que la bibliographie en français soit un peu datée, tout en se félicitant des notes supplémentaires du traducteur. Au total, on reste un peu déçu du fait que les idées développées ne paraissent pas pleinement originales – déception probablement due au fait qu’elles ont déjà été popularisées entre le moment de la parution en anglais (1994) et celui de la traduction en français.
Anne Hugon
Bodin Michel, Les Africains dans la guerre d’Indochine 1947-1954, Paris, L’Harmattan, 2000, 240 p. (coll. « Recherches Asiatiques »), 140 F., 21,34 €
C’est aux 200 000 combattants originaires du Maghreb et d’Afrique noire qui ont combattu pour la France en Indochine entre 1947 et 1954 – ils ont représenté jusqu’à 43,5 % des forces terrestres en 1954 – que Michel Bodin s’intéresse dans cet ouvrage. Il étudie leur vie quotidienne, depuis la préparation militaire jusqu’au contact avec le pays et la guerre, et montre combien les conditions matérielles influent sur l’état d’esprit (« ensemble des réactions qui découlent de la vie quotidienne », p. 89) et le moral des hommes (« ensemble des qualités qui donnent la volonté de bien se battre », ibid.). Confrontés à la guerre révolutionnaire et à la propagande du Vietminh, les soldats d’Afrique furent-ils sensibles au discours anti-colonialiste ? La participation de soldats africains à la guerre d’Indochine a-t-elle favorisé l’évolution des mentalités des « colonisés » ? Un des mérites de ce livre est de faire le lien entre les deux vagues de décolonisation, asiatique et africaine, en posant ces questions essentielles auxquelles l’auteur apporte des réponses nuancées et prudentes eu égard aux sources dont il a pu disposer : les rapports et les témoignages des cadres militaires français. Il conclut que les Maghrébins ont été plus sensibles que les « Sénégalais », assez indifférents, à l’éveil des sentiments nationalistes, surtout à partir de 1952-1953, et plus encore après Dien Bien Phu, ce qui fit craindre à l’État-major de voir se développer, au retour, « une mentalité de fellaghas » (p. 222). Ce qui reste à évaluer, ainsi que le colloque international sur La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises (tenu en l’honneur de C.-R. Ageron à la Sorbonne en novembre 2000) nous y invite.
Sabine Rousseau
Cultures
Grohens Jean-Claude et Sirinelli Jean-François (dir.), Culture et action chez Georges Pompidou, Paris, PUF, 2000, 454 p. (coll. « Politique d’aujourd’hui »), 149 F., 22,71 €
Ce volume constitue les actes du colloque organisé en décembre 1998 par l’association Georges-Pompidou. L’objectif des maîtres d’œuvre est d’analyser l’histoire des interactions entre l’action publique de Georges Pompidou et les rouages des politiques et institutions culturelles. Le volume, bien édité et pourvu d’un très utile index des noms propres, est structuré en quatre parties. La première partie examine l’impact de la formation de Georges Pompidou, de ses pratiques et de ses goûts culturels. La seconde partie dessine les principales mutations culturelles des années 1960 et 1970 – le développement de la culture de masse, le rôle de la planification culturelle, l’évolution désormais mesurée des pratiques culturelles – et permet d’échapper à la seule lecture biographique. Les deux dernières parties soulignent l’action de Georges Pompidou comme Premier ministre, puis président de la République : la prise en compte du cadre de vie des Français, la relance de la politique de la lecture publique, les réformes de l’enseignement, les relations avec les médias, la politique culturelle de l’État qui se dote d’un volet présidentiel, mais aussi la création du Centre Beaubourg.
L’ancien normalien, homme de culture et homme d’État, a-t-il su accompagner, voire infléchir, les formidables mutations socioculturelles qui bouleversent la société française ? La lecture des communications ne permet pas toujours de répondre avec certitude. Son rapport personnel aux arts les plus novateurs, la volonté de créer le Centre Beaubourg, le souci de mener une politique culturelle volontariste mais libérale, son interprétation plutôt pertinente de Mai 68 n’empêchent pas Georges Pompidou d’orchestrer le rappel à l’ordre après l’échec politique de la « nouvelle société ». Le politique estompe résolument l’homme privé. D’autres forces politiques sauront davantage capitaliser des aspirations culturelles montantes, canalisées par de multiples associations, dans les villes et en région, alors même que la sociologie des élites locales enregistre de profondes modifications. « Changer la vie », slogan ô combien culturel, allait fleurir à partir de thématiques laissées en friche par les choix pompidoliens.
L’ouvrage dépasse la seule personnalité de Georges Pompidou et éclaire sur bien des points les modalités de la vie culturelle française du cœur des « Trente glorieuses », point de départ des « Vingt décisives » (Jean-François Sirinelli). Soulignons que les responsables scientifiques de l’ouvrage ont su éviter le piège de l’hagiographie même si le témoignage des acteurs a tendance quelquefois à s’inscrire dans cette logique-là.
Philippe Poirrier
Monnier Gérard, L’architecture moderne en France, tome 3, De la croissance à la compétition, 1967-1999, Paris, Picard, 2000, 311 p., 275 F., 41,92 €
Dans le dernier volet de son histoire de l’architecture moderne, Gérard Monnier relate de « mémoire directe » cette séquence de l’histoire du cadre bâti. Il met tout son savoir à constituer un échantillonnage de bâtiments donnant un sens à la période des trente dernières années du siècle. Pour ce faire, il mêle l’analyse de bâtiments singuliers à l’étude d’édifices peu ou pas médiatisés, donnant une place à la mesure de leur importance actuelle aux équipements commerciaux, supermarchés ou pompes à essence, ainsi qu’aux équipements de loisir comme les salles de spectacle du Zénith. Pour lui, la médiatisation de quelques bâtiments publics tronque le panorama de l’architecture : les grands travaux parisiens, comme le Grand Louvre ou l’arche de la Défense, sont beaucoup plus connus que les grands chantiers commandés par l’État en province. Or les bâtiments que l’on côtoie chaque jour, la maison que l’on habite et le bureau dans lequel on travaille, sont aussi des architectures. C’est le rôle du spécialiste de rendre sa place à l’architecture du quotidien et d’apprendre aux usagers à voir ce cadre qu’ils ne « voient » pas.
La structure du livre est révélatrice du fourmillement de projets et de la quantité d’institutions créées à la fin du 20e siècle, de part et d’autre de 1973, entre fin de la croissance et début de la crise. Comment rendre compte de la complexité des institutions qui régissent le domaine de la construction, des conséquences des nouvelles lois sur l’architecture, du nombre de bâtiments exemplaires ? Bien que chronologique, l’analyse est centrée sur des bâtiments classés par thèmes fonctionnels : habitat, équipements commerciaux et routiers, parkings, réhabilités pour leur participation à l’architecture et au paysage de la ville. Cette typologie est appuyée sur une analyse sociale de l’architecture des années 1970, des opérations lancées par l’État promoteur aux bâtiments dont la technologie de standardisation est particulièrement poussée, telles les piscines Tournesol, de la collaboration entre architectes et entreprises induite par les concours aux rapports de l’architecture à la culture Pop… La méthode est particulièrement éclairante dans l’exemple de Lyon Part-Dieu, illustration de la modification des gares ferroviaires, devenues des espaces traversés et dynamiques, desservant le train, le métro et le bus. La gare n’a plus de façade monumentale puisqu’elle est accessible par de nombreux endroits et intégrée dans d’autres bâtiments, surface commerciale ou bureaux.
Alors que le contexte historique, politique et économique est bien explicité en début de chapitre, au cas par cas, on peut cependant regretter que les bâtiments soient parfois répertoriés sans analyse strictement architecturale.
Judith Le Maire
Tournès Ludovic, New Orleans sur Seine. Histoire du jazz en France, Paris, Fayard, 502 p., 1999, 150 F., 22,87 €
Comme le cinéma ou la littérature, la musique ne devient véritablement un objet d’histoire que lorsqu’on la dissocie de tout fondement esthétique ou artistique pour l’inscrire dans l’ensemble des pratiques sociales (création, diffusion, critique, réception, etc.) qui la constituent comme culture. C’est une telle démarche qui inspire l’ouvrage que Ludovic Tournès a consacré au jazz, ce phénomène musical majeur du 20e siècle. Développant en amont et en aval les perspectives abordées dans sa thèse (« Jazz en France, 1943-1966 »), il offre ainsi le premier bilan historique consacré à l’apparition et à l’implantation du jazz en France, « depuis l’arrivée des premiers musiciens noirs américains en 1917 jusqu’à nos jours ».
Trois questions principales organisent sa réflexion. La première concerne ce petit groupe d’individus qui « inventa » le jazz en France. Car c’est d’abord grâce à une étroite, mais très volontaire avant-garde d’amateurs que cette « musique venue d’ailleurs » parvint à s’implanter en ce pays. Fort d’une abondante documentation associative, Ludovic Tournès montre le rôle décisif d’Hughes de Panassié, jeune maurrassien qui initia en France le discours critique jazzistique, fonda le premier Hot Club en 1932, puis la revue Jazz Hot (1935) et le label Swing (1937), avant de se fourvoyer dans une interminable polémique avec ses ex-compagnons, au nom d’une conception quasi intégriste de ce que devait être le jazz. En contrepoint émergent quelques-unes des autres grandes figures de ce microcosme, Charles Delaunay, principal rival de Pannassié, ou, bien sûr, Boris Vian, qui gagna au jazz le monde des médias et assura la fonction de passeur en direction des milieux littéraires et de Saint-Germain-des-Prés. Sensible dès la fin des années 1950, le déclin de ce petit groupe signalait clairement la privatisation croissante de l’écoute du jazz, effet des progrès rapides de l’industrie du microsillon.
Le second thème pointé par l’ouvrage concerne le complexe phénomène de syncrétisme et d’acculturation musicale par lequel le jazz s’enracina dans le pays. Il montre notamment l’importance du relais par le music-hall et la variété (l’étape de la Revue nègre en 1925, celle de Trenet la décennie suivante, puis celle des Salvador, Montant, Nougaro après-guerre), mais aussi celle des relations nouées avec la musique savante (Wiener, Hodeir), la littérature (Vian) ou le cinéma (Malle, Godard). Le jazz offre ainsi un très bon exemple où saisir, à partir d’un cas concret, les voies de l’américanisation culturelle, souvent pensée comme une alternative à l’étouffement de la culture ou de valeurs « bourgeoises » passéistes.
Le dernier point concerne la progressive légitimation acquise par une musique initialement perçue comme profondément indigne. Outre la sophistication musicale croissante et le poids de l’industrie culturelle, l’auteur insiste sur l’action récente des acteurs institutionnels, qui aboutit à la création d’une classe de jazz au conservatoire de Paris en 1985, et à celle de l’Orchestre national de jazz en 1986. Mais il montre aussi combien la conquête de la respectabilité fut redevable au départ vers d’autres horizons musicaux (rock et yé-yé) de la fraction la plus bruyante et la plus jeune du public jazz, ouvrant ainsi vers la notion, décisive au 20e siècle, de « culture jeune ».
Autant qu’une histoire du jazz, ce livre témoigne donc avec talent de ce que peut être une histoire socioculturelle de la musique. Si l’on peut regretter qu’il cède parfois à quelques appréciations esthétiques inutiles, ou qu’il s’étende un peu trop, par effet de source interposé, sur la guerre des Hot Clubs, ses invectives et ses anathèmes, il demeure un excellent exemple de ce que la jeune histoire culturelle du contemporain est susceptible d’apporter à la compréhension du passé.
Dominique Kalifa
Égyptien Ursula Maria, Die Heimatsuche eines Heimatlosen. Der Konflikt des Juden in der Diaspora untersucht am Beispiel von Leben und Werk Albert Cohens, Genève, Librairie Droz, 2000, 336 p. (coll. « Kölner Romanistische Arbeiten »), prix non communiqué
Cette thèse examine, à travers la vie et l’œuvre d’Albert Cohen, le conflit inhérent à tout juif de la diaspora entre l’appartenance à son peuple et son désir d’intégration dans une société étrangère le marginalisant en tant qu’apatride. Cette tension explique le comportement du protagoniste du cycle romanesque (Solal) et de celui des écrits autobiographiques (Cohen), qui culmine dans la négation de sa propre identité, la haine de soi, voire l’autodestruction. Il en résulte un dualisme de l’univers romanesque, partagé entre l’Orient juif (idéalisé dans l’île imaginaire de Céphalonie) et l’Occident non juif, entre l’amour-passion (admiration de la puissance vouée à l’échec) et l’amour biblique dont l’archétype reste pour Cohen l’amour maternel. Le recours à l’onomastique apporte, sur le plan linguistique et culturel, un approfondissement intéressant à ce jeu d’oppositions déjà bien balisé par la recherche. Plus novatrice encore est l’analyse de l’image de l’Allemagne nazie. Le « peuple de nature » (culte de la force conduisant à l’asservissement des faibles) s’oppose au peuple juif, « peuple d’antinature » (soumission volontaire au Décalogue libérant l’homme de ses instincts primaires). Certes l’Holocauste n’apparaît pas directement dans l’œuvre : la fiction de Belle du Seigneur (1968) se joue dans les années 1930. Mais la dénonciation de l’antisémitisme est récurrente dans les stéréotypes sur les Allemands (peuple cruel), les anecdotes sur « l’aboyeur à moustache » ou l’évocation des pogroms européens sont autant d’échos à l’engagement de Cohen dans le sionisme quand, représentant à Paris de Chaim Weizmann, ambassadeur de l’Agence juive pour la Palestine, il conçut un projet d’armée juive aux côtés des Alliés ou quand, ensuite à Londres dans la Résistance, il écrivait dans La France libre sous le pseudonyme de Jean Mahan.
Marie-Bénédicte Vincent-Daviet
Cinéma
Lindeperg Sylvie, Clio de 5 à 7. Les actualités filmées de la Libération : archives du futur, Paris, CNRS Éditions, 2000, 318 p., 140 F., 21,34 €
Dans Clio de 5 à 7, Sylvie Lindeperg met en question l’influence des nouvelles technologies sur l’écriture de l’histoire. En historienne, elle propose une double navigation dans les archives de France Libre Actualités diffusé entre septembre 1944 et décembre 1945. La première, « horizontale », replace les 68 éditions du journal filmé dans le présent de leur élaboration et de leur diffusion. Sylvie Lindeperg a mis à profit les ressources du logiciel Videoscribe conçu par l’Inathèque, dépositaire des archives, pour se livrer à une analyse sérielle et formelle des événements (mode de séquentialisation, évolution des intertitres, mise en place progressive de rubriques, composition des plans). Afin de comprendre les conditions de leur sélection et de leur configuration, elle les a mis en regard avec l’histoire de ce journal. Le défrichement d’archives, nous disent Jacques Revel et Arlette Farge, ne sert pas seulement à identifier des faits mais également à analyser des récits. Sylvie Lindeperg applique ce principe : elle confronte les documents du ministère de l’Information avec ceux du Comité de libération du cinéma français (CLCF) – d’où émanent les techniciens de France Libre Actualités ; les premiers contiennent à la fois le statut des actualités et les décisions prises par les ministres, les seconds dévoilent les espoirs de ces techniciens à forte dominante communiste, et leurs désillusions devant la politique menée par l’État. Cette méthode lui permet de retracer la chronologie de la prise de contrôle du journal par le pouvoir gaulliste et construit le récit de l’esprit de la Résistance tel qu’il anima le monde du cinéma de l’après-guerre.
La seconde navigation, « verticale », repère les usages cinématographiques du passé à travers le cheminement qu’ont suivi certaines images – étudiées précédemment – lorsqu’elles ont été convoquées par-delà leur cadre spatio-temporel d’origine. Quel nouveau statut occupent les reportages sur l’ouverture des camps, sur le retour des déportés et sur les grands procès d’épuration quand ils sont utilisés dans les débats du temps présent ? Comment témoigner, notamment, de l’extermination des Juifs dans les camps alors qu’il n’existe aucune image de ce génocide ? C’est en adoptant l’écriture « rhizomique » préconisée par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux – et qui fonde la communication multimédia – que Sylvie Lindeperg répond à ces questions d’ordre téléologique. Sa démarche l’amène à solliciter le « savoir de l’autre ». Ainsi sont mis en scène, comme autant de narrateurs délégués, le réalisateur Arnaud Des Pallières, l’historienne Annette Wieviorka, le juriste Lawrence Douglas, la psychanalyste (et ancienne déportée) Anne-Lise Stern… Cette narration à multiples voix construit un « texte feuilleté » à partir de leurs récits que Sylvie Lindeperg donne à lire dans leur intégralité et dont l’enjeu est la connaissance historique de l’événement.
Avec Clio de 5 à 7, Sylvie Lindeperg plonge le lecteur dans la réflexion épistémologique de l’écriture de l’histoire. Son « cinéma en action » illustre avec force le principe énoncé par François Furet dans L’Atelier de l’historien : « En histoire, l’initiative appartient à la question posée plutôt qu’au document. »
Jean-Pierre Bertin-Maghit
Darré Yann, Histoire sociale du cinéma français, Paris, La Découverte, 2000, 121 p. (coll. « Repères »), 49 F., 7,47 €
Le titre du livre et son objet, défini comme étant une « histoire des définitions sociales du cinéma », sont séduisants : passer l’histoire du cinéma français au crible de l’histoire sociale est une démarche porteuse de promesses. Mais le contenu est fort décevant, ne serait-ce qu’à cause du déséquilibre entre les prétentions épistémologiques de l’ouvrage, affichées en préface, et son format éditorial. L’auteur veut, en sociologue, analyser l’évolution séculaire de la profession et du statut social du cinéma, mais sans questionner une périodisation rebattue et sans contextualiser son objet dans les perspectives de l’histoire sociale. L’ensemble se limite donc à une opposition entre « le cinéma comme métier » et « le cinéma comme art » – la Nouvelle Vague marquant évidemment l’avènement du second – sans que ces catégories convenues soient soumises à critique.
Cet ouvrage, qui prétendait s’inscrire dans un « vide relatif » historiographique, n’aura donc pas grandement contribué à le combler.
Dimitri Vézyroglou
Monde
Berdah Jean-François, La démocratie assassinée. La République espagnole et les grandes puissances, 1931-1939, Paris, Berg International Éditeurs, 2000, 451 p. (coll. « écritures de l’histoire »), 159 F., 24,24 €
À partir notamment d’archives allemandes, britanniques et espagnoles, Jean-François Berdah étudie de façon extrêmement détaillée la place de l’Espagne au sein des relations internationales depuis l’avènement de la Seconde République en 1931 jusqu’à son renversement en 1939, depuis l’époque où l’Espagne républicaine a tenté de jouer – au sein de la SDN – un rôle en faveur du respect du droit international et de la sauvegarde de la paix jusqu’au moment où la République a succombé sous les effets de la rébellion franquiste et de l’internationalisation du conflit. L’auteur évoque la politique extérieure menée, à la tête des petites puissances, par la République espagnole, guidée par des considérations pacifistes et humanistes. Il montre aussi comment, lors du déclenchement de la guerre civile, le gouvernement légitime se tourna sans résultat vers les pays démocratiques, avant d’être piégé par la politique de non-intervention. L’aide apportée à titre onéreux par l’URSS, le soutien officieux de la France et l’engagement de milliers de volontaires étrangers ne suffirent pas à contrebalancer l’intervention allemande et italienne en faveur des nationalistes et le soutien implicite des rebelles de la part du Royaume-Uni. Un très intéressant chapitre aborde la concurrence anglo-allemande pour la suprématie économique dans la péninsule. Bien que l’on puisse regretter l’absence de bibliographie récapitulative, cet ouvrage constitue une contribution décisive à la connaissance des relations internationales à la veille de la seconde guerre mondiale et des mécanismes externes qui ont, inexorablement, contribué à broyer la République espagnole.
Geneviève Dreyfus-Armand
Leruez Jacques, L’Écosse. Vieille nation, jeune État, Crozon, éd. Armeline, 2000, 344 p., 150 F., 22,87 €
Spécialiste de la vie politique britannique contemporaine, Jacques Leruez est aussi un spécialiste de l’histoire écossaise. Il avait publié, en 1983, L’Écosse, une nation sans État (Presses universitaires de Lille). Cet ouvrage en constitue l’édition actualisée, depuis longtemps attendue, promise mais jamais réalisée. Pourtant, depuis l’arrivée au pouvoir de Tony Blair en mai 1997, le dossier de la « dévolution » (c’est-à-dire la décentralisation du pouvoir politique) avait sensiblement progressé : loi de portée constitutionnelle, ratifiée par référendum, institution d’un Parlement ainsi que d’un exécutif nationaux, dotés de larges pouvoirs, élections locales et installation des nouvelles institutions.
Après un rapide rappel historique sur l’époque où l’Écosse était un royaume indépendant (avant le traité d’Union de 1707), l’ouvrage de Jacques Leruez retrace la quête d’autonomie de l’Écosse au cours des 19e et 20e siècles. Si on connaît bien le mouvement de Home Rule irlandais, celui qui exista en Écosse l’est bien moins. Mais l’intérêt de cette édition actualisée est de mettre l’accent sur les vingt années 1979-1999, de l’échec de la première loi de « dévolution » au référendum de 1997 et à la mise en route des nouvelles institutions. Un précis indispensable, prélude, peut-être, à l’avènement d’une Écosse indépendante ?
Philippe Chassaigne
Ledru Raymond, Les catholiques américains et la guerre au xx
e siècle, Arras, Artois Presses Université, 2000, 300 p. (coll. « Lettres et Civilisations Étrangères »), 150 F., 22,87 €
L’auteur aborde dans cet ouvrage la question centrale de la double loyauté. Tout comme les Américains « trait d’union », les membres de la communauté catholique durent répondre à la question que leur posait une société majoritairement protestante : Américains catholiques ou catholiques américains ? Ils étaient alors placés devant un dilemme : devaient-ils soutenir la politique américaine, y compris lorsque les États-Unis recourraient à la force, ou suivre la doctrine chrétienne de refus de la violence ?
Raymond Ledru montre bien combien la loyauté patriotique prima jusqu’aux années 1960 chez les catholiques américains. Ils s’engagèrent sans état d’âme dans les deux conflits mondiaux et participèrent activement à l’effort de guerre. Seuls quelques activistes, réunis notamment dans l’organisation du Mouvement catholique ouvrier, critiquèrent le recours à la violence et se firent les avocats d’un pacifisme absolu.
Un premier tournant eut lieu à la fin des années 1960. Grâce à leur adhésion à l’anticommunisme des années 1950 puis à l’élection de John F. Kennedy, les préjugés anticatholiques disparurent aux États-Unis et les catholiques devinrent aux yeux de tous des Américains à part entière. N’ayant plus à prouver leur loyauté à l’égard de leur pays, les évêques américains critiquèrent en 1971 l’engagement des États-Unis au Viêt-nam. La hiérarchie catholique était cependant en retard sur l’évolution de sa communauté mais surtout sur celle du Vatican qui limitait de plus en plus la possibilité de déclencher une « guerre juste ». Un second tournant eut lieu en 1983 avec la lettre pastorale des évêques américains Challenge to Peace, qui marqua un pas important vers le pacifisme, reprenant avec retard les critiques du Vatican contre l’arme nucléaire. Par ce décalage, les traces du dilemme de loyauté montraient encore leur permanence.
L’ouvrage, riche en citations, souffre cependant de l’absence de la communauté catholique en tant que telle. Les débats au sein de la hiérarchie épiscopale américaine sont analysés avec précision mais l’impact de ces discussions sur l’ensemble des catholiques américains n’est que rarement évoqué. La communauté n’apparaît donc essentiellement qu’à travers la description de quelques grandes organisations catholiques ou le portrait de quelques activistes pacifistes.
Justine Faure
Andrew Christopher, Mitrokhine Vassili, Le KGB contre l’Ouest. Les archives Mitrokhine (1917-1991), trad. de l’anglais, Paris, Fayard, 2000, 982 p., 198 F., 30,18 €
Spécialiste reconnu de l’histoire du renseignement soviétique, Christopher Andrew a réussi un nouveau coup de maître en recueillant les confidences de Vassili Mitrokhine, officier du KGB réfugié en Grande-Bretagne en 1992 après avoir été chargé pendant de longues années de l’inventaire des dossiers d’archives, et avoir recopié des milliers de pages concernant les années 1918-1982. C’est l’origine même des informations apportées par l’ouvrage qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Les auteurs évoquent avec vivacité les opérations successives des services de renseignement soviétiques dans le monde entier, l’Ouest, bien sûr, mais aussi l’Asie, les démocraties populaires, l’URSS elle-même avec la lutte anti-dissidents. Ce faisant, ils éclairent de manière souvent passionnante le modus operandi de l’espionnage, particulièrement les grands succès du décryptage dans les années 1940 et 1950 ou encore l’usage de la violence.
Le livre offre un portrait collectif des officiers soviétiques et des agents occidentaux, de leurs itinéraires marqués par des recrutements complexes, des trahisons, des retournements, un stress permanent, portrait dont on ne peut que regretter qu’il reste parfois simpliste dans son analyse des motivations (n’y aurait-il pas d’alternative entre naïveté idéaliste et corruption ?). On voit s’amorcer en parallèle une histoire longue de la compréhension très biaisée des démocraties occidentales par le KGB, dont l’obsession du complot (trotskyste, sioniste, américain, etc.) explique largement la faiblesse croissante des résultats d’opérations extérieures, de même qu’on constate une discordance frappante entre l’efficacité de l’espionnage technologique et l’incapacité de l’économie soviétique à le valoriser massivement.
Il reste que l’ouvrage néglige absolument les règles de la critique historienne, laissant le lecteur dans l’ignorance de la nature, de l’auteur, du destinataire, de la date exacte de documents plus ou moins lacunaires recopiés à la main par Mitrokhine selon une rationalité que l’on ignore, évitant à de rares exceptions près les citations pour insérer des informations ponctuelles dans un récit très largement appuyé sur des publications antérieures. On peut donc tirer beaucoup du KGB contre l’Ouest, à condition d’avoir une confiance absolue dans Christopher Andrew, dont on espère qu’il donnera un jour une véritable histoire humaine et institutionnelle de la Tcheka et de ses avatars, acteurs de premier plan de la politique intérieure et extérieure soviétique.
Sophie Cœuré
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Abalain Hervé, Le pays de Galles : identité, modernité, Crozon, Éditions Armeline, 2000, 304 p., 145 F., 22,11 €.
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Actes du colloque d’Amiens des 9 et 10 décembre 1999, sous la direction de Bruno Poucet, préface de Jacky Beillerot, La loi Debré : paradoxe de l’État éducateur ?, Amiens, Centre régional de documentation pédagogique de l’académie d’Amiens, 2001, 276 p. (coll. « Documents, actes et rapports pour l’éducation »), 130 F., 19,82 €.
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Actes du colloque en l’honneur de Charles-Robert Ageron (Sorbonne, novembre 2000), La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises, Paris, Société française d’histoire d’outre-mer, 2000, 688 p., 190 F., 28,97 €.
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Actes du colloque international organisé par l’École française de Rome (Forlì, Bertinoro, 10-12 octobre 1996), Les familles politiques en Europe occidentale au xx
e siècle, Rome, Publications de l’École française de Rome, 2000, 418 p. (collection de l’École française de Rome, n° 267), prix non indiqué.
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Alten Michel, Musiciens français dans la guerre froide (1945-1956). L’indépendance artistique face au politique, Paris, L’Harmattan, 2000, 220 p. (coll. « Logiques sociales »), 120 F., 18,29 €.
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Angeloff Tania, Le temps partiel, un marché de dupes ?, Paris, La Découverte et Syros, 2000, 226 p., 115 F., 17,53 €.
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Audoin-Rouzeau Stéphane, Cinq deuils de guerre (1914-1918), Paris, Éditions Noesis, 2001, 264 p., 120 F., 18,29 €.
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Avon Dominique, Paul Doncœur, s. j. (1880-1961). Un croisé dans le siècle, Paris, Éditions du Cerf, 2001, 400 p., 120 F., 18,29 €.
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Bard Christine, Les femmes dans la société française au xx
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Barillet Pierre, Quatre années sans relâche, Paris, Éditions de Fallois, 2001, 336 p., 120 F., 18,29 €.
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Basson Jean-Charles (dir.), Sport et ordre public, Paris, La documentation française, 2001, 320 p., 150 F., 22,87 €.
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Bégué Guy, Les déterminants du vote. Analyse du comportement électoral dans la circonscription de Marmande (Lot-et-Garonne) de 1848 à 1988, Paris, Médusis, 2000, 657 p., prix non indiqué.
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Berstein Serge et al. (dir.), Le parti socialiste entre Résistance et République, Paris, Publications de la Sorbonne, 2000, 359 p. (série « Science politique »), 230 F., 35,06 €.
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Béthouart Bruno (dir.), Napoléon, Boulogne et l’Europe, Boulogne-sur-mer, Les Cahiers du Littoral, 2001, 342 p., 130 F., 19,81 €.
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Bonnaud Robert, La cause du Sud. L’Algérie d’hier et d’aujourd’hui, la Palestine, les nations… Écrits politiques (1956-2000), Paris, L’Harmattan, 2001, 206 p., 110 F., 16,77 €.
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Bordes-Benayoun Chantal (éd.), Les juifs et la ville, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2000, 308 p. (coll. « Tempus »), 210 F., 32,01 €.
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Braun Bernard, Collignon Francis, La France en fiches, Rosny, Bréal, 2000 (3e éd.), 336 p. (coll. « Comprendre et intégrer »), 165 F., 25,15 €.
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Cahen Michel (dir.), ouvrage réalisé à la demande du ministère des Affaires étrangères, Pays lusophones d’Afrique. Sources d’information pour le développement, Paris, IBISCUS, 2001, 150 F., 22,87 €.
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Cahier international sur le témoignage audiovisuel (Éditions du centre d’études et de documentation, Fondation Auschwitz-Bruxelles), « Études sur le témoigange audiovisuel des victimes des crimes et génocides nazis », n° 6, mars 2001.
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Cahiers d’histoire de la radiodiffusion, « Des “radios pirates” aux radios libres. Comment est mort le monopole après l’élection de François Mitterrand », dossier établi par Marc Martin, n° 67, janvier-mars 2001, 180 p., 50 F., 7,62 €.
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Candar Gilles (préface de Madeleine Rebérioux), Les souvenirs de Charles Bonnier. Un intellectuel socialiste européen à la Belle Époque, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2001, 280 p. (coll. « Histoire-Documents et Témoignages »), 140 F., 21,34 €.
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Centre d’études d’histoire de la Défense, avant-propos de Fabienne Mercier-Bernadet, Des réseaux et des hommes. Contribution à l’histoire du renseignement, Paris, L’Harmattan, 2000, 178 p. (coll. « Culture du renseignement »), 110 F., 16,77 €.
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Charle Christophe, La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne 1900-1940 : essai d’histoire sociale comparée, Paris, Le Seuil, 2001, 529 p. (coll. « L’univers historique »), 170 F., 25,92 €.
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Comelli Dominique, Comment on enseigne l’histoire à nos enfants, Nantes, L’Atalante, 2001, 112 p. (coll. « Comme un accordéon »), 49 F., 7,47 €.
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Congar Yves (présenté par Étienne Fouilloux), Journal d’un théologien (1946-1956), Paris, Le Cerf, 2000, 462 p., 240 F., 36,58 €.
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Cottret Bernard, Hearn Michael, Lemosse Michel, Mioche Antoine (dir.), Histoire du Royaume-Uni. Une anthologie du xvi
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Delmas Jean, Officier et historien. Études, articles et cours, Paris, Economica, ISC et CFMH, 2001, 681 p., 280 F., 42,69 €.
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Direction des Archives de France, textes recueillis et publiés par Christian Oppetit, Des archives de l’architecture aux archives de la ville. Table ronde tenue aux Archives nationales les 18 et 19 juin 1998, Paris, direction des Archives de France, 2000, 196 p., 100 F., 15,24 €.
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Domenach Jean-Marie, Beaucoup de gueule et peu d’or. Journal d’un réfractaire (1944-1977), Paris, Le Seuil, 2001, 350 p., 140 F., 21,34 €.
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Duhart Jean-Michel, La France dans la tourmente des inventaires. La séparation de l’Église et de l’État, Joué-lès-Tours, Éditions Alan Sutton, 2001, 96 p. (coll. « Évocations »), 120 F., 18,29 €.
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Eveno Patrick, Le journal Le Monde. Une histoire d’indépendance, Paris, Odile Jacob, 2001, 295 p., 140 F., 21,34 €.
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Fejtö François, Voyage sentimental, Paris, Éditions des Syrtes, 2001, 188 p., 129 F., 19,66 €.
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Foucrier Annick, Le rêve californien. Migrants français sur la côte Pacifique (xviii
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Grèmion Pierre, La plume et la tribune. Jacques Nantet, homme de lettres parisien, Paris, Gallimard, 2001, 540 p., 160 F., 24,39 €.
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Grenier Jean-Yves, Grignon Claude et Menger Pierre-Michel (dir.), Le modèle et le récit, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001, 504 p., 165 F., 25,15 €.
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Grumberg Albert (introduction de Laurent Douzou, textes annotés par Jean Laloum), Journal d’un coiffeur juif à Paris sous l’Occupation, Paris, Les Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières, 2001, 352 p., 140 F., 21,34 €.
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Guiffan Jean, Dictionnaire d’histoire et de civilisation contemporaines des pays celtiques, tome 1 : L’Irlande contemporaine de A à Z, Crozon, Éditions Armeline, 2000, 256 p., 150 F., 22,87 €.
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Guillen Mauro F., The Limits of Convergence. Globalization and Organizational Change in Argentina, South Korea, and Spain, Princeton et Oxford, Princeton University Press, 2001, 382 p., prix non indiqué.
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Horn Gerd-Rainer, Gerard Emmanuel (eds.), Left Catholicism (1943-1955). Catholics and Society in Western Europe at the Point of Liberation, Leuven, Leuven Univesity Press, 2001, 317 p., prix non indiqué.
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Hôtel du département des Bouches-du-Rhône/Marseille, Varian Fry, du refuge à l’exil. Actes du colloque des 19 et 20 mars 1999, Arles, Actes Sud, 2000, 2 vol., 88 et 96 p., 189 F., 28,81 €.
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Hourdel Claude, De Gaulle et ses hôtes à Champs-sur-Marne (1959-1969), Paris, Éditions des Écrivains, 315 p., 129 F., 19,67 €.
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Jalabert Laurent, préface de Jean-François Sirinelli, Le grand débat. Les universitaires français – historiens et géographes – et les pays communistes de 1945 à 1991, Toulouse, Maison de la recherche/université Toulouse-Le Mirail, 2001, 408 p. (coll. « Sources et travaux d’histoire immédiate »), 230 F., 35,06 €.
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Jardin Pierre, Kimmel Adolf (documents rassemblés et présentés par), Les relations franco-allemandes depuis 1963, Paris, La Documentation française, 2001, 544 p. (coll. « Retour aux textes »), 295,18 F., 45 €.
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Jean Jaurès, cahiers trimestriels, « Socialismes des juristes », n° 156, avril-juin 2000, 128 p., 60 F., 9,15 €.
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Jeanneney Jean-Noël (dir.), Une idée fausse est un fait vrai. Les stéréotypes nationaux en Europe, Paris, Odile Jacob, 2000, 230 p., 145 F., 22,11 €.
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Join-Lambert Odile, Le receveur des Postes, entre l’État et l’usager (1944-1973), Paris, Belin, 2001, 320 p. (coll. « Histoire et société. Modernités »), 129 F., 19,67 €.
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Kaspar Jean, Refondre le syndicalisme, Paris, Gallimad, 2001, 144 p. (coll. « Gallimard Éducation/ Le forum »), 45 F., 6,86 €.
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Kessler Nicolas, Histoire politique de la Jeune Droite (1929-1942). Une révolution conservatrice à la française, Paris, L’Harmattan, 2001, 494 p., 250 F., 38,11 €.
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Koh Gillian, Ling Ooi Giok (eds), State-Society Relations in Singapore, Oxford, Oxford University Press, 2000, 272 p., £14,99.
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Kott Sandrine, Le communisme au quotidien. Les entreprises d’État dans la société est-allemande, Paris, Belin, 2001, 416 p. (coll. « socio-histoires »), 139 F., 21,19 €.
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L’Heuillet Hélène, Basse politique, haute police. Une approche historique et philosophique de la police, Paris, Fayard, 2001, 440 p., 150 F., 22,87 €.
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Laborie Pierre, Les Français des années troubles. De la guerre d’Espagne à la Libération, Paris, Desclée de Brouwer, 2001, 272 p., 125 F., 19,05 €.
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Larrat Jean-Claude, André Malraux, Paris, Le Livre de Poche, 2001, 288 p. (coll. « Références-littérature »), 44 F., 6,71 €.
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Laurent Catherine (dir.), Archives municipales – Direction de l’architecture du foncier et de l’organisme, Emmanuel Le Ray, architecte de la ville de Rennes de 1895 à 1932, Rennes, Ville de Rennes, 2000, 160 p., prix non indiqué.
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Laurent Sébastien (préface de Serge Berstein), Daniel Halévy. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Grasset, 2001, 602 p., 180 F., 27,44 €.
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Lepetit Bernard, Topalov Christian (dir.), La ville des sciences sociales, Paris, Belin, 2001, 414 p. (coll. « Histoire et société », « Modernités »), 149 F., 65,40 €.
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Les notes de la Fond