Image, politique et communication sous la Cinquième République
Christian Delporte
La télévision a substantiellement modifié les termes de la communication politique en opérant une personnalisation des campagnes. La candidature de Jean Lecanuet, de ce point de vue, représente une rupture, tant en raison du score obtenu (sa candidature était initialement créditée de 3 % des suffrages) que par le rôle attribué par le centriste au conseil en communication. Le primat accordé à l’image a en revanche eu tendance à affadir le débat politique, en faisant passer le contenu au second plan. Il fallait séduire et non plus convaincre. Faut-il dès lors déplorer cet affadissement et dénoncer l’État spectacle ? La question se pose en termes plus complexes. Les grands débats télévisés ont en effet contribué à animer la vie politique jusqu’aux années 1980. Mais les hommes politiques ont surtout appris à se servir de la communication télévisuelle, préférant aux émissions contradictoires les passages au JT, s’entourant de conseillers en communication, organisant avec un soin méticuleux les grandes confrontations aux élections présidentielles. Avec des résultats inégaux. Les politiciens se font plus rarement piéger. Mais le coût des campagnes s’élève, pour un gain limité : rien ne dit, en effet, que la télévision ait influencé le vote des Français.
Television substantially modified the terms of political communication by making campaigns more personal. Thus, Jean Lecanuet’s candidacy marked a break, as much for the score he got (his original score was of 3 % of the votes) as by the role he gave to the communications adviser. The priority given to image, on the other hand, tended to reduce the political debate by downsizing content. Seduce rather than convince. Should this dulling be regretted and the entertainment state denounced ? The question is more complex. The big televised debates contributed to enlivening political life until the 1980s. But politicians learned to use televisual communication, preferring news programs supported by their communications advisers in which they carefully organized the big confrontations for the presidential elections to aggressive programs. With unequal results. Politicians are rarely trapped. But the cost of the campaigns rose for a limited gain : there is no proof that television has influenced French people’s voting.
• ◦ L’image, pour séduire et communiquer
• ◦ Outil du débat ou du spectacle politique ?
• ◦ Marketing politique et neutralisation de l’image
• ◦ L’image politique, victime de ses excès ?