Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724628977
188 pages

p. 133 à 135
doi: en cours

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Archives

no 72 2001/4

2001 Vingtième siècle Archives

Où voir des films, des émissions de télévision et écouter des archives sonores ?

Dix ans après la publication d’un ouvrage collectif sur les « Écrits, images et sons dans la Bibliothèque de France ». (IMEC/BNF, 1991), qu’en est-il aujourd’hui de l’accès national aux documents audio-visuels ?
 
Les collections audiovisuelles de la Bibliothèque nationale de France
 
 
À l’origine des collections du département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France, on trouve l’initiative d’un linguiste, Ferdinand Brunot, qui crée en 1911 les Archives de la parole, dans le cadre de l’Institut de phonétique à la Sorbonne. Avec l’appui technique d’Émile Pathé, il collecte les parlers régionaux et les voix célèbres. L’institution, devenue le Musée de la parole et du geste en 1928, accueille en 1938 la Phonothèque nationale, créée pour accueillir le dépôt légal des phonogrammes. Celle-ci reçoit en 1975 le dépôt légal des vidéogrammes et des multimédias, terme qui recouvrait alors les documents sur plusieurs supports, et devient département de la Bibliothèque nationale en 1977. En 1992, le dépôt légal est étendu aux multimédias sur un seul support, éditions électroniques, progiciels, bases de données. Celui des films est attribué au Centre national de la cinématographie, celui de la radio et de la télévision à l’Institut national de l’audiovisuel. Intégré au projet de la Bibliothèque nationale de France, le département de l’Audiovisuel réalise un important programme d’acquisitions multimédias, notamment pour les espaces tous publics du Haut de jardin ouverts en 1996. La « nouvelle frontière » de l’accroissement des collections est maintenant celle du dépôt légal d’Internet, et de son mode inédit de diffusion des œuvres et de communication sociale.
Au total, les collections représentent plus d’un million de documents. Majoritairement des documents sonores, étant donné l’antériorité du média : 900 000 documents, s’accroissant de 15 000 par an. Et aussi 90 000 vidéos, plus 7 000 par an, 60 000 multimédias, plus 6 000 par an.
Aux gisements d’images que constituent les collections des départements des Estampes et de la Photographie, des Cartes et Plans, des Manuscrits, des Arts du spectacle, et tous les livres et périodiques illustrés des autres départements, le département de l’Audiovisuel de la BNF ajoute des collections d’images spécifiques : images fixes intégrées aux fonds sonores des collectes ethnomusicologiques, comme celle de l’Exposition coloniale de 1931 ou celle de Geneviève Massignon en Acadie ou aux collections comme celle de Charles Delaunay sur le jazz. Images fixes numérisées, dans le cadre du projet de Tolbiac, provenant pour moitié des collections de la BNF et pour moitié de collections extérieures, sélectionnées pour illustrer les domaines d’excellence que sont la littérature, la société française, la musique, et aussi la photographie de presse. La collection d’images animées, issue du dépôt légal, était quasiment inconnue, faute de moyens pour la valoriser. Aujourd’hui, les chercheurs la découvrent à Tolbiac. Composée majoritairement de l’édition commerciale, elle présente plus de 40 000 documents du septième art, des grands classiques aux introuvables. Mais elle comporte aussi, à travers les documentaires et les produits de communication institutionnelle et de formation également déposés, toute une représentation de la société. Images fixes et images animées sont également présentes dans les multimédias : des documents multisupports des origines qui comportaient les livrets de diapositives de l’édition scolaire, aux cédéroms actuels qui font feu de l’interactivité entre tous les médias. Les jeux vidéos, les cédéroms éducatifs et ludo-éducatifs sont des tourbillons d’images. Images fixes enfin, toutes les pochettes, étiquettes, jaquettes, que revêtent ces galettes de vinyle et ces cassettes de plastique, pour leur donner une âme et nous faire désirer de les voir et de les entendre.
Le catalogue est consultable sur le site www. bnf. fr . Les documents sont accessibles à la Bibliothèque nationale de France, site Tolbiac François Mitterrand. L’ensemble de la collection est ouverte aux chercheurs dans la salle P du rez-de-jardin. Une sélection est consultable dans la salle B de l’espace tous publics. Renseignements à distance par courrier : BNF, département de l’Audiovisuel, Quai François Mauriac, 75706 Paris Cedex 13.
Isabelle Giannattasio
 
Les collections audiovisuelles de l’Inathèque
 
 
Avec l’Inathèque, le dépôt légal de la radio télévision dispose d’un outil particulièrement fiable permettant d’identifier, retrouver et analyser l’ensemble de la production nationale de la radio télévision française depuis 1995. Cette nouvelle opportunité, rendue possible grâce à l’application de la loi du dépôt légal du 20 juin 1992, s’inscrit dans le cadre d’une modification profonde de l’accès aux sources audiovisuelles et surtout des méthodes d’investigation des contenus de la radio et de la télévision. Le premier changement, pleinement réussi, vise à un accès libre et exhaustif aux émissions et à tous les contenus des grilles de programme. Dorénavant une trentaine de minutes suffisent pour accéder à une copie et entamer le visionnage d’une émission sur l’une des soixante-trois stations de lecture audiovisuelle au sein de la salle de consultation de l’INA implantée en rez-de-jardin de la BNF. Pour l’année 2000, quelque 17 900 heures de programmes de télévision et 49 000 heures de programmes radio ont ainsi été versés. Ces prodigieux matériaux d’archives en cours de constitution, ont entraîné tant par leur effet de masse que par leur diversité une prise en compte documentaire inédite. Une base, Hyperbase, abondée par les données rassemblées par les correspondants de chaînes pour leur identification et par les documentalistes pour le traitement descriptif des émissions, livre à partir d’un index général un accès quasi instantané à l’information recherchée. C’est là que réside la spécificité et surtout la cohérence de l’activité du dépôt légal par l’INA.
On peut non seulement revoir l’émission de son choix, mais aussi et surtout, par le croisement des critères d’interrogation, construire sa problématique de recherche, élaborer son corpus non plus seulement, comme avant 1995, à partir d’une grille des programmes et de ses souvenirs de téléspectateurs, mais avec un « peignage » systématique de l’ensemble de la production diffusée par la télévision et la radio. Cette seconde mutation se décline ensuite grâce à deux outils. Médiacorpus d’abord ouvre la voie à un traitement statistique de l’information recueillie. Vidéoscribe permet ensuite la capture de séquences et d’« imagettes » qui vont enrichir le panier du chercheur. La circulation des images et des sons, dans leur contexte et par extraits stockés à la convenance du travail entrepris par le chercheur, fait de ce dernier un acteur à part entière. Le maniement des images ouvre un nouvel horizon dans la préhension et les pratiques des chercheurs.
Les universitaires des sciences de l’information et de la communication, les sociologues et les médiologues ont été les premiers à s’engouffrer dans cette brèche particulièrement féconde. Nul doute que les historiens du temps présent ne succombent à leur tour aux perspectives nouvelles qui s’ouvrent désormais à eux. Qu’ils s’apparentent aux méthodes de l’histoire quantitative, aux travaux des pionniers de l’histoire orale, aux problématiques de l’histoire culturelle, ou encore à celle des mentalités, les nouveaux accès aux archives sonores et audiovisuelles de l’Inathèque sont conduits à élargir sans cesse le territoire de l’historien. Soulignons encore qu’il convient de relativiser l’objection légitime de l’absence de recul puisque non seulement les cinq dernières années du siècle bénéficient de cet accès privilégié aux sources de la radio et de la télévision mais que l’Inathèque offre également un accès exhaustif aux programmes depuis 1986, soit au total plus de 800 000 heures d’archives audiovisuelles disponibles. Et, lorsque l’on sait enfin que l’appétit de programmes des chaînes a été largement satisfait par un recours à l’image d’archives…, une chance inespérée d’assouvir une soif d’archives puisée dans les grandes heures de l’histoire des programmes de la radio-télévision est ainsi donnée à la curiosité de l’historien.
Denis Maréchal et Jean-Michel Rodes
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