Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724628977
188 pages

p. 154 à 159
doi: en cours

Veille sur la revue
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Vingtième siècle signale

no 72 2001/4

 
Un siècle d’histoire du christianisme en France
 
 
Comme d’autres, les responsables de la Société d’histoire religieuse de la France ont éprouvé le besoin de jeter, suivant les termes de Marc Venard, « un regard en arrière sur les progrès et les acquis de ce secteur de la discipline historique au cours du siècle écoulé, en particulier du côté des problématiques et des méthodes ». C’est à quoi fut voué le colloque annuel de la Société en 1999. Les actes paraissent dans la dernière livraison de la Revue d’histoire de l’Église de France. Le nombre des auteurs est trop considérable pour que nous puissions ici les citer tous. Le volume de l’ouvrage (plus de 490 pages d’articles et de résumés), l’ampleur des investigations qu’il rassemble, des sources revisitées aux objets les plus neufs, en font un instrument de travail appelé à durer. (Revue d’histoire de l’Église de France, « Un siècle d’histoire du christianisme en France. Bilan historiographique et perspectives », t. 86, n° 217, juillet-décembre 2000.)
 
Lucien Febvre, Luther et les Allemands
 
 
Le Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français publie sous ce titre la traduction de l’importance postface que Peter Schöttler a donnée à la nouvelle traduction allemande de l’ouvrage classique de Lucien Febvre, parue aux éditions Campus-Verlag de Francfort en 1995. C’est une initiative que l’on ne peut que louer, car ce texte introduit excellemment à une lecture critique d’une des œuvres majeures de Febvre et en même temps la replace au cœur de débats historiographiques qui se poursuivent, des deux côtés du Rhin, sur l’héritage des Annales et l’« histoire des mentalités ». (Peter Schöttler, « Lucien Febvre et les Allemands », dans Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, t. 147, janvier-mars 2001, p. 9-66.)
 
Témoignage audiovisuel
 
 
Le Cahier international (n° 6) édité par le Centre d’études et de documentation de la Fondation Auschwitz (Bruxelles), consacre son numéro au témoignage audiovisuel des victimes des crimes et génocides nazis, avec, en particulier, une étude remarquable sur le documentaire Chronique couleur du ghetto de Lodz de Dariusz Jablonski, diffusé par Arte sous le titre le Photographe. Le fonds d’archives sur lequel repose une partie du film vient de la découverte chez un antiquaire viennois d’une valise de trois cent quatre-vingt-treize diapositives couleur prises dans le ghetto par l’intendant autrichien Walter Geneweil, maniaque de la technique photographique dont les images bannissent toute violence, ce qui suscite chez les survivants interrogés à ce propos la gêne et le sentiment qu’il n’est pas question de la même histoire. (Cahier international sur le témoignage audiovisuel, « Études sur le témoignage audiovisuel des victimes des crimes et génocides nazis », n° 6 », mars 2001.)
 
Religion et religiosité dans l’Allemagne nazie
 
 
Le dernier numéro de Social History s’ouvre sur un article où Richard Steigmann-Gall aborde enfin de front le lien, statistiquement constaté mais jamais vraiment expliqué, entre attachement confessionnel au protestantisme et vote pour le NSDAP. Entendons qu’il se propose, non d’aboutir en vingt pages à une conclusion nécessairement périlleuse, mais de susciter de nouvelles recherches où l’on ne se contente plus de penser que des protestants ont pu voter Hitler parce qu’ils n’étaient pas catholiques ou syndicalistes, mais bien pour des raisons touchant aux spécificités de leur religiosité et de leur culture. L’attraction si forte du parti nazi sur l’électorat protestant aux élections de 1932 et 1933 justifiait à tout le moins de poser la question. (R. Steigmann-Gall, « Apostasy or religiosity ? The cultuel meanings of the Protestant vote for Hitler », dans Social History, vol. 25-3, October 2000, p. 267-284.)
Le renouveau des études sur la place de la religion dans l’Allemagne nazie est attesté, en outre, dans le Journal of Contemporary History, par l’article de Beth Griech-Polelle sur les prises de position de Mgr von Galen contre l’euthanasie en juillet et août 1941, dans sa chaire de Saint-Lambert de Münster, qui faisaient écho aux paroles de résistance prononcées dans la même ville par le pasteur Martin Niemoeller (« Image of a Churchman-Resister : Bishop von Galen, the Euthanasia Project and the Sermons of Summer 1941 », dans Journal of Contemporary History, vol. 36-1, p. 41-57). On signalera, dans le même numéro, un article où Michael B. Loughlin s’interroge sur le cheminement de Gustave Hervé du socialisme vers le national-socialisme. (« Gustave Hervé’s Transition from Socialism to National-Socialism : Another Example of French Fascism ? », p. 5-39.)
 
De l’Allemagne sur la scène internationale
 
 
La Revue d’Allemagne et des Pays de langue allemande publie, par les soins de Paul Létourneau, les principales communications présentées au colloque de Montréal le 6 octobre 2000 sur « la politique étrangère et de sécurité de l’Allemagne » depuis la réunification. Aux articles de Hans-Joachim Harder, Florence Gauzy, Jean-Paul Bled, Ingo Kolboom, Roland Höhne, Dieter Dettke, Jean-Christophe Romer, Benoît Lemay et Paul Létourneau, qui offrent un tour d’horizon aussi complet que possible, en l’état actuel de la recherche, sur les directions et les enjeux de la dernière décennie de l’histoire diplomatique et militaire allemande, Martin Larose ajoute utilement « quelques jalons historiographiques sur la politique étrangère de l’Allemagne contemporaine ». (Revue d’Allemagne et des Pays de langue allemande, t. 32-4, octobre-décembre 2000.)
De son côté, La Documentation française fait paraître un recueil de documents rassemblés et présentés par Pierre Jardin et Adolf Kimmel sur Les relations franco-allemandes depuis 1963. L’introduction est substantielle, le classement est chronologique, depuis le traité de l’Élysée, du 22 janvier 1963, jusqu’à la déclaration du président Chirac devant le Bundestag, le 27 juin 2000, les textes sont accompagnés de repères chronologiques, d’orientations bibliographiques et d’un index : autant dire qu’on tient là l’ouvrage de référence indispensable pour comprendre les grandeurs et les vicissitudes du « couple franco-allemand ». (Pierre Jardin et Adolf Kimmel (éd.), Les relations franco-allemandes depuis 1963, Paris, La Documentation française, coll. « Retour aux textes », 2001, 539 p., 295,18 F., 45 €.)
 
Le regard des anthropologues sur la guerre entre 1871 et 1930
 
 
L’orientation récente des recherches historiques sur la violence de guerre justifie de prêter attention à l’évolution du regard des anthropologues sur cette même violence dans les sociétés primitives. Dans un récent article de la revue History and Anthropology, Erik Brandt revient sur l’importance de cet objet de recherche dans l’histoire de la discipline entre 1871 et 1930, et sur les images de la guerre et de la « sauvagerie » qui se sont constituées au fil des travaux menés à cette époque, en particulier dans l’Angleterre où vint enseigner, en 1910, Bronislaw Malinowski. (Erik Brandt, « Images of War and Savagery : Thinking Anthropologically about Warfare and Civilisation, 1871-1930 », dans History and Anthropology, 2000, vol. 12-1, p. 1-36.)
 
Dans L’amitié Charles Péguy
 
 
Il n’est pas nécessaire, dira-t-on, de signaler ici, même à intervalles espacés, les irremplaçables bulletins de L’amitié Charles Péguy. Ils sont depuis longtemps familiers à tous ceux qui, par-delà Péguy même, entretiennent un commerce régulier avec son temps et son milieu. On voudrait cependant être sûr que les plus récentes livraisons, le n° 91 où sont éditées par Julie Bertrand-Sabiani les correspondances de guerre, le n° 92 où Benoît Chantre et Frédéric Worms ont réuni de bonnes études sur Péguy et Bergson, le n° 93 enfin, de janvier-mars 2001, où figurent les actes du colloque du centenaire des Cahiers de la Quinzaine, que tout ce travail exemplaire a la diffusion qu’il mérite. (L’amitié Charles Péguy, chez Françoise Gerbod, 12 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006, Paris, abonnement ordinaire au bulletin pour 2001 : 220 F., 33,54 €, prix au numéro : 70 F., 10,67 €.)
 
Actualité d’Emmanuel Mounier
 
 
L’historien américain Seth D. Armus achève un livre sur le rôle joué par les intellectuels des années 1930 dans ce qu’il nomme la « codification » de l’antiaméricanisme français, voué à l’essor que l’on sait durant la guerre froide. La revue des French Historical Studies publie de lui, en attendant, un article sur Mounier qui stimulera la curiosité. En s’appuyant sur une lecture « systématique et contextualisée » d’Esprit, l’auteur s’efforce de montrer « comment Mounier a converti son antiaméricanisme de droite d’avant-guerre en un antiaméricanisme de gauche d’après-guerre sans altérer les termes de sa critique » (« The Eternal Enemy : Emmanuel Mounier’s Esprit and French Anti-Americanism », dans French Historical Studies, vol. 24-2, Spring 2001, p. 271-304). Au même moment paraît dans La Revue des revues un article de Goulven Boudic intitulé « Emmanuel Mounier : de l’exil intérieur à la refondation d’Esprit » (p. 3-22), extrait de la thèse de doctorat de science politique que l’auteur a soutenue en janvier 2000 à Rennes, sous le titre Les métamorphoses d’une revue, Esprit, 1932-1982. La même livraison mérite encore le détour pour une monographie de la revue de Jacques Laurent, La Parisienne, de 1953 à 1958, par Caroline C. Tachon, et pour l’exhumation de deux revues du temps de l’Occupation, Confluences et Toutes Aures (La Revue des revues, 2000, n° 28).
 
Environnement et société
 
 
Sur ce thème « d’une brûlante actualité », comme aimaient à dire les Frères Jacques, la revue Géographie et Cultures a publié ce printemps un bel ensemble d’articles. Dans le premier, Paul Claval esquisse « une approche conceptuelle » de la vaste question « Éthique et nature ». Il y souligne que « la construction des valeurs environnementales implique des opérations de décentrage mental » où s’exerce pleinement la responsabilité des scientifiques, qui, selon lui, « fondent sans l’avouer la plupart des nouvelles idéologies environnementales » (p. 3-22). Dieter Birnbacher pose ensuite l’ambitieuse question suivante : « Existe-t-il des valeurs universelles vis-à-vis de l’environnement ? » (p. 23-35). Puis viennent, parmi d’autres, les articles de Francine Barthe sur le naturisme (dont l’histoire n’est pas oubliée) (p. 37-58), de Catherine Dumas sur Ermenonville, « paysage philosophique » (p. 59-80), et de Pierre Pech sur l’observatoire de l’environnement de la montagne de Lure (p. 81-95), où est mise en évidence « l’hétérogénéité des perceptions du milieu naturel ». (Géographie et Cultures, « Environnement et société », n° 37, printemps 2001, L’Harmattan, 143 p., 90 F., 13,72 €.)
 
Reconstructions et révolutions agraires en Europe
 
 
Jean-Marc Moriceau et Philippe Madeline réunissent dans la dernière livraison de leurs Enquêtes rurales quelques-unes des communications présentées au séminaire du pôle « Sociétés et espaces ruraux », qui a déjà six ans d’existence, à la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen. Signalons en particulier, pour les historiens et plus largement les curieux de l’Europe méditerranéenne au 20e siècle, l’étude exemplaire du géographe Michel Drain sur les « changements agraires et mutations socio-spatiales en péninsule ibérique depuis 1945 ». (Enquêtes rurales, n° 7, 2000, « Entre l’événement et l’environnement. Des paysans en situation extrême », p. 35-56.)
 
Le Brésil, ses 500 ans et son avenir
 
 
Les Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien, qui se sont donné le beau titre de Caravelle, ne pouvaient faire moins que de célébrer à leur manière le cinquième centenaire du Brésil où Stefan Zweig était venu chercher l’« avenir de notre monde ». Sans citer toutes les contributions à cette riche livraison, on retiendra, après l’introduction de Richard Marin, celles de Sandra Jatahy Pesavento, qui revient sur les ambivalences et ambiguïtés de l’identité nationale (p. 16-24), de Jean-François Véran, qui se demande s’il est permis de voir dans l’« afro-brésilianité » contemporaine « un modèle d’intégration » (p. 25-47), d’Ivo Lesbaupin, qui examine la société civile depuis la démocratisation (1985-2000) (p. 61-75), de Pernette Grandjean et Jean-Christian Tulet sur le café, « culture exemplaire » (p. 93-108), ou encore de Martine Droulers et François-Michel Le Tourneau, en forme de question : « Amazonie : la fin d’une frontière ? » (p. 109-135). (Caravelle, Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien, « Nouveaux Brésils fin de siècle », n° 75, décembre 2000, 278 p., 140 F., 21,34 €.)
 
Histoire et littérature : regards portugais et brésiliens
 
 
La Revista de História das Ideas, de l’Institut d’histoire et de théorie des idées de la faculté des lettres de l’université de Coimbra, revue de beaucoup de tenue et de soin, vient de faire paraître, pour sa vingt et unième livraison, celle de l’année 2000, un fort volume où nombre de nos curiosités présentes trouveront des correspondances nourricières. Sans citer ici l’ensemble des contributions, on attirera spécialement l’attention sur les réflexions de Sandra Jatahy Pesavento sur les « frontières de la fiction » (« Fronteiras da ficção, Diálogos da história com a literatura », p. 33-57), où l’on a plaisir à retrouver Georges Duby et Michel de Certeau, et celles de Francisco J. Calazans Falcon sur « História e representação » (p. 87-126). On recommande aussi l’étude de l’História universal de Teófilo Braga par Ana Leonor Pereira (p. 221-260), l’article d’István Jancsó et Joao Paulo G. Pimenta sur l’émergence de l’identité nationale brésilienne (p. 389-440), ou encore celui d’Ernesto Castro Leal, « Narrativas e imaginários da 1a Grande Guerra. “O Soldado-Saudade” português nos “nevoeiros de morte” » (p. 441-460). (Revista de Histórias das Idas, « História e Literatura », vol. 21, 2000, 529 p.)
 
De ville en ville
 
 
Après Le Caire et Istanbul, Vienne et Berlin, New York et Rio de Janeiro, d’autres encore, la collection « Histoire des grandes villes du monde » des éditions Fayard s’enrichit d’une Histoire de Hanoï qui mérite le détour. L’auteur, Philippe Papin, membre de l’École française d’Extrême-Orient, vit à Hanoï depuis plus de dix ans. Cela se voit et s’entend. La science et l’expérience, et le goût, la qualité du texte et de l’illustration, tout ici concourt à la satisfaction de l’historien de métier, du voyageur attentif et de l’honnête homme à longue mémoire. (Philippe Papin, Histoire de Hanoï, Paris, Fayard, 2001, 404 p., 150 F., 22,87 €.)
 
Le Maroc dans les archives du SHAT
 
 
Le Service historique de l’Armée de Terre valorise ses trésors en poursuivant la publication de catalogues, initiative dont l’utilité n’est plus à démontrer. Changement de focale : des guides désormais thématiques recensent les ressources conservées à Vincennes pour étudier un pays ou un thème donné. Le SHAT ouvre le feu avec le Maroc. De quoi donner quelques idées aux chercheurs, aux universitaires ou aux étudiants en quête d’un sujet. (Thierry Sarmant et Michel Roucaud, Guide des sources de l’histoire du Maroc au Service historique de l’Armée de Terre, Vincennes, Publications du SHAT, 2000, 68 pages.)
 
Parlementaires nordistes
 
 
L’histoire des élites connaît un renouveau que reflète, parmi d’autres, une étude des parlementaires du Nord et du Pas-de-Calais. Les thématiques classiques conservent leurs places fortes, et l’ouvrage analyse fidèlement les origines sociales, les héritages culturels, les filiations politiques de ces élus. Il se penche également sur l’influence qu’exercent les représentants du peuple tout en décrivant leur carrière. Une batterie de cartes, de brèves mais utiles notules biographiques complètent l’ensemble. Développant les plus récents acquis de la recherche, le livre fonctionne donc aussi comme un instrument de travail, ce qui en renforce l’attrait. (Bernard Ménager, Jean-Pierre Florin, Jean-Marc Guislin (dir.), Les Parlementaires du Nord-Pas-de-Calais, Lille, Centre de recherches sur l’histoire de l’Europe du Nord-Ouest / université de Lille 3, 2000, 352 pages, 195 F., 29,73 €.)
 
Truman et le « miracle » de 1948
 
 
Chacun le sait, l’élection du démocrate Harry S. Truman à la présidence des États-Unis, en novembre 1948, est de celles qui ont eu lieu à la surprise générale des instituts de sondage et des analystes politiques. « Inattendue », sans doute, cette élection, mais non pas « accidentelle » : telle est du moins la conclusion de Bernard Lemelin, dans l’un des articles réunis et présentés par Hubert Perrier, sous le titre « Le Politique, la politique », dans le dernier numéro de la Revue française d’études américaines. (Bernard Lemelin, « The US Presidential Election of 1948 : The Causes of Truman’s “Astonishing” Victory », dans Revue française d’études américaines, « Le Politique, la politique », n° 87, janvier 2001, p. 38-60.)
 
Nos années quatre-vingt-dix
 
 
Il fallait le sens du devoir de Dominique Lejeune pour s’atteler à la tâche toujours risquée qui consiste à reconnaître, dans le fourmillement du passé immédiat, les reliefs stabilisés, les hommes et les jours décisifs, sans céder à la tentation de se laisser porter par les vents dominants. L’auteur croit en l’unité de la dernière décennie du 20e siècle, au cours de laquelle les relations internationales se sont inscrites dans un nouveau cadre. Au vrai, un tour du monde en moins de trois cents pages ne laisse guère de place ni de temps pour le passage à l’analyse. Or Dominique Lejeune ne se contente pas d’énumérations ou de récits, qu’au demeurant dictent toujours des choix raisonnés ; il donne une vraie synthèse, nourrie, argumentée, qui rendra bien des services. (Dominique Lejeune, Histoire du monde actuel (1990-2000), Paris, Armand Colin, coll. « U », 2001, 288 p., 130 F., 19,82 €.)
 
Un demi-siècle de science politique à la française
 
 
La Revue française de science politique (n° de février-avril 2001) fête ses cinquante ans avec un dossier (remords ou promesse ?) sur les « Devenirs militants » où sont notamment examinés les nouveaux militantismes « moraux » (Ligue des Droits de l’Homme, Médecins sans Frontières, Droit au logement, écologistes). Jean Leca saisit l’occasion pour faire « Une relecture cavalière des débuts » de la revue, lancée en juin 1951. Outre une prosopographie des pères fondateurs et des premiers responsables, on y trouvera une réflexion sur le langage de la science politique, hier et aujourd’hui, pris dans la bousculade du political scientist.
 
Les archives dans le débat démocratique
 
 
La part de l’archivage et de l’archive d’État dans nos enjeux de mémoire et notre crise de la conscience sociale : l’examen de ces thèmes si forts et si actuels a structuré la table ronde organisée en 1998 entre archivistes français et roumains. L’État est-il toujours gardien de la mémoire collective ? Quel rôle peuvent jouer les institutions européennes, et d’abord du Conseil de l’Europe, dans l’assouplissement de ce constat ? Que serait donc désormais une « bonne » loi d’archives ? Et comment gérer à coup sûr les archives dites « sensibles » ? Toutes ces questions sont clairement posées, avec d’autres, dans le remarquable compte rendu de cette réunion, où l’on recommande notamment le texte de Vincent Duclert sur le devoir de mémoire : ICA, Mémoire et histoire. Les États européens face aux droits des citoyens du xxi e siècle, Paris, 2000, 168 p. (ICA, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris).
 
L’art et le politique
 
 
La revue Sociétés et Représentations consacre un numéro (11) à la question « Artistes/Politiques », fruit, pour l’essentiel, d’un séminaire animé trois ans durant par Benoît Lambert et Frédérique Matonti au Laboratoire de Sciences sociales de l’École normale supérieure. Elle s’intéresse aux usages politiques de l’art, de son utilisation à des fins propagandistes à la mise en place de politiques culturelles locales et nationales, en passant par le processus d’une culture nationale, républicaine ou sociale, ouvrière, en particulier. Elle s’engage à travailler à une étude fine des artistes et des différents mondes de l’art, tant il est vrai que les auteurs s’accordent sur la nécessité de prendre en compte les conditions sociologiques des rapports entre les artistes et le politique, au-delà de la « représentation éthique » de ces rapports. Les exemples choisis vont de « Beethoven, artiste entrepreneur » (Pierre Bourdieu) à « l’usage des catégories de “droite” et de “gauche” dans le champ littéraire » (Gisèle Sapiro), en passant par « l’art identitaire de la Ligue du Nord » (Martina Avanza) ou « le discours littéraire face à l’épuration » (Anne Simonin).
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