Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629175
244 pages

p. 101 à 110
doi: en cours

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Dossier : Mémoire et histoire

no 73 2002/1

2002 Vingtième siècle Dossier : Mémoire et histoire

Histoire et mémoire chez Péguy

François Bédarida  [*]
Dans un passage célèbre de Clio, Péguy, on le sait, a soutenu que « l’histoire et la mémoire forment un angle droit ». L’article dit l’origine de cette distinction, à l’heure du retournement historiographique conduit par la nouvelle Sorbonne, par Laville, Langlois et Seignobos, ennemis juré du patron des Cahiers de la Quinzaine, grand pourfendeur du « parti intellectuel » et de « l’histoire historisante ». Il signale aussi, et très fortement, que Péguy, en bon et fidèle bergsonien, a constamment tenté de dépasser les fausses oppositions entre histoire et mémoire au nom de l’affrontement fécond entre Clio et Chronos, entre le passé et la vie, et qu’il n’a pas cessé de rappeler la haute responsabilité de l’historien dans la compréhension du monde. It is well known that in a famous passage in Clio, Péguy said “history and memory form a right angle.” The article details the origin of this distinction during the historiographic reversal led by the new Sorbonne, Laville, Langlois and Seignobos, sworn enemies of the director of the Cahiers de la Quinzaine, great destroyer of the “intellectual party” and “historicizing history”. It also says that Péguy, the good and faithful Bergsonian, constantly tried to overcome the false oppositions between history and memory in the name of the productive clash between Clio and Chronos, between the past and life, and he never stopped recalling the historian’s enormous responsibility in the comprehension of the world.
Pour dépasser les termes du dialogue contemporain sur le « couple mémoire/ histoire », pour prolonger aussi la méditation sur le travail de Paul Ricœur qu’il vient de publier dans la Revue historique (n° 619, juillet-septembre 2001), François Bédarida met ses pas dans ceux de Péguy. Un Péguy pour qui « l’histoire et la mémoire forment un angle droit ». Tout l’article montre pourtant que Péguy-Janus, fidèle à Bergson, a aussi promis la réconciliation de Mnémosyne et Clio, comme il se doit entre mère et fille.
L’œuvre entière de Péguy, du remier des Cahiers de la Quinzaine en 1900 au dernier en juillet 1914, constitue une réflexion sur l’histoire et sur le mystère de l’histoire – l’histoire temporelle, le passé « historique », celui de la cité des hommes, et l’histoire spirituelle, celle de la cité de Dieu. En même temps elle nous projette au cœur d’un débat brûlant d’aujourd’hui : l’antinomie ou l’alliance entre mémoire et histoire, ou, pour reprendre le langage de Péguy, entre les deux figures symboliques, la Déesse et la Muse, la mère et la fille, Mnémosyne, l’épouse de Zeus, et Clio, l’aînée des sept Muses.
On connaît le passage célèbre de Clio sur les deux logiques se croisant à « angle droit » : « L’histoire est essentiellement longitudinale, la mémoire est essentiellement verticale. L’histoire consiste essentiellement, étant dedans l’événement, avant tout à n’en pas sortir, à y rester, et à le remonter en dedans. La mémoire et l’histoire forment un angle droit. L’histoire est parallèle à l’événement, la mémoire lui est centrale et axiale. » [1] Sur ce thème, Péguy est constamment revenu, avec toute la puissance de sa conviction passionnée et torrentielle, guidé par une inspiration de prophète, avec ses éclairs de génie, ses foucades, ses errements.
En fait, deux lectures sont possibles en ce domaine. L’une est une lecture au premier degré, simple, directe, conforme aux apparences, qui conclut à un conflit radical et irréductible entre histoire et mémoire : ce seraient là deux voies de la connaissance, étrangères l’une à l’autre, l’une pauvre et stérile, l’autre riche et féconde. Mais, si au lieu de ce discours sommaire on creuse par-delà les faux-semblants, on en vient à une lecture au deuxième degré, plus affinée, balayant les clichés, introduisant dans l’analyse les deux dimensions essentielles que sont le temps et le sens – autrement dit une approche herméneutique.
 
â—¦ Un tournant de l’historiographie
 
 
Commençons par la lecture au premier degré. À longueur d’écrits, Péguy consacre des pages et des pages à vitupérer l’histoire et au contraire à célébrer la mémoire. Dans cette optique le couple mémoire/histoire est un couple de divorcés, car entre les deux partenaires il y a une totale incompatibilité d’humeur.
En effet, si dans l’événement passé, la mémoire conserve et recrée la vie, saisit le réel, transmet le frémissement de l’être, à l’inverse l’histoire reste au-dehors. Elle prétend appréhender le passé, mais c’est à coup de fiches, de dates, de mesures, et ce faisant, elle trahit la vie. Les faits qu’expose l’historien ressemblent à des papillons morts rangés et épinglés dans une boîte. Au fond l’histoire, telle qu’elle est maintenant produite et enseignée en France, dévitalise le passé : c’est un véritable trucage, une école de « feinte ». De là ses infirmités, sa sécheresse, sa cécité, parce qu’elle privilégie l’inscription au détriment de la remémoration, le discursif au détriment de l’intuiti [2]. Ailleurs Péguy use d’une autre image : la prétention, ou plutôt l’illusion, de l’historien à être un projecteur de lumière tous azimuts. « L’historien commun, moyen, ordinaire, historicus vulgaris, a en main sous le nom de méthode historique […] une sorte de lance de pompier de lumière qu’il n’a plus à projeter sur l’ombre » [3]. En sorte qu’aucune région du temps ne manque à l’appel de la convocation historienne.
Toutefois, on l’a immédiatement remarqué, l’histoire à laquelle s’en prend Péguy avec tant de vivacité, c’est l’histoire dite « scientifique » ou « méthodique », celle que l’on a appelée par commodité « positiviste ». D’autant que lui-même a assisté dans sa jeunesse, au cours des année 1890, à la grande querelle autour de la Sorbonne et à la mutation advenue dans la discipline historique avec la victoire des « modernes ». Sa chère École normale supérieure a justement été l’un des bastions investis avec succès par les tenants de l’histoire méthodique. La nomination comme directeur d’Ernest Lavisse, qui en est le maître à penser, est emblématique, tandis qu’à la Sorbonne Seignobos, autre archicube, et à la tête des Archives nationales le chartiste Charles Victor Langlois (surnommé Charles V) [4] en sont les deux grands prêtre : trois bêtes noires de Péguy [5].
À vrai dire, à travers ces affrontements, s’est produit un changement de paradigme culturel. L’enjeu, immense, a été de substituer l’« esprit scientifique » à l’« esprit rhétoricien », ou si l’on préfère, une culture spécialisée à bases de connaissances positives à une culture fondée sur l’intuition et la virtuosité historique. En prenant pour modèle l’Université allemande, on a voulu former dorénavant non plus des amateurs, brillants et superficiels, mais des travailleurs et des savants [6]. Or, pour un homme comme Péguy, la trahison est double. D’abord, cette école de pensée est devenue système – « un système monoplan » [7] – et elle va jusqu’à prétendre se traduire en métaphysique, en chassant la mémoire, articulée sur le spirituel et l’éternel (c’est pourtant, notons-le, cette méthode historique utilisée par les historiens cibles de Péguy qui était efficacement intervenue lors de l’affaire Dreyfus pour la défense du condamné en démontant les mensonges et les fausses preuves du parti antidreyfusard). En second lieu, pour un patriote aussi intransigeant, un tel retournement marque de manière insupportable la victoire du génie allemand sur le génie français.
 
â—¦ Les trois péchés capitaux de l’histoire historisante
 
 
Aux yeux de Péguy, telle qu’elle a été codifiée par Langlois et Seignobos, telle qu’elle est pratiquée dans les universités, l’histoire dite « scientifique » est coupable de trois péchés capitaux.
D’abord, les historiens « méthodiques » avec leur érudition et leurs boîtes à fiches, en chassant de leur champ la mémoire, jugée mouvante et incertaine, non seulement étouffent la vie, mais ils ont dénaturé la connaissance historique. Chez eux, faute d’imagination et d’intuition, il n’y a plus qu’un passé mort. D’autre part, n’accepter comme sources que les archives écrites constitue une usurpation, une perversion, voire une fraude intellectuelle et morale vis-à-vis du passé. Dans cette histoire historisante, devenue « une simple énumération des faits, une simple narration des événements », on a officiellement « banni tout jugement et, dans le jugement, toute évaluation », on a « éliminé tout portrait, proscrit toute morale, toute conclusion » [8].
Le résultat, « c’est une pétrification » [9]. Les objets historiques ne sont plus que des objets réifiés. Pourtant, déclare Clio, « moi l’histoire, je n’ai pas toujours été cette vieille demoiselle sténographe qui prend des copies, qui fait toute la journée des fiches et des renseignements et qui les met dans des boîtes. Intelligente alors […], artiste je modelais, je sculptais des portraits et je conduisais […] J’étais une Muse ». Maintenant, poursuit-elle d’une plume à la fois railleuse et rageuse, « tout ce que je puis faire, c’est d’enregistrer quelques résultats […] quand ils sont bien figés, bien arrêtés, […] bien morts […]. Je suis une dame de l’enregistrement. Il me faut un guichet, un petit guichet et des cadres […] La réalité, le mouvement, ce n’est pas mon office. La source, je ne bois pas à la source. Je ne bois que de l’eau filtrée. Et par combien de filtres. Il n’y a jamais assez de filtres. Les flots mouvants, la réalité mouvante, la réalité vivante […], ça me tourne la tête ; ça me tourne le cœur […] ça me donne le mal de mer. Que voulez-vous, je suis l’histoire […] Il faut me prendre comme je suis […] toute faite ; et faite d’avance » [10].
Chez ces savants, le présent a beau courir après le passé, celui-ci reste à distance, coupé de lui – sans rémission. D’où une déperdition irrémédiable, une dégradation indéfinie. Le décalage entre l’événement, c’est-à-dire la réalité dans toute sa luxuriance, et l’histoire est tel qu’en fin de compte ne subsistent que des résidus. Péguy va même jusqu’à dire que, restreinte à son ordre linéaire et sporadique, cette histoire « ne donne que des cendres ». Car elle « ne s’occupe pas des réalités. Elle n’a que faire de la réalité. Elle s’occupe de ce qui fait figure […], de ce qui apparaît. C’est une science de mesure de l’événement, non de l’événement lui-même » [11].
Deuxième péché : l’idolâtrie du document. Non point que Péguy – qui a commencé par le travail historique classique au temps de sa jeunesse normalienne – n’ait pas le plus grand respect pour le document. Seul le texte in extenso lui apparaît de valeur historique [12]. Mais ce qu’il ne supporte pas, c’est ce qu’enseigne la nouvelle bible des prophètes du positivisme, à savoir que « l’histoire n’est que la mise en œuvre de documents », puisque « les faits historiques proviennent de l’analyse critique des documents ; ils en sortent dans l’état où l’analyse les a mis, hachés menus en affirmations élémentaires » [13]
À l’opposé, Péguy a une vision herméneutique des sources (encore que curieusement il n’ait guère porté d’attention à la riche sémantique du mot source). En effet, comme il l’écrit paradoxalement, une histoire soucieuse de sens « se fait avec, entre, contre, autour, au-dessus, au-dessous des documents qu’on a, comme on peut » [14]. Ainsi, par son refus de donner au mot document le sens étriqué et l’usage restrictif des historiens « scientifiques », Péguy non seulement élargit à l’extrême – de façon neuve et hautement personnelle – le concept de sources, mais il met au premier plan la double opération que doit accomplir l’historien : compréhension en profondeur du donné documentaire, interprétation du passé en lui donnant sa pleine dimension et son plein sens.
Enfin, Péguy s’élève avec vigueur contre le péché d’hubris de l’historiographie moderne. Au nom de la méthode scientifique, la présomption et l’orgueil y règnent en maîtres. Lui-même voit ici l’héritage de Renan, père spirituel, avec Taine, de cette historiographie. Dans L’Avenir de la science, Renan, tout en célébrant « les immenses conquêtes » des sciences historiques, n’était-il pas allé jusqu’à écrire : « Mais on en voit le bout. Dans un siècle, l’humanité saura à peu près ce qu’elle peut savoir sur son passé ; et alors il sera temps de s’arrêter ; car le propre de ces études est, aussitôt qu’elles ont atteint leur perfection relative, de commencer à se démolir. L’histoire des religions est éclaircie dans ses branches les plus importantes. […] Le processus de civilisation est reconnu dans ses lois générales. L’inégalité des races est constatée. Les titres de chaque famille humaine à des mentions plus ou moins honorables dans l’histoire du progrès sont à peu près déterminés » [15].
En d’autres termes, et pour emprunter un langage contemporain, cet optimisme libéral n’annonce-t-il pas la fin de l’histoire à la manière de Fukuyama ? L’humanité n’est-elle pas en train d’atteindre la totalité de la connaissance en devenant Dieu ? C’est bien là ce qui indigne tant Péguy. Et c’est pourquoi il s’acharne à démonter que le vice congénital de l’histoire historisante, c’est sa démesure, sa prétention à l’omniscience, l’historien prenant la place de ce Dieu qu’il se targue d’avoir chassé de l’histoire. Jusque-là, en face des dieux de l’Olympe, en face du Dieu chrétien, l’homme connaissait ses limites, il se reconnaissait comme créature. Maintenant l’historien cesse de se considérer comme un homme : « L’historien moderne est devenu un Dieu ; il s’est fait, demi-inconscienmment, demi-complaisamment, lui-même un Dieu ; je ne dis pas un dieu comme nos dieux frivoles […] il s’est fait Dieu, tout simplement, Dieu éternel, Dieu absolu, Dieu tout-puissant, tout juste et omniscient. » [16]
Au contraire, la mémoire a le pouvoir de connaître de l’intérieur. Son mode de connaissance est une connaissance métaphysique, au niveau de l’être, tandis que l’histoire en reste à une connaissance livresque sous couleur de savoir scientifique. De là les attaques incessantes de Péguy contre « la maigre Sorbonne et ses pauvres petits », responsables d’une nouvelle tyrannie : le règne des fiches. Au point que les enseignants de lettres ne sont plus maintenant que des ersatz d’enseignants de sciences. De là la boutade de Clio : « Nos professeurs à la Faculté des Lettres ont fini par se faire estimer de leurs collègues de la Faculté des Sciences, et presque ont réussi à se faire agréger […] comme des collègues de deuxième zone à la Faculté des Sciences. » [17] Les voilà qui partagent la prétention inouïe du « parti intellectuel » au savoir absolu, alors que l’événement représente l’inmaîtrisable. Plus encore que Langlois et Seignobos, « le directoire bicéphale des études historiques » selon l’expression de Jules Isaac [18], c’est Ernest Lavisse que Péguy honnit le plus en tant que symbole de la lâcheté et de la dégradation des élites républicaines qui ont saisi et accaparé le pouvoir et les honneurs : cet être tout entripaillé de prébendes n’est qu’un « sénile fossoyeur », « à la fois impotent et omnipotent, et même prépotent » [19].
Mais dans « le parti intellectuel », Péguy critique non seulement les postulats théoriques – sur l’homme, la science, la culture – mais aussi l’avilissement des êtres par l’ambition politique, la chasse aux places, les gages donnés aux puissants à coups de petites médiocrités et de maintes lâchetés, la volonté de régenter la jeunesse. « Le monde moderne avilit. Il avilit la cité ; il avilit l’homme. Il avilit l’amour ; il avilit la femme. Il avilit la race ; il avilit l’enfant. Il avilit la nation ; il avilit la famille. » Et même – péché suprême –, « il avilit la mort » [20]. Au fond, ces figures de proue ne sont que des cléricaux modernes, doctrinaires d’un positivisme plat et dominateur, dont Lucien Febvre, entré à l’École normale supérieure en 1899, a donné un témoignage rétrospectif apportant de l’eau au moulin de Péguy : « Fière et puissante dans le temporel, elle [l’école méthodique] se montrait dans le spirituel sûre d’elle-même. » [21]
L’histoire, dès lors, au lieu d’être une création vivante, fondée sur une expérience vécue, n’est plus qu’un édifice sclérosé et vide. Tout à son indignation, Péguy enveloppe dans la même détestation l’histoire « scientifique » et le monde moderne, ce monde de la marchandise, de l’avoir, du refus de l’âme et du spirituel, ce « règne de barbares, de brutes et de mufles » considéré comme le summum de la civilisation et du progrès –, bref, ce qu’il dénomme « une panmuflerie sans limites » [22].
À cette œuvre pauvre, desséchée, ennuyeuse, dépourvue de portée parce que dépourvue de sens, Péguy oppose la mémoire, dont il célèbre avec effusions les vertus. La supériorité de la mémoire sur l’histoire, c’est d’être organique et vivifiante, riche de virtualités et de sens, à la fois parce qu’elle charrie avec elle toute la plénitude bouillonnante du passé et parce qu’elle tente d’exprimer l’homme. Autrement dit, elle s’articule sur l’éternel. Grâce à elle le passé coule et irrigue tout le présent. Comme l’énonce Clio, « c’est la mémoire qui fait toute la profondeur de l’homme ». Dès lors, « rien n’est aussi contraire et aussi étranger que l’histoire à la mémoire » [23].
Telle est la lecture au premier degré de la pensée de Péguy : une lecture littérale – à l’avantage de la mémoire, au détriment de l’histoire –, dans laquelle est rejetée la prétention de cette dernière à comprendre et à traduire le passé, puisqu’elle lui reste extérieure. Seule la mémoire y accéderait : par le dedans. Ce serait en quelque sorte le temps retrouvé.
Cependant, compte tenu de l’enjeu, on peut se demander si une autre posture interrogative, à la fois plus critique et plus herméneutique, n’aboutirait pas, par une lecture au deuxième degré, à une tout autre interprétation du rapport entre histoire et mémoire.
 
â—¦ Clio et Chronos
 
 
Commençons, pour appréhender la véritable pensée de Péguy dans sa complexité, voire ses circonvolutions, par introduire deux paramètre. Le premier, c’est la rencontre de Péguy avec la philosophie bergsonienne. Des cours au Collège de France assidûment suivis, de la lecture des Données immédiates de la conscience et de Matière et mémoire, Péguy a retiré toute une réflexion sur la valeur qualitative du temps. Alors que l’histoire dite « scientifique » considérait le temps comme une donnée quantitative, mesurable, homogène, découpable en tranches égales, Péguy pense qu’un abîme sépare le temps arithmétique – et artificiel – du temps organique : de là sa confiance, inspirée par Bergson, dans la durée créatrice. La philosophie bergsonienne, en effet, est « une philosophie de l’intérieur ». Au lieu d’« une physique du transfert, [d’] une mécanique », elle est « une dynamique », substituant le « se faisant » au « tout fait » historique [24].
Une fois sur cette ligne de combat, Péguy voit le moyen de démolir le monde du scientisme, de l’intellectualisme mécanique, du savoir momifié. L’action humaine, qui relève du souffle vital, se trouve alors restaurée comme espace de liberté. Toute sa vie, lui-même a ressenti comme une interpellation personnelle le problème du temps, dans la ligne du Pascal interrogeant : « Qui pourra le définir ? », tant il y a « de différentes opinions touchant l’essence du temps » [25]. Pour lui, la force du temps, c’est la force de l’histoire. Clio est petite-fille de Chronos. « L’aïeul Temps, le vieux squelettique, le vieux à la faux, le vieux sénile, il n’est pas seulement notre grand-père […] il est le grand-père commun. Il est le grand-père universel. » Et Clio de poursuivre : « Quand on a dit que le temps passe, dit l’histoire, on a tout dit ». En effet, « la loi de l’événement, c’est la loi de l’écoulement du temps, ou pour parler comme Bergson, de l’écoulement de la durée, la vieille et universelle loi de l’irréversibilité » [26].
Il importe donc au plus haut degré de ne pas se tromper, comme le fait le monde moderne, sur la nature du temps. À l’opposé des vues des historiens méthodiques, c’est « un de ces biens qu’on ne remplace pas, parce qu’ils sont et irréversibles et irrecommençables, parce qu’ils sont de l’ordre et de la mémoire et de l’histoire ». Ainsi s’effectue le lent travail d’élaboration, la lente maturation de l’histoire, dans le cadre du temps, lui qui est « le seul qui n’accepte pas qu’on lui donne le change » [27]. Mais alors, peut-on observer, devant cette profondeur variable du temps, un délicat challenge attend l’historien : comment doit-il manier la pluralité des durées et comment peut-il les hiérarchiser, si ce n’est par des constructions comportant inévitablement une part d’abstraction ?
Second paramètre : la communion passé/présent, seule issue pour échapper aux apories de la confrontation mémoire et histoire ou témoin et historien. Si notre propre actualité rend le problème plus épineux que jamais, l’itinéraire suivi par Péguy au tournant du siècle, son expérience vécue, celle de l’affaire Dreyfus surtout, l’ont tellement secoué qu’ils lui ont fait douloureusement prendre conscience du fossé existant entre la réalité historique, existentielle et complexe, et la version appauvrie qu’en tire l’historien pour la postérité. Mais en même temps, cela l’a convaincu que, si l’on veut faire valablement de l’histoire, il faut non seulement être pleinement de son temps mais ne pas craindre de s’y investir.
Clio l’affirme sans ambages : « Rien n’est aussi faux, dit-elle, que cette idée que l’on a […] que les bons historiens sont ceux qui dans l’étude du passé s’abstraient complètement de leur temps, du souci de leur temps, et que les mauvais historiens sont ceux qui portent jusque dans le passé les préoccupations et les soucis de leur temps. [28] On remarquera que sur ce choix historiographique, sur cette option consistant à vouloir aller vers la vie, Péguy se retrouvait en pleine communion d’idées avec son ami Jules Isaac. « Toute enquête historique, a écrit ce dernier, s’inscrit dans une mentalité donnée, qui est celle de l’enquêteur, et dans une situation donnée, qui est celle où se trouve placé l’enquêteur. Autrement dit, tout enquête sur le passé part du présent, d’un certain présent humain ; elle remonte du présent, de la vie présente, au passé mort. » [29]
On voit par là s’esquisser une logique de réconciliation entre mémoire vivante et histoire vivante. Même si à maintes reprises les béances perdurent. Péguy a lui-même raconté sa pénible déconvenue lorsqu’un jeune homme était venu le voir pour l’interroger sur « l’Affaire ». Au bout de quelques minutes, il s’était aperçu du fossé les séparant. Pour son interlocuteur, explique-t-il, c’était là de l’appris, pour lui, du vivant : « Je lui donnait du réel, il recevait de l’histoire. » [30]
Mais, d’une part, ce n’est pas à l’histoire en tant que telle que Péguy s’en prend avec cette virulence, mais à l’histoire des érudits, des philologues, des pédants, adeptes d’une méthode parée de l’épithète « scientifique » qui en fait ne produit que de l’histoire historisante. C’est donc une caricature de l’histoire qu’il dénonce. D’autre part, la mémoire relève de l’ordre de la connaissance. Elle est une forme et un instrument de la connaissance du passé, mais d’une connaissance intérieure, à la manière de la réminiscence platonicienne – celle de l’eikon, de l’image, de l’empreinte. « Une connaissance sourde, profonde », qui diffuse et qui communique. Par là, l’homme retrouve et écoute, « comme familière et connue, cette résonance profonde, cette voix qui n’était pas une voix du dehors, cette voix de mémoire engloutie ». [31]
 
â—¦ Le passé et la vie
 
 
En vérité, loin d’être un ennemi de l’histoire, comme certaines apparences pourraient le faire croire, Péguy est au contraire un passionné d’histoire [32]. Pour lui, l’histoire – non seulement la grande histoire, celle qui se fait avant de s’écrire, l’histoire en tant que devenir de l’humanité, mais l’histoire comme connaissance (Geschichte) – est l’épicentre de l’existence. Lui-même a caressé le rêve, sans y parvenir, d’écrire une thèse, ce qui a donné lieu au brouillon de livre intitulé De la situation faite à l’histoire dans le monde moderne. Dès ses premiers écrits, il affirme que « l’histoire est la mémoire de l’humanité », elle est « indispensable à la commune humanité ». Passion de la vie et lutte contre la mort, l’histoire est « désir et passion de les vivre [les vies que nous n’avons pas vécues] […] comme si elles étaient nôtres, et plus profondément sans doute, épouvante sourde du néant, aversion de la mort, singulière passion, couchée basse aux couches les plus profondes » [33]. Dans Clio, la Muse reconnaît que rien de ce qui concerne l’histoire ne saurait être étranger à l’homme qui dialogue avec elle. C’est pourquoi on a absolument besoin d’elle. À condition qu’elle ne soit pas tangente à l’événement, mais qu’elle restitue à l’événement son épaisseur et sa plénitude. Certes, l’historien choisit, recompose, arrange, dispose, reconstruit. De là sa relativité. Il doit savoir que son regard n’est ni le seul regard ni tout le regard sur la réalité, car il ne peut épuiser celle-ci [34].
Autre vecteur capital du métier : l’histoire ne prend sens que si elle engage son auteur. C’est pourquoi Péguy critique vertement ceux pour qui « l’ignorance du présent est une condition indispensable pour accéder à la connaissance du passé » [35]. Au contraire, soutient-il, il est hautement profitable d’avoir une expérience personnelle de ce qu’est le présent, la vie d’homme et de citoyen, les réalités de la famille et de la cité, avant de remonter, ainsi éclairé, vers l’étude du passé.
Par là le paradigme mémoriel se trouve pleinement réintégré, dans la mesure où la mémoire vient baigner et féconder l’histoire ainsi comprise. À son contact, l’âme du lecteur s’éveille, et lui-même participe au passé qui se met à palpiter et à vivre. C’est une autre forme de l’Incarnation : l’âme dans le corps, le spirituel dans le temporel. Du passé surgit dans le présent la mémoire des événements enfouis. Il faut donc non seulement cultiver cette mémoire, mais la re-présenter. C’est le miracle de la remémoration. « Quelle joie, tout à coup, s’écrie Péguy à propos du passé de Paris, joie du sentiment et de l’intelligence, de la mémoire et de l’histoire, et ravissement de surprise de l’âme historienne […] de retrouver soudainement en soi-même et de comprendre enfin […] toute une période que l’on croyait abolie, toute une ville, tout un passé de toute une ville […], tout un âge que l’on croyait révolu. » [36] En somme, l’histoire ainsi comprise a traversé le miroir en intégrant la mémoire telle que l’entend Péguy. C’est une histoire ouverte, une histoire dotée de sens.
À vrai dire, de même qu’il y a deux histoires, l’authentique et la caricaturale, il y a deux mémoires. En effet, à la suite de Bergson qui distinguait une mémoire-souvenir, proprement spirituelle, et une mémoire-habitude, mécanique et passive, Péguy distingue une mémoire vivifiante et une mémoire mortifiante [37]. D’où l’ambivalence de la mémoire. Ni l’une ni l’autre n’ont à être exaltées en soi, en toutes circonstances et en tout lieu. Car l’une et l’autre sont capables de faire vivre, mais aussi d’endormir et de faire périr. La première est instrument de vie et instrument de sens, elle relève de la grâce, la seconde se trouve réduite à l’habitude. Ainsi la bonne histoire, grosse de la vraie mémoire, loin de nous arracher au présent, nous aide à le vivre authentiquement et en profondeur. « Plus nous avons de passé, plus nous avons de mémoire (plus aussi […] nous avons de responsabilité), plus ainsi aussi ici nous devons le défendre ainsi. Plus nous avons de passé dernière nous, plus (justement) il nous faut le défendre ainsi, le garder pur. » [38]
Il s’ensuit une haute responsabilité de l’historien, à la mesure même de son pouvoir. À maintes reprises, notamment dans le Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, Péguy est revenu sur cette responsabilité et ce pouvoir – du fait de la capacité, par l’écriture de l’histoire, de faire passer à la postérité telle ou telle lecture du passé. D’autant que le passé est du domaine du fragile, du périssable. Prenant l’exemple de l’œuvre d’Homère et s’adressant à Péguy, Clio s’exclame : « Il est effrayant, mon ami de penser que nous avons toute licence, que nous avons ce droit exorbitant, que nous avons le droit de faire une mauvaise lecture d’Homère. […] Et surtout que […] nous pouvons par l’oubli lui administrer la mort. Quel risque effroyable, mon ami, quelle aventure effroyable ; et surtout quelle effrayante responsabilité. » [39] Dès lors, c’est de la validité du travail des historiens, de la qualité et de la véracité de leurs écrits que dépend l’avenir de la société. En effet, note ailleurs Péguy, « la vie et l’action commune exigent l’histoire […]. Et si nous les historiens ne lui contons pas des histoires bien faites, l’humanité se contera des histoires mal faites. Si nous ne lui faisons pas des histoires authentiques, elle se fera des histoires fausses. Nous devons donc lui faire son histoire » [40]. Ainsi, l’autorité intellectuelle de l’historien fait de lui en quelque sorte « un magistrat de la postérité ».
Mais à condition d’échapper au monde du mécanique, à l’univers de l’intellectualisme, à une pseudo objectivité qui aboutit à chasser le sujet. L’action humaine, en effet, est souffle vital. Elle relève de la liberté. Derrière les sources documentaires, c’est l’être que l’historien doit retrouver. Et Péguy de faire une fois de plus appel à Bergson : « C’est cette profonde et capitale idée bergsonienne que le passé, le présent et le futur ne sont pas du temps seulement, mais de l’être même. Qu’ils ne sont pas seulement chronologiques. Que le futur n’est pas seulement du passé pour plus tard. Que le passé n’est pas seulement de l’ancien futur, du futur de dedans le temps. Mais que la création, à mesure qu’elle passe, […] ne change pas seulement de calendrier, qu’elle change de nature. » [41]
Au total, la conception péguyste de l’histoire fait de lui à la fois un héritier et un précurseur. D’un côté, l’héritage de Michelet est revendiqué du début à la fin de l’œuvre : Michelet « le meilleur des historiens », Michelet « le génie même de l’histoire » [42]. Sans oublier que, pour Péguy comme pour le jeune Michelet, l’histoire demeure un sphinx [43]. D’un autre côté, Péguy préfigure aussi bien Raymond Aron que Henri Marrou, Lucien Febvre que Paul Ricœur.
Cependant, Péguy demeure un Janus, dont la face charnelle et la face spirituelle tentent de faire se rejoindre les deux bords d’une déchirure intérieure à peine cachée. Dans le dialogue entre mémoire et histoire, le questionnement auquel il se livre sur le devenir, sur le présent dans sa relation avec le passé et avec le futur (« celui qui n’a point de veille, comment lui fera-t-on un lendemain ? » [44]), c’est bel et bien le nôtre. Pour Péguy comme pour nous aujourd’hui, au cœur de la problématique, dans la sélection opérée par l’historien [45], se trouve la question fondamentale de l’objet historique et du sens, tous deux si contestés, l’un naguère par les tenants du positivisme, l’autre à l’heure actuelle par les théoriciens du postmodernisme. Pour Péguy comme pour nous aujourd’hui, l’histoire a besoin des présents successifs – et différents – des historiens. Plus que jamais, elle est, selon la formule de Marc Bloch, « science du changement ». D’autant que l’écriture de l’histoire est sans cesse changée par le présent : tant par l’histoire qui se fait que par le texte qui s’écrit. C’est pourquoi, pour se lancer dans une discipline aussi fascinante, mais « toute pleine des plus graves contrariétés intérieures », il faut, dit Péguy, tant de courage et même d’audace, car « c’est une immense difficulté que de faire de l’histoire » [46].
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NOTES
 
[1] Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, III, p. 1177 (toutes les citations de Péguy dans cet article se réfèrent à l’édition en trois volumes dans la Bibliothèque de la Pléïade par Robert Burac : Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, Paris, Gallimard, 1987-1992). À côté des deux Clio, toutes deux posthumes, Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle (1912) et Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne (1912-1913), et, bien entendu, de la thèse sur l’histoire que Péguy n’a jamais achevée et dont n’ont été publiés que des fragments (De la situation faite à l’histoire dans la philosophie générale du monde moderne, 1901-1909), les principaux écrits de Péguy traitant de l’histoire sont : Compte rendu de congrès (1901), Bernard Lazare (1903), Zangwill (1904), De la situation faite à l’histoire et à la sociologie dans les temps modernes (1906), De la situation faite au parti intellectuel dans le monde moderne (1906), De la situation faite au parti intellectuel dans le monde moderne devant les accidents de la gloire temporelle (1907), Deuxième Élégie XXX (1908), À nos amis, à nos abonnés (1909), L’Argent et l’Argent suite (1913), Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne (1914). Mais on trouve aussi de nombreuses réflexions sur la mémoire et l’histoire dans Par ce demi-clair matin (1905), Notre Patrie (1905), Les Suppliants parallèles (1905), Brunetière (1906), Notre jeunesse (1910), Victor-Marie comte Hugo (1910), Note conjointe sur M. Descartes (1914).
[2] Cf. Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, III, p. 1177 (cf. aussi À nos amis, à nos abonnés, II, p. 1282) ; Zangwill, I, p. 1414-1415. Péguy avait songé à sous-titrer ce dernier cahier La Faillite de l’Histoire.
[3] Notes pour une thèse, II, p. 1075.
[4] Cf. Langlois tel qu’on le parle dans L’Argent, III, p. 828-847.
[5] Sur cette mutation de l’historiographie, on se référera à la contribution éclairante de Rémy Rioux et Paul Viallaneix, « Belle Époque : Clio normalienne » dans Jean-François Sirinelli (dir.), Écoles normale supérieure : le livre du bicentenaire, Paris, PUF, 1994, p. 293-306.
[6] Dans son manifeste de 1876 pour l’histoire scientifique, Du progrès des études historiques en France, Gabriel Monod avait pourtant tenté de garder un équilibre. Déplorant « une sorte de mépris pour les recherches d’érudition » au profit de l’imagination, du bon sens et du style, il estimait que les érudits montraient « un dédain excessif pour la forme littéraire » et « une aversion déraisonnable pour les idées générales », Revue historique, t. 1, 1876, p. 23. On voit qu’on se trouve déjà au cœur du débat contemporain sur le rôle du langage comme mode de représentation du passé.
[7] L’Argent suite, « M. Lanson tel qu’on le loue », III, p. 852.
[8] Bernard Lazare, I, p. 1223.
[9] À nos amis, à nos abonnés, II, p. 1311.
[10] Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle, III, p. 595 et p. 667-668.
[11] À nos amis, à nos abonnés, II, p. 1296 et p. 1283-1234.
[12] Sur cet attachement de Péguy au texte (au sens actuel du terme) et à la preuve documentaire, cf. Deuxième série au Provincial (1900), I, p. 580-582. Cf. aussi la Lettre du provincial (1900), I, p. 287-299.
[13] Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Paris, Hachette, 1898, p. 181-182 et p. 275. Cf. Henri Davenson [Marrou] : « Ce recueil de recettes de basse cuisine est à l’histoire véritable ce que le petit Manuel pratique des indulgences est à la véritable piété chrétienne », dans « Tristesse de l’historien », Esprit, avril 1939, reproduit dans Vingtième Siècle, n° 45, janvier-mars 1995, p. 114.
[14] Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, III, p. 1150. Marc Bloch, quant à lui, parle de « lutte avec le document », Apologie pour l’histoire, éd. critique, Paris, Armand Colin, 1993, p. 123.
[15] Ernest Renan, L’Avenir de la science [1848-1890], dans Œuvres complètes, t. III, éd. Henriette Psichari, paris, Calmann-Lévy, 1949, p. 723-724.
[16] Zangwill, I, p. 1401 ; p. 1418-1419 ; p. 1446-1447. Cf. aussi Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, III, p. 1183 : « Les historiens se font dieux ».
[17] Clio…, op. cit., III, p. 1052.
[18] Jules Isaac, Expériences de ma vie, t. 1 : Péguy, Paris, Calmann-Lévy, 1959, p. 258.
[19] Restait M. Lavisse (1901), III, p. 384 et 390. Lavisse de son côté détestait Péguy : Romain Rolland rapporte de lui un mot féroce qui fit le tour de l’intelligentsia parisienne en 1911 : « Péguy ? Il mit de l’eau bénite dans son pétrole de la Commune ». Cité par Robert Burac, Charles Péguy : la révolution et la grâce, Paris, Laffont, 1994, p. 258.
[20] De la situation faite au parti intellectuel dans le monde moderne devant les accidents de la gloire temporelle, II, p. 720. Sur les outrances et le caractère obsessionnel de la dénonciation par Péguy du monde moderne et du parti intellectuel, mais aussi sur ses traits prémonitoires, cf. Jean-Pierre Rioux, « Histoire et mémoire : remarques sur L’Argent et L’Argent suite », Bulletin de l’amitié Charles Péguy, n° 37, janvier-mars 1987, p. 31-40.
[21] Lucien Febvre, « Examen de conscience d’une histoire et d’un historien », leçon inaugurale au Collège de France, 1933, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1953, p. 4.
[22] Deuxième Élégie XXX, II, p. 968. Péguy utilise aussi le terme de pambéotie qu’il emprunte à Renan : Prière sur l’Acropole dans Souvenirs d’enfance et de jeunesse, paris, Calmann-Lévy, 1883, p. 65.
[23] Clio. Dialogue sur l’histoire et l’âme païenne, III, p. 1175.
[24] Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne, III, p. 1246 et 1254.
[25] De l’esprit géométrique dans Blaise Pascal, Pensées et opuscules, éd. Brunschvicg, Paris, Hachette, 1897, p. 170.
[26] Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, III, p. 1018 et p. 1068-1069.
[27] Victor Marie comte Hugo, III, p. 166-167.
[28] Clio…, op. cit., III, p. 1181.
[29] Jules Isaac, Expériences de ma vie, t. 1 : Péguy, Paris, Calmann-Lévy, 1959, p. 257.
[30] À nos amis, à nos abonnés, III, p. 1310.
[31] Notre Patrie, II, p. 61.
[32] C’est pourquoi le sujet a inspiré d’excellents travaux, notamment Françoise Gerbod, Écriture et histoire dans l’œuvre de Péguy, thèse, université de Lille III, 1981 ; Jean Onimus, « Péguy et le mystère de l’histoire », Cahiers de l’Amitié Charles Péguy, XII, 1958 ; Marie-Claire Bancquart, Les écrivains et l’histoire d’après Maurice Barrès, Léon Bloy, Anatole France, Charles Péguy, Paris, Nizet, 1966.
[33] Compte rendu de congrès, I, p. 795 et 799.
[34] À nos amis, à nos abonnés, II, p. 1293.
[35] De la situation faite à l’histoire et à la sociologie dans les temps modernes, II, p. 487.
[36] Notre Patrie, II, p. 29-30. On notera ici la parenté avec la pensée de Paul Ricœur, jusque dans l’expression. Cf. Paul Ricœur, « L’écriture de l’histoire et la représentation du passé », conférence Marc Bloch, Annales. Histoire, Sciences Sociales, juillet-août 2000, p. 736 : « La mémoire détient un privilège que l’histoire ne partagera pas, à savoir le petit bonheur de la reconnaissance : “C’est bien elle ! C’est bien lui !”. Quelle récompense, en dépit des déboires d’une mémoire difficile, ardue ! »
[37] Pourtant, dans son usage du terme mémoire, Péguy n’a pas toujours échappé à la contradiction : il lui est arrivé de donner au mot des sens différents correspondant à des démarches divergentes.
[38] Notre jeunesse, III, p. 151.
[39] Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, III, p. 1015.
[40] Compte rendu de congrès, I, p. 799.
[41] Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne, III, p. 1254.
[42] Compte rendu de congrès, I, p. 793 ; Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, III, p. 1028.
[43] Dans la préface de la réédition de son Histoire de la République romaine (publiée en 1831 à l’âge de 33 ans), Michelet se remémore : « Pour la première fois je me vis devant le sphinx, en face de ce monstre, l’histoire », aux prises avec les deux exigences contradictoires de la critique et de la résurrection, la vita nuova – comme le sera Péguy à son tour ; Jules Michelet, Histoire romaine, t. 1 : République, Paris, Calmann-Lévy, 1898, p. V.
[44] Clio…, op. cit., III, p. 1156.
[45] « Choisir, le grand mot est là », Zangwill, I, p. 1449.
[46] Par ce demi-clair matin, II, p. 211 ; Bernard Lazare, I, p. 1219.
[*] Cofondateur de cette revue et membre de son comité de rédaction, directeur de recherche émérite au CNRS où il avait lancé l’Institut d’histoire du temps présent, secrétaire général du comité international des sciences historiques de 1990 à 2000, François Bédarida avait récemment publié un Churchill (Fayard, 1999).
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Notes pour une thèse, II, p. 1075. Suite de la note...
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Cf. Langlois tel qu’on le parle dans L’Argent, III, p. 828-...
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Sur cette mutation de l’historiographie, on se référera à l...
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Bernard Lazare, I, p. 1223. Suite de la note...
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À nos amis, à nos abonnés, II, p. 1311. Suite de la note...
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À nos amis, à nos abonnés, II, p. 1296 et p. 1283-1234. Suite de la note...
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Sur cet attachement de Péguy au texte (au sens actuel du te...
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Zangwill, I, p. 1401 ; p. 1418-1419 ; p. 1446-1447. Cf. au...
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Clio…, op. cit., III, p. 1052. Suite de la note...
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