Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629175
244 pages

p. 204 à 210
doi: en cours

Veille sur la revue
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Vingtième siècle signale

no 73 2002/1

 
Millénarisme et rationalisme
 
 
Il y a bien des façons d’exercer sa pensée libre devant le spectacle guerrier du monde. La lecture de la dernière livraison de la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée en est une qui en vaut d’autres. On y trouvera un volumineux dossier intitulé « Mahdisme et millénarisme en Islam », réuni sous la responsabilité de Mercedes García-Arenal. La question est abordée dans la très longue durée, depuis l’islam primitif jusqu’à la théocratie soudanaise contemporaine. (Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, « Mahdisme et millénarisme en Islam », n° 91-94, Édisud, juillet 2000, 480 p.) On peut aussi s’interroger, avec Christian Ruby, sur ce qui distinguera les « mythes et méta-récits au 21 e siècle », tels que cet auteur les imagine dans le dernier numéro des Cahiers rationalistes (septembre-octobre 2001, n° 554, p. 9-19).
 
Émotions de guerre
 
 
Joanna Bourke, auteur d’une récente et remarquée Intimate History of Killing : Face-to-Face Killing in 20th-Century Warfare (1999), revient, dans le dernier numéro d’Historical Research, sur un type particulier d’« émotion de guerre », la peur inspirée aux soldats britanniques et américains par les progrès technologiques durant les première et seconde guerres mondiales (« The emotions in war : fear and the British and American military, 1914-1945 », p. 314-330). Son article est précédé par celui de Keith Surridge sur la construction de l’image d’un nouveau type de héros militaire dont a bénéficié Lord Kitchener, dans la crise de confiance qu’a traversée l’Angleterre avant la guerre de 1914 – « More than a great poster : Lord Kitchener and the image of the military hero », p. 298-313 – (Historical Research, vol. 74, n° 185, august 2001, disponible sur le site : www. blackwellpublishers. co. uk/ online ).
Un jeune chercheur français, Stéphane Tison, publie de son côté, dans les Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, une étude sur « la violence et la foi » menée à partir de discours de prêtres sur la guerre dans la Marne et la Sarthe, entre 1871 et 1939. On pourra aussi lire avec profit l’article d’Yves Dénéchère sur « L’inégalité de traitement des réfugiés politiques en France », à partir de « l’exemple des Espagnols avant 1936 ». (Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest. Anjou-Maine-Touraine, t. 108, 2001-2003, PUR, 9,15 €, 60 F.)
 
Le temps de la conscription
 
 
Annie Crépin et Philippe Boulanger, auteurs de deux thèses récentes qui ont contribué de façon significative au renouveau des études sur la France militaire, signent ensemble un dossier de la Documentation photographique. En soixante-trois pages remarquablement illustrées se trouve rassemblé l’essentiel de ce qu’il faut savoir de l’histoire de la conscription, depuis les créations de la Révolution jusqu’à la loi du 28 octobre 1997. (Annie Crépin et Philippe Boulanger, Le Soldat-citoyen. Une histoire de la conscription, Documentation photographique, dossier n° 8019, février 2001, La Documentation française, 64 p., 10 €, 65,60 F.)
 
La philosophie devant le national : le cas franco-allemand
 
 
« Loin de s’abstenir de toute identification (à un “peuple”, à une langue, à un “destin national”), la philosophie s’est souvent aventurée dans l’invocation de ce qui l’approprie à tel ou tel de ces pôles d’identification. […] C’est aussi en vue d’une telle appropriation qu’elle s’est risquée, parfois, à faire de l’inscription de tel ou tel peuple dans l’histoire (la réalisation de son moment historique) un de ses objectifs privilégiés » : Marc Crépon introduit en ces termes un passionnant numéro de la Revue de métaphysique et de morale où la question des relations du philosophique et du national est abordée à partir des échanges et mésententes de la France et de l’Allemagne. Signalons en particulier l’article de Frédéric Worms, « Au-delà de l’histoire et du caractère : l’idée de philosophie française, la Première Guerre mondiale et le moment 1900 », dont le propos est de montrer comment on passe de l’histoire de la philosophie à sa caractérisation nationale. (Revue de métaphysique et de morale, 2001-2003, juillet-septembre, « Philosophies nationales ? Controverses franco-allemandes », PUF, 164 p., 20,05 €, 131,50 F).
 
Les Lieux de mémoire vus d’Harvard
 
 
L’American Historical Review propose dans son numéro de juin 2001 un « review essay » signé Hue-Tam Ho Tai, jeune professeur d’histoire sino-vietnamienne à l’université d’Harvard, intitulé « Remembered Realms : Pierre Nora and French National Memory » (p. 906-922). Un lecteur français en éprouvera plus d’attrait pour l’ouvrage à paraître sous sa direction, The Country of Memory : Remaking the Past in Late Socialist Vietnam. Signalons aussi, dans le même numéro, l’évocation de la Cracovie fin-de-siècle par Larry Wolff, bel essai d’histoire culturelle d’une mutation politique (« Dynastic Conservatism and Poetic Violence in Fin-de-Siècle Cracow : The Habsburg Matrix of Polish Modernism », p. 734-764), et l’étude de Joan Judge sur la place des femmes dans les nationalismes chinois du premier 20e siècle, inspirée des questionnements actuels sur la « nature de genre » (gendered nature) du nationalisme (« Talent, Virtue, and the Nation : Chinese Nationalisms and Female Subjectivities in the Early Twentieth Century », p. 765-803). Notons enfin, à la rubrique « Forum », consacrée à la Seconde Guerre mondiale et aux cinémas nationaux, la mise en perspective du film de Steven Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan, par John Bodnar, « Saving Private Ryan and Postwar Memory in America » (American Historical Review, vol. 106, 2001-2003, june 2001).
 
T’as pas une clope ?
 
 
À l’heure de la mondialisation de la lutte anti-tabac, des consolations ou des justifications scientifiques seraient-elles prévues, en bonne logique d’histoire appliquée ? Quoi qu’il en soit, Altadis, ou European Tobacco Company, au sein duquel s’est logée notre vieille Société nationale d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes, la SEITA, lance un Comité historique. “SEITA Terres d’histoire” veut développer et animer les recherches sur l’histoire de la SEITA. depuis le monopole de 1810, de ses partenaires (ministère des Finances, débitants, planteurs), et plus largement sur l’histoire du tabac. Le Comité peut apporter une aide scientifique et financière à des maîtrises, DEA et thèses. Ses archives sont en bon ordre de marche aux Aubrais. Les meilleurs spécialistes siègent à sa commission scientifique. Nathalie Carré de Malberg assure son conseil historique. Pour tous contacts : Suzanne Ouguergouz, Altadis, 182-188 avenue de France, 75639 Paris cedex 13, tél. : 01.44.97.60.09, ou e-mail : suzanne. ouguergouz@ altadis. com
 
Aux archives
 
 
Voici un ouvrage qui répond exemplairement au cahier des charges de la collection à laquelle il appartient. Sophie Cœuré et Vincent Duclert font plus et mieux que réunir les « repères » indispensables à la connaissance des archives – entendons, de leurs définitions successives et des institutions préposées à leur conservation, à leur classement et à leur communication aux chercheurs. Ils donnent à la fois beaucoup d’informations et beaucoup de réponses aux questions que ne manquent pas de se poser celles et ceux qui ne séparent pas, de l’exercice même du métier d’historien, la réflexion sur ses conditions de possibilité et sa portée intellectuelle et sociale. (Sophie Cœuré et Vincent Duclert, Les archives, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2001, 124 p.).
 
Dialogues sur les carmélites…
 
 
Faire le point sur l’histoire du Carmel français – qui reste, dans une large mesure, à écrire – de « l’invasion mystique » du 17e siècle à nos jours, tel était l’objectif du colloque lyonnais des 25 et 26 septembre 1997. Les communications sont groupées suivant quatre axes de recherche, Carmel et société, dévotions et modèles, spiritualité et vie intellectuelle, enfin débats et ouvertures, ce qui permet de clore le volume sur une mise au point de Bernard Delpal intitulée « Le Carmel et la Shoah : à propos du carmel d’Auschwitz ». (Carmes et carmélites en France du xvii e siècle à nos jours, Actes du colloque de Lyon, 25-26 septembre 1997, réunis par Bernard Hours, Paris, Cerf, coll. « Histoire », 2001, 477 p., 36,59 €, 240 F.)
 
…et regards sur les Missions
 
 
Le colloque de Chambéry de mars 1999 sur les Missions intérieures en France et en Italie du 16e au 20e siècle participe lui aussi du renouveau d’une histoire religieuse résolument comparative. Ce colloque en tout cas restitue bien l’importance du choc de la Révolution française et fait de la réflexion sur la déchristianisation contemporaine un de ses objets centraux. Si l’on y ajoute l’attention portée aux conjonctures missionnaires, au rôle des supports (parole, geste, livre), à la diversité des lieux (paroisse, sanctuaire, hôpital), à l’action des institutions ou aux méthodes employées à l’égard des minorités confessionnelles, on mesure l’intérêt de ce bilan historiographique. (Les Missions intérieures en France et en Italie du 16e au 20e siècle, Actes du colloque de Chambéry, 18-20 mars 1999, réunis par Christian Sorrel et Frédéric Meyer, Bibliothèque des études savoisiennes, tome 8, Institut d’études savoisiennes, Université de Savoie, 2001, 499 p., 45 €, 295 F.)
 
La foi de l’ouvrier
 
 
Au fil d’un riche inventaire historiographique, Bruno Dumons plaide, dans la Revue d’histoire de l’Église de France, pour que les historiens du religieux se saisissent sans « frilosité » de la ville et du monde ouvrier comme d’un lieu de rencontres fécondes avec les historiens du social (« Villes et ouvriers. Des territoires pour l’histoire sociale et religieuse de la France contemporaine », p. 111-131). Dans le même numéro, Valentine Zuber revient sur les « figures de l’hérétique et la tolérance religieuse » à partir de l’image qu’ont eue de Michel Servet les catholiques aux 19e et 20e siècles ; Louis-Pierre Sardella enquête sur « la condamnation de la neutralité et des manuels scolaires par les évêques français en 1909 » (p. 71-85) ; puis Emmanuel Godin retrace les activités de la Fédération française des étudiants catholiques de l’entre-deux-guerres au régime de Vichy. (Revue d’histoire de l’Église de France, t. 87, n° 218, janvier-juin 2001.)
 
Solidarité plurielle…
 
 
Les chercheurs réunis à Bordeaux les 16 et 17 juin 2000 se sont attaqués à une immense question : dans quel réseau de relations prend place l’individu, selon son époque, son lieu de vie, son milieu social et culturel, son sexe et son âge ? Le colloque, ambitieux, a abordé tour à tour, selon un ordre parfois surprenant, les solidarités familiales, villageoises, professionnelles et militantes, celles aussi qui se développent entre cadres dirigeants comme sous la forme du bénévolat, dans le cadre associatif (Les solidarités. Le lien social dans tous ses états, sous la direction de Pierre Guillaume, Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, 2001, 509 p., 28 €, 183,67 F.).
 
…et solidarité ouvrières
 
 
« Que reste-t-il de la solidarité ouvrière ? » À cette question, posée par Martin Kuhlmann et Michael Schumann, et à quelques autres – Peut-on identifier « une figure ouvrière féminine » (Anne Duhin) ? Que pensent les ouvriers de leur salaire (Marianne Hérard) ? Comment travaille-t-on, au fond de la mine de Kassandra, en Grèce du Nord (Athena Kassapi), ou à l’usine Volkswagen de Hanovre (Delphine Cortel) ? Comment « se parle-t-on » dans les usines d’Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid (Judith Hayem) ? etc. –, la dernière livraison d’Ethnologie française apporte des éléments de réponse qui se veulent aussi un état des lieux et des problématiques de l’anthropologie ouvrière. (Ethnologie française, 2001-2003, juillet-septembre, « Anthropologie ouvrière et enquêtes d’usine », PUF, 20,59 €, 135 F.)
 
Jaurès au temps de l’affaire Dreyfus
 
 
La publication des Œuvres de Jean Jaurès, navigation au long cours, arrive à l’une de ses étapes attendues. Il n’a pas fallu moins de deux forts volumes, soit un total de plus de 1650 pages, pour rassembler les textes écrits par Jaurès de novembre 1897 à septembre 1899 et leur donner l’édition scientifique qu’ils méritaient (appareil de notes, notices biographiques sur les personnages liés à l’Affaire, bibliographie, index des mots clefs et des noms de personnes). Inutile de souligner ce qu’il a fallu d’érudition minutieuse et déterminée à Madeleine Rebérioux et Éric Cahm pour mener à bien ce travail (Jean Jaurès, Œuvres, L’affaire Dreyfus, tomes 6 et 7, Paris, Fayard, 2001, 758 et 890 p., 27, 50 et 28 €, 180,40 et 183,70 F.).
 
Outre-mers économiques
 
 
En dépit de lacunes qu’on regrette (l’affaire Elf), d’un « aspect de bric et de broc » que constate lui-même dans son introduction Hubert Bonin, responsable du numéro, la revue Outre-mers donne sur ce thème d’histoire économique un substantiel dossier, où l’on signalera, entre autres, l’article de Joana Pereira Leite sur la présence marchande dans le sud du Mozambique au moment de l’implantation du système colonial portugais, celui d’Hubert Bonin sur la Banque d’Athènes, « point de jonction entre deux outre-mers bancaires (1904-1953) », le sous-ensemble indochinois dû aux travaux de Jean-Dominique Giacometti, Pierre Brocheux et Hugues Tertrais, l’enquête de Catherine Hodeir sur « le grand patronat colonial français face à la décolonisation, 1945-1962 » et celle de Soléane Duplan sur la crise de la banane à la Martinique en 1998. Si l’on y ajoute, hors dossier, l’étude de Daniel Hémery sur la défense des droits des colonisés indochinois par la Ligue des Droits de l’Homme de 1898 à 1954, on ne peut que recommander la lecture de ce numéro (« Outre-mers économiques : de l’Histoire à l’actualité du xxi e siècle », Outre-mers revue d’histoire, 2001, 183-I, II, 389 p., 24,40 €, 160 F.).
 
Portugais autour du monde
 
 
La livraison 2000 de Lusotopie s’intitule Lusophonies asiatiques, Asiatiques en lusophonies. C’est l’occasion de découvrir la complexité des relations entretenues entre les Portugais et les populations asiatiques non seulement dans les territoires extrême-orientaux de l’empire portugais mais aussi dans ses deux colonies africaines. La question de l’identité et de son élaboration en contexte colonial émerge dans de nombreuses contributions à ce volume, dont les apports ne sont pas limités au cadre de son dossier principal. La mortalité au Brésil, la vie politique dans l’État de Goa, les enjeux de l’utilisation du portugais comme langue internationale sont ainsi trois des quinze sujets abordés dans l’ouvrage. S’y ajoutent aussi une chronique des documentaires, des médias et des livres récents.
 
L’Europe, l’Europe, l’Europe
 
 
Ancien porte-parole de la Communauté européenne, Bino Olivi a publié une histoire politique de l’intégration européenne – livre informé et passionnant. Une édition révisée et augmentée de l’ouvrage, qui court jusqu’en 2000, vient de paraître. (Bino Olivi, L’Europe difficile, Paris, Gallimard, coll. « Folio-Histoire », nÅŸ 103, 912 pages, 13,26 €, 87 F.) Sur le même thème, les éditions Complexe ont eu l’heureuse idée de rééditer des ouvrages qui rendront de très grands services aux enseignants, aux étudiants ou, plus simplement, aux esprits curieux. Sont ainsi proposés le livre d’Elizabeth du Réau, L’Idée d’Europe au xx e siècle, Bruxelles, Complexe, 372 pages, ainsi que son pendant institutionnel, Marie-Thérèse Bitsch, Histoire de la construction européenne, 360 pages. Les deux ouvrages coûtent 21,20 €, 139 francs.
 
Oublier l’Autriche ?
 
 
Comme paraissent loin, déjà, les controverses européennes sur le sort à réserver à l’Autriche après l’entrée au gouvernement du FPÖ de Jorg Haider ! Raison de plus pour ne pas les oublier tout à fait et réexaminer « les mutations de la culture politique autrichienne depuis 1945 ». C’est ce qu’a fait excellemment la vingtaine d’auteurs réunis autour de Kélix Kreissler, le fondateur de la revue, dans la dernière livraison d’Austriaca, appelée de toute évidence à rester un jalon historiographique important pour tous ceux qui veulent comprendre le destin politique de ce pays au 20e siècle. (« Les mutations de la culture politique autrichienne depuis 1945 », études réunies par Alois Schumacher, Austriaca, Cahiers universitaires d’information sur l’Autriche, n° 51, décembre 2000, Université de Rouen, 265 p., 14,48 €, 95 F.)
 
Actualité magyare
 
 
La revue Guerres mondiales et conflits contemporains a pris l’heureuse initiative de constituer un dossier sur la Hongrie dans les conflits du 20e siècle. Dans son introduction, Mária Ormos propose un fort utile résumé de l’histoire contemporaine de son pays. De la difficile stabilisation de 1918-1920 (Bruno Hamard, Tibor Hadjú) au « retour en Europe » (Csaba Békès), aucune des grandes étapes n’est omise. C’est à György Litván qu’est revenue la tâche délicate de livrer les clefs de la crise de 1956 (« La Hongrie dans les conflits du xx e siècle », Guerres mondiales et conflits contemporains, nÅŸ 200, septembre 2001, PUF, 156 p., 20,12 €, 132 F.).
On notera, d’autre part, l’opportune et significative ouverture que représente, dans le dernier numéro du Journal of European Economic History, l’article de Béla Tomka, « The Development of Hungarian Banking, 1880-1931 : an International Comparison » (The Journal of European Economic History, vol. 30, 2001-1, p. 125-162).
 
L’après-1989 (suite)
 
 
La revue Géographie et cultures propose, dans son numéro de l’été 2001, un important recueil d’articles sur les « conflits et minorités dans l’Europe postcommuniste ». Claire Autin aborde « le défi des minorités russophones » dans les États baltes (p. 5-24), Yann Richard décrit « les espaces de la minorité polonaise du Bélarus » (p. 25-44), Bruno Drweski traite des « minorités et identité(s) nationale(s) » en Ukraine (p. 45-63), André-Louis Sanguin revient sur « les processus de la partition ethno-politique » en Bosnie (p. 65-84), qui font aussi l’objet des contributions de Camille Ventura (sur le litige autour du corridor de Brcko, p. 85-102) et d’Emmanuelle Chaveneau-Lebrun (sur les difficultés du retour des personnes déplacées de Sarajevo, p. 103-124). La livraison s’achève sur un hommage à Pierre Flatrès, complété par sa bibliographie établie par Anne Gaugue (Géographie et cultures, « Conflits et minorités dans l’Europe postcommuniste », 38, été 2001, L’Harmattan, 144 p., 13,73 €, 90 F.).
 
L’Adriatique, des expéditions légendaires aux conflits balkaniques
 
 
Spécialiste incontesté de l’histoire de cet espace déchiré dans la plus longue durée, Pierre Cabanes a réuni autour de lui un collectif où se distinguent, pour les deux derniers siècles, l’historien Olivier Chaline et le géographe Michel Sivignon. On ne peut faire mieux que de reprendre ici l’avis exprimé dans sa préface par Jacques Le Goff : « Cette histoire si complexe, si dramatique, faite de tant de retournements, pour la première fois me semble-t-il les auteurs de ce livre la rendent, globalement et en détail, lisible et fascinante » (Histoire de l’Adriatique, sous la direction de Pierre Cabanes, Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 2001, 681 p., 38,11 €, 250 F.).
 
Lire Grossman
 
 
Vapeurs d’alcools, palinodies et cynisme à tous les étages : le récit par Cécile Vaissié (Communisme, n° 65-66, 2001) de la bataille pour la publication de Pour une juste cause de Vassili Grossman en 1952 dénude impitoyablement les gestionnaires de la littérature stalinisée, Fadéïev et Tvardovski en tête. Un extrait inédit du Journal de Grossman complète l’analyse de l’historienne. Consacré à la bataille de Stalingrad, Pour une juste cause annonce déjà le parallèle qui sera fait entre nazisme et communisme dans Vie et Destin. Il fut tenu pour trop peu favorable à Staline et trop soucieux des juifs. Il vient d’être enfin traduit en français en 2000 à l’Âge d’homme. Au même numéro de Communisme, un ensemble très neuf sur le Komintern.
 
Sociétés et cultures de l’Ouest
 
 
Le Centre de recherches sur les sociétés et cultures de l’Ouest européen de l’université Rennes 2-Haute-Bretagne (CRHISCO, UMR, CNRS 6040), dirigé par Jacqueline Sainclivier (contacts : jacqueline. sainclivier@ uhb. fr ), a publié le premier numéro (octobre 2001, 121 p.) de son bulletin annuel, Sociétés et cultures de l’Ouest. Au sommaire, la liste des chercheurs (Rennes 2, IUFM de Bretagne, enseignants-chercheurs) et de leurs travaux ; des positions de thèses ; les programmes de DEA ; les colloques à venir. Le Centre étudie particulièrement les transformations techniques de l’Ouest armoricain (Claude Geslin), les sociétés rurales, les écarts sociaux et culturels, l’ouverture de l’espace rural (Alain Croix), histoire et patrimoine. Des journées d’études sont consacrées à « l’histoire des femmes », à « la recomposition des droites en France à la Libération » et à « l’homme de l’Ouest ». Jean Le Bihan donne en outre dans ce numéro un utile bilan historiographique sur l’étude des fonctionnaires français au 19e siècle.
 
Une gerbe pour Jean Moulin
 
 
Les Études héraultaises (Archives départementales, 2 avenue de Castelnau, BP 1266, 34011 Montpellier Cedex) publient dans un volume richement illustré les textes, préfacés par Jean-Louis Crémieux-Brilhac, qu’elles ont rassemblés à l’occasion du centenaire de la naissance de Jean Moulin. Outre des inédits (dessins, eaux-fortes, aquarelles, photos, témoignages et même un discours de distribution des prix du 13 juillet 1938 au lycée de Rodez), on y trouve de solides études sur la jeunesse si complètement héraultaise jusqu’en 1922, sur les émotions artistiques en 14-18, l’amitié du photographe Marcel Bernard, l’apprentissage du service à la préfecture de l’Aveyron, la galerie Romanin pendant la guerre. Moulin posthume est aussi bien étudié (les monuments de Béziers, les lieux du souvenir en Provence et dans la France entière, la panthéonisation de 1964, le héros commémoré en 1999). 1899-1943. Jean Moulin, le plus illustre des Héraultais, Montpellier, Études héraultaises, 2001, 160 p., 26,68 €, 176 F.
 
Hommage à « La Belle »
 
 
Les toujours vaillantes et sûres éditions Créaphis ( CREAPHISEDITIONS@ wanadoo. fr ) publient, sous la direction de Jean-Jacques Meusy, un magnifique hommage à La Bellevilloise, cette coopérative ouvrière fondée en 1877 au 19 de la rue Boyer, à Paris, et qui, devenue communiste, s’installa au 25 en 1927. Lieu d’émancipation, puis d’harmonie entre la science et le travail, ses activités sociales, culturelles et éducatives ont laissé une trace très vive à Belleville et à Ménilmontant. Les textes qui retracent son histoire sont très sûrs et posent de gravissimes questions, toujours d’actualité : y a-t-il vraiment une économie sociale alternative, la culture de masse peut-elle rencontrer les avant-gardes ? L’immeuble lui-même où bourdonna cette Maison du peuple, rappelons-le, est toujours là, prétexte à promenade rétroactive ou nostalgique. Jean-Jacques Meusy dir., La Bellevilloise (1877-1939). Une page d’histoire de la coopération et du mouvement ouvrier français, Grâne, Créaphis, 2001, 238 p., 30 €., 197,90 F.
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