Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629175
244 pages

p. 211 à 237
doi: en cours

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no 73 2002/1

2002 Vingtième siècle Librairie

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Raymond Poincaré

Roth François, Raymond Poincaré. Un homme d’État républicain, Paris, Fayard, 2000, 715 p., 28,81 €.
Il n’existait pas de biographie de Raymond Poincaré digne de la place que celui-ci a occupée dans l’histoire de la Troisième République. Combler cette lacune était pour François Roth comme un « contrepoint » nécessaire à la connaissance que nous avons désormais de Clemenceau, grâce aux regrettés Jean-Baptiste Duroselle et Pierre Guiral. Clemenceau et Poincaré : ces dirigeants antagoniques, Albert Thibaudet avait senti déjà que leurs carrières, leurs destinées s’éclairaient réciproquement, que la France les avait produits « en un moment qui les appelait et auquel ils s’adaptaient » : « C’est Clemenceau, le Français légendaire, et Poincaré, le Français évidemment moins légendaire et plus terne, mais incorporé aussi fortement à un sol, à des habitudes séculaires, à une tradition. » François Roth partage pour l’essentiel ce point de vue exposé en 1924 dans Les Princes lorrains. Mais son premier mérite d’historien est d’avoir su, à chacune des étapes d’une carrière à tous égards exceptionnelle, faire dans la mesure du possible la part du caractère et celle des circonstances, en se délestant aussi bien des paquetages d’idées reçues que des volumes d’épigrammes qui avaient fait à Poincaré, dans notre histoire nationale, une place trop indécise entre le bronze lisse des statues et le trait appuyé des caricatures.
L’historien n’a nulle peine à s’accommoder de la grisaille dont on s’est plu, dès son heure de gloire, à envelopper le grand homme de Bar-le-Duc. S’il faut saluer dans ce livre une réhabilitation, c’est d’abord celle du labeur patient et sans éclat, des minuscules conquêtes de la vérité sur l’oubli, le préjugé ou la précipitation. François Roth est trop bon connaisseur de la presse, locale, nationale, étrangère au besoin, pour ne pas distinguer entre le « scoop », le sentiment forgé de seconde main et la conviction acquise par recoupements des sources. Ses apports sont innombrables à la connaissance de l’homme – de sa personnalité autant que de son action – et de l’ensemble des faits qu’il a traversés, subis souvent, et sur lesquels parfois il a pesé. De l’affaire Dreyfus, dont nous voyons mieux à quel point elle fut pour Poincaré un rendez-vous manqué, au sauvetage du franc, dont le « bilan en trompe l’œil » est présenté avec autant de précision que d’équité, François Roth met en lumière chacune des articulations de cette longue vie politique avec le même sens de la nuance, le même souci de l’exactitude de détail.
Il n’a certes pas oublié les railleries que Giraudoux a infligées à la « langue faussement précise, adipeuse, acariâtre » de celui qui s’imposa dès ses débuts comme l’un des premiers orateurs de son temps : mais c’est pour mieux faire ressortir les prestiges aujourd’hui oubliés de la tribune. De même il montre à quel point cette ambition d’éternel premier de la classe s’accordait aux valeurs socialement dominantes. Les succès de Poincaré, sa popularité, les limites aussi de l’homme d’État ne peuvent plus se comprendre sans cette démonstration. Mais celle-ci ne se réduit pas à l’explication des fortunes diverses du personnage devant l’événement ; elle nous fait pénétrer fort avant dans l’explication des idées-forces de l’époque. On nous pardonnera de n’en donner que deux exemples : en rappelant ce que son élection de 1913 à la présidence de la République doit au soutien de radicaux qui, à l’instar de Ferdinand Buisson, savaient gré à Poincaré d’avoir fait de la défense de la laïcité un axe intangible de toute politique républicaine, François Roth rétablit à sa juste place la ligne de partage entre droite et gauche ; de même, en montrant ce qu’a d’excessif l’accusation de responsabilité personnelle dans le déclenchement de la Grande Guerre, il rend justice à « cet accent singulier du patriotisme français » analysé naguère par Pierre Barral, cet « esprit lorrain » qui inclinait Poincaré à une fermeté essentiellement défensive face à la puissance allemande. L’explication, donc, et la vie : on l’aura compris, François Roth donne plus, ici, qu’une biographie manquante ; son Poincaré rejoint sa Guerre de 70 au rayon des maîtres livres d’histoire.
Jean-François Chanet

Biographies

Seoane Maria, Muleiro Vicente, El Dictador. La historia secreta y pùblica de Jorge Rafael Videla, Buenos Aires, Éditorial Sudamericana, 2001, 639 p., 27,44 €.
Fondé sur l’utilisation de sources inexploitées et tout à fait originales, ce livre tire sa valeur avant tout de la formidable enquête accomplie par les auteurs et de la thématique choisie : la vie de l’ex-général argentin Jorge Rafael Videla, aujourd’hui derrière les barreaux pour sa responsabilité dans le vol des enfants des détenus disparus pendant la dernière dictature militaire (1976-1983). Avec l’ex-amiral Massera (aussi détenu) et l’ancien ministre de l’Économie Martìnez de Hoz, Videla fut l’un des dirigeants du pays entre 1976 et 1981 ; tous les trois sont devenus les figures emblématiques du terrorisme d’État dans ce pays.
Considéré par plusieurs Argentins comme le visage civilisé de la dictature, Videla est replacé ici dans un contexte socioculturel large, notamment au sein des traditions totalitaires et extrémistes enracinées dans l’histoire et la culture politiques argentines. Seoane et Muleiro ne tombent pas dans la facilité de la fascination ou du mépris envers le personnage et combinent avec bonheur interprétations intentionnalistes et structuralistes sur Videla et son temps. El Dictador apporte en outre des informations sur des aspects jusqu’alors très mal connus, comme la formation et l’éducation militaire (l’influence militaire française sur l’armée argentine est abordée, par exemple) ou la gestation et l’arrière-plan du putsch du 24 mars 1976. Dans une démarche de sociologie rétrospective, les auteurs explorent ainsi l’avènement du terrorisme d’État en Argentine.
Sans jamais confondre l’analyse avec le jugement ou la diffamation, les auteurs, journalistes de carrière ayant une excellente connaissance du métier, se livrent avec efficacité à un exercice de sociologie militaire et de généalogie du totalitarisme en Argentine, la première étant toutefois plus réussie que la seconde. Les journalistes argentins apparaissent être parmi les seules personnes disposées à affronter le défi de raconter le passé récent et traumatique du pays. Grâce à ce livre qui, comme l’écrit Rogelio Garcìa Lupo, maître du journalisme d’investigation argentin, « reconstruit la vie familière et militaire, l’univers spirituel d’un homme sans passions terrestres, à qui les groupes économiques nationaux et étrangers livrèrent le gouvernail de l’Argentine au milieu d’un bain de sang », « personne ne pourra plus répéter qu’il ne savait pas qui était Videla, le masque de la terreur ».
Mario Ranalletti
Bruch Rüdiger (vom) (dir.), Friedrich Naumann in seiner Zeit, Berlin/New York, Walter de Gruyter, 2000, 375 p., 126,80 €, DM 248.
L’homme politique, essayiste et théologien protestant Friedrich Naumann est l’un des personnages les plus importants du libéralisme allemand à l’époque du Reich de Guillaume II. Son itinéraire le mène de sa paroisse à l’engagement au sein du protestantisme social et ensuite à la politique. Après son échec dans la fondation d’une nouvelle organisation d’inspiration chrétienne proposant une synthèse de nationalisme et de socialisme, Naumann devient dès 1903 un leader du parti libéral-progressiste, exigeant énergiquement la démocratisation du Reich par la coopération des libéraux et des sociaux-démocrates, tout en complétant son programme par un impérialisme qui n’est pas toujours facile à distinguer du pangermanisme. Après l’avènement de la République, il devient président du parti libéral de gauche, le DDP. Peu après la signature du Traité de Versailles, à laquelle il est opposé, Friedrich Naumann décède. L’homme a exercé une influence profonde et durable sur un grand nombre d’intellectuels, de savants et de pasteurs allemands. À l’époque de la coalition de Brandt entre sociaux-démocrates et libéraux de 1969, Naumann fait encore figure de précurseur. Ses archives privées, désormais librement accessibles, permettent d’alimenter l’intérêt pour cette figure clé du premier État national allemand, auquel le tournant des années 1989-1990 a donné une nouvelle actualité.
Dans le volume dirigé par Rüdiger vom Bruch, Jochen-Christoph Kaiser relate les tentatives de Naumann de « politiser le protestantisme social » et Kurt Nowak compare finement son cheminement vers la politique à celui d’un autre protestant, le savant Adolf Harnack. Klaus-Erich Pollmann réévalue l’intérêt de Naumann pour la question ouvrière et l’émancipation des femmes, sans toutefois considérer de manière suffisamment précise l’imbrication dans sa pensée des évolutions politiques et théologiques. Trois contributions cernent ensuite la place de Naumann au sein du libéralisme. Karl-Heinrich Pohl dresse un tableau suggestif soulignant la force impressionnante du libéralisme avant 1918 au niveau local (Munich) et régional (Saxe), force qu’on aurait tort de sous-estimer. Franck-Michael Kuhlemann précise la relation difficile entre le libéralisme clérical et le libéralisme naumannien dans le Land de Bade, trop peu représentatif du Reich dans son ensemble. La riche contribution d’Ursula Kreys analyse le « cercle Naumann », réseau d’environ 1800 personnes autour du leader charismatique dont l’influence perdure jusque dans les années 1960. Une troisième série d’articles porte sur « le capitalisme et le progressisme dans le discours culturel ». Traugott Jänichen montre les lignes de continuité reliant le concept naumannien d’une « nouvelle politique culturelle et économique » à celui de l’« économie sociale de marché » de la RFA d’après 1949. Gangolf Hübinger souligne que, chez Naumann, la critique du Kaiser et de son entourage, ou celle des institutions, pouvait coexister avec l’appréciation du Wilhelmisme dans le domaine des « codifications culturelles ». C’est justement dans cette tension que réside l’attrait de ce « personnage clé de l’histoire des mentalités » de l’époque.
La quatrième série d’articles cerne « les transformations à l’époque de la guerre et de la République de Weimar ». Philippe Alexandre analyse la place de la France dans la pensée de Naumann en soulignant que ce dernier avait plaidé jusqu’en 1919 en faveur d’une réconciliation, partant de l’hypothèse d’intérêts réciproques des deux nations continentales. Les trois autres auteurs de la section, Jürgen Frölich, Matthias Wolfes, Hans Cymorek, proposent des études sur des thèmes déjà bien connus, respectivement l’ouvrage Mitteleuropa, le potentiel démocratique des théologiens libéraux et le libéralisme en temps de guerre. Enfin, un dernier groupe d’articles examine l’œuvre et l’influence de Naumann. Norbert Friedrich insiste sur la place centrale de Naumann dans l’éducation politique en Allemagne. Barthold C. Witte voit en Heuss un continuateur de la pensée naumanienne à l’époque de la RFA. Hartmut Ruddies défend remarquablement la thèse selon laquelle le parcours de Naumann de la théologie à la politique ainsi que sa tentative de démanteler les cloisons entre christianisme, éthique et politique, ne représentent nullement cette « banqueroute du christianisme » dont la recherche théologique avait longtemps parlé. La grande préoccupation de Naumann résidait justement dans la résolution du conflit entre l’autonomie éthique de la modernité et les idéaux du christianisme. De là sa recherche d’interprétations religieuses « adaptées à l’évolution rapide de la société », tenant compte à la fois de la culture moderne et de la conception protestante du monde et du moi.
Dans l’ensemble, ce livre marque une étape importante de la recherche non seulement sur Naumann lui-même, mais au-delà sur cette relation entre libéralisme, protestantisme et culture politique sans laquelle il est impossible de comprendre l’Allemagne moderne.
Christian Nottmeyer [traduit de l’allemand par Klaus-Peter Sick]
Todd Olivier, André Malraux une vie, Paris, Gallimard, coll. « NRF/Biographies », 2001, 694 p., 26,68 €. Godard Henri, L’amitié André Malraux, souvenirs et témoignages, Paris, Gallimard, 2001, 148 p., 11,89 €.
À l’aube des commémorations du centenaire de la naissance d’André Malraux, la biographie que lui consacre le journaliste Olivier Todd – déjà auteur en 1996 d’une biographie remarquée d’Albert Camus – a fait figure d’événement littéraire du printemps 2001 et a suscité un vif débat autour de l’itinéraire controversé du ministre écrivain. Du panthéon à l’enfer littéraire, le pas est vite franchi.
Olivier Todd rectifie certes des centaines de détails – notamment sur Malraux résistant –, corrige la légende malrucienne, car l’écrivain, modèle de mythomane, prend souvent ses désirs pour des réalités. Le mythe Malraux sort ébranlé de cette enquête dévastatrice, et l’on comprend que l’ouvrage ait pu agacer quelques gardiens du temple. Le biographe a su mobiliser des sources diverses : il a notamment obtenu le dossier de Malraux à la CIA et des documents inédits dans les archives du KGB, a consulté les archives publiques, en particulier celles du Quai d’Orsay, suscité de nombreux témoignages et brassé une large bibliographie. Si l’ouvrage est informé et se lit comme un véritable roman, il laisse cependant souvent l’historien sur sa faim. En premier lieu, l’écriture n’est pas historienne – mais ce n’était pas l’exercice choisi par l’auteur – et la posture de Todd, caractérisée par une très faible empathie pour son héros, glisse souvent au règlement de compte, voire à l’ironie facile. Surtout, cette « anti-biographie » (Frédéric Martel), excessivement centrée sur les détails de la vie de Malraux, ne permet pas toujours de comprendre son action.
Comme en contrepoint, les éditions Gallimard publient également une anthologie de textes, rassemblés et présentés par Henri Godard, autour du thème de l’amitié. Une quinzaine de témoignages – de Pascal Pia à Paul Nothomb, de Raymond Aron à Emmanuel Berl –, constitués d’extraits de textes déjà publiés, ou, pour deux d’entre eux, de textes écrits pour l’occasion, sont proposés aux lecteurs. Henri Godard, qui vient de lancer la revue Présence d’André Malraux, publication bi-annuelle de l’association Amitié internationale André Malraux, donne ainsi à lire quelques textes qui contribuent à parfaire l’image de Malraux, et témoignent, au-delà de sa trajectoire politique, de son rayonnement intellectuel.
Philippe Poirrier
Avon Dominique, Paul Doncœur, s. j., un croisé dans le siècle (1880-1961), Paris, Éditions du Cerf, coll. « Petits Cerfs Histoire », 2001, 400 p., 15,55 €, 102 F.
Issue d’une thèse, cette biographie restitue une personnalité marquante du catholicisme fortement insérée dans l’histoire des deux premiers tiers du 20e siècle. Ce jésuite ancien combattant est un tribun qui refuse de partir lorsque Herriot en 1924 veut expulser à nouveau de France les religieux. Animateur de groupes de jeunes, il crée les cadets, imités des Quickborn de Romano Guardini, fonde le Cercle Sainte-Jehanne pour les jeunes filles, devient aumônier de la route des Scouts de France et organise avec eux le pèlerinage du Puy en août 1942. Hostile au nazisme qu’il a dénoncé très tôt (Wotan ou Jésus, 1924), mais séduit par la Révolution nationale de Pétain, Paul Doncœur doit s’effacer quelque peu avant 1945. Néanmoins, fasciné par la figure de Jeanne d’Arc, il conseille Ingrid Bergmann qui incarne l’héroïne à Hollywood et anime une action catholique des couples chrétiens au château de Troussures dans l’Oise, berceau des équipes Notre-Dame. Il demeure un pionnier de la renaissance liturgique commencée dans le scoutisme et développée après 1945.
Dominique Avon présente avec finesse dans un ouvrage sérieusement documenté (archives jésuites) et agréable à lire un personnage controversé mais influent qui reflète la vie de son temps. Paul Doncœur procure une expression aux anciens combattants, participe à la formation d’une élite juvénile au service du redressement du pays, contribue à l’évolution de la mission de la femme et du foyer chrétien et propose un renouveau liturgique bientôt consacré par Vatican II.
Yves-Marie Hilaire

Vivre sous le nazisme

Grumberg Albert (introduction de Laurent Douzou, textes annotés par Jean Laloum), Journal d’un coiffeur juif sous l’Occupation, Paris, Éditions de L’Atelier, 2001, 352 p., 21,34 €.
C’est un journal peu ordinaire qui nous est ici dévoilé, où sont présentés par le menu les espoirs, les craintes et les états d’âme d’un artisan coiffeur connu et accepté de tous dans son quartier, jusqu’à ce que la persécution antisémite fasse de lui un paria. Ayant échappé à une arrestation par la police française venue à son domicile, 12 rue des Écoles, Albert Grumberg, un émigré roumain marié à une Auvergnate, vécut cloîtré dans le Paris de l’Occupation du 24 septembre 1942 au 24 août 1944. Devant les « deux insolents individus armés » qui se présentaient, il pressentit le sort qui l’attendait. Sous prétexte d’aller chercher une couverture dans le salon de coiffure qu’il tenait avec sa femme, il se réfugie au 8 rue des Écoles, dans une pièce de 8 m2 qui le confinait dans un espace minuscule au sixième étage. Il n’en sortira qu’à la Libération.
Le journal qu’il commence à rédiger au soixantième jour de sa captivité s’ouvre avec un « épître dédicatoire » à la « très chère Madame Oudard » qu’il appelle « son Secours national ». Rien n’aurait pu se réaliser sans le concours de cette femme qui lui a procuré le local. Concierge de l’immeuble où il se cache, elle joue un rôle essentiel pour nourrir son « pensionnaire » – puisqu’elle ou ses enfants lui montent ses repas trois fois par jour – mais aussi pour aplanir toutes sortes de difficultés. Disons tout de suite que son va-et-vient ne passe pas inaperçu des habitants dont elle s’avère être sûre. Apte à jauger l’entourage des locataires, des contacts sont pris par son intermédiaire entre le reclus et certains voisins du sixième qui n’hésitent à venir discuter avec Albert Grumberg, voire à l’inviter de temps en temps à prendre un repas. Un trou percé dans un mur mitoyen où passe un fil électrique permet au prisonnier d’obtenir l’électricité et surtout de suivre la radio avec des écouteurs sans cesse rafistolés. Il en profite pour écouter Radio Moscou qui comble d’aise le militant communiste qu’il est, et aussi Radio Londres. Grâce à quoi, il suit les nouvelles importantes du conflit qu’il répercute ensuite à Madame Oudard suivant un code convenu entre eux. Si cette radio, fenêtre sur le monde, est le moyen essentiel de sa survie, elle lui fait aussi découvrir ou redécouvrir quelques pièces classiques et des opéras.
L’intérêt du journal réside dans ce tableau sans fard du quotidien terre-à-terre d’un exclu que les circonstances ne réussissent pas à totalement isoler. L’auteur, au cœur d’une solidarité qu’il nous restitue avec des mots simples, insiste sur le Paris de l’Occupation et sur ceux-là même qui le tinrent à bout de bras durant vingt-trois mois.
Dominique Veillon
Kahle Marie, Tous les Allemands n’ont pas un cœur de pierre, Paris, Liana Levi, coll. « Histoire », 2001, 127 p., 13,57 €.
Quel témoignage d’humanité que celui de Marie Kahle ! Cette femme de 45 ans, mère de 5 enfants, vit à Bonn dans l’Allemagne nazie ; en 1938, après la « Nuit de Cristal », elle vient aider une commerçante juive à remettre en ordre son magasin dévasté. C’est le début de ses « ennuis », non seulement pour elle-même mais pour toute sa famille : dénonciation dans la presse locale, intimidations à son domicile, pressions sur ses enfants (à l’école) et sur son mari universitaire (à son travail). La vie familiale devient de plus en plus intenable. C’est l’angoisse de l’arrestation et de la torture. Marie Kahle penserait-elle au suicide, en guise de libération ? Non, cette femme profondément chrétienne raconte comment elle choisit la vie. Mais la seule solution pour elle et ses proches sera de fuir en Angleterre : une opération d’« évasion » qu’elle réussit de justesse, avec le sentiment de vaincre les nazis en sauvant sa famille.
Son récit bref et vivant est instructif à plus d’un titre. Il montre comment une « pression » totale, pour ne pas dire totalitaire, se manifeste au quotidien contre une famille « aryenne », à cause d’un simple geste de bienveillance envers une « Juive ». Le but est trop clair : anéantir tout lien social entre Juifs et non-Juifs. Ce qui suppose une double opération : bien entendu, mettre les Juifs au ban de la société mais aussi les non-Juifs qui exprimeraient quelque velléité à leur porter secours. Tout est dit dans ces mots écrits à la peinture devant la maison des Kahle : « Traîtres au peuple, amis des Juifs ».
La force du texte tient encore à la personnalité de celle qui l’écrit : une femme droite, déterminée, protestante à l’origine mais convertie au catholicisme, parce que, dit-elle, plus ferme dans son refus du racisme. On la sent, on la voit animée par cet esprit de Resistenz au sens où le définit Martin Broszat. Elle explique son opposition par sa propre éducation. Remarquons aussi qu’elle vit en Rhénanie, une région catholique qui s’est précisément montrée réfractaire à certains aspects du national-socialisme. Marie Kahle trouve d’ailleurs, aux moments les plus difficiles, refuge et réconfort dans des institutions religieuses de la région.
Est-ce un hasard si un tel combat est celui d’une femme ? En tout cas, si son histoire est rare, elle n’est pas unique. Refermant ce livre, la question vient à l’esprit : quand disposerons-nous donc d’une histoire diversifiée de ces micro-solidarités du quotidien, qui ont réussi à exister clandestinement dans les interstices de la société allemande nazifiée ?
Jacques Semelin

Histoire politique française

Berstein Serge, Histoire du gaullisme, Paris, Perrin, 2001, 569 p., 22,71 €.
L’histoire du gaullisme de Serge Berstein fera date dans la mesure où elle se présente comme « histoire culturelle », essai d’interprétation pour une épopée, qui aura fortement ébranlé le fameux « modèle républicain » jusqu’à ce que Pompidou, d’abord, Jacques Chirac, ensuite, ne le ramènent au bercail de la droite, sa famille depuis toujours. Ce n’est donc pas l’homme Charles de Gaulle qui est ici étudié, dans la singularité du 18 juin ; ni celui qui a rétabli la légalité républicaine et rendu leurs droits civiques aux Français qui en avaient été privés ; ni celui qui rédige une Constitution où « l’État fort » est soumis à un contrôle constitutionnel qui prendra son essor après 1971 ; ni celui qui décolonise l’Afrique et l’Algérie. Ce qui est raconté est le choc culturel suscité par son irruption sur la scène nationale. En particulier pour le parti radical qui, né à l’aube du siècle, confondait son existence avec celle de la République, sans se poser de questions sur les raisons de ses échecs en 1940 ou 1958.
Serge Berstein est trop bon historien pour ne pas voir que les Lettres, notes et carnets livrent un portrait inattendu : l’homme n’est ni antisémite, ni antirépublicain et, à l’épreuve des faits, le catholique respectera la séparation du temporel et du spirituel. Mais au lieu d’y voir une proximité avec Péguy, le dreyfusard, il utilise le fait réel de la non-ouverture des archives, pour émettre l’hypothèse, très grave, de documents caviardés. L’histoire culturelle montre ici ses limites car le procès d’intention n’est pas loin. Décrire l’incompréhension dont l’homme a été l’objet de la part de républicains dont la culture est postérieure à celle du légitimisme constitutionnel qui était la sienne, est faire œuvre salutaire. Mais présenter l’homme au travers de l’hostilité qui fut celle d’Édouard Herriot, Henri Queuille ou Georges Bidault est une autre affaire.
Odile Rudelle
Le Béguec Gilles, Peschanski Denis (dir.), Les élites locales dans la tourmente. Du Front populaire aux années cinquante, Paris, CNRS-Éditions, 2000, 460 p., 29,73 €.
Les années sombres marquent-elles, du point de vue politique, une rupture ou masquent-elles au contraire les continuités unissant l’avant à l’après-guerre ? Cette interrogation a orienté la réflexion d’un colloque – précédé par une longue enquête conduite par l’Institut d’histoire du temps présent – dont les actes sont aujourd’hui publiés. La démarche n’est pas sans intérêt. Elle privilégie des bornes chronologiques plus larges (1935-1953) que la seule Occupation. Et elle se centre surtout sur les « élites locales » – maires et conseillers généraux –, moyen, sans doute, de tester la pertinence des thèses couramment admises. De ce point de vue, l’ouvrage apporte du neuf. Il confirme, certes, les tendances relevées de longue date : poussée de la gauche à la Libération, secousse du RPF de 1947, renouvellement des élites locales par la disparition de certaines catégories (propriétaires fonciers) et l’émergence de nouveaux acteurs (femmes, ouvriers, classes moyennes…), autant de phénomènes qui se lisent à l’échelon local. Les analyses, pourtant, nuancent ces constats. Les succès de la gauche en 1945 ne font qu’amplifier les succès de l’avant-guerre. La droite offre une résistance certaine à la poussée progressiste, grâce au renouvellement de ses hommes et de ses réseaux. La féminisation du personnel politique reste extrêmement limitée. La déferlante RPF de 1947 n’a rien d’un raz-de-marée. Peu présent dans les campagnes et au sud de la Loire, le RPF, manquant d’hommes, s’est souvent appuyé sur des transfuges. Sa victoire s’explique avant tout par le ralliement de politiciens à la foi gaulliste peu trempée plus que par l’émergence d’un personnel politique nouveau. Que conclure, dès lors ? Relève générationnelle, poussée à gauche, disparition de notables traditionnels plaident pour la rupture ; le rôle mineur joué par les partis, le rôle encore essentiel des notables, la lente progression de la gauche avant comme après la guerre nourrissent la thèse de la continuité. Quoi qu’il en soit, les lecteurs pourront, forts des études locales rassemblées, se forger leur opinion. Quelques choix, bien entendu, surprennent : pourquoi, pour éclairage étranger, avoir retenu le seul Benelux ? Sur quels critères les départements traités ont-ils été retenus ? Autant d’éléments dont les logiques n’apparaissent pas. L’ensemble contribue, malgré tout, à éclairer une France politique vue d’en bas.
Olivier Wieviorka

Société française

Verdès-Leroux Jeannine, Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui. Une page d’histoire déchirée, Paris, Fayard, 2001, 491 p., 24,30 €.
Sous ces titres en apparence historiques, l’auteur entend célébrer « le destin méconnu des Français d’Algérie », méconnus par ceux qu’elle appelle « les Français d’ici » ou par « la France marâtre qui leur manifeste un si étrange oubli ». S’il s’agissait d’un ouvrage d’histoire, on ne s’expliquerait pas les silences de cet écrivain qui, parlant de « l’éclosion de l’Algérie française » puis du « triomphe de la colonisation », oublie la colonisation rurale et le boom de la viticulture, l’évolution économique, sociale et politique, le « péril étranger » et le courant autonomiste. Sur ces sujets essentiels, l’auteur se borne à quelques notes généralement fort hostiles aux historiens dont elle entend écarter tous les travaux scientifiques : « Les historiens ne présentent-ils pas le passé comme s’il était déjà connu ? » Cela lui permet de déclarer « invérifiables leurs propositions unanimement contestées » soit, par exemple, celle d’oser écrire qu’en 1944 « l’Algérie musulmane se mit à rêver d’une Algérie libre ». L’ignorance totale des documents d’archives, des rapports inédits des services de renseignements civils et militaires explique certes – mais ne justifie pas – que la majeure partie de ce livre reste étrangement silencieux sur la vie réelle des Français d’Algérie entre 1870 et 1940, leurs luttes, leurs rêves, leurs échecs.
Il est vrai que l’auteur annonce aussi une enquête d’opinion établie à partir des témoignages actuels des rapatriés : « 170 pieds-poirs, écrit-elle, dont 113 hommes et 57 femmes ». Malheureusement, on ne connaît pas les questions qui leur auraient été posées et celles qui ne le furent pas (l’auteur explique cependant qu’elle n’a jamais soulevé la question de la torture). Quant aux rares réponses résumées ou développées, elles n’apprennent rien hélas ! en évoquant « la colère des pieds-noirs », les souffrances des rapatriés et les critiques qu’ils adressèrent, paraît-il unanimement, aux Métropolitains ( ?). Cette enquête n’est donc pas scientifique, mais tel n’était pas son but à l’évidence polémique.
L’auteur ajoute en conclusion une longue étude critiquant les « Vérités de Pierre Mendès France » et des développements hostiles non moins attendus contre le général de Gaulle. Ne seraient-ils pas tenus pour les seuls responsables de « la page d’histoire déchirée » ?
Charles-Robert Ageron
Hervieu Bertrand et Viard Jean, L’archipel paysan. La fin de la république agricole, La Tour d’Aigues, éditions de l’Aube, coll. « Monde en cours », série « Intervention », 2001, 125 p., 13,57 €.
L’essai qui paraît aujourd’hui fait suite à celui que les mêmes auteurs avaient publié en 1996 chez le même éditeur. « Archipel » désigne ici le groupe, à la fois minoritaire et essentiel dans la société française, que constituent les tenanciers des 680 000 fermes « irrégulièrement réparties sur le territoire national ». Pour les deux auteurs, « la paysannerie ne peut se penser que dans le temps de l’histoire longue ». Ne faut-il pas entendre, dans cette affirmation, comme un appel adressé aux historiens, naguère encore postés à l’avant-garde des recherches de sciences humaines et sociales sur l’économie et la vie rurales, afin qu’ils prennent une plus grande part aux réflexions collectives sur « la classe paysanne au début du troisième millénaire » ?
Il serait abusif d’en tirer le sentiment d’une insuffisance. Si elles visent à fournir des réponses aux incertitudes des responsables ou aux inquiétudes des citoyens, autant, semble-t-il, qu’à nourrir des discussions savantes, les positions et propositions de Bertrand Hervieu et Jean Viard s’appuient constamment sur des acquis de la recherche historique. Et, disons-le, ce sont les deux premiers chapitres, récapitulatifs, de leur essai, où ils dessinent à grands traits ce qu’Emmanuel Le Roy Ladurie eût appelé un « inventaire des campagnes », avant de rappeler avec brio ce que furent les « fondements de la république paysanne », qui paraissent les mieux venus. Ils suscitent la gratitude du lecteur pour la clarté avec laquelle le résumé des grandes tendances de l’évolution, libre de méthode et de ton, met en relief les enjeux contemporains. Quelques motifs d’irritation, toutefois, çà et là : est-il raisonnable de s’en tenir, en guise de référence explicative sur l’exode rural précoce qu’a connu la Grande-Bretagne, à Surveiller et punir (p. 48) ? N’est-il pas un peu facile d’écrire qu’en un siècle les campagnes françaises se sont constituées « en un ghetto paysan » (p. 55), surtout lorsqu’on a démontré, de façon convaincante, de quel « poids démultiplié » les agriculteurs ont cependant pesé, et pèsent encore, sur la vie publique (p. 33-36) ? Dans le dernier chapitre, plus prospectif, le risque inévitable de la simplification s’accompagne d’une tendance à privilégier, plutôt que la nuance et la concision, la généralité et la faconde. Ces quelques réserves n’enlèvent rien à l’adhésion de principe que mérite une forme de participation honorable du « spécialiste » à l’information et à la réflexion du « grand public », en même temps qu’à l’échange interdisciplinaire.
Jean-François Chanet

Intellectuels

Laurent Sébastien, Daniel Halévy. Biographie, Paris, Grasset, 2001, 363 p., 27,44 €.
En dépit de nombreuses rééditions ces vingt dernières années (dont Visites aux paysans du Centre, Nietzsche), la mémoire intellectuelle de Daniel Halévy s’était beaucoup estompée. Cette biographie critique, tirée d’une thèse, vient réparer avec autorité cet oubli en retraçant son itinéraire politico-littéraire singulier, celui d’un polygraphe et d’un représentant éminent de la République des Lettres, ami de jeunesse de Péguy et admirateur dans sa maturité et sa vieillesse de Maurras. Sur fond d’une sociographie (un peu floue) du milieu intellectuel de la première moitié du 20e siècle, l’auteur s’attache à une question : comment une force et une direction initiales – le libéralisme aristocratique hérité du milieu familial – composent avec le champ de forces qu’elles traversent (le dreyfusisme de sa jeunesse, le maurrasisme du début des années 1920) ? Dans cette fascination de Halévy pour Maurras et ce captage de la source libérale par une pensée réactionnaire, Sébastien Laurent nous donne une convaincante démonstration de ce que fut le rayonnement de l’Action française entre 1910 et la fin des années 1920. Cependant, une approche en termes de « champ », le déclin de la critique littéraire universitaire par exemple, aurait pu l’amener à approfondir sa réflexion sur les raisons profondes de ce prestige littéraire de Maurras. Par ailleurs, le livre retrace soigneusement des moments passionnants de cette vie. Le premier concerne l’engagement dreyfusard et sa collaboration aux petites revues socialisantes d’alors, dont les Cahiers de la Quinzaine. Le second touche à son rôle de directeur de collection (les « Cahiers verts ») chez l’éditeur le plus dynamique de son temps, Bernard Grasset : Halévy bâtit alors, entre 1920 et 1933, autour de 109 titres, la plus belle des collections, de Mauriac et Giraudoux à Benda et sa Trahison des clercs. Restent un regret et une interrogation à l’égard de ce beau travail : la parole, si prenante, d’Halévy, n’apparaît guère en vertu d’une méthodologie ascétique méfiante à l’égard de tout discours d’autojustification. Mais à vouloir objectiver son personnage de manière si radicale, ne perd-on pas quelque substance ? Pourquoi ne pas réaliser aussi une herméneutique de la dérive réactionnaire ? On aurait aimé que l’auteur, fort d’un si beau dossier, nous en livre toutes les pièces.
François Chaubet
Jalabert Laurent, Le Grand Débat. Les universitaires français – historiens et géographes – et les pays communistes de 1945 à 1991, Toulouse, Groupe de recherche en histoire immédiate, coll. « Sources et travaux d’histoire immédiate », 2001, 405 p., 35,06 €.
Laurent Jalabert publie sa thèse soutenue en 1997 et consacrée à un sujet important pour l’ensemble de la communauté des historiens et géographes : l’histoire de la constitution d’un discours universitaire sur les États communistes après 1945. En s’appuyant sur des sources diversifiées – thèses, ouvrages et revues, questionnaires et entretiens –, l’auteur répond clairement à la première question qu’il posait : non, il n’y a pas eu de spécificité universitaire dans le débat intellectuel sur le monde communiste, et l’évolution de l’ensemble des travaux le montre : sacralisation du modèle soviétique jusqu’en 1956, processus de démystification jusqu’en 1976, suivi d’un rejet de plus en plus massif. En revanche, on assiste à la progressive constitution de champs d’études spécialisés, voire de véritables écoles (ainsi la soviétologie française) accompagnant la mutation des disciplines elles-mêmes : multiplication des sources et retour du politique en histoire, irruption des acteurs et des enjeux géopolitiques en géographie, etc. La seconde et lancinante question posée, celle du « pourquoi » de nombreux choix qui apparaissent a posteriori comme des aveuglements évoluant plus ou moins vite vers la lucidité, demeure plus ouverte. La séduction intellectuelle du marxisme s’allie certes aux logiques du conformisme et se confronte à une demande sociale qui va de l’engagement vers l’expertise. Mais on aimerait, pour comprendre ces itinéraires politiques et la longue imprégnation des travaux universitaires français par l’idéologie, des biographies plus détaillées (l’émigration, les attaches personnelles avec les pays étudiés ne joueraient-elles aucun rôle ?) et une réelle sociologie politique du PCF et du syndicalisme à l’Université. Signalons enfin l’absence d’index et le peu de soin apporté à l’édition, qui laisse planer un doute injustifié sur la familiarité de l’auteur avec ses sources (« André Still », « Derida ») ou ses références (« Daniel Caute », « Boris Nolte », « M. Aucuturier », etc.).
Sophie Cœuré
Bonnaud Robert, La cause du Sud. L’Algérie d’hier et d’aujourd’hui, la Palestine, les nations… Écrits politiques, 1956-2000, Paris, L’Harmattan, 2001, 206 p., 16,77 €.
Le choix et la présentation que fait Robert Bonnaud de nombreux textes qu’il a écrits entre 1956 et 2000, complétés par une conclusion ad hoc, répond au souci affiché de donner à lire un « trajet intellectuel ». À la différence d’une trajectoire, on ne perd ici jamais de vue qu’il s’agit d’un homme en marche, en doute, en questionnement.
Les premiers textes, fondateurs à plus d’un titre, sont des lettres envoyées d’Algérie où Robert Bonnaud fut rappelé, en 1956. La sensibilité et l’intelligence de l’observateur sur la situation coloniale sont frappantes. Il est le témoin de violences françaises, mais un témoin isolé au milieu d’autres soldats dont il déplore « le manque total d’éducation politique et morale » ; isolé aussi en France puisque son témoignage paru dans Esprit en avril 1957 est l’un des premiers à alerter l’opinion sur les réalités des opérations de maintien de l’ordre menées en Algérie. Son constat est alors d’une lucidité remarquable : « Il faut savoir ce que l’on veut, écrit-il. Le maintien de notre domination a exigé, exige, exigera des tortures de plus en plus épouvantables, des exactions de plus en plus générales, des tueries de plus en plus indistinctes. Il n’y a plus d’Algérien innocent du désir de dignité humaine, du désir d’émancipation collective, du désir de liberté nationale. Il n’a pas de suspect arrêté à tort et torturé par erreur. »
Sensible aux discours des autorités politiques de l’époque, Robert Bonnaud est un fin décrypteur de leurs logiques cachées même si son enthousiasme le porte aussi à des symétries abusives qu’il met aujourd’hui nettement à distance. Cet ouvrage ancré dans « le Sud » permet surtout de suivre les pistes creusées avec constance par son auteur. Faisant du tiers-mondisme une cause revendiquée de manière critique, celui qui fut et est encore, aussi, acteur offre aux lecteurs des textes inclassables, où le passé est toujours l’occasion de réfléchir sur l’actualité. Un trajet d’historien en forme de leçon.
Raphaëlle Branche

Relations internationales

Soutou Georges-Henri, La guerre de Cinquante Ans. Les relations Est-Ouest, 1943-1990, Paris, Fayard, 2001, 767 p., 28,81 €.
Depuis une décennie, l’histoire de la guerre froide s’est enrichie de récentes recherches élaborées, en particulier, à partir des archives de l’ancien bloc soviétique. Grâce à sa connaissance de cette nouvelle historiographie, Georges-Henri Soutou offre dans cet ouvrage une synthèse dense et convaincante des relations Est-Ouest entre 1943 et 1990, s’attachant à en décrire toutes les facettes.
L’approche chronologique structure les vingt chapitres de l’ouvrage. Georges-Henri Soutou analyse cette longue guerre de Cinquante Ans des origines, qu’il situe au cours de l’année 1943 et à son terme en 1990. Il s’attache à décrire les alternances de tensions, de calme voire de coopération entre les deux Grands. Cet examen chronologique aurait cependant mérité un regroupement des chapitres en grandes parties afin de mieux mettre en valeur les tournants majeurs de la période étudiée. Ce long conflit Est-Ouest fut enfin un conflit global. Ses dimensions idéologiques, politiques, économiques, militaires et culturelles sont en conséquence finement décrites.
À travers la richesse des analyses et le foisonnement des événements, Georges-Henri Soutou adopte comme ligne directrice l’interrogation suivante : pourquoi la guerre froide n’est-elle pas devenue chaude, ou du moins n’a-t-elle pas débouché sur une guerre mondiale ? L’explication par la seule dissuasion nucléaire apparaît à l’auteur comme insuffisante. Les cadres juridiques établis lors des grandes conférences internationales, comme à Postdam en 1945 ou à Helsinki en 1975, canalisèrent aussi dans une certaine mesure les tensions entre les deux Grands. Plus essentielle encore fut la nature même du conflit Est-Ouest. L’affrontement entre l’URSS et les Etats-Unis était avant tout un conflit politique et idéologique, dans lequel chacun des protagonistes visait non la destruction de l’adversaire mais sa transformation interne. Voilà pourquoi la guerre froide resta froide puis s’éteignit pacifiquement, consacrant en Europe la victoire de la démocratie libérale.
Justine Faure
Ray Roland, Annäherung an Frankreich im Dienste Hitlers ? Otto Abetz und die deutsche Frankreichpolitik 1930-1942, Munich, Oldenbourg, 2000, 419 p., 64,80 €.
« Une politique de rapprochement de l’Allemagne avec la France au service de Hitler ? » Sous ce titre formulé comme une question, Roland Ray nous propose un livre volumineux sur celui qui fut, entre 1940 et 1944 l’« ambassadeur » de l’Allemagne nationale-socialiste dans la France occupée. Après une décennie de recherches dynamiques sur les relations bilatérales entre Locarno et Vichy, manquait encore un ouvrage sur ce « personnage central » (Hans-Manfred Bock). Or plutôt que d’écrire une biographie d’Otto Abetz, l’auteur a voulu élucider, à travers lui, la politique française de l’Allemagne entre la fin de la période de Weimar et la guerre. La chance mais aussi la difficulté de Ray est d’avoir choisi un sujet englobant la totalité de cette période de l’après-Stresemann, pendant laquelle la politique étrangère allemande – et en particulier celle à l’égard de la France – poursuivait avec de moins en moins de retenue la révision du Traité de Versailles. On attendait sur ce sujet une véritable mise au point. Roland Ray a-t-il réussi à relever ce défi ? Certes, ses dix chapitres contiennent de riches et minutieuses informations, en particulier sur les personnes, témoignant de l’extrême assiduité d’un chercheur ayant épuisé les archives : le spécialiste sera obligé de consulter ce livre. Certes, Ray aborde avec succès les grands thèmes soulevés par son sujet, analysant, entre autres, la concurrence acerbe des institutions élaborant la politique étrangère de l’Allemagne nationale-socialiste (chapitres III, VI et VIII), concurrence qui illustre parfaitement la thèse de la polycratie au sein de cette dictature qui affichait un monolithisme de façade. Certes, dans son dernier chapitre consacré au rôle d’Abetz et de son « ambassade » dans le meurtre de Juifs et le pillage des œuvres d’art, l’auteur met définitivement fin à toute illusion sur les intentions d’un homme qui, disait-on, avait aimé la France dans des circonstances difficiles.
Or, à la fin de ce livre, il subsiste un trouble certain. Exprimant en toute franchise ce qui le préoccupe, l’auteur écrit souhaiter évaluer de façon loyale, historiquement et moralement, l’action de ce « caractère chatoyant ». Il justifie la césure étrange de 1942, date à laquelle il achève son étude et qui ne correspond ni à la fin du Troisième Reich ni à la mort violente d’Abetz dans un accident de la route jamais éclairci (1958), en affirmant : « Les erreurs et les manquements d’Abetz, son ambiguïté et sa dépendance vis-à-vis des décisions de Hitler ou de son entourage direct sont à ce moment manifestes ; les années ultérieures ne contribuent que peu à l’évaluation de son action politique ». En toute logique, le lecteur doit conclure que l’action d’Abetz devait contenir avant cette césure un quelconque potentiel positif. D’où sans doute la nature interrogative du titre de ce livre : Roland Ray n’exclut pas d’y donner une réponse positive, même si, par ailleurs, il condamne moralement l’action d’Abetz. Continuer l’étude jusqu’en 1945, voire jusqu’en 1958 aurait sans doute permis de mieux mesurer à quel point l’idéalisme d’Abetz fut absorbé par son pragmatisme – dimension essentielle du sujet, qui fait défaut à l’étude de Ray.
L’auteur estime que le « rapprochement franco-allemand » gardait quelque sens après 1933. Il diagnostique à cet égard une « ambivalence » (Doppelbödigkeit) de la politique allemande, ce qui ne peut que signifier que celle-ci avait un premier niveau, hostile à la démocratie voisine, mais aussi un deuxième, plus propice à des évolutions positives. Mais alors l’objectif d’une telle politique du « rapprochement » entre deux sociétés aux normes irréconciliables ne pouvait plus être défini que de manière pragmatique : éviter que n’éclate la guerre entre Français et Allemands, maintenir un état de paix dépourvu de considérations normatives, ce qui ne pouvait plus véritablement constituer, comme le pense l’auteur, un « but idéel », une « idée ». Or, Roland Ray ne craint pas d’introduire à ce propos dans des phrases interprétant la « mission » d’Abetz, les notions de « dialogue » voire de « coexistence paisible ». Il nous paraît impossible de recourir à ces termes sans s’approprier de manière subreptice, sous la couche idéaliste, ce pragmatisme hautement réclamé par cette « génération réaliste » des Abetz et des Jean Luchaire. Chez eux, le dénigrement de l’idéalisme « bourgeois » ou simplement « vieux jeu », critiqué pour son ignorance des « faits », composante essentielle de leur pensée, se situe dans une continuité qui paraît, ici, avoir été sous-estimée. Certes, il faut se garder de postuler après coup avec trop d’assurance des nécessités ; mais une « coexistence paisible » est-elle concevable compte tenu de la présence d’une part d’une démocratie libérale puis d’un Etat occupé, et d’autre part d’une puissance agressive dont la cruauté était rapidement évidente ? Voilà une question cruciale qui est aujourd’hui tout sauf inactuelle.
Klaus-Peter Sick

Histoire du renseignement

Jackson Peter, France and the Nazi Menace. Intelligence and Policy Making, 1933-1939, Oxford, Oxford University Press, 2000, 446 p., $ 80.
Sur un sujet aussi rebattu que celui de la montée des périls dans les années 1930, rares sont les ouvrages à proposer des analyses novatrices. La thèse de Peter Jackson réussit parfaitement le double pari d’apporter des éléments nouveaux, sur le plan factuel, autant qu’une analyse plus théorique de fond sur les relations entre l’information, le renseignement et le processus de décision dans la France de ces années. Saluons en premier lieu le remarquable travail d’archives, reposant sur le croisement d’archives politiques, militaires et diplomatiques, qui a été mené par l’auteur. Renversant les perspectives habituelles, il s’intéresse au renseignement militaire, là où les historiens ont plutôt privilégié le renseignement civil, d’origine diplomatique. Cette étude l’amène à suivre les voies de transmission au sein de l’État-Major et du Haut Commandement du renseignement vers les sphères civiles du gouvernement et de la présidence du Conseil. Cela lui permet de s’interroger ensuite sur les décisions en matière de politique de défense et en matière de politique extérieure. Là réside toute la nouveauté du livre : l’auteur ne fait pas du renseignement militaire une simple question technique que les diplomates utilisent ou ignorent, il montre que la circulation du renseignement d’origine militaire au sein de l’appareil gouvernemental obéit à des règles propres et que les militaires disposent d’une certaine autonomie. Les renseignements fournis par les attachés militaires en poste dans les ambassades, transmis au 2e bureau de l’État-Major de l’armée – source connue et utilisée par les historiens des relations internationales – n’ont pas constitué l’unique source d’information. L’intérêt du travail de Peter Jackson est de souligner le rôle du Service de renseignement (SR-SCR) et sa relative autonomie par rapport aux bureaux d’état-major. Le chef du SR, le colonel Rivet à partir de 1936, possède ainsi un accès direct auprès du ministre de la Guerre et parfois même auprès du président du Conseil qui lui permet de donner aux décideurs politiques une analyse de la situation qui n’est pas toujours convergente avec celle du Haut Commandement.
D’un point de vue global, l’auteur distingue deux périodes, avant et après Munich. Avant 1938, il constate que le renseignement militaire a eu tendance à surévaluer le potentiel militaire allemand (en particulier en matière d’équipement aérien), sans d’ailleurs que les décideurs politiques en tiennent compte. Il indique toutefois que dès le début des années 1930, les responsables civils ont été parfaitement informés des intentions allemandes. Après 1938, il constate que l’évaluation des forces armées allemandes a été plus conforme à la réalité, au moment où la France a su faire preuve d’une plus grande fermeté. Peter Jackson montre très bien que cette évolution est le fruit, après l’abandon de la Tchécoslovaquie, d’une meilleure collaboration entre les hommes du renseignement et les décideurs politiques même si le contrôle exclusif du renseignement technique par les militaires a desservi la politique étrangère française dans la mesure où les civils ont eu tendance à se méfier du discours des militaires dans lequel ils voyaient avant tout une volonté d’appuyer une politique de réarmement.
L’apport théorique de ce livre est tout aussi passionnant : détaillant le rôle des facteurs psychologiques chez les hommes du renseignement, il insiste sur le rôle des idées préconçues à l’égard de l’Allemagne et la tendance à évaluer par le pire (« worth case thinking »), de même qu’il souligne les interférences avec les équilibres politiques au sein des cabinets. En soulignant que l’interprétation et l’usage du renseignement militaire sont largement conditionnés par la perception et les priorités des décideurs, il démontre que le renseignement n’est qu’un facteur parmi d’autres de la décision politique. Indéniablement, ce livre de référence est amené à occuper une place de choix dans les études sur le renseignement français, abondantes en Angleterre et en Amérique du Nord, seulement balbutiantes en France.
Sébastien Laurent
Soutou Georges-Henri, Fremeaux Jacques, Forcade Olivier (dir.), L’exploitation du renseignement en Europe et aux États-Unis des années 1930 aux années 1960, Paris, Economica/ISC/CFHM, coll. « Hautes études militaires », 2001, 332 p., 28,20 €.
Réunissant les quatorze communications du colloque, tenu en juin 1998 aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, cet ouvrage, consacré à l’exploitation du renseignement militaire, est une incursion réussie dans un domaine encore peu exploré, mais pourtant essentiel, de l’histoire militaire. Pour commencer, un état des sources rappelle très utilement que l’historien du renseignement ne peut travailler sans une connaissance rigoureuse, méthodique et critique des sources disponibles. Le rôle tenu par le renseignement dans les processus de décision politique et militaire est au cœur du reste de l’ouvrage. Son exploitation aux différents échelons du commandement est étudiée à partir de différents exemples de conflits, mais, démarche plus novatrice, elle est également analysée sur le plan de la décision gouvernementale. « Le renseignement est un outil de la politique », mais comme il n’est pas un instrument neutre, l’historien ne peut éluder le problème de la « politisation du renseignement » (Peter Jackson). Cas extrême, elle est flagrante pendant la période du Front populaire et explique en grande partie l’incapacité des services de renseignement à remplir leur mission d’information du gouvernement. L’ensemble met en évidence le fait que « la question essentielle […] de l’exploitation du renseignement d’intérêt national est autant technique, politique que culturelle » (Olivier Forcade). Cette prise de conscience a contribué à favoriser, depuis la seconde guerre mondiale, sous l’influence des conceptions britanniques de l’Intelligence, l’évolution des structures du renseignement français, dès la création du BCRA en 1942, et américain avec la création de la CIA en 1947. Le renseignement, régi désormais par une logique globalisante, n’est plus restreint au seul renseignement militaire et relève directement de l’autorité politique.
Cette problématique novatrice axée sur les relations entre le renseignement, la politique et l’idéologie fait de ce livre une bonne contribution à l’historiographie du renseignement. Un premier pas dans un champ de recherche aux larges perspectives.
Georges Vidal

Histoire économique et sociale

Marguerat Philippe, Tissot Laurent et Froidevaux Yves (dir.), Banques et entreprises industrielles en Europe de l’Ouest, xix e et xx e siècles : aspects nationaux et régionaux (Actes du colloque de l’Institut d’histoire de l’université de Neuchâtel, 27-28 octobre 1997), Neuchâtel, université de Neuchâtel-Droz, 2000, 270 p., prix non communiqué.
Les douze contributions réunies ici, issues d’un colloque tenu à Neuchâtel les 27 et 28 octobre 1997 sur le financement bancaire de l’entreprise, ressortent de trois catégories. Les unes sont des mises au point sur les rapports entre banques et industrie dans certains pays au cours de périodes de longueur variable. Faisant le tour des problématiques, réexaminant les « modèles » explicatifs à la lumière des travaux les plus récents, elles fournissent des synthèses particulièrement suggestives. Exemplaire est à cet égard la contribution de Philippe Marguerat sur les banques mixtes et la croissance industrielle allemande au début du 20e siècle. D’autres contributions envisagent le rôle qu’ont joué les banques face à certains secteurs ou certains problèmes. Les dimensions du colloque ont malheureusement contraint de les limiter à l’hydroélectricité, le bâtiment et les travaux publics, la présence industrielle à l’étranger. Enfin, des études se consacrent à des exemples particuliers, choisis parmi les grandes catégories d’établissements : banque mixte (la Société générale de Belgique), banque d’affaires (Paribas), haute banque (Mirabaud), secteur public (Banque cantonale neuchâteloise). La dimension comparatiste reste ainsi toujours présente et, même si les discussions n’ont pas été reproduites, la réflexion s’en trouve constamment stimulée. On l’aura compris : il s’agit d’un volume réduit et dans une présentation dépourvue de toute technicité abusive, d’un ouvrage pleinement réussi qui mérite de retenir l’attention, y compris celle des non-spécialistes de l’histoire bancaire et financière. Ils y trouveront de quoi enrichir leurs connaissances sur les types de systèmes bancaires, le financement de l’industrie et, plus largement, la spécificité des voies nationales d’industrialisation.
Jean-François Eck
Melandri Pierre (dir.) Le Welfare State en Amérique du Nord, Paris, L’Harmattan, coll. « L’Aire anglophone », 2000, 178 p., 16,77 €.
En 1994, un projet d’assurance-maladie universelle, présenté par Bill et Hillary Clinton, subit un échec retentissant au Congrès des États-Unis. En 1996, le système de protection sociale sera remanié dans un sens restrictif, laissant jusqu’à ce jour près de 45 millions d’Américains sans couverture d’assurance-maladie. Les sept études de cas présentées dans ce volume illustrent, chacune sous un angle différent, la complexité et les difficultés de l’État-providence en Amérique du Nord, qu’il s’agisse des États-Unis (Marie Bolton, Antoine Coppolani, Dominique Daniel, Éveline Thévenard, Jennifer Merchant et Cynthia Ghorra-Gobin) ou du Canada (Pierre Guillaume). Dans une éclairante préface, Pierre Melandri, maître d’œuvre de l’ouvrage, remet en perspective historique et comparative ces études de cas. Il rappelle que l’assurance-maladie universelle, dont les Canadiens bénéficient depuis 1966, doit une grande part de son existence à la tradition sociale-démocrate, qui constitue, avec la tradition conservatrice, l’une des deux grandes composantes de la culture politique du Canada. En revanche, la culture politique dominante aux États-Unis a presque toujours été imprégnée d’hostilité à l’intervention de l’État fédéral. Si la crise de 1929 et le New Deal ont imposé un début d’État-providence, qui sera renforcé par le mouvement pour les droits civiques des Noirs et par la « Grande Société » de Lyndon B. Johnson (1963-1969), le populisme anti-étatiste allait retrouver un vigoureux allant dans les années 1970-1980. Fervent partisan du laisser-faire, le président Reagan (1981-1989) affaiblit le système de protection sociale, sans le démanteler. En revanche, la majorité républicaine du Congrès (1994-2001) eut vite raison des velléités progressistes et interventionnistes du président Clinton. Le Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act, adopté en 1996, est censé mettre fin à la « culture de dépendance » des pauvres que la Grande Société aurait encouragée. Finalement, la protection sociale a été davantage restreinte sous la présidence Clinton que sous celle de Ronald Reagan.
Marie-Christine Granjon

Histoire culturelle

Holman Valérie, Kelly Debra (dir.), France at War in the Twentieth Century. Propaganda, Myth and Metaphor, New York et Oxford, Berghahn Books, coll. « Contemporary France », 2000, 164 p., $ 19,50, £ 13,50.
Huit spécialistes des nouvelles approches culturelles de l’histoire de la guerre fournissent des cas d’études sur les cultures de guerre françaises entre 1914 et 1964. Deux axes de réflexion s’en dégagent. Le premier est l’enchevêtrement de l’imaginaire des guerres. Ainsi Annette Becker décrit la mémoire-oubli de l’invasion de 1914 en 1940, Avner Ben Amos, le mythe de la Marseillaise dans la mobilisation nationale de la première guerre mondiale, et Christian Delporte, la pérennité d’une hantise de l’ennemi intérieur qui, accusé d’« espionnite » en 1914-1918, deviendra la « cinquième colonne » en 1939-1945. Nicolas Cooper retrouve le mythe défensif de Verdun dans un Dien Bien Phu transformé dans la presse contemporaine en victoire.
Le deuxième axe de réflexion porte sur l’évolution multiforme de la propagande qui mène à la confrontation lors de la seconde guerre mondiale entre des propagandes plus « réalistes » (la BBC, la Résistance) et celles, plus falsificatrices, de Vichy et des collaborationnistes par exemple. Cette hypothèse mériterait cependant une démonstration plus élaborée, ce que ne permet pas un livre de ce type. Il en va de même pour le rapport entre, d’une part, propagande, mythe et mémoire, et de l’autre, un champ de références qu’il serait encore plus essentiel d’élaborer, celui de l’expérience des guerres, de leur représentation et de leurs différents imaginaires.
John Horne
Poirrier Philippe, Rioux Jean-Pierre (dir.), Affaires culturelles et territoires, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture, La Documentation française, 2000, 333 p., 20 €.
Le Comité d’histoire du ministère de la Culture publie ici le bilan de deux journées d’études. Elles sont elles-mêmes l’aboutissement de plusieurs années d’une réflexion menée dans le cadre des réunions de ce Comité. Sont mis en parallèle des travaux d’une dizaine de chercheurs et dix-sept témoignages d’acteurs parmi lesquels on regrettera une trop faible représentation des collectivités territoriales. L’ouvrage propose une exploration des politiques culturelles locales depuis 1945 avec, pour fil conducteur, la notion de territorialisation. Quatre volets sont envisagés : la déconcentration, le partenariat État-collectivités locales, les rapports institutions-territoires et création-territoires.
Guy Brajot et Jean-Luc Bodiguel nous renseignent, plus particulièrement, sur la mise en place des DRAC et les résistances de l’administration centrale. C’est finalement l’émergence progressive d’un système de partenariat avec les collectivités locales qui semble avoir conforté leur développement. La politique culturelle s’est ainsi inventée à plusieurs (Guy Saez) et il est parfois difficile de démêler un écheveau très complexe. Dès lors les nuances s’imposent par secteurs : la territorialisation apparaît difficile concernant le patrimoine, non aboutie pour les arts plastiques, mais plus réussie pour les bibliothèques. Nuances aussi dans le temps et dans l’espace, comme pour les musées (Loïc Vadelorge). Le passage de la tutelle au partenariat est cependant une tendance de fond (Philippe Poirrier).
Cet ouvrage foisonnant d’informations « sur la chronologie politique d’une belle et exceptionnelle aventure publique » (Jean-Pierre Rioux) s’avère donc indispensable pour les historiens et pour les professionnels de la culture.
Françoise Taliano-des Garets
Plato Alice (von), Präsentierte Geschichte. Ausstellungskultur und Massenpublikum im Frankreich des 19. Jahrhunderts, Frankfurt, Campus Verlag, 2001, 412 p., 50,11 €, 98 DM.
Ce livre prend pour sujet la présentation de l’histoire dans le cadre des expositions universelles de Paris jusqu’au début du 20e siècle. Alice von Plato montre que celle-ci s’apparente à un champ de bataille politique, où non seulement partisans et adversaires de la Révolution se disputent « l’histoire et son héritage » mais aussi historiens dilettantes et historiens professionnels. Selon l’auteur, ces expositions, toujours plus « populaire », jouent un rôle décisif dans le changement de la mise en scène de l’histoire, tout en témoignant de conceptions concurrentes de l’identité nationale.
Dans un chapitre introductif, Alice von Plato analyse la présentation de l’histoire au Musée de Cluny et au Musée des monuments français, ce dernier mettant l’accent, à une époque où l’historiographie se faisait à partir des sources écrites, sur l’importance des vestiges matériels. La singularité du Musée de Cluny tient davantage à son rôle de pionnier dans la présentation d’objets de la vie de tous les jours, élargissant, par là même, le domaine des objets historiques. La forme de leur présentation se retrouve, elle aussi, dans les expositions universelles à venir : on y a assumé un regard exotique sur le passé aristocratique qui a sans doute influencé de manière décisive les expositions ultérieures.
Dans la partie centrale, l’auteur décrit les expositions parisiennes entre 1885 et 1900 et souligne leur intérêt avant tout commercial. Elle note cependant, en s’appuyant sur l’expérience des musées précédemment analysés, que les Français mettent surtout l’accent sur l’artisanat d’art et sa tradition tout en s’adaptant à un public de masse selon le nouvel objectif fixé : dresser de manière divertissante une image idéalisée de la nation. On intègre ainsi des « tableaux vivants » ou des éléments exotiques dans les représentations de colonies. L’auteur suggère alors que ces représentations prétendument authentiques, mais en fait chargées de préjugés, ont notamment servi à justifier le colonialisme. Simultanément, l’« exotique du propre » se manifeste dans les présentations des régions de France qui – en particulier sous le Second Empire – servent surtout à mettre en relief une France traditionnelle.
Alice von Plato arrive ainsi à établir un lien entre, d’une part, l’évolution de la présentation et, d’autre part, l’institutionnalisation de l’ethnologie et de l’anthropologie. Plus largement, le livre s’inscrit dans une conjoncture historiographique qui s’intéresse aux aspects commémoratifs de l’histoire comme en témoigne l’ouvrage, actuellement en cours, dirigé par Étienne François et Hagen Schulze, Deutsche Erinnerungsorte, équivalent allemand des « lieux de mémoire » français. Il est une contribution importante à l’histoire de la représentation du passé, particulièrement bienvenu pour l’intérêt qu’il porte non seulement à la culture élitiste, mais aussi à la culture populaire de la production historique.
Gabriele Lingelbach (traduit de l’allemand par Klaus-Peter Sick)
Kalifa Dominique, La culture de masse en France, t. 1 : 1860-1930, Paris, La Découverte, 2001, 128 p., 7,93 €.
Ce livre dénonce les préjugés entretenus sur l’avènement de la culture de masse : une valeur culturelle propre qu’on lui dénie car elle menacerait la culture elle-même ; une date de naissance qu’on situe habituellement après la première guerre mondiale alors que le journal populaire ou le livre à bon marché, les succès de la photographie ou du music-hall sont largement antérieurs. Le premier intérêt de ce livre est donc à cette critique mais il se situe aussi ailleurs.
D’abord dans la manière de poser le problème. Si le rôle joué par de Girardin (qui décida de réduire de moitié le prix de son journal La Presse en 1836) peut être considéré comme un des actes fondateurs de la culture de masse, l’invention du roman-feuilleton, l’apparition de la presse féminine et le succès de la presse enfantine furent tout aussi déterminants. À choisir, Dominique Kalifa situe pourtant la naissance de la culture de masse en France sous le Second Empire, lorsque se multiplient titres et tirages : Le Petit Journal (1863), Le Petit Parisien (1876), Le Matin (1883), Le Journal (1892). À la Belle Époque, tous ces quotidiens tirent à plus d’un million d’exemplaires et, parallèlement à la presse parisienne, se sont multipliés les journaux « de province ».
Outre la fabrication, la diffusion change aussi. Le roman-feuilleton, le manuel scolaire (Hachette ou Colin, rendus célèbres par leur publicité du livre spécimen adressé aux enseignants), les collections populaires (le Conteur Populaire, la Bibliothèque pour tous) font partie de cet « âge du papier ». La fin du colportage, l’ouverture des kiosques de gare et le circuit des bibliothèques transforment par ailleurs leur diffusion. On entre dans l’ère de la vulgarisation – avec les équivoques que le terme porte en lui. De nouvelles habitudes surgissent : la lecture du quotidien, les titres et sous-titres de romans chargés d’émotion, parmi lesquels le genre du roman criminel, que connaît bien Dominique Kalifa.
Le paysage urbain entre lui-même dans cette mutation. La Belle Époque est marquée par le succès sans précédent d’un art du spectacle largement ouvert à ce qui devient le grand public, et qui comprend au-delà des couches populaires une frange assez large de la bourgeoisie. À Paris, l’Ambigu, Mogador, le Gymnase, les Célestins, l’Eldorado, la Gaîté composent autant de scènes qui varient fréquemment leurs programmes : vaudevilles, opérettes, Grand Guignol, etc. font la mode et connaissent le succès. Mais la nouveauté de ces années-là vient du café-concert et surtout du music-hall dans lesquels les arts du spectacle se retrouvent mêlés et alternés. Casino de Paris, Folies Bergères, Moulin-Rouge, Ambassadeurs font prospérer la revue. Le triomphe de Joséphine Baker et de la Revue nègre en 1925, au moment où sont lancés le jazz, le ragtime et le fox-trot, fait sans doute du music-hall parisien un lieu de mémoire de la culture de masse.
De nouveaux loisirs apparaissent, faisant une place importante au corps : les spectacles sportifs ; le Tour de France lancé en 1903 par le journal L’Auto ; les spectacles de boxe professionnelle au Casino de Paris grâce à l’arrivée de grandes vedettes américaines, avant le succès du Français Georges Carpentier. Bref, autant d’« événements » qui rythment le temps des loisirs. Les objets culturels entrent dans cette révolution. Le succès et le développement technique rapide de la photographie s’inscrivent dans l’intérêt nouveau qui se manifeste pour l’image, l’affiche urbaine ou l’illustration de presse, de contes pour enfants et, plus généralement, de romans d’aventure et de romans policiers. Lorsque Georges Méliès invente le spectacle cinématographique, l’image mobile va se répandre dans les attractions foraines avant de gagner les salles spécialisées. Le nombre et la rapidité de leur apparition dans le paysage urbain importent pour qui veut interpréter le sens de la culture de masse : d’une dizaine en 1907 à Paris, on passe à 150 en 1914.
Mais la radio, qui gagne les foyers français après l’installation du premier émetteur public, Radio Tour Eiffel en décembre 1921, constitue incontestablement l’événement majeur de la culture de masse après la Grande Guerre. Grilles et programmes radiophoniques meublent le temps. Les chansons de Tino Rossi ou les commentaires de la famille Duranton donnent naissance à une nouvelle forme de culture populaire. Avec elle, des vedettes se dessinent, comme au cinéma (devenu parlant) où se distinguent de grands noms qui défraient la chronique, parmi lesquels ceux de Michel Simon, Jean Gabin, Sacha Guitry, Arletty. Selon l’heureuse expression de Dominique Kalifa, ils vont donner une « voix » à cette culture.
Bref, son livre compose un court traité, qui va à l’essentiel de notre histoire culturelle, soulignant les moments clefs, les lieux fondateurs, les noms dont le prestige transforme en moins d’un siècle le paysage de la France.
André Rauch

Édition et médias

Tesnière Valérie, Le Quadrige. Un siècle d’édition universitaire. 1860-1968, Paris, PUF, 2001, 496 p., 38 €.
Le titre de l’ouvrage explique l’originalité des PUF, attelage ou quadrige d’Apollon qui réunit depuis 1939 les maisons Alcan, Leroux, Rieder et les Presses universitaires de France, nées en 1921 à l’imitation de leurs homologues anglaises et américaines. Par le biais du rachat des fonds Pagnerre et Guillaumin pour Alcan, c’est l’histoire de l’économie politique en France qui vient s’ajouter à celle de la philosophie, de la psychologie et de la sociologie (Alcan et l’alcanisme avant 1914) ainsi qu’à celle de l’histoire (Cornély, Rieder et la vénérable RHMC). La fresque est donc large qui, sous couvert d’écrire une page supplémentaire de l’histoire de l’édition française, vise en fait à retracer l’histoire de l’édition universitaire des années 1860 à la crise de 1968. Ancrée très fortement par ce biais dans le domaine de l’histoire des intellectuels, l’étude de Valérie Tesnière brosse un portrait passionnant des générations de professeurs et de savants qui se succèdent dans les couloirs des maisons Alcan – Germer Baillière à l’origine –, Leroux, Rieder ou des PUF du quartier Latin. Histoire d’une entreprise appuyée sur le dépouillement des archives, de ses bilans et chiffres d’affaires, mais aussi de ses catalogues et de ses correspondances avec les auteurs, cette plongée dans le milieu de la République des professeurs est un réel apport à l’histoire de l’Université, de ses réseaux, de ses stratégies de carrière et de la soif de pouvoir de ses mandarins. Un seul regret, l’oubli dans la bibliographie des travaux universitaires inédits, mais cela tient sans doute à la position de l’auteur, conservateur général à la BNF, et auteur de belles pages consacrées à l’édition scientifique dans sa thèse sur Aubier et dans L’histoire de l’édition française.
Jean-Yves Mollier
Martin Laurent, Le Canard enchaîné ou les Fortunes de la vertu. Histoire d’un journal satirique 1915-2000, Paris, Flammarion, 2001, 725 p., 22,71 €.
C’est à une véritable saga de cette entreprise de presse hors du commun que nous convie ici Laurent Martin, dans cet ouvrage stimulant issu de sa thèse. Son choix d’un récit découpé en grandes tranches chronologiques n’empêche pas que soient posées les questions essentielles de la longévité et du maintien de l’identité du journal.
L’auteur nous montre que cette feuille satirique, née en septembre 1915 sous l’égide de Maurice Maréchal et de Henri-Paul Gassier, devenue le premier hebdomadaire de gauche avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale, fit son succès sur le terreau d’une vie politique intérieure agitée, ne manquant jamais d’en dénoncer les scandales. Sa force se construisit aussi sur la politique extérieure même si, en la matière, Le Canard enchaîné dut subir d’importants revers liés à la situation internationale : avant la guerre, il n’échappa pas aux ambiguïtés d’un ultra-pacifisme de gauche. Après, le journal connut une baisse de son lectorat à chercher sans doute dans une « difficile et coûteuse affirmation d’un non-alignement idéologique » en temps de guerre froide. Le succès retrouvé dans la deuxième moitié des années 1950 s’explique par des prises de positions tranchées, en faveur de l’objection de conscience ou d’une paix négociée en Algérie, puis au cours des années 1960 et 1970, par l’engagement dans les grands combats de société - jeunes, immigrés, femmes, grévistes, combats régionalistes, antimilitaristes, écologistes. Autre transformation décisive : au moment de la guerre d’Algérie, Le Canard enchaîné troque son rôle de commentateur satirique d’événements connus pour celui de journal d’investigation. Après 1981, le journal qui franchit le cap de plus de 700 000 exemplaires, tout en maintenant son cap d’indépendance et d’investigation sur les affaires, connaît néanmoins un destin contrasté.
L’intérêt majeur de l’ouvrage porte sur le traitement de la vie politique française par le journal. On y ajoutera la pertinence des analyses portant sur l’évolution des conditions de production (équipes de rédaction, dessinateurs, changement de maquettes, choix économiques) ainsi que sur le lectorat de cette entreprise de presse dont l’auteur indique bien, au final, qu’elle n’échappe pas à l’institutionnalisation. Peut-être une étude plus concrète des procédés utilisés – calembours, caricatures, rubriques – tenant d’une veine tout à la fois satirique, polémiste et pamphlétaire, aurait-elle pu être réalisée. Cette remarque n’enlève cependant rien à la qualité de l’ouvrage qui apporte avec bonheur sa pierre de touche à l’histoire de la presse et de l’édition.
Pascale Goetschel
Eveno Patrick, Le journal Le Monde. Une histoire d’indépendance, Paris, Odile Jacob, 292 p., 21,34 €.
Patrick Eveno s’est déjà fait connaître comme l’un des meilleurs spécialistes de la presse française avec son livre, issu d’une thèse, sur l’histoire du journal Le Monde, paru aux éditions du même nom en 1996. Il récidive aujourd’hui avec ce qui pourrait ressembler à un simple complément à ce premier ouvrage, n’étaient l’importance de la documentation rassemblée et l’ambition affichée dès les premières pages d’analyser le processus par lequel Le Monde a perdu puis retrouvé son indépendance et sa prospérité.
Selon l’auteur en effet, les trente dernières années d’existence du Monde ont été marquées par une crise profonde suivie d’un redressement spectaculaire. Au début des années 1970, Jacques Fauvet, le successeur d’Hubert Beuve-Méry à la tête du journal, ne sut pas éviter la dérive tant politique (un soutien trop marqué à la gauche) qu’économique (des investissements industriels trop lourds, une dérive des charges et une baisse de la rentabilité). Les directeurs qui prirent la relève dans les années 1980 et 1990 subirent les conséquences de ces choix quand ils ne les aggravèrent pas, ce qui conduisit à plusieurs reprises Le Monde, le prestigieux « journal de référence », à deux doigts du dépôt de bilan.
Survint alors, en 1994, l’homme providentiel – mais issu du sérail –, Jean-Marie Colombani, qui s’empara des leviers de commande au terme d’un combat que nous conte Patrick Eveno par le menu – où il apparaît qu’il faut être un fin manœuvrier pour accéder à la tête du Monde ! En très peu d’années, le nouveau directeur réforma en profondeur le journal et le transforma, « d’une machine à produire du déficit en une machine structurellement rentable ».
L’essentiel du livre est là : dans l’analyse que fait Eveno de la stratégie mise en œuvre par Jean-Marie Colombani et son équipe, qui a permis au Monde de renouer avec le succès. On pourra trouver que l’éloge manque de nuances ou que l’auteur ne donne guère la parole aux voix discordantes ; il reste que le travail accompli par la nouvelle direction du Monde est impressionnant et qu’est passionnant le livre qui en rend compte.
Laurent Martin
Calvez Ronan, La radio en langue bretonne. Roparz Hemon et Pierre-Jakez Hélias : deux rêves de Bretagne, Rennes, PUR, 2000, 330 p., 21,19 €.
La Bretagne, elle aussi, face à la seconde guerre mondiale, est confrontée à « un passé qui ne passe pas ». Ainsi, le 24 juin 2000, le nom de Roparz Hemon était retiré du fronton du collège Diwan de Relecq-Kerhuon, près de Brest. &