Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629175
244 pages

p. 39 à 50
doi: en cours

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no 73 2002/1

2002 Vingtième siècle

Mobilisation politique et ligues féminines dans la France catholique du début du siècle

La ligue des femmes françaises et la ligue patriotique des françaises (1901-1914)

Bruno Dumons  [*]
À l’occasion du vote de la loi sur les associations du 1er juillet 1901, plusieurs milliers de femmes du monde, nobles et bourgeoises, organisent leur protestation sous la forme d’une ligue féminine. L’initiative est prise à Lyon en 1901 avec la Ligue des femmes françaises, d’inspiration monarchiste, puis imitée à Paris en 1902 avec la Ligue patriotique des Françaises, proche des catholiques ralliés. Les deux ligues qui constituent un espace de mobilisation politique, vont respectivement évoluer vers une œuvre spirituelle et une organisation sociale. Cependant, elles auront été un lieu important de politisation et d’apprentissage de la citoyenneté pour une partie significative des élites du « catholicisme féminin ». At the time of the vote on the association law of July 1, 1901, several thousands of women, nobility and bourgeois, organized their protest under the banners of a feminine league. First, the League of French Women, a monarchist-inspired group, in Lyons in 1901, then in Paris in 1902 with the Patriotic League of French Women, close to the rallied Catholics. The two leagues began as a political mobilization but then shifted, respectively, towards a spiritual and a social organization. They nevertheless were important for training in politicization and citizenship for an important part of the “feminine Catholic” elites.
La loi du 1er juillet 1901 n’a pas fait que des heureux. En dotant le gouvernement d’une arme redoutable contre les congrégations, elle ne pouvait qu’inciter la France catholique à lui opposer des formes nouvelles de résistance. Ce ne fut pas là seulement une affaire d’hommes, nous rappelle Bruno Dumons. Il nous fait entendre ici le message oublié de milliers de femmes, bourgeoises ou nobles, qui se sont mobilisées pour la défense de leur foi jusqu’à la guerre de 1914.
Un siècle s’est écoulé depuis que des femmes de la bourgeoisie et de la noblesse catholiques se sont mobilisées en France pour réagir contre le vote de la loi du 1er juillet 1901 qui établit un régime de liberté en faveur des associations mais procède à un contrôle strict des congrégations religieuses, désormais soumises à autorisation législative. La mémoire de cette mobilisation et des mouvements auxquels elle a donné naissance, à l’image de la Ligue des femmes françaises (LFF) et de la Ligue patriotique des Françaises (LPDF), a laissé peu de traces au sein du catholicisme français, comme s’il avait fallu effacer un échec, mais également parmi les milieux républicains, enclins à ignorer ces initiatives de femmes en politique. L’oubli serait complet si le mouvement féminin qui en est l’héritier, l’Action catholique générale féminine, ne venait rappeler de temps à autre ce qu’elle doit à ses fondatrices et si quelques personnes n’avaient conservé des archives personnelles de leurs aïeules [1]. L’historiographie française n’a guère été plus loquace.
 
â—¦ Les silences de l’historiographie
 
 
Si Michelle Perrot a déjà mis l’accent sur « les silences de l’Histoire » à propos des femmes, son constat semble particulièrement valide lorsqu’il s’agit des femmes catholiques, et a fortiori pour celles qui ont tenté l’expérience du combat politique [2]. Les premières synthèses d’histoire de l’Église catholique, menées dans l’entre-deux-guerres par des clercs, ne les évoquent que très partiellement [3]. Plus tard, les approches d’histoire religieuse élaborées par André Latreille et Adrien Dansette, davantage détachées de l’histoire ecclésiastique, ont progressivement évacué le souvenir de ces « initiatives féminines » que Max Turmann avait consigné dans un ouvrage remarqué au début du siècle [4]. Ce n’est que récemment que l’historiographie religieuse a mis l’accent sur le rôle des femmes dans le catholicisme, qu’il s’agisse de la pratique cultuelle, des vocations ou de l’engagement spirituel dans des mouvements de laïques [5]. Si Gérard Cholvy et Philippe Levillain n’ont pas manqué d’évoquer dans leurs synthèses respectives les activités de ces ligues féminines, ils rejoignent néanmoins les propos d’Étienne Fouilloux sur les faiblesses de ce courant historiographique [6]. Enfin, Jean-Marie Mayeur a depuis peu invité à une meilleure connaissance des élites féminines catholiques, notamment celles qui se sont dissimulées sous le qualificatif de « dames d’œuvres » [7].
Du côté de l’histoire des femmes, ces ligues catholiques ont suscité davantage d’intérêt, surtout à partir de l’action sociale qu’elles ont réussi à développer [8]. Tout en déplorant le manque d’études sur les organisations de femmes catholiques, Anne-Marie Sohn a bien souligné le rôle important que ces femmes de la bourgeoisie catholique ont exercé dans la vie publique grâce à l’action de ligues comme la LPDF [9]. Cependant, il semblerait que ce soit l’historiographie anglo-saxonne qui ait mis le plus en lumière ces ligues comme espace de politisation et lieu d’expression dans la vie publique. Dans le sillage tracé par Steven Hause et Anne Kenney qui avaient exploré ces organisations féminines du catholicisme français du début du siècle, l’historienne américaine Odile Sarti a consacré une recherche approfondie à la LPDF de 1902 à 1933 [10]. De même, l’historien anglais James Mc Millan a souligné l’importante mobilisation politique que ces ligues ont entretenue dans la France du premier 20e siècle [11]. Enfin, l’historien australien Ralph Gibson a rappelé combien ont été importantes les actions menées par ces femmes à partir de leurs organisations strictement féminines et combien serait utile une histoire sociale de cette « famille spirituelle » [12].
À l’origine de ces ligues, il y a la réalité d’une profonde souffrance sociale [13]. Souvent, l’engagement politique résulte de la prise de conscience d’une souffrance collective, c’est-à-dire de l’atteinte à la dignité d’un groupe ou d’une communauté. L’histoire sociale contemporaine a depuis longtemps mis en lumière ce processus de l’action collective qui puise régulièrement ses ressources dans les souffrances communes vécues par les hommes et les femmes d’une époque. Qu’il s’agisse des milieux nobles de Claude-Isabelle Brelot, atteints par la disparition du second ordre dans la France postrévolutionnaire, des ouvriers français de Michelle Perrot et d’Yves Lequin, souvent contraints de vivre une existence chaotique, ou des anciens combattants d’Antoine Prost que réunit l’expérience collective du feu, le recours à l’action politique au moyen de différentes formes de participation comme la société secrète, la violence, la grève, le syndicat, le parti ou la ligue, provient fréquemment d’une conscience aiguë de souffrances collectives. Le terrain politique apparaît alors comme le cadre régulier d’exutoires ou de solutions nouvelles à mettre en œuvre afin de remédier à ces souffrances devenues intolérables pour un groupe social mais également pour l’ensemble de la société [14].
Ce que l’histoire sociale a su mettre en évidence à partir des exemples de la souffrance ouvrière ou nobiliaire, elle ne l’a guère envisagé s’agissant des élites religieuses et des femmes. Pourtant, il en est de même pour de nombreux notables catholiques conservateurs de la fin du 19e siècle à l’image de cet officier français, Albert de Mun, qui s’est lancé dans la carrière politique et la mobilisation des catholiques français autour d’un parti, sous l’effet de la souffrance intériorisée au sein des milieux du catholicisme légitimiste qu’ont suscitée le désastre de 1870, l’effondrement de la société impériale et l’atteinte aux pouvoirs temporels du pape [15]. Une histoire sociale de ces élites catholiques intransigeantes, qui reste encore largement à entreprendre, ne peut guère faire l’économie d’une approche de la souffrance collective que vivent ces groupes sociaux minoritaires, très fermés, accoutumés désormais à la marginalisation, parfois au déclassement, et à la violence anticléricale. Si cette souffrance sociale est vécue dans le cadre d’une culture catholique, aux accents rigoristes, qui donne toute sa place à une spiritualité doloriste, à une théologie de la souffrance comprise comme une réparation et une expiation de l’impiété en ce bas monde, elle offre néanmoins l’élan nécessaire à une prise de conscience collective qui conduit nombre de représentants des élites catholiques sur le chemin de la mobilisation et de la participation politiques.
Parmi elles, les femmes de la bourgeoisie et de la noblesse catholiques ont ressenti durement cette souffrance commune qui les atteignait dans leur foi mais aussi dans leur mission d’éducatrices, notamment lors des mesures prises contre les congrégations enseignantes en 1880 et 1901 [16]. Le collège est alors pour les patriciats urbains un lieu privilégié de transmission de la culture catholique. Son éradication est donc vécue comme une atteinte profonde aux valeurs culturelles du catholicisme français édifiées dans le cadre d’une ecclésiologie tridentine. Désormais, la formation des âmes n’est plus assurée. En brisant les instruments de diffusion de la foi, c’est tout le modèle du catholicisme tridentin qui risque de vaciller. Nombre de femmes ont partagé cette crainte, surtout dans les milieux aristocratiques et bourgeois, et ont ainsi formé une avant-garde du « catholicisme au féminin ». Cette souffrance collective se double de celle vécue par le corps enseignant de ces collèges qui appartient dans la majorité des cas à la Compagnie de Jésus, elle-même soudée autour des multiples expériences de souffrances collectives allant du souvenir des missionnaires martyrs à celui de la suppression de l’ordre (1773) [17]. Toutes ces épreuves sont vécues comme la souffrance sociale d’une communauté agressée par un monde dominé par les forces du mal. Au tournant du siècle, la violence du combat politique et l’intensité des souffrances vécues amène une partie des élites féminines du catholicisme français à s’engager en politique comme d’autres entrent en religion. Stimulées par leurs souffrances communes, elles vont pour un temps délaisser leurs fonctions d’épouses et de mères pour embrasser le « métier politique » en se lançant dans l’aventure des ligues féminines à l’occasion du vote de la loi sur les associations en juillet 1901.
 
â—¦ Le temps des ligues
 
 
Le phénomène ligueur est l’un des traits caractéristiques de la France politique à partir des deux dernières décennies du 19e siècle. Il présente plusieurs visages et a été bien analysé [18]. Différentes des partis politiques, les ligues ont le plus souvent un objectif à court terme, sans programme général. Elles se déclarent souvent « apolitiques ». Dans la prolifération qui débute alors, certaines de ces organisations nouvelles présentent la spécificité d’un groupe d’intérêt ou de pression [19]. C’est le cas de la Ligue de l’enseignement de Jean Macé, fondée en 1866, de ligues en faveur de la mutualité ou de la « régénération humaine », respectivement sous la houlette d’Hippolyte Maze en 1890 et de Paul Robin en 1896, ou d’organes de défense fiscale comme la Ligue des contribuables lancée par l’ancien ministre Jules Roche en 1898 [20]. La gauche républicaine adopte alors volontiers cette forme d’organisation pour défendre un intérêt particulier. Elle sait aussi l’approprier à un but politique universaliste : en témoigne la Ligue des droits de l’homme, fondée en 1898 en vue de la révision du procès Dreyfus [21].
D’autres ligues, les plus connues, présentent un caractère « activiste » dont l’objectif est la déstabilisation du pouvoir en place au profit d’un régime autoritaire [22]. Celles qui recrutent dans les milieux du nationalisme français sont à classer à droite et même à l’extrême droite [23]. Parfois, les finalités avouées changent, allant du groupe de pression à l’organe d’action directe, suivant les conjonctures économiques et les aléas politiques. La rue constitue souvent leur théâtre de prédilection, où peut s’exprimer face au pays légal un « pays réel » [24]. Elles reflètent alors « l’irruption des masses dans le jeu politique » et attestent une autre manière d’intervenir dans le champ du politique, concurrente de celle des partis, suivant un processus éphémère et limité [25]. La Ligue des patriotes est celle qui inaugure en 1882 cette nouvelle forme d’organisation politique, tantôt groupe de pression, tantôt mouvement activiste, autour de la personnalité du poète revanchard Paul Déroulède [26].
L’agitation ligueuse dans cette France fin de siècle est également illustrée par la réactivation de la Ligue antisémitique de Jules Guérin en 1897 et la création de la Ligue de la patrie française qui en 1898 rassemble autour de François Coppée, Jules Lemaître et Maurice Barrès notamment, les hommes de lettres antidartreuses [27]. Les structures et les méthodes de ce nationalisme élitiste séduiront certaines franges notabiliaires du catholicisme intransigeant. L’effort de recherche doctrinale va alors se poursuivre dans un essai de synthèse entre le nationalisme, le catholicisme et le royalisme, à partir de trois anciens de la Ligue de la patrie française, Henri Vaugeois, Léon Daudet et Charles Maurras, qui seront à l’origine de la Ligue d’Action française en 1905 ; mais le projet est ici beaucoup plus ambitieux, il inclut une vision englobante du monde et se rapproche davantage de l’école de pensée et de l’organisation partisane [28].
Au milieu de cette fièvre ligueuse, l’effort de mobilisation des catholiques français emprunte également cette voie de la « ligue », formule intermédiaire entre le groupe de pression et le parti. Dans les profondeurs de la culture catholique intransigeante, il y a le souvenir de la Ligue, la grande mobilisation de la fin du 16e siècle [29]. Au sein des milieux catholiques intransigeants, le recours au combat et à la violence en politique s’insère précisément dans cette même vision du monde où le catholicisme règne en maître sur les pouvoirs spirituel et temporel [30]. Une telle conception a ainsi irrigué toute la culture politique du catholicisme intransigeant au 19e siècle et fourni un véritable modèle d’organisation pour les élites catholiques relevant de cette sensibilité [31].
Très tôt, le recours à une ligue comme organe de mobilisation et de rassemblement a suscité l’intérêt des chefs de file monarchistes et catholiques avec la proclamation de la République et la compétition électorale qui s’est engagée. Dans le sillage de la création de l’Œuvre des cercles, Albert de Mun présente le projet d’une grande ligue catholique au congrès de Poitiers en 1872 [32]. Rapidement, l’officier légitimiste breton veut partir à la reconquête de la France chrétienne. Ce programme d’envergure nécessite alors le passage à une autre forme d’organisation, celle de « parti », qualifié de « catholique », qui sera désavoué par Rome. Albert de Mun reprend alors son idée de ligue à partir de l’Œuvre des cercles et de l’Association catholique de la jeunesse française. Conçue autour des idées militantes du catholicisme social, la Ligue de propagande catholique et sociale présente là encore un objectif ponctuel, celui de réunir le monde hétérogène des ralliés [33]. Toutefois, la concurrence est vive avec d’autres organisations émanant de catholiques républicains modérés comme Étienne Lamy et Gaston David [34]. Il y a donc autant de comités et de ligues que de personnalités d’envergure. Aucun projet global de société ne vient rassembler le monde catholique en ces dernières années du 19e siècle. La multiplication des ligues traduit cette incapacité à envisager une vision commune de la société ainsi que cette aspiration à agir de manière ponctuelle et limitée en vue des échéances électorales prochaines.
Établir un grand parti conservateur apparaît donc comme une chimère à la fin du 19e siècle tant les projets de société sont divers entre catholiques et monarchistes, alors que montent parallèlement des revendications ponctuelles et précises, parfois très conjoncturelles, qui s’expriment à travers les ligues nationalistes [35]. Les actions de mobilisation catholique en politique se poursuivent au gré des événements, en particulier électoraux. Il faut en particulier attendre les événements de l’été 1901, le vote de la loi sur les associations et la réaction de « défense religieuse », pour que s’affirme une entreprise électorale de plus grande envergure grâce à la personnalité de Jacques Piou et à la constitution d’une organisation partisane comme l’Action libérale populaire (ALP) [36]. Entre temps, continuent à éclore des ligues catholiques dont les finalités de rassemblement sont strictement morales ou spirituelles, à l’image de la Ligue française du coin de terre et du foyer, lancée à Hazebrouck en 1896 par l’abbé Jules Lemire [37].
Dans cet élan de mobilisation politique qui traverse la France du tournant du siècle et suscite ces nouvelles structures ligueuses ou partisanes, les femmes sont largement écartées du pouvoir. Leur présence ne se remarque que de manière périphérique [38]. Pourtant, elles assurent une forme importante de militantisme, particulièrement dynamique lors des campagnes électorales, grâce aux conférences et aux réunions publiques qu’elles organisent. Les ligues possèdent alors souvent une section de femmes – c’est le cas de la Ligue de la patrie française – ou entretiennent des relations étroites avec des groupements féminins – ainsi de l’Union des femmes de France qui collabore avec la Ligue des patriotes [39]. Des lieux de rencontre et d’action se créent également en dehors de la capitale. On l’observe dans l’Est de la France avec la constitution de ligues féminines comme à Reims avec la Ligue des femmes rémoises et à Nancy avec la Ligue des femmes lorraines qui œuvrent en faveur de la diffusion des « bons journaux » et organisent des réunions à but politique ou électoral [40]. D’autres ligues féminines se fondent sur des actions proprement économiques que déploient, dans le sillage du catholicisme social, des femmes du monde intellectuel comme Henriette Brunhes avec la Ligue sociale d’acheteurs [41]. L’initiative qui va entraîner des femmes catholiques et monarchistes à recourir à une structure moderne de mobilisation strictement féminine à l’image de la LFF et de la LPDF, présente donc une réelle originalité dans l’univers politique presque exclusivement masculin qui caractérise la France de la Belle Époque.
 
â—¦ La mobilisation des bourgeoises catholiques lyonnaises
 
 
Dans la mesure où elle est aussi l’instrument de la lutte contre les congrégations, la loi du 1er juillet 1901 sur les associations provoque la colère de plusieurs milliers de femmes françaises qui déposent une pétition au Sénat [42]. Privées du droit de vote, elles décident d’agir sur le résultat des élections législatives d’avril-mai 1902 en organisant leur protestation sous la forme d’une ligue féminine. L’initiative prise à Lyon en septembre 1901 donne naissance à la Ligue des femmes françaises (LFF). Face à l’action anticléricale du gouvernement Waldeck-Rousseau, les trois personnes fondatrices conçoivent l’engagement de femmes en politique comme une stratégie de reconquête. Leur initiative s’inspire largement d’une vision du monde héritée du modèle missionnaire tridentin que façonnent un catholicisme intransigeant et une spiritualité de combat. Aussi vivent-elles leur engagement politique comme une « expiation » des impiétés du siècle et un temps de souffrance collective qu’il est nécessaire d’accepter pour « refaire la France chrétienne ».
Nombreuses sont alors les femmes appartenant aux élites catholiques qui optent pour une stratégie de combat inspirée des méthodes préconisées par le modèle tridentin pour la reconquête politique, pastorale et spirituelle d’une chrétienté à la dérive. Durant ces premières années du 20e siècle, plusieurs milliers de femmes du monde, provenant surtout des milieux nobiliaires et de la bourgeoisie catholique traditionnelle de la France méridionale, s’engagent dans la LFF au nom d’un projet commun d’expiation et de réparation visant à défendre l’Église et à bâtir une contre-société.
La création de la LFF résulte de la rencontre de trois personnes sur le terreau lyonnais du catholicisme intransigeant. L’idée a d’abord été celle d’un jésuite, le père Antonin Eymieu (1861-1933), directeur spirituel influent, qui a convaincu l’une de ses fidèles protégées, Jeanne Lestra, de prendre la tête d’une organisation militante pour faire échec aux ennemis de la foi lors des élections législatives de 1902. Celle-ci a sollicité le concours d’une autre femme, la comtesse de Saint-Laurent, dont la forte personnalité et l’appartenance nobiliaire ont contribué à mobiliser une partie de la France des châteaux.
Parmi les premières forces de cette croisade, on retrouve donc, fidèle à sa mission originelle, la Compagnie de Jésus. Le père Antonin Eymieu, qui réside depuis 1898 au collège de Lyon avec une cinquantaine de ses confrères, y assure des tâches d’enseignement, de catéchisme et de direction de conscience [43]. Son supérieur provincial est le père Marius Bouillon, ancien directeur spirituel de la Congrégation des Messieurs, cette lointaine héritière de la Compagnie du Saint-Sacrement qui génère, elle aussi, son milieu dévot [44]. Immergé en plein cœur du quartier d’Ainay, entre Rhône et Saône, bastion d’une aristocratie traditionnelle et d’une bourgeoisie conservatrice, le père Antonin Eymieu exerce son influence de directeur spirituel sur de nombreuses femmes de ce monde clos, pétri de catholicisme intransigeant [45].
Jeanne Lestra (1864-1951) est l’une d’elles. Issue d’une famille d’industriels venue à Lyon au milieu du 19e siècle, elle a épousé en 1883 un avocat du barreau de Lyon, Jean Lestra, membre de la Congrégation [46]. De ce mariage naissent deux enfants, Antoine et Anne, dont le fils va embrasser la cause royaliste. En 1901, la famille Lestra réside rue Sainte-Hélène, à quelques dizaines de mètres du collège Saint-Joseph. La comtesse Octavie Thomas de Saint-Laurent (1845-1940) est l’autre personnalité emblématique de ce microcosme des élites lyonnaises du catholicisme intransigeant dont le rôle a été déterminant dans cette mobilisation féminine. Originaire d’une famille noble installée à Saint-Cyr-sur-Rhône, près de Vienne, elle a épousé en 1868 le congréganiste Henri Thomas de Saint-Laurent, issu de la noblesse pontificale d’Avignon, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées et directeur des Houillères de Rochebelle, près d’Alès, dont le siège social est à Lyon. Fortunée, la famille Thomas de Saint-Laurent partage son temps entre son domicile lyonnais du quartier d’Ainay et sa propriété de la Bastide d’Engras, sise dans les garrigues gardoises du Midi blanc [47].
Après avoir réagi par la remise au Sénat d’une pétition de 600 000 signatures contre la loi sur les associations, présentée le 14 juin 1901 par le sénateur modéré du Rhône, Antonin Gourju, le petit monde des femmes catholiques de la bourgeoisie lyonnaise ne se laisse pas décourager par le vote du 23 juin, favorable à la loi. Cinq jours plus tard, Jeanne Lestra et le père Antonin Eymieu ont l’idée de créer une organisation féminine destinée à réunir des souscriptions pour le soutien de « bons candidats » lors des élections législatives du printemps 1902 [48]. Les supérieurs du père jésuite donnent leur accord. Fin juillet, une première réunion a lieu au domicile de Jeanne Lestra sans véritable décision. À Allevard, en Dauphiné, où il s’adonne tour à tour au thermalisme et à la prédication, le père Eymieu trouve, pour l’œuvre en gestation, le nom de « Ligue des femmes françaises » ; mais son rôle reste secret comme le souhaitent ses supérieurs [49]. Désormais, cette organisation se dote d’un comité de dames, siégeant à Lyon, qui centralise les cotisations puis répartit, à travers toute la France, les subsides pour les comités électoraux et les candidats à soutenir, suivant l’agrément d’un conseil consultatif composé de juristes et d’hommes d’affaires catholiques lyonnais. Parmi eux se distinguent les deux avocats congréganistes Gabriel Perrin, président de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Lyon, et Auguste Rivet, professeur de droit aux Facultés catholiques de Lyon [50]. À leurs côtés se retrouvent d’autres congréganistes comme le notaire Paul Thomasset et le banquier Fernand Saint-Olive. Tous ces membres de la Congrégation qui fréquentent le Cercle de Lyon, haut-lieu du légitimisme local, se rencontrent également au salon de la comtesse de Saint-Laurent [51]. Par ses qualités mondaines et ses réseaux de relations, celle-ci apparaît comme une personnalité dont le concours peut se révéler précieux. De fait, le 3 octobre 1901, par l’intermédiaire des pères jésuites Antonin Eymieu et Pierre Buisson, son confesseur, Jeanne Lestra lui demande d’assurer la fonction de présidente générale.
Grâce à une intense activité de correspondances et de contacts privés, la France des femmes catholiques se mobilise autour des châteaux et des demeures bourgeoises. La LFF revendique 93 comités départementaux en mai 1902 [52]. Elle dispose ainsi rapidement d’une direction générale dans la capitale des Gaules, berceau de l’œuvre, de deux bureaux à Lyon et à Paris, de comités départementaux installés au chef-lieu et eux-mêmes formés de sous-comités de bourgs et villages au sein desquels agissent des adhérentes divisées en trois classes [53]. Cependant, la stratégie employée par la LFF relève prioritairement de l’apostolat spirituel puisque celle-ci fait appel à une conception missionnaire fondée sur la défense de la foi catholique et diffusée par une pastorale de combat, méthodes de reconquête que la Contre-Réforme avait largement préconisées.
Réunissant des subsides qui proviennent de toute la France, le bureau central de Lyon les redistribue aux comités électoraux des « bons candidats ». Celui de Paris, qui reçoit près d’un million de francs, reverse cette somme à l’ALP de Jacques Piou [54]. L’échec aux élections d’avril-mai 1902 attise les rancœurs et les divisions entre un comité parisien acquis aux directives masculines d’union autour du parti de Jacques Piou et le siège lyonnais, méfiant à l’égard de tout ce qui vient de la capitale, attaché à l’indépendance de son organisation féminine et à ses sympathies monarchistes. Devant le spectacle de la division des droites et du camp catholique, Rome invite discrètement à l’union autour de l’organisation de Jacques Piou, notamment par l’intermédiaire de l’autorité épiscopale et de la Compagnie de Jésus. Or la division règne également en leur sein. Si le cardinal Richard, archevêque de Paris, soutient la fronde du comité parisien et son initiative de se rallier à l’ALP, le cardinal Coullié, primat des Gaules, défend l’indépendance de la LFF. Une rivalité semblable oppose les jésuites de la province de Lyon, proches du catholicisme intransigeant, à ceux de Paris, plus sensibles à la culture moderne. Ces derniers dépêchent le père Henri Pupey-Girard auprès du comité parisien de la LFF qui procède à un coup de force en faisant placer respectivement à sa présidence et à son secrétariat, la baronne de Brigode et Marie Frossard, deux personnes de confiance appartenant à la Société des Filles du Cœur de Marie, congrégation placée sous le contrôle de la Compagnie et de Rome. À la fin du mois de mai 1902, la scission est consommée. Le comité de Paris se constitue en une organisation concurrente, dotée du nom de « Ligue patriotique des Françaises » en lien étroit avec l’ALP.
Dès 1903, la LPDF se dote d’une structure interne analogue à celle de la LFF, avec des comités départementaux et cantonaux. La bataille est rude dans certaines régions où il s’agit de faire basculer des comités actifs de la LFF dans le camp adverse, comme à Bordeaux où la LPDF absorbe l’ancien bureau départemental grâce au concours du cardinal Lecot. L’épiscopat dans son ensemble apporte son soutien à la nouvelle ligue. Quelques évêques cependant refusent d’encourager ce ralliement massif à une organisation désormais inféodée au parti de Jacques Piou : tel est le cas du prélat monarchiste de Montpellier, Mgr de Cabrières, qui explique en 1903 dans une lettre à la baronne de Brigode sa fidélité à l’œuvre entamée par la comtesse de Saint-Laurent [55]. Cette année-là, ce sont plus de deux cents comités qui réunissent près de 150 000 ligueuses [56]. Elles seront plus de 500 000 à la veille de la Grande Guerre [57]. Même si ces chiffres sont à prendre avec précaution, ils témoignent d’une réelle croissance de la LPDF face à la LFF qui n’a jamais publié le nombre exact de ses adhérentes. En revanche, la géographie des comités nous renseigne sur leur ancrage régional. Les bastions de la LPDF sont plutôt situés dans la France du Nord, dans la capitale et les départements septentrionaux mais aussi dans les pays où s’affirme un catholicisme « bleu », comme en Bretagne et en Savoie [58]. À l’inverse, la LFF serait plutôt en position de force dans la France méridionale, notamment dans les diocèses du Midi blanc entre Avignon, Nîmes et Marseille, ainsi que dans l’ensemble de la région lyonnaise où reste influent un certain catholicisme intransigeant et monarchiste [59].
 
â—¦ Marthe et Marie
 
 
La Séparation et le nouvel échec aux élections législatives de 1906 conduisent les deux ligues à se détourner progressivement de la mobilisation politique. La LFF s’oriente très tôt vers le combat spirituel. L’arme de la prière autour du Sacré-Cœur, de Marie-Immaculée et de l’archange Saint-Michel pour sauver la France de l’impiété et de l’apostasie renvoie à une théologie politique classique de reconquête, fidèle aux méthodes tridentines parmi lesquelles se distingue une pédagogie du livre et de l’image [60]. Distribuer la « bonne presse », diffuser des ouvrages pieux, recourir à l’imagerie d’Épinal dans des tracts, inviter au port de la médaille miraculeuse, tel est le travail quotidien des adhérentes de la LFF. La lecture du bulletin mensuel de la ligue, L’Appel à la France chrétienne, témoigne de cette persistance du modèle tridentin où s’imbriquent le politique et le religieux et qui façonne le système de représentation du monde de ces élites féminines, pétries de catholicisme intégral. Il faut attendre les lendemains de la Grande Guerre pour voir la ligue lyonnaise donner à son action un accent plus social, en particulier avec la nomination comme vice-présidente de la comtesse Desvernay, une châtelaine du Forez déjà engagée dans l’action sociale.
De son côté, la LPDF change de présidente en 1906, à la mort de la baronne de Brigode. Une autre baronne lui succède, Geneviève Reille, veuve du député bonapartiste du Tarn René Reille, issu de la noblesse d’Empire. Son fils Amédée est alors le secrétaire du parti de Jacques Piou. C’est désormais dans le vivier des élites féminines du catholicisme rallié que la LPDF va puiser ses cadres nationaux et ses responsables départementaux. Son objectif vise à rendre « service au peuple », que ce soit par son éducation morale ou l’amélioration de ses conditions de vie. Ainsi, sont organisés conférences, mutualités, syndicats, secrétariats sociaux, bureaux de placements, garderies d’enfants, ouvroirs ou écoles ménagères [61]. La bourgeoise de la LPDF devient alors autant une conférencière écoutée qu’une dame d’œuvres éprise de charité. L’action sociale catholique devient donc le programme officiel de la ligue. Pie X encourage cette orientation lors d’une audience accordée en 1908. Avec l’accession de la vicomtesse de Vélard à la présidence du mouvement en 1910, celui-ci s’oriente vers une adhésion sans faille à la stratégie de l’action catholique qui en fait un mouvement féminin d’Église, fidèle aux directives romaines. C’est elle d’ailleurs qui va prendre l’initiative puis la direction d’une fédération internationale des ligues catholiques féminines dont le premier congrès se tient à Bruxelles en 1910, et qui s’appuie en particulier sur les réseaux du catholicisme social européen que des familles aristocratiques comme les Montenach en Suisse et les Brentano en Autriche animent depuis longtemps à l’image des travaux de l’Union de Fribourg [62].
L’élan de mobilisation politique qui avait fait de ces femmes du monde catholique des pétitionnaires, des manifestantes, des militantes de campagnes électorales dans le climat passionné de la France des années 1901-1902, paraissait désormais bien loin. Rapidement, elles ont été invitées par les responsables des organisations partisanes et la hiérarchie catholique à retourner à des tâches plus conformes à leur « vocation féminine » comme la prière ou l’action sociale. Plus tard, lorsqu’il s’agira en 1924 de mobiliser les forces catholiques contre le Cartel des gauches, la LFF et la LPDF seront cantonnées à des fonctions d’appoint et de soutien à la Fédération nationale catholique du général de Castelnau [63]. Par la suite, ce repli progressif dans l’univers du social conduira les deux ligues à fusionner en 1933 en une Ligue féminine d’action catholique française, à la demande pressante de Pie XI.
Cette succession mouvementée d’alliances et de scissions au sein de l’univers feutré des élites féminines du catholicisme français, donne sens à l’histoire de femmes qui se sont mobilisées sur la scène publique et ont fait leur « entrée en politique ». Ulcérées par l’expulsion des congrégations enseignantes qui portait atteinte à leur mission d’éducatrices, ces femmes du monde se sont engagées avec ténacité dans le champ politique en organisant des pétitions, des manifestations et des ligues. Au-delà de l’échec qu’ont du reste précipité les divisions internes aux droites, il convient de remarquer combien ces femmes ont su emprunter les voies d’un « éveil à la modernité politique ».
Si quelques historiennes ont déjà eu l’occasion de souligner cet engagement particulier de femmes en politique, celui-ci n’a pourtant guère retenu l’intérêt des différentes traditions historiographiques [64]. Est-ce parce qu’elles étaient femmes, catholiques et bourgeoises qu’elles se sont attiré la suspicion ou la méfiance des historien(ne)s ? Quoi qu’il en soit, elles ont fait l’expérience, commune à toutes les Françaises, d’une absence de reconnaissance de leur citoyenneté [65]. Catholiques, monarchistes ou ralliées, ces milliers de femmes, pétries au modèle tridentin de la reconquête, affirment donc, par leur adhésion à la LFF ou la LPDF, une présence active dans l’espace public et en particulier sur la scène politique. Ni ouvrières, ni républicaines et encore moins socialistes, mais plutôt fidèles servantes de l’Église de Rome, elles illustrent tout un pan de ce « catholicisme au féminin » qui est entré en politique mais que l’histoire sociale et l’histoire religieuse n’ont encore que trop peu pris en compte, si ce n’est à partir du territoire de l’histoire des femmes [66]. C’est donc un vaste chantier qui s’ouvre ici, où s’entrecroisent l’histoire des femmes en politique et l’histoire des sensibilités collectives des catholiques français au siècle dernier, au carrefour du social, du culturel, du politique et du religieux [67].
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NOTES
 
[1] Pour une histoire brossée de l’intérieur par l’aumônier de l’Action catholique générale féminine : Gérard Dittgen, De la Ligue à l’ACGF. Histoire d’un mouvement de femmes, t. 1, De 1901 à 1945, Paris, ACGF, 1989. La Ligue des femmes françaises (LFF) fait l’objet d’une recherche plus approfondie à partir des archives personnelles contenant les papiers écrits ou recueillis par Jeanne Lestra, fondatrice et secrétaire de la LFF, qui nous ont été confiés par Jean Lestra, son petit-fils. Nous le remercions pour son soutien et sa confiance.
[2] Michelle Perrot, Les femmes ou les silences de l’Histoire, Paris, Flammarion, 1998, p. i-xvi.
[3] Emmanuel Barbier, Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France (1870-1914), t. 2, Bordeaux, Cadoret, 1923, p. 514-516 ; Édouard Lecanuet, Les signes avant-coureurs de la Séparation, Paris, Alcan, 1930, p. 318.
[4] Max Turmann, Initiatives féminines, Paris, Lecoffre, 1905, p. 16 ; Adrien Dansette, Destin du catholicisme français (1926-1956), Paris, Flammarion, 1957, p. 107-108. Les ouvrages de synthèse suivants ne font plus mention de ces puissantes organisations féminines : André Latreille (dir.), Histoire du catholicisme en France, t. 3, Paris, Spes, 1962 ; Adrien Dansette, Histoire religieuse de la France contemporaine, Paris, Flammarion, 1965.
[5] Claude Langlois, Le catholicisme au féminin. Les congrégations françaises à supérieure générale au xix e siècle, Paris, Cerf, 1984 ; Ralph Gibson, « Le catholicisme et les femmes en France au xix e siècle », Revue d’histoire de l’Église de France, 1993, tome LXXIX, p. 63-93 ; Jacqueline Roux, Sous l’étendard de Jeanne. Les fédérations diocésaines de jeunes filles (1904-1945), Paris, Cerf, 1995 ; Jacques Benoist, Le Sacré-Cœur et les femmes de 1870 à 1960, Paris, L’Atelier, 2000 ; Marie-Antoinette Perret, Une vocation paradoxale. Les instituts séculiers féminins en France (xix e-xx e siècles), Paris, Cerf, 2000.
[6] Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire, Histoire religieuse de la France contemporaine, t. 2, Toulouse, Privat, 1986, p. 155-156 ; Philippe Levillain, « La cathédrale engloutie ? (1901-1919) », dans Jacques Le Goff et René Rémond (dir.), Histoire de la France religieuse, t. 4, Paris, Seuil, 1992, p. 77-79 ; Étienne Fouilloux, « Femmes et catholicisme dans la France contemporaine. Aperçu historiographique », Clio, 2, 1995, p. 319-329.
[7] Jean-Marie Mayeur, « Les élites catholiques en France et en Allemagne de la fin du xix e siècle à la fin de la deuxième guerre mondiale », dans Louis Dupeux (dir.), Élites en France et en Allemagne aux xix e et xx e siècles. Structures et relations, vol. 2, Munich, Oldenburg Verlag, 1996, p. 188-189.
[8] Sylvie Fayet-Scribe, Associations féminines et catholicisme. De la charité à l’action sociale (xix e-xx e siècles), Paris, Éditions Ouvrières, 1990, p. 81-87 ; Anne Cova, « Au service de l’Église, de la patrie et de la famille ». Femmes catholiques et maternité sous la Troisième République, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 65-89 ; Evelyne Diebolt, « Les femmes catholiques entre Église et société », dans Kay Chadwick (ed.), Catholicism, Politics and Society in Twentieth-Century France, Liverpool, Liverpool University Press, 2000, p. 219-243.
[9] Anne-Marie Sohn, « Les femmes catholiques et la vie publique : l’exemple de la Ligue patriotique des Françaises », Stratégies de femmes, Paris, Tierce, 1984, p. 97-120.
[10] Steven C. Hause et Anne R. Kenney, « The Development of the Catholic Women’s Suffrage Movement in France (1896-1922) », The Catholical Historical Review, LXIII (1), janvier 1981, p. 11-30 ; Odile Sarti, The Ligue Patriotique des Françaises (1902-1933). A Feminine Response to the Secularization of French Society, New York, Garland Publishing, 1992.
[11] James F. McMillan, France and Women (1789-1914). Gender, Society and Politics, Londres, Routledge, 2000.
[12] Ralph Gibson, A Social History of French Catholicism (1789-1914), Londres, Routledge, 1989.
[13] Un récent colloque a développé cette approche problématique : Claude-Isabelle Brelot (dir.), La souffrance sociale, Lyon, centre Pierre-Léon, 3-4 décembre 1999 (à paraître).
[14] Sur les conditions de l’action collective : Jacques Lagroye, Sociologie politique, Paris, Presses de Sciences Po-Dalloz, 1997, p. 290-296.
[15] Albert de Mun, Ma vocation sociale, Paris, Lethielleux, 1908, p. 20 ; Philippe Levillain, Albert de Mun. Catholicisme français et catholicisme romain du Syllabus au Ralliement, Rome, École française de Rome, 1983, p. 158-162.
[16] Bonnie G. Smith, Les bourgeoises du Nord (1850-1914), Paris, Perrin, 1989, p. 148-150.
[17] Mona Ozouf, L’École, l’Église et la République (1871-1914), Paris, Colin, 1963, p. 197-204 ; André Lanfrey, Les catholiques français et l’école (1902-1914), Paris, Cerf, 1990, p. 39-51 ; Patrick Cabanel, « Le grand exil des congrégations enseignantes au début du xx e siècle. L’exemple des jésuites », Gérard Cholvy et Nadine-Josette Chaline (dir.), L’enseignement catholique en France aux xix e et xx e siècles, Paris, Cerf, 1995, p. 207-217.
[18] Serge Berstein, « La ligue », dans Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, t. 2, Paris, Gallimard, 1992, p. 61-111 ; Raymond Huard, La naissance du parti politique en France, Paris, Presses de Sciences Po, 1996, p. 245-265.
[19] Michel Offerlé, Sociologie des groupes d’intérêt, Paris, Montchrestien, 1994, p. 19-37.
[20] Katherine Auspitz, The Radical Bourgeoisie : the Ligue de l’enseignement and the Origins of the Third Republic (1866-1885), Cambridge, Cambridge University Press, 1982 ; Gilles Le Béguec et Jacques Prévotat, « L’éveil à la modernité politique », dans Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, t. 1, op. cit., p. 234-235.
[21] Emmanuel Naquet, « La Ligue des droits de l’homme : une politique du droit et de la justice dans le premier xx e siècle », Jean Jaurès Cahiers trimestriels, 141, juillet-septembre 1996, p. 29-48.
[22] Serge Berstein, « La ligue », dans Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, t. 2, op. cit., p. 64-67.
[23] Bertrand Joly, Dictionnaire biographique et géographique du nationalisme français (1880-1900), Paris, Champion, 1998.
[24] Serge Berstein, « De la démocratie plébiscitaire au gaullisme », dans Serge Berstein (dir.), Les cultures politiques en France, Paris, Seuil, 1999, p. 149.
[25] Serge Berstein, « La ligue », dans Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, t. 2, op. cit., p. 68.
[26] Peter M. Rutkoff, Revanche and Revision. The Ligue des patriotes and the Origins of the Radical Right in France (1882-1900), Londres, Ohio University Press, 1981. Sur la figure de son chef charismatique : Bertrand Joly, Déroulède. L’inventeur du nationalisme, Paris, Perrin, 1998.
[27] Jean-Pierre Rioux, Nationalisme et conservatisme. La Ligue de la patrie française (1899-1904), Paris, Beauchesne, 1977 ; Michel Winock, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Seuil, 1990, p. 316 et suiv.
[28] Eugen Weber, L’Action française, Paris, Stock, 1964 ; Victor Nguyen, Aux origines de l’Action française. Intelligence et politique à l’aube du xx e siècle, Paris, Fayard, 1991 ; Jacques Prévotat, Les catholiques et l’Action française. Histoire d’une condamnation (1899-1939), Paris, Fayard, 2001.
[29] Jean-Marie Constant, La Ligue, Paris, Fayard, 1996, p. 454.
[30] Arlette Jouanna, Le devoir de révolte. La noblesse française et la gestation de l’État moderne (1559-1661), Paris, Fayard, 1989 ; Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles religieux (1525-1610), Seyssel, Champ Vallon, 1990.
[31] Jacques Prévotat, « La culture politique traditionaliste », dans Serge Berstein (dir.), Les cultures politiques en France, op. cit., p. 46-47 ; Claude Langlois, « La fin des guerres de religion : la disparition de la violence religieuse en France au xix e siècle », French Historical Studies, 21 (1), 1998, p. 3-25.
[32] Philippe Levillain, Albert de Mun…, op. cit., p. 339-341.
[33] Édouard Lecanuet, Les premières années du pontificat de Léon XIII (1878-1894), Paris, Alcan, 1931, p. 460 et 571-572.
[34] Ibid., p. 577.
[35] Sur les essais de constitution d’un grand parti conservateur français à la fin du 19e siècle, Raymond Huard, La naissance du parti politique en France, op. cit., p. 247-251.
[36] Sur la portée offerte par la loi de 1901 en faveur de la création des partis politiques, Raymond Huard, La naissance du parti politique en France, op. cit., p. 290-300. Sur l’ALP, Benjamin F. Martin, « The creation of the Action libérale populaire », French Historical Studies, 1976, 4, p. 660-689.
[37] Jean-Marie Mayeur, Un prêtre démocrate, l’abbé Lemire (1853-1928), Tournai, Casterman, 1968, p. 204-205.
[38] Raymond Huard, La naissance du parti politique en France, op. cit., p. 307-308.
[39] Jean-Pierre Rioux, Nationalisme et conservatisme…, op. cit., p. 75-76 ; Bertrand Joly, Paul Déroulède…, op. cit., p. 81.
[40] Max Turmann, Initiatives féminines…, op. cit., p. 16-17.
[41] Voir en particulier une étude suggestive de Marie-Emmanuelle Chessel, « Éducation du consommateur et catholicisme social en France au début du xx e siècle : les ligues sociales d’acheteurs » (à paraître).
[42] Jean-Marie Mayeur, La séparation de l’Église et de l’État, Paris, Julliard, 1966, p. 21-25 ; Pierre Sorlin, Waldeck-Rousseau, Paris, Colin, 1967, p. 439-449.
[43] Catalogus sociorum et officiorum provinciæ lugdunensis societatis Jesu, 1901, p. 82 ; Joseph Ferchat, Le Père Eymieu, Paris, Perrin, 1936, p. 33.
[44] Bruno Dumons, « Prédicateurs et directeurs spirituels des élites catholiques lyonnaises (1890-1950) », Revue historique, 591, juillet-septembre 1994, p. 99. Sur la Congrégation de Lyon, voir Antoine Lestra, Histoire secrète de la Congrégation de Lyon (1801-1831), Paris, Nouvelles éditions latines, 1967.
[45] Bruno Dumons, « Ainay, le quartier noble et catholique de Lyon ? », La ville divisée. Les ségrégations urbaines en question. France (xviii e-xx e siècles), Grâne, Créaphis, 1996, p. 377-393.
[46] Dictionnaire biographique du Rhône, Paris, Jouve, 1899.
[47] Gérard Gaudin, « Chez les Blancs du Midi. Du légitimisme à l’Action française », Études maurrassiennes, 1968, p. 59-70 ; Brian Fitzpatrick, Catholic Royalism in the Department of the Gard (1814-1852), Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
[48] Sur les origines de la LFF, archives privées de Jean Lestra (APJL), Jeanne Lestra, La Ligue des femmes françaises. Historique, manuscrit, 1927, p. 5.
[49] Ibid., p. 6.
[50] Christian Ponson, Les catholiques lyonnais et la Chronique sociale (1982-1914), Lyon, PUL, 1979, p. 32.
[51] Catherine Pellissier, Loisirs et sociabilités des notables lyonnais au xix e siècle, Lyon, ELAH, 1996, p. 160.
[52] « Rapport sur la Ligue des femmes françaises présenté au Congrès Jeanne d’Arc, le 26 mai 1904 », L’Appel à la France chrétienne, 8 juillet 1904, p. 6.
[53] « Organisation et programme général », L’Appel à la France chrétienne, 8 décembre 1902, p. 4.
[54] APJL, Jeanne Lestra, La Ligue des femmes françaises, op. cit., p. 51.
[55] Archives de la Compagnie de Jésus, Assistance de France (Vanves), B 20/1.
[56] Almanach de l’ALP, 1904, p. 60-65.
[57] L’Écho de la Ligue patriotique des Françaises, 15 février 1914.
[58] Michel Lagrée, « Identité religieuse contre identité politique : le catholicisme « bleu » en Bretagne », dans Gabriel Audisio (dir.), Religion et identité, Aix-en-Provence, PUP, 1998, p. 249-258.
[59] Ligue des femmes françaises, Compte rendu de la cinquième réunion générale tenue à Lyon les 16, 17 et 18 mai 1909, Lyon, Poncet, 1910.
[60] Bruno Dumons, « Au nom de la France et du Sacré-Cœur. Catholicisme intransigeant et stratégies missionnaires : nobles et bourgeoises de la Ligue des femmes françaises (1901-1914) », dans Frédéric Meyer et Christian Sorrel (dir.), Les Missions intérieures en France et en Italie du xvi e au xx e siècle, Chambéry, Institut d’études savoisiennes, 2001, p. 389-402.
[61] Annuaire de la LPDF, 1912.
[62] La Suisse est représentée par la baronne de Montenach, l’Allemagne par la baronne de Mirbach, l’Autriche par Hauny Brentano, la Belgique par la marquise du Chastelet. Sur l’Union de Fribourg et les réseaux du catholicisme social européen, voir Cyrille Massard, L’œuvre sociale de Mgr Mermillod, Louvain, Uystprust, 1914.
[63] Corinne Bonafoux-Verrax, La Fédération nationale catholique (1924-1944), thèse de doctorat, Institut d’études politiques de Paris, 1999, p. 101-103.
[64] Anne-Marie Sohn, « Les femmes catholiques et la vie publique : l’exemple de la Ligue patriotique des Françaises », Stratégies de femmes, op. cit., p. 118 ; Odile Sarti, The Ligue patriotique des Françaises (1902-1933)…, op. cit., p. 281-282.
[65] Michelle Perrot, « Les femmes et la citoyenneté en France. Histoire d’une exclusion », dans Armelle Le Bras-Chopard et Janine Mossuz-Lavau (dir.), Les femmes et la politique, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 23-39.
[66] Alain Corbin, Jacqueline Lalouette, Michèle Riot-Sarcey (dir.), Femmes dans la Cité (1815-1871), Grâne, Créaphis, 1997 ; Françoise Thébaud, Écrire l’histoire des femmes, Fontenay-aux-Roses, ENS Éditions, 1998.
[67] Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1997.
[*] Chargé de recherches au CNRS au centre Pierre-Léon (UMR 5599) à Lyon, Bruno Dumons prépare un ouvrage sur la mobilisation politique de femmes catholiques à partir de la Ligue des femmes françaises (1901-1914). Il assure également avec Anne Cova la direction d’un volume du Dictionnaire du monde religieux de la France contemporaine consacré aux femmes.
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Annuaire de la LPDF, 1912. Suite de la note...
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La Suisse est représentée par la baronne de Montenach, l’Al...
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Corinne Bonafoux-Verrax, La Fédération nationale catholique...
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Anne-Marie Sohn, « Les femmes catholiques et la vie publiqu...
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Michelle Perrot, « Les femmes et la citoyenneté en France. ...
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Alain Corbin, Jacqueline Lalouette, Michèle Riot-Sarcey (di...
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Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), Pour u...
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Chargé de recherches au CNRS au centre Pierre-Léon (UMR 55...
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