2002
Vingtième siècle
Les 25 ans de l’Espagne démocratique
L’armée espagnole à l’épreuve de la démocratie et de l’Europe
1975-2002
Jérôme Pellistrandi
[*]
Héritières d’une lourde image de pilier du régime franquiste, les armées espagnoles, au premier rang desquelles l’armée de terre, ont connu une évolution extraordinairement rapide depuis la mort de Franco. Le régime démocratique et le roi Juan Carlos ont su guider les mutations nécessaires des armées pour les adapter aux nouvelles exigences tant nationales qu’internationales. La tentative de coup d’État du 23 février 1981 n’a fait qu’accélérer un mouvement devenu alors inéluctable vers l’intégration européenne, au sein du bloc atlantique mais plus généralement dans le cadre d’un engagement régulier dans les forces de l’ONU. L’industrie d’armement et la société espagnole ont suivi avec leur rythme propre cette évolution majeure qui aboutit en 2002 à une armée professionnalisée que l’on veut résolument ancrée dans un terreau politique démocratique.
Heirs to a heavy image as pillar of the Franquist regime, the Spanish armies and in particular the land army have undergone an amazingly rapid development since Franco’s death. The democratic regime and King Juan Carlos have undertaken the necessary changes in the armies to adapt them both to the new national and international situations. The attempted overthrow of the government on 23 February 1981 merely hastened the inevitable movement towards European integration, within the Atlantic bloc but more generally within the framework of a regular commitment to UN forces. The weapons industry and the Spanish society went along with this major change at their own rhythm, culminating in 2002 with a professionalized army solidly dug into a democratic soil.
On sait le poids politique de l’armée dans le régime de Franco. On sait aussi l’enjeu que représentait l’attitude des militaires pendant la transition à la démocratie. Si cette approche traditionnelle de l’histoire contemporaine de l’armée espagnole a longtemps été privilégiée, l’évolution de l’outil militaire et de la diplomatie de Madrid invite aujourd’hui à une relecture. Jérôme Pellistrandi, fort du recul que procure vingt-cinq années de « révolution », propose ici l’histoire d’une normalisation.
Lorsque Franco meurt le 20 novembre 1975 au terme d’une longue agonie, l’armée sait qu’une page essentielle de son histoire, marquée par la Guerre civile et ses conséquences sur le territoire national avec une Espagne largement marginalisée, est tournée. En 1998, lors de la guerre du Kosovo visant à arrêter les exactions contre les populations civiles, les avions espagnols participent aux opérations de l’OTAN contre les forces serbes, tandis que les unités de l’armée de terre participent, depuis 1992 aux côtés des grands alliés américains et européens, à la stabilisation des Balkans à travers l’envoi régulier de bataillons.
En l’espace de vingt-cinq ans, les armées espagnoles ont connu une évolution, voire une révolution, plus profonde que les changements intervenus entre 1808 et 1975 dans l’institution militaire. En 1808, une nouvelle armée s’appuyant sur un soutien populaire, engage un combat de guérilla contre les troupes de Napoléon Ier et s’installe dans la vie politique espagnole. En 1975, l’état des lieux est accablant : une armée certes très présente dans la société, totalement impliquée dans le maintien du statu quo politique mais, en fait, un outil de défense peu efficace, une capacité opérationnelle très limitée, des armements hétéroclites et souvent obsolètes avec une sur-représentation importante des officiers par rapport à la troupe, la quasi inexistence d’un corps solide de sous-officiers, un service militaire vécu comme une contrainte anachronique par la majorité de la jeunesse espagnole et, de fait, l’absence d’une vision stratégique de l’emploi des forces armées.
En 2001, on peut considérer que l’armée espagnole est désormais d’une « normalité absolue ». Conforme aux modèles militaires développés dans les sociétés démocratiques occidentales et basées sur un système économique de type capitaliste libéral, la défense espagnole est pleinement intégrée à l’OTAN et s’engage dans le processus de construction de la défense européenne initié depuis la fin des années 1990. Parallèlement à la modernisation de ses structures militaires, l’Espagne a entamé une modernisation de ses industries de défense issues d’arsenaux à l’existence plusieurs fois séculaire et participe activement à de grands programmes structurants pour l’Europe comme l’avion de combat Eurofighter ou l’Airbus A 400M destiné au transport aérien militaire.
Pour comprendre cette évolution impressionnante, il faut tout d’abord faire un état des lieux de la situation militaire de l’Espagne en 1975, montrer ensuite comment elle a traversé la transition et comment les gouvernements se sont attachés à réformer l’institution militaire, avant d’inscrire la politique espagnole de défense dans le cadre plus vaste des mutations opérées depuis plus de dix ans.
â—¦ Une armée du bloc occidental
Il convient tout d’abord de comprendre dans quel schéma stratégique s’inscrivait la défense espagnole. À l’époque du franquisme, les relations internationales s’inscrivent dans un contexte de guerre froide. À l’Ouest, l’OTAN, sous l’égide des États-Unis, assume la défense de l’Europe face au pacte de Varsovie, commandé d’une main de fer par l’Union soviétique. L’Espagne, même si elle n’est pas intégrée aux structures de l’Alliance atlantique, appartient de facto au système militaire occidental à la suite des accords de 1953 signés entre le président Eisenhower et Franco. En effet, depuis cette date, l’Espagne a été en quelque sorte incorporée à l’organisation stratégique mise en place par Washington pour contrer la menace soviétique alors en pleine expansion. Certes, pour des raisons politiques, la plupart des pays membres de l’Alliance n’ont pas de relations militaires très importantes avec Madrid. C’est, assez paradoxalement, la France qui entretient des liens non négligeables avec les armées franquistes, bien qu’elle ait quitté la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. À partir des années 1960, les premiers exercices conjoints rassemblent des unités parachutistes de part et d’autre des Pyrénées, tandis que les premiers équipements militaires, comme les avions de combat Mirage III, permettent à Madrid de diversifier ses approvisionnements jusque-là issus des stocks allemands fournis par Hitler ou des surplus américains cédés contre la libre disposition de bases aériennes ou de ports de guerre.
Pour les militaires espagnols, il est clair qu’ils participent ainsi à cette défense du « monde libre » face au péril soviétique et cette intégration officieuse ne peut que les conforter dans le sentiment d’une légitimité du régime depuis 1939. Qui plus est, Franco avait développé, pendant le second conflit mondial, l’idée que l’Espagne était en guerre contre le communisme et que cet engagement en faisait un partenaire des États-Unis par la suite
[1].
Mais il faut reconnaître que si les textes officiels espagnols accordent une place importante à l’armée comme partenaire de l’OTAN, pour les Américains le rôle et la valeur militaires de l’Espagne restent limités. C’est surtout la position géostratégique de la péninsule ibérique qui intéresse Washington depuis le début de la guerre froide en 1947. Globalement, l’organisation des forces armées espagnoles s’oriente autour de l’axe stratégique de nature essentiellement maritime allant des Baléares aux Canaries à travers le détroit de Gibraltar. Il est manifeste que cet axe, par lequel transite une part importante du trafic maritime, a toujours joué un rôle majeur. Son contrôle est un impératif essentiel pour les pays riverains et a constitué un enjeu pour les puissances européennes. Si, de fait, Gibraltar a joué un rôle majeur durant la guerre froide avec en particulier la surveillance du transit des sous-marins soviétiques vers l’Atlantique, ce n’est pas l’armée espagnole qui assume réellement cette mission. Ce sont les Britanniques qui remplissent cette tâche indispensable pour la sécurité du monde occidental
[2].
Quand on fait un inventaire des moyens militaires espagnols dans les années 1970, on reste frappé par l’obsolescence des structures et des équipements ainsi que par l’absence d’une politique de défense cohérente. La première raison est l’absence d’un ministère de la Défense jusqu’en 1977
[3]. À l’inverse des autres nations occidentales, il n’y avait pas non plus de documents politico-militaires régulièrement remis à jour donnant aux armées des orientations pour les choix d’armements ou d’organisations. Certes, la marine a connu une évolution favorable et assez ambitieuse bénéficiant d’un double soutien politique : Franco était attentif à la puissance maritime
[4], et l’amiral Carrero Blanco n’eut de cesse de transformer la marine espagnole en une véritable marine océanique. L’armée de l’air constitue quant à elle un assemblage hétéroclite entre des avions d’origine allemande
[5], des chasseurs américains fournis après les négociations de 1953 et des Mirage III acquis à la suite des accords Debré – Lopez Bravo de 1970. Cependant, sa relative modernité et son domaine d’action – la troisième dimension – protègent cette jeune armée créée le 8 août 1939 des luttes politiques alors en cours. De plus, l’envoi des pilotes aux États-Unis pour leur formation avait largement contribué à l’ouverture de l’armée de l’air sur le monde.
â—¦ L’armée, pilier du franquisme
Au contraire, l’armée de terre, la plus nombreuse et la plus ancienne, est bien au cœur du régime et constitue un pilier inébranlable du franquisme. Basée sur la conscription (la « mili », selon le terme populaire adopté par tous), l’Ejercito a des effectifs plutôt pléthoriques de soldats mal encadrés et mal équipés. Le corps des officiers est excessif avec un système d’avancement à l’ancienneté très peu favorable à la prise d’initiative et au dynamisme du commandement. À l’inverse, il n’y a pas assez de sous-officiers, pourtant indispensables au bon fonctionnement d’une armée motorisée. Il s’agit là d’une véritable tare historique dont l’origine remonte à la fin du 18
e siècle et qui a perduré jusqu’à la fin des années 1970. Dès lors, la troupe est souvent livrée à elle-même à l’intérieur des casernes à l’issue de la journée de travail. De plus, le style de commandement à la fois très formaliste et paternaliste ne correspond plus aux aspirations de la jeunesse espagnole des années 1970, déjà avide de consommation et peu favorable au régime agonisant.
Paradoxalement, le corps des officiers n’est pas aussi monolithique qu’il n’y paraît. Des dissensions internes sur l’avenir de l’Espagne existent entre les tenants du maintien du
statu quo franquiste, les monarchistes, les partisans d’une ouverture modérée et contrôlée et les rénovateurs encouragés par le modèle portugais de la révolution des Œillets d’avril 1974. Mais peu nombreux et étroitement surveillés par la sécurité militaire, le CESID, ces rénovateurs n’ont pas de vraie marge de manœuvre
[6]. En revanche, la formation militaire du prince et successeur désigné de Franco, Juan Carlos, a été, dans son jeu, un atout décisif. Roi, il saura utiliser avec habileté les nombreux liens établis avec ses camarades de promotion des académies militaires pour faire évoluer un corps social globalement très méfiant à l’égard du changement et de la démocratie. Militaire, il sera attentif à l’évolution de l’outil de défense et n’hésitera pas à marquer son influence dans ce domaine
[7].
L’organisation de l’armée de terre est alors totalement dédiée à la défense du territoire espagnol et constituait donc un instrument potentiel de contrôle de la population. Cependant cette armée, en 1975, malgré les apparences, n’est plus celle de 1939. Le franquisme a, en réalité, vu une évolution profonde du corps des officiers avec une dépolitisation réelle en particulier chez les officiers subalternes entrés en service à la fin des années 1960, contrairement à ce qui prévalait pour la génération de Franco et de ses prédécesseurs. Trois caractéristiques morales peuvent décrire la majorité des militaires espagnols en cette époque de la
transición. D’abord le respect, la fidélité et l’admiration pour Franco, vainqueur de la Guerre civile et perçu comme le garant de l’unité nationale et comme celui qui a su sortir le pays de son marasme politique, social et économique. Ensuite le professionnalisme : l’officier, quels que soient son grade et sa spécialité, se consacre d’abord à son activité militaire, travaille et attache sa fierté à la bonne exécution de la mission reçue. Enfin l’austérité de la vie privée : même si localement, le militaire occupe le haut de la hiérarchie sociale, il mène avec sa famille une existence très peu aisée en raison de soldes très faibles
[8].
De plus, à partir des années 1960, l’ouverture vers les armées occidentales, en particulier américaine et française, a été cruciale pour le commandement espagnol amené désormais à côtoyer des officiers habitués à travailler dans des systèmes démocratiques, avec un grand professionnalisme et mettant en œuvre des armements de haute technicité. De là, les Espagnols ont pris conscience, d’une part de la nécessité d’ancrer réellement leur pays au monde occidental et d’autre part, de l’apolitisme absolument nécessaire pour se consacrer exclusivement à la modernisation de l’outil de défense et à l’entraînement des unités. En 1969, une réforme de l’enseignement militaire est initiée avec la transformation complète des scolarités dans les académies militaires à partir de 1972-1973 visant à donner une formation universitaire solide aux jeunes cadets. De fait, les officiers subalternes de la transition seront l’un des principaux vecteurs de la modernisation de la défense ibérique.
â—¦ Vers une refondation démocratique de l’armée
Lorsque débute la transition, le poids de l’armée est écrasant. Colonne vertébrale du régime, elle compte parmi ses plus hauts dirigeants des fidèles parmi les fidèles. La mort de Franco a laissé béante la question du caudillaje, ou direction morale de l’armée. Mais elle permet aussi à celui qui en devient son commandant en chef, le roi, de ne pas puiser sa légitimité dans le souvenir partisan de la guerre. L’effet de génération qui joue pour Juan Carlos, joue naturellement pour tous les officiers subalternes appelés à devenir les futurs généraux. Aussi, malgré cette prégnance de l’armée sur le régime, malgré l’hypothèque qu’elle représente par rapport à un processus de démocratisation, on peut quand même estimer que les armées sont en état d’accepter d’obéir aux ordres, qu’elles pourraient respecter l’évolution du cadre législatif et que finalement, elles pourraient bien ne pas être l’obstacle à la démocratie que beaucoup voyaient et craignaient.
Donner des dates précises pour encadrer la transition de la défense espagnole peut présenter des difficultés en raison d’erreurs d’appréciations ou par omissions de faits concrets en raison du manque d’archives disponibles. Cependant, on pourrait proposer comme date marquant la fin de la transition et l’aboutissement à une normalité stratégique, le 12 mars 1986, date du référendum validant le choix définitif de l’OTAN par le peuple espagnol. Ces onze années à partir du décès de Franco ont été une période intense de redéfinition de la politique de défense et par voie de conséquence de « refondation »
[9] des armées avec les préoccupations suivantes : tout d’abord, sur le plan de la stratégie internationale, l’arrimage définitif à l’Alliance atlantique et à l’Europe alors qu’une tentation neutraliste était possible pour une Espagne dont la population était quasi ignorante des réalités des tensions est-ouest ; le problème de la mise en place des institutions démocratiques et le nouveau rôle dévolu aux forces armées ; enfin, la douloureuse question non résolue du terrorisme basque.
Il convient de reconnaître que les questions de politique intérieure ont préoccupé les armées. En outre, les États-Unis ont apporté un indéniable soutien aux différents gouvernements
[10] et en particulier ceux dirigés par Adolfo Suárez en vue d’assurer une stabilité du régime et une évolution progressive et pacifique vers la démocratie pour éviter la répétition de ce qui se passait au même moment avec la révolution des Œillets au Portugal. Cette préoccupation américaine pour l’ordre et la stabilité internes rejoignait le sentiment profond des militaires espagnols.
Durant cette période, l’une des difficultés politiques majeures pour le commandement a été d’accepter la légalisation du Parti communiste espagnol (PCE), qui était perçu par la classe militaire comme l’incarnation du mal absolu et l’ennemi de l’Espagne. Cette légalisation en avril 1977, préparée dans le plus grand secret par Adolfo Suárez, fut néanmoins acceptée malgré de nombreuses réticences individuelles
[11]. C’est ainsi que le ministre de la Marine, l’amiral Pita da Veiga, présenta sa démission, mais au-delà des déclarations très hostiles au sein de certains cercles d’officiers préludant à cette décision, les chefs militaires durent se résigner.
Même si l’armée était majoritairement réticente au changement, certains officiers ont eu un rôle décisif dans celui-ci. Ils ont alors été contestés au sein même de l’institution militaire durant le processus de la transition
[12]. Le meilleur exemple est celui du général Manuel Gutierrez Mellado
[13], vice-président du Conseil avec Adolfo Suárez, et qui a largement contribué à moderniser l’organisation de la défense. Ainsi, le 4 juillet 1977, lorsque se réunit le premier gouvernement s’appuyant sur une majorité élue de façon démocratique depuis 1936, le ministère de la Défense est créé, ce qui rompt avec toutes les habitudes antérieures
[14]. Cette rationalisation était souhaitée par de nombreux militaires désireux de se conformer à ce qui existait depuis de nombreuses années dans la plupart des États occidentaux. Le premier ministre de la Défense sera le général Gutierrez Mellado. Enfin, le 28 décembre 1978, le jour même de la proclamation de la Constitution espagnole, sont publiés également de nombreux textes réformant en profondeur l’administration des armées. L’autre évolution notable et qui rapprochait progressivement les institutions de défense espagnole de ses homologues occidentaux fut la nomination en avril 1979 de Agustin Rodriguez Sahagun, premier ministre
civil de ce jeune ministère
[15].
Tous ces changements ne se sont pas faits sans obstacles internes et une opposition à la transition vers la démocratie s’est constituée autour de quelques officiers nostalgiques du franquisme. C’est ainsi que la tentative de coup d’État du 23 février 1981 est un moment clé pour l’histoire de cette période. Plusieurs remarques sur cet événement abondamment commenté peuvent être proposés ici.
â—¦ Le putsch raté du 23 février 1981 : accélérateur du changement
Tout d’abord, l’armée de l’air et la marine sont totalement absentes de la préparation et du déroulement de ce putsch avorté. Politiquement, elles sauront en tirer avantage. À l’inverse, ce sont à l’armée de terre et à la Guardia Civil qu’appartiennent les protagonistes du « 23–F » – désignation espagnole habituelle de l’événement. Les réactions dans la soirée du 23 février et les enquêtes judiciaires ont montré que les putschistes étaient isolés et que la très grande majorité des officiers restait fidèle à l’ordre constitutionnel et au roi, chef des armées. Les unités de l’armée de terre, y compris la division Brunete dont certains bataillons s’étaient mis en route, n’étaient pas disposées à s’engager dans une aventure aussi dangereuse. Il n’en demeure pas moins que les conséquences politiques et psychologiques du « 23–F » ont été très fortes, et au détriment de l’armée de terre qui va mettre plusieurs années à retrouver une légitimité aux yeux des Espagnols.
Cependant, très rapidement se déroule un double processus. Le premier vise à juger et à condamner les auteurs du putsch
[16]. Le ministère de la Défense a le souci de résorber le déficit antidémocratique en adaptant notamment la formation des jeunes officiers à l’académie générale militaire de Saragosse. Le second, porteur de perspectives beaucoup plus intéressantes, consistait à faire aboutir le processus d’adhésion de l’Espagne à l’OTAN, entérinant de fait les progrès réalisés depuis 1953. La décision est prise malgré l’opposition des socialistes encore très méfiants à l’égard de l’Alliance atlantique et voyant les États-Unis comme le principal soutien du régime franquiste qu’ils avaient combattu en exil. Mais, le 28 octobre 1982, la victoire du PSOE aux élections législatives marque un tournant historique pour tous les Espagnols et en particulier dans les relations entre les armées et le nouveau pouvoir politique. L’inconnue est grande quant à l’attitude des gouvernants
a priori peu favorables aux militaires, peu intéressés par les questions de défense et pour certains, tenants d’un anti-américanisme virulent teinté de tiers-mondisme. Le nouveau ministre de la Défense, Narcis Serra, dans une première phase, a pris le temps d’écouter, d’organiser des rencontres et de se faire une opinion solide sur l’ensemble des composantes de son ministère avant d’entamer des réformes nécessaires.
Le cadre général de la politique suivie a permis un renforcement accru du rôle du ministre de la Défense par rapport aux états-majors en s’appuyant sur les modèles en vigueur dans les grands pays européens et en particulier français. Les affinités entre les leaders du PSOE et les gouvernements socialistes sous la présidence de François Mitterrand et la bonne connaissance du fonctionnement politico-administratif de la France expliquent ce tropisme français. En 1987, une réforme importante s’inscrivant dans une logique opérationnelle et rompant avec le principe espagnol traditionnel des comités de chefs militaires (les juntas) donne au JEMAD (chef d’état-major des armées) plus de responsabilités quant à l’emploi des forces. Durant cette même période, Felipe González fait le double choix du maintien dans l’OTAN validé par le référendum du 12 mars 1986 et de l’intégration à l’Europe de la défense, impulsée par Paris et Bonn.
Aussi est-ce l’armée de terre qui va connaître la plus grande évolution avec des plans successifs visant son adaptation aux nouvelles exigences de la défense. Le plan META
[17] débute en 1983 et voit une réorganisation du commandement territorial en prenant en compte les enseignements du 23 février 1981. Il s’accompagne d’une première réduction des effectifs et d’une diminution des responsabilités opérationnelles du commandement organique au profit de l’état-major de Madrid. Par contre, les projets de modernisation des équipements n’ont pas réellement débouché essentiellement pour des raisons budgétaires. En 1990, le plan RETO (« défi ») prenait la suite avec la création de la
Fuerza de Acción Rapida (FAR) sur le modèle français
[18] et en 1992, le plan NORTE tirait les leçons de la chute du mur de Berlin. Il se caractérise par une réduction drastique des unités et s’achève à la fin des années 1990.
Par le vote positif exprimé en mars 1986 lors du référendum sur l’appartenance à l’OTAN et de l’Europe, la majorité des Espagnols mettait fin à l’exception militaire espagnole, peut-être sans en avoir une claire conscience tant les questions proprement techniques et géopolitiques semblaient secondes par rapport à une approche politique du problème des armées. Mais par cette intégration définitive des forces armées au sein de l’alliance atlantique et avec en arrière-fond l’adhésion à la Communauté européenne, les militaires espagnols se pliaient à un modèle occidental et démocratique. Le gouvernement socialiste avait, pour sa part, fait le choix de la continuité modernisatrice impulsée par les gouvernements centristes. Cela représentait un coût politique que Felipe González assuma, pour la plus grande déception de l’aile gauche de son parti. Mais cela montrait aussi que l’approche idéologique s’effaçait devant une appréhension géopolitique et technique de la question militaire.
â—¦ Une armée engagée sur le plan international
Le 23 décembre 1988, l’Espagne est sollicitée pour la première fois de son histoire par le secrétaire général de l’ONU, le diplomate d’origine péruvienne Javier Perez de Cuellar, en fonction depuis 1982, pour envoyer des observateurs militaires en Angola et en Amérique du Sud. Ces missions hors du territoire national ont constitué une étape décisive pour les armées. Tout d’abord, Madrid envoie des soldats pour des opérations de maintien de la paix dont la légitimité est accueillie favorablement par une opinion publique plutôt méfiante à l’égard de la corporation militaire. C’est aussi une rupture historique avec l’isolationnisme traditionnel de l’Espagne désormais soucieuse de jouer un rôle plus important dans les relations internationales puisque sa démocratie apaisée et son appartenance à l’Union européenne lui confèrent enfin un nouveau statut diplomatique. Enfin, c’est une reconnaissance des efforts faits par les militaires espagnols eux-mêmes pour rénover leurs forces et inscrire leurs relations avec la société civile, après plus d’une décennie de réformes militaires plus ou moins bien acceptées, dans la normalité démocratique.
Durant la guerre du Golfe, l’engagement militaire espagnol est réel mais relativement réduit
[19]. Durant la décennie 1990, la difficulté pour les gouvernements successifs est de concilier simultanément l’appartenance à l’OTAN, l’alliance avec les États-Unis, l’emploi de moyens encore peu modernes mis en œuvre par une armée de conscription et l’indifférence évidente des citoyens espagnols quant aux questions de défense. Les Balkans, à partir d’octobre 1992, marquent un changement qualitatif et quantitatif avec un envoi plus conséquent des unités de l’armée de terre. En Bosnie, les forces espagnoles ont la charge du secteur de Mostar et ont contribué inlassablement à faire baisser la tension. Au Kosovo, à partir de 1998 et en Macédoine à l’été 2001, la participation militaire espagnole a été systématique. De fait, l’envoi de bataillons dans cette région déchirée par les conflits a été favorablement accueilli par l’opinion publique espagnole. L’armée n’était plus l’instrument de maintien de l’ordre intérieur, mais un moyen au service d’une politique extérieure aux accents humanitaires. La légitimité internationale de la mission en ex-Yougoslavie a largement contribué à redonner sa propre légitimité à une institution encore fragilisée par la tentative du coup d’État du « 23-F ». Vingt ans après, les armées apparaissent sous un jour très favorable dans les sondages parce qu’elles ont su se moderniser et répondre aux besoins de l’Espagne. Cependant, ce rapport amélioré des armées avec les citoyens n’efface pas toutes les séquelles antérieures. Si les militaires interviennent régulièrement sur le territoire métropolitain lors de catastrophes naturelles, leur participation à des missions du type « vigipirate » est encore exclue.
â—¦ Une armée aux normes européennes
L’intégration militaire de l’Espagne dans l’OTAN et dans l’Union européenne s’est faite techniquement dans la décennie 1990. Auparavant, Madrid s’était engagée dans l’Eurocorps, dont la création avait été décidée par le président Mitterrand et le chancelier Kohl lors du sommet de la Rochelle. Mis sur pied en mai 1992, son état-major est implanté à Strasbourg. L’Espagne y contribue d’une part en participant au commandement de l’Eurocorps et d’autre part en y assignant la division blindée Brunete, dont le quartier général est installé à Burgos. Simultanément, la question de la sécurité en Méditerranée devient une préoccupation avec la crise des Balkans et la guerre en Algérie. Les pays « latins » de l’Union européenne (France, Italie, Portugal et Espagne) décident alors de créer des structures ad hoc, l’Eurofor dont le quartier général est implanté à Florence en Italie et l’Euromarfor, un commandement naval temporaire. Le gouvernement de Felipe González affirmait ainsi sa volonté d’une défense européenne mais également la nécessité d’une approche « latine » de la stratégie militaire à adopter alors que l’OTAN se préparait à l’élargissement vers l’Europe de l’Est en accueillant la Pologne, la Hongrie et la République tchèque.
José Maria Aznar, lors de son arrivée à la Moncloa en 1996, accélère le processus de rénovation militaire autour de trois axes : l’appartenance définitive à la structure militaire intégrée de l’OTAN, la construction de l’Europe de la défense et enfin la professionnalisation des armées. Ce dernier point, décidé le 3 mai 1996
[20], est le plus sensible aux yeux de l’opinion publique. Le service militaire ne correspondait plus aux besoins des armées et apparaissait comme inutile et périmé comme en témoigne le nombre moyen de cent mille objecteurs de conscience chaque année
[21]. De plus, la « mili » n’avait jamais eu le rôle intégrateur et civique que l’on a connu en France en raison notamment d’un inégalitarisme important et institutionnalisé dans sa mise en œuvre. En corollaire, la professionnalisation a été menée de manière très similaire à ce que la France a entrepris depuis 1996
[22]. À la fin de l’année 1995, les appelés représentent encore 82 % de la troupe, alors que depuis le 1
er janvier 2002, les armées espagnoles sont entièrement professionnalisées. L’effort a été rapide et intense. Il s’est accompagné d’une féminisation importante et rapide, permettant aux armées d’atteindre des standards comparables aux autres armées de l’OTAN et de répondre aux aspirations de nombreuses jeunes Espagnoles tentées par la carrière militaire
[23]. Mais le tarissement des vocations militaires contraint le gouvernement à réduire chaque année le format de ses armées. À terme, un vrai problème de recrutement est posé : il n’est que le reflet brutal d’une société peu soucieuse des problèmes de défense et d’un métier des armes qui continue de porter comme un
sanbenito l’héritage lourd d’un passé difficile.
Par rapport à Felipe González, José Maria Aznar semble beaucoup plus atlantiste. Le sommet de l’OTAN, le 8 juillet 1997 à Madrid, a révélé indéniablement un infléchissement de la politique de défense avec la décision d’intégration complète
[24]. Simultanément, la réorganisation des structures de commandement a permis à l’Espagne d’obtenir l’implantation d’un état-major sous-régional de l’OTAN à Retamares dans la banlieue madrilène
[25]. La réussite médiatique de ce sommet puis la mise en place de ce quartier général ont bien traduit toute à la fois la normalité totale de l’Espagne comme membre à part entière de l’Alliance et également cette ambition nouvelle exprimée par José Maria Aznar.
â—¦ L’adaptation de l’industrie d’armement
Durant toutes ces années, l’industrie d’armement a connu une évolution notable mais contradictoire. Jusqu’aux années 1970, les arsenaux et les entreprises étatiques sont peu performants et vivent plus ou moins en autarcie sans aucune préoccupation de rentabilité économique. Ainsi, l’armement individuel était strictement national avec des produits peu performants comme les fusils CETME. Seule l’aéronautique avait bénéficié de l’aide de techniciens allemands réfugiés après 1945 mais le manque de moyens financiers ne permettait pas de développer des programmes crédibles et ambitieux. En 1971, le constructeur aéronautique CASA sort un petit avion cargo le C 212 Aviocar qui connaît un succès important à l’exportation, marquant un progrès très net et intègre peu après le consortium Airbus. Au cours des années 1980, CASA a poursuivi son effort dans l’acquisition de technologies de pointe comme les structures de fuselage en matériaux composites tout en renonçant à des projets peu réalistes
[26]. CASA est désormais intégré dans le groupe européen EADS, le rival de Boeing, et participe à tous les grands projets européens civils et militaires. L’implantation de la chaîne d’assemblage à Séville du futur avion de transport militaire A 400M choisi par huit pays européens, montre le niveau technologique atteint par l’industrie aéronautique espagnole.
En revanche, pour l’armement terrestre, la situation est plus contrastée. Santa Barbara, le constructeur de véhicules blindés
[27] et de pièces d’artillerie a été rachetée en 2001 par l’américain General Dynamics. Or l’entreprise espagnole a entamé la construction sous licence du char allemand Léopard, alors que le nouvel actionnaire américain produit lui-même le char Abrams, concurrent du Léopard. Il y a donc une certaine ambiguïté dans cette politique industrielle hésitante entre les perspectives européennes et américaines, perspectives qui ne sont pas complémentaires mais concurrentes. Quant au secteur décisif de l’électronique et des télécommunications, il est désormais intégré aux grands groupes multidomestiques comme Thalès. De ce côté là, l’industrie espagnole de défense s’inscrit résolument dans la construction d’une industrie européenne de défense, clé de l’indépendance stratégique.
â—¦ Maintenir l’effort, résoudre les contradictions
En 2002, le bilan de l’évolution de la défense espagnole est impressionnant. Plus que toutes les autres armées occidentales, les forces ibériques ont su passé d’un modèle relativement figé de défense du régime et du territoire national à un modèle d’une normalité totale participant à la protection des intérêts espagnols et incluse à part entière dans l’OTAN et dans les institutions militaires européennes en cours de montée en puissance. Cependant, il demeure des incertitudes à la fois conjoncturelles et structurelles. Malgré les discours officiels, il existe un décalage croissant entre les ambitions affichées et les réalités budgétaires. En dépensant à peine 1 % de son produit intérieur brut pour sa défense, Madrid n’a pas en réalité les moyens de sa politique militaire et s’efforce par des méthodes financières complexes de ne pas décrocher en termes de capacités militaires des autres grandes nations européennes. Il serait regrettable que tous les efforts réalisés depuis des années soient remis en cause et ne permettent pas à l’Espagne de conserver ce rang acquis. De plus, le rôle de Madrid pour l’Europe est loin d’être inutile. L’espace méditerranéen a été relativement négligé ces dernières années par l’Union européenne et l’OTAN. L’intégration forte de l’Espagne dans tous les projets liés à la sécurité de la Méditerranée et du Proche-Orient est nécessaire et permet d’exprimer en liaison avec Paris et Rome une approche « latine » des questions de défense dans des enceintes souvent favorables aux thèses anglo-américaines.
Toutefois, deux inquiétudes demeurent pour l’avenir : d’une part, les hésitations permanentes entre une approche très atlantiste, favorable à la politique de Washington et une démarche plus européenne. Les contradictions de Madrid se font sentir en particulier dans les choix de coopération industrielle en matière d’armement où la politique du balancier permettrait de ne mécontenter aucune des deux rives de l’Atlantique mais avec le risque avéré d’un manque de cohérence dans la politique d’acquisition d’équipements militaires. D’autre part, si la défense et les forces armées ont désormais une légitimité solide dans un pays encore méfiant envers l’institution militaire il y a peu, le désintérêt de l’opinion publique espagnole pour les questions de défense et de relations internationales n’est pas satisfaisant pour le bon fonctionnement de la vie politique. La volonté affirmée d’être une des grandes nations de l’Union européenne et de jouer un rôle actif dans les affaires du monde passe aussi par la nécessité de disposer d’une défense crédible et soutenue par les Espagnols. Mais comment ne pas voir dans ces questions l’héritage d’une histoire militaire qui a forgé des images, des comportements et des réflexes que seul le temps peut corriger ? Une histoire militaire de l’armée espagnole reste ainsi une histoire politique et une histoire de la mémoire.
â–¡
[1]
Bartolomé Bennassar,
Franco, Paris, Perrin, 1995, p. 154-155.
[2]
Avec le système SOSUS (Sound Surveillance System) constitué de microphones installés au fond du détroit.
[3]
Depuis 1939, chaque armée avait retrouvé son ministère et donc son autonomie de gestion. La centralisation du commandement était faite par Franco, unique chef des armées.
[4]
En 1907, Franco dût opter pour l’armée de terre parce que l’Académie navale du Ferrol venait de fermer suite aux restrictions budgétaires consécutives aux désastres de 1898. Ce choix forcé entraîna une frustration certaine chez le jeune cadet dont tous les ancêtres, y compris son père, s’étaient consacrés à la marine militaire.
[5]
Le film
La bataille d’Angleterre tourné en 1969 par le réalisateur britannique Guy Hamilton, le fut en partie en Espagne car l’armée de l’air disposait encore de nombreux avions allemands comme les Messerschmidt 109 et 110 utilisés alors pour l’entraînement et la formation des pilotes.
[6]
L’Union militaire démocratique fut fondée en août 1974 dans la clandestinité par des capitaines soucieux de démocratiser l’armée espagnole. Certains membres de l’UMD furent arrêtés et condamnés par des tribunaux militaires à des peines de prison. L’UMD eut une durée de vie très courte en raison de cette répression mais aussi de la mise en place progressive de la démocratie en Espagne.
[7]
Ainsi en 1996, lors de l’arrivée au pouvoir du Parti populaire, le roi suggérera le nom du ministre de la Défense, Eduardo Serra, au président Aznar. Lors du premier conseil de défense du nouveau gouvernement, le roi viendra le présider, ce qu’il ne faisait pas habituellement. Dans un contexte d’alternance politique difficile marquant une certaine « revanche » pour les conservateurs, le roi ne voulait pas que l’armée redevienne un enjeu de pouvoir.
[8]
Jusqu’aux années 1970, le
pluriempleo était courant pour les officiers qui consacraient leurs après-midi à des activités professionnelles privées pour boucler les fins de mois.
[9]
Le terme de « refondation » a été employé pour décrire le processus de rénovation de l’armée de terre française à partir de 1996 avec la professionnalisation et l’adoption de nouvelles structures opérationnelles basées sur la modularité et l’aptitude à la projection en opérations. Ce concept peut aisément s’adapter à ce qu’ont connu les armées espagnoles.
[10]
La renégociation du traité d’amitié et de coopération a été relativement facile pour les Espagnols et sa signature le 24 janvier 1976 s’est faite avec l’idée de ne pas créer de difficultés pour Madrid.
[11]
Voir sur ce point, les remarques de Javier Tusell dans ce même numéro, « La transition : une histoire politique à renouveler ».
[12]
Le général de corps d’armée Angel Salas Larrazabal (1906-1991) fut le militaire de plus haut rang du Conseil de Régence lorsque Juan Carlos fut désigné Roi d’Espagne. Son rôle durant cette période fut reconnu avant sa mort par le gouvernement socialiste qui le nomma capitaine général à titre honoraire.
[13]
Le général Gutierrez Mellado (1912-1995), partisan d’une ouverture politique de l’armée, dut affronter une partie des officiers généraux hostiles à toute évolution. Certains n’hésitèrent pas à remettre en cause son parcours militaire en particulier durant la Guerre civile.
[14]
Le ministère de la Défense nationale, mis en place par les nationalistes en 1936 pour gérer la guerre, est dissous dès la victoire, chaque armée retrouvant son propre ministère.
[15]
Lors de la Seconde République, Manuel Azaña avait exercé ces responsabilités.
[16]
La suppression de la peine de mort a grandement facilité le bon déroulement du procès devant une cour militaire en lui ôtant la dramatisation d’une probable condamnation à la peine capitale.
[17]
Meta signifie objectif ou but.
[18]
La FAR française fut créée par Charles Hernu en vue de disposer d’un outil puissant, rapidement projetable et apte à traiter aussi bien une menace blindée en centre-Europe qu’un adversaire outre-mer. La FAR fut dissoute en 1996 dans le cadre de la « refondation » de l’armée de terre française.
[19]
Principalement centré autour de l’envoi de trois navires de guerre dans l’océan indien pour contrôler l’embargo et la mise à disposition d’installations militaires au profit des États-Unis.
[20]
Le Parti populaire avait proposé dans son programme électoral une réduction à six mois de la durée du service.
[21]
Dans les années 1990, en France, les demandes pour le statut d’objecteur atteignaient à peine 10 000.
[22]
Les derniers appelés du contingent ont quitté les armées à la fin du mois de novembre 2001.
[23]
8 % des effectifs.
[24]
Effective depuis le 2 décembre 1997.
[25]
Certains experts considèrent que cette restructuration a peu d’intérêt et que ces nouveaux états-majors sous-régionaux sont des « coquilles vides » sans grande valeur opérationnelle destinées à récompenser certains États « méritants ».
[26]
La construction d’un avion de combat avait été envisagée sous l’appellation AX. Finalement, CASA s’est rallié au projet Eurofighter mené conjointement avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie.
[27]
Dans les années 1970, pour diversifier son parc de chars, l’Espagne a fait construire sous licence par Santa Barbara le char français AMX 30. Les difficultés rencontrées par ce programme ont refroidi les relations industrielles entre la France et l’Espagne dans le domaine des armements.
[*]
Le lieutenant-colonel Pellistrandi
est assistant militaire au Commandement de la doctrine et de l’enseignement supérieur militaire de l’armée de terre. Breveté des Écoles de guerre française et espagnole, titulaire d’un DEA sur « Les relations militaires entre la France et l’Espagne (1945-1990) », il est l’auteur de plusieurs articles sur la politique militaire espagnole dans la revue Défense nationale.