2002
Vingtième siècle
Librairie
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Rousso Henry, Vichy. L’événement, la mémoire, l’histoire, Paris, Gallimard, coll. « Folio/histoire », 2001, 746 p., 7, 10 € (82,91 F.).
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Klein-Goussef Catherine (coord.), Retours d’URSS. Les prisonniers de guerre et les internés français dans les archives soviétiques (1945-1951), Paris, CNRS Éditions, coll. « Mondes russes, États, sociétés, nations », 2001, 428 p., 25, 92 € (170 F.).
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Duriez Bruno, Fouilloux Étienne, Michel Alain-René, Mouradian Georges, Viet-Depaule Nathalie (dir.), Chrétiens et ouvriers en France (1937-1970), Paris, éditions de l’Atelier/éditions ouvrières, 2001, 351 p., 24,39 € (160 F).
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Masson Catherine, Le cardinal Liénart, évêque de Lille, 1928-1968, Paris, éditions du Cerf, coll. « Histoire », 2001, 769 p., 38,11 € (250 F.).
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Delporte Christian, Palmer Michael, Ruellan Denis (dir.), Presse à scandale. Scandale de presse, Paris, L’Harmattan, coll. « Communication et civilisation », 2001, 258 p., 20,28 € (133,03 F.).
Le projet prométhéen des libéraux américains
Zunk Olivier, Le siècle américain. Essai sur l’essor d’une grande puissance, traduit de l’américain par Pap Ndiaye, Paris, Fayard, 2000, 350 p., 20 € (131, 19 F.).
Le fil conducteur de cet excellent essai est simple : la montée en puissance des États-Unis sur la scène mondiale a été permise par une formidable mutation intérieure mise en place à la fin du 19e siècle et reposant sur un projet élaboré par l’élite libérale issue des grandes universités. Ce projet avait deux volets. Le premier visait à perfectionner un système économique ayant pour originalité de mettre les connaissances scientifiques au service d’objectifs commerciaux, alors qu’en Europe, les deux mondes resteront largement imperméables au moins jusque dans l’entre-deux-guerres. Ce nouveau système se met en place alors que les États-Unis connaissent une industrialisation forcenée caractérisée par la création de grandes entreprises, l’organisation rationnelle du travail, le recours permanent aux nouvelles technologies et l’analyse scientifique du marché. Le deuxième était le progrès de la démocratie : la génération d’économistes qui arrive à maturité à la fin du siècle dernier est persuadée que la croissance va permettre de faire naître une société de consommation à laquelle les masses pourront participer, ce qui aura pour effet d’estomper les différences sociales et les luttes de classes qui en résultent, et par là même de faire progresser la démocratie.
Loin de se réduire à des innovations technologiques dans l’organisation du travail, comme les Européens le croient trop souvent, ce projet prométhéen ne visait rien de moins qu’à favoriser la mise en place d’un nouveau modèle de société : l’association entre le progrès économique et la démocratie devait être permise en effet par la création d’une synergie permanente entre les organismes gouvernementaux, les universités, les fondations philanthropiques et les grandes entreprises, afin de lier étroitement les découvertes scientifiques et leur application dans le domaine économique et politique, l’objectif étant de gérer au mieux une société de masse en formation. À l’origine de ce projet, on trouve les nouvelles inégalités sociales nées de l’industrialisation, qui s’ajoutent à celles qui n’ont pas été résolues lors de la Reconstruction (notamment le problème noir) tandis que la croissance importante de l’immigration modifie radicalement le visage des États-Unis. C’est aux milieux protestants anglo-saxons qu’appartiennent la majorité des jeunes diplômés qui vont s’atteler à la résolution de ces nouveaux problèmes.
« De l’évangile à la science sociale, il n’y eut qu’un pas » : de fait, l’élite issue des grandes universités dont le réseau se met alors en place était animée d’une foi chrétienne profonde et elle va utiliser les sciences sociales comme outil privilégié pour diagnostiquer les problèmes et proposer des solutions. La notion d’« intelligence sociale » est née, bientôt mise en pratique par ces « ingénieurs sociaux » qui investissent les organismes gouvernementaux, les grandes entreprises, les agences de publicité, les instituts de sondages et les fondations philanthropiques. L’entrée décisive des États-Unis dans l’ère de la consommation de masse à partir des années 1920 contribue à leur influence croissante, car la croissance d’une vaste classe moyenne engendre chez les industriels de nouveaux besoins pour identifier et satisfaire les consommateurs. Psychologues, sociologues et autres spécialistes du marketing vont ainsi mettre au point des méthodes de quantification du corps social (tests d’intelligence, sondages d’opinion, méthodes de vente) et inventer la notion d’« Américain moyen », à la fois archétype social et instrument de mesure à l’usage des industriels. L’un de ces spécialistes les plus connus est George Gallup, dont la thèse de psychologie portait sur les moyens de tester le lectorat d’un journal, et qui a prédit en 1936, grâce à un sondage d’opinion, la réélection de Roosevelt.
On comprend alors pourquoi le pouvoir politique a été lui aussi réceptif à ces méthodes d’analyse : il en a perçu l’application possible dans une démocratie moderne dont le principal défi était d’intégrer des masses au niveau d’éducation et au pouvoir d’achat en augmentation constante. Bien implantées dans le monde économique, les idées de cette intelligentsia libérale acquièrent toute leur légitimité lorsque Roosevelt les fait siennes en lançant le New Deal, dans le cadre duquel la politique de soutien à la consommation devient le fer de lance de la lutte contre la crise et, in fine, de la relégitimation du politique face aux mécanismes économiques. La sortie de crise puis la victoire sur le nazisme semblèrent apporter la confirmation de la supériorité de ce modèle de société, supériorité qui justifie aux yeux de nombreux Américains la place prépondérante prise alors par leur pays dans le monde.
C’est à partir de la décennie suivante que les deux points faibles de ce projet ont commencé à se révéler. Le premier fut d’avoir cru ou voulu faire croire que tout le monde pouvait profiter des fruits du progrès économique, en passant sous silence les inégalités générées par ce système. C’est précisément lorsque les Noirs, les Indiens, les femmes ou la jeunesse ont fait entendre leur voix, à partir des années 1960, que le rêve d’une société prospère et gérée scientifiquement a perdu de sa force, malgré la mise en place d’une politique d’affirmative action par le président Johnson. Le deuxième a consisté à croire que la richesse pouvait être produite par un mouvement linéaire d’accumulation, ce que viendra contredire la crise des années 1970.
Il est dommage que le livre soit trop allusif sur la période postérieure à 1945 : on aimerait notamment savoir comment les ingénieurs du social ont réagi face à la remise en cause de la société de consommation venue des campus californiens. D’autre part, les années 1970-1990, marquées par la crise mondiale, la chute du communisme et l’omniprésence actuelle du modèle américain identifié à la démocratie libérale et à une hypothétique « fin de l’histoire » sur fond d’aggravation des inégalités entre Nord et Sud, auraient aussi mérité un traitement plus approfondi.
Ludovic Tournès
Italie
Donno Gianni, La Gladio Rossa del PCI (1945-1967), introduction de Piero Craveri, Soveria Mannelli, Rubbettino Editore, 2001, 553 p., prix non communiqué.
Pendant longtemps, les historiens qui se sont occupés du PCI ont minimisé voire ignoré le chapitre relatif à la stratégie insurrectionnelle des communistes italiens durant l’après-guerre. Cette tendance s’est avant tout développée avec la consécration historiographique du paradigme cher à Togliatti de la « duplicité ». la duplicité était vue à la fois comme une méthode pour gérer l’impatience et les tendances subversives de la base et comme le reflet structurel du dualisme opposant l’aile « révolutionnaire » conduite par Secchia à l’aile « politique » dirigée par Togliatti. Fruit d’un long travail de recherche dans les archives d’État et du ministère de l’Intérieur italien, le livre de Gianni Donno représente une avancée fondamentale dans la reconstitution des stratégies, des structures et des activités « cachées » du PCI dans l’Italie du second après guerre. La documentation recueillie – notes informatives des services de sécurité, rapports des préfets et de la police – confirme avant tout que jusqu’en 1948, une insurrection dans la péninsule a représenté une option concrète de la stratégie communiste, appuyée par une structure militaire intégrée dans l’organisation du PCI. Ces fonds – qui complètent les révélations offertes par les archives russes et américaines – montrent également qu’après cette date l’appareil de sécurité du parti a subi une transformation progressive de ses fonctions et de ses objectifs. Mais ces mutations se sont toujours situées dans le cadre d’un rapport de connexion et de subordination aux stratégies militaires du pacte de Varsovie, se conformant aux exigences de la politique de puissance de l’État soviétique.
L’évolution de ce que l’on a appelé le « Glaive rouge » reste, certes, encore entourée de zones obscures et d’interrogations. Il existe certainement un problème de « lecture » des archives, certaines étant incontestables, d’autres moins. Par ailleurs, les documents ne permettent pas encore, dans l’état actuel des choses, d’éclairer certains aspects centraux et très complexes du phénomène. Ainsi de la configuration fonctionnelle des diverses activités illégales et de l’enchaînement des décisions, des conséquences sur la structure clandestine du passage à la tête de l’organisation de Secchia à Amendola, des interconnexions – voire des tensions – entre stratégie politique et activités secrètes. Dans l’ensemble cependant, le livre constitue une base documentaire essentielle qui donne les premières réponses à ces interrogations et offre une interprétation globale de ce qui a été, à tous points de vue, une « démocratie spéciale » sans réticences ni dogmatisme d’aucun type.
Andrea Guiso
Del Pero Mario, L’alleato scomodo. Gli USA e la DC negli anni del centrismo (1948-1955), Rome, Carocci Editore, 2001, 322 p., prix non communiqué.
Avec « l’allié gênant », un historien de la nouvelle génération s’efforce de stimuler et fournir de nouveaux points de réflexion sur certains aspects de l’histoire de l’Italie républicaine. À travers une recherche documentaire riche et soignée, réalisée à partir d’archives américaines, Mario Del Pero reprend les principales étapes de l’évolution des rapports entre l’Italie et les États-Unis durant la période du centrisme. Il en propose une lecture qui dépasse la rigidité interprétative longtemps imposée par les schématismes de la guerre froide. Le but de ce travail est, en réalité, de démontrer comment la nature fortement dichotomique de l’ordre international n’a pas été en mesure de modeler complètement le système politique italien, empêchant ainsi la superposition automatique de la dimension nationale. Cet écart provient selon l’auteur de l’impossibilité de concilier les critères sur lesquels s’organisent et se stabilisent les équilibres politiques externes et internes. Dans le premier cas, le lien avec l’allié d’outre-atlantique et avec l’entière communitas occidentale se réalise à travers un principe de légitimation négatif et exclusif : l’anticommunisme. La stratégie de politique extérieure du gouvernement américain semble trouver sa finalité dans l’endiguement constant du péril communiste qui conditionne la lecture et l’interprétation de la situation politique européenne, et lus particulièrement italienne. Dans le deuxième cas, en re-vanche, on trouve à la base du droit de participation à la vie politique et à la consolidation du système institutionnel un principe différent, bien que tout autant négatif : l’antifascisme. Le rôle central acquis par le PCI pendant la résistance et les exigences de normalisation politique, économique et sociale d’un pays à reconstruire, permettent que le parti communiste national reste un justus hostis aux yeux de la démocratie chrétienne, une ennemie légitime, à battre mais non à éliminer, comme l’a demandé Washington. En replaçant les mutations de l’action des États-Unis en Italie dans le contexte plus large de l’évolution de la politique extérieure américaine et en croisant l’analyse avec les choix de reconstruction opérés par les dirigeants italiens, Del Pero propose comme facteur de déstabilisation d’une alliance souvent contradictoire et incertaine la diversité des couples antinomiques fascisme/antifascisme, communisme/anticommunisme.
Vera Capperucci
Botti Alfonso, Cerrato Rocco (éd.), Il Modernismo tra Christianità e Secolarizzazione, Urbino, Quattro Venti, coll. « Studi e testi », 2000, 926 p., 49 € (95000 lires).
Au début du 20e siècle, la crise moderniste a fortement et durablement secoué l’Église catholique, mal préparée à assimiler les sciences religieuses et la sécularisation politique. En France, c’est son insertion dans l’histoire des intellectuels qui permet de renouveler l’historiographie de cette crise. Le risque subsiste pourtant d’une focalisation sur le « modernisme savant ». En Italie, les modernistes eux-mêmes et leurs historiens ont toujours été attentifs à l’exigence d’une modernisation à la fois intellectuelle et socio-politique du catholicisme. Cette spécificité italienne se retrouve dans l’important volume qui contient les actes du congrès organisé en octobre 1997 par le Centre d’histoire du modernisme d’Urbino. La vitalité de ce centre, fondé et animé par Lorenzo Bedeschi, est déjà attestée par la publication annuelle depuis 1972 de Fonti e Documenti. Avec ses quelque quarante contributions en majorité italiennes, le vaste recueil aujourd’hui publié élargit toutes les perspectives.
Élargissement temporel vers la longue durée d’une histoire qui comprend d’un côté le Syllabus et de l’autre côté Vatican II (Bedeschi, Langlois, Menozzi). Élargissement géographique : la France n’est pas oubliée et les aspects les plus divers de la crise italienne sont envisagés, mais on regarde aussi du côté de l’Allemagne, de l’Angleterre, de la Belgique, de l’Espagne, et même des États-Unis. Quant aux acteurs de la crise, en même temps que Loisy ou Blondel, le recueil met aussi en valeur bien d’autres personnalités originales dont Fogazzaro en Italie (Marangon) ou Laberthonnière en France (Losito, Pazzaglia), Des incursions sont faites du côté du protestantisme, de l’orthodoxie, voire du judaïsme. En arrière-plan de ces monographies, on voit circuler et progresser jusqu’à la table ronde finale, ouverte par M. Guasco, une interrogation sur la permanence de l’opposition entre le modernisme et l’anti-modernisme au sein d’une Église qui a connu depuis Pascendi (1907) bien d’autres affrontements.
Pierre Colin
Orsina Giovanni (dir.), Fare storia politica. Il problema dello spazio publlico nell’età contemporanea, Soveria Mannelli, Rubbettino Editore, 2000, 170 p., prix non communiqué.
Depuis maintenant deux décennies, l’histoire politique semble avoir reconquis une place centrale dans le domaine de la recherche en histoire contemporaine. Partant de cette constatation, Giovanni Orsina, qui étudie le radicalisme italien du début du 20e siècle et plus généralement le rapport entre culture politique et sphère publique, a invité quelques-uns des plus grands spécialistes italiens de l’époque contemporaine à développer une réflexion de caractère épistémologique et historique sur la nature de l’histoire politique : sur les limites qui la définissent, les instruments qu’elle utilise et les rapports qu’elle entretient avec d’autres champs de la connaissance historique. Bien que les contributions reflètent des parcours de formation, des expériences et des intérêts pour la recherche différents, l’ouvrage présente dans l’ensemble un cadre de réflexion substantiellement unitaire, duquel émergent au moins quatre lignes de fond. Les auteurs des articles sont avant tout convaincus que le « politique » est un domaine de la recherche historique doté d’une importance autonome. En deuxième lieu, l’historiographie ne peut plus compter sur les lignes directrices et les paradigmes « totalisants » suggérés par des idéologies « fortes ». De cette acceptation dérive, en troisième lieu, l’invitation à privilégier une approche interdisciplinaire et pluraliste dans l’étude des phénomènes passés, en acceptant la nature conditionnée et contingente de la connaissance historique et des paradigmes intellectuels auxquels elle se fie. Les auteurs sont ensuite plutôt d’accord sur la nécessité de reconsidérer en profondeur les caractéristiques et les dynamiques de la modernité politique, invitant à une plus grande réflexion critique sur la persistance en son sein d’éléments irrationnels. Enfin, un quatrième argument concerne le rapport entre ce que l’on pourrait appeler la partie « idiographique » de la recherche en histoire politique, c’est-à-dire l’étude de cas particuliers, et la partie « nomothétique », à savoir la recherche de lois générales. Un rapport qui – s’il est résolu de manière positive – consentirait à « importer » dans le règne de l’événementiel les instruments analytiques capables de dévoiler les structures et les nervures les plus profondes de la politique.
Andrea Guiso
Répressions
Branche Raphaëlle, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), Paris, Gallimard, 2001, 474 p., 26,68 € (175 F).
Sous le titre La torture et l’armée (1954-1962), cette thèse de doctorat présente une étude détaillée des diverses violences illégales commises par l’armée française au nom de la théorie de la guerre révolutionnaire. L’ampleur de l’information, le talent d’écriture et la qualité de la réflexion de l’auteur en font un livre qui s’imposera à un vaste public.
Raphaëlle Branche a su obtenir une liberté presque totale de consultation des archives militaires du SHAT soumises jusqu’ici à de sévères restrictions. On ne peut que se réjouir pour ses travaux et ceux de tous les chercheurs. Raphaëlle Branche a rassemblé également une masse de témoignages individuels de soldats et d’officiers. La richesse de cette documentation lui permet d’affirmer l’institutionnalisation de la « torture » dans l’armée spécialement grâce à la création en 1957 des DOP (Détachements opérationnels de protection) rebaptisés en mai 1960 UOR (Unités opérationnelles de recherches). Environ 4 000 appelés auraient servi pendant la guerre comme hommes de troupe (p. 365). L’auteur n’en précise pas moins « qu’aucune étude quantitative ne pourra jamais être faite sur les diverses violences de l’armée ». cela vaut sans doute pour les viols officiellement interdits, mais ce serait peut-être oublier que la gendarmerie enregistrait fidèlement, par exemple, le nombre de victimes des « corvées de bois » ou « fuyards abattus » lors de tentatives d’évasion. Malgré la résistance de certains juges d’instruction civils et militaires, et celle de certains officiers, malgré les rappels à l’ordre répétés du général de Gaulle, les violations du droit, tout en diminuant à partir de 1960, se poursuivirent jusqu’au bout.
Mieux informés qu’ils ne l’étaient jusqu’ici, les lecteurs pourront librement juger de la place et du rôle de la « torture » dans la guerre d’Algérie. Qu’on veuille bien me permettre de leur citer la conclusion réaliste d’un officier : « La torture n’a pas plus servi à la France que les égorgements et les mutilations à la cause du FLN. »
Charles-Robert Ageron
Perrot Michelle, les ombres de l’histoire. Crime et châtiment au 19e siècle, Paris, Flammarion, 2001, 428 p., 25 €.
Michelle Perrot réunit dans ce nouveau livre un ensemble d’articles qui couvrent une vingtaine d’années (1971-1995) de recherches et ont dessiné sa préoccupation intellectuelle et humaine pour l’histoire de la prison et du crime.
Elle rappelle tout d’abord que la prison pénale, invention postrévolutionnaire, était sortie du champ de l’histoire et plus largement des sciences sociales lorsque celles-ci se sont tournées vers l’économie au début du 20e siècle. La question de savoir pourquoi la prison resurgit en tant qu’objet d’étude au début des années 1970 anime les premiers textes. Voilà qui invite à revisiter les travaux de Michel Foucault, Jacques Revel, Arlette Farge ou Robert Badinter, durant ces vingt-cinq années – pour s’en tenir à quelques noms auxquels beaucoup d’autres sont associés – et qui incite aussi à reprendre avec la distance adéquate les questions d’histoire et d’épistémologie d’où ont surgi nouveaux objets et nouveaux modèles. Si l’ouvrage de Michel Foucault, Surveiller et punir, y reste souvent la référence fondamentale, c’est bien parce qu’il a nourri entre historiens, philosophes, juristes et sociologues de profondes polémiques. L’inscription de celles-ci dans le débat scientifique donne aux articles de Michelle Perrot valeur de témoignage.
De quoi témoignent-ils ? Ils rappellent d’abord comment se sont développés les problématiques autour de l’emprisonnement durant vingt années capitales, quels ont été les grands moments de ces débats dans des discussions du CNRS, les colloques universitaires, au cours des séminaires organisés à l’EHESS, pour ne citer que ceux-là. Bref, Michelle Perrot restitue ainsi une part de l’histoire la plus contemporaine de la pensée historique : elle remet en lumière l’un de ses moments les plus féconds, sans doute l’un de ceux qui marquent le plus profondément la création historique du dernier tiers du 20e siècle. Elle rappelle aussi comment ce débat s’est nourri de la confrontation fructueuse entre différentes disciplines scientifiques ; transparaît ici le souci foucaldien de faire non de l’histoire mais de la généalogie. Ce n’était pas une querelle de mots ni une opposition de principe mais une vraie position épistémologique.
S’en tenir là serait cependant léger. Ce recueil de textes rappelle où, quand et comment chacune de ces contributions théoriques a trouvé place dans une revue, des actes de colloque, un ouvrage, un ouvrage collectif. Il révèle au lecteur ou au chercheur un véritable rhizome (autre métaphore épistémologique caractéristique de ces années-là) à travers lequel se sont tressées la marginalité, la délinquance et la criminalité. Il conduit aux « lieux » où ces débats se sont déroulés, leur donnant ainsi la valeur de « mémoire » dans le débat intellectuel. Il mène aussi aux personnalités, alliant préoccupation éthique (ou citoyenne) et rigueur (ou exigence) scientifique. Il signale les réseaux de chercheurs qu’a croisés à un moment donné cette préoccupation de sonder l’ombre prisonnière. Il rappelle enfin le circuit de l’édition qui a joué ici un rôle non négligeable. Bref, au-delà de textes, jusqu’ici dispersés, le livre de Michelle Perrot donne des pistes, pour retrouver l’histoire d’une prise de conscience et pour reconstituer celle d’un bouleversement épistémologique au moins aussi important que celui qui présida à la fondation des Annales quelque cinquante plus tôt.
André Rauch
Diener Georges, L’autre communisme en Roumanie. Résistance populaire et maquis 1945-1965, Paris, L’Harmattan, coll. « Aujourd’hui l’Europe », 2001, 214 p., 17,38 € (114 F.).
Longtemps, les études consacrées à la contestation des régimes communistes du bloc soviétique ont mis l’accent sur ses manifestations les plus spectaculaires. Ainsi, nombreux sont les ouvrages consacrés à la révolution hongroise de 1956, au Printemps de Prague ou aux groupes de dissidence. Depuis quelques années, les historiens d’Europe centrale et orientale mettent à jour, grâce à un minutieux travail dans les archives, des formes de contestations moins visibles car souterraines, atomisées et non organisées. Ces travaux s’attachent à battre en brèche le stéréotype de populations totalement passives, notamment sous la terreur stalinienne.
L’ouvrage de Georges Diener s’inscrit dans ce courant historiographique. L’auteur, ancien directeur du Centre culturel français de Iasi, étudie de façon un peu décousue le mouvement de résistance paysanne à la collectivisation, en se concentrant sur les maquis anticommunistes de Bucovine. Il s’appuie sur les archives des organes de répression roumains (tribunaux, Securitate…), sur les mémoires récemment publiées en Roumanie mais aussi sur des témoignages recueillis par ses soins. Ces sources sont amplement retranscrites dans l’ouvrage mais ne sont pas remises en perspective par une véritable réflexion méthodologique. Elles permettent cependant de retracer la difficile vie quotidienne de ces petits groupes de résistants, composés de paysans pauvres armés qui refusaient d’entrer dans les structures collectivisées, détruisaient les symboles du pouvoir communiste et affrontaient régulièrement les organes de sécurité. Même si les anciens des mouvements fascisants roumains y étaient rares, ces maquis étaient agités par des mots d’ordre nationalistes nostalgiques du passé dace, antiurbains, voire antisémites.
Cette monographie inégale a le mérite de faire connaître au public francophone un pan encore méconnu de l’histoire du communisme en Europe centrale et orientale.
Justine Faure
Vichy et la seconde guerre mondiale
Rousso Henry, Vichy. L’événement, la mémoire, l’histoire, Paris, Gallimard, coll. « Folio/histoire », 2001, 746 p., 7, 10 € (82,91 F.).
L’habilitation à diriger les recherches (HDR) est une nouvelle figure imposée dans le cursus universitaire qui comporte au moins un intérêt : celui d’obliger le chercheur à faire un point sur son itinéraire de recherche. Cet exercice auquel s’est prêté Henry Rousso est à l’origine de ce livre qui présente, réunis en un volume, les articles essentiels qui jalonnent un parcours. Il s’agit de jalons qui sont certes personnels mais qui nous aident à mieux cerner l’historiographie récente de la période de Vichy et le rôle fécondant et stimulant que ces articles, publiés de 1979 à 2001, ont pu avoir, parfois simplement en formulant différemment les questions, sur le renouvellement des problématiques.
Cet itinéraire connaît deux périodes. La première période est globalement consacrée au dévoilement et à la constitution des faits, guidée par cette interrogation nouvelle : derrière les discours de Vichy sur lui-même, qu’il convient de ne pas prendre au pied de la lettre, quelle réalité trouve-t-on qui permette de mieux apprécier la pratique de ce régime d’exception, et donc de définir sa nature ? L’angle d’approche choisi initialement est la vie économique et industrielle, qui ne suscite alors guère l’intérêt. À travers les Comités d’organisation, la politique d’aryanisation (dont on parle tant aujourd’hui) et la vie industrielle, Henry Rousso a tenté de montrer que Vichy est une réalité complexe, qui oscille sans cesse entre le compromis avec l’Occupant et les initiatives autonomes, entre la gestion de la contrainte ou de la pénurie et la préparation de l’après-guerre, entre la liquidation du solde de la crise des années trente et la volonté de rationalisation de l’offre industrielle, entre les réactionnaires corporatistes et les modernistes planistes, entre les lobbies patronaux et l’autorité de l’État, et finalement entre l’économie dirigée et l’économie administrée. Pour sûr, loin d’être une simple parenthèse, Vichy marque l’avènement d’un nouveau rapport entre l’État et la société et se traduit par une montée en puissance de l’intervention de la sphère publique, mouvement qui conditionne les politiques d’après-guerre. Mais est-ce dû à Vichy ou aux tendances lourdes de la société ? Car Vichy, selon Rousso qui élargit son approche au domaine culturel et artistique, a certainement eu moins d’emprise sur la société française qu’on a voulu le croire et le fantasmer après Vichy. De l’existence d’une « autonomie sociale », l’auteur en déduit qu’il y a lieu de distinguer entre la « France de Vichy » (titre du livre de Robert Paxton) et la « France sous Vichy ».
La deuxième période (peut-être la plus originale) de cet itinéraire est dédiée à la mémoire de Vichy, à l’historisation de cette mémoire. Cette histoire passe inévitablement par l’analyse de la manière dont les cultures politiques se sont appropriées le souvenir de l’Occupation jusqu’à parfois l’ériger en référent identitaire. Les droites se partagent, presque chronologiquement, entre le silence amnistiant (pour les modérés), le culte résistancialiste (pour la tradition gaulliste à partir de 1958), puis, à la faveur de l’affaire algérienne, la revendication « décomplexée » de la part d’ombre du passé vichyste du côté de l’extrême droite. L’historisation de la mémoire « savante » est l’autre versant de cette démarche. Henry Rousso reconnaît la dette qu’il doit à l’auteur de La France de Vichy (Seuil, 1973) : le jeune historien d’alors comprend que Robert Paxton a fait sauter un verrou historiographique et qu’il est désormais possible d’entreprendre une lecture critique de l’Occupation. Grâce à lui, Vichy ne peut plus apparaître comme un phénomène périphérique, comme un régime qui s’est contenté de gérer l’urgence et les contingences : c’est un acteur à part entière, doté d’une cohérence, producteur d’une politique autonome.
En raison, probablement, du fait que Paxton a pu aboutir à ces résultats car il s’est inscrit en faux contre la polarisation du discours judiciaire de la Libération sur la notion réductrice de trahison, Henry Rousso a réexaminé la question de l’épuration, l’épuration comme tentative d’écriture d’un passé très proche. Il lui revient d’avoir restitué la complexité d’une réalité (plus sévère qu’on ne l’a dit) à qui a échappé, par faute d’incrimination juridique notamment, la tragédie du génocide (même si, contrairement à ce qu’on pense trop souvent aujourd’hui, le drame des juifs de France n’est pas absent des débats). La spécificité antijuive de Vichy et la responsabilité de la hiérarchie étatique ne seront prises en compte qu’après les années 1970 à travers les procès pour crime contre l’Humanité. Des procès qui poursuivent un autre but, ultime avatar de la mémoire de Vichy : celui de « juger l’histoire », avec le risque de mettre en contradiction et en concurrence logique judiciaire et logique historique. Rousso fait partie de ceux qui ont le courage d’admettre qu’ils conçoivent mal la présence de l’historien dans le prétoire et qui doutent de la vertu pédagogique de ces procès. Ce recueil d’articles, qui comporte inévitablement certaines redites, témoigne utilement de l’intérêt d’une histoire du temps présent et de ses risques.
Robert Belot
Hesse Philippe-Jean, Le Crom Jean-Pierre (dir.), La protection sociale sous le régime de Vichy, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001, 378 p., 23 €.
Saluons la parution de cet ouvrage qui vient combler une lacune. En effet, dans la production déjà immense et qui ne cesse de grandir sur l’histoire des années sombres, la protection sociale était restée absente des préoccupations des chercheurs. Cela est d’autant plus paradoxal que dès ces années, elle concerne grosso modo la moitié de la population française. En 1939, une dizaine de millions de personnes cotisent aux Assurances sociales, ce qui, avec leurs familles, constitue une population encore bien plus vaste. Neuf chapitres explorent les diverses facettes de la protection sociale ; institutions, soutien aux familles, accidents du travail, etc. La protection sociale peut être organisée dans le cadre de l’État avec les Assurances sociales instaurées depuis 1930. Elle peut aussi être soutenue par l’État, ce qui est le cas du Secours national réactivé en 1939 et qui, instrumentalisé par Vichy, va connaître un développement considérable ; à une échelle bien moindre mais beaucoup plus marqué sur le plan politique, le COSI, joue également un rôle. Dans cette nébuleuse que constitue la protection sociale, l’assistance publique, forme subsidiée de la charité, et les initiatives privées, en particulier l’action de la Mutualité, ont également retenu l’attention des auteurs. Enfin des monographies montrent la variété des situations locales et la multiplicité des facteurs qui influent sur la protection sociale. Autant de domaines sur lesquels ces différentes contributions font progresser la connaissance.
Deux notions essentielles ressortent de ce livre : alors que, en matière de protection sociale le discours de Vichy vise à favoriser les solidarités « naturelles » à travers la profession, la famille et la commune, c’est en fait à un accroissement du rôle de l’État auquel on assiste. Cette extension est particulièrement sensible dans le fonctionnement des Assurances sociales qui, avec des prestations élargies, couvrent un nombre croissant de personnes ; l’importance du Secours national, organisation philanthropique utilisée par Vichy, se situe dans le même registre. Cet élargissement de la protection sociale, cet accroissement du rôle de l’État doivent peu aux Allemands ; ils s’expliquent bien davantage par les nécessités de l’occupation ainsi que par la progression de la salarisation de la société française, fortement amorcée depuis l’entre-deux-guerres. Au-delà des discours, se poursuit, durant les années sombres, ce qui a commencé depuis le début du siècle : l’extension de l’intervention de l’État dans le social. Sur ce plan existent certaines filiations entre les projets de Vichy, notamment dans sa volonté de réorganiser les Assurances sociales – le projet n’a pas abouti – et la création de la Sécurité sociale à la Libération. On n’oubliera pas, bien sûr, combien les contextes sont différents. Au sortir de la guerre, les organisations syndicales, alors en position de force, se voient confier la gestion de la Sécurité sociale ; elles le feront d’abord au détriment de la Mutualité qui y jouait jusqu’alors un grand rôle. En dépit de ces changements, c’est sans doute davantage en termes de continuité que de rupture que se décline l’histoire de la protection sociale, de la fin de la Troisième République à la Libération.
Michel Dreyfus
Klein-Goussef Catherine (coord.), Retours d’URSS. Les prisonniers de guerre et les internés français dans les archives soviétiques (1945-1951), Paris, CNRS Éditions, coll. « Mondes russes, États, sociétés, nations », 2001, 428 p., 25, 92 € (170 F.).
En 1945, plus de 300 000 Français se trouvaient dans des camps en Union soviétique. Un peu plus de 20 000 d’entre eux étaient des prisonniers de guerre, c’est-à-dire des soldats pris les armes à la main, essentiellement des « Malgré-nous », incorporés de force dans la Wehrmacht. Les autres, les internés, étaient d’anciens prisonniers des Allemands, « libérés » par les Soviétiques.
Le rapatriement des seconds, mais surtout des premiers, a été une question épineuse dans les relations franco soviétiques, qui a traîné pendant des années et engendré de nombreuses rumeurs. Ce recueil présente des documents, exclusivement extraits des archives soviétiques et classés en deux parties. L’une est consacrée à la vie dans les camps pour prisonniers de guerre, et s’attache donc à une population beaucoup plus large que celle des seuls Français. L’autre se concentre sur les rapatriements des Français. Trois articles introductifs, très clairs, permettent de restituer dans leur contexte des documents, forcément partiaux.
Ces documents, à l’intérêt inégal, montrent en effet combien les archives peuvent mentir, lorsqu’elles ne sont pas recoupées avec d’autres sources. Dans la première partie, la plupart d’entre eux donnent l’impression que l’administration soviétique s’efforçait d’assurer aux prisonniers des conditions de vie décentes. Un seul, rédigé par des Français, évoque l’horreur du camp de Tambov, décrit par des témoins comme « un véritable enfer ».
Comme les auteurs de ce recueil l’appellent d’ailleurs de leurs vœux, d’autres historiens entreprendront sans doute de croiser des sources d’origines et de natures différentes et donneront ainsi une image plus complète des questions abordées. Nul doute qu’ils s’appuieront, entre autres, sur cet ouvrage.
Cécile Vaissié
Chrétiens et Juifs de France
Duriez Bruno, Fouilloux Étienne, Michel Alain-René, Mouradian Georges, Viet-Depaule Nathalie (dir.), Chrétiens et ouvriers en France (1937-1970), Paris, éditions de l’Atelier/éditions ouvrières, 2001, 351 p., 24,39 € (160 F).
Au sein de la production historiographique consacrée aux relations des Églises et des ouvriers (dont Étienne Fouilloux fournit une très utile présentation), les actes du colloque tenu à Roubaix en octobre 1999 à l’initiative du Centre des Archives du Monde du Travail (CAMT) marquent une avancée essentielle, tant du point de vue de l’apport des connaissances que de celui du renouvellement des problématiques qu’il entérine. Réunissant des chercheurs venus de l’histoire religieuse mais aussi de l’histoire sociale, des archivistes ainsi que des acteurs, la rencontre a été l’occasion de démontrer la possibilité pour la communauté scientifique d’adopter un regard serein à l’égard des stratégies adoptées par les Églises dans leur entreprise de lutte contre la « déchristianisation » ouvrière.
Une première partie reprend à nouveaux frais la question de la diversité des modèles missionnaires (de la paroisse missionnaire aux missionnaires au travail en passant par l’Action catholique spécialisée) par l’examen de leur confrontation avec la réalité ouvrière : l’évolution du clergé brestois (Yvon Tranvouez) comme les trajectoires des laïcs René Boudot en Lorraine (Jean-Marie Moine) et Monique Maunoury à Ivry-sur-Seine (Michèle Rault), montrent la difficulté d’enfermer la diversité des modes de présence dans des cadres et une chronologie préconçus. Dans une seconde partie, une attention plus particulière est accordée aux prêtres-ouvriers avec le souci, là encore, d’éviter les catégories imposées par la condamnation romaine de 1954 (« soumis » et « insoumis ») pour restituer l’originalité des stratégies développées par les uns et les autres en vue de créer et de maintenir, au prix de ruptures successives, un nouveau style de vie sacerdotale (Nathalie Viet-Depaule, Charles Suaud, André Caudron). Ces stratégies de présence s’opposent, du moins dans les premiers temps, comme le montre une troisième partie, à celles des organisations issues du catholicisme intégral dans l’entre-deux-guerres, la CFTC et les mouvements d’Action catholique spécialisée jeune (JOC) puis adulte (LOC puis MPF), fondées sur la reconquête du terrain perdu. Si l’échec de ce projet initial est évident, il ne doit masquer ni l’émergence de générations de militants ouvriers présents aussi bien dans le militantisme syndical que, plus largement, social (Bruno Duriez, Michel Chauvière), ni les fondements chrétiens de cette évolution, en particulier dans la déconfessionnalisation de la CFTC en 1964 (Frank Georgi). Une dernière partie insiste sur la pluralité des représentations du monde ouvrier chez les militants chrétiens (Alain-René Michel) et souligne combien l’élaboration des formes d’apostolat ouvrier dépend de ces lectures du réel (Denis Pelletier). On peut y rattacher l’étude novatrice d’Éric Belouet qui questionne, dans une approche prosopographique, la prégnance de l’idéal d’homogamie entre jocistes sur l’ensemble des militants de la JOCF.
Remarquablement servi par des annexes très soignées (état des sources, bibliographie, index) qui en font un outil de travail sûr, cet ouvrage constitue une référence incontournable pour de futures recherches sur le sujet.
Tangi Cavalin
Masson Catherine, Le cardinal Liénart, évêque de Lille, 1928-1968, Paris, éditions du Cerf, coll. « Histoire », 2001, 769 p., 38,11 € (250 F.).
Issu d’une thèse de doctorat dirigée par Yves-Marie Hilaire qui en signe la préface, cette biographie du cardinal Liénart limite son sujet à la dimension diocésaine de cet épiscopat, laissant de côté, sans les ignorer totalement, les responsabilités nationales (à la présidence de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques) et internationales (pendant le concile Vatican II) du prélat. Catherine Masson manifeste le souci constant d’échapper à toute hagiographie du personnage, à la fois parce qu’elle est issue de sa famille et parce que la figure du cardinal a laissé, dans la région lilloise, un souvenir durable et chargé d’émotion. De ce point de vue, le pari peut être considéré comme tenu, en particulier en ce qui concerne la période de l’Occupation nazie au cours de laquelle l’évêque de Lille, comme d’autres membres de l’épiscopat d’ailleurs, n’a pas su faire preuve de lucidité politique, malgré une légende tenace qui met surtout en avant ses déclarations, ambiguës mais perçues comme libératrices par de nombreux jeunes, à l’égard du STO.
Profondément marqué par la première guerre mondiale à laquelle il participe comme aumônier volontaire, Achille Liénart appartient à cette génération de prêtres accédant à l’épiscopat dans le contexte difficile de la condamnation de l’Action française par Pie XI. À celle-ci, il oppose l’Action catholique spécialisée (notamment la JOC) à laquelle il apporte un soutien sans faille tout au long de son épiscopat. Surnommé le « cardinal des ouvriers » ou « l’évêque rouge » en raison de son appui aux ouvriers d’Halluin engagés, en 1928, dans la grève contre un patronat conservateur et catholique, monseigneur Liénart inscrit en fait toute son action de pasteur dans le catholicisme social et la pensée des papes, Pie XI en particulier qui le récompense en le créant cardinal. Décrit par sa biographe comme en parfaite adéquation avec son époque au cours des années trente, l’évêque de Lille fait preuve, après 1945, d’une prédilection de plus en plus exclusive en faveur de l’Action catholique ouvrière qui le coupe progressivement des évolutions de la société et lui interdit de réagir à la crise qui frappe l’Église catholique dans les années 1960. On peut seulement regretter que l’auteur avance, pour expliquer cet aveuglement, des catégories (ouvriérisme, imprégnation marxiste d’une partie du clergé et notamment des aumôniers) qui auraient nécessité elles-mêmes, avant d’être reprises, d’être interrogées.
Tangi Cavalin
Fath Sébastien, Une autre manière d’être chrétien en France. Socio-histoire de l’implantation baptiste (1810-1950), Genève, Labor et fides, coll. « Histoire et société », 2001, 1232 p., 42,69 € (280 F.).
Les minorités représentent habituellement des champs d’investigation très riches pour le chercheur. Les minorités religieuses tout spécialement : leur foi « hétérodoxe » structure des comportements, des parcours, des cultures, des identités qui, tout à la fois, participent au mouvement général des sociétés, et leur renvoient, en quelque sorte en négatif, un regard et une analyse critiques. Les Églises baptistes sont, à cet égard, un objet passionnant. Très marginaux en France (quelques milliers de fidèles, ils sont une minorité de la minorité protestante), mais non dans l’espace occidental, ces disséminés ont réalisé, pour reprendre le titre de l’ouvrage, une implantation durable dans le paysage religieux et culturel français. Sébastien Fath, en soutenant puis en faisant publier une thèse copieuse et très documentée, éclaire une part à peu près inconnue jusqu’alors de l’histoire religieuse française contemporaine. De l’histoire, mais également de la sociologie car la deuxième originalité du travail présenté, c’est de combiner la démarche de l’historien universitaire et du chercheur en sciences sociales nourri des travaux de Jean Séguy et de Jean-Paul Willaime à l’EPHE.
Le projet est ambitieux et réussi. Sébastien Fath nous présente successivement un baptisme « originel » (1810-1832) limité en fait à quelques communautés du nord de la France proches du « Réveil », un baptisme « pionnier » (1832-1870) modelé par l’aide anglo-saxonne, un baptisme « institutionnalisé » (1871-1921) qui trouve sa place au sein du protestantisme français mais au prix de l’éclatement, un baptisme « pluriel » analysé jusque vers 1950. Cette étude chronologique réserve quelques surprises, par exemple la stagnation des communautés baptistes, fers de lance du protestantisme « évangélique », entre 1905 et 1920. Ce paradoxe (les minoritaires espéraient beaucoup de la loi de séparation) illustre a contrario tout à la fois l’importance de la reprise identitaire du catholicisme à cette époque, et l’impact de la sécularisation sur l’évangélisation protestante. Il est dommage que l’étude ait pour borne les années 1950 et ne puisse donc qu’esquisser les racines de l’extension actuelle des Églises de professants.
Les deux dernières parties de la thèse nous font pénétrer au cœur de la société baptiste. On y apprend d’abord que « l’Église baptiste » n’existe pas et ne saurait d’ailleurs exister, puisque « Les Églises baptistes » sont à la pointe du congrégationalisme : autonomie des communautés locales, allant même jusqu’à la rédaction de la déclaration de foi, modèle militant et fortement engagé des membres. Tout cela ne peut que forger une forte identité, mais qui n’hésite pas à s’engager sur les champs sociaux et culturels du pays. Sébastien Fath conclut par un dernier chapitre sur l’ignorance récurrente des élites françaises vis-à-vis du baptisme, mais, sans nul doute, son ouvrage inaugure-t-il une ère nouvelle à cet égard.
Jean-Yves Carluer
Raphaël Freddy (dir.), Regards sur la culture judéo-alsacienne. Des identités en partage, Strasbourg, La Nuée bleue, 2001, 283 p., 19 € (124,63 F.).
Ces actes d’un colloque tenu à Strasbourg en 2000 disent la dynamique qui s’est récemment instaurée, en Alsace terre de brassages et de passages, entre la réaffirmation d’un esprit du judaïsme et les études historiques d’une communauté singulière : histoire et mémoire font donc très bon ménage dans ce livre où se côtoient les meilleurs spécialistes (pour la période contemporaine, notamment, Béatrice Philippe, Jean Daltroff, Gilbert Weil, Léon Strauss, Max Warschawski). Son maître d’œuvre, Freddy Raphaël, infatigable enquêteur et montreur de signes, ouvre et clôt les débats en insistant sur la vocation propre des Juifs là-bas : « Etre des passeurs, un lien vivant et créateur entre des cultures, des langues, des modes d’être et de penser ». Ce judaïsme-là a toujours rejeté la pose et l’outrance, chanté la vie qui va, bu du kirsch et inventé en cuisine, exporté cette tranquille ardeur et cette fidélité aux Lumières émancipatrices de 1789 qui l’ont profondément marqué (on sait son apport à Paris et à la République au temps des « provinces perdues » : on savait moins que quelques-uns, un peu plus tard, furent marxistes à la façon des Marx Brothers – eux-mêmes pour partie originaires d’Alsace !), refusé l’identité jalouse et fait montre, au fond des campagnes jusqu’en 1939 comme dans ses vivaces communautés urbaines, d’une « piété sans apprêts ».
Bien présenté, très fouillé mais allégrement rédigé, on aimera cet hommage scientifique et patrimonial à « un judaïsme de la mesure » qui refuse l’idolâtrie de la Mitsvah, du « commandement ». Sa « mémoire tronquée, qui s’enlise dans l’indifférence », ses cimetières à l’abandon ou systématiquement profanés aujourd’hui, tout pouvait l’enliser et le réduire à n’être que « quelque anachronisme conscient ». Eh bien, non ! Ce livre, trace parmi les traces, atteste d’un sursaut.
Jean-Pierre Rioux
Culture et médias
Delporte Christian, Palmer Michael, Ruellan Denis (dir.), Presse à scandale. Scandale de presse, Paris, L’Harmattan, coll. « Communication et civilisation », 2001, 258 p., 20,28 € (133,03 F.).
Le scandale d’une attitude sociale réside dans la publicité qui lui est intentionnellement donnée, souvent par voie de presse. L’étymologie de « scandale » renvoie à l’idée de piège, d’obstacle cherchant à provoquer la chute. Intentions du révélateur et position du personnage touché sont donc essentielles pour saisir la portée de la médiatisation d’une « affaire scandaleuse ». L’articulation entre les réseaux de la presse à scandale et les ressorts du scandale de presse étaient de fait au cœur des deux journées d’étude organisées en 1999 et 2000 par les Universités de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines) et de Paris III (Centre de recherches sur l’information et les médias en Europe) et dont le présent ouvrage rassemble les principales communications.
De « la presse qui hésite » à « la presse qui profite » en passant par « la presse scandaleuse », historiens et spécialistes de la communication s’interrogent sur l’instrumentalisation des médias dans les conflits politiques (du scandale de Panama au « Monicagate »), la relation institutionnalisée entre sources et journalistes dans le contexte d’un scandale (de la mort de Félix Faure aux micros du Canard), mais aussi sur la construction d’un discours moral, de et sur la presse (autour de thèmes aussi divers que la critique théâtrale et les droits de réponses qu’elle suscite ou l’interview de Fidel Castro par PPDA). En ne négligeant pas le contexte économique (de l’usage du scandale dans la concurrence entre médias), l’ouvrage insiste enfin sur l’évolution du journalisme d’investigation en France. Il rejoint en cela les problématiques actuelles de l’histoire culturelle et, en proposant les réflexions de plusieurs générations de chercheurs spécialistes de la presse écrite et audiovisuelle, montre la fécondité d’une approche pluridisciplinaire d’un thème aussi pointu.
Claire Blandin
Crépin Thierry, « Haro sur le gangster ! » La moralisation de la presse enfantine (1934-1954), Paris, CNRS Éditions, 2001, 493 p., 29 € (190 F.).
L’édition de la thèse de Thierry Crépin vient combler un manque frappant, tout à la fois dans l’histoire de la presse, dans l’histoire de l’édition et dans l’histoire de la jeunesse. Longtemps abandonnée aux collectionneurs et amateurs de bande dessinée, la presse enfantine est pourtant un objet historique à part entière, comme toutes les formes dites mineures de la culture et de la littérature. Et c’est bien ce que montre Thierry Crépin dans cet ouvrage très documenté, en replaçant l’histoire de la presse enfantine « dans le champ universitaire, par la soumission au questionnement de l’histoire culturelle de la France contemporaine ». L’auteur s’est attaché à la période 1934-1954, c’est-à-dire à « une période de profonds bouleversements de ce média juvénile, accompagné d’une vive réaction moralisatrice ». 1934 est en effet l’année d’une véritable révolution dans le monde de l’édition enfantine avec l’arrivée massive de la bande dessinée américaine, dont le vecteur par excellence est Le Journal de Mickey, « véritable cheval de Troie de cet envahissement » créé la même année par Paul Winkler. L’auteur montre ainsi que ce type d’illustré demeure le modèle de référence jusqu’après la seconde guerre mondiale, le régime de Vichy n’ayant « pas su, voulu ou pu [l’]uniformiser ». Cependant, cette nouvelle forme de presse enfantine est rapidement accusée de nourrir la délinquance juvénile et de démoraliser la jeunesse. Dans une deuxième partie, l’auteur décrit et analyse avec précision tous les enjeux moraux mais aussi sociaux et politiques des débats d’après-guerre menés par des groupes de pression fort divers (catholiques, communistes), mais qui se rejoignent pourtant dans « un véritable front commun » qui débouche sur le vote de la loi du 16 juillet 1949 et sur la création d’un délit nouveau, celui de « démoralisation de la jeunesse par voie de presse ». La troisième partie de l’ouvrage est donc consacrée à l’élaboration de la loi et à sa lente mise en œuvre, jusqu’en 1954, date à laquelle elle est pour la première fois appliquée dans sa dimension répressive. Les seuls acteurs un peu absents de ce travail sont les jeunes lecteurs eux-mêmes ; mais on ne saurait le reprocher à l’auteur : les archives des journaux ayant été pour la plupart détruites depuis longtemps, il est bien difficile de retrouver, grâce au courrier des lecteurs par exemple, le point de vue des enfants. Enfin, on peut noter que cet ouvrage offre au lecteur quelques belles illustrations essentielles pour appréhender cet univers de la presse enfantine et dont on ne peut que regretter qu’elles ne soient pas plus nombreuses.
Manon Pignot
Lengereau Éric, L’État et l’architecture (1958-1981). Une politique publique ?, Comité d’histoire du ministère de la Culture, Paris, Picard, 2001, 560 p., 42,69 € (280 F.).
L’ouvrage d’Éric Lengereau s’inscrit dans le sillage des études de plus en plus nombreuses sur les politiques publiques. En l’occurrence, c’est la mise en place du « maillage institutionnel de la politique de l’architecture » qui est au centre de la démarche de l’auteur et qui explique l’importance donnée au récit des péripéties d’une direction de l’Architecture ballottée entre ministères. Deux grandes périodes se distinguent nettement : la première qui voit s’opposer, entre 1958 et 1978, deux cultures administratives différentes, incarnées par le ministère de la Culture créé en 1959 et celui de l’Équipement plus tardivement institué (1966) ; la deuxième, entre 1978, date de naissance du ministère de l’Environnement et du cadre de vie, et l’alternance de 1981, qui évoque la mise en œuvre d’une réforme ministérielle entendant promouvoir le cadre de vie. Au-delà des changements de structures, l’analyse des hommes est également choisie comme angle d’attaque. Défile ainsi une galerie de portraits particulièrement piquante qui, loin de se cantonner aux plus puissantes et reconnues, Malraux, Pompidou ou Giscard d’Estaing, donne à voir des personnalités fortes, celle d’un Max Querrien, très attaché à mettre en avant la création contemporaine, celles d’un Pierre Sudreau ou d’un Edgar Pisani, soucieux de maîtriser l’aménagement urbain dans une France en pleine modernisation. Enfin, l’âpreté des débats qui traversent toutes ces années est très clairement rendue comme en témoigne le récit de vives discussions autour de l’enseignement de l’architecture avant et après 1968.
Au fond, l’un des enseignements majeurs de l’ouvrage apparaît bien être le poids de cette logique administrative, si minutieusement décrite ici, qui prend le pas sur la logique politique scandée par les trois présidences, gaullienne, pompidolienne et giscardienne. Éric Lengereau invite ainsi le lecteur à réfléchir sur les écarts entre la responsabilité administrative, la vision politique et les cultures architecturales, sur la difficile articulation entre création architecturale et gestion patrimoniale, sur les limites d’une action gouvernementale qui voit des secteurs comme celui des villes nouvelles lui échapper mais aussi sur les réflexions autour du cadre de vie qui ont progressivement fleuri parmi les acteurs de l’administration publique.
Reposant sur des sources publiques ou privées ainsi que sur des entretiens, l’ouvrage est cohérent, touffu, fourmillant de mille informations précises. Sur ce plan, il emporte totalement l’adhésion. En revanche, si l’on prend bien acte du parti pris d’exclure de l’analyse l’aspect matériel des constructions, l’on ne peut s’empêcher de penser que la prise en compte de telle ou telle option d’architecte, du contenu concret de telle ou telle dispute architecturale, des implications physiques de tel ou tel choix administratifs, en matière de grands ensembles par exemple, manque parfois à l’ouvrage.
Pascale Goetschel
Biographies
Beauvois Yves, Léon Noël. De Laval à de Gaulle via Pétain (1888-1987), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 28, 97 € (190 F.).
Voici une biographie d’une grande précision et d’une grande finesse qui retrace l’itinéraire d’un homme placé au cœur des transformations de l’État et de la politique en France des années 1920 aux années 1960. Léon Noël avait déjà beaucoup écrit sur lui-même ou sur les problèmes diplomatiques de son temps mais Yves Beauvois a su mettre à profit d’importantes archives privées (notamment des carnets personnels tenus par Léon Noël de la période de l’Occupation pratiquement jusqu’à sa mort), relayées voire suppléées quand nécessaire par une large utilisation des archives publiques, notamment des papiers diplomatiques. Deux aspects du parcours de Léon Noël ressortent avec un luxe de détails et un apport de révélations et d’analyses inédites : la carrière de haut fonctionnaire et de diplomate menée par Léon Noël en Europe centrale (de la Rhénanie aux côtés de Paul Tirard à la Tchécoslovaquie et la Pologne) d’une part, la présidence du tout jeune Conseil constitutionnel au début de la Cinquième République (1959-1965) d’autre part.
Pour expliquer la rupture entre cette carrière de haut fonctionnaire et la nouvelle phase ouverte par l’engagement politique (surtout après 1946), Yves Beauvois avance la thèse d’une volonté de rachat qui n’aurait cessé de hanter Léon Noël : principal négociateur civil de l’Armistice de Rethondes du 22 juin 1940, il aurait voulu briser le cercle du devoir d’obéissance qui peut mener un haut fonctionnaire dans le mauvais camp de l’Histoire, en s’engageant politiquement aux côtés de De Gaulle après la deuxième guerre mondiale. Sans être fausse, la thèse ne doit pas laisser croire à une division tranchée entre une carrière « apolitique » avant 1940 et l’aventure dans les combats douteux de la politique électorale et partisane après 1945. L’auteur le montre d’ailleurs bien ; la carrière de Léon Noël dans les années 1930 appartient déjà au type mixte d’un haut fonctionnaire qui s’autorise d’importantes initiatives diplomatiques et politiques (par exemple sa volonté de faire chuter le colonel Beck en Pologne) tandis que sa carrière gaulliste le mène à la situation très ambiguë de premier président du Conseil constitutionnel (fidélité au Général mais prise de distance relative pour asseoir la légitimité du nouvel organe).
Au total, cette biographie ne saurait intéresser le seul lectorat des spécialistes des questions diplomatiques ou celui des connaisseurs du gaullisme politique et constitutionnel. Même si on peut reprocher à l’auteur de trop souvent chercher à prendre Léon Noël, écrivain et mémorialiste, en défaut d’exactitude sur tel ou tel point, et d’être parfois un peu longuet ou trop vétilleux, l’ouvrage se lit fort bien et captive l’attention à de nombreux endroits.
Nicolas Roussellier
Whalen Philip, Gaston Roupnel : âme paysanne et sciences humaines, Dijon, éditions universitaires de Dijon, coll. « Sociétés », 2001, 202 p, 20 €.
Gaston Roupnel (1871-1946) est aujourd’hui un historien bien oublié. Certes, son Histoire de la campagne française, publiée en 1932 et rééditée en 1974 dans la prestigieuse collection « Terre humaine », a bénéficié du néo-ruralisme des années 1970. Sa thèse, publiée en 1922, La ville et la campagne au xvii
e siècle : étude sur les populations du pays dijonnais, demeure un passage obligé pour l’histoire sociale du Grand siècle. En revanche, Histoire et destin (1943), vive attaque contre l’histoire universitaire et véritable philosophie organiciste de l’histoire aura une faible postérité, même si le plaidoyer pour une « histoire structurale » sera médité par Fernand Braudel. Quant à l’écrivain régionaliste, fervent défenseur du terroir bourguignon, il est, depuis les années 1970, éclipsé par le succès médiatique et éditorial d’Henri Vincenot.
Il faut donc saluer le travail de l’éditeur qui propose une version remaniée du Ph. D. soutenu en 2000 par Philip Whalen à l’université de Californie à Santa Cruz. Au-delà de l’analyse précise des œuvres de Gaston Roupnel, cette étude a pu s’appuyer sur les riches archives privées conservées par les héritiers de l’auteur de Nono. L’utilisation des correspondances permet de mesurer la place que Gaston Roupnel occupe dans le paysage intellectuel de son temps. À la fois intellectuel et exploitant viticole à Gevrey-Chambertin, professeur à l’université de Dijon et romancier régionaliste reconnu, chroniqueur à La Dépêche de Toulouse et animateur de la vie culturelle locale, Gaston Roupnel prône un dialogue entre histoire et sciences sociales, entre culture savante et traditions populaires. Il accède cependant tardivement à l’université, gardera une rancune tenace contre un milieu malthusien dominé par l’École normale supérieure — « cette école, énormément plus Normale que Supérieure, où l’on n’entre qu’une fois, mais dont on sort toute sa vie » écrit-il dans Histoire et destin — et demeure quelque peu en marge d’une communauté historienne de plus en plus professionnalisée.
Philip Whalen revient sur l’attitude de Gaston Roupnel pendant l’Occupation ; attitude au centre du chapitre que Daniel Lindenberg avait consacré aux historiens français dans Les années souterraines (1990). Patriote et anti-allemand, critique de l’action du maréchal Pétain, Gaston Roupnel demeure somme toute attentiste. Il faut cependant souligner qu’une partie de l’œuvre de Roupnel comporte bien des analogies avec les thématiques de la Révolution nationale. À ce titre, Philip Whalen minimise, sans l’ignorer, la réception des écrits de Roupnel dans les milieux proches de l’État français. Le nécessaire retour à la terre, central dans l’Histoire de la campagne française, réédité chez Grasset en 1943, et dans Histoire et destin est salué dans la presse de Vichy.
Lors de la sortie de l’ouvrage en décembre 2001, l’Université de Bourgogne a organisé un colloque international sur « Le temps des sciences humaines, Gaston Roupnel et les années trente ». Les actes de ce colloque devraient opportunément compléter cette biographie intellectuelle. L’ouvrage de Philip Whalen comble une véritable lacune. Surtout, il invite à ouvrir un chantier prometteur : l’histoire des facultés de province depuis la fin du 19e siècle. Une approche plus fine de l’histoire de la discipline, et de sa professionnalisation croissante, devrait en résulter.
Philippe Poirrier
Querrien Max, Malraux, l’antiministre fondateur, Paris, Éditions du Linteau, 2001, 110 p., 18 €.
L’ancien directeur de l’Architecture rue de Valois de mai 1963 à mai 1968 signale l’originalité de sa politique de protection du patrimoine et ses abords des monuments historiques, ses tentatives pour régler la question du régime foncier en urbanisme. Il décrit avec humour et parfois férocité ses démêlés avec les architectes et vante le plan de rénovation de la formation professionnelle de ceux-ci, qu’il avait peaufiné en… avril 1968.
Le point majeur de ce bref témoignage est la confirmation, bien argumentée, du « virage » de Malraux ministre de la Culture en 1965, quand « la dérive du ministère fut le prix des Antimémoires » et qu’un cabinet très péremptoire et énarchisé cloîtra quasiment son ministre, malade et repris par le démon de l’écriture. Suit un portrait admiratif de l’écrivain, juste sinon original. Max Querrien valorise aussi les intuitions de Malraux ministre, son sens de la « révolution culturelle » à conduire, son action pour les maisons de la Culture. Il conclut que, tout au long, l’écrivain gestionnaire resta un personnage des ailleurs.
Sincère, précis, partial même, ce petit texte a du goût et de l’alliant. C’est un bon matériau qui conforte maintes analyses de l’histoire du ministère de la Culture, déjà bien échafaudée.
Jean-Pierre Rioux
Dutton David, Neville Chamberlain, New York, Arnold, coll. « Reputations », 2001, 245 p., 23,63 € (155 F.).
Neville Chamberlain est un homme politique britannique, bien connu pour différentes raisons : il fait partie d’une famille d’hommes politiques (fils de Joseph et frère d’Austen) mais il est aussi Premier ministre en 1938, lors des accords de Munich, et en septembre 1939, lorsque la Grande-Bretagne entre en guerre contre l’Allemagne.
L’ouvrage de David Dutton n’est pas une biographie de plus sur un homme politique, mais se propose de nous montrer Neville Chamberlain sous un angle original : celui de sa réputation, ou plus exactement l’évolution de sa réputation. Il veut étudier les jugements qu’ont portés les historiens, les hommes politiques et l’opinion publique sur la carrière de cet homme, de son vivant, après sa mort et jusqu’à nos jours.
Son ouvrage suit donc un plan chronologique tout à fait logique, où les événements sont le plus souvent replacés dans leur contexte, même si le but avoué de l’auteur n’est pas l’objectivité totale. Il est vrai que toucher à la réputation d’un homme est toujours délicat, et sort du domaine de l’objectivité.
David Dutton montre donc très clairement l’évolution de l’opinion sur Neville Chamberlain et met bien en évidence les faits marquants liés à cette évolution, tels que l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Il explique également quelles sont les sources ayant servi à son travail, mais aussi celles ayant permis l’établissement de la réputation de Chamberlain.
Une chronologie et un index, ainsi qu’une bibliographie commentée, sont disponibles en annexes. L’ouvrage, rédigé en anglais, est très clair dans son ensemble, même si le chapitre sur Churchill accorde trop d’importance à ce dernier et s’éloigne un peu du sujet principal.
Tiphaine Granger
Monde
Melandri Pierre et Vaïsse Justin, L’Empire du milieu. Les États-Unis et le monde depuis la fin de la guerre froide, Paris, Odile Jacob, 2001, 550 p., 33, 54 € (220 F.).
Les attentats du 11 septembre 2001 inaugurent peut-être une nouvelle ère de l’histoire des relations internationales et de l’histoire des États-Unis comme puissance mondiale ; ils ont, en tout cas, clos un chapitre de l’une et de l’autre : celui de l’après-guerre froide. D’où une double question, plus actuelle que jamais : l’Amérique, quelle puissance ? Et pour quelle politique ? Ce livre à deux voix, bien que paru peu avant les événements, ne pouvait venir à un moment plus opportun pour affronter cette double interrogation.
En raison, tout d’abord, de son approche duale. Les auteurs nous proposent en effet à la fois des développements transversaux (cf. l’excellente introduction, le volumineux chapitre V et l’épilogue) et des analyses proprement historiques (en quatre chapitres chronologiques très denses et complets). Il en résulte un ouvrage à la fois réflexif et informatif, ces deux démarches se retrouvant et se complétant aussi bien dans les premiers, toujours étayés par du concret, que dans les secondes, constamment structurées par une réflexion problématique. En raison, surtout, de la qualité de ces développements et de ces analyses, dont les événements en cours mettent en évidence tant l’acuité que la pertinence.
S’agissant de l’approche thématique, on soulignera l’intérêt de ce qui en constitue l’arrière-plan, c’est-à-dire l’interrogation sur la nature de la puissance américaine après la guerre froide ; une puissance caractérisée à la fois par la réalité objective et indiscutable tant en termes absolus que relatifs, de « l’hyperpuissance », selon l’expression chère à Hubert Védrine, mais aussi par ses « faux-semblants » qui, selon les auteurs, dissimulent « des faiblesses, des insuffisances de moyens, des contradictions internes » (p. 39) jusque et y compris dans la définition de l’intérêt national. Les événements du 11 septembre confirment à bien des égards cette dualité : l’Amérique qui, en cent jours, a renversé les Talibans et écrasé Al Qaïda, c’est aussi l’Amérique qui s’interroge – et peut-être se divise – sur ce qui a conduit à cela, et sur les réponses à ce défi.
Quant à la démarche historique, elle démontre admirablement le cheminement d’une politique étrangère que la fin du conflit Est-Ouest a privé de repères cinquantenaires. Si l’administration de George Bush père (1989-1993) a plutôt bien géré la fin de la guerre froide et l’avènement d’un « monde sans URSS » (chapitre I), c’est véritablement l’administration Clinton qui a dû reformuler le rôle de l’Amérique dans l’après guerre froide. Or si, après les flottements initiaux d’un président peu intéressé par la scène mondiale (chapitre II), elle réussit à rétablir son leadership, en particulier en mettant fin à la guerre en Bosnie en 1995 (chapitre III), la fin de la présidence Clinton aura aussi mis en évidence les limites de la prétention au rôle de « nation indispensable » claironné par Madeleine Albright (chapitre IV). Ainsi Clinton aura-t-il, en fin de compte, « dessiné une voie assez chaotique entre la poursuite d’intérêts étroits et des sursauts de leadership » (p. 334).
Les événements du 11 septembre ne pouvaient mieux confirmer ce bilan mitigé d’une Amérique plus puissante que jamais, mais dont le « sens » de la puissance demeure en suspens.
Frédéric Bozo
Coquery-Vidrovitch Catherine, Goerg Odile, Tshimanga Charles (dir.), « Histoire et devenir de l’Afrique noire au 20e siècle, travaux en cours », Cahiers Afrique noire, 19-20, 2001, 266 p., prix non communiqué.
Composé de seize articles d’inégale longueur, perspectives de recherches ou synthèses plus abouties, le dernier numéro des Cahiers Afrique noire a pour premier intérêt de fournir des données scientifiques inédites et variées. Pour autant, sa pertinence essentielle se trouve ailleurs. À l’heure du renouvellement des générations et des débats sur l’histoire de l’Afrique, cette publication répond, en partie, à une question fondamentale : sur quoi et comment travaillent aujourd’hui les jeunes chercheurs ? Les méthodes utilisées, les périodes et les thèmes abordés témoignent du caractère novateur des travaux en cours. Sur le plan méthodologique, le recours systématique aux entretiens et aux enquêtes de terrain, l’approche biographique, comme le souci du comparatisme (entre colonisations française et britannique par exemple) participent du renouvellement de la discipline, moins soupçonneuse qu’auparavant des méthodes utilisées par les autres sciences sociales et soucieuse d’éprouver en Afrique certains concepts forgés en d’autres champs géographiques et culturels. Chronologiquement, si presque tous les articles concernent le 20e siècle, près de la moitié traite de l’après seconde guerre mondiale. Bien plus, certains auteurs n’hésitent plus à travailler sur des époques très contemporaines, malgré les difficultés d’accès à la documentation. L’histoire sociale, politique et culturelle l’emporte enfin sur les aspects économiques, la thématique « femme et genre » étant ici la plus féconde. Un seul article pourtant, sur Madagascar, traite véritablement du « genre » comme construction des rapports sociaux de sexe ; les autres contributions relèvent davantage d’une histoire des femmes encore largement ignorée et qui mérite de ce fait d’être abordée en tant que telle.
Pascale Barthélémy
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Afrique contemporaine, « L’État en Afrique : entre le global et le local », sous la direction de Jean du Bois de Gaudusson et Jean-François Médard, numéro spécial, 199, juillet-septembre 2001, 224 p., 17,50 €.
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Airiau Paul, L’antisémitisme catholique aux xix
e et xx
e siècles, Paris, Berg international éditeurs, 2002, 168 p., 14 €.
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Apfelbaum Marian, Retour sur le ghetto de Varsovie, Paris, Éditions Odile Jacob, 2002, 336 p., 25 €.
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Arnaud Pierre, Terret Thierry, Saint-Martin Jean-Philippe, Gros Pierre (textes réunis par), Le sport et les Français pendant l’Occupation (1940-1944), 2 tomes, Paris, L’Harmattan, coll. « Espaces et Temps du sport », 2002, 380 et 282 p., 30 € et 24,50 €.
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Bechtel Delphine, La Renaissance culturelle juive en Europe centrale et orientale (1897-1930) : langue, littérature, Paris, Belin, coll. « Histoire et société-Europes centrales », 2002, 320 p., 19,70 €.
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Beck Ulrich, traduit de l’allemand par Laure Bernardi, préface de Bruno Latour, La société du risque : sur la voie d’une autre modernité, Paris, Aubier, coll. « Alto », 2001, 528 p., 21,50 €.
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Bensaude-Vincent Bernadette, Blondel Christine (dir.), Des savants face à l’occulte, 1870-1940, Paris, Éditions La Découverte, coll. « Sciences et société », 2002, 238 p., 17,50 €.
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Bernard Gilles (dir.), Bleu horizon : témoignages de combattants de la guerre 1914-1918, suivi de Le Familier de Jean Zay, facsimilé de la version intégrale du journal manuscrit de Jean Zay (été-automne 1918), introduction par Olivier Loubes, Portet-sur-Garonne, Éditions, Empreinte, 2001, 608 p., 48 €.
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Berthonnet Arnaud (dir.), Guide du chercheur en histoire de l’électricité, Éditions La Mandragore et Fondation Électricité de France, 2001, 22 €.
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Bertin-Maghit Jean-Pierre, Fleury-Vilatte Béatrice, préface de Marc Ferro, Les institutions de l’image, actes du colloque de Cerisy-La-Salle, juin 1997, Paris, Éditions de l’EHESS, coll. « L’histoire et ses représentations », 4, 2001, 252 p., 25 €.
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Bessin Marc, Autopsie du service militaire, 1965-2001, Paris, Éditions Autrement, coll. « Mémoires », n° 76, 2002, 216 p., 19,95 €.
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Blanc-Chaléard Marie-Claude, Histoire de l’immigration, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2001, 128 p., 7,65 €.
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Boyer Marc, préface de Maurice Agulhon, L’invention de la Côte d’Azur : l’hiver dans le midi, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, coll. « Monde en cours », série « Essais », 2002, 384 p., 25 €.
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Bulletin de l’Institut d’histoire du temps présent, 78, second semestre 2001, 232 p., prix non communiqué.
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Bulletin du Centre d’histoire sociale du xx
e siècle, Paris I, Panthéon Sorbonne, 24, 2001, 204 p., prix non communiqué.
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Cahiers Léon Trotsky, 75, octobre 2001, 104 p., 13,72 €.
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Calame-Griaule Geneviève, Contes tendres, contes cruels du Sahel nigérien, Paris, Gallimard, coll. « Le langage des contes », 2002, 304 p., 22,50 €.
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Cantier Jacques, L’Algérie sous le régime de Vichy, Paris, Odile Jacob, coll. « Histoire », 2002, 418 p., 24,50 €.
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carbasse Jean-Marie, La peine de mort, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », n° 1834, 2002, 128 p., 6,50 €.
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Carmignani Paul (dir.), Autour de Fernand Braudel, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2002, 184 p., 13 €.
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Cayla Olivier, Thomas Yan, Du droit de ne pas naître : à propos de l’affaire Perruche, Paris, Gallimard, coll. « Le débat », 2002, 192 p., 12 €.
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Cefaï Daniel et Trom Danny (dir.), Les formes de l’action collective : mobilisations dans des arènes publiques, Paris, Éditions EHESS, coll. « Raisons pratiques », 2001, 328 p., 21 €.
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Chantin Jean-Pierre (dir.), Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, tome 10 : Les marges du christiannisme : « sectes », dissidences, ésotérisme, Paris, Beauchesne Éditeur, 2001, 284 p., 45,28 €.
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Charguéraud Marc-André, Les papes, Hitler et la Shoah (1932-1945), Genève, Labor et fides, 2002, 176 p., 19,35 €.
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Charmont François, préface de Laurent Fabius, François Mitterrand et la Nièvre : géopolitique de la Nièvre (1945-1995), Paris, L’Harmattan, 2001, 240 p., 18,30 €.
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Chélini Michel-Pierre, Histoire du franc au xx
e siècle, Paris, Picard Éditeur, coll. « Signes du temps », 2001, 384 p., 35 €.
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Chinsky Pavel, préface de Nicolas Werth, Staline. Archives inédites, 1926-1936, Paris, Berg international Éditeurs, 2001, 176 p., 18 €.
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Cohen Samy (dir.), Les diplomates. Négocier dans un monde chaotique, Paris, Éditions Autrement, coll. « Mutations », n° 213, 2002, 184 p., 19 €.
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Colombani Jean-Marie, Les infortunes de la république, Paris, Gallimard, coll. « Folio », n° 3610, 2002, 192 p., 3,50 €.
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Cultures et conflits. Sociologie politique de l’international, « Construire l’ennemi intérieur », sous la direction de Ayse Ceyhan et Gabriel Peries, 43, automne 2001, 192 p., 16,77 €.
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De Amicis Edmondo, traduction de Piero Caracciolo, Marielle Macé, Lucie Marignac et Gilles Pécout, notes et postface de Gilles Pécoud, Le livre Cœur, suivi de ECO Umberto, Éloge de Franti, Paris, Éditions Rue d’Ulm/Presses universitaires de l’École normale supérieure, coll. « Versions françaises », 2001, 496 p., 22 €.
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De Felice Renzo, traduit de l’italien par Jérôme Nicolas, préface de Pierre Milza, Brève histoire du fascisme, Paris, Éditions Louis Audibert, coll. « Document », 160 p., 14 €.
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Desanti Dominique, Desanti Jean-Toussaint, avec Roger Pol-Droit, La liberté nous aime encore, Paris, Éditions Odile Jacob, 2002, 336 p., 21,50 €.
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Dessertine Dominique, Maradan Bernard, préface d’Olivier Faure, L’âge d’or des patronages (1919-1939) : la socialisation de l’enfance par les loisirs, Vaucresson, ministère de la Justice/CNFE-PJJ, 2001, 238 p., 9,15 €.
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Dissidences. Bulletin de liaison des études sur les mouvements révolutionnaires, « Anticolonialisme(s) révolutionnaire(s) », dossier coordonné par J.-G. Lanuque et A. Moreau, 9, octobre 2001, 60 p., 4,50&nbs