Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629183
212 pages

p. 3 à 4
doi: en cours

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Les 25 ans de l'Espagne démocratique

no 74 2002/2

2002 Vingtième siècle Les 25 ans de l’Espagne démocratique

Présentation

Benoît Pellistrandi
Le numéro que l’on va lire propose un regard sur vingt-cinq ans d’histoire de la démocratie en Espagne. Pourquoi 2002 et pas deux ans auparavant le vingt-cinquième anniversaire de la mort du général Franco ? Le 15 juin 1977 ont eu lieu les premières élections libres en Espagne depuis celles de février 1936. Le processus de « réforme politique » s’achevait et s’ouvrait la période constituante, proprement démocratique.
L’idée première des auteurs de cette livraison de Vingtième Siècle. Revue d’histoire a été de faire le point sur les grandes évolutions qui ont marqué et qui marquent encore la société espagnole. Nous voulions sortir d’une approche centrée exclusivement sur la transition, qui trop souvent occulte le phénomène majeur : l’Espagne a cessé, aujourd’hui, d’être une exception dans le panorama européen. Elle vit des rythmes propres à toute démocratie occidentale, sans pour autant ne pas avoir sa propre idiosyncrasie et par là susciter des intérêts et des questionnements.
En premier lieu, naturellement, la jeunesse de cette démocratie et les conditions de son avènement et de sa consolidation constituent une originalité incontestable. Les contributions de Santos Juliá, Javier Tusell et Julio Aróstegui permettent de dégager quelques lignes forces pour comprendre le poids du passé récent dans la vie politique espagnole.
L’une des questions clés qui sous-tend toutes les réflexions des historiens est celle de savoir si l’évolution politique et socioculturelle qui avait commencé avant le franquisme, avait été brutalement interrompue par celui-ci et avait pu reprendre sa marche après. L’enjeu de la réponse est de taille : elle suppose de savoir s’il existe une continuité dans l’histoire récente de l’Espagne. On lira sous la plume de Santos Juliá les arguments qui plaident pour cette vision. On peut aussi se demander dans quelle mesure elle ne contribue pas à affaiblir la signification du franquisme en le réduisant à n’être qu’une parenthèse. On ne cherchera pas ici à trancher le débat, mais bien à le souligner. La contribution de Julio Aróstegui qui traque la mémoire du franquisme dans la démocratie espagnole offre un prolongement évident à cette réflexion.
Javier Tusell nous rappelle que l’histoire politique de la transition, entendue au sens strict – 1975-1982 – reste à faire, que la période offre un matériau considérable pour tout chercheur et que cette exploitation, forcément longue, aboutira à de nouveaux jugements et de nouvelles conclusions.
Les études d’Erwan Basnier, de Benoît Pellistrandi et Gérard Chastagnaret tentent, en examinant respectivement le système des partis et les résultats électoraux, la question nationale et enfin l’économie, d’embrasser des évolutions cruciales sur les vingt-cinq ans considérés. L’objectif est bien de relire le présent en fonction des matrices historiques qui le conditionnent et de montrer qu’une histoire récente est possible, au-delà de toutes les incertitudes qu’apporte avec lui l’avenir. De la même façon, les contributions de Jérôme Pellistrandi sur l’armée et de Pablo Pérez López sur les médias examinent ces deux sujets avec un regard neuf, non plus en fonction des coordonnées de la transition, mais en réfléchissant sur l’aboutissement actuel des évolutions. Le témoignage qu’offre Antonio Gutierrez sur le syndicat qu’il a dirigé de 1987 à 2000 confirme, à nos yeux, la validité de cette démarche. On verra en effet comment les priorités se sont progressivement transformées et comment l’évidence du cadre démocratique a permis de déplacer les enjeux. Autrement dit, comment la lutte sociale a repris le devant. Mais sans doute, lira-t-on dans son analyse les conséquences culturelles que la transition a imprimé à la geste syndicale et politique.
Avec Juan Manuel Bonet et Jean-Paul Aubert, nous abordons des thèmes culturels : la politique des musées espagnols et le rayonnement du cinéma ibérique. Loin d’être secondaires, ces articles nous aident à comprendre la mutation espagnole contemporaine. Celle-ci n’a pas été exprimée uniquement par le feu d’artifice d’une movida très médiatique. Elle plonge ses racines dans une vigueur culturelle que l’étroitesse du franquisme n’avait pu soumettre. On retrouve là l’écho des intuitions de Santos Juliá : la démocratie a renoué le fil de l’histoire espagnole.
Dernier élément de présentation qui relève, cette fois-ci, de la méthodologie. On trouvera dans l’histoire de la transition et de la démocratie en Espagne les arguments qui plaident pour l’importance de l’instance politique dans l’histoire des sociétés. Voilà en effet un pays et une société qui ont cherché et établi une nouvelle articulation politique afin de permettre l’exercice de la liberté individuelle et collective. Or, tout ce processus s’est opéré dans une période marquée par une très forte crise économique et une accentuation de l’internationalisation de la vie économique. Les Espagnols n’ont pas été épargnés. Qu’on en juge par les chiffres officiels qui estimaient le chômage à près de 24 % de la population active entre 1985 et 1995. De même, le choix de l’intégration européenne relève d’une décision politique aux conséquences économiques et sociales considérables. La politique a ainsi dominé l’histoire récente de l’Espagne.
C’est encore elle qui est mobilisée et interpellée au Pays basque espagnol. Là où les terroristes nient toute représentativité aux élus, la politique reste la seule façon qu’a l’homme d’exercer individuellement et collectivement sa liberté.
PS : Le coordinateur de ce numéro tient à remercier Gwenaël Le Brazidec, Claire Pellistrandi et Michel Sarre pour l’aide apportée (traductions et relectures).
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