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Vingtième Siècle. Revue d'histoire

2002/2 (no 74)



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En vingt-cinq ans de démocratie, les Espagnols ont voté plus de vingt fois. Comment s’est réparti leur vote au sortir d’une absence de consultation qui faisait remonter à 1936 les dernières élections libres ? Quels partis politiques dominants ont structuré le paysage électoral espagnol ? À quel type d’évolution a-t-on assisté depuis 1977 ? Erwan Basnier propose ici un bilan politologique qui fait ressortir les similitudes – le rôle structurant du clivage gauche-droite – et les différences – l’importance des partis régionalistes/nationalistes – du système espagnol par rapport à ceux de ses partenaires de l’Europe occidentale.

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Depuis les premières élections de la transition démocratique en juin 1977, les Espagnols ont été ame-nés à voter à huit reprises pour élire leurs représentants aux Cortes generales et à six occasions pour désigner leurs conseillers municipaux et leurs députés régionaux. Durant cet intervalle de vingt-cinq ans, l’Espagne et les Espagnols ont beaucoup changé. L’incertitude relative à la nature du nouveau régime politique après la mort du dictateur Franco ne constitue plus qu’un lointain souvenir à peine connu des jeunes générations de ce pays et la démocratie est aujourd’hui, et ce depuis de nombreuses années, une réalité évidente pour la majorité de la population espagnole. Principaux acteurs de cette transformation politique et sociale, les partis politiques espagnols [1]  Les études sur les partis politiques espagnols sont... [1] ont également connu de profondes mutations depuis 1977. Après une première période de transition institutionnelle (1975-1978), marquée par une certaine instabilité de l’offre politique et par une confusion due à la présence d’une multitude de sigles (parfois rattachés à des groupuscules formés seulement à l’occasion des élections et disparaissant ensuite), les partis politiques espagnols entrèrent dans une phase de consolidation qui s’est traduite par une certaine stabilisation de leur nombre et de leur influence respective au sein des institutions. Des partis comme le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), le Parti communiste d’Espagne (PCE), le parti de droite Alliance populaire, devenu Parti populaire à partir de 1990, et les deux partis régionalistes, le Parti nationaliste basque (PNV) et Convergence et Union (CiU), sont devenus les éléments clefs du système politique espagnol grâce à une présence continue au sein des Cortes et des collectivités locales. Ils constituent un noyau stable d’organisations rassemblant plus de 80 % du vote des citoyens espagnols.

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Cependant, alors que la transition institutionnelle s’est déroulée entre 1975 et 1986, on observe que la transformation des partis et leur stabilisation s’est prolongée au delà de ces limites temporelles jusqu’au début de la décennie 1990, voire jusqu’en 1996. Si certains partis ont repris des sigles historiques, comme le PSOE et le PCE au lendemain de leur légalisation, ou si d’autres ont été créés ex nihilo au début de la transition, ainsi Alianza Popular ou la coalition de centre droit Union du centre démocratique (UCD), la plupart des organisations politiques espagnoles ont été l’objet de mutations qui se déroulèrent à des rythmes différents tout au long de cette période. Certaines d’entre elles, le Parti populaire (ex-Alianza Popular) notamment, sont le produit d’un processus de transformation très récent (1989-1996). Témoignant de l’instabilité du système de partis espagnols ou, plus précisément, de sa transformation incomplète jusqu’au début des années 1990, cette mutation progressive des partis espagnols a contribué à donner à l’espace politique et électoral de ce pays ses caractéristiques singulières.

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L’évolution des comportements électoraux des Espagnols et de leurs préférences politiques est indissociable de cette transformation du système de partis en Espagne. Ces comportements électoraux ont profondément changé au cours de ces dernières années. A l’incertitude des premières années de l’après-franquisme, alors que gouvernait une coalition de centre droit (Unión de Centro Democrático) à laquelle s’est substituée une domination sans partage des socialistes entre 1982 et 1996, une situation nouvelle de relative « normalisation » politique est apparue en 1996 avec une alternance entre la gauche et la droite qui a permis à un parti de droite jusqu’alors écarté du pouvoir, le Parti populaire, d’accéder au gouvernement national, après avoir conquis progressivement le contrôle de plusieurs régions.

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Dans cet article, nous ne prétendons pas aborder de façon exhaustive tous les processus électoraux à l’échelle nationale ou locale ni non plus réaliser une analyse détaillée de la restructuration du système de partis espagnols et de l’évolution du vote dans toute la Péninsule. Plus modestement, nous nous proposons de resituer dans ses grandes lignes l’évolution du système de partis politiques espagnols depuis 1977 et de réfléchir sur l’évolution du vote depuis le rétablissement de la démocratie en mettant en lumière des tendances significatives ou des phénomènes singuliers qui appellent l’attention dans différentes régions (Communautés autonomes) de l’État espagnol.

◦ L’évolution du système de partis en Espagne depuis 1977

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Comme l’a souligné Manuel Ramírez [2]  Manuel Ramírez, Sistema de partidos en España (1931-1990),... [2] dans son étude sur le système de partis politiques espagnols pendant la période de transition démocratique, les partis formaient, à la veille des premières élections de 1977, un ensemble désordonné et hétérogène. Leurs espaces politiques et électoraux étaient mal définis et leur offre ne correspondait pas toujours à des attentes sociales réelles ou réalistes. La légalisation des partis de l’opposition clandestine à Franco avait fait réapparaître publiquement des organisations qui, affaiblies par quarante années de luttes clandestines et d’exil (le PSOE, le PCE, les partis républicains), étaient en cours de reconstruction. On comptait aussi de nouvelles organisations nées au cours des dernières années de la dictature franquiste ou créées après la loi de Réforme politique (décembre 1976). En raison de l’absence d’élections pluralistes depuis 1936, et donc faute de points de comparaison auquel se référer, la plupart des partis qui s’étaient présentés aux élections du 15 juin 1977 constituaient des forces dont il était difficile d’évaluer l’influence réelle dans la société. Le nombre de leurs militants restait également difficile à estimer.

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Les premières élections de l’après-franquisme contribuèrent à clarifier la situation et à mettre en lumière la force sociale et électorale réelle de ces organisations. Certaines d’entre elles, comme le Parti communiste et les partis républicains, ne recueillirent pas les résultats escomptés et leurs dirigeants durent renoncer au rôle de leader qu’ils prétendaient incarner au sein de la société espagnole. Ces derniers durent parfois se résoudre à adopter des ambitions plus modestes (cela fut particulièrement vrai pour le PCE qui se révéla ne pas être le premier parti de l’opposition antifranquiste). D’autres organisations, au premier rang desquelles il faut placer le PSOE, se virent, non sans surprise, projetées au premier plan de la scène politique et institutionnelle de la transition politique espagnole, en dépit de leurs difficultés matérielles et idéologiques. Mais, ce fut une coalition électorale de centre droit, l’UCD, récemment formée par plusieurs personnalités provenant d’horizons idéologiques variés, qui remporta les élections de 1977. Cette force politique devint le soutien parlementaire du gouvernement présidé par Adolfo Suárez. Le PSOE, en pleine restructuration et dirigé par les « jeunes andalous », Felipe González et Alfonso Guerra, s’imposa comme la seconde force politique du pays et devint ainsi la principale alternative au pôle de centre droit formé par UCD et le parti de droite plus radical Alianza Popular, dirigé par Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre de Franco.

Résultats des élections générales de 1977
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En dépit de cette première clarification, une certaine confusion continuait de marquer le champ politique espagnol. Aux côtés des quatre ou cinq grands partis qui monopolisaient plus de 80 % des votes des citoyens, il existait en effet une pléiade de petites organisations qui s’étaient structurées au cours des deux dernières années de la dictature ou juste avant les élections. Certaines d’entre elles ne furent pas légalisées et disparurent [3]  Voir sur ce sujet le travail de Consuelo Laíz, La Lucha... [3] . D’autres essayèrent de maintenir leur présence grâce à une implantation très localisée [4]  C’est notamment le cas du Parti socialiste andalou... [4] . En marge des grands partis nationaux, des formations politiques ayant une bonne implantation régionale – les partis régionalistes ou nationalistes comme le Parti nationaliste basque (PNV) par exemple –, contribuèrent à accentuer la dispersion de l’offre politique dans le système de partis espagnols en privant les grandes organisations politiques de rang national (comme UCD ou le PSOE) d’une partie significative des votes dans ces régions électoralement importantes (le Pays basque et la Catalogne par exemple). CiU en Catalogne et le PNV au Pays basque, pour l’essentiel, réussirent en effet à concurrencer les grands partis nationaux comme l’UCD jusqu’en 1982, le PSOE entre 1982 et 1996 et le Parti populaire entre 1996 et 2000, et ont consolidé à leur profit une partie significative, voire majoritaire (selon le type d’élection), de l’électorat de leurs régions. Ils s’affirmèrent comme des forces politiques de première importance lors des élections générales ou régionales. Ainsi, à partir de 1980, la coalition nationaliste CiU gouverne en Catalogne. Au Pays basque, le PNV s’est imposé comme la première force politique et a gouverné la Communauté autonome basque avec le soutien des socialistes de cette région dès 1980 [5]  En 1986, à la suite de la scission du PNV, les socialistes... [5] .

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Jusqu’aux élections d’octobre 1982, le système de partis en Espagne se caractérisa donc essentiellement par un bipolarisme imparfait : la coalition UCD détenait une majorité de votes qui lui permettait de gouverner en solitaire et le PSOE, deuxième parti, constituait l’alternative au gouvernement de centre droit en place depuis 1977. À eux deux, ces partis représentaient plus de 70 % des votes. UCD et PSOE dominaient la vie politique et institutionnelle, même si les partis régionalistes disposaient déjà d’une certaine influence, particulièrement sensible lors du processus d’élaboration des statuts d’autonomie régionaux, et si le PCE disposait d’environ 8 à 10 % des votes.

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Les élections de 1982 marquèrent une rupture par rapport à la période antérieure. L’UCD éclata en raison de fortes tensions internes tandis que le Parti socialiste espagnol, qui obtenait une majorité absolue au parlement, commença à exercer une forte domination sur la vie institutionnelle espagnole en raison de l’absence d’une opposition de poids dans les institutions jusqu’en 1989. De 1982 à 1993, les socialistes espagnols ont exercé un pouvoir sans partage au sein des principales institutions de l’État espagnol (Sénat et Congrès des députés) et ont ainsi contrôlé d’une façon générale la vie politique et institutionnelle du pays. Après la dislocation de la coalition UCD, la droite espagnole demeurait en effet décomposée, divisée et manquait d’un chef de file capable de fédérer tous ses courants. Sous l’autorité de Felipe González, solide leader du PSOE, les socialistes contrôlaient l’État et gouvernaient dans pratiquement toutes les Communautés autonomes. Les exceptions étaient le Pays basque et la Catalogne où les partis nationalistes obtenaient la majorité lors des élections régionales ainsi que la Galice où la droite tenait son fief. Durant cette période, le système de partis politiques espagnols était alors déséquilibré au profit d’un seul parti, le PSOE, faute d’une organisation politique capable d’offrir une alternative à cette hégémonie socialiste.

Résultats des élections générales de 1982
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Cette période de déséquilibre du système de partis espagnol se prolongea jusqu’à la fin de la décennie 1980. En dépit d’une lente érosion de ses résultats électoraux, le PSOE demeurait le parti de gouvernement. C’était aussi une organisation gouvernant dans plus de la moitié des dix-sept régions autonomes de la Péninsule et dans de nombreuses grandes villes de province. À partir de 1989 et jusqu’en 1996, on assista toutefois à un progressif déclin de cette domination et à une baisse de plus en plus marquée de son soutien électoral. Cela reflétait d’une part l’usure du pouvoir socialiste [6]  Cf. Juan Jesús González, « Clases, ciudadanos y clases... [6] , accélérée par des décisions politiques en contradiction avec les promesses électorales (comme la question de l’appartenance à l’OTAN) ou, plus gravement encore, par des scandales à répétition [7]  Parmi ces scandales, citons ceux concernant le frère... [7] . Mais aussi, parallèlement, la progressive reconstruction de l’opposition de droite autour d’un parti jusqu’alors demeuré minoritaire, car associé au franquisme [8]  Cf. José Ramón Montero, « Los fracasos políticos y... [8] durant la transition, Alianza Popular, arrivait à son terme. L’année 1989 constitua en effet un point d’inflexion important dans ce processus de reconstruction d’un parti de droite capable de devenir une alternative au PSOE. Après une décennie de fractionnement et de dispersion des groupes de droite, un jeune dirigeant, issu de la région de Castille et Léon – il l’avait d’ailleurs présidée après l’avoir reconquise au détriment des socialistes –, José María Aznar, devint le chef du parti. Peu à peu, il imposera son autorité, ce qui tranchait après une période de transition où plusieurs dirigeants, comme Antonio Hernández Mancha en 1987, avaient en vain essayé de redynamiser et réunifier cette organisation. Aznar bénéficia du fait que le dirigeant historique de cette formation de droite, Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre franquiste, s’était retiré au second plan, reconnaissant ainsi qu’il n’avait pu faire décoller les résultats électoraux de son parti. De manière significative, Fraga se retira en Galice où il gouverne la région autonome depuis 1989. Venue d’un chantre du centralisme, cette décision de se replier sur un bastion régional pourrait apparaître comme une ironie de l’histoire. Ce serait sous-estimer la particularité du système politique espagnol qui confère au président autonome – surtout s’il s’agit d’une « nationalité » historique, et la Galice en est une – une autorité considérable [9]  Manuel Fraga a gagné un quatrième mandat en octobre 2001.... [9] . Fraga, en laissant à des jeunes dirigeants au passé moins compromettant la tâche d’un renouvellement de la droite en Espagne, a ouvert la voie à son succès. Les messages politiques plus libéraux de ces jeunes dirigeants, leur appartenance à une génération plus jeune et leur intention de viser l’électorat centriste sans lequel aucune majorité n’était envisageable créaient les conditions d’une « normalisation » de la droite espagnole. Qui plus est, l’échec du Centre démocratique social d’Adolfo Suárez qui avait, en vain, tenté de récupérer l’héritage de l’UCD, laissait désemparés plusieurs centaines de milliers d’électeurs qui ne voulaient pas voter socialiste ni Alianza Popular. La mutation de la droite espagnole, qui se traduisit aussi par le changement de nom du mouvement en Partido Popular (PP), allait peu à peu attirer ces électeurs vers elle.

Résultats des élections générales de 1989
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1996 marqua une nouvelle rupture, aussi importante que celle de 1982. Une nouvelle alternance au pouvoir succéda à quatorze années de gouvernement socialiste. Le PP devint majoritaire en Espagne et délogea le PSOE du gouvernement national. José María Aznar, président du PP, fut désigné président du gouvernement espagnol. Tout cela était l’aboutissement d’un vaste mouvement qui avait vu, entre 1990 et 1999, le PP conquérir le pouvoir dans plusieurs Communautés autonomes, à chaque fois au détriment des socialistes. Les élections de 1995 virent la victoire d’Alberto Ruiz Gallardón et du PP dans la Communauté de Madrid. Hautement symbolique – Madrid était une ville de gauche – et stratégique – la circonscription électorale de Madrid envoie 34 députés aux Cortes et les élections législatives devaient avoir lieu moins d’un an plus tard –, cette victoire consacrait la capacité du PP à devenir le prochain parti de gouvernement. Le succès aux élections municipales confortait ce sentiment. Bien que les résultats des élections de mars 1996 aient surpris par leur caractère serré (moins de 300 000 voix séparaient le PP du PSOE, soit 1,2 % des suffrages exprimés), alors que les sondages avaient anticipé un raz de marée à droite, le PP et la droite avaient bel et bien gagné les élections. Affirmation surprenante mais qui doit se lire comme la traduction du sentiment dominant d’incrédulité et d’incertitude que suscitait l’arrivée de la droite au pouvoir, pour la première fois depuis le début de la période démocratique – et d’aucuns dirent pour la première fois démocratiquement dans l’histoire espagnole. Avec une majorité relative au sein des Cortes, confortée par le soutien de certains partis régionalistes comme CiU, le PNV ou encore Coalición Canaria [10]  Comme son nom l’indique, il s’agit d’un parti nationaliste... [10] , et avec le contrôle de plusieurs Communautés autonomes [11]  Le Parti populaire consolida son pouvoir en Castille-et-Léon... [11] , le PP devint le nouveau parti dominant en Espagne à partir de 1996. Lors des dernières élections générales de mars 2000 à l’occasion desquelles il a obtenu, contre toute attente [12]  Bien que les sondages aient laissé entrevoir cette... [12] , une majorité absolue au sein des deux chambres des Cortes generales, le parti de José María Aznar a conforté cette position hégémonique au sein du système politique espagnol malgré la forte mobilisation des socialistes et des communistes qui essayèrent de former un front commun contre la droite après plusieurs années de confrontation.

Résultats des élections de 1996 et de 2000
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Si le Parti populaire est aujourd’hui le parti dominant en Espagne, on remarque que la structure du système de partis demeure relativement identique à celle qui caractérisa la décennie 1990. En effet, après une première étape de domination de la coalition de centre droit UCD, puis une décennie de domination absolue du PSOE entre 1980 et 1990, l’essentiel du spectre électoral reste partagé entre deux grands partis (le Parti populaire et le Parti socialiste qui concentrent près de 80 % des suffrages) tandis que d’autres petits partis luttent pour maintenir leur influence déclinante, à l’image de la coalition Izquierda Unida dans laquelle est intégré le PCE, ou pour préserver leur capacité de manœuvre face aux grands partis en essayant de stabiliser un pourcentage de votes qui leur permet de jouer le rôle de partis charnières sans toutefois participer au gouvernement. Ce dernier cas est celui du parti nationaliste catalan CiU qui, entre 1993 et 1996 avec le gouvernement socialiste, puis entre 1996 et 2000 avec le gouvernement du Parti populaire a complété utilement les majorités parlementaires des deux grands partis. CiU n’est pas seule à jouer cette carte : les partis nationalistes basque (PNV) et canarien (Coalición Canaria) ont participé à la majorité du gouvernement du Parti populaire entre 1996 et 2000.

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Ainsi, les préférences politiques des Espagnols se polarisent-elles toujours autour des deux grands partis nationaux qui représentent respectivement la droite ou centre droit et la gauche modérée et autour d’une série d’organisations qui disposent d’une solide implantation régionale (cas de CiU, PNV, Coalición Canaria, Partido Aragonés, etc.). Cette distribution contribue à donner forme à un système bipartisan imparfait qui semble se reproduire avec régularité depuis le début de la transition démocratique espagnole, la situation de domination quasi absolue du PSOE entre 1982 et 1989 restant liée à des conditions exceptionnelles – désunion de la droite espagnole, absence d’un leadership unique s’imposant à tous les courants de droite et centre droit, discrédit porté sur des dirigeants issus du franquisme qui maintinrent un discours radical au cours de la transition.

◦ 25 ans après le rétablissement de la démocratie : peut-on parler de traditions politiques ?

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Ces différents partis (PP, PSOE, PCE-IU, CiU, PNV, CC, ERC, EA, PAR, etc.) [13]  PP : Parti populaire ; PSOE : Parti socialiste ouvrier... [13] ont obtenu le vote des Espagnols. Des tendances électorales sont apparues. On peut même parler de nouvelles traditions politiques qui, si elles sont récentes, ne sont pas complètement détachées d’autres traditions issues du passé, soit de l’époque franquiste, soit des périodes antérieures, et reflètent la rapide adaptation des citoyens espagnols aux mécanismes de la démocratie participative. Depuis les premières élections de juin 1977, force est de constater que plusieurs grandes tendances politiques ou traditions [14]  La référence à une tradition implique une durée et... [14] rivalisent dans la Péninsule. Si l’électorat espagnol se divise principalement autour de l’opposition traditionnelle entre gauche et droite sur la quasi-totalité du territoire, d’autres lignes de partage recouvrant des problématiques sociales, économiques et religieuses [15]  Sur les rapports entre la question religieuse et les... [15] ainsi que des questions d’identités socioterritoriales de caractère historique se superposent parfois à ce premier clivage. Cette structuration complexe et diversifiée du spectre électoral espagnol reflète à la fois la bipolarisation et, d’autre part, la multipolarisation politique et électorale qui se donne à observer de façon assez différente selon le type d’enjeu électoral (national, régional ou local) et le type de région considérés.

Le clivage gauche-droite : un clivage structurant…

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Les résultats des premières élections de la transition, en juin 1977, révélèrent que le clivage politique dominant au début de la transition politique était fondé sur le traditionnel axe gauche-droite (la gauche étant représentée par le PSOE, le PCE, et quelques petits partis comme le PSC-C, le PSP, le PSUC et la droite et le centre droit par Alianza Popular, UCD, et une série de petites organisations non représentées au sein des institutions) [16]  Cf. Enquêtes DATA 1977. [16] . Après presque quarante années de franquisme et de luttes clandestines contre la dictature et malgré la volonté de dépasser une étape historique difficile pour bon nombre d’Espagnols, les clivages politiques caractérisant le système politique de la transition démocratique espagnole étaient en partie encore influencés par l’opposition entre dictature (la droite) et opposition démocratique (la gauche principalement, mais aussi des monarchistes qui n’obtinrent aucun représentant au sein des Cortes en 1977, des démocrates chrétiens, des républicains et des régionalistes comme les dirigeants de CiU, du PNV). L’héritage des luttes politiques livrées durant la période du franquisme a constitué durant plusieurs années, et jusqu’à nos jours encore quoiqu’à un moindre degré, le principal système référentiel symbolique du champ politique espagnol [17]  Les références à la droite autoritaire – avec une claire... [17] .

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Cette ligne de division latente existant au sein de la société espagnole de la transition [18]  Curieusement, il n’existe pratiquement aucune étude... [18] se refléta dans les premières enquêtes d’opinion [19]  Cf. Enquêtes DATA 1977, 1979, 1982. [19] et dans les premiers résultats électoraux où la gauche obtint près de 40 % des voix tandis que la droite cumula près de 50 % des suffrages exprimés. Cette distribution du vote contribua à mettre en évidence la totale délégitimation des options politiques radicales ou violentes durant ces premières années de la transition (comme l’Alianza Popular de Fraga Iribarne entre 1977 et 1982, la Ligue communiste révolutionnaire, ETA político-militar, PC marxiste-léniniste, etc.). Mais, surtout, elle montra que le clivage gauche-droite était de nouveau, après quarante années de dictature, un des principaux éléments structurants du champ politique espagnol.

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Tout au long de la transition et de la consolidation démocratique, cette ligne de division gauche-droite a continué d’être la principale matrice d’identification politique du système politique espagnol.

Décision de vote en 1979 en fonction de l’identification sur l’échelle gauche-droite (en % horizontaux)
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Malgré la transformation progressive des identités politiques de droite et de gauche au cours des décennies 1980 et 1990 et en dépit de l’apparition de nouvelles problématiques socio-économiques et culturelles susceptibles de mobiliser les électeurs, les préférences électorales des Espagnols restèrent largement structurées par ce clivage gauche-droite qu’une rapide modernisation économique et culturelle n’a pas fait disparaître. Dans les discours et les débats politiques, dans la presse, l’axe gauche-droite a été tout au long de ces vingt-cinq années de démocratie un élément fondamental de structuration des identifications et des cultures politiques en Espagne. Durant cette période, les discours des principaux leaders furent de puissants vecteurs de cette représentation duale de la compétition politique. Liés à une charge émotionnelle aux effets efficaces (l’association de la droite avec l’ancien ordre politique franquiste ou de la gauche aux « rojos » – les « rouges » – assassins de la guerre civile par exemple) [20]  Cela était particulièrement vrai au cours des premières... [20] ou à des différences idéologiques et de pratiques politiques, les systèmes de représentation des adversaires de ces partis contribuèrent grandement à objectiver socialement une ligne de division politique en partie héritée du passé. Ainsi, des partis de gauche comme le PSOE, le PCE, ERC (la Gauche républicaine de Catalogne) ou même d’autres petits partis régionalistes (CiU, PNV) contribuèrent, à travers leurs systèmes respectifs de représentation politique (la « droite autoritaire », la « droite libérale » ou la « droite centralisatrice »), à structurer des identités politiques selon un clivage gauche-droite et, parallèlement aussi, selon un autre clivage important : celui qui cherche à opposer le national et le régional. Au cours des premières années de la transition démocratique espagnole et, parfois, des années suivantes, les partis de droite, en stigmatisant leurs adversaires de gauche (la gauche marxiste, en référence au PSOE, dénoncée par Adolfo Súarez durant la campagne électorale de 1979 ou encore les références aux « rojos » communistes des premières années d’après-franquisme), facilitèrent aussi l’institutionnalisation de ce clivage qui fut intériorisé par les électeurs.

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On peut écrire sans se tromper donc que l’opposition droite-gauche reste encore aujourd’hui le principal élément de structuration de l’offre politique et des préférences électorales.

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Si la gauche ne recouvre plus une identité aussi radicale qu’au cours des années 1960-1970 et si elle s’est débarrassée de ses références marxistes (cas du PSOE en 1979 mais pas du PCE qui continue de maintenir son identité de classe), elle continue d’exister et de structurer le paysage politique espagnol. C’est par elle que de nouvelles problématiques socioculturelles et économiques (l’Europe, l’écologie, la femme dans la société, la globalisation, etc.) entrent dans le débat politique. La gauche constitue aussi le substrat d’une tradition qui trouve ses valeurs de référence à la fois dans le passé (période franquiste) et dans le présent. Cette tradition s’ancre dans certains territoires comme l’Andalousie, le Pays basque, les Asturies par exemple où l’histoire des mouvements sociaux a été aux origines des partis de gauche. La droite espagnole, le Parti populaire essentiellement, recouvre également des réalités nouvelles, allant même jusqu’à muer vers une position stratégique de centre [21]  Le Parti populaire présidé par José María Aznar, actuel... [21] destinée à consolider sa position dominante dans la société espagnole. Elle s’est progressivement détachée, au cours de la décennie 1990, de ses référents idéologiques gênants parce qu’en partie liés à l’ancien régime franquiste et a épousé une culture libérale plus pragmatique incluant des problématiques autrefois associées à la gauche (la solidarité, les politiques sociales).

Pourcentage des votes entre les blocs de la droite et de la gauche en Espagne entre 1977 et 2000

… mais un clivage ni unique ni universel.

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Parallèlement à ce clivage gauche-droite, d’autres lignes de fracture existent qui donnent naissance à une configuration assez originale et complexe du spectre électoral dans toute la péninsule Ibérique. En fonction des régions et des matrices culturelles et historiques de celles-ci, différentes identités et cultures politiques locales associées à des groupes politiques et sociaux se sont constituées. Ces identités contribuent d’une façon jamais négligeable, et parfois fondamentale comme au Pays basque et en Catalogne, à la structuration locale de l’espace politique et institutionnel. Elles tendent aussi à faire apparaître de nouveaux clivages construits sur le registre d’opposition régional/national qui, soit se surajoutent au grand clivage gauche-droite existant sur l’ensemble du territoire espagnol (comme en Andalousie au cours des années 1977-1984 par exemple), soit s’imposent à lui selon le type d’élections (en Catalogne ou au Pays basque).

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En effet, si, dans certaines régions comme l’Andalousie, l’Estrémadure ou Castille-La Mancha, les socialistes ont pu obtenir à partir de 1982 de bons scores électoraux, souvent supérieurs à 50 %, qui reflètent une bonne implantation locale de leur organisation ainsi qu’une certaine fidélisation de la clientèle électorale régionale, dans d’autres provinces, les grands partis nationaux représentant la droite (AP-PP) ou la gauche (PSOE et PCE-IU) n’ont pu disputer leur suprématie à des « petits » partis régionaux ou régionalistes qui, tout au long de ces vingt-cinq années de démocratie, ont su fidéliser une majorité de l’électorat local.

Résultats électoraux en Andalousie entre 1977 et 1991
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En Catalogne, par exemple, on observe l’existence d’une structure duale du vote qui fait apparaître des comportements électoraux différenciés en fonction de la nature des enjeux régionaux, municipaux ou nationaux. Ainsi, à l’occasion des élections générales et municipales, le Parti socialiste catalan est, depuis 1977, majoritaire, même si ces dernières années sa suprématie est disputée par le Parti populaire et CiU. Lors des élections régionales où les enjeux portent sur le gouvernement de la région et comportent une charge symbolique importante, le gouvernement autonome des institutions historiques de la Generalitat, c’est le parti nationaliste catalan CiU qui l’emporte depuis 1980. Malgré un pourcentage de votes plus élevé pour la coalition de gauche dominée par le PSC lors des dernières élections de 1999, l’inamovible président Pujol a gagné un cinquième mandat.

Résultats des élections régionales en Catalogne entre 1980 et 1992
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Si, comme dans le reste de l’Europe, de nouveaux clivages, produits d’une politisation de certains enjeux sociaux, sont apparus au cours des quinze dernières années en Espagne autour de l’adhésion à l’Europe, du statut de l’Espagne dans l’OTAN, du rôle de la femme dans la société, des politiques économiques, de l’avortement, etc., et ont donné lieu à une modification de l’offre politique et des préférences électorales, on remarque toutefois que le système politique espagnol maintient les spécificités qui font son originalité. L’absence, au sein du système politique espagnol, de forces politiques construites autour de thèmes très mobilisateurs dans le reste de l’Union européenne, comme pourraient l’être un parti écologiste ou un parti d’extrême droite opposé à l’immigration, par exemple, est un fait notable.

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Cette singularité du système politique ibérique tient sans doute aux caractéristiques même du processus de transition démocratique au cours duquel les organisations radicales et la culture de la violence, rejetées par la majorité de la société espagnole, furent toutefois maintenues par des mouvements comme l’ETA, qui bénéficie, au Pays basque, d’un relais politique avec Herri Batasuna, devenu Batasuna [22]  Ce parti obtient régulièrement plus de 10 % des voix... [22] . Mais une force politique de filiation franquiste comme la Falange Española n’a jamais obtenu que quelques milliers de voix lors des élections de la transition politique et n’a ainsi pu disposer d’un rôle majeur dans les débats politiques de cette période. Aujourd’hui, si cette formation d’extrême droite existe toujours, elle demeure marginale et isolée au sein de la société espagnole. Elle se situe en dehors des cultures politiques des Espagnols construites durant la transition et après elle.

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On constate en outre que le mouvement des écologistes en Espagne n’a pas connu une institutionnalisation aussi poussée qu’en France ou en Allemagne. S’il existe de petits partis verts ou des organisations écologistes, ceux-ci ne disposent que d’une influence très réduite et ne comptent aucun représentant au sein des institutions. Cette marginalisation tient principalement au caractère relativement secondaire de la problématique écologiste au sein du système politique (et social) espagnol et à la difficulté de ses militants de disposer d’une représentation dans les institutions dans le cadre d’un système partisan somme toute très bipolarisé.

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Le phénomène le plus significatif reste toutefois la consolidation de forces régionales dans certaines Communautés autonomes. Comme cela a été souligné antérieurement, l’existence de partis politiques régionalistes capables de fidéliser durant deux décennies un électorat majoritaire révèle la profonde implantation sociale des cultures politiques régionalistes, basques et catalanes en particulier mais aussi galiciennes, canariennes, et la grande habileté politique de dirigeants, comme Javier Arzalluz au Pays basque ou Jordi Pujol en Catalogne, qui ont su administrer durablement le pouvoir en dépit de la forte pression exercée ces dernières années tant par le PP, en particulier au Pays basque, que par le PSOE et ses alliés – en Catalogne en particulier avec l’alliance PSC-PSOE et IC-Els Verds. Il s’agit là de Communautés « historiques » où la décentralisation de l’État espagnol qu’a permise la constitution de 1978 ne s’apparente pas à un processus technique de transfert de compétences administratives et financières. Il s’agit d’un mouvement beaucoup plus complexe qui met aux prises réalités et symboles politiques, particularités historiques et sentiments nationaux, cultures régionales et projets étatiques.

Résultat électoraux au Pays basque entre 1980 et 2000

Un système stable ou ouvert ?

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Cette situation constitue aussi un grand défi à la stabilité du système électoral espagnol en raison des tensions croissantes qui existent entre les partis de rang national et certaines forces régionalistes qui tentent de tirer un profit maximum de leur position charnière au cours des périodes qui leur sont favorables.

30

Après plus de vingt années de pratique électorale et de transformation du champ politique espagnol, il convient de constater que le système politique et électoral espagnol a convergé, sans soubresauts, vers un modèle qui caractérise la plupart des grandes démocraties occidentales, avec une alternance régulière et une certaine stabilité du nombre de partis. Sorti des années d’incertitude et de restructuration, le système de partis espagnol se structura en effet autour de grands partis qui dominent l’espace électoral et se partagent les responsabilités institutionnelles. Cependant, plusieurs phénomènes confèrent encore une certaine singularité au système politique espagnol. D’une part, l’absence de partis dont l’identité est construite sur des problématiques contemporaines communes à presque tous les pays d’Europe constitue une caractéristique qui met en évidence une certaine rigidité du système de partis espagnols et la difficulté à remettre en question un bipartisme imparfait. De même, elle souligne la faible projection sociale de problématiques qui mobilisent encore peu les citoyens espagnols, alors même que l’immigration commence à s’affirmer comme un thème préoccupant. D’autre part, l’existence de petits partis régionalistes ou « nationalitaires », selon les termes d’Evelyne Ritaine, disputant aux grands partis nationaux leur domination absolue du champ politique illustre le caractère imparfait du système bipartisan et l’impact d’une régionalisation poussée mise en place à partir de 1980. Ces petits partis régionaux gouvernent parfois leur région grâce à un ample soutien de l’électorat local ou obligent les grands partis à négocier leur soutien en échange d’avantages institutionnels. En partie créés par le processus de construction de régions autonomes, ces phénomènes nationalitaires constituent en Espagne un élément essentiel du système politique à l’échelle locale mais aussi nationale car ils exercent une influence non négligeable sur les débats et les alliances politiques mais aussi sur la gouvernabilité du pays dans des périodes où aucun parti ne dispose de majorité absolue aux Cortes. En dépit de la majorité obtenue par le Parti populaire en 2000, ils demeurent malgré leur caractère apparemment minoritaire l’une des clefs de la stabilité politique en Espagne en raison de la difficulté persistante pour un parti d’obtenir une majorité absolue [23]  Nous donnons ici quelques titres pour une bibliographie... [23] . Aussi l’avenir du système dépend-t-il à la fois des évolutions électorales que de la résolution de conflits politiques qui se nourrissent d’une insatisfaction de la structure territoriale et administrative de l’Espagne.

31

Notes

[1]

Les études sur les partis politiques espagnols sont très nombreuses. Voir par exemple (non exhaustif) : Raúl Morodo (dir.), Los partidos políticos en España, Barcelone, Labor, 1979 ; Ramón García Cotarelo, Los partidos políticos, Madrid, Fundación Sistema, 1985 ; José Ramón Montero, « Partidos y participación política : algunas notas sobre la inflación política en la etapa inicial de la transición española », REP, 23, septembre-octobre 1981 ; Michael Buse, La nueva democracia española. Sistema de Partidos y orientación del voto (1976-1983), Madrid, Unión Editorial, 1984 ; Jorge de Esteban et Luis López Guerra, Los partidos políticos en la España actual, Barcelone, Planeta-Instituto de Estudios Económicos, 1982 ; Richard Gunther et al., El sistema de partidos políticos en España. Génesis y evolución, Madrid, CIS-Siglo XXI, 1986. Quelques monographies portant sur les partis les plus significatifs ont également été publiées : Richard Gilespie, El Partido Socialista Obrero Español, Madrid, Alianza Universidad, 1991 ou encore Carlos Huneeus, La Unión de Centro Democrático y la transición a la democracia en España, Madrid, CIS-Siglo XXI, 1985, etc. Voir également les éléments de bibliographie élémentaire proposés en fin d’article.

[2]

Manuel Ramírez, Sistema de partidos en España (1931-1990), Madrid, CEC, 1991, p. 111.

[3]

Voir sur ce sujet le travail de Consuelo Laíz, La Lucha Final. Los partidos de la izquierda radical durante la transición española, Madrid, Los libros de la Catarata, 1995.

[4]

C’est notamment le cas du Parti socialiste andalou en Andalousie.

[5]

En 1986, à la suite de la scission du PNV, les socialistes basques obtenaient 19 députés régionaux contre 17 au PNV. Mais ils ne revendiquèrent pas la présidence du gouvernement régional, la laissant au « lehendakari » José Antonio Ardanza (PNV), en fonction depuis 1984. Le PS du Pays basque (PSE) a participé au gouvernement basque jusqu’en août 1998, date à laquelle le PNV s’est rapproché des radicaux indépendantistes de Herri Batasuna.

[6]

Cf. Juan Jesús González, « Clases, ciudadanos y clases de ciudadanos. El ciclo electoral del pos-socialismo (1986-1994) », Revista Española de Investigación Sociológica, 74, avril-juin 1996, p. 45-76.

[7]

Parmi ces scandales, citons ceux concernant le frère du vice-président Alfonso Guerra, Juan Guerra, accusé de profiter de sa situation familiale pour ses affaires. Elle entraîna, en 1991, la démission d’Alfonso Guerra. Peu après, le directeur de la Guardia Civil (Roldán) était accusé d’enrichissement personnel et de détournement de fonds. Après une fuite rocambolesque à l’étranger, il a été arrêté. Peu après, éclatait le scandale mettant en cause Mariano Rubio, gouverneur de la Banque d’Espagne, accusé de délit d’initié. Puis le financement illégal du Parti socialiste donna lieu à l’affaire Filesa, nom de la société écran utilisée pour capter des fonds.

[8]

Cf. José Ramón Montero, « Los fracasos políticos y electorales de la derecha española : Alianza Popular, 1976-1987 », dans José F. Tezanos, Ramón Cotarelo, Andrés de Blas, La transición democrática española, Madrid, Sistema, 1989 et José Ramón Montero, « Alianza Popular, Coalición Democrática y Coalición Popular (1976-1986) : la evolución de la derecha española en la primera década democrática », dans Julián Santamaría (dir.), Los partidos políticos españoles, Madrid, CIS, 1988.

[9]

Manuel Fraga a gagné un quatrième mandat en octobre 2001. De loin, le plus vétéran des hommes politiques espagnols, il est le seul à pouvoir s’honorer d’une carrière de plus de quarante ans !

[10]

Comme son nom l’indique, il s’agit d’un parti nationaliste canarien qui compte 4 députés au Parlement.

[11]

Le Parti populaire consolida son pouvoir en Castille-et-Léon et remporta les élections à Madrid, dans les Asturies, en Cantabrie, dans la Communauté de Valence, en Murcie.

[12]

Bien que les sondages aient laissé entrevoir cette possibilité, le souvenir de leurs prévisions erronées en 1996 invitait à la prudence.

[13]

PP : Parti populaire ; PSOE : Parti socialiste ouvrier espagnol ; PCE-IU : Parti communiste d’Espagne-Gauche unie (Izquierda Unida) ; CiU : Convergence et Union ; PNV : Parti nationaliste basque ; CC : Coalition canarienne ; ERC : Gauche républicaine de Catalogne ; EA : Eusko Alkartasuna ; PAR : Parti aragonais.

[14]

La référence à une tradition implique une durée et une continuité dans le temps. Si l’on considère la rupture qu’a supposé quarante années de dictature, on préférera parler plus généralement, à quelques exceptions, de tendance politique sauf à considérer le maintien d’une culture politique dans la clandestinité sous certaines conditions de reproduction de celle-ci.

[15]

Sur les rapports entre la question religieuse et les préférences politiques en Espagne, consulter : Salvador Giner et Rafael Díaz Salazar (dir.), Religión y sociedad en España, Madrid, CIS, 1993 et, en particulier, José Ramón Montero, « Las dimensiones de la secularización : religiosidad y preferencias políticas en España », dans Salvador Giner et Rafael Díaz Salazar, op. cit., p. 175-242.

[16]

Cf. Enquêtes DATA 1977.

[17]

Les références à la droite autoritaire – avec une claire association avec le franquisme – existent toujours en 2001 dans les discours de la gauche (PSOE et PCE).

[18]

Curieusement, il n’existe pratiquement aucune étude approfondie de caractère sociologique ou anthropologique sur les identités de droite et de gauche en Espagne et sur le contenu de ces représentations. On se référera toutefois aux enquêtes de DATA de 1977, 1979, 1982 et celles du CIS entre 1982 et 2001.

[19]

Cf. Enquêtes DATA 1977, 1979, 1982.

[20]

Cela était particulièrement vrai au cours des premières années de la transition démocratique mais l’est moins voire plus du tout aujourd’hui, en dépit des efforts de certains dirigeants socialistes pour réactiver depuis 1996 les traditionnelles associations symboliques de cette période : droite = franquisme et autoritarisme.

[21]

Le Parti populaire présidé par José María Aznar, actuel président du Gouvernement espagnol, a opéré une transformation à partir de 1996 et prétend désormais occuper l’espace politique du centre, disputant au PSOE sa condition de « parti attrape-tout ».

[22]

Ce parti obtient régulièrement plus de 10 % des voix avec un sommet autour de 17-18 %.

[23]

Nous donnons ici quelques titres pour une bibliographie complémentaire : Manuel Alcántara, Antonia Martínez (dir.), Política y Gobierno en España, Valencia, Tirant Lo Blanch, 1997 ; Manuel Alcántara, Antonia Martínez (dir.), Las Elecciones Autonómicas en España, 1980-1997, Madrid, Centro de Investigaciones Sociológicas (CIS), 1998 ; Bertha Alvarez-Miranda Navarro, « Integración Europea y sistemas de partidos en el sur de Europa : despolarización y convergencia », Revista De Estudios Políticos, 53 (Nueva Época), Juillet-Septembre 1994, p. 143-167 ; Mario Caciagli, Elecciones y partidos en la Transición Española, Madrid, CIS, Siglo XXI, 1986 ; Ramón Cotarelo (dir.) La Transición y la consolidación política en España, Madrid, CIS, 1992 ; Pilar Del Castillo et al., Comportamiento político y electoral, Madrid, CIS, 1994 ; José Juan González Encinar, Autonomía y partidos políticos, Madrid, Tecnos, 1984 ; Richard Gunther, Giacomo Sani, Goldie Shabad, El sistema de partidos políticos en España. Génesis y evolución, Madrid, CIS, 1986 ; Carlos Huneeus, La Unión de Centro Democrático y la transición a la democracia en España, Madrid, CIS, 1985 ; Juan José Linz, José Ramón Montero, Crisis y cambio : electores y partidos en la España de los años 80, Madrid, Centro de Estudios Constitucionales (CEC), 1986 ; José María Maravall, La Política de la Transición, Madrid, Taurus, 1981 ; José María Maravall, « Los apoyos partidistas en España : polarización, fragmentación y estabilidad », Revista de Estudios Políticos, 23, 1981, p. 9-31 ; José Ramón Montero, Mariano Torcal, « Cambio cultural, conflictos políticos y política en España », Revista de Estudios Políticos, 89, 1995, p. 9-34 ; José Ramón Montero, Los estudios electorales en España : un balance electoral (1977-1991), Barcelone, ICPS, 1992 ; José Ramón Montero, Mariano Torcal, « La cultura política de los Españoles : pautas de continuidad y cambio », Sistema, 99, 1990, p. 39-74 ; Pablo Oñate Rubalcaba, Francisco A. Ocaña Lara, « Elecciones de 2000 y sistema de partidos en España. ¿Cuánto cambio electoral ? », Revista de Estudios Políticos, 110, 2000, p. 297-336 ; Francesc Pallares, « Estado Autonómico y sistema de partidos : una aproximación electoral », Revista de Estudios Políticos, 71, 1991, p. 281-324 ; Manuel Ramírez, Sistema de partidos en España (1931-1990), Madrid, CEC, 1991 ; Julián Santamaría, Los partidos políticos españoles, Madrid, CIS, 1988 ; José Felix Tezanos, Ramón Cotarelo, Andrés de Blas, La Transición Democrática Española, Madrid, Sistema, 1989 ; Josep María Vallés, « Entre la regularidad y la indeterminación : balance sobre el comportamiento electoral en España (1977-1989) » dans José Vidal Beneyto (dir.), España a Debate. La Política, Madrid, Tecnos, 1991.

[*]

Erwan Basnier, ancien membre de la Casa de Velázquez, achève une thèse sous la direction de Marc Lazar, « La restructuration du PSOE ».

Résumé

Français

Vingt-cinq années de démocratie et plus de vingt élections ont permis au système de partis espagnol de se structurer autour du classique affrontement droite-gauche. Après plus d’une décennie d’hégémonie socialiste, l’arrivée au pouvoir du Parti populaire de José Maria Aznar a consacré la fin de l’hypothèque que faisait peser sur la droite espagnole le souvenir de ses compromissions avec le régime franquiste. Le clivage droite-gauche est modifié régionalement par des lignes de partage liées aux enjeux identitaires et culturels. Conséquence probable des conditions dans lesquelles s’est effectuée la transition démocratique, ni l’extrême droite ni le parti écologiste n’ont fait en Espagne une percée semblable à celle que l’on a pu observer dans d’autres pays d’Europe occidentale.

English

System of political parties and electoral behavior in Spain from 1977 to 2001 Twenty-five years of democracy and more than 20 elections have enabled the Spanish party system to structure itself on the classic right-left dichotomy. After more than a decade of socialist hegemony, the coming to power of José Maria Aznar’s Popular Party signified the end of the burden that weighed on the Spanish right for its shady dealings with the Franquist regime. The right-left split is regionally modified by dividing lines linked to identity and cultural stakes. As a probable consequence of the conditions in which the democratic transition occurred, neither the far right nor the green party managed a breakthrough similar to that which occurred in other western European countries.

Plan de l'article

  1. ◦ L’évolution du système de partis en Espagne depuis 1977
  2. ◦ 25 ans après le rétablissement de la démocratie : peut-on parler de traditions politiques ?
    1. Le clivage gauche-droite : un clivage structurant…
    2. … mais un clivage ni unique ni universel.
    3. Un système stable ou ouvert ?

Pour citer cet article

Basnier Erwan, « Système de partis politiques et comportements électoraux en Espagne de 1977 à 2001 », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2/ 2002 (no 74), p. 43-55
URL : www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2002-2-page-43.htm.
DOI : 10.3917/ving.074.0043


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