Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629183
212 pages

p. 57 à 71
doi: en cours

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Les 25 ans de l'Espagne démocratique

no 74 2002/2

2002 Vingtième siècle Les 25 ans de l’Espagne démocratique

L’Espagne face à elle-même

Démocratie et question nationale

Benoît Pellistrandi  [*]
Cet article présente la structure de l’État espagnol issue de la constitution de 1978 et mise en œuvre depuis par les statuts d’autonomie des régions espagnoles. L’auteur explique la charge historique que les « nationalismes périphériques » représentaient dès 1976 et comment la constitution a apporté une réponse à cette question. Puis il montre que la pratique de la décentralisation et l’évolution de la conjoncture politique (entre 1993 et 2000, tant le Parti socialiste que le Parti populaire ont dû passer des alliances parlementaires avec les nationalistes catalans et basques) a progressivement mis en lumière les faiblesses du modèle constitutionnel, ouvrant la voie à des revendications de type fédéral. Le débat, d’abord technique et politique (transfert de compétences administratives, enjeux financiers...), s’est déplacé depuis quelques années sur le terrain de la définition de la nation. Identité nationale, enjeu autour de l’histoire et de son enseignement constituent le décor des nouvelles joutes idéologiques témoignant de grandes incertitudes et d’une recomposition évidente du lien national. This article presents the structure of the Spanish state as of the 1978 constitution and implemented since then by the autonomy statutes of the Spanish regions. The author explains the historical weight the “peripheral nationalisms” represented as of 1976 and how the constitution brought an answer to this question. Then it showed that the practice of decentralization and the development of the political situation (between 1993 and 2000, both the socialist party and the popular party had to make parliamentary alliances with the Catalan and Basque nationalists) progressively brought to light the weaknesses of the constitutional model, leading to federal-type demands. The debate was first technical and political (transfer of administrative jurisdictions, financial stakes, etc.) but has shifted in the last few years to a definition of the nation. National identity and the stakes around history and its teaching make up the background of the new ideological battles. There are many uncertainties and an obvious recomposition of the national link.
En 1978, l’année même de l’adoption de la constitution qui régit aujourd’hui la démocratie espagnole, Pierre Vilar, reprenant l’idée de Lucien Febvre selon laquelle le « plus haut problème » d’une « géographie historique » vraie est celui que « posent les grandes nations modernes par leur existence même », jugeait bon d’ajouter : « et par leur actuelle mise en question ». Benoît Pellistrandi montre que, vingt-cinq ans après la mort de Franco, il n’en est aucun qui reflète mieux les interrogations persistantes sur la singularité de l’Espagne, dans sa psychologie collective comme dans son devenir politique.
Que l’Espagne soit pour elle-même un problème, quel connaisseur un tant soit peu avisé de la réalité culturelle et politique du pays pourrait en douter ? Souvenons-nous de l’essai que signa en 1921 José Ortega y Gasset, España invertebrada, ou de celui de Pedro Laín Entralgo, España como problema (1948) qui lui valut la sévère réplique de Rafael Calvo Serer, España sin problema (1949), dans le climat particulier de l’après-guerre civile et du franquisme triomphant. En fait, la liste est infiniment plus longue des contributions des uns et des autres à la réflexion sur le sens de l’Espagne, son identité historique et l’articulation de ses différents territoires. Outre tous les aspects sociaux, la guerre civile est née aussi des confrontations entre des visions différentes et antagonistes de l’Espagne et le franquisme a représenté une interprétation de la nation, fondée sur certaines traditions, certains choix et aussi des refus ou des exclusions.
À la mort du général Franco et dans les mois qui suivent, les débats sur la « réforme politique » – tel est le nom prudent du processus qu’entend conduire le gouvernement Suárez à partir de juillet 1976 – portent naturellement sur la nature du régime, l’ampleur de la démocratisation, le rythme de sa mise en place et aussi sur l’identité de la nouvelle Espagne.
Pour qui examine les bouleversements considérables qu’a connus l’Espagne depuis vingt-cinq ans, la question de la décentralisation apparaît avec force comme l’une des plus fondamentales et l’une des plus ouvertes. Peut-être pourrait-elle servir de ligne directrice pour proposer, sinon une nouvelle chronologie des vingt-cinq dernières années de la vie espagnole, au moins une explication des mutations à la fois rapides et souterraines qui l’affectent depuis moins de dix ans. Parler de transition démocratique peut conduire à considérer la période comprise entre 1976 et nos jours comme un tout. Cela s’est révélé utile pour le partage de la légitimité de cette transition réussie entre les partis successivement au pouvoir. Ainsi le chef du Parti populaire, José María Aznar, a-t-il souvent expliqué que c’est l’alternance de 1996 qui a vraiment clos la transition. Pour habile que soit cette présentation qui masque son refus initial de la Constitution en 1978, elle n’en demeure pas moins strictement politique. Pour l’historien, une telle vision masque les déplacements des enjeux et atténue la perception des dynamiques actuelles. Il est plus juste de considérer que la « transition » à la démocratie proprement dite se déroule entre 1976 et 1982. Entre 1982 et 1996, le long gouvernement socialiste donne à la période sa note dominante. Faut-il ensuite faire de 1996 une césure ? La date assurément est commode et pertinente, mais est-elle suffisante ? Pour ce qui concerne les grands enjeux politiques et sociaux, la chronologie électorale ne conduit-elle pas à une périodisation trop étroite uniquement fondée sur la conjoncture ? L’intégration dans l’Europe, la redéfinition de la place de l’Espagne dans le monde, mais aussi l’évolution de l’État espagnol nous renvoient à des rythmes de différente durée. L’évolution du modèle de l’État des Autonomies transcende le clivage gauche-droite et le complique singulièrement. Ainsi l’absence de majorité absolue entre 1993 et 2000 a affecté autant le PSOE que le PP et elle a mis aux prises des partis nationaux et des petits partis nationalistes. La réponse apportée à leurs revendications tant par le gouvernement González que par celui d’Aznar ne donne-t-elle pas à la période une logique qui nous met directement aux prises avec le problème de l’évolution de « l’État des Autonomies » ?
Nous voudrions montrer ici combien cette question est au cœur de l’avenir de l’Espagne [1]. Aussi, le retour sur le passé prétend-t-il servir d’éclairage aux enjeux futurs. Comprendre comment la décentralisation est constitutive de l’identité démocratique de l’Espagne conduira à rappeler la structure de l’État espagnol, profondément originale dans le panorama européen. Ce double examen nous permettra d’en mesurer la stabilité ou, au contraire, d’en révéler les multiples incertitudes.
 
â—¦ La décentralisation, revendication démocratique
 
 
La mort de Franco ne lève pas une hypothèque comme une autre. Elle est bien la fin d’une époque et celle d’un régime. Déconsidéré à l’extérieur, contesté à l’intérieur et combattu par des organisations politiques jusque là condamnées à la clandestinité, le modèle autoritaire et dictatorial de l’État a peu de chance de survivre à lui-même, en dépit des velléités du dernier carré franquiste emmené par le chef du Gouvernement, Carlos Arias Navarro. Loin d’être simplement symbolique, la mort du dictateur signifie la disparition de la clef de voûte du système. Aussi est-ce bien à une réorganisation de l’Espagne, dans toutes ses dimensions, que l’on va assister. Les quarante années de dictature n’avaient pas empêché des projets politiques concurrents d’être pensés. Au contraire, la durée du régime a favorisé la multiplication des propositions, émanant soit des vaincus de la guerre civile – la gauche et les républicains –, soit, plus tardivement, des vainqueurs. Toute une frange des partisans de Franco se détache progressivement du régime. Les « centristes » qui, autour d’Adolfo Suárez, dirigeront le pays dans la transition, puisent là une partie de leurs traditions. L’équation politique de l’Espagne, courant 1976, est complexe, compte tenu des multiples paramètres, mais le résultat recherché est connu. Il s’agit d’aller vers l’instauration d’une démocratie représentative. Reste à en déterminer les modalités et les acteurs. C’est toute l’histoire heurtée et passionnante de la période.
Parmi les héritages de la Seconde République, les premiers pas vers une décentralisation politique sont demeurés comme une amorce imparfaite d’un processus de démocratisation de l’Espagne. Résoudre le problème des nationalismes périphériques avait été une préoccupation des gouvernements successifs. Le souvenir des conflits violents qui, en 1873, avaient finalement condamné l’option fédérale pour l’Espagne, invitait les responsables politiques à la prudence, mais pas à l’immobilisme. Aussi l’idée principale, défendue lors de la discussion sur la constitution en 1931, était-elle de faire de l’État un ensemble compatible avec l’autonomie des municipalités et des régions. La décentralisation qui pouvait en résulter ne serait pas uniforme et les régions historiques seraient naturellement privilégiées dans et par cette démarche. Nul étonnement donc à ce que la Catalogne, où les partis nationalistes avaient acquis un poids décisif, soit la première région à se voir attribuée un statut d’autonomie. Promulgué le 15 septembre 1932, il faisait de la Generalitat un organe de gouvernement régional dont les compétences administratives étaient considérables. Cette rapidité tranche avec les atermoiements devant la question basque dont on sait qu’elle ne fut résolue qu’après le début de la guerre civile. Bien que les électeurs de Galice aient ratifié le 28 juin 1936 un statut d’autonomie pour leur région, celui-ci ne put jamais être approuvé par le Parlement, toujours à cause de la guerre. Mais en dépit de ces retards – encore faut-il garder à l’esprit que la république avait à peine plus de cinq ans –, une politique de décentralisation avait été esquissée. Cela suffisait à la fois pour permettre à ceux qui dénonçaient le séparatisme de prétendre que l’unité du pays était en danger et à ceux qui réclamaient une démarche plus audacieuse de fustiger une politique encore trop timide [2].
L’antiséparatisme et la foi dans l’unité de l’Espagne ont été un soubassement solide de l’idéologie disparate des adversaires de la république qui avaient rejoint la rébellion militaire du 18 juillet 1936. Militarisme et antiséparatisme sont au cœur du franquisme [3]. Dès juin 1937, peu après l’entrée des troupes franquistes à Bilbao, le statut du Pays basque était annulé. La Catalogne voit son autonomie abolie en avril 1938, avec caractère rétroactif à compter du 18 juillet 1936. Cette fiction, alors même que les franquistes ne tenaient pas encore la totalité de la région, dit bien l’importance de la question. La loi du 9 février 1939 sur les « responsabilités politiques » qui devaient servir de fondement juridique à la répression franquiste faisait explicitement allusion aux « organisations séparatistes» [4]. Logiquement, les statuts de Catalogne et du Pays basque furent abolis. Pour cette seconde région, l’uniformisation centralisatrice fut poussée plus loin que jamais et elle discrimina les provinces basques entre elles. Les statuts dérogatoires, essentiellement fiscaux, de Guipuzcoa et de Biscaye furent annulés, tandis que la Navarre et l’Alava les conservaient [5]. Par ailleurs, la législation réprimait l’usage des langues et des drapeaux régionaux. Pourtant, ces signes forts d’identité allaient cristalliser une résistance plus ou moins sourde, plus ou moins publique contre le franquisme. Même si, de façon générale, le catalan ou l’euskera reculèrent, des minorités et des lieux abritèrent des revendications culturelles et politiques. Le rôle de l’abbaye bénédictine de Montserrat et du groupe Cristians catalans est bien connu. Nombreux sont ceux qui, dans les rangs du nationalisme catalan, y ont trouvé un lieu d’expression et de reconnaissance, à commencer par l’actuel président de Catalogne, Jordi Pujol.
Dans la nébuleuse qu’est l’opposition au franquisme, les mouvements nationalistes trouvent leur place. Forts en Catalogne et au Pays basque, ils conjuguent à la fois le souvenir de l’autonomie républicaine et les projets de renaissance régionale que la répression franquiste rendait plus urgente et plus attendue encore. L’apparition de l’ETA en 1959, puis, à partir de 1961, son recours au terrorisme, ont marqué un retour spectaculaire de la question basque et contribué à sa diffusion à l’échelle internationale. Le procès de Burgos, en décembre 1970, l’assassinat de l’amiral Carrero Blanco, chef du Gouvernement, trois ans plus tard, enfin l’exécution de cinq terroristes en septembre 1975, ont montré aux Espagnols, mais aussi au monde entier, la résolution des deux camps. La question régionale demeurait une blessure grave au sein de l’Espagne et débouchait sur une grande incertitude. Si pour le régime de Franco, l’Espagne est « une, grande et libre », que doit-elle devenir après sa mort ? Doit-on conserver cette architecture centralisatrice [6], comme le demandent, avec les partisans de l’ancien régime, la droite et tout particulièrement Alianza Popular, le parti de Manuel Fraga Iribarne ? Faut-il reprendre une solution semblable à celle adoptée par la république en reconnaissant la particularité ou le fait différentiel de certaines « nationalités historiques », à savoir la Catalogne, le Pays basque et la Galice ? Peut-on aller jusqu’à envisager une décentralisation tous azimuts ?
La gauche, à commencer par le PCE et le PSOE, est favorable à l’instauration d’une république fédérale. Encore en 1976, au cours de son XXVIIe congrès, le PSOE revendique cette solution. Mais on observe aussi que d’une position favorable à l’auto-détermination des « nationalités ibériques » affirmée à Suresnes en 1972, le PSOE a évolué vers une demande d’autonomie. D’autres courants socialistes, comme le Parti socialiste populaire de Enrique Tierno Galvan [7], restent favorables à l’autodétermination, notamment du Pays basque. Le PCE maintient ses positions fédérales. Mais au-delà de ces deux grands courants dont on ignore encore, en 1976, le poids relatif, toute une multitude de partis régionaux et régionalistes se développent. Dans cette effervescence démocratique, certains jouent la carte régionale pour mieux asseoir, consolider ou maintenir un pouvoir local. Dans le même temps, les partis nationalistes basques et catalans renaissent et reprennent leur combat pour la reconnaissance des droits historiques de leur région. À droite, les tenants du franquisme refusent toute évolution de type fédéral. L’armée réaffirme, plus ou moins bruyamment, son attachement à l’unité de la nation. Fraga Iribarne s’en tient à une décentralisation purement administrative sans signification politique.
L’organisation territoriale de l’Espagne constitue bien un carrefour où se mêlent tout à la fois des considérations préconstitutionnelles, des enjeux politiques et des rapports de forces. De l’évolution de ces derniers dépend le sort de la transition. Or, face aux menées extrémistes des terrorismes de l’ETA, du GRAPO, des groupes d’extrême droite, voire d’un groupuscule canarien, et face aux contraintes que continuaient de faire peser sur l’avenir les structures et les hommes du régime qui n’était pas encore démantelé, le gouvernement Suárez réussit un pacte secret avec l’opposition. Gouvernement et opposition s’entendirent sur les objectifs profonds de la transition qui devait aboutir à une vraie démocratie représentative. Ce but demandait d’exclure toute demande de « règlement » des comptes du passé, comme toute revendication de fédéralisme. Ce dernier point est fondamental pour comprendre la suite de la question nationale. En choisissant délibérément d’abandonner cette voie, les partis démocratiques et nationalistes faisaient le pari de trouver une solution originale aux problèmes territoriaux espagnols. Ce pacte était lié à un objectif supérieur : la réussite de la transition démocratique. Rien n’interdisait de penser qu’il pourrait éventuellement un jour être dépassé. C’est en réalité l’arrière-fond actuel des débats sur l’évolution de l’État des Autonomies.
 
â—¦ Les initiatives du gouvernement Suárez
 
 
Les élections générales du 15 juin 1977 avaient dessiné le rapport de forces entre les partis politiques. Dans tous les camps, les « modérés » l’avaient emporté et les options les plus radicales avaient largement échoué. Fort de son propre succès personnel et politique, Suárez était en mesure de poursuivre et d’accélérer le rythme des réformes politiques. Alors même que le Parlement se mettait à travailler sur un projet constitutionnel, le président du Gouvernement allait prendre des initiatives fortes qui conditionneraient en partie l’avenir.
Concernant la question territoriale, Suárez pouvait avoir en face de lui Josep Taradellas, président en exil de la Generalitat de Catalogne. Cette institution puisait sa représentativité dans la légalité républicaine. Taradellas, Conseller en cap du gouvernement Campanys [8], président de la Generalitat à partir de 1954 [9], a joui d’un prestige croissant qui lui a permis d’être, entre 1976 et 1977, un des artisans de la reconnaissance des nationalités dans le cadre d’une Espagne monarchique et démocratique. Si le problème politique qu’avait alors à résoudre le gouvernement d’Adolfo Suárez était de savoir s’il valait mieux négocier le statut de la Catalogne avec les forces en présence plutôt que d’aller chercher un représentant de l’avant-franquisme, il ne fait pas de doute que cette carte de la Generalitat offrait plusieurs avantages. La proposition formulée à Suárez par Taradellas, à travers tout un réseau d’amis communs, consistait en ce que la monarchie reconnût la Generalitat qu’il incarnait, auquel cas celle-ci reconnaîtrait la monarchie. Autrement dit, la nouvelle démocratie espagnole pouvait symboliquement hériter de la république une part de sa légitimité. Comme en Catalogne les élections générales du 15 juin 1977 avaient largement placé en tête la gauche socialiste (28,7 %) et communiste (18,4 %) [10], ce tête-à-tête avec une personnalité incontestée redonnait au gouvernement l’initiative en matière de politique nationale et court-circuitait les revendications de l’opposition. Aussi l’option Taradellas permettait-elle au gouvernement de Madrid d’éviter une négociation directe avec la gauche sur la question catalane.
Reçu le 27 juin 1977, à la surprise de tous, par le président du Gouvernement, Taradellas négocie les termes d’une politique de décentralisation définie dans le communiqué commun publié avec Adolfo Suárez le 2 juillet [11] : « L’autonomie doit être offerte à toutes les régions espagnoles, sans que ses formes concrètes soient uniformes puisqu’il conviendra de respecter les particularités sociologiques et historiques de tous les peuples espagnols à l’intérieur de l’unité irrévocable de l’Espagne ». De retour à Barcelone, le 23 octobre, le président Taradellas lance à la foule : « Citoyens de Catalogne, ja soc aquí (me voici de retour) », formule par laquelle il souligne que sa légitimité remonte plus haut que la négociation avec le gouvernement et s’enracine dans l’identité historique de la Catalogne démocratique.
Plus qu’un exemple, le cas de la Catalogne définissait à lui seul les difficultés liées à un processus de décentralisation. Celui-ci non seulement remettait en cause l’architecture étatique du franquisme et sa centralisation administrative et idéologique, mais il faisait affleurer au cœur même de la transition démocratique le souvenir et la légalité de la Seconde République. Cependant, le souci permanent du « pacte » et la volonté d’aboutir à un consensus pour toutes les questions fondamentales allaient permettre de parvenir à des accords qui dessineraient la nouvelle structure de l’État. Bien entendu, la complexité même des accords et des compromis se refléterait dans la nouvelle carte politico-administrative de l’Espagne.
L’habileté du gouvernement d’Adolfo Suárez aura été d’anticiper sur les décisions des constituants. En concédant des accords de pré-autonomie à la Catalogne (septembre 1977), au Pays basque (janvier 1978), à la Galice, la région de Valence, l’Aragon et les Canaries (mars 1978), à l’Andalousie (avril 1978), à l’Estrémadure, Castille-Léon et les Baléares (juin 1978), il organisait de facto la décentralisation de l’Espagne qu’il revenait aux Cortes constituants de stabiliser de jure. Ce prurit décentralisateur avait un autre objectif, vite dénoncé par les nationalistes catalans, basques et galiciens. En généralisant la décentralisation, le gouvernement de Madrid l’affadissait pour les trois nationalités « historiques » [12]. Alors que le modèle de décentralisation de l’Espagne qu’avaient en tête les nationalismes « périphériques » supposait une certaine discrimination entre les régions, le pari de Suárez, puis de la Constitution, fut de ne marquer cette discrimination que dans la forme du processus d’accès à l’autonomie et non dans son résultat final [13]. Voilà encore une ambiguïté héritée de la période de transition qui refait surface aujourd’hui.
 
â—¦ L’Espagne des autonomies
 
 
Il n’est pas question de refaire ici l’histoire de la constitution des régions politiques et administratives, mais de montrer leur dynamique dans la mise en place d’un nouvel équilibre espagnol. Aucune question, dans l’actualité de l’Espagne, n’est plus importante que celle de l’évolution future de son statut institutionnel. Comprendre les assises de ce statut donne accès aux débats politiques qui agitent aujourd’hui la question nationale.
Le titre VIII de la Constitution de 1978 – « De l’organisation territoriale de l’État » – jette les fondements de cet « État des Autonomies » qu’est devenue l’Espagne. Ni modèle fédéral, ni simple décentralisation, les « Autonomies » sont une autre forme de l’organisation de l’État. Sur le plan des principes, il faut comprendre que l’unité de la nation repose sur l’indivisibilité de sa souveraineté nationale. Aussi la Constitution ne peut-elle évoluer vers un principe fédéral qui supposerait des souverainetés fédérées. En outre, l’État central continue d’être représenté par un gouverneur provincial [14]. Des mécanismes prévoient la possibilité de suspendre temporairement l’autonomie (article 155) ou laissent au pouvoir législatif national un droit de regard sur la législation des Autonomies. Mais la Constitution reconnaît l’existence de « nationalités », mot ambigu qui suscita des débats [15].
Le transfert des compétences de l’État varie selon le type de communauté autonome. La voie dite rapide a permis à la Catalogne, au Pays basque et à la Galice d’obtenir leurs compétences politiques et administratives dans un délai inférieur à celui qu’ont connu les autres pouvoirs régionaux. Ce transfert n’a pas consisté seulement en une décentralisation de l’administration. La définition, l’autorité et l’organisation des compétences administratives étaient également dévolues aux communautés. Elles avaient un pouvoir de législation sur les matières de leur compétence. Aussi a-t-il fallu construire une administration régionale. Les moyens financiers attribués aux communautés n’ont pas fait l’objet d’une définition très claire et le thème est vite devenu un enjeu majeur.
La mise en place des modalités de financement des Communautés autonomes a donné lieu à un kaléidoscope de situations, léguées par une histoire politique et fiscale parfois pluriséculaire. Le Pays basque a la particularité de pouvoir revendiquer une situation spéciale en s’appuyant sur ses fueros ou droits spécifiques. On a vu que Franco les avait supprimés pour la Biscaye et le Guipuzcoa, puis rétablis. La situation, dans l’Espagne démocratique, n’a pas évolué et l’impôt est prélevé par le gouvernement basque. Une « concertation économique » entre Madrid et Vitoria, ville où siège le gouvernement basque, débouche sur la définition d’un cupo, montant de l’enveloppe que le Pays basque reverse à l’État central [16]. Pour les autres régions, il a fallu inventer un mode de fonctionnement. La Loi organique sur le financement des Communautés autonomes (LOFCA) a été votée en 1980. Alors que le gouvernement voulait disposer d’un instrument semblable pour toutes les régions, le processus d’accès aux Autonomies a inversé l’ordre de la négociation. Les Statuts – textes qui définissent les compétences des communautés – ont été établis entre décembre 1979 (Catalogne, Pays basque) et février 1983 (Estrémadure, Baléares, Castille-Léon, Madrid). Or des statuts découlent les conséquences financières. La loi de 1980 a le désavantage d’avoir été rédigée dans une période encore instable sur le plan technique et politique. Aussi ne faut-il pas s’étonner que cette question cruciale du financement des Autonomies soit demeurée lancinante durant toute la période considérée et qu’elle ait été le moyen par lequel les nationalistes catalans, surtout entre 1993 et 2000, ont relancé le problème national en Espagne.
L’État espagnol est ainsi un ensemble protéiforme dont on pourrait dire, paraphrasant Pascal, que « le centre est partout et la périphérie nulle part » [17]. Encore certains esprits pourraient-ils inverser la formule, sans avoir complètement tort ! Un exemple significatif de cette situation insaisissable : en 1997, le lehendakari [18] José Antonio Ardanza affirme que l’État espagnol n’a aucune légitimité au Pays basque. La réponse cinglante est venue de Madrid : c’est le lehendakari qui représente l’État. Juridiquement imparable, ce retour de volée ne peut masquer les difficultés propres au Pays basque, mais il a le mérite de rappeler la solidarité juridique entre les différentes instances de l’État.
Par ailleurs, les aspects techniques des négociations de transfert de compétences entre l’État et les Autonomies cachent mal des enjeux de pouvoir. La dialectique entre la majorité de centre droit et l’opposition socialiste a souvent mis au cœur de l’affrontement les questions régionales, car le contrôle des régions est un relais ou un frein à l’action gouvernementale [19]. Lorsque le gouvernement central, dans le cadre d’une politique de limitation des dépenses de santé, décide de soustraire de la liste des médicaments remboursés par la Sécurité sociale un certain nombre de produits, ne voit-on pas la Junta d’Andalousie publier immédiatement qu’elle en maintiendra le remboursement ? De même, lorsque, toujours dans la même logique de sa politique économique, le gouvernement Aznar a décidé le gel des salaires des fonctionnaires (1996-1997), les Communautés autonomes socialistes ont annoncé des hausses pour leurs propres fonctionnaires. Certains gouvernements régionaux ont pris l’initiative de contester devant le Tribunal constitutionnel des décisions prises à Madrid. Parfois, c’est le contraire qui se produit et Madrid en appelle au Tribunal constitutionnel pour empêcher certaines décisions des Autonomies. Ainsi, par exemple, en 2000, la nouvelle majorité socialiste, écologiste et nationaliste des Baléares décide d’instaurer une « éco-taxe » sur le tourisme. Le gouvernement Aznar, dont le ministre de l’Environnement est l’ancien président des Baléares, Jaume Matas, introduit un recours qu’il vient tout juste de perdre (janvier 2002).
Une telle complexité invite à la prudence. Le « métabolisme » de l’État espagnol passe par l’équilibre complexe et instable de la négociation entre ses diverses hypostases. Mieux vaut donc s’interdire de classer le modèle espagnol et se contenter de ce que Luis Moreno affirme avec raison à propos de la Constitution de 1978 lorsqu’il rappelle qu’elle conjugue « deux concepts différents, et traditionnellement opposés, de l’Espagne (…) : d’une part, l’idée d’État-nation espagnol indissoluble et unique, de l’autre, la notion d’une Espagne comme ensemble de peuples, régions et nationalités historiques » [20].
 
â—¦ « Café para todos » ?
 
 
On l’a vu, les conséquences des choix du gouvernement de l’UCD et l’extension à l’ensemble des régions espagnoles d’une politique de décentralisation ont eu pour effet de dépasser la problématique strictement nationaliste qui s’appliquait à la Catalogne et au Pays basque. Une formule populaire, « café para todos » [21], résume assez bien le sentiment général. Une perception attentive à la longue durée autorise à dire que la politique mise en œuvre permettait de dépasser l’histoire contemporaine de l’Espagne en allant bien au delà de ce que la Seconde République avait pu faire. Autrement dit, au problème catalan et basque, tel que la Guerre civile et le franquisme l’avaient légué, la transition démocratique a apporté une réponse plus large et plus ambitieuse. Qui plus est, la consolidation de l’État des Autonomies a débouché sur une harmonisation des compétences de chacune d’entre elles, indépendamment de la voie d’accès, rapide ou lente, à cette autonomie. C’est le sens de la loi organique du 23 décembre 1992 qui a donné aux communautés ayant accédé à l’autonomie par la voie de l’article 143 de la Constitution les mêmes compétences qu’aux autres communautés relevant de l’article 151. Cette loi était nécessaire parce que la dynamique même de la décentralisation rendait caduque, au moins en termes de rationalité administrative et financière, les disparités issues de considérations politiques. Par cette loi, toutes les régions obtenaient ce que la Catalogne, le Pays basque, la Galice – à titre « historique » –, l’Andalousie, le pays de Valence et les Canaries – pour des raisons politiques et stratégiques – avaient obtenu très tôt. Ce faisant, la loi de 1992 achevait de mettre entre parenthèses les spécificités historiques des conditions pour lesquelles la Catalogne, du Pays basque et de la Galice avaient accédé plus rapidement à ces statuts d’autonomie, mais elle ne remettait pas en cause l’existence de « faits différentiels » propres à ces régions. A-t-elle pour autant donné la solution à l’articulation des dimensions régionales et nationale de l’Espagne ?
La permanence du problème basque, la forte politique nationaliste catalane développée avec cohérence et continuité par Jordi Pujol et son gouvernement, la compétition entre les Communautés autonomes pour obtenir le maximum des compétences susceptibles d’être déléguées par l’État central et les conséquences de la décentralisation sur la vie politique, les partis et les institutions ont, paradoxalement, accentué cette question nationale en Espagne. La reconnaissance, y compris dans la loi de 1992, de « faits différentiels » qui singularisent la Catalogne, le Pays basque et la Galice, a posé plus de problèmes qu’elle n’a résolu le complexe de ces nationalités historiques.
Deux strates, après la mise en place des Autonomies entre 1979 et 1983, doivent être distinguées pour une approche la plus juste possible de l’évolution de ce problème. Tout d’abord, les Communautés autonomes ont eu à se construire et à se forger une double identité symbolique et concrète. Dans le cas des « nationalités » historiques, le symbolique avait trait aux drapeaux, aux hymnes, aux commémorations et à la langue. La mobilisation des masses, en Catalogne autour de la San Jordi (11 septembre, diada de Catalunya) ou au Pays basque autour de Guernica, s’est prolongée au delà des manifestations réclamant l’autonomie et elle est devenue une démonstration de force et d’identité collective. Les autres Communautés se sont, plus ou moins, « inventé » des traditions. L’étude des quinze drapeaux des régions révélerait l’éventail des symboles auxquels les dirigeants politiques ont eu recours : de la croix de Covadonga [22] pour les Asturies aux sept étoiles blanches sur fond rouge de la Communauté de Madrid.
Plus décisive a été cependant la longue étape de la traduction concrète du transfert des compétences aux administrations locales. De la mise en application d’une loi favorisant l’usage du catalan ou organisant l’enseignement au Pays basque à la réception des compétences en matière d’urbanisme, de tourisme, de soutien aux associations, etc., l’achèvement du processus est long, complexe et source de conflits. Il dure d’ailleurs encore : en 2000, la Communauté de Madrid a reçu les pouvoirs sur l’enseignement secondaire et en cette année 2002, toute une série de régions (Castille-Léon, Rioja, Madrid, Estrémadure) deviennent gestionnaires du système de santé. Les chiffres suivants donnent une idée assez juste de l’ampleur du phénomène : en 2000, les Communautés autonomes assumaient 33 % de la dépense publique, l’État central 54 % et les collectivités locales 13 % [23].
Si la première strate donne lieu aux polémiques et aux débats les plus passionnés, nul doute que c’est sur le plan du pouvoir réel des administrations régionales que se joue la vraie concurrence entre État central et Communautés autonomes. Mais l’une ne va pas sans l’autre et l’instrumentalisation du symbolique permet souvent de donner à une question plus ou moins technique une dimension politique qui favorisera plus aisément une mobilisation collective.
La lancinante question du financement des Communautés trouve là un moyen d’expression plus fort qu’une approche comptable. Ce financement a fait l’objet d’une loi organique en juillet 1980, la LOFCA. Elle prévoit un cadre général – qui ne convenait pas aux privilèges du Pays basque – mettant sur pied d’égalité les dix-sept Communautés. Trois types de ressources sont créés. Le premier provient du transfert des taxes, impôts et autres revenus publics cédés par l’État ainsi que d’une compensation appelée PPI (Pourcentage de participation aux revenus de l’État), calculée sur la base du coût réel de fonctionnement des administrations et services transférés. Un deuxième financement est envisagé par la possibilité offerte aux Autonomies de créer des impôts ou de majorer les impôts nationaux. Enfin, un financement dit de solidarité se met en place avec la création du Fonds de compensation interterritorial. Ainsi, le système repose sur une double logique : celle dite de séparation où chaque partenaire prélève ses impôts et celle dite d’union où l’État redistribue les ressources.
Cette loi, pour complexe qu’elle soit, continue de régir les relations financières entre l’État et les Communautés autonomes et c’est à partir de ses dispositions qu’ont été prises les grandes décisions de 1993. Cette année-là, le PSOE a perdu la majorité absolue au Parlement. Ses 159 députés devaient s’assurer le concours des nationalistes catalans de CiU (17 sièges) et du PNV (5 sièges) pour éviter toute construction d’une majorité alternative dans laquelle le PP (141 sièges) serait la principale force. L’accord politique fondamental qui a permis à Felipe González de rester président du Conseil a trait à la cession de la gestion de 15 % des produits de l’impôt sur le revenu aux gouvernements régionaux. Cette mesure comblait les attentes de Jordi Pujol et de la Generalitat, mais elle avait aussi été envisagée à plusieurs reprises dans des discussions internes au PSOE. Un pas supplémentaire allait être franchi en 1996 quand, dans une situation parlementaire semblable mais inversée – le PP avait 156 sièges contre 141 au PSOE, CiU, 16 et le PNV, 5 –, l’accord de législature entre la droite et les nationalistes allait porter le taux à 30 %.
 
â—¦ Les dynamiques récentes
 
 
Cet épisode fait comprendre combien la politique de l’Espagne est conditionnée par la dimension régionale. La mutation profonde du pays a entraîné des usages politiques nouveaux. Les deux phénomènes de la démocratisation et de la décentralisation se sont répondu en écho et ont joué l’un sur l’autre, contribuant ainsi à dresser les contours de l’Espagne actuelle.
La multiplication des lieux de pouvoir a eu pour premier effet d’étendre numériquement la classe politique, et ce d’autant plus que le cumul des mandats est extrêmement rare en Espagne et qu’il n’a jamais concerné des mandats régionaux et locaux [24]. Des stratégies différentes de conquête du pouvoir depuis les régions ou depuis le centre sont ainsi observables. Elles appellent une étude détaillée. À titre d’exemple, contentons-nous de signaler quelques tendances qui esquissent le fonctionnement du système. La région est à la fois un point d’appui et un fief. Dans le premier cas, elle représente le premier échelon d’une carrière souvent vouée à s’épanouir dans le cadre national. José María Aznar a présidé la Junta de Castille-Léon entre 1987 et 1989, avant d’assumer la présidence du PP et de devenir le chef de l’opposition, puis celui du gouvernement. D’autres responsables de premier plan se sont d’abord fait connaître à l’échelle régionale. Ainsi des socialistes Joan Lerma à Valence ou Jeronimo Saavedra aux Canaries, qui ont abandonné la présidence de leurs régions respectives pour entrer dans le gouvernement González. Récemment encore, Juan José Lucas, inamovible président de Castille-Léon entre 1991 et 2001, a abandonné son fief pour entrer dans l’équipe d’Aznar.
On a observé des parcours inverses dont le plus remarquable est celui de Manuel Fraga. L’ancien chantre de l’Espagne centralisée est devenu le président incontesté de la Galice [25]. Battu deux fois par Felipe González lors des élections générales de 1982 et 1986, il s’est finalement replié sur sa région natale et a réussi à en faire la base de son immense pouvoir local. Outre que l’assise conservatrice de la région lui donne une évidente assurance, Fraga demeure aussi le garant de la faible « nationalisation » de la Galice. Elle est des trois régions historiques la seule où le nationalisme ne gouverne pas. L’ascension des nationalistes galiciens s’est faite au détriment des socialistes et la Xunta [26], présidée par Fraga, utilise avec habileté l’identité culturelle galicienne.
Au sein du PP, une nouvelle génération d’hommes politiques a fondé sa conquête du pouvoir sur celle du gouvernement des Autonomies. Les résultats des élections autonomes de 1991 et de 1995 ont marqué les progrès de la droite espagnole. Des hommes comme Eduardo Zaplana à Valence ou Alberto Ruiz Gallardón à Madrid se sont taillés de véritables fiefs qui leur donnent, dans la course à la succession de José María Aznar, une assise politique considérable. Si l’on songe que sur le plan électoral, la domination actuelle du PP dans ces deux régions explique l’ascendant décisif pris sur le PSOE [27], on comprend mieux le rôle et l’influence de ces deux caciques.
La jeunesse même des nouvelles Communautés autonomes exige que leurs responsables politiques leur donnent du sens. De l’invention d’une tradition autonomiste, comme on l’a observé dans la Rioja lorsqu’il s’agissait de réclamer la transformation de la province en communauté, ou encore en Aragon où les questions toujours complexes de l’eau et de son partage nourrissent des discours nationalistes anti-espagnols, à la revendication d’une décentralisation assumée, large est la palette des attitudes et des politiques possibles. Nous voudrions nous attacher ici à analyser celle que le président de la Communauté de Madrid depuis 1995, Alberto Ruiz Gallardón développe, non sans succès.
Lorsqu’il arrache aux socialistes la majorité au sein de l’Assemblée de Madrid en juin 1995, Alberto Ruiz Gallardón est un jeune cacique du PP dont l’ambition est freinée par le solide leadership d’Aznar. Contraint de se contenter du gouvernement et de la gestion de Madrid, il aura à cœur de tenir un discours qui entend démontrer que la décentralisation est possible sans nationalisme. Il n’existe pas d’identité de la Communauté de Madrid. Voilà une région assez mal définie sur le plan géographique, que son histoire aurait plutôt rattachée à la Nouvelle Castille. Par ailleurs, le statut de capitale complique la définition des compétences du gouvernement régional qui se trouve associé à la gestion de la capitale, mais aussi limité dans ses capacités d’action par ce statut particulier de Madrid. Enfin, les missions du gouvernement régional embrassent à la fois les attentes d’une métropole en pleine croissance comme les questions relatives à l’habitat, et l’économie des montagnes qui, autour de la capitale, culminent à plus de 2 000 mètres.
De ces contraintes, le président régional Ruiz Gallardón veut tirer avantage. Aussi défend-t-il une conception ouverte de la communauté de Madrid en insistant sur sa « polysémie » [28]. Il met alors en avant la contribution nette du budget de la communauté à la prospérité de l’Espagne et présente l’autonomie comme un moyen d’exprimer « la valeur de la solidarité » entre les régions. Ce discours tranche ainsi vigoureusement avec celui d’un Jordi Pujol ou d’un Juan Antonio Ibarretxe, l’actuel lehendakari. Et la posture n’est pas innocente. Alberto Ruiz Gallardón propose en réalité un autre modèle d’articulation des Autonomies, fondé sur une approche technique et politique qui se résume en un seul mot : décentralisation. Il désamorce ainsi le contenu symbolique et historique de l’autonomie en le marginalisant et, prenant comme exemple sa réussite à Madrid, il explique qu’une coexistence des régions est possible dès lors que la solidarité est posée comme valeur première plutôt que la revendication. Cette pierre, plutôt grosse, dans le jardin des nationalistes, n’est pas étrangère aux ambitions nationales d’Alberto Ruiz Gallardón. Elle lui permet de poser les fondements d’une Espagne décentralisée qui aurait évacué les interrogations sur le fédéralisme et limé les différences entre régions. À un peu plus d’un an de la succession de José María Aznar et dans l’optique d’un centre droit qui entend consolider sa présence au pouvoir, le pari mérite d’être observé de près.
Le résultat des élections de 1993 a ouvert la voie à un nouvel équilibre politique. L’absence de majorité absolue forçait le PSOE à chercher des alliances parlementaires. Les partis nationalistes basques et catalans, représentés au Parlement grâce à leur forte présence dans leurs régions respectives, se trouvaient confrontés à la décision de participer ou non à une majorité nationale. Autrement dit, appelés à soutenir le gouvernement, ils étaient invités à entrer dans une logique différente. Avant de rappeler les conditions qui ont permis le soutien des députés de CiU et du PNV aux gouvernements socialiste puis populaire, l’historien ne peut manquer de s’interroger sur deux phénomènes. Le premier relève de la répétition à l’identique, en 1996, des scènes de négociations auxquelles on avait assisté en 1993. La seule différence – et de taille – tenait au vainqueur des élections : socialiste la première fois, conservateur la fois d’après. Le second tient à la contradiction à laquelle aboutissent les nationalismes périphériques en 1998 avec la déclaration de Barcelone. Dans ce texte signé par CiU, le PNV et le BNG, les trois partis affirment qu’« après vingt ans de démocratie, l’articulation de l’État espagnol comme réalité plurinationale n’est toujours pas résolue ». Comment comprendre l’expression de cette position critique au moment du soutien effectif au gouvernement de l’État dans son ensemble ?
Qui dit soutien ne dit pas participation. De même que le PNV refusa un portefeuille dans le gouvernement González – l’Industrie, avaient laissé filtrer quelques sources en 1993 –, CiU a refusé d’entrer dans les gouvernements Aznar. Encore en janvier 2002, assuré d’une majorité qui lui donne les coudées franches, José María Aznar a proposé au parti de Pujol d’entrer dans son exécutif. Les réponses ont été nettes : du refus politique à l’affirmation qu’un nationaliste catalan ne saurait participer à un gouvernement qui n’est pas le sien.
Les accords politiques entre le PSOE, le PNV et CiU ont d’abord porté sur le financement des Autonomies, comme nous l’avons signalé précédemment. 15 % de l’impôt sur le revenu étaient cédés à la gestion directe des Communautés. En 1996, ce chiffre est passé à 30 %. La position de force qu’ils occupaient a donc permis aux partis nationalistes d’avancer dans la construction de l’État des Autonomies en poussant le plus loin possible le processus de transfert de compétences et de financements. Ce faisant, ils n’abandonnaient pas l’idée de fond que traduit la fameuse déclaration de Barcelone : la question nationale en Espagne mérite un nouveau traitement. L’appel à une « nouvelle étape politique » ne pouvait que faire référence au solde de la période de la transition. Normalisée, l’Espagne démocratique pouvait et devait affronter le problème de ses différences nationales non plus selon la prudence qu’avait imposée la transition démocratique, mais en accord avec la dynamique de la construction européenne [29].
Au bout du compte, force est de constater que les dynamiques liées aux négociations entre le pouvoir central de Madrid et quelques régions clefs comme la Catalogne et le Pays basque, d’abord liées à une conjoncture politique, ont fini par déboucher sur une remise en cause de la structure même de l’État des Autonomies. Comment comprendre autrement le manifeste de Barcelone dans lequel les trois grands partis nationalistes – CiU, PNV et BNG – entendent dépasser la Constitution de 1978 ? La conjonction des trois nationalismes historiques manifeste leur crise d’identité dans une Espagne devenue essentiellement plurielle et, par là même, semblable dans sa diversité. Si l’Estrémadure ou l’Aragon ont des prérogatives identiques aux compétences déléguées à la Generalitat, au gouvernement basque ou à la Xunta, où est la différenciation historique ?
 
â—¦ L’identité de l’Espagne est-elle en crise ?
 
 
Les débats suscités par l’initiative des nationalismes « périphériques » rencontrent la volonté affichée par le Parti populaire de défendre une certaine vision de l’Espagne et de son unité. La remise en cause plus ou moins explicite non de la Constitution de 1978, mais du « dogme » – démocratique ? – de son intangibilité, s’oppose ainsi à l’initiative de l’actuelle majorité gouvernementale. Au cours de son dernier congrès, en janvier 2002, le Parti populaire a avancé deux idées-forces : l’accentuation de la décentralisation et la promotion du « patriotisme constitutionnel ». La première idée reprend la lecture « technique » de la décentralisation en proposant que les municipalités se trouvent responsables de services incombant jusqu’alors à l’État. La logique du transfert inspire cette proposition. La notion de « patriotisme constitutionnel » est une invention récente. Elle signifie l’adhésion au cadre démocratique dont s’est dotée l’Espagne en 1978 comme meilleure solution aux tensions et contradictions de son histoire. Mais sans l’arrière-fond du terrorisme basque qui, assassinant élus et représentants du peuple, nie l’idée même de démocratie, on ne pourrait pas comprendre la portée de cette notion. Aussi, lancée dans des circuits intellectuels proche du gouvernement Aznar, elle a été présentée et défendue au congrès du parti par María San Gil, la présidente du PP dans la province basque de Guipuzcoa. Le « patriotisme constitutionnel » signifie aussi la résistance face aux terroristes. Politiquement, elle est une attaque contre les thèses nationalistes. Là où CiU, le PNV et le BNG proclament l’actualité de la question nationale, le PP souligne la solidité de l’Espagne démocratique telle que les Espagnols l’ont conçue en 1978.
À ce vrai débat politique, dont l’issue est aujourd’hui incertaine, s’ajoute une autre partie. Elle se déroule autant sur le terrain symbolique que sur celui de la nature de l’identité de l’Espagne. Depuis 1993, c’est-à-dire la date de l’accord PSOE-CiU-PNV, on voit proliférer les essais et les livres sur le et les nationalisme(s), l’identité de l’Espagne ou encore son inscription dans une histoire « normale » ou « exceptionnelle » [30]. Si les paramètres varient d’un ouvrage à l’autre, si la démarche change selon que l’auteur est journaliste, universitaire ou responsable politique, une même interrogation hante la réflexion : l’avenir de l’ESpagne passe-t-il par un nouveau bouleversement ou trouve-t-il son cadre dans les structures démocratiques patiemment mises en œuvre depuis 1978 ?
Sur le plan culturel, une tension se développe entre des visions concurrentes de l’identité et de l’avenir de l’Espagne. À cet égard, tout un pan de la politique universitaire et culturelle des gouvernements Aznar tient à promouvoir une vision unitaire de l’histoire nationale. Le calendrier a offert quelques belles occasions : commémorations du quatrième centenaire de la mort de Philippe II en 1998 puis du cinquième centenaire de la naissance de Charles Quint en 2000. Cependant, à la fin de 1996, le gouvernement Aznar enregistrait sa première défaite parlementaire et devait retirer le projet de réforme de l’enseignement des « humanités » présenté par la ministre de l’Éducation et de la Culture, Esperanza Aguirre. Cette défaite est le résultat d’une alliance entre les députés nationalistes catalans et basques et le PSOE, alors qu’un accord de législature était passé entre le PP, CiU et le PNV !
Mais l’initiative gouvernementale a été reprise par de nombreux secteurs culturels. Ainsi la Real Academia de la Historia a-t-elle organisé un cycle de conférences sur « L’être de l’Espagne », puis sur « L’Espagne comme nation » [31]. L’Académie de l’histoire a accentué la polémique, courant 2000, en critiquant les manuels primaires et secondaires en usage dans certaines régions, notamment au Pays basque, en Catalogne et en Galice. Dans un rapport, très critiqué depuis, elle soulignait que certains manuels allaient jusqu’à éviter le nom même d’Espagne. Ce phénomène est courant et commenté tant par la presse que par les milieux intellectuels : combien de fois n’utilise-t-on pas l’expression « este país » pour éviter de dire « l’Espagne » ?
La success story de la démocratie espagnole bute sur la question nationale. Miracle économique, reconnaissance internationale, solidité des structures démocratiques et réussites des alternances politiques, dynamisme et rayonnement culturel, popularité du roi : tout concourt à faire de l’histoire récente de l’Espagne une histoire heureuse. Tout, sauf le terrorisme basque et le maintien d’une tension entre centre et périphéries. Alors que l’Espagne remisait au placard ses fantômes et ses déchirures, le spectre de son malaise à elle-même la rattrape. Alors que l’État des Autonomies devait être la solution, voilà que son apogée met en lumière ses défaillances, ses échecs et ses faiblesses. Voilà que l’histoire repasse au premier plan et que les « différences » de la Catalogne, du Pays basque et de la Galice, revendiquées par des institutions et des mouvements démocratiques, s’invitent sur le devant de la scène. Manifestement, vingt-cinq ans de démocratie n’ont pas épuisé l’envie de construire une nouvelle Espagne. Mais ses fondements doivent-ils plonger aussi loin dans le passé pour vraiment inventer l’Espagne nouvelle ?
â–¡
 
NOTES
 
[1] Les auteurs du dernier livre de synthèse sur la question – José Luis de la Granja, Justo Beramendi et Pere Anguera, La España de los nacionalismos y las Autonomías, Madrid, Editorial Sintesis, 2001 –, n’hésitent pas à l’ouvrir sur cette affirmation : « la denominada cuestión nacional-regional (…) es el problema más grave que tiene planteado la España actual » (« Ce que l’on appelle la question nationale-régionale (…) est le problème le plus grave qui se pose à l’actuelle Espagne ») (p. 11).
[2] Sur la notion controversée d’« État intégral », terme utilisé dans la Constitution de 1931, et sur les statuts d’autonomie catalan et basque, voir les contributions de Francisco Tomás y Valiente, José Antonio González Casanova et José Luis de la Granja dans Manuel Tuñon de Lara (dir.), La II República española. El primer bienio. III coloquio de Segovia sobre Historia Contemporánea de España, Madrid, Siglo XXI, 1987, p. 379-432.
[3] Voir Juan-Pablo Fusi, España. La evolución de la identidad nacional, Madrid, Temas de hoy, 2000, p. 256.
[4] Voir Santos Juliá, Un siglo de España. Política y sociedad, Madrid-Barcelona, Marcial Pons, 1999, p. 146.
[5] Lors des guerres carlistes, les provinces basques revendiquaient le maintien de leurs fueros (ou privilèges) face à la volonté du pouvoir libéral de construire une législation unique sur l’ensemble du territoire espagnol. Les défaites successives des carlistes n’annulèrent pas complètement ces « statuts » spécifiques et en 1878, le gouvernement Canovas del Castillo les maintint. En 1968, le gouvernement rétablit les privilèges fiscaux pour les deux provinces « rebelles » en arguant de leur contribution à la prospérité générale de l’Espagne. Voir Luis González Antón, España y las Españas, Madrid, Alianza editorial, 1997, p. 625.
[6] Entre 1945 et 1955, une série de lois a défini la structure de l’État centralisé. Le gouverneur civil, la « diputación » provinciale et les municipalités sont nommés par le gouvernement. Voir Miguel Beltrán Villlalva, « La administración » dans Raymond Carr (dir.), La época de Franco (1939-1975). Política, ejercito, Iglesia, economía y administración, t. XLI, vol. 1 de l’Historia de España Menéndez Pidal, Madrid, Espasa-Calpe, 1996, p. 590 et p. 620-621.
[7] Le PSP sera intégré au PSOE en 1978.
[8] Le titre de Conseller en cap équivaudrait à celui de Premier conseiller ou « Premier ministre ». Lluis Companys, fondateur de Esquerra Republicana de Catalunya, a présidé la Generalitat à partir de janvier 1934. Arrêté pour rébellion en octobre 1934, après avoir proclamé l’État de Catalogne au sein d’une République fédérale espagnole, il est revenu au pouvoir en 1936. Exilé en France, il a été livré par les autorités françaises au régime de Franco et il a été fusillé le 15 octobre 1940. Cette fin tragique lui assigne une place spéciale dans le panthéon politique du nationalisme catalan.
[9] Cette présidence permet surtout de maintenir la légitimité d’institutions républicaines, mais son rôle politique effectif est limité par la rivalité qui existe entre exilés et opposants de l’intérieur.
[10] L’UCD obtenait 16,9 % et la coalition de Jordi Pujol – Pacte democratic per Catalunya – 17 %. La droite d’Alianza Popular ne recueillait que 3,6 %, première manifestation d’une faiblesse électorale qui pèsera longtemps sur elle.
[11] À ce sujet, voir Charles Powell, « Algunas reflexiones sobre el nacimiento del estado autonómico español », dans Fernando García de Cortazar, El estado de la autonomías en el siglo XXI : cierre o apertura indefinida, Madrid, Papeles de la Fundación para el Análisis y los Estudios Sociales, 66, 2001, p. 17-65, notamment p. 27-31.
[12] Le terme « historique » renvoie à la Seconde République et au fait que ces trois régions avaient obtenu ou commencé d’obtenir un statut d’autonomie. Dans le préambule du Statut d’autonomie de la Catalogne (1979), on peut lire : « En el proceso de recuperación de las libertades democráticas, el pueblo de Cataluña recobra sus instituciones de autogobierno » (« Dans le processus de récupération des libertés démocratiques, le peuple de Catalogne recouvre ses institutions d’autogouvernement »). C’est l’auteur qui souligne.
[13] La Constitution de 1978 formalise les voies d’accès à l’autonomie. Il en existe deux. La première est spécifique aux nationalités historiques – Catalogne, Pays basque, Galice –, régions dans lesquelles des statuts d’autonomie avaient été approuvés par référendum pendant la Seconde République (article 151). La seconde est la voie dite « lente » (article 143) qui permet aux régions d’accéder à des compétences selon des délais distincts. Les Asturies, Castille-Léon, l’Estrémadure, les Baléares, Madrid, la Rioja, Murcie, la Cantabrie, l’Aragon et Castille-La Manche furent soumises à l’article 143. La région de Valence et les Canaries bénéficièrent de la voie rapide en s’assimilant au cas de la Catalogne, ainsi que l’Andalousie à la suite d’une manœuvre politique. Le 28 février 1980, le référendum organisé dans les régions andalouses donnaient la majorité au « oui », sauf dans la province d’Almeria. Ce fait aurait dû annuler la validité de la consultation, mais, au prix d’une entorse juridique, il fut décidé de poursuivre le processus.
[14] En 1996, le PP a supprimé ce poste, mais il a conservé un « sous-délégué du Gouvernement » dans chacune des 50 provinces.
[15] Voir, entre autres et à titre d’exemple représentatif d’une certaine élite intellectuelle libérale et démocrate-chrétienne, Julián Marías, « Nación y “nacionalidades” », paru d’abord dans España en nuestras manos, Madrid, Espasa-Calpe, 1978, puis repris dans La España real, Madrid, Espasa-Calpe, 1998, p. 431-435.
[16] La Navarre bénéficie des mêmes dispositions.
[17] Franck Moderne écrit que l’État espagnol est « inclassable ». Cf. « Les Communautés autonomes : une décennie capitale pour un État en construction », dans Pierre Bon et Franck Moderne (dir.), L’Espagne aujourd’hui. Dix années de gouvernement socialiste (1982-1992), Paris, La Documentation française, 1993, p. 61-84.
[18] C’est le nom donné au chef du gouvernement basque.
[19] Rappelons qu’entre 1996 et 1999, trois régions autonomes sont gouvernées par le PSOE (Andalousie, Estrémadure et Castille-La Manche). Après les élections régionales de 1999, le PSOE gagne les Asturies, l’Aragon et les Baléares (en gouvernant en coalition). En octobre 1999, les socialistes catalans, emmenés par Pasqual Maragall, ont obtenu plus de voix que les nationalistes de Pujol. Mais le système électoral a permis à CiU de conserver le gouvernement. En mai 2001, le PNV a obtenu, en coalition avec EA (Eusko Alkartasuna, un parti issu d’une scission du PNV) la majorité relative au parlement basque. Le PP, quant à lui, gouverne en Galice, Cantabrie, Rioja, Navarre, Castille-Léon, Madrid, Valence et Murcie et en coalition avec les nationalistes aux Canaries. Entre 1996 et 2000, les présidents socialistes d’Andalousie et d’Estrémadure se sont plaint amèrement de ne pas être reçus par José María Aznar.
[20] Luis Moreno, La federalización de España. Poder político y territorio, Madrid, Siglo XXI, 1997, p. 78.
[21] « Du café pour tous »
[22] La croix de Covandonga est un emblème très ancien de la principauté asturienne qui rappelle la victoire du roi Pélage sur les Maures en 718.
[23] Antonio Morales Moya, « El problema español desde la transición », Nueva Revista de Política, Cultura y Arte, 71, septembre-octobre 2000, p. 31.
[24] On a pu voir le cas de député-maire, ainsi Rita Barbera, à Valence, ou Fernanda Rudi à Saragosse.
[25] Il a gagné en octobre 2001 sa quatrième élection régionale consécutive, et une fois encore à la majorité absolue.
[26] C’est le nom du gouvernement galicien. Aux dernières élections d’octobre 2001, le BNG (Bloque Nacionalista Gallego) a obtenu 23,3 % des voix contre 50 % au PP et 21 % au PSOE.
[27] La Communauté de Valence (Valence, Alicante, Castellón) élit 32 députés et celle de Madrid 34. En 2000, le PP a obtenu 38 sièges sur les deux ensembles contre 24 au PSOE alors qu’en 1989, le PSOE emportait 28 sièges contre 21 au PP.
[28] Ce terme a été utilisé par Alberto Ruiz Gallardón lors d’une conférence sur la Communauté de Madrid donnée à la Real Academia de la Historia dans le cadre d’un cycle consacré aux 25 ans de règne de Juan Carlos en juin 2001.
[29] La déclaration de Barcelone ne cesse de faire référence à l’Union européenne, comme « ensemble de peuples et de cultures ». Cet horizon européen est devenu un nouveau cheval de bataille des nationalismes qui y voient un moyen de contourner l’État central. Les gouvernements basque et catalan revendiquent une représentation auprès de l’Union de type « national » et non régional.
[30] Des ouvrages polémiques comme ceux de César Alonso de los Ríos, Si España cae… Asalto nacionalista al Estado, Madrid, Espasa-Calpe, 1994, aux actes du colloque Las claves de la España del siglo XX, Antonio Morales Moya (coord.), Madrid, España Nuevo Milenio, 2001 (8 volumes), la bibliographie est immense. On en trouvera un premier état, arrêté en 1999, dans Javier Tusell, España, una angustia nacional, Madrid, Espasa, 1999, p. 257-266.
[31] España. Reflexiones sobre el ser de España, Madrid, RAH, 1997 ; España como nación, Madrid, RAH-Planeta, 2000.
[*] Agrégé et docteur en histoire, Benoît Pellistrandi est directeur des Études pour les époques moderne et contemporaine à la Casa de Velázquez. Il a publié dans Vingtième Siècle « Le catholicisme espagnol à l’épreuve de la movida » (66, avril-juin 2000). Ses travaux actuels le conduisent à réfléchir sur le lien entre histoire et conscience nationale en Espagne de 1850 à nos jours.
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Il a gagné en octobre 2001 sa quatrième élection régionale ...
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C’est le nom du gouvernement galicien. Aux dernières électi...
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La Communauté de Valence (Valence, Alicante, Castellón) éli...
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Ce terme a été utilisé par Alberto Ruiz Gallardón lors d’un...
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La déclaration de Barcelone ne cesse de faire référence à l...
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Des ouvrages polémiques comme ceux de César Alonso de los R...
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España. Reflexiones sobre el ser de España, Madrid, RAH, 1...
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Agrégé et docteur en histoire, Benoît Pellistrandi est dir...
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