Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629183
212 pages

p. 87 à 100
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Les 25 ans de l'Espagne démocratique

no 74 2002/2

2002 Vingtième siècle Les 25 ans de l’Espagne démocratique

Comisiones obreras et la transition démocratique

Une contribution sous-évaluée  [1]

Antonio Gutiérrez  [*]
Antonio Gutiérrez, ancien secrétaire général de Comisiones Obreras (CCOO) de 1987 à 2000, propose ici un témoignage et une réflexion sur l’apport des syndicats, et particulièrement le sien, à la construction et à la consolidation de la démocratie espagnole. La genèse et l’origine des CCOO puis leur place dans la transition démocratique sont évoquées. À ce moment-là, si les Comisiones Obreras ne parviennent pas à l’unité syndicale avec l’UGT, elles choisissent la voie de la concertation mais refusent aussi de participer à la mise en place des conventions collectives, incohérence dont Antonio Guttiérrez souligne qu’elle coûte cher au syndicat. Les CCOO s’engagent à nouveau dans le dialogue social après la tentative de coup d’État en février 1981 et surtout avec l’arrivée du gouvernement socialiste. Cependant les conflits se multiplient après 1988. Il faut attendre le milieu des années 1990 pour qu’intervienne un rebond dans les relations entre le gouvernement, dirigé par Aznar depuis 1996, et les acteurs sociaux dont les CCOO. Les négociations sont alors privilégiées pour plus d’efficacité économique et sociale, et en dehors d’a priori politiques ou idéologiques. Pour Antonio Gutiérrez, la contribution des syndicats CCOO et UGT à la construction d’un État social de droit en Espagne aura donc été fondamentale. Antonio Gutiérrez, former General Secretary of Comisiones Obreras (CCOO), from 1987 to 2000, presents his point of view on and analysis of the contribution of trade unions and particularly his own to the construction and consolidation of Spanish democracy. The origins and development of the CCOO are also discussed. The Comisiones Obreras did not achieve union solidarity with the UGT at the time of the transition. They chose concertation but then refused to participate in setting up collective bargaining agreements, an inconsistency that Antonio Gutierrez emphasizes cost the union a lot. The CCOO again committed themselves to labor talks after the failed coup d’état in February 1981 and especially with the arrival of the socialist government. But the conflicts increased after 1988. It wasn’t until the 1990s that relations between the government, headed by Aznar since 1996, and labor leaders including the CCOO started up again. Negotiations were fostered for more economic and social effectiveness, and outside of political and ideological mindsets. For Antonio Gutierrez, the CCOO’s and UGT’s contributions to the construction of a social state of law are thus fundamental.
Antonio Gutiérrez, ancien secrétaire général de CCOO [2], propose ici à la fois un témoignage et une réflexion sur l’apport des syndicats, et spécialement le sien, à la construction et la consolidation de la démocratie espagnole. D’une situation où la priorité politique – l’avènement de la démocratie – l’emportait sur les autres, on est progressivement passé à une conjoncture « normalisée » où les enjeux socio-économiques sont passés au premier plan. Cette mise en perspective toute personnelle, avec ses convictions et ses analyses, nous ouvre des pistes pour comprendre à la fois la jeunesse de la démocratie espagnole et déjà son enracinement et son épaisseur.
La transition démocratique espagnole a la particularité et le mérite d’avoir su éviter la confrontation entre Espagnols, confrontation qui tant de fois avait caractérisé le passage d’un régime à un autre, frustrant presque à chaque occasion les aspirations au changement et à la modernisation de l’Espagne. Séquences répétées de notre histoire et génialement traduites par Goya dans La rixe à coups de bâtons. Un duel fraternel à la fois brutal et stupide dans lequel deux hommes se frappent avec des gourdins jusqu’à ce que mort s’ensuive… pour les deux, car, chacun étant enterré jusqu’à la ceinture, aucun ne pourra survivre et il importe peu de savoir lequel succombera en premier. Il y a maintenant vingt-cinq ans, nous avons réussi à laisser accrocher définitivement ce tableau aux murs du musée du Prado, le laissant à la seule contemplation des amateurs de la peinture de Goya et nous interdisant ainsi sa réincarnation dans le monde réel. Une réussite d’autant plus louable que l’on sortait d’un régime non pas autoritaire mais fasciste. Si, dans le premier, l’exercice des libertés individuelles et collectives est restreint par la force, dans le second, l’État, tout en réprimant ces libertés, assure sa pérennité dans la négation doctrinaire de la liberté même.
Pendant quarante ans, des générations entières, privées des droits les plus élémentaires, ont été « éduquées » au sein d’un pays maintenu, à travers l’unique vision des vainqueurs d’une guerre civile, dans une opposition dogmatique à la volonté de la nation. On était aux antipodes d’un État dans lequel le libre arbitre de ses citoyens en constitue la colonne vertébrale et donc très loin d’un État légitimé par le plein exercice des droits civils.
Que ces quatre décennies aient laissé place au cadre démocratique dans lequel nous vivons aujourd’hui ne fut pas l’œuvre d’un seul acteur ni même le fruit de l’acharnement d’un groupe social ou politique. À l’origine de notre transition démocratique, on trouve la convergence vers la démocratie de multiples vecteurs, aux forces et aux significations diverses, qui se sont manifestés à des époques différentes, certains plus tard que d’autres. Leurs espaces politiques, sociaux et culturels étaient variés : d’un côté, ceux qui, condamnés à la plus stricte clandestinité et pourchassés par le régime franquiste, se formèrent en dehors de celui-ci ; de l’autre, ceux qui, intégrés à ce même régime, finirent par se rallier aux groupes d’opposition. Mais en fin de compte, tous étaient indispensables pour éveiller dans la société l’aspiration au changement. Chacun, loin de se poser en fer de lance d’une armée démocratique, apportait sa pierre à l’édifice dont nous participerions tous. Bien sûr, il y en eut qui, craintifs ou timides, proposèrent, pour se défaire de ceux qui comptaient parmi les plus ardents défenseurs des libertés, des solutions de temporisation inacceptables.
Ce fut le cas de « l’opération Karamanlis » en 1976 – en référence à la transition grecque – et que l’on doit à José María de Areilza, comte de Motrico. Elle fut relayée par un secteur de l’opposition afin de retarder la légalisation du Parti communiste espagnol (PCE) jusqu’après les premières élections générales. Ce groupe proposa que les communistes puissent participer à ces élections sous la forme d’un Groupement indépendant d’électeurs. Le ferme refus du PCE, dirigé par Santiago Carrillo, et le courage du président du Gouvernement alors au pouvoir, Adolfo Suárez, permirent, comme on le sait, la légalisation de ce parti en avril 1977. Ce fait, comme bien d’autres, nous montre bien que la conviction existait chez Adolfo Suárez d’impulser un processus constituant, qui, grâce au consensus, aboutirait à la Constitution de 1978.
Cette opération, malgré – et heureusement – son échec final, eut quelques répercussions sur le mouvement syndical, en particulier sur CCOO, qualifié de « syndicat communiste » depuis un jugement dicté par le Tribunal d’Ordre public franquiste contre plusieurs de ses militants au milieu des années 1960. Ainsi, alors que l’Union générale des travailleurs (UGT) obtenait l’autorisation de tenir à Madrid son XXXe Congrès fédéral en avril 1976, ce surtout grâce à sa ténacité dans la défense des libertés syndicales et démocratiques, Marcelino Camacho, le leader de CCOO, était arrêté puis mis en prison avec d’autres membres importants de la Junte Démocratique de Madrid. Quant au syndicat, qui n’avait jamais cessé sa lutte contre le franquisme et disposait d’une base militante majoritaire dans les lieux de production, il lui fut interdit de convoquer son propre congrès. Le syndicat fut donc réduit à défier la loi alors en vigueur pour réunir son assemblée générale dans une église de Barcelone qui resta cernée par la police pendant toute la journée du 11 juillet 1976. Certains délégués furent arrêtés, d’autres licenciés.
 
â—¦ Genèse et origine de CCOO
 
 
Il y a peu, le nom de CCOO rimait encore avec celui de « syndicat communiste » et pourtant son autonomie ne date pas des dernières années et n’est pas le fruit de l’action de ses derniers dirigeants. Ce qui est sûr c’est que CCOO ne connaît pas de fondateur particulier et n’est pas liée à la création d’un parti politique. Qui plus est, CCOO doit son existence au fait que l’on ne voulut pas aider au développement d’un syndicat communiste qui s’était constitué dans la seconde moitié des années 1950 et qui s’appelait Oposición Sindical Obrera [3] (OSO). Ce syndicat, créé de toutes pièces par le Parti communiste espagnol (PCE) ne dépassa pas le stade d’essai. Quand un ministre de l’un des gouvernements de Felipe González, ancien dirigeant communiste jusqu’au début des années 1960, affirme avoir en sa possession « l’acte de création par le PCE des CCOO », peut-être fait-il une confusion avec ce que furent les prémices d’autres syndicats ; ou bien utilise-t-il par erreur la sage et généreuse décision de la direction communiste d’attribuer à son militantisme ouvrier la naissance des CCOO. Cette « captation » permettait au PCE de corriger ses premières prévisions qui lui avaient fait écrire dans ses organes de diffusion, Nuestra Bandera : « Les CCOO sont un mouvement magmatique et fluide qui nourrira notre syndicat, l’OSO ». Il n’a pas fallu longtemps pour que la dure réalité du franquisme changeât ces perspectives. Le « magma fluide » s’étendit sur tout le pays et s’imposa comme le principal représentant des luttes syndicales jusqu’à la fin de la dictature, tandis que le propre syndicat communiste, l’OSO, fut dissous. On ne se souviendra probablement de ce dernier que comme d’une curiosité de notre histoire, susceptible d’intéresser quelque chercheur en la matière, mais l’OSO ne servit en rien au développement ultérieur du syndicalisme espagnol.
Les CCOO sont nées de mouvements qui ont surgi spontanément dans les ateliers, les mines, les chantiers, les usines ou les bureaux, à des époques différentes et sans être coordonnés entre eux, au moins au départ. Leur dénomination vient des « commissions d’ouvriers » qui se formaient de manière ponctuelle pour présenter une revendication concrète à la direction de leur entreprise et se dissolvaient immédiatement après, afin d’éviter de possibles représailles. On ne repère pas non plus de date fondatrice du mouvement, à tel point que la rivalité entre les métallurgistes de Biscaye et les mineurs de La Camocha dans les Asturies, chacun s’attribuant la constitution de la première Commission ouvrière, les uns en 1959, les autres en 1961, est toujours vive.
Spontanéité ne veut pas dire improvisation. Ceux qui avaient souffert de la guerre civile et avaient pris part aux syndicats socialiste (UGT) ou anarchiste – la Confédération nationale du travail (CNT) – savaient aussi que polarisation idéologique, division et affrontement entre travailleurs ne conduisaient qu’à l’échec. D’où l’idée avancée dès le départ de se regrouper, non pas selon les credo idéologiques, culturels ou religieux de chacun, mais à partir de leur condition commune de salariés. Pour cette raison, une même Commission ouvrière pouvait réunir tant des communistes que des socialistes, des anarchistes, des militants d’associations catholiques ou même quelques déçus du régime de Franco, phalangistes et autres militants nationalistes. Cette pluralité forgea le caractère unitaire des CCOO qui, sans leur indépendance par rapport aux partis politiques, auraient été réduites en miettes en peu de temps.
Cependant, le parti pris de l’indépendance ne se confondit jamais pour CCOO avec de l’indifférence politique. Au contraire, elles insérèrent dans leur définition le qualificatif de syndicat « socio-politique ». Les Commissions étendirent le champ de leurs revendications au-delà du lieu de travail, vers le logement, les équipements sociaux dans les faubourgs des villes, l’éducation, la culture, etc. Elles assignèrent à une bonne partie de leurs meilleurs effectifs la mission de créer et faire croître d’autres mouvements sociaux ou des associations de quartier. Et toujours, comme fer de lance de leurs revendications, tant au dehors des entreprises qu’en leur sein, l’exigence de liberté, de démocratie et d’amnistie.
Toutes ces réussites des CCOO, c’est-à-dire leur influence parmi les travailleurs, le fort taux d’adhésion à leur mouvement, leur présence partout dans le pays et la confiance acquise comme interlocuteur valable des salariés auprès du patronat dans de nombreuses entreprises, et ce en pleine dictature, une structure fermée et groupusculaire, limitée à quelques illustres militants, n’aurait pas pu le permettre. Présenter ouvertement sa candidature devant les travailleurs aux élections syndicales organisées par le syndicat officiel vertical, obtenir la représentativité suffisante pour être délégués ou membres du comité d’entreprise, au point ensuite de rafler tous les sièges à l’Union des travailleurs et techniciens au sein de bon nombre de branches et de provinces, fut un pari risqué, objet même de contestations des partisans d’autres options syndicales. Ce fut pourtant un pari décisif pour défendre les intérêts des travailleurs, les mobiliser peu à peu dans la lutte pour leurs droits, générer chez eux une conscience démocratique et l’étendre à leur environnement social et, paradoxalement, cela devint la voie la plus efficace pour en finir avec la « verticalité », annulant ainsi d’avance toute possibilité de réformer le syndicat officiel pendant la transition. Ainsi, lors des dernières élections syndicales que convoqua le Syndicat vertical en 1975, les candidats des CCOO obtinrent la majorité. Certains quotidiens et hebdomadaires de l’époque titrèrent : « L’équipe rouge a gagné ». L’unique marge de négociation qui resta au ministre des relations syndicales fut celle d’établir des délais pour liquider le Syndicat vertical et légaliser ainsi les syndicats démocratiques.
Le prix que payèrent les hommes et les femmes des CCOO fut l’un des plus élevés parmi les forces d’opposition démocratique. La répression policière et la rage dont faisaient preuve les éléments les plus ultra du régime dont un grand nombre était infiltré au sein du Syndicat vertical, se déchaîna tout particulièrement sur les militants de CCOO, jusque peu de mois avant les élections générales de 1977. Sur les seules années 1970 à 1977, date de l’assassinat des avocats spécialisés en droit du travail de la rue Atocha [4], on peut dénombrer la mort d’une vingtaine de militants, dans différentes villes – Grenade, Madrid, Ferrol, San Adrián del Besós, Vitoria – à la suite de coups de feu de la police ou de la main de bandes fascistes. Depuis les débuts des CCOO, les détenus se comptèrent par centaines et les procès collectifs furent innombrables. Le plus emblématique, sans être le plus important en nombre, fut le « procès 1001 » qui envoya en prison dix dirigeants de la Coordination générale, arrêtés à Pozuelo de Alarcón en 1972 et seulement remis en liberté lors de l’amnistie royale de décembre 1975. On ne peut oublier bien sûr, les milliers de compagnons anonymes qui furent licenciés pour appartenir aux CCOO et qui subirent toutes sortes de vexations avant de pouvoir trouver un autre emploi ou de bénéficier de l’amnistie de 1978 relative aux travailleurs.
Son solide engagement pour la démocratie, sa claire conscience d’une responsabilité politique de tous les instants, ainsi que l’ampleur et l’extension de sa force syndicale enracinée dans les lieux de travail firent de CCOO un facteur clé pour convertir les luttes ouvrières en l’une des données d’une transition pacifique et pour éviter à la fois de se laisser déborder par les groupes extrémistes et de succomber aux provocations des secteurs les plus intolérants des gouvernements successifs [5].
 
â—¦ Syndicats, transition et priorité politique
 
 
La perspective politique qu’adoptèrent l’UGT et CCOO pendant la transition représenta une contribution de premier ordre pour que cette dernière puisse s’accomplir sans une trop grande agitation. Si les deux syndicats coïncidaient alors sur l’essentiel, à savoir la liberté et la démocratie, ils ne parvinrent cependant pas à développer une unité de travail syndical.
La vocation unitaire de CCOO était telle qu’elle freina longtemps les essais internes de transformation du syndicat en confédération syndicale. Cependant CCOO devint, au cours de l’assemblée réunie à Barcelone en juillet 1976, une confédération syndicale à part entière. Après cette assemblée, le mouvement connut en conséquence une scission interne avec la création de la Confédération syndicale unitaire des travailleurs (CSTU) et du Syndicat unitaire (SU), deux petits syndicats emmenés par des militants de deux partis d’extrême gauche, le Partido de los Trabajadores Españoles et l’Organización Revolucionaria de los Trabajadores. Par ailleurs, la mise au point de l’organisation et des statuts du syndicat dut être reculée à la fin de septembre 1976. On maintint toutefois la proposition de tenir un congrès constituant afin de créer une grande centrale unitaire et pluraliste de travailleurs dans laquelle se fondraient les différents courants du mouvement syndical, réunissant les forces tout en respectant la personnalité, la culture et l’histoire de chacune d’entre elles. On en vint à la constitution de la Coordination des organisations syndicales – la COS – entre UGT, USO et CCOO. Cette coordination lança la journée d’action générale du 3 novembre 1976 pour revendiquer les libertés politiques et l’amnistie. L’histoire de la coordination fut brève : elle prit fin en février 1977.
L’aspiration compréhensible et légitime d’autres organisations à se développer dans le cadre de la démocratie, après quarante ans d’exil et de clandestinité, ajoutée à la méfiance suscitée par la proposition volontariste des CCOO laquelle, en raison de leur hégémonie, fut interprétée comme une manœuvre pour dominer le mouvement syndical, conduisirent davantage à la division qu’à la diversité. Plusieurs années après, la Confédération syndicale des CCOO en tirera deux leçons pratiques : à savoir, qu’à sauter dans le vide, lorsque l’on est sur la voie de l’unité, on ne fait souvent que se précipiter dans l’abîme de la division et que pour unir des forces, il vaut mieux au préalable faire taire sa soif de protagoniste particulier.
En dépit de son expérience antérieure, CCOO s’attacha à la défense du modèle de représentation unitaire des travailleurs au sein des entreprises à travers la réalisation d’élections syndicales libres, seul système valable pour que l’unique source de légitimation des syndicats soit la volonté démocratique des travailleurs, librement exprimée dans les urnes. Si l’on tient compte des difficultés pour vérifier objectivement les taux d’affiliation au cours de la période de la transition ainsi que des tendances probables du patronat espagnol ou des pouvoirs publics même à disposer de succédanés syndicaux – autrement dit de leurs tendances à la « jaunisse syndicale » –, s’introduire dans le champ syndical tel qu’il se présentait alors, comportait des risques non négligeables. Mais le mécanisme élaboré par CCOO avait aussi l’avantage de préserver la plus grande unité possible dans la défense des intérêts collectifs des travailleurs au sein de l’entreprise, le comité d’entreprise étant l’interlocuteur dans le cadre de la négociation collective.
CCOO chercha à promouvoir des conseils d’usine, tels par exemple l’Assemblée générale des représentants ferroviaires, et à faire pression sur les autorités pour convoquer le plus vite possible les élections syndicales libres tant attendues. Ceci fut obtenu en 1978, soit deux ans avant l’approbation du Statut des travailleurs et CCOO sortit vainqueur de ces élections.
Il est faux de dire que l’Espagne dispose du taux d’affiliation syndicale le plus bas de l’Union européenne. Il est comparable à titre d’exemple au taux français et il a enregistré, avec le taux finlandais, la plus forte augmentation au cours des dernières années selon les rapports annuels que réalise l’OIT. Cet argument qui permet la mise en cause des fonctions des syndicats majoritaires sous prétexte de leur faible nombre d’adhérents est fallacieux : l’UGT comme CCOO disposent chacun de plus d’affiliés que tous les partis politiques réunis et leur représentativité commune dépasse 80 % des délégués syndicaux élus. Ces chiffres les légitiment largement pour exercer leur rôle, de même que celui des partis politiques est légitimé par les votes et le nombre de députés obtenus sans que l’on pense un seul instant le mettre en question à cause du nombre de leurs adhérents [6].
À la fin de la seconde guerre mondiale, pour la majorité des pays européens, la reconstruction de la démocratie ne pouvait s’opérer sans la présence de syndicats forts. Les pouvoirs publics leur procurèrent donc généreusement les moyens nécessaires à leur installation et à leur fonctionnement. Sous des modes différents, on a aussi mis en place des mécanismes légaux permettant le financement complémentaire de leurs activités en suivant le schéma adopté par les partis parlementaires. Tout de suite, les syndicats furent associés à la gestion de la Sécurité sociale ainsi que d’autres organismes de protection sociale, ce qui donna une impulsion formidable à l’affiliation syndicale. En Espagne cependant, après avoir occupé la première ligne dans la lutte pour la démocratie, les syndicats furent remisés au second plan après la restauration de cette dernière.
La restitution du patrimoine syndical, justifiée par l’accumulation des cotisations obligatoires au Syndicat vertical, ne commença que très tard et au compte-gouttes à partir de 1981. Elle n’est pas encore achevée puisque plus de 70 % des biens immeubles du Syndicat vertical sont restés propriété de l’Administration. Du reste, des actifs, comme l’œuvre sociale, rien n’a été rendu aux syndicats. Il n’existe aucune voie de financement semblable à celle dont disposent les partis qui ont une représentation parlementaire, hormis les dispositifs prévus par l’Accord national pour l’emploi de 1981. Mais ce poste budgétaire est souvent gelé et son montant dérisoire, bien que fréquemment on fasse allusion de manière insidieuse au financement des syndicats à la charge des deniers publics. Enfin la participation institutionnelle à la gestion des organismes de Sécurité sociale et autres entités n’a qu’un caractère formel, les syndicats n’ayant aucun pouvoir effectif pour intervenir dans leur fonctionnement.
L’élément le plus révélateur de cette asymétrie entre la contribution des syndicats à la consolidation de la démocratie et la considération dont ils jouissent peut se lire à travers l’évolution du dialogue social. Les Pactes de la Moncloa [7], au contenu essentiellement économique, conclus pour faire face à la récession que connaissait l’Europe entière depuis déjà deux ans à la suite du choc pétrolier et qui touchait davantage encore l’Espagne [8] furent assumés et défendus par CCOO et UGT, et en dépit de la dureté évidente de certains de leurs paragraphes à l’égard des travailleurs, alors même que les partenaires sociaux ne furent pas conviés à la table des négociations mais que leur était dévolu en revanche le rôle de mettre en œuvre ces pactes dans tous les domaines de la production. Ainsi la responsabilité qu’on leur reconnaissait dans la mise en application des pactes ne permettait pas leur participation à leur négociation car on estimait que ces mêmes partenaires sociaux manquaient encore de légitimité démocratique. Quant aux syndicats auxquels on reprocha tant de fois leur liaison avec les partis de gauche, ils furent réduits à suivre les négociations par l’intermédiaire de ces mêmes partis.
Ces circonstances, dans leur ensemble n’entamèrent pourtant pas la détermination des syndicats à défendre et voir appliquer ce qui fut conclu à la Moncloa entre les partis politiques représentés au Parlement et le gouvernement de l’UCD, à l’automne 1977. Car le fait d’assumer ces pactes permettait au mouvement syndical d’avancer vers un objectif beaucoup plus important à ses yeux, à ceux des travailleurs et de la société en général : celui de l’élaboration consensuelle de la Constitution dans un climat de paix sociale et de stabilité politique. Aujourd’hui, en expliquant ces accords, nous continuons à insister davantage sur leur projection positive au plan politique que sur leur portée socio-économique et nous revendiquons avec fierté la responsabilité dont nous fîmes alors preuve.
Aux Pactes de la Moncloa, qui ne furent totalement respectés qu’en matière salariale, succédèrent des « Journées de réflexion » organisées par le ministre Fernando Abril Martorell au cours du printemps-été 1978 afin de reconduire les pactes et si nécessaire souscrire d’autres accords avec la participation du patronat et des syndicats. Les pactes ne furent ni reconduits ni remplacés par d’autres et la « réflexion » se solda par un décret limitant à 12 % les hausses de salaire – procédé incroyable dans un système démocratique qui ne fut heureusement plus jamais réemployé. Cela revenait, pour les salariés, à une perte de 8 points de pouvoir d’achat. Face au climat de tension réveillé par une telle mesure, la direction de CCOO dut faire preuve d’une responsabilité politique supérieure à celle du gouvernement. La modération des mobilisations syndicales devait servir à ne donner aucun prétexte et aucune prise à toute accusation de déstabilisation que, pendant le double processus électoral – élections législatives anticipées et municipales coïncidaient pour la première fois –, d’aucuns auraient été tentés de faire.
Le consensus qui avait présidé à l’élaboration du texte constitutionnel se brisa avant que le Parlement ne légifère sur la mise en place d’un cadre démocratique au sein du monde du travail. Mais l’acharnement de CCOO à faire concorder, dans la mesure du possible, démocratie institutionnelle et démocratie dans le champ social et du travail, nous a conduits à la rédaction d’un Code des droits des travailleurs, inspiré du Code du travail italien qui nous semblait être le plus en rapport avec notre système de production tout en présentant des garanties acceptables, sans pour autant être au niveau des pays les plus avancés en la matière comme l’Allemagne. Ce texte fut présenté en 1978 comme proposition de loi devant les Cortes par Marcelino Camacho, en sa qualité de député du PCE et certaines de ses dispositions furent reprises dans le projet de la loi d’Action syndicale que dessina le gouvernement de l’UCD. La riposte, totalement démesurée, du patronat se traduisit dans le pays par une campagne d’opposition radicale faite de pancartes et panneaux publicitaires alarmistes et une assemblée de chefs d’entreprise échauffés au palais des Sports de Madrid. À l’extérieur de nos frontières, ce fut la dénonciation en règle d’une tentative, de la part du gouvernement d’Adolfo Suárez, de « soviétiser l’Espagne ». Ce premier essai de réglementer les relations du travail dans un cadre démocratique fut alors paralysé.
Au lendemain des élections générales de 1979, on inaugura d’autres méthodes de concertation et la politique parlementaire emprunta des chemins différents. La Confédération syndicale des CCOO, jusque-là majoritaire depuis les uniques élections syndicales qui s’étaient tenues, resta en dehors des négociations de l’accord de base interconfédéral, souscrit entre le patronat espagnol, la CEOE [9], et l’UGT à l’automne 1979 et qui servit de base au débat parlementaire entre le gouvernement et le PSOE sur le Statut des travailleurs.
La réduction des indemnités pour licenciement abusif de soixante à quarante-cinq jours par année travaillée ; le changement radical que représentait la « clause de non réadmission », où, d’une situation où le travailleur avait le choix entre réintégrer son poste de travail ou accepter une indemnisation après jugement en sa faveur, on passait à la situation opposée, à savoir qu’au chef d’entreprise était laissée la possibilité de choisir entre réintégrer ou licencier, et ce, quand bien même le caractère abusif du licenciement était démontré ; l’introduction au sein du droit du travail espagnol du licenciement pour « cause objective » ainsi que, pour la première fois, de contrats de travail temporaires : tous ces aspects furent, parmi d’autres, autant de raisons pour CCOO de rejeter ce texte. Questions tout à fait relatives si l’on se place dans le contexte actuel, mais qui avaient un poids réel à l’époque, surtout pour un syndicat qui, ayant l’espérance légitime que naissent de nouveaux droits au sein de la toute jeune démocratie, voyait ces mêmes droits attaqués et affaiblis à la première occasion.
Au cours de ce même automne, CCOO organisa pour la première fois l’appel à la grève générale. Ce fut une longue campagne de mobilisation contre le Statut des travailleurs, et on en nomma les différentes phases du nom des figures du jeu de carte espagnol. Le secrétaire de l’organisation confédérale des CCOO, Julián Ariza utilisa le « valet » : cette figure fait référence à la première étape pendant laquelle les résolutions, issues d’assemblées réunies sur les lieux de travail, revendiquant le Code des droits des travailleurs proposé lors de la législature précédente pendant le débat parlementaire sur le Statut, étaient envoyées par télégramme à la présidence du Gouvernement. Une seconde étape consistant à préparer et célébrer à la Casa de Campo de Madrid une assemblée générale de délégués syndicaux venus de tous les points d’Espagne, fut associée à la figure du « cavalier ». Enfin, le « Roi » signifiait le recours à la grève générale si la négociation exigée ne s’ouvrait pas. Malgré le succès des deux premières phases, nous ne jouâmes pas l’atout du « Roi » car primait notre engagement pour la démocratie. De cet engagement, on a pu alors vérifier le caractère radical au risque de susciter l’incompréhension de nos propres bases, qui étaient arrivées à la Casa de Campo convaincues de participer à l’appel à la grève générale.
Par la suite furent conclus entre la CEOE et l’UGT, mais sans CCOO, les accords cadre interconfédéraux. Les critiques que nous portions à ces accords concernaient, entre autres, la clause de « décrochage » qui permettait à quelques entreprises de rester en deçà des limites de salaire négociées, le traitement, à notre avis, pénalisant de l’absentéisme des travailleurs, l’ambiguïté qui demeurait quant à la répartition de la productivité et à ce qui devait substituer les règlements du travail, etc. Mais ce qui motiva plus que tout notre refus à signer les accords, fut, reconnaissons-le, une théorie saugrenue selon laquelle nous pouvions considérer comme acceptable un pacte à quatre parties – gouvernement, partis politiques, patronat et syndicats –, entendu comme pacte « politico-économique », mais qu’un accord à deux, syndicats et patronat, étant selon notre culture interne un pacte social identifiable au réformisme syndical, méritait d’être rejeté. Il s’agissait là d’une évidente idéologisation du rôle des syndicats sans cohérence avec la pratique quotidienne de la négociation de conventions entre syndicats et patronat. Nous avons payé cher cette incohérence, en restant en dehors de la plupart des conventions collectives, y compris dans les entreprises ou secteurs où nous disposions de la majorité syndicale. Les travailleurs se chargèrent de redonner de la cohérence lors des élections syndicales de 1982 que nous perdîmes de peu, nous retrouvant à forces presque égales avec UGT. CCOO ne récupérera, d’ailleurs de justesse, la majorité qu’en 1995.
La tentative de coup d’État du 23 février 1981 eut une forte influence sur le retour au dialogue social. La prise de conscience de la fragilité de la démocratie fut, même si l’on surmonta cette épreuve, un vrai stimulant pour l’union des forces démocratiques, politiques et sociales pendant, environ, un an. Le point culminant de cette union fut la conclusion au début de l’été de l’Accord national pour l’emploi. Le chômage, qui touchait déjà 14 % de la population active, augmentait sans pause depuis 1977, indépendamment de tout type d’accord conclu au cours de cette période et révélait ainsi son caractère structurel et par voie de conséquence, la nécessité d’y faire face par des mesures proprement structurelles. Peut-être plus volontariste que rigoureux, mais montrant la bonne voie à suivre, CCOO avait élaboré trois ans plus tôt un Plan national de solidarité contre le chômage et la crise que le gouvernement ne jugea pas même digne d’être intégré au calendrier des négociations d’aucun des processus mis en place jusqu’alors. Le hasard fit que la personne même qui l’avait rejeté et occupait le poste de vice-président du Gouvernement, Leopoldo Calvo Sotelo, fut confronté, au lendemain de sa nomination comme président, au problème du chômage, devenu prioritaire. Une fois de plus, l’ANE plaça la volonté de négociation de CCOO, UGT et CEOE-CEPYME [10] au-dessus des divergences qui avaient prévalu par le passé. Cependant, avec la crise de l’UCD, le parti centriste au pouvoir, et la convocation précipitée d’élections anticipées le 28 octobre 1982, l’effort que fournirent les syndicats en acceptant la réduction des salaires nets de deux points ne put être compensé par l’accomplissement entier de la contrepartie promise en matière d’emploi et de protection sociale.
 
â—¦ Syndicats et pouvoir socialiste
 
 
L’avènement du gouvernement socialiste ne changea pas le schéma de concertation sociale et les acteurs sociaux signèrent l’accord interconfédéral de 1983 dans lequel le gouvernement s’engageait à légiférer sur la limitation de la journée de travail à 40 heures par semaine. À la demande des organisations patronales et, comme condition posée par le gouvernement, l’accord incluait l’établissement préalable du calcul annuel de la journée de travail ainsi qu’un processus d’implantation progressive de cette réglementation.
Un an après, le gouvernement prit l’initiative d’un nouvel accord, de nature tripartite cette fois, gouvernement, syndicats et patronat, mêlant des questions relatives à la négociation collective stricto sensu entre les parties, à d’autres de plus grande envergure telles la politique budgétaire, la réforme du Statut des travailleurs et les mesures de « rationalisation de la Sécurité sociale ». Les conversations préalables avec le gouvernement augurèrent mal de la réussite des négociations à venir. Ce fut en tout cas le sentiment de CCOO lorsque nous entendîmes le président du Gouvernement dire qu’avec cet accord envisagé « … il attendait de nous les mêmes sacrifices que ceux consentis avec les gouvernements de droite ».
Si le besoin de consensus devenu vertu avait pris fin deux ans après les premières élections générales, celui de consensus social avait dégénéré en « vice » politique qui confondait les efforts réalisés dans le seul intérêt général, celui de renforcer la démocratie, avec les sacrifices réalisés dans l’intérêt du gouvernement en place.
La négociation s’acheva sans la signature de CCOO qui ne fut même plus convoqué par le représentant du gouvernement. Or la réforme partielle du Statut des travailleurs et l’ambiguïté, inscrite à dessein dans la réforme de la Sécurité sociale, ouvraient la voie au développement de toutes sortes de contrats temporaires précaires au détriment des emplois stables. De même le système de calcul de la base des pensions de retraite était brutalement modifié. Cette dernière dérive profondément néfaste de l’accord fut à l’origine du premier affrontement sérieux entre l’UGT, pourtant proche du PSOE, et le gouvernement de Felipe González. Ce fut aussi l’occasion d’un retour momentané à l’unité d’action entre les deux grandes centrales syndicales qui convoquèrent conjointement des manifestations. Ajoutons cependant que cette unité cessa lorsque CCOO appela à la première grève générale de la démocratie qui eut lieu le 20 juin 1985. Les relations entre les syndicats et les gouvernements socialistes successifs se caractérisèrent donc davantage par le désaccord et le conflit que par la conclusion d’accords. On ne parvint à ceux-ci qu’en 1990 pour mettre fin au conflit ouvert par la grève générale du 14 décembre 1988.
Cette année-là, la situation était extrêmement tendue. Les réformes structurelles qui avaient été opérées dans le cadre de politiques économiques de cadrage du secteur public et de transfert de celui-ci au privé avaient eu trois séries de conséquences : la redéfinition du capital constant pendant la restructuration industrielle ; la modification du capital variable, conduisant à la réduction d’effectifs à la charge de la Sécurité sociale et à la mutation de sa structure avec la substitution par des contrats temporaires de l’emploi fixe, substitution aidée par divers types de subventions ; la défiscalisation des revenus du capital avec, notamment, l’augmentation du poids de l’imposition indirecte dans le système tributaire. Ces choix de politique économique produisirent une inertie d’autant plus difficile à casser que le pays connaissait de fortes tendances inflationnistes [11]. Or, le gouvernement abordait la nouvelle phase d’expansion qui s’annonçait avec comme priorité la réduction coûte que coûte de l’inflation à 3 % en un an, c’est-à-dire sa réduction de moitié en une seule fois. Cet objectif supposait des coupes budgétaires dans les salaires des employés du secteur public afin de montrer le chemin au secteur privé. Les dépenses pour la protection des sans emploi étaient gelées : elles atteignaient le minimum historique de 28 % alors que le taux de chômage était supérieur à 20 %. Ces mesures étaient prises au sortir d’une période marquée par de fortes destructions d’emplois et par l’importance de nombreuses poches de chômages dues à la reconversion industrielle. On avait remarqué aussi que les contrats de travail temporaires avaient crû de façon exponentielle depuis la réforme de 1985 et que pendant plusieurs années la part des rentes et revenus du travail avait diminué au profit des revenus du capital dans la composition du revenu national. À ce fond de mécontentement syndical s’ajouta une exaspération produite par les procédés utilisés par le gouvernement. Pour la première – et dernière fois dans notre histoire démocratique – des accords sur les retraites furent conclus avec une association extra-syndicale, l’Union démocratique des retraités, dont on n’entendit évidemment plus jamais parler, et sur les salaires des fonctionnaires avec un syndicat corporatif en marge de UGT et de CCOO.
Nous fîmes notre possible pour avertir le gouvernement par l’organisation de manifestations massives dans presque toutes les villes, l’invitant à reprendre les négociations. Mais loin de nous écouter, il chargea le paquet de mesures présenté aux Cortes avec le Plan d’emploi des jeunes, objet d’une consultation préalable des organisations patronales, qui, permettant l’utilisation occasionnelle et non l’insertion professionnelle des jeunes, abondait dans le sens de la précarité de l’emploi. Tout cela sans leur reconnaître les droits sociaux les plus élémentaires ni même l’accès postérieur aux prestations de Sécurité sociale, sans leur donner la moindre garantie de continuité au sein des entreprises à la fin du contrat initial d’une très courte durée ni l’assurance de recevoir effectivement la formation professionnelle qui constituait le prétexte de contrats aussi faiblement rémunérés (salaires inférieurs au salaire minimum) et fortement subventionnés par l’argent public, à tel point que selon nos calculs chaque contrat apportait en moyenne à l’employeur un bénéfice net de 1200 Euros.
Si la commission exécutive de CCOO décida d’aller à la grève générale, on chercha cette fois-ci au préalable un consensus avec les dirigeants d’UGT sur tous les détails de sa convocation. La grève générale eut lieu le 14 décembre 1988. Toutefois nos deux syndicats avaient encore soin, pour éviter qu’une telle action ne soit marquée d’aucune connotation historico-politique, de l’intituler « arrêt de travail général de 24 heures ». Modeste nuance qui disait cependant notre souci politique.
Quelque sens qu’on veuille lui donner, la grève dans une société démocratique ne représente pas un succès en soi : elle est plutôt l’expression de la tentative avortée de sortir d’une situation injuste par le dialogue. Mais en même temps, elle a été, est et sera aussi le tremplin de nouveaux progrès pour ceux qui refusent de s’installer tant dans l’injustice que dans l’intransigeance. La grève du 14 décembre bénéficia d’un grand soutien mais ne devint réellement un succès qu’un an et demi plus tard, c’est-à-dire, lorsque nous nous sommes de nouveau assis à la table de négociations avec le gouvernement afin de trouver un accord sur les revendications qui nous avaient menés à la grève et sur quelques autres points supplémentaires. Relevons entre autres la question du droit des employés du secteur public à négocier leur rémunération et leurs conditions de travail [12].
Deux affrontements se produisirent encore avec le gouvernement du PSOE à propos d’affaires qui n’ont pas aujourd’hui trouvé de solutions. Ainsi le gouvernement approuva-t-il au printemps 1992, sans prévenir ni passer par la négociation, un décret qui permettait des coupes drastiques dans les prestations d’assurance chômage. Presque en même temps, il présentait un projet de loi très restrictif sur la grève, également sans que soit requis l’accord des syndicats. Pour ces deux raisons, on appela à nouveau, le 28 mai, à l’arrêt de travail général, mais cette fois pour une demi-journée seulement. Le gouvernement resta plusieurs mois sans répondre à la demande de négociation présentée par les syndicats après le mouvement. Il fut totalement impossible de renégocier le « decretazo [13] », nom dont on baptisa le texte qui réduisait l’assurance chômage, afin d’en atténuer les bénéfices pour les personnes qui avaient cotisé pour se garantir contre ce risque et qui se retrouvaient soudainement sans emploi en raison de la récession de 1993. Les conséquences de ce décret, conséquences aggravées par les coupes réalisées dans le budget 1994, firent que près de 300 000 chômeurs de longue durée avec des charges familiales se trouvèrent sans assurance chômage et sans aide [14]. Le droit de grève tient quant à lui sa réglementation du décret « prédémocratique » de mars 1977 et de la jurisprudence abondante, très variée et donc parfois contradictoire, postérieure à la proclamation de la Constitution. Le président du Gouvernement, Felipe González, avait en effet décidé la dissolution des Cortes la semaine même où devait avoir lieu le vote définitif par le Parlement de la loi sur la grève, loi négociée par son propre groupe parlementaire et élaborée avec le souci de trouver le meilleur équilibre entre le droit de grève et la garantie de services minima pour les secteurs indispensables à la communauté [15].
La flexibilité du travail entendue comme déréglementation des droits et précarisation de l’emploi trouva sa meilleure expression avec la réforme du travail de 1994 qui déclencha à nouveau la dernière grève générale en date, la grève du 27 janvier 1994. Le gouvernement ne consentit alors à l’ouverture d’aucun espace de négociation.
Les syndicats, tant de fois accusés de s’en prendre aux gouvernements socialistes pour d’obscures raisons « politiques », n’avaient cependant d’autre intention que celle de récupérer les domaines de négociation perdus avec le gouvernement, indépendamment de la nature de nos différends antérieurs. Moindre encore était notre intention de suivre la tempête de critiques qui, depuis l’opposition, se déchaîna contre lui pendant sa dernière législature. La conclusion de nouveaux accords ponctuels avec le gouvernement de Felipe González fut donc possible au cours de l’année 1994, en matière de revalorisation des pensions de retraites, de rémunérations des salariés du secteur public, ou encore autour du Plan d’emploi rural.
 
â—¦ Vers un nouveau modèle de concertation sociale
 
 
Mais si l’économie retrouvait la croissance, la situation politique se dégradait à pas de géant. On assistait en apparence davantage à la délégitimation du système démocratique qu’à l’action légitime de l’opposition au gouvernement. Acculée à une situation d’échec, la vie politique et institutionnelle s’enfermait dans la crispation et la paralysie. Conséquence négative de tout cela, on ne sut pas tirer profit des occasions d’amélioration de l’emploi qu’apportait un nouveau cycle de croissance économique.
Pour la première fois, nous, les agents sociaux, au lieu de rester inquiets mais passifs dans l’attente que s’apaisât la tourmente politique, nous nous adressâmes, dans une initiative commune, au gouvernement et à tous les partis parlementaires afin de leur faire part de nos inquiétudes et les prier instamment de chercher une sortie à l’impasse dans laquelle nous nous trouvions tous, forces politiques, sociales et société en général. Prêchant par l’exemple, nous présentâmes l’ébauche d’un programme de négociation, en en indiquant la forme et le rythme.
De cette initiative découlèrent les fameux accords signés en avril 1997 [16] dont on connaît peut-être moins le processus d’élaboration. Pendant deux ans et demi de conversations, le travail de défrichage de chacun des sujets proposés s’effectua en commissions spécialisées, ces dernières facilitant l’immersion dans une discussion juste et rigoureuse et permettant d’éviter les écueils…
Il fallut esquiver l’obstacle du changement de gouvernement en 1996 et les tendances naturelles à revenir aux vieux modèles de concertation servant d’appui pour assurer sa stabilité. Le président Aznar nous proposa d’ailleurs d’inaugurer la législature avec un accord tripartite, ce qui raviva l’hypothèse selon laquelle, si la nécessité de négociation était couverte entre partenaires sociaux, mais qu’aucun accord n’était conclu entre eux, le gouvernement pourrait procéder à une autre réforme du travail. Cela n’aurait fait qu’affaiblir la volonté de négociation, chez le patronat probablement, chacun attendant que le gouvernement agisse, et nous aurait vraisemblablement menés à de nouvelles tensions. Mais le dialogue social avait été mis en place de façon autonome par les interlocuteurs sociaux qui n’avaient pas attendu d’être convoqués par un gouvernement, antérieur ou nouveau. Il fut donc possible de convaincre le président Aznar qu’en déclinant son invitation, nous ne renoncions pas au dialogue mais qu’accepter sa proposition aurait augmenté la probabilité de faire échouer un accord. L’expérience nous donna raison. De même en affirmant que les différences idéologiques ou politiques avec un gouvernement du Parti populaire ne représentaient aucun obstacle à la négociation et à la signature d’accords, nous avons vu notre crédibilité renforcée. Sortir des schémas trop généraux de concertation, qui aboutissaient à une discussion pêle-mêle de matières totalement différentes, n’était en rien une manœuvre pour éviter d’éventuels accords avec le gouvernement. La preuve fut faite avec l’accord de rationalisation et d’amélioration des prestations de Sécurité sociale, équivalent au Pacte de Tolède sur les pensions de retraite. Cet accord sur la Sécurité sociale fut souscrit en octobre 1996, peu de mois donc après l’accession au pouvoir du nouveau gouvernement et, remarquons, sans la signature de la partie patronale qui le rejeta.
Sans pêcher par excès de prétention, on peut affirmer qu’un nouveau modèle de concertation sociale a été introduit en Espagne. Ce modèle est plus autonome et il incite les partenaires sociaux à plus de responsabilité dans la recherche de solutions aux principaux problèmes du travail, sociaux et économiques. Il ne se limite pas à atténuer les conséquences des problèmes une fois advenus mais il permet d’anticiper sur les défis du futur afin de créer les meilleures conditions possibles pour les affronter. Au-delà de l’échange de contreparties matérielles, ce modèle vise à ébaucher des idées utiles pour améliorer l’emploi et l’efficacité des entreprises.
Il s’agit là, avant tout, d’un débat d’idées, concentrées sur des solutions tangibles au fur et à mesure des négociations, ce qui marque bien la différence avec les processus développés auparavant. Dans le domaine de la flexibilité du travail, le patronat finit par se rendre à l’idée qu’il fallait tourner la page de la précarité de l’emploi et en finir avec le « pelotazo [17] » financier, selon les propres mots du président du CEOE, José María Cuevas. Le patronat réalisait en effet que derrière des emplois précaires se cachaient des projets d’entreprises également précaires, une faible productivité du travail, une perte de qualité dans la structure de l’offre et au final une perte de compétitivité. Les syndicats, quant à eux, prirent conscience que la capacité d’adaptation à l’évolution des processus de production constituait moins un ennemi que la meilleure des garanties du maintien de la stabilité de l’emploi. Au terme de ces réflexions fut élaboré l’accord pour la stabilité de l’emploi qui déboucha sur un nouveau concept de flexibilité positive.
Syndicats et patronat se savent les principaux sujets des conflits sociaux mais, pour autant, ne jouent en général qu’un rôle d’intermédiaire entre leurs membres et les tribunaux de justice. Pour cette raison, ils s’entendirent sur le choix de la solution extra-judiciaire des conflits collectifs, afin d’assumer leurs responsabilités en se posant comme première instance de résolution avant de juridiciser les relations du travail. Et sachant que le morcellement de la négociation collective, obstacle surgi du passé, représente une sérieuse difficulté tant pour coordonner les secteurs productifs que pour définir une stratégie de participation des syndicats à l’organisation du travail, ils scellèrent leurs intérêts par l’accord de coordination de la négociation collective sectorielle et dans une procédure de dérogation aux vieilles ordonnances de travail, leur substituant de nouvelles conventions de secteur.
Ce précédent, en somme excellent, donna de bons résultats pour les salariés, les entreprises et la société en général. Et ce sont ses imperfections mêmes qui nous donnent toutes les raisons de poursuivre dans cette voie et non de faire marche arrière.
Les centrales syndicales, UGT et CCOO ont certes commis des erreurs. Mais jamais la plus impardonnable de toutes qui aurait été celle de rester indifférentes face aux défis qu’a dû relever notre pays dans son cheminement vers la liberté, la démocratie et le progrès social. Elles demeurent un facteur de cohésion tant dans leur action en faveur de l’autogestion au sein de chacune des communautés constitutives de l’Espagne que par leur résistance face à ceux qui prétendent utiliser la diversité comme prétexte à l’inégalité des droits et du bien-être entre les citoyens [18]. La contribution des syndicats CCOO et UGT à l’Espagne des vingt-cinq dernières années a été fondamentale pour la construction de notre État social de droit. Cette construction s’est opérée dans une nation qui a su régler ses comptes avec son passé sans convulsion et qui fait maintenant partie intégrante du noyau de pays européens, guidés par un projet commun, avec ses déséquilibres et ses lacunes. Mais ces pays constituent l’espérance la plus sûre en un futur où s’accomplira l’universalisation des droits, de la démocratie et de l’équité sociale, dans un monde encore incapable de mettre connaissances et richesses au service de l’humanité entière. Ainsi les syndicats démocratiques sont-ils créanciers et non débiteurs d’une dette d’origine culturelle, plus que matérielle. Ils sont en effet, non pas le frein mais le souffle des changements et, loin d’être une charge pour la société démocratique, ils en facilitent le fonctionnement. Mais ils ne seront récompensés de leur tâche qu’en continuant dans leurs efforts, en apportant jour après jour sagesse et ténacité à leur travail, en sachant élargir leurs perspectives à toutes les réalités à transformer. À eux revient le rôle du rêve dans le conte du « jeune roi », écrit par Oscar Wilde voici cent ans : découvrir une réalité dans laquelle le bonheur de quelques-uns ne rime plus avec le malheur de l’immense majorité de l’humanité.
â–¡
 
NOTES
 
[1] Ce texte est repris d’une conférence donnée par Antonio Gutiérrez devant l’Académie royale d’histoire, le 29 janvier 2001, dans le cadre d’un cycle sur les vingt-cinq ans de règne de Juan Carlos. Nous tenons à remercier l’auteur de nous avoir confié ce témoignage et d’en avoir autorisé la publication en français.
[2] Comisiones Obreras peut se traduire par Commissions ouvrières. Dans le corps du texte, nous reprendrons le sigle espagnol CCOO (doublement des initiales comme le veut l’usage espagnol pour les noms au pluriel).
[3] Oposición Sindical Obrera : Opposition syndicale ouvrière.
[4] En janvier 1977, des militants d’extrême droite firent irruption dans les locaux d’un cabinet d’avocats proche du PCE et tuèrent cinq personnes. Ce fut une des périodes les plus délicates pour le processus de transition.
[5] De ces provocations, on retiendra quelques exemples. Les manifestations à Vitoria en mars 1976 qui faisaient suite à la mort de cinq travailleurs, abattus par la police au sortir d’une assemblée célébrée dans une église, au moment où le ministre de l’Intérieur de l’époque, Fraga Iribarne avait déclaré « la rue m’appartient », ou encore l’assassinat des avocats « de gauche » d’Atocha en janvier 1977 par des terroristes d’extrême droite. Le spectre de la guerre civile passait sur la transition politique.
[6] Il est cependant vrai que notre système représentatif présente le défaut que l’affiliation peut être dissuasive. Les non syndiqués bénéficient au même titre que les autres de ce que le travail syndical obtient de plus important : la négociation des conventions collectives, par exemple. Cela crée un dysfonctionnement entre, d’une part, les responsabilités syndicales liées au fort taux de représentativité et, d’autre part, le faible soutien militant apporté aux syndicats. Ce problème ne peut néanmoins être résolu en mutilant la négociation qui est d’application générale, par l’établissement de conventions aux effets limités à certains salariés selon qu’ils appartiennent à tel ou tel autre syndicat. Au-delà des corrections nécessaires à un meilleur équilibre des compétences entre syndicat et comités d’entreprise, lesquels fonctionnent et se maintiennent grâce aux syndicats, pour que les travailleurs prennent mieux conscience du rôle décisif joué par les centrales syndicales dans l’amélioration des conditions de vie et de travail, des mesures institutionnelles concrètes reconnaissant l’utilité de la contribution sociale des syndicats sont également souhaitables.
[7] Avec les accords, l’augmentation des salaires fut limitée à 21 %. Bien que la hausse du prix des dérivés du pétrole ait été répercutée et que leur évolution dépendit aussi des résultats des récoltes agricoles, les prix s’alignèrent peu à peu sur l’inflation prévue. Des pénalisations en cas de dépassement des limites salariales fixées par le pacte furent également mises en place. En contrepartie, le gouvernement s’engagea à augmenter progressivement la contribution de l’État à la Sécurité sociale – laquelle comprenait la santé et l’assurance chômage et était financée en sa presque totalité par les cotisations des salariés et employeurs. La part de l’État devait atteindre 23 % de son budget total en 1983.
[8] Les causes de cette crise profonde tiennent à la passivité des derniers gouvernements de la dictature, à l’inefficacité d’une structure productive à peine ouverte à la concurrence, à une administration enkystée par la bureaucratie et génératrice d’un énorme déficit public, accentué par une absence de politique fiscale répondant aux critères minima de suffisance et d’équité et, enfin, à une politique monétaire limitée au recours aux dévaluations compétitives et à l’augmentation imprudente de la masse monétaire. Les négociations se centrèrent donc sur la nécessité de lutter contre l’inflation qui avait atteint le taux de 28 % en 1977 et dans une moindre mesure sur le besoin de quelques réformes. Le chômage avoisinait les 8 %. Mais les partis politiques ne prirent pas ce chiffre assez au sérieux, malgré l’évidence de son caractère structurel.
[9] Confédération espagnoles des organisations et entreprises.
[10] CEPYME : Confédération espagnole des petites et moyennes entreprises.
[11] Ces tendances inflationnistes, liées à l’habitude d’augmenter les bénéfices à très court terme, ont pour origine une économie restée pendant longtemps peu ouverte à la concurrence extérieure et marquée par des pratiques propres aux oligopoles quant à la fixation des prix des biens et des services de grande consommation.
[12] Ce droit est violé par le gouvernement du Parti populaire depuis le gel des salaires décidé en 1997 et remis en question par le refus de ce même gouvernement de négocier l’application de la récente décision de l’Audience nationale. En effet CCOO avait déposé plainte en justice à la suite du gel des salaires des fonctionnaires en 1997. À la surprise générale, un tribunal donnait raison en 2000 à l’argumentation du syndicat. Le gouvernement a fait appel et a refusé la thèse selon laquelle un accord avec les syndicats pouvait être passible d’un arbitrage judiciaire.
[13] Terme intraduisible (le « super-décret ») qui permet d’insister sur le caractère réglementaire du décret en opposition à une mesure fruit de la négociation. Le décret imposait de nouvelles conditions pour toucher le chômage, conditions que les chômeurs ne pouvaient souvent pas réunir ou qui supposaient, pour d’autres, une forte diminution de l’indemnité à percevoir et du temps pendant lequel ils la percevraient.
[14] Le gouvernement du PP a refusé, lui aussi, une réforme de l’assurance chômage, demandée par les syndicats. Ceux-ci souhaitaient en effet une réforme qui conjugue mieux les politiques actives en faveur de l’emploi, l’équité entre les différents collectifs salariés qui souffraient du chômage et l’assurance chômage. Outre que le PP n’a pas écouté les demandes syndicales, le gouvernement a utilisé ces lignes budgétaires comme instrument d’ajustement du déficit budgétaire et ce pendant plusieurs exercices. Cette politique visait à satisfaire aux critères de convergence monétaire et à mieux encadrer l’exécution budgétaire. Le résultat final est que l’apport de l’État à la protection contre le chômage a été nul. En revanche, le solde positif de près de 20 milliards de francs a été utilisé en incitations fiscales aux entreprises et à des fins bien distinctes de l’action en faveur de la protection des chômeurs.
[15] Ce texte encore parfaitement valable aujourd’hui continue cependant à dormir du sommeil du juste puisque le gouvernement actuel n’a pas non plus voulu le reprendre.
[16] Les Accords pour la stabilité de l’emploi et la négociation collective furent signés par les partenaires sociaux, sous l’égide du gouvernement. Ces textes prévoyaient un abaissement du coût d’indemnisation du chômage avec comme contrepartie le développement de contrats à durée indéterminée.
[17] Ce terme désigne l’enrichissement spéculatif rapide. Le « pelotazo » a été à l’Espagne ce que « les riches qui s’enrichissent en dormant » de François Mitterrand a été pour la France.
[18] Antonio Gutiérrez fait ici allusion aux revendications de certains nationalistes, notamment au Pays basque, de gérer la Sécurité sociale à l’échelon régional. Cela signifierait la rupture de la « caisse unique » et donc la fin de la solidarité sociale territoriale.
[*] Antonio Gutiérrez, né en 1951, a été militant du PCE et militant de CCOO avant d’en devenir le secrétaire général de 1987 à 2000. À la tête du syndicat, il a contribué à favoriser la culture de la négociation face à la logique de l’affrontement. Il a rompu les liens entre CCOO et le PCE. [Traduction de C. et B. Pellistrandi]
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Ce texte est repris d’une conférence donnée par Antonio Gut...
[suite] Suite de la note...
[2]
Comisiones Obreras peut se traduire par Commissions ouvrièr...
[suite] Suite de la note...
[3]
Oposición Sindical Obrera : Opposition syndicale ouvrière. Suite de la note...
[4]
En janvier 1977, des militants d’extrême droite firent irru...
[suite] Suite de la note...
[5]
De ces provocations, on retiendra quelques exemples. Les ma...
[suite] Suite de la note...
[6]
Il est cependant vrai que notre système représentatif prése...
[suite] Suite de la note...
[7]
Avec les accords, l’augmentation des salaires fut limitée à...
[suite] Suite de la note...
[8]
Les causes de cette crise profonde tiennent à la passivité ...
[suite] Suite de la note...
[9]
Confédération espagnoles des organisations et entreprises. Suite de la note...
[10]
CEPYME : Confédération espagnole des petites et moyennes en...
[suite] Suite de la note...
[11]
Ces tendances inflationnistes, liées à l’habitude d’augment...
[suite] Suite de la note...
[12]
Ce droit est violé par le gouvernement du Parti populaire d...
[suite] Suite de la note...
[13]
Terme intraduisible (le « super-décret ») qui permet d’insi...
[suite] Suite de la note...
[14]
Le gouvernement du PP a refusé, lui aussi, une réforme de l...
[suite] Suite de la note...
[15]
Ce texte encore parfaitement valable aujourd’hui continue c...
[suite] Suite de la note...
[16]
Les Accords pour la stabilité de l’emploi et la négociation...
[suite] Suite de la note...
[17]
Ce terme désigne l’enrichissement spéculatif rapide. Le « p...
[suite] Suite de la note...
[18]
Antonio Gutiérrez fait ici allusion aux revendications de c...
[suite] Suite de la note...
[*]
Antonio Gutiérrez, né en 1951, a été militant du PCE et mil...
[suite] Suite de la note...