Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629736
210 pages

p. 157 à 165
doi: en cours

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Histoire des femmes, histoire des genres

no 75 2002/3

2002 Vingtième siècle Histoire des femmes, histoire des genres

Projections de désirs fin de millénaire

François Rouquet  [*]
Désir et cinéma : l’étude de leurs relations est rendue difficile par l’étroite imbrication des deux termes. La question des genres jalonne cependant l’histoire du cinéma. En témoignent le recours à la différence de sexes comme ressort indispensable à l’action ainsi que les représentations du désir masculin et du pouvoir mutuel des deux sexes. Le regard filmique se transforme en passant d’une vision romantique et sentimentale à la représentation de la réalité du rapport sexuel. Deux films – Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick et Romance de Catherine Breillat – permettent de pénétrer plus avant dans les univers fantasmatiques masculin et féminin et de montrer comment la représentation de ces désirs renvoie aux questionnements de la société occidentale contemporaine.
Tout est désir au cinéma ! Comment dès lors étudier les représentations par le cinéma de fiction des relations entre hommes et femmes ou entre gens de même sexe ? Difficile exercice auquel se livre François Rouquet dont l’essentiel de la démarche consiste à repérer dans l’histoire du cinéma plusieurs manières d’envisager la question du genre. Afin de rendre sa présentation plus concrète, il examine deux films – Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick et Romance de Catherine Breillat – qui permettent de pénétrer dans les univers fantasmatiques masculin et féminin.
Il n’est pas certain qu’il soit ici question d’histoire. Outre la question du genre et du désir, il est d’abord question de cinéma. C’est-à-dire des représentations projetées du désir féminin et masculin à la fin du deuxième millénaire. L’omniprésence de la thématique du désir au cœur des images du grand écran invite évidemment à la modestie dans les analyses que l’on peut en faire, d’autant que cette question s’inscrit dans un univers imaginaire où le cinéma tient une place particulière [1]. Plus vite vus que ne sont lus les livres, touchant donc plus d’individus, les films proposent si ce n’est des représentations univoques, du moins projettent des images qui sont autant de sources d’illusions pour un large public qui y puise rêves, sujets de conversation, goût de s’habiller, tics de langages, parfois manières d’être, d’agir ou d’aimer. Cette relation peut certes être inverse ; le cinéma n’est lui-même que de son temps. D’où une démarche qui procède moins d’une volonté d’historiciser la question du genre et du désir, projet impossible, que d’une interrogation sur la permanence de cette thématique au cinéma et son émergence dans la production française très récente.
 
â—¦ Désir et cinéma
 
 
Au cinéma, l’expression du désir est un thème central. Qu’est-ce du reste que le cinéma sinon la projection d’un désir collectif ? Au cinéma, le désir est tout et les films procèdent dans l’imaginaire social de la construction de cette mythologie chère à Roland Barthes. Cette amplification du désir y est mise en abîme dans le rapport d’identification que le spectateur entretient avec ce qu’il voit sur l’écran. Lieu de passion et de jugement, les films cristallisent le débat social, privé ou public, parce que chacun y projette son propre désir d’identification, de fiction et de résolution de ses propres passions intérieures. Appliqué à la question du genre, l’aphorisme célèbre d’André Bazin, « le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs » [2] pourrait être interprété comme l’expression du palimpseste des relations entre hommes et femmes sans cesse re-projeté depuis l’invention des frères Lumières. Car les rapports de genre racontés par le cinéma de fiction sont presque toujours des histoires où l’amour est omniprésent, histoires d’amour réussies ou avortées, romantiques, perverties, impossibles, platoniques, charnelles. « Des relations entre hommes et femmes, a écrit Jacques Aumont, le cinéma a tout représenté, tout figuré, tout symbolisé [3]. » Et il ajoute : « Il n’est pas un seul type de relation des sexes humains qui n’ait donné un modèle de scénario, de personnage, de récit. La combinatoire des âges, celle des situations ; la gamme des affects ; les couples possibles et impossibles ; légitimes et hors-la-loi ; ceux qui sont destinés à durer et ceux qui vont s’épuiser, tout cela a trouvé ses équivalents et ses incarnations dans l’art du film. » Que faire d’une telle profusion de situations amoureuses et quel sens leur donner ? En quoi sont-elles révélatrices de l’évolution des rapports au désir des hommes et des femmes, des mutations des identités de genre et des soubresauts de leurs assignations respectives en ce début de millénaire ?
Questionnement impossible. Ce simple constat n’offre ici d’intérêt qu’en ce qu’il permet de relire à travers les films une déclinaison des relations entre les deux sexes, projetées comme autant de modèles à un public dont il émane en même temps qu’il l’influence [4]. Le cinéma de fiction, parce qu’il rejoue à l’infini cette question du désir, en restitue avec force l’insondable vérité ; sans doute parce que dans l’expérience singulière de l’œuvre comme dans celle des sentiments, il n’existe guère d’apprentissage possible. La magie de l’œuvre comme celle de l’expérience amoureuse renvoient à un domaine inconnu parce que unique. L’une et l’autre ne relèvent-elles pas de cette formule de Gilbert Durand selon laquelle « l’image pas plus que la vie ne s’apprend : elle se manifeste » [5] ? Outre cette caractéristique – et peut-on dire a fortiori dans le domaine du désir et des sentiments – les images de cinéma à leur manière se défient du temps. Elles sont, comme l’a montré Gilles Deleuze [6], à la fois ancrées au cœur d’une époque et en dehors du temps lorsqu’elles perdurent dans l’imaginaire.
 
â—¦ La confusion des genres [7]
 
 
Si la question des relations hommes-femmes innerve l’histoire du cinéma et demeure un ressort dramatique à peu près indispensable aux films de fiction, elle revêt les formes les plus diverses. Elle est autant d’objets d’étude possibles, que ce soit à travers les modèles masculins ou féminins incarnés par les acteurs ou les actrices plébiscités par le public, les rencontres, les processus de séduction, les couples-modèles, les couples improbables, la conjugalité et ses aventures, les séparations, les remariages [8], les histoires d’amour de toutes sortes et toutes les situations possibles ou imaginables. Et ce, quel que soit le genre cinématographique. La différence des sexes au cinéma est un ressort indispensable aux comédies à succès lorsque y est mis en intrigue le brouillage des genres, soit par le travestissement [9], soit par l’inversion des assignations traditionnelles [10]. Bref, le couple avec ses travers et sa fragilité, sa dimension éphémère ou son inexplicable solidité, ses querelles et ses atermoiements, sa jalousie et ses tourments est une inépuisable source d’inspiration. De The Battle of the sexes (John Wark Griffith, 1914) à Only Angels have Wings (Howard Hawks, 1939) [11], film où le héros préfère affronter tous les dangers du ciel plutôt qu’une épouse ; des productions de Georges Cukor et Howard Hawks jusqu’aux œuvres de François Truffaut, Éric Rohmer ou Jacques Rivette, les genres et leur passion mutuelle s’affichent en 35 millimètres. Les films de Luis Buñuel de L’amour fou (1930) à El (1952), de Viridiana (1961) à Belle de jour (1967), expriment avec une forme de génie l’impossible quadrature de la différence des sexes et de leurs rapports névrotiques : passion, perversion, jalousie, domination sur fond d’hypocrisie bourgeoise. Et que dire des joyaux que sont Voyage en Italie (Rossellini, 1953) disséquant la déréliction d’un couple ou Le mépris (Jean-Luc Godard, 1963) associant en filigrane la question du désamour à celle de l’impuissance sexuelle et de l’insatisfaction féminine ? Des films d’Alfred Hitchcock (notamment Rebecca, 1940 ; Soupçons, 1941 ; Les amants du Capricorne, 1949 ; Vertigo, 1958 ; Psycho, 1960) ? De ceux de Kenji Mizoguchi ? Ou encore d’une œuvre unique comme La maman et la putain (Jean Eustache, 1973) qui augure d’un changement de ton où la question des genres et du désir est abordée frontalement [12] ? Le désir féminin fut longtemps objet de censure ou plus généralement occulté par le désir masculin, enserré dans des stéréotypes, ce qui revient au même. Il est plus souvent suggéré (par exemple dans The Women, Georges D. Cukor, 1939), ce, même si certains cinéastes s’attachèrent à en explorer la complexité ; à commencer par Erich von Stroheim (Folies de femmes, 1922 ; La symphonie nuptiale, 1926-1928…) ; mais aussi Friedrich Willem Murnau (L’aurore, 1927), Frank Borzage (La femme au corbeau, 1929), Jean Renoir (La chienne, 1931), Frank Capra et ses comédies, Rainer Werner Fassbinder, etc., pour ne citer que ceux-là, ainsi que de nombreuses comédies musicales américaines. Convenons malgré tout qu’en dépit d’incontournables exceptions, les femmes sont généralement au cinéma objets de la convoitise des hommes. Les situations inverses, plus rares procèdent généralement de l’allusion et ne se découvrent que dans la finesse des analyses.
Il serait vain de vouloir repérer les films qui ont marqué de leur sceau la question des genres dans leurs interactions sentimentales. Pourtant la fin du 20e siècle voit, sinon l’émergence de la question du désir, du moins son traitement radicalisé jusqu’à l’emploi d’images et, parfois, d’un style de films jusqu’ici classé « X ». Du désir masculin bien sûr, mais surtout du désir féminin en tant que tel. Un désir cru, charnel, exprimé par les femmes souvent dans des films réalisés par des femmes. Un désir qui recentre la question des rapports entre les genres autour de l’amour et du sexe, de la conjugalité, de la pulsion féminine ou masculine, bref un cinéma qui investit et questionne les rapports hommes-femmes à travers le thème du désir et du pouvoir mutuel engendré par les deux sexes. On pourrait penser que ce qui a marqué la rupture la plus visible fut la déliquescence si ce n’est l’abolition de la censure. Encore celle-ci n’exista-t-elle pas toujours et on sait qu’elle eut surtout pour effet de stimuler l’imagination des cinéastes dans de subtiles stratégies de contournement. En cela, le libéralisme d’aujourd’hui paraît répondre à celui du début du siècle, lorsque le pouvoir ne prêtait guère attention au cinéma encore jeune et le laissait libertiner à loisir. Si la pornographie à l’écran est à peine plus jeune que le cinéma lui-même, on peut cependant penser que l’officialisation des films érotiques ou pornographiques marque, dans les années 1970, un tournant dans la représentation du désir, où la suggestion laisse place à la reconstitution [13]. Mais ne s’agit-il pas seulement d’un simple « glissement progressif et inouï de la métaphore au réel ? » [14]. Le chef-d’œuvre dans ce registre, L’empire des sens (Nagisha Oshima, 1976) sut démontrer que le problème résidait moins dans la censure que dans l’usage et dans le sens qui pouvait s’exprimer grâce à cette liberté. Que les cinéastes profitent de cette liberté (nous le verrons plus loin avec Romance de Catherine Breillat) ou non, comme les nombreux spectateurs de In the mood for love (Wong Kar Waï, 2000) ou Millenium Mambo (Hou Hsiao-Hsien, 2001) purent très récemment s’en convaincre. Citons pour se limiter à la production française récente traitant cette quête du désir masculin et féminin, et cela va de soi, de façon non exhaustive, Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) (Arnaud Desplechin, 1996) [15], Post coïtum, animal triste (Brigitte Roüan, 1997) [16], Seul contre tous (Gaspard Noé, 1998) [17], À vendre (Laetitia Masson, 1998) [18], L’ennui (Cedric Kahn, 1998) [19], Une liaison pornographique (Frédéric Fonteyne, 1998) [20], Si je t’aime… prends garde à toi (Jeanne Labrune, 1998) [21], Rien sur Robert (Pascal Bonitzer, 1999) [22], Extension du domaine de la lutte (Philippe Harel, 1999) [23], ou encore La confusion des genres (Ilian Duran Cohen, 2000) [24]. Sans oublier Intimité, le film de Patrice Chéreau qui obtint l’Ours d’or en 2001 au festival de Berlin. Jusqu’aux excès (très) médiatisés de Baise-moi (Virginie Despentes et Coralie Thrin Thi, 2000) [25] enchaînant scènes pornographiques et/ou d’une violence extrême dont la complaisance est dérangeante, mais qui n’en fait pas moins voler en éclats nombre de stéréotypes féminins généralement diffusés par le cinéma.
On retire de cette production l’impression diffuse que le rapport amoureux n’est plus traité dans sa globalité romantique mais que son épicentre a changé et qu’il s’incarne avant tout dans la réalité du rapport sexuel. Le désir prévaut et la quête de son assouvissement – ce qui n’exclut évidemment pas l’amour et peut-être le moyen de le rechercher – devient la trame du scénario. Il s’opère comme une forme de mutation où l’amour n’est plus considéré comme une fin mais plutôt comme un moment entrevu, envisagé, fugace et souvent impossible. Cette force du mouvement perpétuel du désir impose aux personnages une forme d’errance dans laquelle la sensualité est satisfaite sans amour ou indigente parce que sans amour. Questionnement de nantis ? Spleen de fin de siècle ? Revendication générationnelle et intersexe du droit au plaisir ? Le désir assouvi dans ces films n’est cependant pas détaché de la quête amoureuse. Il n’en est pas seulement la trace, il en est aussi la justification. Il ne s’agit ni de séduction ni de libération mais plutôt d’une aspiration fondamentale où les corps s’affirment et se libèrent en revendiquant une autre place dans les représentations filmées que celle, « classée X » qui, au cinéma, leur était jusqu’ici dévolue. Et lorsque la quête est infructueuse, elle renvoie les personnages à leur solitude. Comme si le ressort du sentiment amoureux se trouvait grippé. Dans tous ces films (…) il ne s’agit plus de l’échange de deux fantaisies et du contact de deux épidermes, ni des liaisons dangereuses, ni des intermittences du cœur. C’est la fin des « idéologies » amoureuses », explique Fabrice Pliskin [26]. Une sorte de rupture ontologique du cinéma avec la question des genres et des sentiments. Non que les histoires d’amour mal achevées ne soient pas pléthore au cinéma, mais plutôt que cette représentation de l’accélération du cycle amoureux et/ou conjugal, autrefois présenté comme une fin, paraît se dissoudre dans cette ère du mouvement et d’une individualité toujours plus exigeante.
 
â—¦ Le masculin, otage fragile du désir
 
 
Deux films centrés moins sur la conjugalité que sur les avatars du désir exprimé par les deux sexes paraissent significatifs de cette production. Tous deux sortent en 1999 et, quoique très différents, semblent être l’écho projeté de la difficulté qu’éprouvent hommes et femmes à vivre ensemble dans les sociétés occidentales d’aujourd’hui.
Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick, 1999) [27], l’œuvre ultime d’un cinéaste consacré comme l’un des grands maîtres du septième art des quarante dernières années, a été couronnée par un large succès public même si les critiques ne furent pas unanimes [28]. Eyes Wide Shut raconte tout à la fois une, voire deux obsessions sexuelles (masculine et féminine), évoque la jalousie, la question de la norme et de la loi, des fantasmes et de la culpabilité qui les accompagnent, des pulsions humaines, et d’une manière générale, de toutes les barrières mentales qui emprisonnent dans ce domaine les hommes comme les femmes. Eyes Wide Shut met en scène un jeune couple new-yorkais, Bill et Alice Harford (Tom Cruise et Nicole Kidman, mari et femme au cinéma comme à la ville) ; lui, médecin de la grande bourgeoisie, et elle, ex-directrice d’une galerie d’art. Après une soirée où Bill reçoit les avances appuyées de deux jeunes mannequins et Alice celles d’un séducteur hongrois, ils s’interrogent, rentrés à la maison, sur la question de leur désir intime. Bill croit Alice incapable de le tromper tandis qu’elle fait voler en éclats cette belle certitude en lui avouant l’irrépressible désir qu’avait suscité en elle un marin, rencontré par hasard lors d’un voyage où leur amour ne faisait pourtant aucun doute. Cette révélation entraîne pour Bill une prise de conscience douloureuse. La suite du film montre son errance nocturne dans la ville. Au cours des rencontres qu’il fait au long de la nuit, Bill, troublé, observe les objets de son désir, mais est incapable de concrétiser ce qu’il croit être la revendication libératoire d’une pulsion sexuelle multiforme (hétérosexuelle, homosexuelle, pédophile, travestie). Bill semble l’otage de fantasmes qu’il ne comprend pas, tout comme lui échappent ceux de son épouse. La revendication du désir féminin anéantit les certitudes masculines. Le film de Kubrick est le récit de cette impossibilité de vivre son désir et celui de l’autre. Les exigences du désir font soit exploser l’équilibre conjugal (on rapprochera cette affirmation des 41 % de divorces constatés après dix ans de mariage en France, un peu plus aux USA), soit imposent un retour à la norme en fermant à nouveau les yeux parce qu’il n’y a guère de prolongement viable à cette prise de conscience. Si ce n’est l’aveuglement consenti, à une fuite à l’infini (à la manière de 2001 l’odyssée de l’espace).
À travers Bill, Eyes Wide Shut évoque le désir et les fantasmes masculins pourchassés dans la quête d’un passage à l’acte jamais réalisé ou assouvi. Il s’oppose au désir foudroyant féminin, celui de sa femme, secret et accepté dans sa forme d’impossible. Le monde masculin associé à la quête sans fin de l’assouvissement sexuel contre le retranchement féminin dans l’imaginaire relève d’un cliché que Kubrick sait utiliser en le déformant comme pour mieux le dénoncer. Le jeu avec les genres se résume ici par l’oxymoron du titre du film (« des yeux grand fermés ») qui « décrit le conflit entre un homme impliqué dans une histoire à laquelle il ne comprend rien alors que sa femme apparaît omnisciente, sachant tout sans rien avoir vu » [29]. Entre mystique religieuse et psychanalyse, le film renvoie au péché originel et à la Genèse [30]. Les deux sexes se rejoignent dans un espace freudien où l’assouvissement de la sexualité est appréhendé selon le désir au moins autant que selon les actes. « Kubrick réactualise le désir en tant que tel, beaucoup plus menaçant que dans sa réalisation », explique Élisabeth Roudinesco [31]. Cette mise en scène de l’imaginaire est organisée dans un vaste labyrinthe : parcours initiatique consécutif à la prise de conscience de Bill, dédale d’images rêvées, cloisonnement des dialogues échangés par le couple qui ne se comprend pas, montage parallèle qui sépare les deux époux après la scène de la dispute, effets de miroir aveuglant le regard que portent les personnages sur eux-mêmes, jeu chromatique mêlant et opposant le chaud et le froid et, bien sûr, écho des références aux œuvres précédentes du réalisateur. De ce labyrinthe émerge une réflexion philosophique entre l’intime et l’universel, une sorte d’ultime témoignage sur l’humanité d’un artiste au bord de la mort. Par cette voie du désir et de ses pulsions, la dernière grande aventure du siècle n’est autre que nous-même. Mais, comme l’écrivait un critique, Kubrick tire les conclusions de la circularité du désir : « Il serait dérisoire d’essayer de voir dans nos pulsions l’expression d’une liberté d’action. Bien au contraire, elles expriment notre attachement aux idées et au monde, notre soif de contrôle » [32]. La dernière leçon d’un maître de l’image.
 
â—¦ …et la quête du désir féminin
 
 
Avec Romance [33] Catherine Breillat réalise, elle aussi, un film sur le même sujet, mais en plaçant au centre de son propos une femme, Marie (Caroline Ducey) que la quête de son désir insatisfait par son fiancé, Paul (Sagamore Stévenin) va mener à cette même recherche et à ce même questionnement. Paul refuse de « l’honorer » selon la formule employée par Marie en voix off. C’est ce déshonneur qui pousse Marie à assouvir librement son désir. Elle expérimente ainsi diverses relations physiques qui la mènent de la sexualité organique dans les bras de Rocco Sifredi, star du porno, à la brutalité d’un voyou de passage ; puis s’offre à un adepte de la mise en scène sadomasochiste, Robert (François Berléand) qui lui parle et la soumet avec beaucoup de tendresse. C’est l’outrage de la domination par les liens et le bâillon qui paradoxalement libère sa conscience. Ce parcours initiatique à la poursuite d’un désir insatisfait s’achève dans la vengeance. Le film se clôt en effet par le meurtre de Paul qui s’est refusé à l’aimer tout en étant devenu presque par inadvertance (et sans aucun plaisir, précise la voix off) le père de son enfant. Marie ouvre le gaz durant le sommeil de Paul lorsqu’elle part accoucher, provoquant une explosion fatale. Une vengeance des femmes contre les hommes. Une revanche du désir féminin porté en bandoulière par les féministes des années 1970, mais occulté ensuite et battu en brèche, passée la lutte pour la contraception, comme si la question de l’enfantement était le seul enjeu de la sexualité féminine. D’où le point de vue de Romance résolument centré sur ce sujet, domaine réservé jusque-là aux productions généralement considérées comme en dehors du cinéma [34]. Car ainsi que l’explique Catherine Breillat, « Marie incarne toutes les femmes. Leur sexe est un enjeu de pouvoir. On le condamne donc à la honte et à l’obscénité » [35]. À la différence du film de Kubrick où le héros observe en n’y comprenant rien le monde de son propre désir, l’héroïne de Romance agit et expérimente ses différentes tentatives en les analysant en voix off. Comme si à la différence des hommes, murés dans le silence face à l’énigme de leur propre désir, les femmes étaient seules capables, une fois réalisée leur prise de conscience, d’assumer pleinement les conséquences de cette parole intime. Bill, le médecin de Eyes Wide Shut, se résout à garder « les yeux grand fermés » tandis que Marie brave la honte et l’obscénité pour assumer son désir, et commet un meurtre pour se venger de son mari « déshonorant ». Un peu à la manière d’un conte de fées dévoyé où les personnages qu’elle rencontre seraient moins des hommes que des archétypes, multiples facettes du désir masculin à l’image de ses propres fantasmes.
Romance est le produit d’une double quête : celle de l’héroïne découvrant son individualité par une série d’épreuves bravant les interdits, et celle de la réalisatrice qui par son talent et avec les ingrédients de la pornographie transgresse les interdits légaux de la censure et de la morale bourgeoise sans pourtant que son film ait été classé « X ». À la manière d’Oshima dans L’empire des sens, Catherine Breillat franchit dans son film la ligne taboue du rapport sexuel filmé sans jamais sombrer dans la pornographie. « J’y ai injecté de la hauteur dans la déconsidération et de l’abaissement dans le sentiment amoureux », explique la réalisatrice [36]. C’est de cet entre-deux que surgit une forme de vérité des rapports amoureux d’aujourd’hui. L’exigence de l’amour et de l’épanouissement individuel passe par la réévaluation de la relation des corps en même temps que par une mise à distance de cette sentimentalité « de cinéma », fonds de commerce de tant de films de fiction. Dans Romance « la jouissance féminine appartient au sacré » [37], déclare Breillat, et « les hommes contrairement à l’éducation inculquée représentent non le sexe fort, mais un sexe qui s’érige pour cesser de l’être » [38]. Cette revendication est encore provocatrice aujourd’hui car elle s’attaque au fondement des rapports de genre au cinéma où, le plus souvent, la jouissance féminine (en général suggérée) représente avant tout un faire-valoir de la puissance (sexuelle) masculine. Le propos comme l’intention filmique se veulent iconoclastes au service d’un acte de justice rééquilibrant le rapport de forces entre hommes et femmes. Mais l’un et l’autre oblitèrent volontairement une autre manière d’envisager la question en considérant l’amour précisément comme l’inverse d’une relation de pouvoir ; c’est-à-dire non comme une possession de l’autre dans un processus de règlement de compte entre genres, mais comme « une dépossession de soi dans la rencontre avec l’autre » [39].
 
â—¦ Le désir en miroir
 
 
Dans les deux films, les personnages, lisses, vivent dans un luxe apparent qui masque (ou qui révèle) leur désarroi bourgeois et leur ennui profond. Là où Kubrick force sur la chaleur du rouge et la froideur du bleu, Breillat choisit le blanc de l’abstinence et du vide clinique, multiplie les plans-séquences, mais retrouve comme dans Eyes Wide Shut les images et les mots pour traduire les fantasmes qui habitent les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Les deux films comportent des scènes crues où des figurants copulent dans un climat de théâtralité. Kubrick invente un château où les hommes et les femmes sont masqués. Breillat propose un lieu d’expression des fantasmes féminins, sorte de lupanar inversé où les femmes (dont le corps passe à travers une cloison) ne peuvent voir leur partenaire sexuel et dissocient la satisfaction physique du désir de son prolongement mental. Les deux films convergent vers cette matrice du désir amoureux que tous les deux placent au centre des préoccupations et des questionnements de la société occidentale, seule alternative raisonnable à la violence politique et économique de la modernité. Comme si cette quête individuelle de l’épanouissement à la fois libidinal et amoureux n’était plus que le dernier terrain d’aventure possible. La seule satisfaction d’un désir échappant à la société marchande – qui ne vend que du sexe – mais qui est une condition unique au plein épanouissement d’une vie.
Eyes Wide Shut résonne comme un écho étrange, à un siècle d’intervalle, avec la société viennoise décrite par Schnitzler, a priori si différente de la société occidentale d’aujourd’hui. Le désir serait-il invariant pour provoquer les mêmes troubles chez les individus sans que le temps ni le contexte n’y changent rien de fondamental ? Romance répond en posant un regard féminin sur les fondements des rapports de genre : le désir et l’amour. Quoique la libéralisation des mœurs ait à l’évidence transformé, en la banalisant, l’éternelle question de l’adultère, la culpabilité et son escorte de fantasmes n’ont pas pour autant disparu. Le verdict de la psychanalyse est formel : « La révolution sexuelle a libéré les mœurs, mais non les consciences » [40]. Et face à cette modernité amoureuse, issue de la contraception, de la conscience et de la revendication du désir, de l’individualisme et du libéralisme conquérant, les films de Breillat et de Kubrick rappellent que le cocon des certitudes et de l’ennui peut se briser à tout moment. C’est peut-être cette idée d’implosion qui résonne, menace et fascine à la fois. Un jeu entre le pouvoir (sur l’autre, de l’autre) et le désir individuel qui, au prétexte d’un questionnement sur les aléas de la conjugalité, « nous confronte à cette catastrophe intérieure que nous redoutons tous, mais que nous attendons comme une délivrance » [41]. Ce faux déchaînement (a priori celui du désir qui ose s’exprimer) est tout sauf une évolution et encore moins une libération des rapports de genre. Eyes Wide Shut montre à quel point la libération des pulsions n’est qu’une autre manière de garder les yeux fermés. Romance, plus revendicatif, lui répond en faisant assumer jusqu’au meurtre la prise de conscience de son héroïne. La résignation ou la vengeance.
Ce double regard comme ceux proposés par les autres films évoqués n’imposent guère de conclusion univoque. Questionnant leur époque, ils balayent la permanence de sentiments désincarnés si souvent mis en jeu dans l’histoire du cinéma. Ces films reposent l’éternelle question de l’amour, de ses contradictions, en réévaluent les modalités physiques, donc bravent le jugement social et repoussent les limites ordinairement convenues. Leur propos est sans doute plus subversif qu’il n’y paraît. Car c’est ce feu du désir, des sentiments et de la sexualité conjugués en une énergie imprévisible qui malgré tout, comme l’exprimait Georges Bataille [42], ou comme l’a analysé Michel Foucault [43], demeure toujours inquiétante pour l’ordre social. N’est-ce pas la force de cette vérité que « les interdits tentent de contenir, pour que le monde réglé par le travail, la vie attelée, soit à l’abri du désordre qu’introduisent la mort et la sexualité ? » [44]. Et ces projections collectives ne sont-elles pas qu’une autre manière de questionner cette vérité du désir ? Gageons que la recherche de l’harmonie entre hommes et femmes est tributaire de ce même questionnement. Comme au cinéma.
â–¡
 
NOTES
 
[1] Les limites de cet article imposent un choix arbitraire d’œuvres. Sauf indications particulières, les quelques films cités ici privilégient la question du genre et du désir.
[2] Il ouvrait Le mépris de Jean-Luc Godard (1963), évocation magistrale mêlant à la fois le cinéma, la mythologie et les rapports de genre, « film sur la signification et sur les voies diverses qu’empruntent des êtres qui n’arriveront jamais à s’entendre » (Stephen Sarrazin, Dictionnaires des films, Paris, Larousse, 1995). La formule n’est pas en réalité d’André Bazin mais de Michel Mourlet [« (…) puisque le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs » (La mise en scène comme langage, Paris, Éditions Henri Veyrier, 1987, p. 53] et fut modifiée par Godard.
[3] « Man meets girl », dans Jacques Aumont (dir.), La différence des sexes est-elle visible ? Les hommes et les femmes au cinéma, Paris, La Cinémathèque française, 2000, p. 393.
[4] Voir Noël Burch et Geneviève Sellier, La Drôle de guerre des sexes du cinéma français, Paris, Nathan, coll. « Université », 1996.
[5] Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod, 1969 (1re éd.), 1992, p. 477.
[6] Gilles Deleuze, Cinéma. L’image-mouvement et Cinéma 2. L’image-temps, Paris, Éditions de Minuit, 1983 et 1985.
[7] Titre d’un film de Ilian Duran Cohen, 2000.
[8] La production de comédies américaines des années 1930 a fait l’objet d’un essai de Stanley Cavell, À la recherche du bonheur. Hollywood et la comédie du remariage, Cambridge, Harvard University Press, 1981, trad. Cahiers du Cinéma, 1993.
[9] Citons parmi d’autres A Woman (Mam’sell Charlot, Charlie Chaplin, 1915) ; Female (Michael Curtiz, 1933), film dans lequel une femme dirige une entreprise d’une main de fer, et abandonne ses responsabilités lorsqu’elle rencontre un mâle dominateur qu’elle épouse ; I was a Male War Bride (Allez coucher ailleurs, Howard Hawks, 1949) où Cary Grant est en uniforme féminin de WAC ; Some like it Hot (Certains l’aiment chaud, Billy Wilder, 1959) où Jack Lemmon et Tony Curtis se font embaucher dans un orchestre féminin ; ou plus récemment, Victor Victoria (Blake Edwards, 1981) dans lequel une jeune femme joue le rôle d’un homme ; ou encore Tootsie (Sydney Pollack, 1982) où Dustin Hoffman, comédien au chômage, se travestit en femme et devient la star d’une série télévisée à succès.
[10] She goes to War (Henry King, 1929) par exemple, dans lequel une infirmière prend la place de son fiancé ; Adam’s Rib (Madame porte la culotte, Georges Cukor, 1949) ; ou encore Man’s favorite sport (Howard Hawks, 1964) où Paula Prentis apprend à pêcher à Rock Hudson, pourtant spécialiste de la question mais pas de sa pratique. Cf. également le grand succès public (2,2 millions d’entrées à Paris en 81 semaines d’exclusivité) remporté par Trois hommes et un couffin (Coline Serreau, 1985) dans lequel trois hommes célibataires recueillent et élèvent un bébé ; ou le moins connu Rock-a-Bye Baby (Trois bébés sur les bras, Frank Tashlin, 1958) dans lequel Jerry Lewis accepte d’être la nurse de triplés.
[11] La filmographie de Howard Hawks comme celle de Georges Cukor regorgent de films mettant en scène les rapports de genre et la conjugalité.
[12] Que l’on songe notamment au monologue final dans lequel Véronika (Françoise Lebrun) exprime en des termes crus l’inutilité voire l’imposture des relations sexuelles sans amour.
[13] 23 avril 1975, date du premier film hardcore autorisé en France. Voir Tony Crawley et François Jouffa, Entre deux censures, cinéma érotique de 1973 à 1976, Paris, Ramsay, coll. « Cinéma », 1989, et Christophe Bier, Censure-moi, histoire du classement X en France, Paris, L’Esprit frappeur, 2000. Sur la pornographie, voir notamment Patrick Baudry, La pornographie et ses images, Paris, Armand Colin, 1997, et Marie Nimier, La nouvelle pornographie, Paris, Gallimard, 2000.
[14] Daniel Accursi, « Érotique (cinéma) », dans Alain et Odette Virmaux (dir.), Dictionnaire du cinéma mondial, Paris, Éditions du Rocher, p. 305.
[15] 253 000 entrées en France.
[16] 241 000 entrées en France.
[17] 54 000 entrées en France.
[18] 488 000 entrées en France.
[19] 389 000 entrées en France.
[20] Coproduction européenne, 114 000 entrées en France et 800 000 en Europe (France comprise).
[21] 104 000 entrées en France.
[22] 590 000 entrées en France.
[23] 56 000 entrées en France.
[24] 148 000 entrées en France.
[25] 250 000 entrées en France.
[26] Fabrice Pliskin, « L’horreur sexuelle », Le Nouvel Observateur, 15 avril 1999.
[27] Scénario de Frederic Raphael et Stanley Kubrick d’après Traumnovelle (La nouvelle rêvée) d’Arthur Schnitzler ; image : Larry Smith ; décors : Les Tomkins, Roy Walker ; montage : Nigel Galt ; musique : Jocelyn Pook ; interprétation : Tom Cruise, Nicole Kidman, Sidney Pollack ; distribution : Warner Bros ; durée : 157 minutes. Dans la version américaine du film, certaines images jugées trop crues furent rendues floues de sorte que le film soit classé R 17, c’est-à-dire autorisé aux jeunes gens de moins de 17 ans accompagnés d’un adulte.
[28] Sorti le 16 juillet 1999 aux États-Unis et le 15 septembre en France, le film avait rapporté au 6 novembre 2000, hors marché américain, 105 millions de $ et occupait à cette date la 171e place au Top grossing movies of all time at the international box office (1 650 000 entrées en France, 8 millions en Europe et 11 millions aux États-Unis).
[29] Samuel Blumenfeld, « Le mystère du couple ou l’enfer selon Kubrick », Le Monde, 15 septembre 1999.
[30] Serge Besançon et Stanislas Bouvier, « Le Paradis perdu de Kubrick. Eyes Wide Shut », Commentaire, 88, hiver 1999-2000, p. 955-964.
[31] Élisabeth Roudinesco, entretien avec Louis Guichard, « Kubrick rétablit la puissance du fantasme », Télérama, 15 septembre 1999, p. 16. La psychanalyste souligne que le film met aussi en avant « cette idée de Freud selon laquelle certaines névroses, voire certaines grandes folies, pouvaient trouver leur origine non dans un quelconque traumatisme réel du Sujet, mais dans sa seule construction imaginaire altérant son rapport au monde » (ibid.). Cette remarque à elle seule pourrait nourrir bien des réflexions sur la question de la perception et des représentations pour les historiens.
[32] Nicolas Saada, « Scène de l’envie conjugale », Cahiers du Cinéma, 538, septembre 1999, p. 34.
[33] Scénario et réalisation : Catherine Breillat ; image : Yorgos Arvanitis ; montage : Agnès Guillemot ; décor : Frédérique Belvaux ; musique : D.J. Valentin, Raphaël Tidas ; durée : 95 minutes.
[34] Quoique la récente rétrospective du cinéma pornographique organisée par la Cinémathèque invite à relativiser cette marginalisation.
[35] Catherine Breillat, entretien avec Sophie Grassin, « La jouissance féminine tient du sacré », L’Express, 8 avril 1999.
[36] Ibid.
[37] Ibid.
[38] Ibid.
[39] Jean-François Bouthors, « La “Romance” de Breillat vire au noir », La Croix, 14 avril 1999.
[40] Élisabeth Roudinesco, art. cité.
[41] Nicolas Saada, « Scène de l’envie conjugale », Cahiers du Cinéma, 538, septembre 1999, p. 34.
[42] Georges Bataille, Les larmes d’Éros, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1981.
[43] Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975 ; Histoire de la sexualité, tome 1 : La volonté de savoir, tome 2 : L’usage des plaisirs, tome 3 : Le souci de soi, Paris, Gallimard, 1976, 1984.
[44] Francis Marmande, « Georges Bataille », Encyclopédia Universalis, tome 3, p. 897.
[*] François Rouquet est maître de conférences à Rennes1. Auteur de L’épuration dans l’administration française. Agents de l’État et collaboration ordinaire (Paris, CNRS Éditions, 1993), il a dirigé avec Danièle Voldman « Identités féminines et violences politiques (1936-1946) », Cahiers de l’IHTP (30, novembre 1995) et a collaboré à l’ouvrage dirigé par Christine Fauré, Encyclopédie politique et historique des femmes, Paris, PUF, 1997.
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