Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629736
210 pages

p. 183 à 186
doi: en cours

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Vingtième siècle signale

no 75 2002/3

 
L’œil de la Tcheka sur les paysans russes
 
 
La dernière livraison du bulletin de l’Institut d’histoire du temps présent publie, après l’hommage dû à son fondateur et premier directeur François Bédarida, un important dossier sur « Le pouvoir soviétique et la paysannerie dans les rapports de la police politique (1918-1929) ». Grâce à Nicolas Werth, les lecteurs non russophones pourront prendre une bonne connaissance de l’entreprise éditoriale au terme de laquelle auront été rendus accessibles, en quatre volumes de documents allant de 1918 à la fin des années 1930, les rapports de la Tcheka-OGPU sur les campagnes soviétiques. Inutile d’insister sur l’intérêt de cette source et sur les progrès qu’elle fait espérer dans la connaissance de la confrontation entre la masse paysanne et les agents de l’État bolchevique. D’ores et déjà, elle éclaire d’un jour nouveau la période du communisme de guerre et les années de la NEP, durant lesquelles le monde paysan se caractérise, souligne Nicolas Werth, par son autonomie, sa vitalité et sa résistance. Si l’on ajoute qu’à la cinquantaine de pages de son « introduction » succèdent 140 pages de documents traduits et annotés, on mesurera le prix de ce dossier exemplaire (Bulletin de l’Institut d’histoire du temps présent, 78, 2e semestre 2001, 231 p.).
 
Bienvenue à Histoire & Sociétés
 
 
Le Groupe d’histoire sociale lance, avec le soutien du Centre d’histoire sociale du 20e siècle (CNRS-Paris I), de l’université de Paris VIII, de la MiRe (Ministère de l’Emploi et de la Solidarité), des Archives du monde du travail de Roubaix, de l’Institut régional du travail d’Aix-en-Provence et de la MGEN, une revue trimestrielle intitulée Histoire & Sociétés et éditée par Alternatives Économiques. La composition de sa rédaction, résolument pluridisciplinaire et internationale, reflète l’ambition proclamée dans l’éditorial de promouvoir une approche comparative qui aide à « comprendre la dialectique du semblable et de l’altérité qui caractérise l’Europe ».
La formule retenue est celle du dossier auquel succèdent un cahier iconographique en quadrichromie, puis trois rubriques intitulées « Travail », « Biographie et groupe social » et « Image », vouées à accueillir respectivement les mises au point historiographiques, la mise en rapport, dans l’esprit d’E. P. Thompson, des destins individuels et collectifs, enfin « l’analyse historique de toutes les images artistiques, littéraires ou symboliques ». Le programme est ambitieux et, si l’on en juge par le premier numéro, prometteur. Le thème du dossier, « La modernisation de l’Europe occidentale dans les années vingt », est approprié à un commencement. Le soin apporté à la maquette et à la mise en page détourne certes un peu l’attention du texte. Mais la pertinence et la qualité de l’iconographie sont un atout majeur. La minceur de la pagination accordée aux comptes rendus n’est sans doute qu’un indice parmi d’autres de ce qu’il faut bien appeler, devant la massification de la production, la crise du compte rendu. Longue vie, en tout cas, à Histoire & Sociétés. (Histoire & Sociétés, Revue d’histoire sociale européenne, 1, 1e trimestre 2002, 146 p., 10 €. Informations : 12, rue du Cap-Vert, 21800 Quetigny, tél. : 03 80 48 10 25, Email : abonnements@ alternatives-economiques. fr .)
 
Pour saluer Fernand Braudel
 
 
Après la création d’un prix destiné à couronner « un ouvrage ou l’ensemble d’une œuvre proposant dans l’esprit de F. Braudel une vision globale et originale de son objet », l’université de Perpignan, qui a attribué à sa nouvelle bibliothèque le nom de l’auteur de La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, publie un recueil intitulé Autour de Fernand Braudel. Celui-ci réunit le témoignage de Paule Braudel sur la captivité au cours de laquelle, de 1940 à 1945, il a écrit ce livre qui lui a assuré la célébrité, le texte, inédit en français, de son article « Lucien Febvre » pour l’Encyclopaedia of the Social Sciences, un entretien de 1983 avec Didier Éribon sur l’idée d’États-Unis d’Europe, une lettre de 1981 sur l’évolution de ce qu’il appelle son « attitude vis-à-vis de Marx », la réédition de la préface de Jean Guilaine et Pierre Rouillard aux Mémoires de la Méditerranée, enfin des réflexions et hommages de Ruggiero Romano, Maurice Aymard, Marc Ferro, Predrag Matvejevic, Jean-Michel Hoerner, Paule Braudel et Paul Carmignani. Moyen, pour ladite université, d’affirmer résolument sa vocation méditerranéenne, en se plaçant sous le patronage posthume de ce Lorrain qui a voulu, comme Stendhal, se faire « homme du Midi ». (Paul Carmignani (sous la dir. de), Autour de Fernand Braudel, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2002, 182 p., 13 €.)
 
Le Pakistan en quête d’identité
 
 
La collection « Asie plurielle » de la Documentation française, dont le but est d’exposer, à partir d’une analyse socioculturelle présentée sous la forme monographique, les grandes tendances de la vie des États et des sociétés de ce continent au tournant du 20e au 21e siècle, s’enrichit d’un volume sur le Pakistan. Son auteur, Max-Jean Zins, n’a évidemment aucune peine à convaincre que ce pays est de plus en plus présent, depuis une dizaine d’années, sur la scène internationale. À toutes celles et tous ceux qui veulent comprendre le rôle joué par les relations entre appartenances minoritaires et communautés religieuses dans l’évolution d’un État national que l’histoire a placé au centre du premier conflit planétaire du nouveau siècle, ce livre apportera des réponses bienvenues. (Max-Jean Zins, Pakistan. La quête de l’identité, Paris, La Documentation française, coll. « Asie plurielle », 2002, 187 p., 18 €.)
 
Jeux d’échelle en Afrique
 
 
La question de l’avenir de l’État n’est pas seulement un passage obligé des discours de campagne en France ou un sujet de réflexion pour les citoyens européens. Son actualité en Afrique n’échappera à personne et il faut saluer l’entreprise collective qui aboutit, sous la direction de Jean du Bois de Gaudusson et Jean-François Médard, à la publication du numéro spécial d’Afrique contemporaine intitulé « L’État en Afrique : entre le global et le local ». Après une introduction qui rend compte de « la crise permanente de l’État » et des difficultés de la recherche de « nouveaux moyens de régulation », les contributions, pluridisciplinaires, françaises et étrangères, ont été regroupées selon trois thèmes directeurs, « Mondialisation, aide internationale et réforme de l’État », « La décentralisation » et « Les États africains à l’épreuve des conflits internes ». Les constats dressés n’incitent guère à l’optimisme et c’est peut-être, hélas, leur première utilité… (Afrique contemporaine, 199, juillet-septembre 2001, numéro spécial, « L’État en Afrique : entre le global et le local », La Documentation française, 221 p., 17,50 €.)
 
Le vingtième siècle allemand
 
 
Sur le modèle de la Petite histoire de la France au 20e siècle d’Antoine Prost, dans la même collection et avec le même ensemble de qualités, François Roth donne une Petite histoire de l’Allemagne au xx e siècle. On y trouvera un parcours complet de la chronologie, de Guillaume II à Gerhard Schröder, en 126 pages, puis d’utiles repères biographiques, suivis de six tableaux statistiques et de quelques indications bibliographiques. L’ensemble est appelé à rendre bien des services. (François Roth, Petite histoire de l’Allemagne au xx e siècle, Paris, Armand Colin, coll. « U-Histoire », 2002, 160 p., 14,50 €.)
 
Histoire de gendarmes
 
 
Il faut saluer l’initiative qu’a prise le Service historique de la Gendarmerie nationale de rééditer en un seul volume l’ensemble des études du général Louis Larrieu (1870-1958) relatives à l’histoire de son corps, depuis les origines jusqu’à la Quatrième République. L’ampleur et la précision de l’information rassemblée dans ce volume, de la maréchaussée médiévale à la garde républicaine et à sa musique, en font un instrument de travail indispensable pour les chercheurs, en même temps qu’une synthèse de lecture aisée pour tous ceux – fort nombreux, semble-t-il… – que l’histoire de la sécurité publique en France intéresse. (Louis Larrieu, Histoire de la maréchaussée et de la gendarmerie. Des origines à la Quatrième République, préface du général Georges Philippot, Maisons-Alfort / Ivry-sur-Seine, Service historique de la Gendarmerie nationale, Phénix Éditions, 2002, 729 p., 35 €.)
 
Dans les coulisses du Grand Louvre
 
 
La construction du Grand Louvre fit en son temps couler beaucoup d’encre ! Entre le choix d’un architecte venu de l’étranger, le déménagement du ministère des Finances et surtout la pyramide finalement inaugurée en 1989, l’entreprise voulue et déclenchée par François Mitterrand ne manqua pas de voir s’accumuler contre elle les reproches. Au-delà des polémiques et vingt ans après le début de l’aventure, trois voix se font écho dans un ouvrage publié aux éditions Odile Jacob pour narrer l’un des grands travaux les plus brillants de la période mitterrandienne. En ouverture, Jean Lacouture brosse une courte histoire du « palais des métamorphoses » avant de faire un récit des épisodes majeurs de l’« invention du grand Louvre ». Ieoh Ming Pei, qui fut choisi pour en être l’architecte, décrit son parcours et explique ses choix. Émile Biasini, nommé par François Mitterrand à la tête de l’établissement public chargé de suivre les travaux, livre à son tour sa version des faits. Où l’on suit les chemins de la prise de décision, où l’on retrouve les soutiens politiques et aussi les nombreux obstacles et détracteurs auxquels s’est heurté le réaménagement du plus grand musée du monde. (I. M. Pei, Émile Biasini, Jean Lacouture, L’invention du Grand Louvre, Paris, Éditions Odile Jacob, 2001, 289 p., 23 €.)
 
Comprendre l’Argentine
 
 
Placé sous la direction de Diana Quattrocchi-Woisson et sous l’autorité de Romain Gaignard, Alain Joxe, Jean Piel, René Rémond, Pierre Salama et Alain Touraine, un Observatoire de l’Argentine contemporaine s’est donné pour tâche de mieux faire connaître et comprendre, par comparaison, la singularité tragique de l’histoire collective des Argentins, les enjeux et les racines de la crise récente. Un cycle de conférences s’est achevé en juin 2002 (l’endettement, la place sur les marchés internationaux, le processus de privatisation, les conflits sociaux, la politique de défense, les Droits de l’homme, le doute culturel, etc.). Il fait l’objet d’une très utile publication aux éditions Tiempo. Tél. : 01 49 54 75 00. Email : observatarg@ ifrance. com .
 
Sexualité et domination
 
 
« L’histoire de la sexualité est peu développée en France. » Cette affirmation liminaire du chapeau de l’« ébauche d’un bilan historiographique » par Sylvie Chaperon, elle-même introductive d’un dossier sur ledit objet qui paraît dans Cahiers d’histoire, avouons qu’on viendrait à la mettre en doute, tant les réflexions, théoriques et autres, semblent au contraire se multiplier, dans notre pays comme outre-Atlantique. Illusion d’optique ? Raison de plus, en tout cas, pour signaler les travaux dont ce dossier donne un aperçu : ceux de Laurent Ferron, auteur d’une thèse sur « la répression pénale des violences sexuelles au 19e siècle » (p. 23-32), de Jean-Yves Le Naour sur la mise à l’épreuve de la virilité durant la première guerre mondiale (p. 33-44), de Florence Tamagne sur la « construction différée et différenciée [de] l’identité lesbienne » (p. 45-57), et de Cyril Olivier, doctorant qui se penche sur le sort des « femmes “de mauvaise vie” au temps de la Révolution nationale et de la Libération » (p. 59-72) (Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, « Sexualité et dominations », 84, 3e trimestre 2001, 160 p., 14 €).
 
Histoire des genres (suite)
 
 
On trouvera un autre indice, au moins de l’importance désormais reconnue par le monde savant à ce type d’études, sinon du nombre effectif des chercheurs qui s’y adonnent, dans la dernière livraison de l’American Historical Review. Nancy L. Clark explore les relations entre appartenances de race, de classe et de genre dans l’Afrique du Sud de la seconde guerre mondiale. Le propos est d’autant plus neuf qu’il revient sur l’idée reçue selon laquelle ce conflit a fait reculer irrésistiblement la logique colonialiste d’exploitation économique. Cet article montre que les contraintes de l’économie de guerre n’ont pas mis les travailleurs sud-africains en situation d’exiger plus efficacement les droits qui leur étaient refusés et souligne le rôle joué par les femmes blanches dans la préservation des dispositifs de ségrégation (Nancy L. Clark, « Gendering Production in Wartime South Africa », American Historical Review, 106(4), octobre 2001, p. 1181-1213).
 
L’éternelle actualité du Deuxième Sexe
 
 
Les Actes du Colloque réuni à l’occasion du cinquantenaire de la parution en 1949 du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir viennent de sortir. La bible du féminisme de la deuxième moitié du 20e siècle y est disséquée sous tous ses aspects. Outre l’extraordinaire diversité de son héritage et de ses interprétations, on retiendra les intéressantes péripéties de quelques-unes de ses traductions à travers le monde (Christine Delphy et Sylvie Chaperon (dir.), avec la collaboration de Kate et Edward Fullbrook, Cinquantenaire du Deuxième Sexe, Paris, Syllepse, coll. « Nouvelles questions féministes », 2002, 38 €).
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