Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629736
210 pages

p. 47 à 59
doi: en cours

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Histoire des femmes, histoire des genres

no 75 2002/3

2002 Vingtième siècle Histoire des femmes, histoire des genres

L’histoire contemporaine des sexualités en France

Sylvie Chaperon  [*]
Puisque aujourd’hui l’histoire de la sexualité connaît un engouement certain, il est sans doute temps d’en dresser le bilan. C’est ce que tente cet article qui dégage trois origines historiographiques à ce champ en plein essor : l’histoire sociale, l’histoire des femmes et l’histoire de l’homosexualité. Les chantiers privilégiés, finalement peu nombreux, sont explorés – prostitution, couple, éducation sentimentale, pornographie, viol, homosexualités. La marginalisation relative des chercheurs est ensuite interrogée tandis que plusieurs problèmes récurrents sont mis en avant : difficulté d’aborder de front la sexualité, faiblesse de la réflexion épistémologique et complexité des rapports entre savoir scientifique et militantisme. Since the history of sexuality today is rather fashionable, it is probably time to look at the record. There are three historiographical origins of this growing field : social history, women’s history and history of homosexuality. The relatively limited number of areas that are the most dealt with are prostitution, the couple, romantic education, pornography, rape and homosexuality. The relative marginalization of the scholars is brought up and several recurrent problems are pointed out : the difficulty of dealing with sexuality directly, the lack of epistemological thinking and the complexity of the relations between scientific knowledge and activism.
Où en sont les historiens français avec l’histoire des sexualités ? C’est à cette interrogation que répond ici Sylvie Chaperon. Attentive aux sources dans lesquelles puise ce secteur de l’histoire en pleine expansion, l’auteur dresse un panorama de productions somme toute peu nombreuses. Couple, viol, éducation sentimentale, pornographie, homosexualités : aucun de ces chantiers n’est laissé de côté. L’article n’en reste cependant pas là : le lecteur est invité à réfléchir plus avant aux problèmes, notamment institutionnels et épistémologiques, rencontrés par une histoire où militantisme et savoir scientifique ont souvent partie liée.
L’histoire de la sexualité connaît aujourd’hui un engouement certain [1]. Des numéros spéciaux de revues choisissent ce thème avec une fréquence accrue [2]. Les publications se font plus nombreuses [3]. Universités, grandes écoles, hauts lieux du savoir s’ouvrent avec moins de réticence à cette nouvelle histoire. Journées d’études et séminaires fleurissent. La Bibliothèque nationale de France a tenu l’an passé une soirée thématique intitulée « Histoires de sexualités » qui a attiré un public nombreux [4]. Les murs de l’École normale supérieure ont abrité plusieurs colloques : « Histoire de la sexualité : échanges transatlantiques », « Genre et sexualités, quelle recherche, quels enseignements ? » [5]. Bref, l’histoire de la sexualité (ou des sexualités) semble sortir du placard pour se faire au grand jour. Est-ce qu’après un long ostracisme, l’histoire de la sexualité sortirait des marges où elle demeurait confinée ?
Cette situation, très récente, laisse augurer un possible rattrapage des historiens français, très en deçà des travaux menés depuis trente ans par leurs collègues américains ou britanniques. S’interroger sur les raisons du retard de la France, et plus généralement d’ailleurs des pays latins et catholiques du Sud de l’Europe par rapport aux voisins anglo-saxons, nécessiterait des comparaisons poussées. Plus modestement, il s’agit ici de tracer à grands traits un bilan de l’historiographie française sur ce thème longtemps laissé dans l’ombre. L’exercice, à ma connaissance, n’ayant jamais été fait, il ne pourra s’agir que d’un premier essai [6].
 
â—¦ Premières perspectives
 
 
L’histoire de la sexualité a d’abord été défrichée non par des universitaires mais par les milieux militants de la libération sexuelle, très étroits en France. Sans remonter plus haut dans le temps, on peut citer les articles très érudits de Daniel Guérin ou de Serge Talbot dans la revue Arcadie des années 1950. Moins sérieux, plus commercial et à la recherche du sensationnel, on peut aussi mentionner d’étonnants numéros spéciaux du Crapouillot, publiés en général pendant l’été, sans doute pour distraire le lecteur sur les plages [7]. Les sciences sociales se sont penchées sur ce domaine avec plus ou moins d’assiduité. Les anthropologues ont été les premiers, dès l’entre-deux-guerres. Malinowski avec sa Vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie (1929) et Margaret Mead dans Mœurs et sexualité en Océanie (1935) montrent la très grande variabilité des préceptes et significations attachés aux pratiques sexuelles. Les Français suivent. Dans l’après-deuxième guerre, ce sont les sciences médicales qui prennent en charge les premières enquêtes sociologiques sur la sexualité des contemporains : Alfred Kinsey est biologiste (spécialiste des guêpes) tandis que le docteur Pierre Simon, auteur de la première étude sur la sexualité des Français, est médecin. Il faut attendre les années 1970 pour que les philosophes et les historiens se penchent sur cet objet nouveau.
Dans son introduction au recueil d’articles de la revue L’Histoire publié sous le titre Amour et sexualité en Occident, Georges Duby développait une comparaison judicieuse. « De même que dans les années 20 de ce siècle, les turbulences du marché monétaire avaient stimulé l’essor d’une histoire économique fondée sur l’étude de la conjoncture, de même l’ébranlement, la dislocation du système gouvernant les comportements amoureux, vint récemment rappeler que ces comportements ne sont pas immuables, qu’ils changent avec le temps et qu’il peut être utile d’observer ce qu’ils étaient dans le passé, ne serait-ce que pour mieux comprendre ce qu’ils deviennent de nos jours [8]. » Il faisait d’ailleurs de la revue L’Histoire la tribune privilégiée de ces nouvelles recherches au même titre que les Annales avaient pu l’être pour l’histoire économique, cinquante ans plus tôt.
En effet, les années 1970 approfondissent et radicalisent la libéralisation des mœurs et de la sexualité. Avec les nouveaux mouvements sociaux, les appels à la révolution sexuelle abondent. Aux révolutions sexuelles faudrait-il dire, car en ce domaine nul consensus n’existe. Pour les uns et les autres les Bastilles à faire tomber et les déclarations de droits à proclamer ne sont pas les mêmes. Comme sont venues le rappeler les polémiques autour de la coupable indulgence dont aurait fait preuve le jeune Daniel Cohn-Bendit envers la pédophilie, la libération sexuelle des uns vient heurter celle des autres [9]. Les médecins et les sexologues, pourtant tout récemment apparus, sont jetés aux orties, chacun veut affirmer sa vérité [10]. Et tandis que les gauchistes proclament que « le pouvoir est au bout du phallus », les féministes rétorquent : « Votre révolution sexuelle n’est pas la nôtre ! [11] » ; les homosexuels s’en prennent à l’hétérocentrisme et les lesbiennes en remontrent aux gays. Quant aux enfants victimes d’abus sexuels, ils ne parleront que bien plus tard, lorsque leurs droits seront davantage reconnus. Au-delà des discours de libération, la sexualité se révèle donc être ce qu’elle a sans doute toujours été : un champ de pratiques sociales traversé comme tout autre par des rapports de pouvoir et de domination. Si libération il y a, c’est donc essentiellement celle de la parole. Plutôt que de « dislocation du système gouvernant les comportements amoureux », il faudrait y voir l’émergence de débats qui révèlent tout à la fois l’ampleur des conflits de la sexualité et la démocratisation qui y est en cours, selon des processus et des avancées dont on sait encore peu de chose. Toujours est-il qu’en effet, les historiens s’emparent alors de cet objet de débat.
Les modernistes investissent le terrain bien plus tôt que les contemporanéistes. La démographie historique, très importante en France, ne pouvait qu’inciter à une histoire de la contraception. « Derrière ces chiffres ingrats, se profilaient les secrets des chambres à coucher, les ambitions des familles, le chemin des migrations », dit ainsi Philippe Ariès [12]. En 1948, dans son ouvrage Histoire des populations françaises et de leurs attitudes devant la vie depuis le xviii e siècle [13], il s’interroge sur les changements de mentalité que suppose la dissociation de la sexualité et de la procréation. Les historiens se divisent d’ailleurs quant au poids à donner à la chasteté et à l’abstinence. Jean-Louis Flandrin met en avant des formes de sexualité d’attente avant le mariage [14]. En 1974, les Annales ESC consacrent tout un dossier au thème « sexualité et histoire » sur la période moderne [15]. Des débats agitent aussi les philosophes. Michel Foucault inaugure brillamment son « histoire de la sexualité » par La volonté de savoir (1976), sorte de critique philosophique des idées contemporaines (et gauchistes) sur la sexualité, étayée par des exemples historiques. Deux ans plus tard, Jean-Paul Aron et Roger Kempf publient Le pénis et la démoralisation de l’Occident [16].
Un premier séminaire sur l’histoire des sexualités, animé par Philippe Ariès, se tient en 1979-1980 à l’EHESS. Il fournira la matière à un numéro de Communications. Médiévistes, antiquisants, modernistes y côtoient des sociologues, mais de contemporanéistes point [17].
 
â—¦ Trois veines historiographiques
 
 
Trois courants historiographiques convergent pour donner naissance à l’histoire contemporaine des sexualités. Il ne s’agit nullement d’écoles, aucune frontière nette ne les circonscrit, mais les questionnements qui les animent dessinent différents rapports à l’histoire et aux mouvements sociaux contemporains. Le premier est le plus éclectique. L’historiographie française avait déjà bien investi la démographie, l’histoire de la famille et des mentalités. Mais c’est avec l’histoire sociale, largement dominante dans les années 1950 et 1960, que les liens sont les plus visibles. Les mouvements militants, au croisement de l’histoire sociale et politique, sont ainsi privilégiés. La libre maternité (1971) de Roger-Henri Guerrand, qui paraît à peine quatre ans après le vote de la loi autorisant la contraception en France, aborde pour la première fois l’histoire déjà centenaire de ce combat, mené largement par des libres-penseurs et des anarchistes. L’historien avait rencontré les mouvements néo-malthusiens lors de ses recherches sur les origines du logement social, il se consacrera ensuite à l’histoire de la vie quotidienne. Francis Ronsin, qui reprend après lui l’histoire des mouvements néo-malthusiens, écrira par la suite une histoire du divorce. Alain Corbin commence à travailler sur la prostitution après sa thèse d’histoire sociale régionale. Il avait rencontré ce thème en étudiant les mouvements migratoires des Limousins sur Paris.
L’histoire des femmes fournit une deuxième veine historiographique. Lors du premier colloque de l’histoire des femmes à Saint-Maximin, Catherine Marand-Fouquet invitait au détour obligé de l’histoire du corps [18]. Avec Yvonne Knibiehler, elle s’était intéressée au discours médical sur les femmes [19]. Mais force est de constater qu’en matière de sexualité, la piste a été fort peu suivie. Dans son essai historiographique, Françoise Thébaud relève que la sexualité n’a été que peu travaillée [20]. L’histoire des femmes, surtout préoccupée à ses débuts par les questions du travail, des mouvements ouvrier et féministe, rencontre finalement peu la sexualité. L’essentiel des travaux qui abordent le domaine le font par le biais de la contraception et de l’avortement. Déjà lors des rencontres de Saint-Maximin, Alain Corbin reprochait aux historiennes « de ne pas avoir tenu compte du regard des médecins sur leur propre sexualité. La conviction de l’infériorité sexuelle masculine hante la vision savante de la femme », ajoute-t-il [21]. Près de quinze ans plus tard, lors du deuxième bilan historiographique de Rouen, le constat se répète, presque à l’identique : « Corps et sexualité : une historiographie lacunaire ? » était le titre d’une séance du colloque tandis que Marie-Jo Bonnet demandait « L’histoire des lesbiennes est-elle taboue ? » [22]. Ainsi Michelle Perrot peut-elle conclure son étude sur Foucault : « Quant à l’histoire des sexualités féminines, sous toutes leurs formes si riches et si peu explorées, elle demeure un immense jardin secret [23]. »
Anne-Marie Sohn constitue donc une exception. Après avoir étudié les institutrices syndicalistes, elle entreprend une ambitieuse thèse d’État sur le rôle des femmes dans la vie privée sous la Troisième République, ce qui l’entraîne dans les archives nationales et départementales, à la recherche de la série judiciaire [24]. Dans les dossiers sur les avortements, les adultères, les attentats à la pudeur, les viols, elle trouve une ample matière sur la sexualité qui donne lieu à publication dans la collection dirigée par Alain Corbin [25].
Le troisième courant historiographique se nourrit des mouvements de libération des homosexuels, hommes et femmes. En juillet 1979, se tient la première université d’été à Marseille – elles ont lieu tous les deux ans jusqu’en 1987 – et reprennent depuis peu. En novembre 1986, a été mis en place le GREH, Groupe de recherches et d’études sur l’homosexualité et les sexualités, qui organise différents séminaires et conférences publiques en histoire ainsi qu’un colloque international à la Sorbonne en 1989 [26]. Le colloque organisé par Didier Eribon à Beaubourg en 1997 donne une visibilité importante à des études jusque-là restées confidentielles n’attirant qu’un public étroit et militant [27]. Mais les communications reflètent essentiellement les débats historiographiques américains.
 
â—¦ Quelques champs privilégiés
 
 
Au total quelques directions majeures se dessinent. Souvent, les travaux élargissent et approfondissent des sillons déjà tracés. La prostitution suscite de nombreuses études. Alain Corbin s’intéresse de 1870 à 1914 au déclin et à la contestation du système réglementariste (les maisons closes) et aux réponses apportées par le néo-réglementarisme ; Jacques Solé poursuit les recherches jusqu’à nos jours et adopte une perspective internationale ; Laure Adler étudie la vie quotidienne dans les maisons closes ; Jean-Marc Berlière se penche sur les débats que provoque la police des mœurs [28]. À la suite de Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin, les luttes pour la libéralisation de la contraception et de l’avortement attirent bien des chercheurs. Paul Robin, Jeanne et Eugène Humbert ont leurs biographes. Une équipe du Mouvement français pour le planning familial retrace le combat du mouvement depuis la fondation de la Maternité heureuse en 1956 jusqu’à la loi Veil de 1974. Janine Mossuz-Lavau se penche sur les débats parlementaires qui accompagnent les réformes des « lois de l’amour » (contraception, avortement, éducation sexuelle, violences, homosexualités). Jean-Louis Flandrin puis Martine Sevegrand analysent minutieusement les réactions catholiques à ces changements [29]. Les historiennes du féminisme de l’après deuxième guerre mondiale font aussi une large place à ces questions [30]. Ces aspects très balisés correspondent à des spécificités fortes de notre histoire. Le réglementarisme prostitutionnel est un « French system » qui s’exporte et reçoit de multiples critiques, jusqu’à nos jours d’ailleurs puisque, sous une forme modernisée, il perdure. La loi de 1920, réprimant les pratiques contraceptives mais aussi les mouvements néo-malthusiens, est l’une des plus dures de l’Europe parlementaire. En revanche, la régulation catholique de la sexualité concerne une bonne partie de l’Europe.
Mais d’autres domaines attirent désormais les recherches. Le couple, le flirt, l’éducation sentimentale deviennent des chantiers importants. Laure Adler scrute l’évolution du couple à travers quelques temps forts de la conjugalité (fiançailles, nuit de noce, hygiène sexuelle) ou de sa rupture (adultère, divorce). Gabrielle Houbre donne à lire les codes amoureux des jeunes aristocrates et bourgeois de l’époque romantique. Les jeux du flirt de 1870 à 1968 retiennent l’attention de Fabienne Casta-Rosaz [31]. L’histoire de la pornographie commence aussi grâce à l’exploitation des veines littéraire et chansonnière [32]. Enfin, il faut remarquer que les violences sexuelles constituent un chantier en plein essor. Marie-Victoire Louis et Alain Boureau se penchent sur le droit de cuissage, non sans divergence d’interprétation. L’une, dans le temps court de la Révolution industrielle, insiste sur la réalité de la pratique, l’autre, dans le temps long qui va du Moyen Âge au 20e siècle, conclut au mythe. Georges Vigarello dresse un vaste panorama de l’histoire du viol, là encore dans la longue durée [33]. Les guerres concentrent particulièrement l’attention des chercheurs. À la suite de Stéphane Audoin-Rouzeau, qui, le premier a exploré les viols de la première guerre mondiale, plusieurs travaux associent les thèmes de la guerre, de la violence et de la sexualité. Alain Brossat s’intéresse à l’imaginaire et à la mémoire qui se greffent sur le phénomène des femmes tondues. Fabrice Virgili étudie les pratiques concrètes des tontes à la Libération. Jean-Yves Le Naour explore les mœurs sexuelles des Français pendant la Grande Guerre [34].
Dresser un panorama de l’historiographie des homosexualités se révèle ardu. Jusque dans les années 1980, les articles dominent, dispersés dans diverses collections militantes, précaires et difficilement accessibles. Les études littéraires sont nombreuses, sans doute du fait du poids en France de l’expression littéraire de l’homosexualité [35]. Le militantisme homosexuel fournit une autre piste. La seconde moitié du 20e siècle nourrit les travaux de Jacques Girard et Frédéric Martel. Les milieux et la culture homosexuels retiennent en revanche peu l’attention, à l’exception du Paris gay de la Belle Époque qui donne lieu au livre de Gilles Barbedette et Michel Carassou [36]. Les relations amoureuses entre femmes demeurent très mal connues. Seul le livre de Marie-Jo Bonnet s’y consacre entièrement, mais pas spécifiquement, pour la période contemporaine. Enfin, tout récemment, Florence Tamagne a adopté une perspective comparée sur les mouvements et milieux gays et lesbiens de l’entre-deux-guerres à Paris, Berlin et Londres [37]. Dans sa bibliographie commentée, cette dernière note « l’indigence de la production française », particulièrement pour l’histoire des lesbiennes [38].
Ainsi sans être inexistante, l’historiographie peut être qualifiée de débutante, en dehors de quelques thèmes très travaillés. Cet état de faible développement explique la présence de nombreux beaux livres ou essais journalistiques qui s’emparent de terrains laissés en friches [39]. Les fresques de longue durée, embrassant plusieurs siècles, voire plusieurs civilisations indiquent d’autre part la volonté d’établir une première périodisation [40].
 
â—¦ Une histoire aux marges des institutions ?
 
 
Ce retard français est-il dû à la réticence des institutions et des professionnels de la discipline ? Il faut en effet remarquer que bien souvent les nouveautés proviennent de chercheurs atypiques et plutôt en marge de l’université et peinent ensuite à s’introduire dans les départements d’histoire. On sait combien Philippe Ariès, cet « historien du dimanche », a été ignoré par la profession, mis « en quarantaine » selon ses propres mots, jusqu’à ce que Jean-Louis Flandrin, en 1962, fasse un compte rendu dans les Annales de L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien régime [41]. Mais le parcours de Roger-Henri Guerrand est aussi significatif [42]. Militant puis permanent au secrétariat général de la Jeunesse étudiante chrétienne, il soutient en 1966 une thèse sous la direction de Paul-Henry Chombard de Lauwe sur le logement social [43]. Il ne fera pas une carrière de titulaire dans l’enseignement mais participera activement à la création des nouvelles écoles d’architecture à partir de 1967. Francis Ronsin n’a pas non plus le profil du bon élève. Exclu de plusieurs lycées, il travaille chez Citroën, puis comme aide-comptable et passe son baccalauréat par correspondance. Après un très bref passage par le métier d’instituteur, il donne des cours d’alphabétisation pour adultes et obtient parallèlement une bourse pour faire des études d’histoire, à Paris VII. Encouragé par Michelle Perrot, sous la direction de laquelle il avait écrit une maîtrise sur les grèves de 1947, il entame une thèse de troisième cycle. « Par provoc », il envisage de travailler sur la pornographie et de rédiger un travail, abondamment illustré, en bouts rimés. Mais, chemin faisant, il rencontre les néo-malthusiens et y voit « un champ énorme, très riche et assez facile à traiter », contrairement à l’histoire de la pornographie, autrement plus difficile à mener, estime-t-il [44].
Pour les pionniers, obtenir un poste universitaire peut être malaisé. Chargé de cours au département d’éducation permanente de Paris VII, Francis Ronsin se voit refuser l’inscription sur la liste d’aptitude aux fonctions de maître assistant, avant de bénéficier d’une mesure collective de titularisation des chargés de cours. Roger-Henri Guerrand enseigne, lui, à l’Unité pédagogique d’Architecture, qu’il a contribué à fonder avec Bernard Huet. L’histoire de l’homosexualité peut faire courir plus de risque. Marie-Jo Bonnet précise dans son introduction qu’« il faut réécrire l’histoire des femmes en y intégrant toutes ses dimensions, à commencer par celle qui gêne le plus les carrières universitaires : l’amour entre les femmes (…) » [45]. Elle remercie son père qui lui a assuré une aide matérielle. De fait, la carrière universitaire n’est pas, loin de là, le principal débouché des chercheurs. Laure Adler, étudiante de Michelle Perrot, choisit le journalisme, avec bonheur. Fabienne Casta-Rosaz est journaliste à La Vie et au Figaro. Didier Eribon est critique de philosophie et de sciences humaines au Nouvel Observateur, Frédéric Martel se lance dans la vie politique, avec succès.
L’étape de la publication se révèle souvent difficile. Philippe Ariès, qui bénéficie de l’exceptionnelle efflorescence éditoriale de l’après-guerre, publie dans une petite maison inconnue et vite disparue. Roger-Henri Guerrand essuie le refus de nombreuses maisons d’édition avant d’être accueilli chez Casterman où les responsables du planning familial ont créé la collection « Vie affective et sexuelle ». Issu d’une thèse soutenue en 1974, l’ouvrage La grève des ventres ne sort qu’en 1980 chez Aubier après que Gallimard ait fait traîner les choses : le directeur littéraire avait accepté le projet mais les commerciaux l’ont refusé. Anne-Marie Sohn se rappelle avoir été la seule à se porter volontaire pour rédiger le compte rendu des Filles de noces à la Revue d’histoire moderne et contemporaine. Mais, publiée au moment du mouvement des prostituées, l’étude d’Alain Corbin bénéficie d’une large médiatisation. Marie-Jo Bonnet qui soutient en 1974 sa thèse sous la direction de Michelle Perrot ne trouvera d’éditeur qu’en 1981.
Il ne faut évidemment pas généraliser : Alain Corbin ou Anne-Marie Sohn présentent des évolutions professionnelles beaucoup plus classiques avec de belles réussites éditoriales [46]. Les obstacles semblent d’ailleurs être levés pour la plus jeune génération : Florence Tamagne a publié sa thèse au Seuil et a été recrutée rapidement. Mais au-delà des péripéties des uns et des autres, force est de constater que le découpage universitaire français par discipline freine les innovations, tandis que les départements interdisciplinaires américains ou britanniques, type « Gender studies » ou « Gay and Lesbian Studies », les intègrent avec une rapidité surprenante. Cependant, on observe depuis les années 1990, la mise en place de nombreux séminaires universitaires interdisciplinaires sur les recherches sociales en sexualité, le plus souvent dans les départements de sociologie [47].
 
â—¦ De quelques problèmes
 
 
Parmi les chantiers ouverts, il faut remarquer que peu abordent de front la sexualité, mais plutôt le « para-sexuel », si l’on peut utiliser cette formule. Les études se penchent plutôt sur l’amont ou l’aval de la sexualité, mais guère sur la rencontre des corps. Les combats et divergences autour de la contraception et de l’avortement tiennent beaucoup de place ; l’hygiène et la propreté remplacent l’étude des corps ; on en sait beaucoup plus sur le réglementarisme, la police des mœurs ou les origines des prostituées, que sur les pratiques en vogue dans les maisons closes ou ailleurs. Ainsi les pratiques sexuelles demeurent largement inconnues. Les sociologues font d’ailleurs le même constat sur leur discipline : « La plupart des recherches en sciences sociales sur le thème laissaient en fait de côté l’activité sexuelle proprement dite. Les pratiques physiques restant à l’arrière-plan », constate ainsi Michel Bozon [48]. Mais en histoire, même les discours savants sur ces pratiques restent ignorés. Malgré les articles pionniers et stimulants d’André Béjin sur le 20e siècle, d’Alain Corbin, de Roger-Henri Guerrand et d’Yvonne Knibiehler sur le 19e siècle, il n’existe pas d’histoire de la sexologie française [49]. L’histoire de la psychanalyse, d’une part, et celle des théories de la reproduction d’autre part, donnent pourtant des indications précieuses [50]. Là encore, ce trait de l’historiographie renvoie sans doute à notre passé. Par rapport à l’Allemagne ou à l’Angleterre, la « scientia sexualis » ne se développe que fort tard en France. Le mot sexualité apparaît d’abord en anglais vers 1800, puis en allemand vers 1820, et enfin en français vers 1860 [51]. Le terme sexologie se diffuse en France dans les années 1920, mais est d’usage dans les ouvrages anglais dès les années 1860 [52]. La Ligue mondiale pour la réforme sexuelle, née en 1921, tiendra ses congrès internationaux à Berlin, Copenhague, Londres, Vienne, Brno mais jamais à Paris. Cependant la flamboyance d’un Krafft-Ebing, d’un Havelock Ellis ou d’un Alfred Kinsey, ne doit pas faire oublier qu’il existe aussi des sexologues français, tout aussi dignes d’attention.
La pénurie de sources ne peut être invoquée pour justifier de tels abandons. Sur la gestuelle des corps et l’imaginaire du désir, les archives judiciaires, exploitées par exemple par Anne-Marie Sohn, sont loin d’avoir livré tous leurs secrets. Les sources plus classiques de l’intime peuvent être mobilisées aussi. Les correspondances, comme celle de l’abbé Viollet, récemment éditées par Martine Sevegrand, offrent des trésors inestimables [53]. Après la deuxième guerre mondiale, les écrivains de l’intime, les journalistes de la presse du cœur, les militants du planning, les sexologues, les émissions radiophoniques interactives captent les confidences épistolaires, comme en témoignent le fonds Simone de Beauvoir, conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale [54] et celui de Ménie Grégoire, déposé à Tours [55]. Les journaux intimes et les récits autobiographiques constituent un autre filon [56]. D’autre part, Francis Ronsin a montré toute la richesse du fonds Carron, collectionneur d’ouvrages pornographiques, conservé à la Bibliothèque nationale [57]. Concernant l’essor de la sexologie en France, une littérature surabondante ne demande qu’à être exploitée [58]. De nombreux mouvements militants restent aussi à étudier plus en détail, afin de restituer leurs conceptions de la sexualité : le mouvement abolitionniste, celui de la réforme sexuelle, les luttes féministes contre la double morale, les ligues antipornographiques [59].
En l’état actuel de la recherche, les débats de fond ne sont qu’à peine posés. Les historiens s’accordent grosso modo sur l’évolution des conceptions qui président à la sexualité mais discutent de la périodisation. Schématiquement, la sexualité est d’abord perçue comme une pulsion génésique que la société et l’individu se doivent de réfréner et de canaliser dans le cadre conjugal ; la sexualité s’émancipe ensuite du modèle naturaliste de la reproduction, puis de la conjugalité, pour aujourd’hui répondre aux seuls critères du plaisir et du respect des partenaires. Alain Corbin situe très tôt les débuts de cette mutation majeure qu’il relie à l’introduction de l’amour dans le mariage : « Vers 1860 s’ouvre l’histoire contemporaine de la sexualité », dit-il [60]. Mais pour Yvonne Knibiehler, les médecins préconisent tard dans le siècle, une contention des pulsions : « Leur attitude est profondément conservatrice et leur intervention se traduit surtout par une multiplication des interdits. Mieux connue, la sexualité reste ordonnée à la procréation [61]. » De son côté, Anne-Marie Sohn n’observe une évolution vers la diversification des pratiques et de leur dénomination que dans l’entre-deux-guerres. De même, tous notent la variété sociale des comportements entre les amours paysannes, ouvrières, aristocrates et bourgeoises mais divergent quant à une éventuelle homogénéisation. « La descente sociale de comportements élaborés au sein de l’aristocratie, puis de la bourgeoisie, l’emporte sur l’influence exercée par les conduites populaires », résume Alain Corbin pour le 19e siècle [62]. Mais encore à la fin de la Troisième République, Anne-Marie Sohn souligne la « distance abyssale qui sépare gouvernants et gouvernées, classes dirigeantes et femmes des classes populaires » [63]. La forte dissymétrie de genre que dénonçaient les féministes en condamnant la « double morale » (angélisme, ignorance, culte de la virginité d’un côté ; grisettes, courtisanes, amours ancillaires et vénales de l’autre) peut donner lieu à discussion. Le genre se double alors de la domination sociale puisque toute une catégorie de femmes pauvres satisfait la sexualité masculine des classes supérieures. Mais les femmes des couches populaires sous la Troisième République observées par Anne-Marie Sohn semblent plus souffrir de la misère que de la domination masculine, loin donc du « mythe du pouvoir masculin et de la double morale » [64].
Contrairement aux sociologues ou aux philosophes, les historiens contemporanéistes de la sexualité ne se lancent guère dans l’épistémologie, dans la réflexion sur les postulats et concepts qui président à leur recherche. L’influence de Foucault s’avère ainsi assez faible même s’il est présent dans toutes les bibliographies. Est-ce par aversion des historiens pour les théories ? Par goût de l’empirisme ? Ou au contraire parce que l’essentiel a été assimilé ? Le même constat pourrait être fait pour la psychanalyse. Michelle Perrot, qui s’est employée à définir l’apport foucaldien pour l’histoire des femmes, souligne son peu de rôle dans l’histoire française, tandis qu’il nourrit des débats théoriques nombreux aux États-Unis [65]. Il n’est pas sûr que les historiens partagent les lignes directrices que Michel Bozon voit à l’œuvre dans la sociologie. Selon lui, la critique foucaldienne de l’hypothèse répressive y est largement partagée par les chercheurs qui refusent « d’interpréter la conduite sexuelle comme le résultat d’une opposition entre une pulsion sexuelle naturelle et une loi sociale, qui fonctionnerait comme principe répressif » [66]. De fait, bien des récits adoptent un historicisme linéaire de progressive libération de la sexualité. L’influence de Foucault est en revanche déterminante sur les études gays et lesbiennes, surtout aux États-Unis, où elle alimente tout un courant de pensée [67]. Des travaux américains ont remis en question sa thèse de l’invention de l’homosexualité par la psychiatrie ; George Chauncey démontre ainsi que les catégories médicales reprennent avec retard celles qui se sont élaborées dans les milieux homosexuels eux-mêmes [68]. L’interrogation pourrait être élargie : la sexologie invente-t-elle une norme sexuelle qui se diffuse ensuite dans la société ou bien ne fait-elle que formaliser et accompagner une évolution sociétale ? Indépendamment des aspects théoriques, Michel Foucault avait aussi lancé des pistes fécondes. Dans le premier volume de son « Histoire de la sexualité », il en annonçait un quatrième sur La femme, la mère et l’hystérique qui ne prit jamais forme. Il se proposait alors d’étudier cette « immense gynécologie » qui pathologise le corps des femmes depuis la fin du 18e siècle. Ce projet n’a guère trouvé de relais en France.
Les rapports complexes entre savoir et militantisme se posent sans doute avec une certaine acuité. Roger-Henri Guerrand se dit volontiers libertaire et qualifie son livre sur la libre maternité de « règlement de compte avec le catholicisme » et les contraintes qu’il fait peser sur la sexualité. Le plus souvent, les premiers historien-ne-s des mouvements des femmes ou des homosexuels en sont aussi des militant-e-s. Jacques Girard est le créateur du Collectif homosexuel de l’Éducation nationale, Frédéric Martel, né en 1967, détenteur d’un DEA de Sociologie politique, était un collaborateur de Gay Pied Hebdo et président de l’Association des étudiants gays. Les auteurs ne s’en cachent pas et revendiquent leur position partisane. « Ce travail n’est pas l’œuvre d’un écrivain ou d’un historien, ni d’un sociologue ou d’un philosophe, mais d’un militant », écrit ainsi Jacques Girard [69]. « Ce qui me permet de comprendre les lesbiennes du 17e siècle, les Rosa Bonheur, Suzy Solidor et d’autres Natalie Clifford Barney, c’est d’avoir participé au Mouvement de libération des femmes depuis ses premières manifestations, puis à la fondation du Front homosexuel d’action révolutionnaire (…) », affirme quant à elle Marie-Jo Bonnet [70]. À côté des séminaires académiques qui se créent depuis peu, les lieux militants de recherche demeurent actifs et attractifs. Le printemps lesbien, organisé annuellement à Toulouse par « Bagdam Espace Lesbien », donne lieu à publication et les « Archives, recherches et cultures lesbiennes » existent à Paris depuis 1983 [71]. Ces deux lieux jugent toujours nécessaire le principe de la non-mixité.
Insistant sur ces liens politiques, distendus ou fermement maintenus, les adversaires de ces courants novateurs ont beau jeu de les accuser de partialité, d’absence d’objectivité ou de crédibilité scientifique. Mais c’est oublier que l’histoire classique, en fait de neutralité, a simplement reproduit les hiérarchies sociales qu’elles soient de genre ou d’orientation sexuelle. Les militant-e-s féministes ou homosexuel-le-s, mu-e-s par les combats du présent, ont considérablement renouvelé la discipline par leurs questionnements. Les points aveugles, les angles morts, le redoublement des dominations sociales par les récits biaisés de l’histoire ont ainsi été dénoncés, tandis que de nouveaux objets surgissaient. Mais les combats politiques, s’ils constituent aujourd’hui comme hier des moteurs puissants de recherche, peuvent produire aussi des obstacles. La question des définitions est exemplaire à cet égard. Qui est homosexuel, qui ne l’est pas ? Est-ce celui ou celle attiré-e exclusivement ou occasionnellement par des individus de même sexe ? Cette attirance doit-elle être sexuelle ou peut-elle être platonique ? Est-il nécessaire que les individus se perçoivent eux-mêmes comme homosexuels ? Et d’ailleurs faut-il reprendre à son compte le terme d’homosexuel, lourdement chargé de connotations médicales ou bien utiliser un autre vocabulaire ? Bien souvent, le positionnement politique au sein des mouvements actuels préside aux réponses, projetant dans le passé des conceptions fort différentes de celles qui y avaient cours. Les plus radicaux donnent une définition étroite de l’homosexualité. Florence Tamagne cite ainsi l’affirmation de Susan Cavin : « Le récit féminin des événements féminins est idéalement représenté par les féministes lesbiennes et les séparatistes lesbiennes [72]. » En France, Marie-Jo Bonnet exprime un point de vue assez similaire lorsqu’elle affirme : « Ce sont elles (les lesbiennes) qui mènent la contestation la plus radicale des modèles sexuels [73]. » Ce radicalisme permet une critique aiguë de l’ordre hétérosexuel présent, mais favorise-t-il pour autant la meilleure vision des actrices d’hier ? On ne fait pas de l’histoire comme on fait de la politique et progressivement les conceptions du passé s’imposent aux observateurs. Schématiquement, ces questions de définitions de l’homosexualité reçoivent les mêmes corrections que celles concernant la délimitation du féminisme au sein de l’histoire des femmes [74]. À mesure que la connaissance du passé se substitue aux enjeux politiques présents, les définitions s’élargissent, deviennent plus souples, adoptent le pluriel, proposent des typologies plus nuancées. On parle des homosexualités ou des sexualités. Puis l’historien-ne se détourne de la terminologie de son temps pour restituer le plus fidèlement celle de la société ou du milieu étudiés : les homosexuels laissent la place aux invertis, aux pédérastes, aux sodomites et autres tantes ou folles. Plutôt que de définir au préalable son objet d’étude, il s’agit d’étudier comment les sujets se définissent eux-mêmes ou sont définis par d’autres. Les définitions et appellations, de postulats de départ, deviennent les objets même de la recherche. La démarche peut d’ailleurs produire des effets en retour sur le présent, relativisant par exemple des identités sexuelles somme toute très récentes.
Un autre parallèle peut être fait entre la critique interne aux études gays et lesbiennes et celle qui existe aussi dans l’histoire du genre. De même que les histo-rien-ne-s du genre ont révélé le sujet mâle adopté tacitement par l’histoire dite universelle, les historien-ne-s de l’homosexualité ont montré les normes hétérosexuelles implicites dans les récits historiques. Mais les uns et les autres ont été à leur tour soupçonnés de bâtir une histoire partielle et partiale. Le sujet de l’histoire des femmes est trop souvent une blanche, occidentale, appartenant aux classes moyennes ou supérieures ; le sujet de l’histoire de l’homosexualité est lui un homme, blanc, bourgeois et répondant à des normes sexuelles implicites. Des travaux nouveaux ont alors fleuri, croisant les déterminations sociales de classe, de nationalité, de religion, d’ethnie, et mettant à jour des pratiques sexuelles infiniment plus variées que le simple clivage entre homo et hétérosexualité. Les tantes, les folles, les travestis, les sadomasochistes ont regagné l’attention des sciences sociales jusque-là oublieuses. Par ce processus critique – que d’aucuns appellent fragmentation ou éclatement du sujet –, les milieux populaires, les pays du tiers monde, les immigrés, les minorités sexuelles font entendre leur voix. Il menace aussi la notion d’identité sexuelle ou de genre, pourtant toute récente, en montrant l’extrême diversité que le terme peut masquer.
Ainsi l’histoire des sexualités, en plein essor en France, ne manque pas de perspectives de recherche et de débat.
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NOTES
 
[1] Ce texte est une version remaniée d’un précédent article paru dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 84, 2001, p. 5-22.
[2] Les revues d’histoire ne sont cependant pas les plus nombreuses. Citons parmi d’autres « Sur la sexualité », Actes de la recherche en sciences sociales, 128, juin 1999 ; L’Histoire, numéro spécial, 5, juillet-août 1999 ; Laurent Bazin, Rommel Mendès-Leite et Catherine Quiminal (dir.), « Anthropologie des sexualités », Journal des anthropologues, 82-83, 2000 ; Marie-Françoise Quignard (dir.), « Érotisme et pornographie », Revue de la Bibliothèque nationale de France, 7, janvier 2001 ; Terrains et travaux, « Sexualités déviantes/Sexualités militantes », Cahiers du département de sciences sociales de l’ENS Cachan, 2, 2001 ; Sylvie Chaperon (dir.), « Sexualité et dominations », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 84, 2001 ; Michel Bozon (dir.), « Les cadres sociaux de la sexualité », Sociétés contemporaines, 41-42, 2001. Le numéro 198 du Mouvement social (janvier-mars 2002) a pour thème « Féminin et masculin ».
[3] Il faut signaler notamment les sorties prochaines de Fantasmes et vie sexuelle des Français d’André Béjin chez Payot et du Dictionnaire des homosexualités sous la direction de Didier Eribon chez Larousse ainsi que les nouveaux ouvrages de Florence Tamagne, Mauvais genre ? Une histoire des représentations de l’homosexualité, Paris, Éditions de La Martinière, 2001 et de Didier Eribon, Une morale du minoritaire. Variations sur un thème de Jean Genet, Paris, Fayard, 2001.
[4] Le 6 juin 2001 avec la participation de Michelle Perrot, Christine Bard, Éric Fassin et Marc-Olivier Baruch.
[5] Respectivement organisés par Éric Fassin et Michel Feher les 16 et 17 mai 2001 et par RÉGENSE les 15 et 16 mars 2002.
[6] On peut cependant mentionner pour les sciences sociales dans leur ensemble, les introductions de Sonia Dayan-Herzbrun, « La sexualité au regard des sciences sociales », au numéro spécial « Sexualité et société » de Sciences sociales et santé, IX(4), 1991, p. 7-22 et celle de Michel Bozon et Henri Leridon « Les constructions sociales de la sexualité » écrite pour le numéro spécial « Sexualité et sciences sociales » de Population, 5, 1993, p. 1173-1195. Par souci de restriction, le présent bilan se limite à l’histoire des 19e et 20e siècles. Les travaux en anthropologie ou sociologie sont exclus ainsi que les ouvrages étrangers.
[7] Voir notamment le n° 10, de juillet 1950, « La sexualité à travers les âges » et le n° 14 d’avril 1951, « La sexualité à travers le monde ».
[8] Georges Duby, introduction à Amour et sexualité en Occident, Paris, Seuil, 1991, p. 9.
[9] « Génération provoc », Libération, vendredi 23 février 2001.
[10] Alain Giami et Patrick de Colomby, « Profession sexologue ? », Sociétés contemporaines, 2001, 41-42, p. 41-63.
[11] Des militantes du MLF, « Votre révolution sexuelle n’est pas la nôtre », Tout !, 15, cité par Françoise Picq, Libération des femmes, les années mouvement, Paris, Seuil, 1993, p. 108.
[12] Philippe Ariès, Michel Winock (collab.), Un historien du dimanche, Paris, Seuil, 1980, p. 90.
[13] Paris, Éditions Self.
[14] Jean-Louis Flandrin, Le sexe et l’Occident. Évolution des attitudes et des comportements, Paris, Seuil, 1981, p. 13. « Mariage tardif et vie sexuelle », publié dans Annales ESC de novembre-décembre 1972, répond à un article critique d’André Burguière.
[15] Annales ESC, 29e année, 4, juillet-août 1974.
[16] Jean-Paul Aron et Roger Kempf, Le pénis et la démoralisation de l’Occident, Paris, Grasset, 1978.
[17] Philippe Ariès et André Béjin (dir.), « Sexualités occidentales », Communications, 35, Paris, Seuil, 1982.
[18] Catherine Fouquet, « Le détour obligé ou l’Histoire des femmes passe-t-elle par celle de leur corps ? », Michelle Perrot (dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, Marseille, Rivages, 1984, p. 71-84.
[19] Yvonne Knibiehler et Catherine Marand-Fouquet, La femme et les médecins : analyse historique, Paris, Hachette, 1983.
[20] Françoise Thébaud, Écrire l’histoire des femmes, Fontenay-Saint-Cloud, ENS Éditions, 1998, p. 77-78.
[21] Alain Corbin, « Le sexe en deuil et l’histoire des femmes au xix e siècle » dans Michelle Perrot (dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, op. cit., p. 143.
[22] Anne-Marie Sohn et Françoise Thélamon (dir.), L’Histoire sans les femmes est-elle possible ?, Paris, Perrin, 1998 ; Marie-Jo Bonnet, « L’histoire des lesbiennes est-elle taboue ? », Anne-Marie Sohn et Françoise Thélamon (dir.), L’Histoire sans les femmes est-elle possible ?, op. cit., p. 153-164.
[23] Michelle Perrot, « Michel Foucault et l’histoire des femmes », Les femmes ou les silences de l’histoire, Paris, Flammarion, 1998, p. 424.
[24] Anne-Marie Sohn, Chrysalides, femmes dans la vie privée (xix e-xx e siècles), Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, 2 vol.
[25] Du premier baiser à l’alcôve. La sexualité des Français au quotidien (1850-1950), Paris, Aubier, 1996.
[26] Voir les numéros 17, 1988 et 27, 1990 de Société, revue des sciences humaines et sociales ainsi que GREH et al., Homosexualités et lesbianisme : mythes, mémoires, historiographies, Actes du colloque international de la Sorbonne, Lille, Cahiers Gay Kitsch Camp, 1990-1991, 3 vol. et Mendès-Leite, Rommel (dir.), Sodomites, invertis, homosexuels. Perspectives historiques, Lille, Cahiers GKC, 1994, coll. « Université », 5.
[27] Didier Eribon (dir.), Les études gays et lesbiennes, Actes du colloque des 23 et 27 juin 1997, Paris, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1998.
[28] Alain Corbin, Les filles de noce : misère sexuelle et prostitution : xix e et xx e siècles, Paris, Aubier Montaigne, 1978 ; Jacques Solé, L’âge d’or de la prostitution, de 1870 à nos jours, Paris, Plon, 1993 ; Laure Adler, La vie quotidienne dans les maisons closes, 1830-1930, Paris, Hachette, 1990 ; Jean-Marc Berlière, La police des mœurs sous la IIIe République, Paris, Seuil, 1992.
[29] Christiane Demeulenaere-Douyère, Paul Robin (1837-1917). Un militant de la liberté et du bonheur, Paris, Publisud, 1994 ; Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin, Jeanne Humbert et le contrôle des naissances, Paris, La Découverte, 1990 ; Mouvement français pour le Planning familial, D’une révolte à une lutte. 25 ans d’histoire du Planning familial, Paris, Tierce, 1982 ; Janine Mossuz-Lavau, Les lois de l’amour. Les politiques de la sexualité en France (1950-1990), Paris, Payot, 1991 ; Jean-Louis Flandrin, L’Église et le contrôle des naissances, Paris, Flammarion, 1970 ; Martine Sevegrand, Les enfants du bon Dieu. Les catholiques français et la procréation au xx e siècle, Paris, Albin Michel, 1995.
[30] Sylvie Chaperon, Les années Beauvoir, Paris, Fayard, 2000 ; Françoise Picq, Libération des femmes. Les années mouvement, Paris, Seuil, 1993.
[31] Laure Adler, Secrets d’alcôve, histoire du couple de 1830 à 1930, Paris, Hachette, 1983 ; Gabrielle Houbre, La discipline de l’amour : l’éducation sentimentale des filles et des garçons à l’âge romantique, Paris, Plon, 1997 ; Fabienne Casta-Rosaz, Histoire du flirt : Les jeux de l’innocence et de la perversité, 1870-1968, Paris, Grasset, 2000.
[32] Annie Stora-Lamarre, L’enfer de la IIIe République. Censeurs et pornographes (1881-1914), Paris, Imago, 1989 ; Marie-Véronique Gauthier, Chanson, sociabilité et grivoiserie au xix e siècle, Paris, Aubier, 1992.
[33] Marie-Victoire Louis, Le droit de cuissage, France 1860-1930, Paris, Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières, 1994 ; Alain Boureau, Le droit de cuissage. La fabrication d’un mythe xiii e-xx e siècles, Paris, Albin Michel, 1995 ; Georges Vigarello, Histoire du viol, xvi e-xx e siècles, Paris, Seuil, 1998.
[34] Stéphane Audoin-Rouzeau, L’enfant de l’ennemi 1914-1918, viols, avortements, infanticide pendant la Grande Guerre, Paris, Aubier, 1995 ; Alain Brossat, Les tondues. Un carnaval moche, Paris, Hachette, 1992 ; Fabrice Virgili, La France « virile ». Des femmes tondues à la Libération, Paris, Payot, 2000 ; Jean-Yves Le Naour, Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre, Paris, Aubier, 2002.
[35] Sur Gide, Proust, Colette, Rosa Bonheur, Jean Genet, Violette Leduc, etc.
[36] Jacques Girard, Le mouvement homosexuel en France, Paris, Syros, 1981 ; Frédéric Martel, Le Rose et le noir, Les homosexuels en France depuis 1968, Paris, Seuil, 1996 ; Gilles Barbedette et Michel Carassou, Paris gay 1925, Paris, Presses de la Renaissance, 1981.
[37] Marie-Jo Bonnet, Les relations amoureuses entre les femmes du xvi e au xx e siècle (troisième édition), Paris, Odile Jacob, 2001 ; Florence Tamagne, Histoire de l’homosexualité en Europe, Berlin, Londres, Paris, 1919-1939, Paris, Seuil, 2000.
[38] Pour une comparaison avec l’historiographie américaine voir Éric Fassin, « Politiques de l’histoire : Gay New York et l’historiographie homosexuelle aux États-Unis », Actes de la recherche en sciences sociales, « Homosexualités », 125, décembre 1998, p. 3-8.
[39] À titre d’exemple : Sabine Melchior-Bonnet et Aude de Tocqueville, Histoire de l’adultère. La tentation extraconjugale de l’Antiquité à nos jours, Paris, La Martinière, 1999 ; Farid Chenoune, Les dessous de la féminité. Un siècle de lingerie, Paris, Éditions Assouline, 1998 ; Florence Montreynaud, Aimer. Un siècle de liens amoureux, Paris, Éditions du Chêne, 1997.
[40] L’ouvrage collectif, La première fois ou le roman de la virginité perdue à travers les siècles et les continents, Paris, Ramsay, 1981, est préfacé par le docteur Gilbert Tordjman, président de l’Association mondiale pour la sexologie.
[41] Philippe Ariès, avec la collaboration de Michel Winock, Un historien du dimanche, op. cit. Dans sa préface, Michel Winock ironise sur la « prudence académique au nom de laquelle il vaut toujours mieux parler du sexe des anges que du sexe des humains » (p. 10).
[42] Entretien avec Roger-Henri Guerrand, le 4 avril 2001.
[43] Roger-Henri Guerrand, Les origines du logement social en France, Paris, Éditions ouvrières, 1966.
[44] Entretien avec Francis Ronsin le 13 mai 2001.
[45] Marie-Jo Bonnet, Les relations amoureuses entre les femmes, op. cit., p. 16.
[46] Alain Corbin, Historien du sensible. Entretiens avec Gilles Heuré, Paris, La Découverte, 2000 ; entretien avec Anne-Marie Sohn que je remercie.
[47] Signalons sans aucune prétention à l’exhaustivité ni à l’établissement d’une chronologie : Éric Fassin qui, depuis 1994, sous des titres changeants et avec des collaborations diverses, anime un séminaire sur l’histoire des sexualités dans le département des sciences sociales de l’ENS ; l’association le Zoo qui a tenu de 1996 à 1999 un séminaire au Centre gai et lesbien de Paris et à l’université de Paris I ; Didier Eribon et Françoise Gaspard qui, depuis 1998, tiennent un séminaire doctoral à l’École des hautes études en sciences sociales sur « la sociologie des homosexualités » (interrompu en 2002). Depuis 1999, le phénomène prend de l’ampleur avec un séminaire doctoral interdisciplinaire organisé par Agnès Fine et Marlène Albert-Lorca à l’université de Toulouse le Mirail ; un séminaire de DEA de sociologie mis en place par Daniel Welzer-Lang et l’équipe Simone-SAGESSE dans la même université ; un Observatoire des mœurs et un DESS « Conseiller-médiateur : Genres et Sexualités » créés à l’université de Reims. Deux réseaux existent sur ces questions : REGENSE, le Réseau inter-universitaire pour le développement des enseignements et des recherches sur le genre et les sexualités (contact : Gérard Ignasse, Observatoire des mœurs, université de Reims, 57 bis rue P. Taittinger, 51096, Reims Cedex) et le RISSS, Réseau d’information sexualités et sciences sociales, qui publie des bulletins en ligne (contact : jerome. toulouse@ wanadoo. fr et david. michels@ free. fr .)
[48] Michel Bozon, « Les significations sociales des actes sexuels », Actes de la recherche en sciences sociales, 128, juin 1999, Sur la sexualité, p. 3.
[49] André Béjin, Le nouveau tempérament sexuel. Essai sur la rationalisation et la démocratisation de la sexualité, Paris, Kimé, 1990 ; Alain Corbin, « La petite bible des jeunes époux », L’Histoire, 63, 1984, p. 70-75, repris dans Le Temps, le Désir et l’Horreur. Essais sur le xix e siècle, Paris, Aubier, 1991 ; Roger-Henri Guerrand, « Haro sur la masturbation », L’Histoire, 63, 1984, p. 99-102, Yvonne Knibiehler, « L’éducation sexuelle des filles au xx e siècle », CLIO, 4, 1996, p. 139-160 et « Les médecins et l’amour conjugal au xix e siècle », Aimer en France 1760-1860, Presses universitaires de Clermont-Ferrand, 1980, 2 vol.
[50] Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, Paris, Fayard, 1994, 2 vol., et Jacques Gonzalès, Histoire naturelle et artificielle de la procréation, Paris, Bordas, 1996.
[51] Michel Bozon, « Les significations sociales des actes sexuels », op. cit., p. 10. Il cite l’historien Michael Bochow.
[52] D’après André Béjin, Le nouveau tempérament sexuel, op. cit.
[53] Martine Sevegrand, L’amour en toutes lettres. Questions à l’abbé Viollet sur la sexualité (1924-1943), Paris, Albin Michel, 1996.
[54] Mauricette Berne, « Ses lectrices lui écrivent », Christine Delphy et Sylvie Chaperon (dir.), Le Cinquantenaire du Deuxième sexe, Paris, Syllepse, 2002.
[55] Exploité notamment par Marie-Véronique Gauthier, Le cœur et le corps. Du masculin dans les années soixante, Paris, Imago, 1999, et par Anne-Marie Sohn, Âge tendre, tête de bois. Histoire des jeunes des années 1960, Paris, Hachette, 2001.
[56] L’association fondée par Philippe Lejeune (Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, située à La Grenette, 10 rue Amédée Bonnet, 01500 Ambérieu-en-Bugey) recueille et met à la disposition des chercheurs journaux intimes et récits autobiographiques. Le livre sur le flirt de Fabienne Casta-Rosaz (op. cit.) et la recherche en cours de Anne-Claire Rebreyend sur la sexualité féminine s’appuient sur ce fonds de plus de mille récits.
[57] Francis Ronsin, « Les livres pornographiques à la Bibliothèque nationale », Le Monde, décembre 1980.
[58] Alain Giami, chercheur à l’Inserm, David Michels, doctorant à Toulouse, et moi-même avons entrepris des recherches sur l’histoire de la sexologie.
[59] Sur ce dernier point voir Jean-Yves Le Naour, « Le militantisme antipornographique (1880-1945) », MIRHEC, 4, 2000, Toulouse, p. 69-72.
[60] Alain Corbin, « Coulisses » dans Philippe Ariès et Georges Duby (dir.), Histoire de la vie privé, tome 4, Michelle Perrot (dir.), De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Seuil, 1987, p. 860.
[61] Yvonne Knibiehler, « Les médecins et l’amour conjugal au xix e siècle », op. cit., p. 364.
[62] Alain Corbin, « Coulisses », op. cit., p. 561.
[63] Anne-Marie Sohn, Chrysalides, op. cit., p. 1010.
[64] Ibid., p. 1014.
[65] Michelle Perrot, « Michel Foucault et l’histoire des femmes », Les femmes ou les silences de l’histoire, Paris, Flammarion, 1998, p. 413-424.
[66] Michel Bozon, présentation au dossier « Les cadres sociaux de la sexualité » de Sociétés contemporaines, op. cit., p. 5.
[67] Les principales références de ce courant, parfois appelé « Queer », sont : Judith Butler, Gender Trouble, Feminism and the Subversion of Identity, Londres/New York, Routledge, 1990 ; David Halperin, Saint Foucault, Paris, EPEL, 2000 ; Eve Kosofsky Segdwick, Epistemology of the Closet, Berkeley, University of California Press, 1990 ; George Chauncey, Gay New York, The Making of the Gay Male, New York, 1890-1940, New York, Harper et Collins, 1994. Pour une discussion en France de ces idées, voir Didier Eribon, Réflexions sur la question gay, Paris, Fayard, 1999 ; Didier Eribon (dir.), Les études gays et lesbiennes, op. cit. ; Didier Eribon (dir.), L’infréquentable Michel Foucault : renouveau de la pensée critique, Paris, EPEL, 2001 ; Marie-Hélène Bourcier, Queer Zones, Politiques des Identités sexuelles, des Représentations et des Savoirs, Paris, Balland, 2001 ; et pour une étude d’un mouvement « Queer » voir Jean-Yves Le Talec, Sylvie Tomolillo et Daniel Welzer-Lang, Un mouvement gai dans la lutte contre le Sida : les sœurs de la perpétuelle indulgence, Paris, L’Harmattan, 2000.
[68] Didier Eribon discute la thèse de Foucault à partir des travaux américains dans Réflexions sur la question gay, op. cit., p. 398-410. George Chauncey, Gay New York, op. cit.
[69] Jacques Girard, Le mouvement homosexuel en France, op. cit., p. 23.
[70] Marie-Jo Bonnet, Les relations amoureuses entre les femmes, op. cit., p. 17.
[71] Situées dans la Maison des femmes, 163 rue de Charenton, 75012 Paris, permanence le mardi à partir de 19 h 30, contact : archives. lesbiennes@ wanadoo. fr .
[72] Susan Cavin, Lesbian origins, Ism press, 1989.
[73] Marie-Jo Bonnet, Les relations amoureuses entre les femmes, op. cit., p. 19.
[74] Sylvie Chaperon, « 1945-1970, reprendre l’histoire du féminisme », Anne-Marie Sohn et Françoise Thélamon (dir.), L’histoire sans les femmes est-elle possible ?, op. cit., p. 205-216.
[*] Sylvie Chaperon est maîtresse de conférences en Histoire contemporaine à l’université de Toulouse le Mirail. Elle a récemment publié Les années Beauvoir, Paris, Fayard, 2000. Elle a également dirigé le numéro des Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique intitulé « Sexualité et domination » (84, 2001) ainsi que, Le Cinquantenaire du Deuxième sexe. Colloque international Simone de Beauvoir, Paris, Syllepse, 2002, en collaboration avec Christine Delphy.
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Voir notamment le n° 10, de juillet 1950, « La sexualité à ...
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[8]
Georges Duby, introduction à Amour et sexualité en Occident...
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[9]
« Génération provoc », Libération, vendredi 23 février 2001...
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[10]
Alain Giami et Patrick de Colomby, « Profession sexologue ?...
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Des militantes du MLF, « Votre révolution sexuelle n’est pa...
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[12]
Philippe Ariès, Michel Winock (collab.), Un historien du di...
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Paris, Éditions Self. Suite de la note...
[14]
Jean-Louis Flandrin, Le sexe et l’Occident. Évolution des a...
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[15]
Annales ESC, 29e année, 4, juillet-août 1974. Suite de la note...
[16]
Jean-Paul Aron et Roger Kempf, Le pénis et la démoralisatio...
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[17]
Philippe Ariès et André Béjin (dir.), « Sexualités occident...
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[18]
Catherine Fouquet, « Le détour obligé ou l’Histoire des fem...
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[19]
Yvonne Knibiehler et Catherine Marand-Fouquet, La femme et ...
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[20]
Françoise Thébaud, Écrire l’histoire des femmes, Fontenay-S...
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Alain Corbin, « Le sexe en deuil et l’histoire des femmes a...
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Anne-Marie Sohn et Françoise Thélamon (dir.), L’Histoire sa...
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[23]
Michelle Perrot, « Michel Foucault et l’histoire des femmes...
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[24]
Anne-Marie Sohn, Chrysalides, femmes dans la vie privée (xi...
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[25]
Du premier baiser à l’alcôve. La sexualité des Français au...
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[26]
Voir les numéros 17, 1988 et 27, 1990 de Société, revue des...
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[27]
Didier Eribon (dir.), Les études gays et lesbiennes, Actes ...
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[28]
Alain Corbin, Les filles de noce : misère sexuelle et prost...
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Christiane Demeulenaere-Douyère, Paul Robin (1837-1917). Un...
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Sylvie Chaperon, Les années Beauvoir, Paris, Fayard, 2000 ;...
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