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Vingtième Siècle. Revue d'histoire

2002/3 (no 75)


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Des années 1950 au début des années 1970, la France connaît une modification profonde du regard porté sur la sexualité. « La Maternité heureuse », créée en 1956 et qui devient, en 1960, le Mouvement français pour le planning familial, est confrontée de plein fouet à la question de la liberté sexuelle des jeunes : en ce domaine, la demande sociale et les pratiques viennent mettre à mal les réticences – et les tabous – du Mouvement à l’égard de la sexualité des mineurs. Ses prises de position permettent d’éclairer sous un nouveau jour les interdits qui pèsent encore sur une société dont les aspirations et les mœurs changent radicalement.

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En décembre 1956, sort sur les écrans de cinéma Et Dieu créa la femme, de Roger Vadim. Les réactions de la critique oscillent entre indignation et fausse indifférence. Jean de Baroncelli, quant à lui, congédie le propos du film. Rappelant l’intention du cinéaste, « dépeindre la psychose dans laquelle se trouve plongée la jeunesse d’après-guerre », il écrit : « Avouerai-je qu’en voyant le film, je n’ai pas retrouvé grand-chose des intentions de l’auteur ? Pourquoi cette fille amoureuse d’un beau gars symboliserait-elle mieux qu’une autre les enfants de notre demi-siècle ? Est-ce parce qu’elle couche avec son beau-frère ? Parce qu’elle danse le mambo ? Parce qu’elle est indolente et paresseuse ? Parce qu’elle est nue sous son corsage ? Ce n’est vraiment pas suffisant. Il y avait d’autres problèmes à envisager que Vadim, volontairement ou non, a passé sous silence [1][1] Jean de Baroncelli, « B.B.(bis) », Le Monde, 5 décembre.... » Ce que le critique du film tait, c’est l’expression même du désir et de la sexualité de l’héroïne soulignant ainsi l’inégalité des garçons et des filles dans leurs comportements sexuels avant le mariage. La mise en échec de ce désir confronté aux interdits [2][2] Noël Burch, Geneviève Sellier, La drôle de guerre des... est bien le motif de ce film : l’histoire d’une impasse où le mariage – comme institution hiérarchique et système de normes – s’avère l’unique espace relationnel. Et un modèle à bout de souffle.

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Le film de Vadim ouvre une période où la question des relations entre les sexes ne cesse d’être sondée, auscultée, autopsiée par les cinéastes de la Nouvelle Vague [3][3] Antoine de Baecque, La Nouvelle Vague. Portrait d’une..., ce mouvement cinématographique qui retrace des histoires d’amour où s’opère une recherche : celle de la déconstruction-reconstruction des relations amoureuses où la sexualité balaie ou bouleverse les cadres institutionnels du mariage et de la famille et avec eux la distribution des rôles entre les sexes. Cette quête d’un présent à inventer, souvent tragique, dessine en avant-garde une géographie affective de l’incertitude. C’est à ce titre que la Nouvelle Vague met en scène, en les anticipant ou en les accompagnant, des questions propres à la jeunesse sur l’amour et la sexualité dans un moment où la maternité en France se constitue comme objet de débat et comme enjeu social et politique. Ce débat, ouvert en 1955-1956, s’enracine dans la société française par la création, le 8 mars 1956, de l’association « La Maternité heureuse ».

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Faire coexister la sortie de Et Dieu créa la femme et la création de « La Maternité heureuse » ne relève pas d’une approche globale associant des événements culturels et sociaux hétéroclites liés par une simple coïncidence de date. Ce que le cinéma projette, « La Maternité heureuse » qui devient, en 1960, le Mouvement français pour le planning familial, s’y trouve confrontée. Ces deux événements marquent le début de deux mouvements : une prise de conscience par les femmes de leur statut biologique et du lien matrimonial ; la percée des jeunes manifestant des attitudes et des aspirations inédites au regard de l’amour et de la sexualité. Comme acteur et récepteur, le MFPF occupe une place de premier plan dans l’histoire de ces transformations. Ses réponses éclairent les articulations, les chocs et les séquences de cette double mutation [4][4] Ce travail repose principalement sur le dépouillement....

? La maternité volontaire (1956-1960)

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La loi de 1920 condamne quiconque aura « décrit ou divulgué, ou offert de révéler des procédés propres à prévenir la grossesse ou encore de faciliter l’usage de ces procédés » et interdit toute propagande anticonceptionnelle. « Le baby-boom, écrit Yvonne Knibiehler, ne signifie en aucune manière que les femmes ont renoncé à maîtriser leur fécondité. Au contraire : le souci de limiter les naissances est alors général. Vu sous cet angle, le baby-boom n’est nullement euphorique [5][5] Yvonne Knibiehler, La révolution maternelle depuis.... » Quand Jacques Derogy, à la suite de l’intervention du Dr Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé devant l’Académie des sciences, publie dans Libération une série d’articles sur l’avortement clandestin [6][6]  Libération, 13-26 octobre 1955., se déclenche un front de mobilisation sur ce qui est alors désigné comme « un fléau ». Les partisans de la révision des articles 3 et 4 de la loi du 31 juillet 1920 et ses adversaires (catholiques et communistes) s’affrontent [7][7] Janine Mossuz-Lavau, Les lois de l’amour. Les politiques.... La presse écrite, au cours de ces années 1955-1956, engage, relaye, installe le débat dans l’opinion publique, débat qui rebondit avec la publication, aux Éditions de Minuit, de l’enquête de Jacques Derogy [8][8] Jacques Derogy, Des enfants malgré nous, Paris, Éditions....

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La télévision, à son tour, intervient durant l’été 1956. L’émission de François Chalais et de Frédéric Rossif, Édition spéciale : Les femmes jouent leur destin[9][9]  Édition spéciale : Les femmes jouent leur destin,..., propose une description des dangers guettant les jeunes filles ayant quitté le domicile familial pour trouver du travail à Paris. La capitale est lieu de perdition. Le destin de fille des rues ou de fille-mère les menace. L’émission vise à prévenir les familles. Au nom de la protection de l’innocence et de l’avenir des filles, elle s’achève par la déclaration de Françoise Giroud dénonçant « un million d’avortements clandestins » chaque année. Elle défend la nécessité d’instaurer le contrôle des naissances en France. Cette intervention provoque la réaction immédiate de Jean Cayeux, député MRP s’insurgeant contre une émission « qui fait l’apologie du birth control, voire de l’avortement légal, au nom d’une prétendue libération de la femme » [10][10] Françoise Giroud, « Les malades du samedi », L’Express,....

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En 1956, le débat est bien installé sur la scène publique. Trois projets de loi sont déposés à l’Assemblée nationale. Et s’ils ne sont pas discutés, la question ne s’en trouve pas moins inscrite dans l’espace politique français. La création, le 8 mars 1956, de « La Maternité heureuse », composée de vingt-trois femmes dont la majorité exerce une activité professionnelle (médecin, juriste, professeur, journaliste, représentante d’association nationale) repose sur trois orientations : étude des problèmes de la maternité, de la natalité, de ses répercussions familiales, sociales, nationales ; recherche des informations scientifiques françaises et étrangères relatives à ces questions ; étude de tout problème pouvant améliorer les conditions de la maternité et de la naissance [11][11]  Journal officiel du 27 mars 1956.. La reconnaissance du principe même de la contraception et son application au nom du respect des droits individuels constituent les fondements de l’association qui se démarque des courants malthusiens. « C’est ainsi que le dilemme pour nous n’existe pas, entre l’intérêt immédiat et individuel de la femme et l’intérêt national, écrit Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, fondatrice de “La Maternité heureuse”. Nous pensons même que travailler à la sauvegarde de l’un est la meilleure garantie de la sauvegarde de l’autre [12][12] Dr Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, « Raison d’être.... » Le respect des convictions religieuses de chacun et notamment celles des couples catholiques constitue l’autre caractéristique de cette association : « Il ne nous appartient pas de chercher à les influencer en cette matière. C’est dans leur for intérieur, c’est au sein de leur église qu’ils peuvent débattre les cas de conscience et les points de doctrine qu’ils soulèvent [13][13]  Ibid. Sur l’histoire de l’Église catholique et des.... »

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La planification des naissances correspond à une autre conception de la famille où le couple accède, dans et par le mariage, à une sexualité dissociée de la procréation et à une parentalité responsable. Dans ce cadre-là, déchargée de grossesses multiples, « une femme nouvelle », mère de famille, éducatrice de ses enfants, épouse trouvant également sa place dans la vie active, peut s’épanouir dans la dignité : « Il y a – il faut le reconnaître –, estime Marie-Andrée Weill-Hallé, un dilemme pour la femme française d’aujourd’hui, dilemme créé par ces responsabilités nouvelles et grandissantes sur le plan familial et par sa participation à la vie sociale [14][14]  Ibid. . »

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L’association affirme désormais ses objectifs : « Poursuivre, sur les plans médical, psychologique et social, l’édification de la famille harmonieuse et heureuse [15][15]  Ibid. . » La création d’une section maritale donnant des conseils aux couples est envisagée mais également une section prémaritale. La préparation en vue du mariage constitue ainsi un des axes prioritaires de l’association.

? Sexualité et majorité civile (1960-1964)

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Le développement de ces idées prend place à un moment où la majorité du public, 56 % selon une enquête nationale de l’INED publiée en 1956, « déclare n’avoir jamais entendu parler de la limitation des naissances, en dépit de l’importance de la campagne menée à ce sujet ». La même enquête révèle que 45 % des personnes interrogées contre 43 % approuveraient la création de « dispensaires spécialisés, où les femmes pourraient être informées sur tous les moyens à employer pour éviter la grossesse ». 52 % des femmes de 20 à 49 ans se déclarent favorables à ces mesures. Si les médecins étaient autorisés dans les maternités ou dans les consultations de nourrissons à donner des renseignements sur ces moyens, 55 % des personnes interrogées approuveraient alors ces dispositions dont 62 % des femmes âgées de 20 à 49 ans ; 33 % les désapprouveraient. À la question, « Une proposition de loi est déposée à l’Assemblée nationale en vue d’autoriser à faire connaître et répandre les moyens à employer pour éviter la grossesse. Faut-il maintenir l’interdiction actuelle ou autoriser la diffusion de ces moyens ? », 43 % sont favorables au maintien de l’interdiction et 43 % penchent en faveur de l’autorisation dont 49 % des femmes de 20 à 49 ans. L’enquête est intéressante parce qu’elle montre et le partage de l’opinion et le soutien plus marqué des femmes à l’égard de ces mesures éventuelles. En ce qui concerne « l’introduction des cours d’éducation sexuelle dans les écoles », trois personnes sur dix approuveraient l’initiative et le même nombre la refuserait. 24 % seraient favorables sous condition. Les partisans de cette mesure précisent notamment qu’elle « éviterait certaines déconvenues aux jeunes » [16][16] « Une enquête sur l’opinion publique à l’égard de la....

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Les principes défendus par le MFPF s’inscrivent dans ce contexte. Mais leur mise en œuvre se fait attendre. Le Dr Henri Fabre, vice-président du MFPF, contre l’avis de la direction parisienne du Mouvement, décide d’ouvrir, en juin 1961 à Grenoble, le premier Centre de consultation de planning familial [17][17] Caroline More, Les débuts du planning familial à Grenoble,.... Se pose d’entrée de jeu la question de l’accueil des jeunes. Trois mois plus tard, Henri Fabre présente le Centre de Grenoble au cours du Colloque international de Cerisy-la-Salle. Il rappelle « qu’il a été décidé en Assemblée générale que le Centre ne serait pas ouvert aux mineurs, à moins qu’ils ne soient autorisés par leurs parents ». Et ajoute-t-il, « il y a là d’ailleurs un problème qui mériterait d’être approfondi » [18][18] « Le centre de planning familial de Grenoble par M. le....

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Faisant état des motivations des premiers consultants, il note la venue de « couples jeunes sans enfant et couples de fiancés, désireux de retarder une première naissance, généralement pour des raisons financières et matérielles (études, pas d’appartement, mari en Algérie) ». Dans ce bilan où cette catégorie de consultants est moins nombreuse, précise-t-il, que celle réunissant des couples ayant déjà un ou plusieurs enfants, figurent également « deux cas de jeunes filles majeures, l’une et l’autre intéressées à la fois par l’aspect social du problème des contrôles des naissances et par son aspect pratique » [19][19]  Ibid. .

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Au cours de ce même Colloque, l’avocate Tynaire-Grenaudier, qui participa avec Anne-Marie Dourlen-Rollier au dépôt de la proposition de loi le 28 avril 1961 par le groupe socialiste à l’Assemblée nationale, explique pourquoi il fut envisagé « d’écarter les mineures ». Les raisons sont d’ordre moral et juridique. S’il est clair qu’on ne donnera pas de contraceptif à une jeune fille de 16 ans, que faire avec la demande de celles qui ont 18 ou 19 ans « et qui physiologiquement et intellectuellement sont de vraies femmes, absolument “adultes” » ? Consciente que « la majorité et la minorité civile ne sont que des critères commodes et certainement pas satisfaisants », Maître Tynaire-Grenaudier considère cependant qu’elles constituent « tout de même des barrières » [20][20] « Intervention de Maître Tynaire-Grenaudier, avocat.... Le Mouvement entérine donc une décision : s’en tenir à l’âge de la majorité, tout en sachant que l’état civil ne saurait constituer une réponse appropriée à une question déjà nettement présente et en suspens.

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Le Mouvement n’ignore pas, en effet, cette demande des jeunes. Depuis 1959, l’information sur ce sujet circule dans le Bulletin de la Maternité Heureuse [21][21] « La jeunesse devant la vie sexuelle. Un livre bien.... En mars et juin 1960, deux articles sont publiés : « Les problèmes sexuels des étudiants. Extraits d’un rapport présenté par Mme Amado Levy-Valensi au nom du Comité Universitaire pour la Santé Mentale [22][22] « Les problèmes sexuels des étudiants. Extraits d’un.... » Constatant « un certain nombre de faits anormaux tant par leur fréquence que par la situation de crise qu’ils impliquent pour les individus », ce rapport précise : « Sous l’aspect le plus grossier et le plus tangible il s’agit du nombre des avortements, des mariages forcés, des couples qu’un enfant non désiré arrête dans leurs études, cet enfant se trouvant par surcroît mal assumé par des parents trop jeunes sinon par l’âge réel du moins par l’équilibre affectif. » L’auteur du rapport, après l’établissement des faits, propose une interprétation : « Il semble, en effet, que le problème sexuel s’inscrive de façon plus générale dans les difficultés de dialogue entre l’homme et la femme qui paraissent caractériser notre époque. » Dans le deuxième extrait du rapport, l’hypothèse se transforme en constat : « Bref tout se passe comme si pour la première fois l’homme et la femme avaient à s’affronter sans masques, à se reconnaître dans leur nature originale. » Pour endiguer cette crise des relations entre les sexes qui résulterait d’une disjonction entre la sexualité et l’amour, le rapport préconise plusieurs remèdes et recommandations : attirer l’attention du législateur sur la loi de 1920, envisager non pas la « mixité » dans les classes secondaires mais la « coéducation », c’est-à-dire fonder une éducation « mixte » sur le sentiment de l’originalité de chaque sexe et de leur insigne valeur de complémentarité [23][23]  La Maternité heureuse. Bulletin d’information, 13,....

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Plusieurs éléments peuvent être dégagés de ces textes et décisions. L’émergence de pratiques sexuelles chez les jeunes instaure une période intermédiaire entre deux âges, celui du mariage et celui de la majorité civile, vis-à-vis de laquelle les responsables du Mouvement, comme les experts (médecins, psychiatres, psychologues) ont à se situer. Sur le plan juridique, le Mouvement tend lui-même dans son combat pour l’abrogation de la loi de 1920, à asseoir une légitimité dans l’illégalité – et la création de nombreux centres régionaux à partir de 1961 y contribue fortement. Sans méconnaître la demande latente des jeunes non émancipés de l’autorité parentale, demande qui ne cesse de grandir, il apporte pour réponse une stricte observation de la majorité civile. Il définit ainsi en creux une majorité sexuelle et renvoie les jeunes au mariage comme seule issue possible. Les efforts déployés pour mettre en œuvre une préparation au mariage et développer l’information et l’éducation sexuelle s’inscrivent dans cette perspective.

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Outre les questions strictement juridiques, interviennent, dans l’adoption de cette ligne de conduite, des convictions morales ambivalentes sur les pratiques sexuelles des jeunes en dehors du mariage – elles sont plus particulièrement nettes en ce qui concerne les filles. Si l’enquête de 1957 sur « Les jeunes et leur vie personnelle » [24][24] « Rapport national sur la jeunesse », enquête IFOP,... révèle une « très relative émancipation des idées concernant la liberté sexuelle » et une restriction particulière pour les filles, ces mêmes idées pèsent encore et sont explicites, en 1961, dans la communication de Maître Tynaire-Grenaudier au Colloque de Cerisy-la-Salle.

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Dans le Bulletin du Mouvement rendant compte de ces journées ne sont mentionnées ni les interventions des juristes ni la décision du MFPF en matière de contraception pour les jeunes. Cependant l’ouverture d’une permanence à l’intention des étudiants par le délégué universitaire du planning est annoncée. Cette initiative a pour but d’« instruire les étudiants des possibilités que leur offre le planning et de recueillir les réactions des jeunes pour les transmettre à ceux qui animent les centres » [25][25] François Sulger, « Qu’attendez-vous du planning familial ? »,.... C’est donc par une enquête que le Mouvement engage une action pendant qu’il édifie une position morale à l’égard de la sexualité des jeunes. La publication d’articles dans le Bulletin trimestriel et l’organisation de conférences sont les supports de diffusion de ces idées dont le Dr André Berger, directeur du Centre psychopédagogique de l’Académie de Paris, est l’artisan.

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Défendant une « éducation sexuelle et affective », il fonde son propos sur un principe : « Il serait dangereux de laisser croire que l’important est l’acte lui-même. » Celui-ci prend son sens dans le respect des autres et de soi-même. Il importe, dans cette approche, de favoriser la connaissance de l’un et l’autre sexe, de leurs différences et de leur complémentarité. L’homme se caractérisant par un désir physique et la femme par son caractère sentimental, l’éducation préconisée a pour but de rapprocher les sexes par une acceptation de leurs différences : « Dans une union réussie, écrit-il, il semble au contraire que la rencontre se fasse, partie de deux points opposés, dans une satisfaction à la fois physique et sentimentale. Ce ne sont pas les mêmes dominantes au départ, mais il s’agit d’une synthèse pour laquelle l’homme et la femme s’apportent mutuellement quelque chose et c’est ainsi qu’ils sont complémentaires [26][26] Dr A. Berger, « Éducation sexuelle et affective des.... » Cette éducation qu’en 1969, le Dr Boutet de Monvel considère comme « l’accès à la sexualité adulte », caractérisée « par la possibilité d’atteindre une relation d’amour sur tous les plans, comportant une fixation stable sur une même personne des éléments de l’attrait physique et de l’affection tendre et son intégration sociale » [27][27] Dr Boutet de Monvel, « Motivations et buts de l’éducation..., sera très largement diffusée et reprise sous différentes formes, élargie à une approche psychologique des comportements adolescents, lors des sessions de formation des hôtesses. Ces sessions se multiplient sous le contrôle du Collège médical du planning, créé en février 1961. Structure indépendante à l’intérieur du Mouvement, ce Collège regroupe les médecins membres du Planning sous l’égide des personnalités médicales appartenant au Conseil d’administration de la Fédération nationale. Il a pour fonction de recueillir des données sur la fertilité et la stérilité des couples pour lutter contre l’avortement, de former les médecins à l’éventail des méthodes contraceptives. Constitué en commissions de travail, ce Collège détient une autorité morale et scientifique au sein du Mouvement. Il en est, en quelque sorte, la clé de voûte [28][28]  D’une révolte à une lutte. 25 ans d’histoire du planning....

? La double voie du Mouvement (1964-1968)

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En janvier 1964, trente-huit centres et permanences ont ouvert en France. Le planning compte 32 000 adhérents et 265 médecins l’ont rejoint (171 prescripteurs officiels dont 71 à Paris et 100 en province ; 94 prescripteurs officieux dont 62 à Paris et 31 en province) [29][29]  Bulletin d’information des médecins du Mouvement français.... En pleine expansion, ce que le Mouvement nomme désormais « la question des mineurs » resurgit, trois ans après le Colloque de Cerisy-la-Salle.

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Lors du premier Congrès national qui rassemble les délégués régionaux, Anne-Marie Dourlen-Rollier, avocate et conseillère du planning, présente les travaux et résultats d’une commission d’étude. La loi de 1920 peut être contournée dans la mesure où donner des conseils aux membres adhérents et majeurs de l’association ne peut pas être considéré comme un délit de propagande. Mais si délivrer une carte d’adhérent à un mineur ne peut pas être assimilé « au délit d’instigation de mineur à la débauche », il n’en demeure pas moins, explique-t-elle, que ce même acte tombe sous le coup de l’article 373 du Code civil pour substitution à l’autorité paternelle. Au vu de ces informations, le Congrès se prononce par un vote : « Les centres de planning familial ne peuvent délivrer de carte d’adhérents aux mineurs non émancipés. Seuls peuvent y adhérer : les mineurs munis d’une autorisation de leur tuteur légal, père, mère, tuteur ; les mères célibataires, à condition de fournir un bulletin de naissance de leur enfant [30][30] Mouvement français pour le planning familial, premier.... » Les raisons de cette résolution sont d’ordre juridique. Cette décision est votée à l’unanimité moins une abstention par le Congrès qui choisit de ne pas fragiliser le Mouvement en prenant des risques jugés trop élevés tout en établissant que la demande des jeunes filles en matière de contraception est croissante et que chaque militant reste face à ses « difficultés de conscience ».

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Ce moment important présente des particularités distinctes de celles de 1961 au regard des orientations et difficultés du Mouvement. Certes, la loi impose des contraintes rigoureuses et l’enjeu majeur reste la consolidation et l’implantation du Mouvement comme la diffusion de ses idées pour aboutir à l’abrogation de la loi de 1920. Mais le fait que des jeunes soient demandeurs – et en très grande majorité ce sont des filles – ne provoque plus, en soi, une fin de non-recevoir même si cette demande n’est pas perçue de façon consensuelle par les congressistes. On peut aussi penser que la dimension juridique de la question est avancée pour ne pas introduire le débat au sein du Mouvement, comme si l’heure n’était pas venue et qu’il fallait sauvegarder la cohérence interne du Mouvement ; or, celle-ci passe en premier lieu par l’adhésion du corps médical.

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En effet, les hésitations et les résistances au changement proviennent très précisément des médecins prescripteurs et sympathisants du planning. Au cours de ce même Congrès, Cécile Goldet restitue les premiers résultats d’une enquête à laquelle ont répondu 25 % des médecins prescripteurs. 4 sur 50 se sont déclarés hostiles « à donner un conseil aux jeunes filles mineures », 7 ont émis leur accord. Tous les autres « ont déclaré qu’ils étaient d’avis de considérer les cas particuliers » [31][31]  Ibid. . C’est donc à la sensibilisation des médecins que va s’employer le Mouvement par le biais du Collège médical.

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D’une part, bouclier pratique et juridique, cette décision du Congrès est, d’autre part, accompagnée d’une intervention que doit exclusivement prendre en charge le milieu médical. « Les membres du Collège médical du MFPF sont impressionnés par le nombre de jeunes filles non mariées n’ayant pas atteint l’âge de la majorité légale en France (21 ans), qui viennent les voir pour leur demander un conseil de contraception. Leur nombre semble s’accroître d’année en année en même temps que leur âge semble s’abaisser, ce qui finit par poser des problèmes qu’il devient impossible de passer sous silence. » Ce même texte, publié dans le Bulletin d’information des médecins, après avoir rappelé les décisions adoptées au Congrès, conclut : « Mais en dépit de leur stricte application, le Collège médical a décidé que chaque médecin peut, s’il le juge nécessaire, faire une prescription de contraceptif à une fille mineure sous sa propre responsabilité, à condition toutefois de lui remettre un certificat ainsi rédigé : “Je certifie que Mademoiselle X… présente une indication médicale à la contraception locale” [32][32]  Bulletin d’information des médecins du Mouvement français.... »

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Fidèle à sa démarche, le Collège, avant de prendre des mesures applicables dans les Centres et sur le terrain par les militant-e-s, procède également à des enquêtes pour travailler à partir de données scientifiques et met au cœur du dispositif le corps médical lui-même. Ainsi, à partir de juillet 1964, le « problème des mineures » revient comme une question lancinante. Une nouvelle étude est lancée dans le bulletin d’information des médecins en juillet 1965. Elle semble ne pas mobiliser les destinataires car plusieurs rappels sont publiés jusqu’en 1966 [33][33]  Bulletin d’information des médecins du Mouvement français.... À l’absence de réponse de l’instance médicale et nationale du planning répondent des initiatives locales [34][34] L. Boussard, « Centre clermontois », Bulletin intérieur.... Le Bureau national réagit aussitôt et adresse un rappel sec des règles adoptées lors du Congrès de 1964 aux responsables des centres et permanences, message destiné aux hôtes et hôtesses d’accueil [35][35]  Bulletin intérieur de la Fédération nationale du MFPF,....

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Le maintien de ces positions – couverture juridique et attentisme – et l’urgence déclarée de mener à bien l’enquête sur « les mineures » pour juin 1967 coïncident avec ce temps où les pouvoirs publics s’engagent dans l’élaboration d’un projet de loi sur la libéralisation de la contraception (rapport de la Commission des Sages remis en mars 1966 à Raymond Marcellin, ministre de la Santé ; rapport de l’INED publié en juillet 1966 ; rapport du Haut Comité consultatif de la population et de la famille dont les avis sont rendus publics en janvier 1967).

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Le décalage entre la position officielle du planning et la demande enregistrée dans les Centres par les jeunes voulant accéder à une contraception sûre ne se manifeste pas seulement à l’intérieur du Mouvement. Des permanences universitaires du planning ont ouvert dans les sections de la MNEF. C’est à Strasbourg – dans le cadre d’une élection pour le renouvellement du Bureau de la section locale – que s’exprime, dès 1966, une critique radicale des conceptions et actions du planning familial menée par des étudiants de l’Internationale situationniste : refus du monopole de la compétence médicale ; contestation de l’édification du couple comme « valeur officielle » et d’une morale de la contraception sous-tendue par une sexualité redéfinissant la vie conjugale et un modèle de famille ; illusion de l’émancipation des femmes de leur « condition féminine » [36][36] « Mutuelle nationale des étudiants de France – Section.... La critique couvre ainsi l’ensemble du champ d’intervention du planning qui regroupe, en 1967, 85 000 adhérents. Elle introduit une remise en question de la conception des relations entre les sexes qu’il a défendue jusqu’alors : « Mais presque toujours, le seul modèle de développement personnel que la femme “libérée” puisse concevoir, c’est celui parallèle de l’homme [37][37]  Ibid. . » D’autres indices – les incidents de la résidence étudiante de Nanterre, par exemple – attestent de la circulation d’idées et de comportements qui rompent le silence sur la « répression sexuelle » des jeunes. Les données démographiques à partir de 1965, comprises après coup par les experts, témoignent également d’une transformation des attitudes et des pratiques [38][38] Louis Roussel, Le mariage dans la société française....

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Ainsi, à la veille du vote de la loi Neuwirth, la majorité des Français (81 % des femmes et 80 % des hommes) est favorable à « la création de dispensaires spécialisés où les femmes pourraient être renseignées sur les moyens à employer pour éviter une grossesse ». Le planning familial a mené une action considérable fondée sur un objectif prioritaire : la régulation des naissances permettant à la « femme française » et au couple d’accéder à la dignité et à une liberté personnelle. Il voit la bataille engagée onze ans plus tôt aboutir. Au cours de cette même période, le Mouvement a enregistré et diffusé des informations sur la transformation de la sexualité des jeunes. Dès l’ouverture des centres d’accueil en 1961, il adopte néanmoins un attentisme prudent à l’égard de la jeunesse, attitude qu’il qualifie lui-même d’insatisfaisante. Si, à partir de 1964, il incite les médecins adhérents du Mouvement à la prescription de contraceptifs aux consultantes mineures, il ne s’engage pas encore ouvertement sur ce front, sur lequel ne le rejoignent ni le corps médical, ni les responsables politiques, ni l’opinion. À l’intérieur du Mouvement et chez les étudiants eux-mêmes, selon des arguments sociaux pour les uns et politiques chez les autres, cette position est désormais soit difficilement tenable soit clairement contestée. Il n’en demeure pas moins que politiquement et sur le plan social ces signaux restent lettre morte.

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La loi Neuwirth du 28 décembre 1967, dans ce contexte, est à la fois une victoire et une déception : une avancée, certes, mais qui marque seulement une étape. Car la loi comporte des restrictions dont l’une vise directement la liberté de la sexualité des jeunes : « La vente ou fourniture des contraceptifs aux mineurs de 18 ans non émancipés et des contraceptifs inscrits au tableau spécial aux mineurs de 21 ans non émancipés ne peuvent être effectuées que sur ordonnance médicale constatant le consentement écrit d’un des parents ou du représentant légal. » L’un des premiers signes d’un changement au sein du Mouvement, manifestant sa prise de distance critique à l’égard de cet article de la loi de décembre 1967, intervient lors de la diffusion du magazine d’information, Zoom : l’éducation sexuelle, programmé par la deuxième chaîne de télévision en février 1968 [39][39]  Zoom : L’éducation sexuelle, d’André Harris et Alain.... Les pratiques sexuelles des jeunes en dehors du mariage y sont discutées et leur légitimité donne lieu à des oppositions marquées. Le Dr Lesueur-Capelle, médecin catholique, dans un débat avec une jeune fille – expliquant que le mariage exige la vérité des sentiments et l’accord des tempéraments – affirme son désaccord : « Je crois, dit-elle, que c’est comme des enfants qui aimant la tarte aux cerises veulent la manger avant qu’elle n’aille au four. » Le Dr Christiane Verdoux, elle–même catholique, se démarque de sa consœur et le Dr Khan-Nathan – non identifiée sur le plateau comme membre de la Commission d’éducation sexuelle du MFPF – réagit. Elle s’oppose avec netteté à cet interdit qui pèse sur la sexualité des jeunes mineures, au nom des principes fondateurs du Planning : la lutte contre l’avortement, la prévention des grossesses non désirées, la santé, le libre épanouissement des individus. Avec une colère retenue, elle développe les conséquences d’une vie amoureuse et sexuelle engagée par une maternité refusée ou par un avortement. La réception de cette émission de télévision par la presse écrite atteste la visibilité de ces pratiques et vient alimenter le débat public.

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N’ayant pu se tenir, en raison des événements, comme prévu en juin 1968, le cinquième congrès du Mouvement se réunit, à Paris, les 12 et 13 octobre suivants. Le Mouvement bascule alors : « Le degré de maturité nécessaire pour accéder à la liberté sexuelle ne saurait se mesurer par l’âge civil ou mental. Si néanmoins, il paraît nécessaire de fixer un âge frontière du point de vue juridique, il est totalement incohérent de dissocier l’âge de la liberté sexuelle de celui de la nubilité… Enfin toute attitude normative ou directive serait en contradiction avec les principes ci-dessus énoncés et est exclue de tous nos services d’accueil et d’entretien. C’est à cette condition seulement que la relation peut être, elle-même, un facteur de maturation » [40][40] « Compte rendu du congrès des 12 et 13 octobre 1968 »,.... « Assistance et protection médicale, aide psychosociale à des jeunes qui ont été amenés à une conduite sexuelle les mettant en danger » constituent les nouvelles orientations du planning. En se référant à la loi française selon laquelle les filles sont nubiles à 15 ans et les garçons à 18, le Mouvement dissocie désormais âge de la sexualité et majorité civile.

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Cinq ans durant, les principaux décrets d’application de la loi se feront attendre, provoquant ainsi une situation explosive : restriction contraceptive pour les femmes majeures ou mariées (la diffusion rapide de la pilule ne commencera qu’en 1970), interdiction de la délivrance de contraceptif aux mineures, avortements clandestins en nombre persistant. Les carences de la loi deviennent ainsi plus criantes. Le Mouvement lui-même en convient, mis en difficulté dès lors que la prévention de l’avortement par la contraception reste inappliquée. Se trouve également malmenée cette conception première d’une planification des naissances relevant exclusivement de la vie conjugale dans le mariage. Même si des femmes, proches du Mouvement, notamment Andrée Michel et Geneviève Texier, évoquent le combat que devront livrer les femmes pour conquérir leur liberté [41][41] Andrée Michel, « La personne, la Femme et le Mythe »,..., le Planning circonscrit la sexualité des femmes au mariage associé à la maternité volontaire. À partir de 1970, le Mouvement de libération des femmes introduit une rupture en refusant la maternité comme définition – par nature – du sujet femme et en liant la liberté de la contraception et la libéralisation de l’avortement [42][42] Françoise Picq, Libération des femmes. Les années mouvement,... ; il provoque des débats internes au sein du Mouvement et avive les tensions.

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Au cours de ces années, le Planning a contribué à une réflexion sur l’appropriation par les femmes de la contraception et au contrôle de leur fécondité. Cela constitue en son sein un premier jeu de tensions. Le deuxième réside dans une approche morale et sociale de la contraception, comprise comme un épanouissement du couple dans le mariage, approche qui se trouve bousculée par la demande des jeunes. Le dernier enjeu tient aux conditions d’administration des méthodes contraceptives qui relèvent de la stricte autorité médicale. En 1967, cette question avait donné lieu au départ de Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé [43][43] Mouvement français pour le planning familial, 4e congrès... et, la même année, le Planning s’était déclaré « Mouvement d’éducation populaire ». Ce tournant s’était accompagné d’une ample action autour de l’éducation sexuelle [44][44] « L’Information et l’éducation sexuelle », actes du.... La conception de la sexualité s’en trouvait largement modifiée [45][45] Simone Iff avec la collaboration de Marcel Besse et.... Elle aboutissait, sur la question de l’avortement, à la scission de juin 1973. Le Planning s’affranchissait alors de ses contradictions pour rejoindre le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception), fondé en avril 1973. À ce prix, le Mouvement dépassait une crise engagée dès 1967.

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?

Notes

[1]

Jean de Baroncelli, « B.B.(bis) », Le Monde, 5 décembre 1956

[2]

Noël Burch, Geneviève Sellier, La drôle de guerre des sexes du cinéma français, 1930-1956, Paris, Nathan, 1996, p. 274-277.

[3]

Antoine de Baecque, La Nouvelle Vague. Portrait d’une jeunesse, Paris, Flammarion, 1998.

[4]

Ce travail repose principalement sur le dépouillement des archives du Mouvement français pour le planning familial, conservées à Paris au Centre de documentation de l’Association. Je remercie chaleureusement Hélène Lenormand pour son accueil et ses indications précieuses tout au long de cette recherche. Je remercie également Simone Iff, présidente du MFPF à partir de 1973, pour les deux entretiens qu’elle m’a accordés.

[5]

Yvonne Knibiehler, La révolution maternelle depuis 1945, Paris, Perrin, 1997, p. 61 et Henri Leridon, La seconde révolution contraceptive. La régulation des naissances en France de 1950 à 1985 Paris, PUF, 1987, chapitres II et VIII.

[6]

Libération, 13-26 octobre 1955.

[7]

Janine Mossuz-Lavau, Les lois de l’amour. Les politiques de la sexualité en France (1950-1990), Paris, Payot, 1991 et Sylvie Chaperon, Les années Beauvoir 1945-1970, Paris, Fayard, 2000.

[8]

Jacques Derogy, Des enfants malgré nous, Paris, Éditions de Minuit, 1956.

[9]

Édition spéciale : Les femmes jouent leur destin, de Frédéric Rossif et François Chalais, 1re chaîne, 14 juillet 1956.

[10]

Françoise Giroud, « Les malades du samedi », L’Express, 20 juillet 1956.

[11]

Journal officiel du 27 mars 1956.

[12]

Dr Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, « Raison d’être de notre association », La Maternité heureuse. Bulletin d’information, 1, 1956.

[13]

Ibid. Sur l’histoire de l’Église catholique et des rapports des catholiques à la sexualité au cours de cette période, cf. Martine Sevegrand, Les enfants du bon Dieu. Les catholiques français et la procréation au xx e siècle, Paris, Albin Michel, 1995.

[14]

Ibid.

[15]

Ibid.

[16]

« Une enquête sur l’opinion publique à l’égard de la limitation des naissances », Population, 3, juillet-septembre 1956.

[17]

Caroline More, Les débuts du planning familial à Grenoble, 1961-1967, mémoire de maîtrise sous la direction d’Anne Hugon, université Grenoble II, septembre 2000.

[18]

« Le centre de planning familial de Grenoble par M. le Dr Fabre, Vice-président du MFPF », L’avenir du planning familial en France, Colloque international de Cerisy-la-Salle, 2 au 6 septembre 1961, sous la présidence de Mme le Dr Weill-Hallé, archives du MFPF, Paris.

[19]

Ibid.

[20]

« Intervention de Maître Tynaire-Grenaudier, avocat à la cour de Paris », L’avenir du planning familial en France, Colloque international de Cerisy-la-Salle, 2 au 6 septembre 1961, sous la présidence de Mme le Dr Weill-Hallé, archives du MFPF, Paris.

[21]

« La jeunesse devant la vie sexuelle. Un livre bien informé qui mérite une large diffusion », compte rendu de l’ouvrage du Dr Germaine Montreuil-Strauss, La jeunesse devant la vie sexuelle (Paris, Éditions de Scarabée, 1959) dans La Maternité heureuse. Bulletin d’information, 11, décembre 1959.

[22]

« Les problèmes sexuels des étudiants. Extraits d’un rapport présenté par Mme Amado Levy-Valensi au nom du Comité universitaire pour la santé mentale », La Maternité heureuse. Bulletin d’information, 12, mars 1960 et 13, juin 1960.

[23]

La Maternité heureuse. Bulletin d’information, 13, juin 1960.

[24]

« Rapport national sur la jeunesse », enquête IFOP, L’Express, 5 décembre 1957.

[25]

François Sulger, « Qu’attendez-vous du planning familial ? », Bulletin du MFPF, 19, décembre 1961.

[26]

Dr A. Berger, « Éducation sexuelle et affective des jeunes », Bulletin du MFPF, juin 1962.

[27]

Dr Boutet de Monvel, « Motivations et buts de l’éducation sexuelle et affective », conférence prononcée aux réunions d’information organisées par la MGEN à l’intention des enseignants de la région parisienne (octobre-décembre 1969), Bulletin APBG, 3, 1969, archives du MFPF.

[28]

D’une révolte à une lutte. 25 ans d’histoire du planning familial, Paris, Éditions Tierce, 1982.

[29]

Bulletin d’information des médecins du Mouvement français pour le planning familial, 1, juillet 1964.

[30]

Mouvement français pour le planning familial, premier congrès national, séance du dimanche 1er mars 1964, p. 2-12, archives du MFPF, Paris.

[31]

Ibid.

[32]

Bulletin d’information des médecins du Mouvement français pour le planning familial, 1, juillet 1964.

[33]

Bulletin d’information des médecins du Mouvement français pour le planning familial, 6, avril 1966, 8, juillet 1966 et 9, novembre 1966.

[34]

L. Boussard, « Centre clermontois », Bulletin intérieur de la Fédération nationale du MFPF, 13, avril 1966.

[35]

Bulletin intérieur de la Fédération nationale du MFPF, 11, février 1966.

[36]

« Mutuelle nationale des étudiants de France – Section Strasbourg. Réforme ou Révolution ? », Internationale situationniste, 11, octobre 1967. Je remercie Michelle Zancarini-Fournel qui au cours de nos discussions m’a signalé ce texte et me l’a communiqué. Voir également à ce sujet, Janine Mossuz-Lavau, Les lois de l’amour, chapitre III : « Pour une sexualité sans âge : l’éducation sexuelle des jeunes », Paris, Payot, 1991.

[37]

Ibid.

[38]

Louis Roussel, Le mariage dans la société française contemporaine. Faits de population. Données d’opinion, Cahier de l’INED, 73, Paris, PUF, 1975 et Henri Mendras, La seconde Révolution française, 1965-1984, Paris, Gallimard, 1988.

[39]

Zoom : L’éducation sexuelle, d’André Harris et Alain de Sédouy, 2e chaîne, février 1968.

[40]

« Compte rendu du congrès des 12 et 13 octobre 1968 », Planning familial. Bulletin intérieur de la Fédération nationale, novembre 1968, p. 17-51.

[41]

Andrée Michel, « La personne, la Femme et le Mythe », La Maternité heureuse. Bulletin d’information, 12, mars 1960 ; Andrée Michel et Geneviève Texier, La condition de la Française d’aujourd’hui, tome 1 : Mythes et réalités et tome 2 : Les groupes de pression. Perspectives nouvelles, Paris Gonthier, 1964.

[42]

Françoise Picq, Libération des femmes. Les années mouvement, Paris, Seuil, 1993.

[43]

Mouvement français pour le planning familial, 4e congrès national, Bordeaux, 3 et 4 juin 1967, Archives du MFPF, Paris.

[44]

« L’Information et l’éducation sexuelle », actes du colloque des 1er et 2 mars 1969, archives du MFPF, Paris.

[45]

Simone Iff avec la collaboration de Marcel Besse et Werner Iff, Demain la société sexualisée. Le combat du Mouvement français pour le planning familial, Paris, Calmann-Lévy, 1975.

[*]

Chargée de recherches au CNRS (UMR Identités, Relations internationales et Civilisations de l’Europe), Marie-Françoise Lévy a dirigé La télévision dans la République. Les années cinquante (Bruxelles, Complexe, 1999), co-dirigé avec Geneviève Dreyfus-Armand, Robert Frank, Michelle Zancarini-Fournel, Les années 68. Le temps de la contestation (Bruxelles, Complexe, 2000), et participé à l’ouvrage dirigé par Cécile Dauphin et Arlette Farge, Séduction et sociétés. Approches historiques (Seuil, Paris, 2001).

Résumé

Français

Dans les années 1950, le regard porté sur la sexualité, et plus particulièrement sur celle des jeunes, paraît se modifier, ainsi qu’en témoignent des films d’avant-garde, Et Dieu créa la femme, ou encore les œuvres des cinéastes de la Nouvelle Vague, qui montrent une jeunesse brisant les tabous et bravant les interdits. Pourtant, le mariage semble demeurer alors, pour la majorité des jeunes, le rite de passage leur reconnaissant un droit à la sexualité. Or, c’est dans ce contexte, en 1956, qu’est créée l’association « La Maternité heureuse ». Celle-ci a pour objectifs l’introduction en France de la planification des naissances et la révision de la loi de 1920. L’association devient, en 1960, le Mouvement français pour le planning familial, et se trouve confrontée à des aspirations et à des attitudes inédites, de la part des jeunes, à l’égard de l’amour et de la sexualité. Se prononçant d’emblée pour la reconnaissance du principe de la contraception, et par là même d’une sexualité dissociée de la procréation, le MFPF reste longtemps hésitant face au problème des mineurs : les médecins du Mouvement, en particulier, demeurent réticents dans la délivrance de contraceptifs aux jeunes. C’est pourquoi, la position officielle du MFPF, au cours des années 1960, s’en tient à la stricte observation de la majorité. Cependant, beaucoup sont aussi conscients que l’âge de l’état civil ne constitue nullement une réponse appropriée, et les Centres de consultation du planning familial, au niveau local, prescrivent, ou non, en conscience. En effet, le nombre de jeunes filles mineures venant demander des conseils de contraception ne fait que croître, tandis que, dans le même temps, leur âge s’abaisse. Progressivement, des critiques se font jour à l’égard des positions du Mouvement, notamment en provenance des étudiants. C’est ainsi qu’en 1973 intervient la scission au sein du MFPF, au profit du Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception. Néanmoins, le MFPF a beaucoup œuvré pour une réflexion renouvelée sur la contraception et la liberté sexuelle, notamment par l’adoption de la loi Neuwirth.

English

The French Family Planning Movement and Young People In the 1950s, the way sexuality was looked upon, especially young people’s, seemed to be changing as avant-garde films such as And God Created Woman or the New Wave directors’ works portraying youth breaking taboos and daring the forbidden. Yet for the majority of these young people, marriage seemed to remain the initiatory rite giving the right to sexuality. This was the context of the 1956 creation of “La Maternité Heureuse” (Happy pregnancy). Its aims were to introduce birth planning to France and the change in the 1920 law. In 1960, the association became the French Movement for Family Planning, and found itself face to face with the hopes and new attitudes of the young toward love and sexuality. Immediately accepting the principle of contraception and therefore of the sexual act dissociated from procreation, the MPLF remained hesitant for a long time about the problem of minors. The doctors of the movement, in particular, didn’t want to give contraceptives to young women. The official position therefore of the movement during the 1960s maintained strict observance of the majority age. Many people, though, were conscious that the official age was not a good answer and local family planning offices prescribed the pill according to their conscience. The number of minors asking for contraception advice was growing while their age was decreasing. There was more and more criticism of the positions of the movement, especially from students. In 1973 the MPLF split and became the Movement for Free Abortion Choice and Contraception. The MPLF campaigned hard though for renewed thinking on contraception and sexual liberty which led to the Neuwirth law.

Plan de l'article

  1. ? La maternité volontaire (1956-1960)
  2. ? Sexualité et majorité civile (1960-1964)
  3. ? La double voie du Mouvement (1964-1968)

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