Hubris et Nemesis ? Politique sociale et émeutes raciales : Watts, 1965
Antoine Coppolani
Dans les années 1960, le libéralisme réformiste américain atteignit son apogée avec la Grande Société et la Guerre contre la pauvreté, tandis que l’Administration du président Lyndon Baines Johnson faisait connaître à la cause des droits civiques des progrès sans précédent. Or le corollaire de ces progrès fut une succession d’émeutes raciales et une crise urbaine qui alla en s’aggravant. Cet article s’interroge sur l’hypothèse de l’enchaînement « hubris et nemesis ». Une politique sociale audacieuse, quels qu’en soient les bienfaits par ailleurs, ne porte-t-elle pas en elle le double risque de ce que le politologue Albert Hirschman appelle « l’effet pervers » et la « mise en péril » (l’instabilité induite par les réformes contribue in fine à détruire les objectifs recherchés par les architectes des réformes) ?
In the 1960s, American reformist liberalism reached a peak with the Great Society and the War against Poverty while President Johnson’s administration brought unprecendented progress to the cause of civil rights. The corollary to this progress was a succession of racial riots and an increasingly serious urban crisis. This article questions the hypothesis of the pattern « hubris and nemesis ». Doesn’t any daring social policy, regardless of its other positive effects, carry within it the double risk of what the political scientist Albert Hirschman calls the « perverse effect » and the « threat » (the instability brought about by the reforms eventually contributes to destroying the objectives sought by the reform’s architects) ?
• ◦ La foi réformiste des libéraux californiens
• ◦ La crise de la conscience libérale
• ◦ La quête de vérité : dysfonctionnements et effets pervers
• ◦ Les libéraux continuent d’aller de l’avant
• ◦ Récurrence de la crise et exploitation politique