2003
Vingtième siècle
Dossier : Antiquité et dictatures du 20e siècle
Le mythe de la romanité et la politique de l’image dans l’Italie fasciste
Laura Malvano Bechelloni
[*]
Dans leur rêve d’une « Troisième Rome » qui succèderait à celle des Césars et des papes, Mussolini et les fascistes ont enrôlé assez efficacement les arts et les lettres au service de leur propagande. L’architecture et l’urbanisme, l’archéologie ou la sculpture furent des terrains de choix pour leur offensive, alors que la peinture résista mieux. L’article propose un panorama de cette « romanité » fascisée mise en œuvre artistique de 1924 à 1939.
In their dream of a « Third Rome » that would follow that of the Caesars and the popes, Mussolini and the fascists cleverly enrolled the arts and letters in their propaganda. Architecture and urbanism, archeology and sculpture were the choice fields for their offensive. Painting resisted more. This article provides a panorama of this fascistic and artistic implementation of Romanity from 1924 to 1939.
Mussolini entendait bien créer une « Troisième Rome », après celle de César et des papes, et enrôler la culture classique dans un viril et impérial « retour à l’ordre » artistique. La propagande fasciste aux couleurs latines a dès lors envahi l’architecture, l’urbanisme et la sculpture, sans parvenir toutefois à s’affirmer tout à fait dans la peinture. Panorama de certaine « romanité » au service de son Duce.
« Salut, Dea Roma. Salut à ceux qui furent, sont et seront tes fils prêts à souffrir et à mourir pour ta puissance et pour ta gloire. » Cet extrait du discours prononcé par Mussolini au Capitole, le 21 avril 1924, nous place au cœur de la romanité magnifiée et instrumentalisée par le régime fasciste et son chef. Le discours politique, la propagande, les activités scientifiques – que l’on songe à l’archéologie – orchestrés par le régime ont en effet utilisé abondamment l’héritage de l’Antiquité romaine et ce phénomène a fait l’objet d’études nombreuses. La présente contribution s’intéresse à un domaine qui a moins retenu l’attention : il s’agit de l’ensemble des activités qui touchent aux aspects culturels et proprement figuratifs dans leur réutilisation du mythe de la romanité à un moment où le régime fasciste a l’ambition de créer une Troisième Rome à la suite de celle des Césars et de celle des papes. L’analyse doit pour cela prendre en compte conjointement les dimensions esthétique et idéologique, de façon à mettre en lumière comment le régime entend à la fois se placer dans le sillage de cet héritage prestigieux et le tranformer en outil de propagande.
â—¦ Culture classique et « retour à l’ordre » dans la peinture
« Dans les arts plastiques, l’élément temporel n’a pas lieu. L’immobilité est propre aux arts plastiques, […] l’artiste plasticien conçoit son œuvre
sub specie aeternitatis
[1]. » Le modèle de l’art « hors du temps », que le peintre et écrivain Alberto Savinio célébrait dans la revue
Valori Plastici, se retrouve dans le « classicisme moderne » dont se réclamait son frère Giorgio De Chirico :
Pictor classicus sum, signait-il avec panache sur le socle de ses autoportraits. Cette quête d’une perfection perdue s’exprimait surtout dans les « signes de l’alphabet métaphysique » relevés dans l’univers envoûtant de ses tableaux, dans ses places vides agencées selon les codes formels de la perspective. Ainsi, ses « Places d’Italie » marquées par les signes d’un passé évoqué avec une pointilleuse application, entourées d’arcades et balisées par des personnages au statut incertain, à mi-chemin entre le mannequin et le monument classique de la Grèce ancienne.
C’est à partir de cet univers marqué par l’opacité de l’énigme et la clarté d’une norme constitutive du savoir antique, que se situe l’expérience de
Metafisica, le mouvement né dans la ville de Ferrara pendant les années de la Grande Guerre. C’était l’époque où Carrà abandonnait définitivement l’assurance iconoclaste des années futuristes pour « suivre les rêveries sur la solide géométrie des objets
[2] » : cette « géométrie solide » qui, léguée par un héritage illustre, aurait permis de « replacer l’idée italienne sur l’autel d’antan
[3] », en balisant le parcours idéal de cet
italianismo artistico dont se réclamaient les protagonistes de
Metafisica et, plus généralement, les artistes engagés dans le processus de récupération de la tradition après les turbulences des avant-gardes.
« Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs ; pour peindre notre idée empruntons leurs couleurs
[4] », écrivait Carrà. La qualité de ce miel était assurée par le prestige de ses origines antiques : une tradition classique aux contours conceptuels mal définis, mais constituant une caution esthétique qui avait la valeur absolue d’un dogme. « Classique n’est pas une détermination temporelle mais une catégorie de l’esprit. En réalité, on peut dire « classique » toute œuvre d’art […]. Notre époque, sortie des expériences des avant-gardes, est en train de se diriger vers son propre classicisme
[5]… »
Tout au long des années 1920, ce classicisme fut évoqué comme modèle pour la reconquête d’une discipline formelle sévère, après le « processus de désagrégation » des avant-gardes.
Du cubisme au classicisme était le titre du livre que Severini écrivait en 1924, en tournant sans état d’âme la page de son expérience futuriste. À la même époque Mario Broglio, directeur de la revue
Valori Plastici, publiait à Paris
Le néoclassicisme dans l’art contemporain (1923). Car, au-delà de l’expérience italienne, la grande vague du « retour à l’ordre » avait déferlé sur toute l’Europe, après la bouillonnante saison des avant-gardes
[6].
Certes en Italie, à la différence de la France, ce retour aux sources devait très tôt se révéler une opération dont les tenants et aboutissants dépassaient un enjeu strictement culturel : « Nous revendiquons la restauration d’un code artistique, religieux et social », affirmait Savinio
[7], en laissant apparaître la douteuse disponibilité sémantique sous-jacente au discours critique. La « tradition », l’« ordre », la « discipline » que l’on souhaitait traduire dans le langage de l’art deviendront bientôt les repères idéologiques du régime fasciste car, comme le soulignait le peintre et écrivain Ardegno Soffici, « les valeurs esthétiques sont de la même nature que les valeurs éthiques et politiques
[8] ».
« Ce qu’on définit par le terme “classique”, c’était la connexion entre les formes littéraires et artistiques […] et la construction d’un état à structure solide (
di solida architettura) […] ; un état fort et discipliné, ordonné selon des normes hiérarchiques et respectables de la tradition
[9]. » On était en octobre 1922 : l’article de Soffici, où il était question des rapports entre l’art et le fascisme, venait d’être publié dans la revue de Mussolini
Gerarchia, malgré son sujet apparemment anodin par rapport aux événements en cours. Quelques mois auparavant, c’était Mussolini qui avait parlé de « reprise classique » à propos de la « vague blanche » qui avait suivi la « période rouge » : une « reprise » au sens de « restauration du passé » face à « l’égalitarisme démocratique gris et anonyme » ; un « retour à l’individu » et l’émergence de « nouvelles aristocraties » après les « enthousiasmes pour les mythes sociaux » et « l’orgie de l’indiscipline »
[10].
Quant à l’art, qui venait de prendre ses distances par rapport à « l’orgie des avant-gardes », la caution d’une souche classique garantissait à « l’art vrai et sublime », souhaité par Soffici, une légitimation nationale. « Art de la clarté et de l’équilibre », comme le définissait Margherita Sarfatti, critique officielle du
Popolo d’Italia mussolinien, en l’identifiant avec « l’éternelle sensibilité latine » qui s’exprimait dans ce « retour à la ligne, à la composition, à l’étude des anciens et au culte de l’antiquité »
[11] qui marquera la grande « reprise classique » de l’après guerre. On assistera donc, tout au long des années 1920, à la mise en place du mouvement du
Novecento italiano
[12], berceau d’un art à forte vocation italienne, expression du « style pictural et spirituel de notre temps
[13] ». Un art auquel « la pureté de la forme et le bon ordre de la conception
[14] » garantissaient le prestige même des modèles du passé. Certes, la définition d’une catégorie hasardeuse telle que l’« art italien » avait la plus grande difficulté à trouver son identité sur la base de repères exclusivement stylistiques. Elle la trouvera donc davantage grâce à la délimitation d’une ligne infranchissable censée marquer le passage vers ce que Soffici définissait comme le « non art » : espace d’exclusion, « de l’arbitraire et de l’obscur », étranger à l’art, ou mieux, à cet « art italien » dont « les attributs […]. sont le contraire de la monstruosité, de la gaucherie »
[15]. Les codes identitaires découleront donc d’abord de l’exclusion et de la réprobation, à la fois esthétique et morale. Ce fut donc un retour au métier et à la tradition face à « l’anarchie de la nouvelle peinture », au « délabrement de la forme et à la liquéfaction de la couleur », à « l’atmosphère d’élucubrations angoissées comme celle provoquée par l’hascisc (
sic) », au « libertinage intellectuel » de l’art « prostitué par l’orgie des triangulations et des cubatures »
[16].
â—¦ L’émergence de la romanité
Néanmoins ce modèle fortement marqué par son identité culturelle se précisera avec l’émergence d’une catégorie à connotations historiques plus précises : la « romanité », qui s’imposera avec force dans la culture et dans la vie de l’Italie fasciste.
L’image de la Rome antique permettra de mieux préciser ces « valeurs éternelles » léguées en héritage et rendues actuelles par la « Troisième Rome » de Mussolini. Rome, cœur d’une civilisation aux racines anciennes mais aussi référence actuelle symbolisant les valeurs chères au fascisme : « Rome est géométrique, simple, mais essentielle. Rome est un centre de commandement. La ville romaine n’est jamais une erreur… la ville romaine est une ville d’ordre, de classement, de hiérarchie, de dignité
[17]. » Quelques années plus tard, la notion de « romanité » fera corps avec l’État fasciste. Elle avait, entre-temps, bradé le confort de son statut historique et culturel pour devenir un efficace dispositif de mobilisation politique
[18]. « Rome représente notre référene, ou si l’on veut, notre mythe. Nous rêvons à une Italie romaine, c’est-à-dire sage et forte, disciplinée et impériale. Beaucoup de ce qui a été l’esprit immortel de Rome resurgit dans le fascisme
[19]. » Ce rêve de Mussolini – quelques années plus tard, on l’appellera
Dux – date de 1922 et plus précisément du 21 avril, jour anniversaire du
Natale di Roma, la mythique naissance de l’
Urbe. Une romanité complice et flatteuse, transformée en instrument de consensus populaire sera donc bâtie avec application, évoquée avec emphase, imposée par un projet qui devait séduire les différentes couches de la société : un modèle d’identité rassembleur où était censée se reconnaître la nouvelle Italie, conquérante et dominatrice.
Une ligne généalogique, reconstituée avec application, permettait ainsi de remonter, par des voies à la rigueur historique ou philologique pas toujours irréprochables, à la grande Rome d’Auguste et à son empire « au-delà de la mer ». C’est surtout à partir de 1935, quand la guerre d’Éthiopie fut le début de la politique expansionniste et coloniale de l’État fasciste, que la référence aux fastes de la Rome antique prit une assez forte dimension idéologique pour devenir une clef de voûte de la
fabbrica del consenso fasciste. En 1936, Rome sera ainsi proclamée « grande capitale du nouvel Empire » : « La Rome mussolinienne veut mettre en harmonie son passé historique avec le présent, qui marche […] vers l’avenir
[20]. » Grâce à un oxymoron que l’on retrouve fréquemment dans la rhétorique fasciste, la Rome antique devenait ainsi « le substrat de l’Italie moderne ».
Le passé et le présent sont désormais réunis par la force rhétorique du discours qui célébrait à la fois Auguste, le « premier fondateur de l’Empire », mais aussi et surtout celui « qui, comme le premier Auguste, a porté une énorme révolution […], a mis un terme au désordre des factions en sauvant l’Italie des abîmes dans lesquels étaient en train de la faire sombrer ceux qui ne comprenaient plus la voix des ancêtres »
[21]. Cette identification avait son symbole visuel dans les monuments de l’empereur romain installé aux carrefours des villes italiennes, présence familière au statut à mi-chemin entre l’objet de célébration et le mobilier urbain. D’autres mythes s’imposèrent après la conquête de l’empire : celui du
Mare Nostrum, par exemple, qui, surgi des tréfonds de l’histoire, sera préposé à faire revivre les gloires des conquêtes de terres lointaines « là où nous avons été » : les terres africaines, Eldorado populaire, porteur de rêves et de colonies pour un peuple de
braccianti sans terre.
La romanité était donc à la fois une catégorie aux visées historiques mais aussi un modèle de vertus à la fois civiques, militaires et ethniques. Elle pouvait ainsi traduire parfaitement les visées idéologiques du régime, comme on a pu le vérifier aussi bien lors de la guerre d’Espagne qu’à l’occasion de la campagne raciale qui suivit les lois antisémites de 1938.
Pour mieux la définir, on pourrait mentionner, face à elle, la laborieuse tentative d’élaboration du concept de « latinité ». C’était en 1938, à l’époque de la guerre d’Espagne, et l’écho des événements était sensible jusqu’aux pages de la respectable revue
Roma, organe officiel de l’Institut d’études romaines : « La latinité redevient barbarie chaque fois qu’elle se détache de la tradition romaine : c’est le cas actuel du communisme que l’on retrouve dans les nations latines […]. Hors de la tradition romaine, la latinité dégénère : elle peut aussi se transformer dans le communisme espagnol ou dans l’esprit subversif français
[22]. » Tout au long des années 1930, on construira donc cette « romanité » de toutes pièces, avec une stratégie ciblée, en partant du sommet de l’État fasciste jusqu’aux couches les plus défavorisées de la société. Le symbole de cette interférence entre la culture du passé et la gestion du présent a été la nomination de Pietro de Francisci, romaniste célèbre et recteur de l’université de Rome, au poste de ministre de la Justice, de 1932 à 1935.
L’importance que la prestigieuse
Enciclopedia Italiana, avait réservée à l’article « Roma », dont l’espace hors norme dépassait tous les articles de l’ouvrage, en fut un autre symbole au niveau national. Les différentes sections de l’article, allant de l’Antiquité à la Rome moderne, de l’art à la littérature, de l’histoire au droit, portaient la signature des spécialistes les plus renommés de l’époque
[23]. Mais c’était surtout dans la vaste opération portant sur la résurgence nationale du latin, que le culte de la romanité trouva l’un des outils les plus adéquats. Le latin, « langue mère » et signe d’une noblesse ancienne, était censé devenir une langue nationale, capable d’exprimer « l’actualité et la vitalité de l’esprit latin »
[24]. On le proposait donc comme véhicule privilégié du savoir, mais aussi, en abandonnant les contraintes de l’érudition et de la philologie, comme efficace outil idéologique de l’État fasciste (parmi les projets, il y avait la traduction des discours du Duce en langue latine). Le latin fut même vanté en tant qu’instrument de communication internationale, et notamment « pour les conversations d’intérêt scientifique » (« Pas de peur du
latinorum ! », rassuraient les responsables du Concours national de langue latine censé tester les éventuels candidats
[25]). Les avantages de la langue latine semblaient même aller au-delà du registre strictement culturel : « Le latin est anti-marxiste : il est difficile qu’un individu vacciné par une ode d’Horace puisse être victime d’une épidémie marxiste », déclarait Nazzareno Padellaro, théoricien de la
Scuola di mistica fascista
[26]. Le vieux latin aurait donc constitué le support d’une hégémonie linguistique à niveau planétaire. Mussolini se déclarait, à ce sujet, très optimiste : « La langue latine est la langue de notre temps », avait-il lancé, en présentant son projet de diffusion du latin « dans l’univers entier, du Caire au Guatemala »
[27].
En attendant cette unanimité face à la langue, la latinité ou, plus généralement, les différents aspects de la vie et de la culture de Rome, étaient l’objet d’initiatives et d’enquêtes de différents ordres, allant d’initiatives officielles à la présence diffuse de la « romanité » dans la vie quotidienne des Italiens. On citera la création du tout-puissant Istituto di studi romani en 1925 (la revue Roma dirigée par Carlo Galassi Paluzzi en était l’émanation) ou, dans le boom des initiatives éditoriales, celle de la spectaculaire Storia di Roma en trente volumes, ainsi que l’inépuisable moisson de revues et de publications de tout genre consacrées à ce sujet.
â—¦ Image et mise en place dans les années 1930
Dans cette utilisation de la romanité en tant qu’instrument de consensus, le langage iconique jouera un rôle essentiel car l’image, mieux que la parole, pouvait se prêter à cette vaste pédagogie de masse censée rendre familière une page éloignée de l’histoire nationale. À défaut d’une connaissance réelle de la
lingua madre et de la culture classique en général, les Italiens fréquenteront la romanité essentiellement par le biais d’une approche visuelle : une multitude d’images, emblèmes et signes issus de la culture de Rome qui, mieux que le latin ou les références archéologiques, pourraient constituer un support efficace à l’herméneutique de la romanité au niveau des masses
[28]. Les Italiens se familiarisèrent donc avec la Rome antique d’abord par les symboles imagés véhiculés par cette culture : faisceaux, aigles, louves nourricières avec les inévitables gémeaux fondateurs, arcs romains et colonnes. Ces images étaient devenues familières et agissaient sur les spectateurs dans un rapport immédiat, proche de celui du message publicitaire.
Le même rôle pouvait être joué par le langage écrit qui, faute d’une connaissance historique et philologique adéquate, agissait comme signe visuel de reconnaissance : ainsi l’omniprésent
SPQR (
Senatus Populusque Romanus), et le mot
DUX, omniprésent avec lui aussi ses grandes lettres majuscules qui garantissaient le label d’une romanité aux abords difficiles et la présence vigilante du régime. Images éternelles ou éphémères, destinées à un public urbain ou rural ; images qui, grâce à une exceptionnelle diffusion, s’inséraient dans le paysage visuel et dans la vie quotidienne des Italiens. Images aux supports les plus disparates, traduites dans le langage adapté aux différents destinataires sociaux : du langage percutant et synthétique de l’annonce publicitaire à celui, simplifié et captivant, des illustrations destinées à l’enfance. En 1937 on célébrait le bimillénaire de la naissance de l’empereur Auguste. La
Mostra Augustea della Romanità s’ouvrait avec les mots de Mussolini reportés sur l’imposante façade avec son immanquable arc à la romaine : « Italiens, faites que les gloires du passé soient dépassées par le génie de l’avenir. » L’exposition était suivie par un colloque très médiatisé, le
Convegno Augusteo, en octobre 1938, et surtout par une manifestation hautement symbolique, la reconstitution d’un monument parmi les plus emblématiques : l’
Ara Pacis
[29].
â—¦ De l’archéologie à l’architecture
La résurgence de la romanité est passée avant tout par la valorisation des vestiges antiques, qui marquait avec emphase la politique archéologique du régime, à laquelle Bottai, figure centrale de la politique culturelle du régime, réservait une attention particulière
[30]. Cette politique, qui unissait les interventions archéologiques et leur valorisation idéologique, trouvait évidemment son paradigme idéal dans la « double identité » de Rome, ville éternelle, mais aussi « cœur vivant du renouveau fasciste ». À partir de Rome, deux routes nouvellement tracées reliaient le passé de l’
Urbe aux « destins impériaux » du futur : routes tournées vers les fatidiques
colli di Roma, et, du côté opposé, en direction du
Mare Nostrum (« J’ai nourri pour les routes la passion romaine », déclarait Mussolini).
Résurgence de la « ville unique au monde » avec les fouilles des
Fori Imperiali et d’autres monuments hautement représentatifs et, en même temps, mise en place d’une scénographie redondante. L’exemple le plus spectaculaire en fut la
via dell’Impero, qui traversait la zone archéologique entre les
Fori et le Colisée, route par où devaient passer « les nouvelles légions » et sous laquelle on avait préalablement enterré des pans entiers de la vieille Rome de la Renaissance
[31]. L’architecture fut convoquée avec insistance pour traduire dans « le langage de la pierre » les grands modèles de l’antiquité, en mélangeant la noblesse du marbre à la pacotille des décors commémoratifs (« Rome bâtie de marbre et habillée en carton… », selon les mots d’un petit poème irrévérencieux qui aurait circulé à Rome à l’occasion de la visite du Führer en 1938). Évidemment les arcs « à la romaine » des lourds bâtiments signés par le grand maître d’œuvre Marcello Piacentini, constitueront les archétypes de cette épiphanie architecturale du classicisme fasciste. Il triomphera dans des édifices à haute valeur symbolique tels que le Palais de Justice de Milan, l’université de Rome.
La romanité sera surtout le leitmotiv de l’E42, exposition universelle à la gloire de l’Italie mussolinienne qui, à cause de la guerre, devait rester à l’état de projet
[32]. Au centre du quartier que l’on avait réservé à l’exposition (l’actuel EUR
[33]) dans la
Piazza de la Romanità, devaient prendre place la
Mostra della Romanità et, dominant l’ensemble, le gigantesque cube du
Palazzo della Civiltà italiana signé par E. La Padula et M. Romano, qu’on appelait « le Colisée carré »
[34].
â—¦ Le silence de la peinture
Certes la peinture rencontrait davantage de difficultés pour emprunter le langage emphatique de la romanité, car la rigidité des codes représentatifs régissant le statut de l’œuvre d’art risquait de la reléguer dans la catégorie douteuse d’œuvre de propagande. « La propagande est une chose, très digne et très utile, et l’Art en est une autre », déclarait Alessandro Pavolini, secrétaire du PNF (Parti national fasciste)
[35].
Les peintres se montrèrent réticents à accueillir dans leurs œuvres une « romanité » sans ces précautions qui pouvaient atténuer les redondances formelles dues à la présence de la romanité. Ce n’est pas par hasard que la représentation de l’
Italia romana, à laquelle Carrà se confronte non sans une certaine gêne à l’occasion de la Cinquième Triennale de Milan en 1933, reste un exemple tout à fait isolé, lié au projet officiel de tester le degré de disponibilité des artistes par rapport à la grande décoration murale. Sironi s’y essaya, évidemment plus à son aise grâce à sa disponibilité naturelle envers la rhétorique de la grande peinture. Il ne refusa donc pas d’accueillir dans ses tableaux – mais surtout dans ses vastes décorations murales – une panoplie d’athlètes et de vestales, d’arcs et de colonnes
[36]. Mais, le plus souvent, ce sera davantage la notion plus souple d’« italianité » qui interviendra comme élément identitaire d’un art qui hésitait à se définir comme « fasciste », ainsi que le montrent bien les choix du mouvement
Novecento.
Ce silence de la peinture n’avait pas manqué d’être stigmatisé : « L’esprit de Rome, c’est-à-dire l’esprit de l’Italie guerrière et fasciste, est absent », notait un critique en 1940, en remarquant avec amertume que, « dans l’enfer de la guerre », les peintres exposant à la Biennale de Venise « se retrouvent dans les jardins comme dans une oasis de vacances ». Face aux « très rares artistes […] qui ont exalté Rome dans l’acte conclusif de la révolution fasciste (on cite la fresque de
La naissance de Rome de Gentilini) », on ne trouve que les œuvres « antinationales » des faiseurs « de natures mortes, de paysages, de portraits, de fragments d’humanité peints tant bien que mal »
[37].
â—¦ La sculpture et le modèle épique
Au milieu de « cette absence de spiritualité et de devoir civique », c’était par contre la sculpture qui avait su dire « quelques mots plus en harmonie avec le frémissement de la nation en armes »
[38]. Accueillir les modèles du passé se révéla certainement plus facile pour les sculpteurs : la « monumentomanie » du régime offrait aux artistes de vastes espaces publics particulièrement aptes à représenter « sur le mode épique » l’histoire contemporaine. « Messieurs, peignons l’histoire contemporaine. Mais peignons-la selon un mode épique […] Le bas-relief romain de l’époque de Trajan nous servira de guide » : tels étaient les souhaits du critique français Waldemar George qui identifiait dans cet art du passé les « valeurs permanentes » marquant l’émergence du « nouvel humanisme » de l’art fasciste (« quand je dis humaniste, je dis fasciste » précisait-il)
[39].
Ce conseil, apparemment, avait été suivi avec application par le sculpteur Romano Romanelli, auteur d’un bas-relief faisant partie du cycle décoratif du Palais de Justice de Milan,
opus magnum de Piacentini. Le thème et le langage épique de la
Justice romaine permettaient un hommage très appuyé au style de la colonne de Trajan : l’identité du passé et du présent était garantie avec la substitution d’une typologie mussolinienne à l’identité anodine de l’empereur romain. Ce « retour à la romanité » qui, comme le soulignait Romanelli, représentait, pour « les artistes de l’époque mussolinienne », « un retour à une loi impitoyable de morale et d’ordre »
[40].
La référence flatteuse aux empereurs célèbres et célébrés de l’histoire nationale revient avec insistance dans la richissime iconographie qui traduisait dans le langage iconique le « culte du Duce ». « Les portraits du Duce sont des milliers […], on n’arrive plus à les compter. Ceux d’Auguste, de Jules II, de Napoléon ne pourront pas tenir la comparaison », déclarait Francesco Sapori dans sa monographie consacrée aux rapports entre l’art et le fascisme
[41]. La représentation épique du Duce qui, sur le modèle du Marc Aurèle du Capitole (et des célèbres monuments des
condottieri de la Renaissance), domine du haut d’un cheval, revient donc fréquemment dans les inépuisables variantes de son hagiographie imagée. Le buste du Duce sculpté dans la blancheur blafarde du marbre par Adolphe Wildt, accoutré en athlète romain est un exemple célèbre : portrait emblématique qui campe sur la couverture de la monographie
DUX de Margherita Sarfatti (1932). On sait à quel point cette pointilleuse « classicité » pouvait côtoyer, dans l’iconographie mussolinienne, avec les aspects les plus imprévisibles de la modernité, tels ceux que l’on retrouve de préférence chez les artistes proches du futurisme. Langages différents qui adhérent avec efficacité aux différentes exigences idéologiques du fascisme, à la fois « romain » et impérial, moderne et sensible aux exigences de sa « ruralité ».
C’est surtout par le biais de la grande sculpture publique que l’art du régime se mesura avec les modèles de la statuaire antique. Dans les nus masculins des athlètes romains on trouva un répertoire typologique adapté aux exigences formelles de la sculpture monumentale, mais également susceptible de répondre à d’autres sollicitations, notamment à « la défense de notre civilisation », où l’on tenait « en considération la force physique tout comme la valeur spirituelle » : c’était le Duce même qui exhortait les Italiens à la « nécessité de la santé physique
[42] ».
On ne peut pas ne pas citer la parade d’athlètes alignés tout au long du stade du
Foro Italico à Rome, sculptés par Del Debbio entre 1929 et 1932 et destinés à ce qu’on appelait le
Stadio Mussolini. Ces athlètes nus mais affublés des attributs de leur spécificité sportive unissaient, comme le soulignait Bottai, les « valeurs permanentes » d’un glorieux langage formel aux « qualités éternelles d’une souche italienne », ainsi qu’à « l’énergie vitale de la race »
[43]. On était en 1938 et Bottai présentait le projet pour l’exposition universelle de 1942 : Rome, entre-temps, n’était plus seulement une prestigieuse référence culturelle, mais aussi « la capitale de l’empire aryen ». « Rome
caput mundi normalise et unifie la civilisation blanche et occidentale », comme on le rappelait selon les normes rédactionnelles de la monumentale
Storia di Roma
[44]. C’est dans ce contexte que les paramètres d’évaluation esthétique afficheront sans complexes une norme tatillonne qui mobilisait les vigoureux héros de la romanité en fonction d’une classement typologique, tout en ne reniant pas la prise en compte du langage plastique ou du savoir faire de l’artiste.
La conquête des territoires africains fit surgir dans l’imaginaire des Italiens des clichés touchant à des sujets sociaux inédits : l’image de l’autre par rapport aux modèles proposés par l’art officiel, l’homme « barbare », le « noir » naïf ou sauvage qui, pour la première fois, apparaissaient en Italie dans l’espace réservé à la « civilisation blanche ». « Les Éthiopiens vus avec l’œil et l’imagination de la Rome impériale » titrait la respectable revue
Roma. Il y était question des « hommes âpres […], aux passions incontrôlables comme les animaux des forêts […], incapables d’arriver à une supériorité qu’on appelle civilisation
[45] ». Images de l’Éthiopien exotique et inquiétant, qu’on décrivait avec curiosité, condescendance ou mépris, mais qu’on avait la plus grande difficulté à accueillir dans l’espace solennel du grand art
[46]. On le retrouvera par contre largement représenté par une riche imagerie qui pouvait facilement traduire en langage iconique les stéréotypes caricaturaux dont l’image du « noir » était chargée : cartes postales et manuels scolaires, images publicitaires et journaux illustrés où triomphait l’image de l’
Abissino, version populaire du bon sauvage en format domestique, dont les
Italiani buona gente aimaient souvent faire objet de plaisanterie, voire de blagues salaces. Malgré cette familiarité, la « supériorité neuve et ancienne » des modernes légionnaires par rapport aux « âpres habitants des hauts-plateaux d’Éthiopie » trouvait néanmoins sa confirmation dans les aléas d’un destin inéluctable. On le soulignait avec emphase : « Quand sonna l’heure de la nouvelle conscience et de la vaillance ancienne, les légions reprirent après deux mille ans leur marche solennelle
[47]. »
â–¡
[1]
A. Savinio, « Nelle arti plastiche l’elemento temporale non trova luogo. Il proprio delle arti plastiche è l’immobilità […] L’artista plastico concepisce le sue opere
sub specie aeternitatis », « Primi saggi di filosofia delle arti »,
Valori Plastici, n° 2, 1921, p. 27.
[2]
C. Carrà, « Fantasticare su solida geometria di oggetti », « Il quadrante dello spirito »,
Valori Plastici, 1, 15 novembre 1918, p. 2.
[3]
Id., « Rimettere l’idea italiana sull’altare di un tempo », « l’Italianismo artistico », dans
Valori Plastici, 1, 4 et 5, avril-mai 1919, p. 1.
[4]
En français dans le texte,
ibid., p. 5.
[5]
M. Bontempelli, « Classico non è una determinazione di tempo, è una categoria spirituale. In realtà, classica è ogni opera d’arte […] La nostra epoca, uscita dalle esperienze avanguardistiche […] sta avviandosi verso il suo proprio classicismo »,
L’avventura novecentista, Firenze, Vallecchi 1938, p. 42.
[6]
Pour le retour à l’ordre de l’après-guerre, cf.
Le retour à l’ordre dans les arts plastiques et l’architecture, 1919-1925, Actes du colloque d’Histoire de l’Art contemporain, université de Saint-Etienne, 1974, Paris, 1975. Parmi les ouvrages plus récents, cf. K.E. Silver,
Vers le retour à l’ordre. L’avant-garde parisienne et la Première Guerre mondiale, 1914-1925, éd. française, Paris, Flammarion, 1991. Cf. plus récemment
L’idea del classico 1916-1932.
Temi classici nell’arte italiana degli anni Venti, Catalogue d’exposition, Milan, Padiglione d’Arte Contemporanea, 1992. Cf. aussi J. Clair,
Malinconia. Motifs saturniens dans l’art de l’entre-deux-guerres, Paris, Gallimard, 1996.
[7]
A. Savinio, « Noi rivendichiamo la restaurazione di un codice artistico, religioso e sociale », « Arte e Idee moderne »,
Valori Plastici, 1, 1918, p. 3.
[8]
A. Soffici, « I valori estetici sono della stessa natura di quelli etici e politici », « Il Fascismo e l’Arte »,
Gerarchia, 9, 25 octobre 1922, p. 504.
[9]
« Cio’che per comodità di discorso defiiniremo con la parola di classici … (sono) quei principi estetici, letterari e artistici […] concordanti con quelli che tendono alla costituzione di uno stato di solida architettura, forte e disciplinato, ordinato gerarchicamente, saggio e rispettoso di ogni buona tradizione »,
id., p. 505.
[10]
B. Mussolini, « Da che parte va il mondo ? »,
Gerarchia, 2, février 1922, p. 54.
[11]
M. Sarfatti, « Il gruppo del ‘900 »,
in Segni, colori e luci. Note d’arte, Bologna, Zanichelli, 1925, p. 126. M. Sarfatti, critique officielle du régime, collaborait régulièrement à la
Rivista Illustrata del Popolo d’Italia. Elle a été aussi l’auteur de la très officielle monographie de Mussolini, avec en couverture le portrait « romanisant » du Duce, œuvre du sculpteur A. Wildt, illustrée par un riche matériel iconographique : M. Sarfatti,
DUX, Milan, Mondadori, 1926.
[12]
Fondé par M. Sarfatti, le mouvement du
Novecento a pris forme avec l’exposition dans une galerie de Milan en 1923. À l’occasion des deux grandes expositions publiques au Palazzo de la Permanente à Milan en 1926 et 1929, le groupe du
Novecento se transforma officiellement en mouvement, le
Novecento italiano, avec une volonté affichée d’unanimisme à niveau national. L’hypothèse d’un possible « art fasciste » était soulignée par la présentation officielle de Mussolini à l’exposition de 1926. Sur le mouvement, cf. R. Bossaglia,
Il Novecento italiano, Milano, Feltrinelli, 1979.
[13]
M. Sarfatti, « La seconda mostra del Novecento a Milano »,
Rivista Illustrata del Popolo d’Italia, avril 1929, p. 45.
[14]
« Limpidità della forma e compostezza della composizione »,
Ibid.
[15]
A. Soffici, « Semplicismo »,
Il Selvaggio, 30 janvier 1927, p. 3.
[16]
I. Tavolato, « La maschera della meccanica »,
Valori Plastici, 5-6, mai-juin 1920, p. 50.
[17]
W. George (en français dans le texte), « Rome antique »,
Quarante, 4, 1993, p. 13.
[18]
Sur le rôle de la culture classique, en particulier sur le « mythe de Rome », sur le fascisme, cf. L. Canfora,
Idéologie del classicismo, Turin, Einardi, 1980.
[19]
« Roma è il nostro punto di riferimento, o se si vuole il nostro mito. Noi sogniamo l’Italia romana, cioé saggia e forte, disciplinata e imperiale. Molto di quel che fu lo spirito immortale di Roma risorge nel Fascismo » (B. Mussolini),
Gerarchia, avril 1922. L’article apparaît aussi dans
Il Popolo d’Italia, 21 avril 1922. Cf. C. Galassi Peluzzi, « Istituto di Studi Romani »,
Panorami…, vol. 21, p. 313.
[20]
« La Roma mussoliniana […] vuole armonizzare il passato storico col presente che marcia a grandi insonni tappe verso l’avvenire » (F. Casetti) « La Roma di Mussolini »,
Rivista Illustrata del Popolo d’Italia, avril 1932, p. 38.
[21]
« Chi, come il Primo Augusto, ha compiuto una gigantesca rivoluzione, ponendo termine al disordine delle fazioni, ha salvato lo Stato dall’abisso nel quale erano per precipitarlo coloro che più non comprendevano […] la voce degli antichi », « Il convegno augusteo » (article non signé),
Roma, octobre 1938, p. 397.
[22]
« La latinità […] ritorna barbarie in ogni punto in cui si staccca dalla tradizione romana : tale ritengo sia il caso dell’odierno comunismo di nazioni latine. Avulsa da tale senso sovrannaturale, la latinità non è più tale, è degenerazione : puo’ anche diventare comunismo spagnolo o sovversivismo francese » (G. R.), « Latinità e romanità »,
ibid., janvier 1938, p. 30.
[23]
On peut citer R. Bianchi Bandinelli pour l’histoire de l’art, G. Lugli pour l’archéologie classique, G. Pasquali pour la littérature, A. Momigliano et G. Falco pour l’histoire. La section la plus directement impliquée dans les interventions du régime est celle sur la « Troisième Rome », signée par l’architecte G. Giovannoni. L’article « Roma » s’étale sur 339 pages, l’article « Fascismo » ne dépassant pas 37 pages.
[24]
G. Galassi Paluzzi, « Per lo studio e l’uso del latino. Concorso nazionale di prosa latina »,
Roma, décembre 1939, p. 58. Parmi les projets liés à l’utilisation du latin dans le domaine scientifique, à signaler celui les publications en latin des actes des congrès, des résumés des articles dans les revues scientifiques.
[26]
« Il latino è antimarxista ; è difficile che un uomo vaccinato da un’ode di Orazio possa essere vittima di un’epidemia marxista » (N. Padellaro),
Studio e uso del latino, n° 2, 1940. Cité par L. Canfora,
op. cit., p. 102.
[27]
In Studio e uso del latino, 1939. La citation est reportée par L. Canfora,
op. cit. p. 103.
[28]
Sur la politique figurative du fascisme, et notamment sur celle concernant la romanité, cf. L. Malvano,
Fascismo e politica dell’immagine, Turin, Bollati Boringhieri, 1988.
[29]
Sur la valeur symbolique de l’événement, cf. le discours de Bottai, « La ricostruzione dell’Ara Pacis », du 13 février 1937. Cf. G. Bottai,
Politica fascista delle Arti, Roma, Signorelli, 1940, p. 216-223.
[30]
Pour les nombreuses interventions de Bottai sur ce sujet. Cf.
op. cit. Giuseppe Bottai fut ministre des Corporations d’octobre 1919 à juillet 1932, gouverneur de Rome en 1936-1936, ministre de l’Éducation nationale de novembre 1936 à février 1943. Il dirigea la revue
Critica fascista de 1923 à 1943.
[31]
Cf. F. Casetti, « La Roma di Mussolini »,
Rivista illustrata del Popolo d’Italia, 4, 1932, p. 36-42. Cf. aussi G. Bottai,
Il Rinnovamento di Roma, 1937,
op. cit. p. 3-39 ; A. Cederna,
Mussolini urbanista. Lo sventramento di Roma negli anni del consenso, Bari, Laterza, 1979.
[32]
Cf. le catalogue de l’exposition
E 42. Utopia e scenario del regime, en 2 volumes, Roma, Archivio centrale dello Stato, 1987.
[33]
EUR : quartier au sud de Rome qui devait accueillir, en 1942, l’Exposition universelle de Rome (Esposizione Universale di Roma).
[34]
Sur l’influence de la culture classique sur l’architecture fasciste, cf. notamment C. De Seta,
La cultura architettonica in Italia tra le due guerre, Bari, Laterza 1972 ; C. Cresti,
Architettura e fascismo, Firenze, Vallecchi, 1986 ; G. Ciucci,
Gli architetti e il fascismo. Architettura e città, 1922-1944, Torino, Einaudi, 1989.
[35]
A. Pavolini,
Il Fascismo e le Arti, rapport à la première Assemblée de la Corporazione Fascista Professionisti e Artisti, Ravenna 1935, p. 18. Cf. L. Malvano, « La politique artistique dans un État totalitaire. Le cas du fascisme »,
Art et fascisme, Bruxelles, Complexe 1988, p. 162.
[36]
À la Cinquième Triennale Sironi exposa une vaste décoration aux allures épiques où se côtoyaient les symboles de la romanité et de la modernité. Le thème en était le travail inscrit dans le temps (
Il Lavoro. Le opere e i giorni), titre qui reprend celui de l’œuvre du poète Hésiode (7
e-6
e siècles avant J.-C.),
Les travaux et les jours.
[37]
G. Guida, « Roma guerriera e fascista alla XXII Biennale di Venezia »,
Roma, 8, août 1940, p. 275.
[39]
W. George, « La crise de l’esprit contemporain. L’art humaniste, l’art fasciste et la Romanité »,
Arte mediterranea, 1933, p. 50.
[40]
R. Romanelli, « Artisti del tempo di Mussolini »,
Arte Mediterranea, 13, 1934, p. 9.
[41]
F. Sapori,
L’Arte e il Duce, Milano, Mondadori, 1932, p. 135. Plus particulièrement sur l’iconographie mussolinienne, cf. l’exposition
L’uomo. della provvidenza’. Iconografia del duce 1923-1945, Seravezza (Bologna), Palazzo Mediceo, 1997. Cf. aussi L. Malvano, « ‘I ritratti del Duce sono migliaia’ : note per una storia dei ritratti del duce »,
Dialoghi di storia dell’arte, 7, décembre 1998, p. 138-145.
[42]
La citation se trouve dans l’article de R. Romanelli, art. cité p. 10.
[43]
G. Bottai,
Esposizione del ‘42, op. cit., p. 75.
[44]
C. Galassi Paluzzi, « Criteri e norme redazionali »,
in Roma, janvier 1937, p. 26 ; cité par L. Canfora,
op. cit. p. 96.
[45]
« Uomini aspri, torbidi di passioni incontenute come gli animali della foresta […] non trovarono in sé l’energia per ascendere ad una superiorità […] che noi chiamiamo civiltà » A. Calderini, « Gli Etiopi visti con l’occhio e la fantasia di Roma imperiale »,
Roma, 1939, p. 402.
[46]
On peut citer, parmi les exceptions, la décoration de A. Bucci pour le cycle du Palais de Justice de Milan.
[47]
« Quando suono-l’ora della coscienza nuovae dell’ ordimento antico, e le legioni ripresero dopo due millenni la marcia sicura e solenne », A. Calderini,
op. cit., p. 403.
[*]
Professeur à l’université de Paris-8, Laura Malvano Bechelloni
est spécialiste de l’art et de son utilisation dans l’Italie fasciste. Elle est l’auteur de Fascismo e politica del l’immagine
, Boringhieri, Torino, 1988 et a participé à l’ouvrage collectif dirigé par Fanette Roche-Pézard et Pierre Milza, Art et fascisme
, Éditions Complexe, Bruxelles, 1989.