2003
Vingtième siècle
Dossier : Antiquité et dictatures du 20e siècle
Racisme fasciste et antiquité
L’exemple de la revue La Difesa della Razza (1938-1943)
Philippe Foro
[*]
L’antisémitisme du fascisme italien, plus virulent qu’on l’a parfois dit, fut légitimé et promis par les articles érudits de cette revue. Le glaive romain devait toujours séparer le sang pur de la barbarie. Pour démontrer, s’il se peut, ce postulat, la revue a convoqué les meilleurs auteurs latins de l’Antiquité, de Sénèque à Saint Augustin en passant par Tite-Live, Cicéron et Tacite, et fait une lecture tronquée de la politique d’assimilation de l’Empire. Les Juifs auraient tout au long affirmé déjà leur vocation au reniement de la patrie et l’édit de Caracalla aurait indûment « barbarisé » le monde romain, dans une lâcheté fatale.
Fascist Italy’s anti-Semitism was more virulent than has often been said. It was given legitimacy by erudite articles in this journal. The Roman sword always has to separate the pure blood from barbarianism. To prove this postulate, if possible, the journal summoned the best Latin authors of Ancient Greece, from Seneca to St. Augustus, and including Livy, Cicero and Tacitus and made a truncated analysis of the assimilation policy of the Empire. The Jews all along supposedly stated they would give up their homeland, and the edict of Caracalla supposedly unduly « barbarized » the Roman world.
L’antisémitisme du régime fasciste italien, plus virulent qu’on l’a souvent dit, fut soigneusement légitimé et entretenu par une presse aux ordres, mais aussi par les plumes plus érudites de La Difesa della Razza. Revue de détail des auteurs antiques convoqués pour l’occasion, avec l’ambition de lutter contre toute « barbarisation » du Nouvel Empire.
L’année 1938 voit le renforcement de la volonté totalitaire du fascisme italien, déjà perceptible depuis la victoire en Éthiopie en 1936. Le rapprochement politique avec l’Allemagne nazie est illustré par le voyage de Mussolini à Berlin en septembre 1937 puis d’Hitler en Italie en mai 1938 et trouvera son aboutissement diplomatique par la signature du Pacte d’Acier, le 22 mai 1939. Le Duce s’adjuge la dignité de Premier maréchal de l’Empire le 30 mars 1938, au même titre que le roi Victor-Emmanuel III, ce qui ne manque pas d’irriter le souverain. D’autre part, le régime s’engage dans une offensive contre les habitudes bourgeoises en critiquant l’utilisation du
lei comme forme de vouvoiement
[1]. De plus, à partir du 1
er février 1938, le pas de parade de l’armée italienne devient le pas romain, assez proche du pas de l’oie allemand. Beaucoup plus lourd de conséquences fut le choix de s’engager dans une politique raciale
[2].
L’antisémitisme était étranger à l’essence du fascisme, à la différence du nazisme. Avant 1922, l’antisémitisme restait marginal et se retrouvait dans quelques publications telles
L’Assalto ou
Audacia. Pour sa part, Mussolini n’était pas fondamentalement antisémite. Pendant une vingtaine d’années, Margherita Sarfatti, d’origine juive, fut sa maîtresse. En 1926, il reçut Chaïm Weizmann, le père du sionisme. En 1929, il explique, en faisant référence à la présence juive durant l’Antiquité : « Les Juifs sont à Rome depuis l’époque des rois ; peut-être ont-ils fourni aux Sabines des vêtements après leur enlèvement. Ils étaient cinquante mille sous Auguste et ils demandèrent à pleurer sur la dépouille de Jules César. Nous les laisserons en paix.
[3] » Le Duce condamna le racisme en 1932, lors de ses entretiens avec le journaliste allemand Emil Ludwig
[4] et reçut le grand rabbin de Rome au palais de Venise en 1934. La guerre d’Éthiopie marque sans doute un tournant. La propagande fasciste insiste sur la supériorité de la race italienne sur les races africaines. La répression qui suit l’attentat du 19 février 1937 contre le maréchal Graziani, vice-roi d’Éthiopie, est brutale : 3 000 à 6 000 morts selon les sources italiennes, 30 000 morts selon les sources éthiopiennes
[5]. En avril 1937, les autorités italiennes prennent un décret sanctionnant de cinq ans de prison tout Italien vivant en concubinage avec une Éthiopienne.
Vis-à-vis des Juifs, la campagne antisémite débute le 14 juillet 1938 par la publication du « Manifeste de la race » dans
Il Giornale d’Italia, affirmant que les Juifs ne font pas partie de la race italienne. Suivent alors toute une série de mesures législatives. Le 1
er septembre, est créé le Conseil supérieur pour la démographie et la race. Le 7 septembre, un décret-loi est pris à l’encontre des Juifs étrangers vivant en Italie. Le 17 novembre, paraissent des décrets-lois, dont le principe avait été approuvé par le Grand Conseil fasciste du 6 octobre
[6], qui excluent les Juifs de l’enseignement, des académies, de l’armée, qui interdisent les mariages mixtes et la possession de biens immobiliers. C’est dans ce contexte qu’est publié, le 5 août 1938, le premier numéro de la revue
La Difesa della Razza (La Défense de la Race), dirigée par Telesio Interlandi
[7]. Nous allons étudier un aspect particulier de cette publication, à savoir l’utilisation faite de l’Antiquité pour approuver la politique raciale entreprise par le régime fasciste. La période antique pourra fournir des modèles et des justifications ou bien, au contraire, donner des contre-exemples à ne pas suivre. À preuve : en couverture du n° 1 de la revue, un glaive romain sépare un buste romain d’une figurine sémitique du 3
e siècle avant J.-C. (Rheinishes Landesmuseum de Trèves) et d’une tête de jeune noire.
â—¦ À la recherche d’un racisme antique
Les auteurs antiques vont servir d’autorité aux rédacteurs de
La Difesa della Razza pour étayer la politique que met en place le régime fasciste et pour prouver que le concept de race était important dans l’esprit des Anciens
[8]. En premier lieu Caton l’Ancien, auquel un article est consacré dans le numéro du 20 novembre 1938, sous la plume de Roberto Bartolozzi, sous le titre « Le racisme de Caton l’Ancien ». L’auteur insiste sur la haine de Carthage, sur « l’anti-punisme » de Caton (dit également Caton le Censeur suite à sa censure de 185 avant J.-C.) : « Si les cités grecques conquises eurent droit à sa générosité et il voulut leur conserver tant de splendeur de la civilisation du monde, contre la cité punique, il fut implacable. Il n’eut pas de repos jusqu’à ce qu’il en vit la destruction certaine. Et ce fut son exclamation, cette brève formule de sa haine envers un peuple d’une autre origine et d’un autre sang que, reprenant le fier esprit romain, l’histoire a conservée. » Ainsi la formule
Carthago delenda est (il faut détruire Carthage),
leitmotiv des discours de Caton au Sénat à la fin des années 150 avant J.-C., aurait été l’illustration d’un racisme chez le défenseur intraitable des intérêts romains.
Outre le fait que Caton ne put voir « la destruction certaine » de Carthage puisqu’il mourut en 149 avant J.-C., alors que la cité punique ne fut détruite que trois ans plus tard, il est nécessaire de souligner deux faits. D’abord, il est quelque peu cocasse de présenter Caton sous le jour d’un philhellène généreux lorsque l’on sait, par exemple, que durant sa tournée diplomatique dans les cités grecques en 191 avant J.-C., alors que s’annonçait la guerre contre Antiochos III, il refusa, alors qu’il en avait les capacités, de s’adresser à ses interlocuteurs en grec, en particulier à Athènes
[9]. Ensuite, il convient de moduler l’insistance sur l’aspect racial dans la volonté de Caton de détruire Carthage. Il n’est sans doute pas utile d’évoquer des causes raciales pour expliquer l’attitude de Caton. On peut percevoir dans l’obstination de Caton les craintes d’un ancien combattant de la guerre contre Hannibal, l’influence des
mercatores qui redoutaient la nouvelle prospérité carthaginoise, la volonté de puissance d’un État romain qui ne voulait plus de rival en Méditerranée, voire la dernière occasion pour Caton de jouer un rôle politique à plus de 80 ans
[10].
Deuxième autorité convoquée : Tite-Live, étudié par Mario Baccigalupi dans l’article « La doctrine de la race chez Tite-Live » du numéro du 20 février 1941. « Tite-Live n’a pas théorisé dans un manuel politique sa doctrine, mais celle-ci est encore plus claire et incisive dans l’histoire. Il a exprimé l’âme de la romanité, et par conséquent, de la race italienne en narrant l’histoire de la grande entrée en lice des peuples combattant pour la domination du monde. » Baccigalupo synthétise par la suite les valeurs de la romanité que Tite-Live met en exergue : la valeur guerrière, la foi, la sobriété, la concorde, la ténacité, le dynamisme héroïque. On retrouve les échos de ces valeurs dans les réflexions de Mussolini sur le fascisme italien : « La vie telle que la conçoit le fascisme est grave, austère, religieuse. […] L’État fasciste est une volonté de puissance et de domination. La tradition romaine est une idée de force. […] Mais l’empire exige la discipline, la coordination des efforts, le devoir et le sacrifice
[11]. » Il est vrai que Tite-Live a sans doute voulu fournir à ses lecteurs le panel des qualités romaines afin, selon la formule de Jean Bayet, de « fixer le portrait moral du Romain
[12] », susceptible de servir de modèle à l’homme fasciste.
Enfin, Tacite est également mis à contribution au travers de son ouvrage dédié à son beau-père, Agricola. Le journaliste Osvaldo Costanzi, dans le numéro du 20 mai 1939, intitule son étude « Tacite et le problème de la race ». Le portrait que dresse Tacite de son beau-père défunt fournit le portrait du vrai Romain, aux yeux de Costanzi : son courage militaire durant son passage en Bretagne en tant que légat entre 77 et 84, sa « dignité », sa « physionomie plein d’agrément », son « honneur intact »
[13]. Dans les harangues prêtées à Agricola, se retrouvent les vertus qui doivent servir de référence aux fascistes des années 1930, ces derniers s’estimant les héritiers de la race romaine. Ainsi, dans le discours tenu par Agricola à ses troupes à la veille de la bataille du mont Graupius en 83 : « Pour ma part, j’ai depuis longtemps arrêté que ni armée ni chef ne trouvent sûreté à tourner le dos. Si donc une mort honorable est préférable à une vie honteuse, le salut aussi est inséparable de la gloire ; et il n’aura pas été sans éclat de tomber à la frontière même du monde et de la nature
[14]. » Il y a de la rhétorique d’Agricola dans la formule mussolinienne : « Mieux vaut vivre un jour comme un lion que cent ans comme un mouton. »
S’il est exact que
La Difesa della Razza se consacra essentiellement à la question raciale, la revue aborda également des sujets adjacents à celle-ci. Ainsi, la démographie et la natalité en Italie. Par le discours dit de l’Ascension du jeudi 26 mai 1927 devant la Chambre des députés, Mussolini avait affirmé la volonté nataliste du régime, fixant comme objectif une population italienne de 60 millions de personnes pour 1950
[15]. Les références antiques ne manquent pas dans le propos du Duce. « La paix romaine d’Auguste est une façade brillante derrière laquelle fermentent les signes de la décadence. Au cours du dernier siècle de la République, de Jules César qui envoya ses légionnaires ayant trois enfants dans les terres fertiles du Mezzogiorno, aux lois d’Auguste, aux
ordines maritandi, l’angoisse est évidente. Cette période et les trois premiers siècles de l’Empire sont dominés par cette angoisse : l’Empire ne se tient plus parce qu’il doit assurer sa défense par des mercenaires
[16]. » Aussi Mussolini, tel Auguste conscient d’un déclin démographique des Romains de souche, veut remédier à ce qui est perçu comme un déclin démographique, d’autant plus que le concept de race forte, tel que le fascisme en défend le principe à la fin des années 1930, ne peut s’accommoder d’une léthargie nataliste. C’est donc en héritière de l’Antiquité romaine que la politique fasciste fait appel au souvenir d’un Horace. Le 20 mai 1939, Irma Marimpietri publie « Race et romanité dans la poésie d’Horace ». « Aussi bien », écrit-elle, « Horace que Caton furent des Romains et sentirent le besoin de prendre position contre ces forces qui, de l’extérieur comme de l’intérieur, tentèrent d’affaiblir la force romaine. Horace se leva contre la corruption de type grec entrée dans les familles, corruption dont le premier effet fut la dénatalité qu’Auguste chercha à combattre avec la
Lex Julia de maritandis ordinibus. » L’allusion à cette loi augustéenne n’est pas fortuite. Votée en 18 avant J.-C. (en même temps que la
Lex Julia de adulteriis coercendis réprimant l’adultère) et complétée en 9 par la
Lex Papia Popaea, elle vise à favoriser la carrière des sénateurs pères de famille, à imposer des restrictions aux droits d’héritage pour les célibataires et les hommes mariés sans enfant, à accorder des immunités particulières aux pères de trois enfants et plus. Cette législation visait à lutter contre une dénatalité que l’empereur trouvait sensible dans les classes dirigeantes. Nouvel Auguste, Mussolini impose les célibataires depuis une loi de 1927 et met sur pieds récompenses pécuniaires et honorifiques pour les familles nombreuses.
D’autre part, Horace insiste sur la difficulté de cohabitation conjugale entre Romains et barbares, argument utile pour la propagande de
La Difesa della Razza. « Le soldat de Crassus
[17] a-t-il pu vivre, mari dégradé, avec une épouse barbare ? Ont-ils pu – ô renversement de la Curie et des mœurs ! – vieillir dans les armes des ennemis leurs beaux-pères, sous un roi mède, le Marse et l’Apulien, oublieux des anciles, du nom romain, de la toge, de l’éternelle Vesta, quand Jupiter et la ville de Rome sont encore debout
[18] ? » Donc, à l’époque d’Auguste comme à la suite de la victoire de l’Italie fasciste en Éthiopie, il ne convient pas d’admettre un quelconque « abâtardissement » de la race.
Le souvenir d’Horace n’est pas le seul à être mis à contribution. Il en est de même avec Catulle, Cicéron, Virgile
[19]. D’abord Catulle. Le poète de Vérone fut, entre autre, le chantre de la maternité, de l’amour familial et de la procréation. Ainsi dans la
Carmina 61 : « Maintenant tu peux venir, nouvel époux ; l’épouse est dans ta couche ; son visage a l’éclat des fleurs, celui de la blanche matricaire ou du rose pavot. Et toi, jeune époux, (que les dieux du ciel m’assistent !) tu n’es pas moins beau et Vénus ne t’oublie pas. Mais le jour fuit ; approche, ne tarde pas. […] Livrez-vous de tout cœur au plaisir et que bientôt il naisse de vous des fils. Une race d’un nom si ancien ne doit pas s’éteindre faute de fils, mais produire à jamais des rejetons de la même souche
[20]. »
Puis Cicéron, évoqué au travers de sa dernière œuvre (en 43 avant J.-C.), le
De officiis (Traité des devoirs). Deux ans après la perte douloureuse de sa fille Tullia, Cicéron adresse ce traité de philosophie stoïcienne à son « cher fils Marcus ». Celui qui va bientôt mourir sous les coups des sbires de Marc Antoine démontre le sens des responsabilités et l’amour paternel qui structurent une famille, une société et un peuple à l’image de ce que souhaite le régime fasciste pour l’Italie de son temps : « Quand j’aurai su que tu te plais à ce genre d’étude, j’en parlerai avec toi si nous sommes ensemble un jour prochain, comme je l’espère ; tant que tu seras loin, je te parlerai de loin. Adieu, mon cher Cicéron ; sois convaincu que tu m’es très cher et que tu le seras bien d’avantage, si tu es content de recevoir ces leçons et ces préceptes
[21]. »
Ensuite la
Quatrième Bucolique (ou
Églogue) de Virgile, véritable hymne à l’enfant et à la famille, thèmes chers à la fois à Auguste et au régime fasciste. Ainsi le final de cette
Bucolique : « Commence, petit enfant, à reconnaître ta mère et son sourire (à ta mère, dix mois ont apporté de longs dégoûts), commence, petit enfant : celui qui n’a pas vu ses parents lui sourire, un dieu ne l’a pas jugé digne de sa table, ni une déesse de sa couche
[22]. »
â—¦ La lutte contre les juifs, héritage de la Rome antique
Deux articles importants de
La Difesa della Razza soulignent combien les Juifs furent souvent des adversaires de l’ordre romain. D’abord, « Révoltes et séditions des Juifs dans l’Empire romain » d’Antonio Trizzino dans le numéro du 20 mars 1939, puis « Le judaïsme et l’Empire romain » de A. M. de Giglio dans celui du 5 octobre de la même année. Sont présentés les grands moments de conflits entre les Juifs et les autorités romaines : la révolte des Juifs de Cyrène durant la guerre contre Mitridate, roi du Pont, en 87 avant J.-C. ; les soulèvements des communautés juives de Séleucie et Alexandrie en 38, sous Caligula ; la grande insurrection de la Judée en 66-70 qui vit la prise de Jérusalem par les troupes de Titus et la destruction du Temple ; les troubles de Palestine sous Domitien ; la révolte juive qui éclate à la fin du règne de Trajan en Cyrénaïque, en Égypte et à Chypre ; la nouvelle grande insurrection en Judée sous la direction de Bar Kocheba sous Hadrien, en 132-135 ; les troubles des débuts du règne de Septime Sévère ; enfin, la révolte des Juifs de Diocesarea sous Constance. Remarquons qu’il n’est pas fait allusion à l’intervention de Pompée en Judée en 64-63 avant J.-C. qui, pourtant, fut marquée par l’entrée des Romains à Jérusalem et de Pompée dans le Saint des Saints, à un moment où il réorganisait l’Orient au profit de Rome
[23]. Ainsi, la revue
La Difesa della Razza amène son lectorat à comprendre que les Juifs qui furent si souvent les adversaires de Rome, le sont désormais de l’Italie fasciste, héritière de la Rome impériale.
Mais, on ne se contente pas d’énumérer les luttes des Juifs contre Rome, on utilise également la caution d’auteurs antiques. Dans le numéro du 5 septembre 1938, Giorgio Almirante
[24] en cite plusieurs :
- Juvénal, Satire, 6 (543-549) : « Dès qu’il s’est retiré, arrive une Juive chevrotante qui, laissant là sa corbeille et son foin, mendie en tapinois à l’oreille. Elle est l’interprète des lois de Solymes (Jérusalem), la grande prêtresse de l’arbre, la messagère fidèle du Ciel suprême. À elle aussi on remplit la main, mais plus parcimonieusement. Pour quelque menue monnaie, les Juifs vous vendent toutes les chimères du monde
[25]. » Au demeurant, un autre extrait de l’œuvre du satiriste pouvait servir de caution à Almirante lorsque Juvénal regrette que l’Oronte se déverse dans le Tibre : « Depuis longtemps l’Oronte syrien se jette dans le Tibre, portant avec lui et la langue et les mœurs, et la harpe aux cordes obliques avec le joueur de flûte, et les tambourins, et les filles qui ont ordre de guetter près du cirque » (Satire, 3 (63-66)). Si les juifs ne sont pas visés en tant que tels, cette image de l’influence orientale participe à l’idée que l’Orient dans son ensemble corrompt Rome et ses mœurs ;
- Tacite, Histoires, 5 (5), qui décrit au début du livre l’installation de Titus devant Jérusalem puis du paragraphe 2 au paragraphe 5 analyse le peuple juif et ses coutumes. Tacite écrit au paragraphe 5 : « Ces rites (ceux de la religion juive), de quelque façon qu’ils aient été introduits, peuvent se justifier par leur antiquité ; les autres observances sont sinistres, infâmes, et la dépravation les a fait prévaloir. […] Ceux qui adoptent leur religion suivent la même pratique, et les premiers principes qu’on leur inculque sont le mépris des dieux, le reniement de leur patrie, et l’idée que parents, enfants, frères et sœurs sont des choses sans valeur
[26]. »
- Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 13 (9), où il est glissé au détour d’une phrase : « Celles de ces dattes que nous employons dans les offrandes aux dieux ont reçu le surnom de chydées chez les Juifs, peuple bien connu pour son mépris des divinités
[27]. »
- Saint Augustin, La Cité de Dieu, 6 (11), où Augustin critique la théologie civile de la religion romaine traditionnelle en utilisant, entre autres, des passages du De Superstitione de Sénèque. Dans le fragment 42 et 43 de cette œuvre, le philosophe stoïcien a des formules rudes à propos des Juifs : « Et cependant la coutume de cette race scélérate a tellement prévalu que déjà presque toute la terre la reçoit. Les vaincus font la loi aux vainqueurs
[28]. »
Par ailleurs, Almirante fait une allusion à une attitude anti-juive de Cicéron rapportée par Plutarque mais ne donne pas aux lecteurs les références exactes. Il semble qu’il s’agisse de ce que relate Plutarque à propos de Cicéron au moment du procès contre Verres en 70 avant J.-C. Vis-à-vis de l’intention d’un affranchi du nom de Caecilius, sans doute converti au judaïsme, de s’occuper de la plainte des Siciliens contre leur ancien préteur, Cicéron réagit en faisant un jeu de mot douteux sur le mot « verres » (porc en latin) : « Quoi de commun entre un Juif et un porc » (Plutarque,
Vies parallèles, Vie de Cicéron, 7 (6))
[29]. En l’occurrence, Cicéron est assez représentatif de l’attitude des Romains envers les Juifs. Comme l’écrivit Henri de La Ville de Mirmont, « on sait en quelle mésestime était le nom de Juif dans la société romaine
[30] ». Almirante en conclut que « la voix de Cicéron est la voix de Rome, c’est-à-dire de notre race et de la civilisation qu’elle créa ». D’autre part, Almirante ne cite pas directement Suétone comme il le fait avec Tacite ou Pline l’Ancien mais il l’utilise sans doute comme source lorsqu’il évoque l’expulsion des Juifs de Rome (avec sans doute la mention du Christ dans le texte de Suétone) par l’empereur Claude en 49 : « Comme les Juifs se soulevaient continuellement, à l’instigation d’un certain Chrestos, il les chassa de Rome
[31]. »
Par ce recours à l’autorité des auteurs anciens, Almirante compte donner du poids à son argumentation, tout en montrant que déjà, à l’époque romaine, les Juifs n’étaient pas un élément fiable de la société, en marge de celle-ci par leur comportement, leurs coutumes, voire leur « reniement de leur patrie » selon la formule de Tacite. Pour tout dire, des éléments dangereux pour l’Italie fasciste comme ils le furent pour l’Empire romain. Aussi, la politique sévère de Vespasien et de Titus envers les Juifs à la suite de la révolte de 66-70 est-elle approuvée par Ottorino Gurrieri dans son article du 20 septembre 1941, intitulé « Destructeurs d’Israël ». De même, l’article d’Emilio Canevari, « Les Juifs et la guerre », en date du 5 novembre 1938, est illustré par l’arc de Titus, symbole de la défaite juive de 70 ou bien, la couverture du numéro du 20 juin 1942 a pour photographie une reproduction d’une monnaie de l’époque de Vespasien avec la mention Judea Capta.
Cette utilisation de l’Antiquité romaine permet à Paolo Guidotti de conclure son article, « Le peuple le plus antisocial de l’Empire romain », du 20 décembre 1940 : « Les Juifs, comme mille autres peuples de l’Empire romain, auraient pu vivre dans la paix, dans la tranquillité et dans la prospérité sous les insignes de Rome mais leur sang les pousse vers les rêves frénétiques et les arides fanatismes d’un Bar Kocheba ou d’un Simeon Bar-Ghior, d’où, intolérants envers un ordre hiérarchique et une collaboration sociale, retombe sur eux la responsabilité d’une histoire séculaire faite de mépris et de souffrance
[32]. »
â—¦ L’édit de Caracalla et la barbarisation de l’empire
L’Antiquité romaine fournit, a contrario, des exemples à ne pas suivre. Dès le premier numéro du 5 août 1938, Giorgio Almirante produit un long article intitulé « L’édit de Caracalla. Un demi-barbare aplanit la voie aux Barbares ». Les illustrations de l’article sont sans ambiguïté avec un buste de Caracalla comparé à un buste d’Auguste
[33]. Le premier est commenté de la manière suivante : « Les traits chargés du semi-barbare Caracalla illustrent suffisamment le principal mobile de son désastreux édit. » À l’inverse, celui d’Auguste : « Auguste, qui ne voulut pas contribuer à la barbarisation de l’Empire, reflète sur son visage la noblesse de la race italique. »
Dans son réquisitoire contre la politique de Caracalla, Almirante utilise le passage de Dion Cassius dans lequel Auguste déconseille à Tibère de lancer, à l’avenir, un processus de citoyenneté à vaste échelle
[34]. Il a également recours à l’extrait de l’
Apocoloquintose du divin Claude de Sénèque dans lequel l’auteur fait dire à Clôtho, une des Parques chargée de couper le fil reliant l’homme à la vie : « Par Hercule ! dit-elle, j’aurais voulu allonger un tout petit peu sa vie, le temps qu’il octroie le droit de cité au tout petit nombre de ceux qui ne l’ont pas encore car il s’est promis de voir en toge tous les Grecs, les Gaulois, les Espagnols, les Bretons
[35]. » La politique de l’empereur fut assez généreuse en matière de citoyenneté romaine, comme le confirme Tacite lorsqu’il retranscrit le discours de Claude devant le Sénat en 48 annonçant l’admission au Sénat de notables gaulois (
Annales, 11 (24)) et qui est également connu par la Table claudienne de Lyon. De même, Claude confirma la citoyenneté romaine à la tribu alpestre des Anauni. Dans la logique de la politique raciale entreprise par le régime fasciste à la fin des années 1930, la politique de Claude ne peut être utilisée que comme contre-exemple.
Aux yeux du propagandiste fasciste, le début de la décadence se situe avec les empereurs provinciaux du 2
e siècle. L’Espagnol Hadrien accorda trop de place au recrutement régional et aux corps militaires étrangers au sein des forces armées de l’Empire. Il est sans doute fait allusion aux
numeri spécialisés tels les cavaliers maures, les archers palmyriens, les troupes germaines. Ainsi que l’écrivit Paul Petit, « le recrutement régional devint la règle pour les légions et les contingents auxiliaires se composèrent souvent de barbares ». Mais il semble que le droit de cité leur fut peu accordé
[36]. Marc-Aurèle, Italien d’origine mais « imbu d’esprit grec », concéda, lui, la citoyenneté romaine à de nombreux provinciaux. Joël Le Gall et Marcel Le Glay en sont d’accord mais apportent une précision qui atténue l’impression de laxisme que veut laisser la publication fasciste : « Le titre même de citoyen romain était de plus en plus répandu dans l’Empire, notamment par la naturalisation accordée aux soldats des corps auxiliaires lors de leur démobilisation. […] Pour éviter les fraudes, Marc-Aurèle créa un véritable état civil en rendant obligatoire la déclaration des naissances dans les trente jours
[37]. » Quant à l’Africain Septime Sévère, il peuple de provinciaux les postes de responsabilité de l’armée. Il est vrai que parmi les trois légions Parthiques créées en 296, le seul commandant connu pour le règne de Septime Sévère est Caius Julius Pacatianus, originaire de Vienne en Narbonnaise. Comme le note Roger Rémondon, « les Sévères s’appuient sur l’armée, mais une armée non italienne
[38] ». Pour les responsables de
La Difesa della Razza, l’abandon de l’italianité était donc annonciatrice de déboires.
Ainsi, l’aboutissement de cette longue politique néfaste fut l’édit de Caracalla de 212 accordant la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’Empire qui n’en bénéficiaient pas déjà. Almirante explique la décision de promulguer cet édit par trois raisons essentielles. D’abord, le désir d’assujettir plus de citoyens aux impôts qui n’étaient pas payés par les pérégrins, en particulier l’impôt sur les héritages. En cela, il suit l’analyse fournit par Dion Cassius, très défavorable à Caracalla
[39]. Ensuite, l’édit serait le moyen d’obtenir l’appui des provinciaux contre les Italiens et de faire oublier le meurtre de son frère Geta, commis en février 212. Il est également reproché à Caracalla, mais cela n’a plus de liens directs avec l’édit sur la citoyenneté romaine, d’accorder ses faveurs aux cultes orientaux et donc étrangers d’Isis et Sérapis. Il est vrai que Caracalla fait figurer Sérapis sur le revers de ses monnaies à partir de 212, qu’il entreprend une retraite au Serapeum d’Alexandrie et qu’il fait édifier un temple à Sérapis sur le Quirinal
[40]. Aussi, la conclusion de l’article est-elle sans appel, tout en glissant une attaque anti-française à un moment où les relations sont tendues entre Rome et Paris : « Ceci fut l’œuvre désastreuse de l’empereur Caracalla, né à Lyon et ainsi dénommé pour sa manière ridicule de se vêtir à la façon des Gaulois. Le mal français, comme on le voit, est de très ancienne facture
[41]. » Cette critique gallophobe se comprend d’autant mieux que nous sommes à quelques semaines du début d’une crise franco-italienne initiée par la séance du 30 novembre 1938 au palais de Montecitorio au cours de laquelle les députés fascistes hurlèrent, durant une manifestation savamment orchestrée, des revendications sur la Tunisie, la Savoie, Nice et la Corse.
« Pour connaître la vérité sur ces peuples anciens (les Grecs et les Romains), il est sage de les étudier sans songer à nous, comme s’ils nous étaient tout à fait étrangers, avec le même désintéressement et l’esprit aussi libre que nous étudierions l’Inde ancienne ou l’Arabie
[42]. » Ce conseil de Denis Fustel de Coulanges ne fut guère mis en pratique par les responsables de la revue
La Difesa della Razza. Ils voulurent intérioriser au fascisme l’héritage antique pour mieux soutenir la politique du régime, en l’occurrence la politique raciale. Sur le plan de l’analyse historique, il y a sans doute utilisation abusive d’un concept de la romanité étendue à l’ensemble de l’Italie comme le fait le régime fasciste qui eut tendance à italianiser la romanité. Il a fallu la rude guerre sociale de 91-88 avant J.-C. pour que se répande progressivement la citoyenneté romaine à l’ensemble de la péninsule avec pour aboutissement son octroi à tous les Italiens en 49 avant J.-C.. Si Cicéron a pu affirmer que Rome était la patrie commune des Italiens (
De legibus, 2 (2, 5)), Michel Tarpin note que « la concession de la citoyenneté n’a pas créé de sentiments unitaires, mais seulement la convergence à Rome des intérêts de groupes restreints : en l’absence d’une identité nationale italienne, les élites de la péninsule, privées de leurs vieilles identités culturelles, ont adopté une identité romaine et impériale, au détriment de l’Italie. […] En plein 2
e siècle, Appien peut encore écrire que l’Italie est sujette de Rome. […] Les monnaies de Trajan à la légende
Italia restituta (Italie restaurée) supposent une forme de subordination, tout comme celles de Septime Sévère et Caracalla, évoquant l’
indulgentia Augustorum in Italia, la bien-veillance des Augustes envers l’Italie
[43] ». Néanmoins, Rome fut un bel organisme assimilateur, ce que ne souligne pas la revue
La Difesa della Razza, si ce n’est pour dévaloriser ceux qui auraient galvaudé la romanité originelle en intégrant des peuples étrangers à la citoyenneté romaine. On peut imaginer que les rédacteurs n’avaient pas pour lecture de chevet
L’Éloge de Rome d’Aelius Aristide dans lequel ce dernier reconnaît que les Romains ont su assurer la paix, l’ordre et la liberté de chaque peuple de l’Empire par une intégration progressive dans une communauté garantie par Rome
[44].
Au-delà de ces débats historiques, c’est toute la politique d’expansion de l’Italie fasciste qui cherche à trouver sa justification. Le 20 avril 1940, La Difesa della Razza reproduit l’affiche « Natale di Roma. Festa della razza italica ». Se faisant face, un légionnaire de l’époque de César et un légionnaire du temps de Mussolini. Au centre, la carte installée sur les murs de la basilique de Maxence, du côté de la via dell’Impero, encadrée par la louve romaine et les insignes légionnaires. Les ambitions impériales du Duce se perdirent dans les sables d’Afrique du Nord, dans les montagnes balkaniques et dans les plaines russes. Quant aux Juifs italiens, le cauchemar se transforma en tragédie lorsqu’à partir d’octobre 1943, l’ancien allié allemand, devenu pour le peuple italien le nouvel occupant, entreprit des rafles dans toute la péninsule occupée. Le 16 octobre 1943, 1 259 juifs romains sont arrêtés dans l’ancien ghetto, à quelques pas du théâtre de Marcellus et du portique d’Octavie, monuments que l’empereur Auguste dédia à son neveu et à sa sœur, témoignages d’une grandeur romaine tant vantée par le fascisme italien.
â–¡
[1]
Sur ce sujet, cf. Marie-Anne Matard-Bonucci, « L’anti-lei : utopie linguistique ou projet totalitaire ? »,
Mélanges de l’École Française de Rome, tome C, 1988-2, p. 971-1010.
[2]
Sur cette question, on peut se reporter à Renzo De Felice,
Storia degli Ebrei italiani sotto il fascismo, Einaudi Tascabili, Torino, 1993, 647 p., et, du même auteur,
Mussolini, il Duce. Lo Stato totalitario (1936-1940), Einaudi, Torino, 1981, 944 p. ; Michele Sarfati,
Gli Ebrei nell’Italia fascista. Vicende, identità, persecuzione, Einaudi, Torino, 2000, 377 p. ; Pierre Milza,
Mussolini, Paris, Fayard, 1999, p. 749-757. Sur la question de savoir si les lois raciales ont été véritablement appliquées, des mises au point ont été faites par Paola Di Cori, « Le leggi razziali »
in Mario Isnenghi (a cura di),
I luoghi della memoria. Simboli e miti dell’Italia unita, Laterza, Roma-Bari, 1998, p. 463-476 ; Marie-Anne Matard-Bonucci, « L’antisémitisme en Italie : les discordances entre la mémoire et l’histoire »,
Hérodote, n° 89, 2
e semestre 1998, p. 217-238. Des études locales ont montré que l’application des lois avait été beaucoup plus stricte que ce que l’on avait longtemps cru. Ainsi, pour Turin, voir F. Levi (a cura di),
L’ebreo in ogetto. L’applicazione della normativa antiebraica a Torino (1938-1943), Einaudi, Torino, 1991.
[3]
Benito Mussolini,
Opera omnia, tome 24, discours à la Chambre des députés à propos des accords du Latran le 13 mai 1929, La Fenice, Firenze, 1956, p. 48. L’attitude des Juifs à la suite de la mort de César, dont la popularité parmi eux vient sans doute du fait qu’il vainquît le destructeur de Jérusalem de 63 avant J.-C. qu’était Pompée, nous est connue par Suétone : « Outre ces manifestations solennelles de la douleur publique, les colonies étrangères prirent le deuil séparément, chacune à sa manière, tout spécialement les juifs, qui allèrent jusqu’à se réunir plusieurs nuits de suite autour de son tombeau. » Suétone,
Vies des douze Césars, Vie de César, 84, texte établi et traduit par Henri Ailloud, Paris, Les Belles Lettres, 1981.
[4]
« Il n’existe plus une race pure » affirme Mussolini à Ludwig,
in Émile Ludwig,
Colloqui con Mussolini, Milano, Mondadori, 1950, p. 87.
[5]
Sources étudiées par Fabienne Le Houérou
in L’épopée des soldats de Mussolini en Abyssinie. Les « Ensablés », Paris, L’Harmattan, 1994, p. 78.
[6]
À ce sujet, le comte Ciano note dans son
Journal à la date du 6 octobre : « Grand Conseil. Problème des juifs. Parlent en leur faveur Balbo, De Bono et Federzoni. Les autres sont contre. Surtout Bottai qui me surprend par son intransigeance. Il s’oppose à une quelconque atténuation des mesures. “Ils nous haïrons parce que nous les avons chassé. Ils nous mépriserons parce que nous les réadmettrons.” Le Duce, dans l’intervalle, me dit : “Les discriminations ne comptent pas. Il est nécessaire de soulever le problème. Maintenant, l’antisémitisme est inoculé dans le sang des Italiens. Il continuera de lui-même à circuler et à se développer. Ce soir, s’ils sont conciliants, je serai très dur dans la préparation des lois” ».
In Galeazzo Ciano,
Diario (1937-1943), a cura di Renzo De Felice, Rizzoli, Milano, 1980, p. 193.
[7]
J’ai pu consulter les numéros de
La Difesa della Razza à la Biblioteca di storia moderna e contemporanea à Rome.
[8]
Dès le premier numéro du 5 août 1938, est reproduite une frise égyptienne des années 1 300 avant J.-C. montrant les différentes races avec leurs caractéristiques physiques et les diverses couleurs : rouge pour les Égyptiens, jaunes pour les Asiatiques, noirs pour les Africains, blancs « pour les hommes du Septentrion ».
[9]
Cf. Pierre Grimal,
Le siècle des Scipions. Rome et l’hellénisme au temps des guerres puniques, Paris, Aubier, 1975, p. 192.
[10]
Cf. l’analyse de Giovanni Brizzi
in François Hinard (dir.),
Histoire romaine, t. 1 :
des origines à Auguste, Paris, Fayard, 2001, p. 498.
[11]
Benito Mussolini,
Le fascisme, Paris, Denoël et Steele, 1934, p. 130.
[12]
Tite-Live,
Histoire romaine, livre 1, texte établi par Jean Bayet et traduit par Gaston Baillet, revu, corrigé et augmenté par Richard Adam, Paris, Les Belles Lettres, introduction, p. 40.
[13]
Voir Tacite,
Agricola, 44, texte établi et traduit par E. de Saint-Denis, Paris, Les Belles Lettres, 1967.
[15]
Sur la politique démographique de l’Italie fasciste, on peut se reporter à Vitoria de Grazia,
Le donne nel regime fascista, tascabili Marsilio, Venezia, 2000, en particulier les chapitres 3 « Essere madri » (p. 69-111) et 4 « la famiglia e lo Stato » (p. 113-164).
[16]
Traduit de Benito Mussolini,
Discorsi del 1927, Alpes Casa editrice, 1928, p. 81.
[17]
Allusion aux soldats de Marcus Licinius Crassus défaits par les Parthes à Carrhes en 53 avant J.-C.
[18]
Horace,
Odes, Livre 3, 5, (5-11).
[19]
C’est le cas dans un article de
La Difesa della Razza du 20 décembre 1938 consacré à la défense de la maternité et de la race ayant pour illustration un relief du 2
e siècle représentant une mère avec ses enfants et exposé au musée d’histoire de l’art de Genève.
[20]
Catulle,
Poésies, Carmina 61, texte établi et traduit par Georges Lafaye, Paris, Les Belles Lettres, 1970.
[21]
Cicéron,
Traité des devoirs, 3, 33, 121
in Les Stoïciens, textes traduits par Émile Bréhier, Paris, Gallimard, 1978, Bibliothèque de la Pléiade.
[22]
Virgile,
Bucoliques, 4
e Bucolique, 60, texte établi et traduit par E. de Saint-Denis, Paris, Les Belles Lettres, 1960. Cette Bucolique de Virgile a provoqué bien des débats. Lactance, Constantin, Saint Augustin y ont vu une inspiration divine annonçant la venue du Christ. Pour une analyse fine des diverses possibilités sur l’identité de l’enfant, cf. Jérôme Carcopino,
Virgile et le mystère de la IVe Églogue, 1930. À signaler une allusion faite dans le présent article au Digeste d’Ulpien, juriste et préfet du Prétoire sous Sévère Alexandre, assassiné par les prétoriens en 223.
[23]
Pour un récente mise au point de ces rapports tumultueux, se reporter à Maurice Sartre,
D’Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique (iv
e siècle avant J.-C.-iii
e siècle après J.-C.), Paris, Fayard, 2001, en particulier les chapitres 12 et 14.
[24]
Inconnu en 1938, Giorgio Almirante eut une postérité politique. Rédacteur en chef du journal fasciste
Il Tevere puis secrétaire de rédaction de
La Difesa della Razza, il fut ensuite chef de cabinet du ministre de la Culture populaire, Fernando Mezzasoma, durant la République sociale italienne. En décembre 1946, il fut un des fondateurs du Mouvement social Italien, parti néo-fasciste, dont il a été secrétaire général jusqu’en 1951 puis de 1969 à 1988, date de sa mort. Il fut élu député en 1948 et le resta jusqu’à son décès.
[25]
Juvénal,
Satires, Satire 6, 543-549, texte établi et traduit par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, 1967.
[26]
Tacite,
Histoires, tome second (livres 4-5), texte établi et traduit par Henri Goelzer, Paris, Les Belles Lettres, 1949.
[27]
Pline l’Ancien,
Histoire Naturelle, livre 13, texte établi, traduit et commenté par A. Ernout, Paris, Les Belles Lettres, 1956.
[28]
Saint Augustin,
La Cité de Dieu, volume 1, livres 1 à 10, traduction de Louis Moreau (1846), revue par Jean-Claude Eslin, Points Sagesse, Paris, Le Seuil, 1994.
[29]
Amyot traduit la formule de Cicéron de la manière suivante : « Quelle chose peut avoir un Juif à démêler avec un verrat ? ».
In Plutarque,
Les Vies des hommes illustres, Vie de Cicéron, volume 2, traduction de Jacques Amyot, édition établie et annotée par Gérard Walter, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1958, p. 748.
[30]
Cicéron,
Discours, tome 2, texte établit et traduit par H. de La Ville de Mirmont, introduction au discours contre Quintus Caecilius dit La divinisation, Paris, Les Belles Lettres, 1984, p. 43.
[31]
Suétone,
Vie des douze Césars, vie du divin Claude, 25, tome 2, texte établi et traduit par Henri Ailloud, Paris, Les Belles Lettres, 1980.
[32]
Ces paroles de Paolo Guidotti en décembre 1940 prennent un relief tragique lorsque l’on songe que, quelques mois plus tard, les déportations commençaient dans l’Europe occupée et sur le front de l’Est. Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee devait décider de l’extermination des Juifs d’Europe.
[33]
Ce système comparatif est une nouvelle fois utilisé par Arrigo Salmi, ministre de la Justice, dans un article du 5 août 1938 intitulé « L’unité ethnique de la nation italienne dans l’histoire », qui lui semble acquise à la suite de la guerre sociale de 91-88 avant J.-C. après laquelle Rome accorda la citoyenneté romaine à toute l’Italie sauf la Gaule cisalpine qui ne l’a reçue qu’en 49 avant J.-C. Le propos de Salmi est illustré par une photographie de la famille impériale d’Auguste représentée sur l’Ara Pacis. La légende en est : « Hauts personnages romains aux traits francs et sévères, représentés que sur les bas-reliefs de l’Ara Pacis ». Dans le même esprit, l’article de Giuseppe Pensabene du 20 août 1938 intitulé « La race italienne s’est toujours distinguée des autres races ». On y voit un buste d’un aristocrate romain de la République conservé au palais des Conservateurs avec la légende suivante : « La noble et claire physionomie d’un consul romain ». En opposition une statue de Valentinien I
er dont la légende est moins gratifiante : « Le visage stupide de l’empereur Valentinien, d’une obscure famille de Pannonie ». Empereur de 364 à 375, Valentinien I
er est effectivement né à Cibalae en Pannonie. Loin d’être stupide, Ammien Marcellin nous apprend qu’il aimait peindre et modeler. A. H. M. Jones porte sur lui un jugement équilibré : bon général, administrateur consciencieux mais un caractère rude et une excessive confiance en soi,
in Le déclin du monde antique, tome 1 de
L’histoire de l’Europe, Paris, Sirey, 1970, p. 65.
[34]
Dion Cassius,
Histoire romaine, livre 52 (19, 6).
[35]
Sénèque,
L’Apocoloquintose du divin Claude, 3 (3), texte établit et traduit par René Waltz, Paris, Les Belles Lettres, 1966.
[36]
Paul Petit,
Histoire générale de l’Empire romain, vol. 1,
Le Haut Empire, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1978, p. 170. Cf. également, Yann Le Bohec,
L’armée romaine, Paris, Picard, 1989, p. 27-29.
[37]
Joël Le Gall, Marcel Le Glay,
L’Empire romain. Le Haut Empire de la bataille d’Actium à la mort de Sévère-Alexandre (31 avant J.-C.-235), Paris, PUF, 1992, p. 504.
[38]
Roger Rémondon,
La crise de l’Empire romain, Paris, PUF, Nouvelle Clio, 1970, p. 79. Sur cette question, cf. également Anne Daguet-Gagey,
Septime Sévère. Rome, l’Afrique et l’Orient, Paris, Payot, 2000, p. 164 et 281-285.
[39]
Dion Cassius,
Histoire romaine, livre 77 (9,5).
[40]
Cf. Robert Turcan,
Les cultes orientaux dans le monde romain, Paris, Les Belles Lettres, 1989, p. 94. Le temple de Sérapis sur le Quirinal a sans doute été le plus grand temple de Rome avec celui de Vénus et de Rome. Cf. Filippo Coarelli,
Guide archéologique de Rome, Paris, Hachette, 1998, p. 172.
[41]
À partir de la fin novembre 1938, l’Italie fasciste ne cache plus ses ambitions vis-à-vis de territoires français ou sous protectorat de la France (la Tunisie, la Corse, Nice et la Savoie). Le journaliste Giorgio Almirante participait à la préparation de l’opinion italienne à cette politique francophobe. Cf., entre autres, Enzo Collotti,
Fascismo e politica di potenza, La Nuova Italia, Milano, 2000, p. 381-393.
[42]
Cité par François Hinard
in Histoire romaine, op. cit., p. 9.
[43]
Michel Tarpin,
Roma fortunata. Identités et mutations d’une ville éternelle, Paris, Folio éditions, 2001, p. 18-19.
[44]
Cet
Éloge de Rome a été prononcé par le rhéteur grec en 143, sous Antonin le Pieux, lors d’un séjour dans la capitale de l’Empire.
[*]
Philippe Foro
est professeur agrégé à l’université de Toulouse-Le Mirail. Membre du groupe ERASME (Équipe de recherche sur la réception de l’Antiquité : sources, mémoire, enjeux), une partie de ses recherches est consacrée à la réception et à l’utilisation de l’Antiquité dans l’Italie contemporaine.