2003
Vingtième siècle
Vingtième siècle signale
Vingtième siècle signale
Franc succès pour la présentation au public espagnol de notre n° 74, un « spécial » sur « Les 25 ans de l’Espagne démocratique », le 16 janvier au Círculo de Bellas Artes de Madrid. Plus de 300 personnes ont applaudi et discuté notre effort – le premier en langue française dans une revue scientifique –, présenté par des universitaires espagnols et français, avant d’entendre les témoignages d’Antonio Gutiérrez, leader des Commissions ouvrières, et de Felipe González. La Casa de Velázquez, avec Benoît Pellistrandi et Gérard Chastagnaret, avait été la cheville ouvrière de l’opération comme du numéro lui-même. Elle a facilité les contacts et les échanges qui devraient se poursuivre, au plan universitaire comme à celui des collaborations entre revues d’histoire contemporaine.
Une histoire conceptuelle du politique
Le Seuil édite la leçon inaugurale au Collège de France, du 28 mars 2002, de Pierre Rosanvallon. Contre « les tentations aujourd’hui si répandues de se réfugier dans la position d’un retrait désabusé ou d’abandonner paresseusement le gouvernement du monde aux automatismes jugés suffisants du marché ou à la seule force du droit », l’auteur de La démocratie inachevée y plaide, du haut d’une œuvre depuis longtemps si probante, pour une histoire renouvelée du politique, « laboratoire en activité de notre présent et non pas seulement éclairage de son arrière-fond » (Rosanvallon Pierre, Pour une histoire conceptuelle du politique, Paris, Le Seuil, 2003, 61 p., 8 €).
Gilles Pécout donne enfin une édition intégrale de ce Cuore d’Edmondo De Amicis dans lequel, de 1886 aux années 1960, tant de jeunes écoliers de la péninsule ont appris leur communauté nationale idéale et qui reste là-bas un best-seller. De Amicis (1846-1908), ancien officier devenu chantre de la pédagogie patriotique avant de se convertir au socialisme, excelle, comme notre Bruno du Tour de la France par deux enfants, dans l’alchimie écrite des vertus individuelles et collectives qui font les braves cœurs d’hommes libres. La traduction et les commentaires sont remarquables. On n’en dira sans doute pas autant des deux textes d’Umberto Eco, hostiles à toute pédagogie « petite-bourgeoise », qui flanquent ce magnifique travail d’édition finement commentée (De Amicis Edmondo, Le livre Cœur, suivi de deux essais d’Umberto Eco, traduction de Piero Caracciolo, Marielle Macé, Lucie Marignac et Gilles Pécout, notes et postface de Gilles Pécout, Paris, Éditions Rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2001, 490 p., 22 €).
Un rapide parcours dans les récentes livraisons de quelques revues confirme la vitalité et la fécondité de l’historiographie italienne. Quaderni storici publie un recueil d’articles en hommage à Edoardo Grendi, trois ans après sa mort (n° 110, 2002/2, 27,50 €). On prêtera une attention particulière à celui d’Angelo Torre, « La produzione storica dei luoghi » (p. 443-475), en écho à la Storia di una storia locale de Grendi (Venezia, 1996). Sous un titre plaisant, Gianna Pomata livre une étude fouillée des origines de l’histoire des femmes à la London School of Economics (« Risposta a Pigmalione : le origini della storia delle donne alla London School of Economics », p. 505-544).
Le numéro d’avril-juin 2002 de Studi storici offre de stimulants retours sur l’historiographie de la révolution industrielle et du 20e siècle (Giorgio Mori, « La rivoluzione industriale vista dal secolo XXI », p. 421-442 ; Francesco Barbagallo, « Interpretazioni del Novecento », p. 443-452), puis cinq articles présentant des recherches en cours sur la période fasciste : Emanuel Rota scrute la pensée d’Angelo Tasca, Benedetta Garzarelli retrace les origines de la Direction générale pour la propagande (1933-1934), Novella Monti étudie la bureaucratie publique dans l’Allemagne hitlérienne, Enrica Brichetto la « fascisation » du Corriere della sera (1929-1933), Eugenio Arcidiacono, enfin, brosse le portrait de Concetto Pettinato, directeur de la Stampa au temps de la République de Salò (Studi storici, 43-2, aprile-giugno 2002, 15,40 €).
La Nuova rivista storica propose, quant à elle, après un article d’Elisa Giunipiero sur l’Église et la Chine dans les premières années de la période maoïste (« Chiesa cattolica e Cina comunista (1949-1954) », p. 329-352), un substantiel « Panorama de l’historiographie médiévale française (1995-2000) », confié à Pierre Racine et publié en français (Nuova rivista storica, 86-2, mag-gio-agosto 2002, p. 399-502).
Happy Birthday to Past and Present
Past and Present, a journal of historical studies, fête son cinquantième anniversaire. Lyndal Roper et Chris Wickham réaffirment sobrement, dans leur éditorial, la volonté de résister aux étiquettes. Qu’ils en soient remerciés. Peter Cross rend hommage à l’un des fondateurs, le médiéviste Rodney Hilton, disparu en 2002. Les contemporanéistes se dirigeront ensuite vers les articles de Peter N. Miller (« Nazis and Neo-Stoics : Otto Brunner and Gerhard Oestreich before and after the Second World War », p. 144-186), d’Indivar Kamtekar (« A Different War Dance : State and Class in India, 1939-1945 », p. 187-221), et vers le portrait de l’historien tchèque Josef PoliÅ¡enský, mort le 11 janvier 2001, par R.J.W. Evans (« A Czech Historian in Troubled Times : J.V. PoliÅ¡enský », Past and Present, 176, August 2002, p. 257-274).
Le n° 22, automne 2002, de Cahier d’histoire immédiate (GRHI, Maison de la recherche, 5 allées Antonio-Machado, 31058 Toulouse CEDEX 9) propose un riche ensemble sur la démocratie et la crise en Argentine, les procès Andreotti en Italie, les centristes et les gaullistes en France. On y note tout particulièrement un dossier sur mémoire et histoire à propos de la guerre d’Algérie (entretiens avec Mohammed Harbi, André Mandouze et Guy Pervillé, textes d’Ali Haroun et Jean-Charles Jauffret, compte rendu de la thèse de Sybille Chapeu sur la Mission de France, etc.) et un article de méthodologie par Didier Guyvarc’h (IUFM de Rennes) sur « La mémoire collective, de la recherche à l’enseignement », qui fait très précisément le point sur les enjeux de l’heure.
Les étudiants africains en France
La Maison de la France d’Outre-mer de la cité universitaire de Paris, devenue en 1973 la Résidence Lucien Paye, a fêté en 2001 par un colloque studieux le cinquantenaire de sa création. Les actes de cette manifestation, publiés sous la direction de Michel Sot, alors directeur de la Résidence, rassemblent quelques-uns des meilleurs africanistes et recueillent nombre de témoignages sur l’échange universitaire entre la France et le continent africain. Les politiques de coopération scientifique
– et de « décoopération » depuis quelques années – sont pertinemment analysées (à propos de Madagascar, notamment). L’échange entre historiens et le croisement des regards et des travaux sont bien signalés. Cette publication s’insère, en outre, dans l’élan actuel qui engage enfin l’étude historique des enseignements en Afrique (Sot Michel (dir.), Étudiants africains en France, 1951-2001. Cinquante ans de relations France-Afrique. Quel avenir ?, Paris, Karthala, coll. « Tropiques », 2002, 184 p.).
L’histoire culturelle en Tunisie
Correspondances, bulletin d’information scientifique de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC) de Tunis, publie, en bon exemple du développement là-bas de l’histoire culturelle, l’exposé de la soutenance d’habilitation de Kmar Bendana, « Histoire culturelle et histoire des intellectuels en Tunisie aux 19e et 20e siècles ». On y lira un efficace plaidoyer pour une étude des langues, de la presse, des progrès de la conscience nationale, des élites, de la production et la réception des idées, des réseaux, etc. (http:// irmcmaghreb. org).
Politique culturelle : du ministère aux collectivités locales.
Bernard Beaulieu et Michèle Dardy présentent l’histoire institutionnelle d’une des dernières nées parmi les administrations de l’État, celle des Affaires culturelles, depuis sa création en 1959, et le tableau complet de son organisation et de ses missions actuelles (Histoire administrative du ministère de la Culture, 1959-2002. Les services de l’administration centrale, Paris, La documentation française, 2002, 208 p., 12 €).
On ne saurait trouver à ce guide meilleur complément que le fort volume des actes du colloque Les collectivités locales et la culture. Les formes de l’institutionnalisation, 19e-20e siècles, publié dans la même collection des « Travaux et documents » du Comité d’histoire du ministère de la Culture. Le plan, équilibré, a permis de réunir des communications, à caractère le plus souvent monographique, sur quatre grands domaines d’intervention : le théâtre, les fêtes et commémorations et les musées sont exemplairement étudiés par des spécialistes qui ont pris leurs titres au sérieux ; la dernière partie, relative à la musique, est plus inégale, mais quel colloque n’a pas de ces inégalités ? L’ensemble rendra bien des services et restera, sans aucun doute, un jalon bibliographique (Poirrier Philippe (dir.), avec la collaboration de Vincent Dubois, Les collectivités locales et la culture. Les formes de l’institutionnalisation, 19e-20e siècles, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture, Fondation Maison des sciences de l’homme, 2002, 431 p., 21 €).
Quelle culture en Europe centrale et orientale ?
À cette question, qui nous concerne plus encore après le récent élargissement de l’Union, La nouvelle alternative propose quelques éléments de réponse. Nul souci d’exhaustivité, bien sûr, mais un choix d’exemples, croisant les arts et les voies nationales depuis la fin du « socialisme réel ». Après une présentation du théâtre dans les länder est-allemands (Laure de Verdalle), de l’édition en Hongrie (Jean-Léon Muller) et de la bande dessinée serbe (sur la couverture) ou yougoslave (en pages intérieures), par Thomas Ragon, deux pays font l’objet de mises au point plus étendues, la Bulgarie (Pétya Slavova étudie l’architecture, Sandrine Bochew le théâtre, l’édition et le cinéma) et la Pologne (Justyne Balazinski recense les « processus multiples de la transition culturelle », tandis que pour Tomasz Zukowski, l’État est le « grand absent de la scène culturelle »). (La nouvelle alternative. Politique et société à l’Est, « Quelle culture à l’Est ? », vol. 17, n° 57, automne-hiver 2002, 178 p., 18 €.)
Allemagne : pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?
Le Bulletin n° 38, 2002, de la Mission historique française en Allemagne de Göttingen (mhfa@ mhfa. mpg. de) reste une somme inappréciable de renseignements sur la recherche historique et les publications importantes en Allemagne et sur l’Allemagne. Mais cette année, sur ses 411 pages, on n’en repère qu’une vingtaine dont le propos laisserait entendre que progresse par ailleurs une histoire du 20e siècle. On attend pour 2003 des nouvelles plus rassurantes…
Vitalité de l’histoire sociale allemande
Le sommaire du dernier numéro de Geschichte und Gesellschaft fait voisiner l’étude de la criminalité au temps du Deuxième Reich par Helmut Thome, ambitieuse en sa théorie comme par sa méthode (« Kriminalität im Deutschen Kaiserreich, 1883-1902. Eine sozialökologische Analyse », p. 519-553), une contribution d’Oliver Janz à l’historiographie de la « culture de guerre » (« Zwischen privater Trauer und öffentlichem Gedenken. Der bürgerliche Gefallenenkult in Italien während des Ersten Weltkriegs », p. 554-573), un état des lieux de la production née de l’idée d’« Histoire croisée », dressé par Michael Werner et Bénédicte Zimmermann (« Vergleich, Tranfer, Verflechtung. Der Ansatz der Histoire croisée und die Herausforderung des Transnationalen », p. 607-636), et l’hommage d’Ingrid Gilcher-Holtey à Pierre Bourdieu (« “Métier militant” : Zum Tode Pierre Bourdieu 1. August 1930 – 23. Januar 2002 », Geschichte und Gesellschaft. Zeitschrift für Historische Sozialwissenschaft, 28. Jahrgang/Heft 4, Oktober-Dezember 2002, p. 637-644).
À partir d’une lecture critique des traductions en anglais de quelques-uns des derniers ouvrages de Pierre Bourdieu (La misère du monde, Méditations pascaliennes), Donald Reid formule, dans le dernier numéro de Social History, des propositions en vue d’une « histoire sociale des souffrances » (p. 343-358). Au sommaire du même numéro, Leo Lucassen apporte une contribution de première main, centrée sur les Pays-Bas de l’entre-deux-guerres, à une histoire des formes administratives de contrôle social, particulièrement
– l’actualité ne peut que stimuler ici la production historique – en matière d’immigration (« Administrative into social control : the aliens police and foreign female servants in the Netherlands, 1918-1940 », Social History, vol. 27-3, October 2002, p. 327-342, ou : hhttp:// www. tandf. co. uk/ journals).
Après l’empire de l’industrie
Riche supplément de l’International review of social history sur le thème « De-industrialization : social, cultural, and political aspects » (vol. 47, supplement 10, 2002, ed. by Bert Altena and Marcel van der Linden). Christopher H. Johnson pose en introduction le problème des rapports entre « De-industrisation and Globalization ». On voyage de la « vieille Europe » (l’Angleterre post-industrielle de Darren G. Lilleker et la Ruhr de Stefan Goch) au « nouveau monde » (et là, du Connecticut de Robert Forrant à la Pennsylvanie de Gregory Wilson), non sans un détour par l’Afrique du Sud des années 1990 (bel article de Franco Barchiesi et Bridget Kenny, « From Workshop to Wasteland : De-industrialization and Fragmentation of the Black Working Class on the East Rand, 1990-1999 », p. 35-63). Et l’on arrive, comme au port, à la gender history, puisque le numéro se clôt sur la réflexion de Chitra Joshi, à partir du « cas indien », si l’on peut ainsi le réduire (« On
“De-industrialization” and the Crisis of Male Identities », p. 159-175). On n’aura que plus de profit, après cette lecture, à aborder celle de l’article de Tirthankar Roy sur les conditions d’accueil des innovations dans l’industrie textile en Inde au cours des premières décennies du 20e siècle, publié dans The Economic History Review (vol. 55, n° 3, August 2002, « Acceptance of innovations in early twentieth-century Indian weaving », p. 507-532).
Remarquable dossier que celui présenté, dans la dernière livraison de Technology and Culture (vol. 43-4, October 2002), sur les évolutions technologiques qui ont bouleversé, au cours du siècle dernier, avec la cuisine elle-même – moyen de se nourrir et lieu de vie –, les habitudes de consommation et les rapports de sexe. L’introduction de Joy Parr, « Modern Kitchen, Good Home, Strong Nation », donne le ton. Abigail Van Slyck s’intéresse à l’architecture des camps d’été pour enfants dans les États-Unis des années 1890 à 1950 (« Kitchen Technologies and Mealtime Rituals : Interpreting the Food Axis at American Summer Camps, 1890-1950 », p. 668-692). Shelley Nickles se penche sur le design des réfrigérateurs dans les années 1930 (« “Preserving Women”. Refrigerator Design as Social Process in the 1930s », p. 693-727), tandis qu’Amy Sue Bix observe, avec l’œil d’une spécialiste des gender studies, l’évolution de la place de l’engineering dans l’enseignement technique (« Equipped for Life. Gendered Technical Training and Consumerism in Home Economics, 1920-1980 », p. 728-754). Dans ces trois articles, la qualité de l’iconographie mérite une mention spéciale.
De la propriété à la nation
C’est un cheminement suggestif que celui proposé au sommaire du dernier numéro des Comparative Studies in Society and History, la revue de l’université de Michigan (vol. 44-4, October 2002, Cambridge University Press). La première partie, « Property », propose une confrontation de la question de la terre en Afrique, ambitieusement abordée par Sara Berry (« Debating the Land Question in Africa », p. 638-668) et des relations entre propriété et citoyenneté à Cuba au tournant du 19e au 20e siècle (Rebecca J. Scott, Michael Zeuske, p. 669-699). À cette problématique, il n’est pas abusif de rattacher aussi le récent article de Joseph Bradley, qui privilégie, lui, pour éclairer le processus de politisation dans la Russie tsariste, l’étude de la sociabilité (« Subjects into Citizens : Societies, Civil Society, and Autocracy in Tsarist Russia », in The American Historical Review, vol. 107-4, October 2002, p. 1094-1123).
La seconde partie, « Nations », réunit un article de Rogers Brubaker et Margit Feischmidt sur la célébration du 150e anniversaire du « Printemps des peuples » dans plusieurs pays d’Europe centrale (« 1848 in 1998 : The Politics of Commemoration in Hungary, Romania, and Slovakia », p. 700-744), une étude de Jonathan Hearn sur « la construction sociale de l’histoire nationale en Écosse » (p. 745-769), et des réflexions critiques de Manu Goswami sur la sociohistoire du nationalisme (p. 770-799).
Exilés français et belges
Belle idée, celle de Denis Rolland et Luc Capdevila, de bâtir un numéro de Matériaux pour l’histoire de notre temps sur les exilés français et belges – les premiers beaucoup mieux représentés, il est vrai, que les seconds, ceux du 20e siècle surtout. Il n’empêche : placer au centre de la couverture l’image de Napoléon pensif sur son rocher de Sainte-Hélène, puis en épigraphe des vers de Victor Hugo, c’est jongler, non sans esprit, avec l’histoire de notre 19e siècle. Laure Godineau se demande si le retour d’exil n’a pas été, pour bien des communards, « un nouvel exil ». On ne peut détailler ici le riche sommaire. Parmi les terres d’exil, l’Espagne (Jean-Marc Delaunay, Michel Catala, Anne Dulphy) est l’objet de plus d’attention que la Suisse (Alain Clavien se penche sur l’exil des intellectuels collaborateurs, tandis que Florence Bays évoque la figure du poète Pierre-Jean Jouve, installé à Genève de 1941 à 1944). Les formes d’exil intérieur n’ont pas été oubliées : Annette Becker analyse celui des « pacifistes intégraux » pendant la Grande Guerre. Enfin, les effets des guerres coloniales, « entre exil et émigration » (Geneviève Verdo), trouvent là une juste place. (Matériaux pour l’histoire de notre temps, « Pour une histoire de l’exil », n° 67, juillet-septembre 2002, 124 p., 14 €.)
France et Belgique 1940-1944
Pendant la seconde guerre mondiale, la France et la Belgique ont été, on le sait, administrées par une pléthore d’organismes qui ont produit, dans leur fonctionnement quotidien, une masse d’archives considérable. Une partie de ces fonds a été – et reste encore - conservée aux Archives nationales qui viennent, heureuse initiative, d’en publier le catalogue (Archives nationales, La France et la Belgique sous l’occupation allemande. 1940-1944. Les fonds allemands conservés au Centre historique des Archives nationales. Inventaire de la sous-série AJ
40, Paris, Centre historique des Archives nationales, 2002, 664 p.). Les historiens soucieux de consulter les fonds jumeaux détenus par les archives militaires allemandes à Fribourg pourront se reporter à la publication sœur réalisée de l’autre côté du Rhin (Frankreich und Belgien unter deustscher Besatzung. Die Bestände des Bundesarchiv-Militärchivs Freiburg). Le travail des chercheurs sera ainsi grandement facilité, grâce à la coopération exemplaire des deux institutions.
Pour son centième numéro, L’Amitié Charles Péguy a demandé aux membres de son comité d’honneur de relire Péguy aujourd’hui. Cela nous vaut des textes de grande actualité historique et historienne, signés par Roger Dadoun (« le libertaire »), Dominique Ponnau (« l’enfance péguyste »), Jean-Pierre Sueur (« l’écriture militante »), Paul Thibaud (« l’éternel dreyfusisme »), Paul Viallaneix (« en khâgne en 1945 »), Henri Meschonnic (« l’oralité comme écriture »). Le numéro reprend l’article de François Bédarida publié dans notre n° 73 et propose un texte particulièrement stimulant de Jérôme Grondeux sur les visions respectives de l’histoire chez Péguy et Marrou. (L’Amitié Charles Péguy, n° 100, octobre-décembre 2002, 12 € ; chez Françoise Gerbod, 12 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris.)
Le 5 octobre 2001 se tenait à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines un colloque sur Jules Roy : action, écriture, engagement, à l’occasion du premier anniversaire de la mort de l’écrivain. Il a permis de réunir des historiens et des littéraires autour de celui qui, officier et aviateur (évoqué par Patrick Facon), fut aussi poète (Catherine Savage-Brosman) et journaliste (Antoine Genton). Paul Thibaud était bien placé pour soutenir que « le rôle de Jules Roy, dans les débats, les prises de conscience, les prises de parti qui ont marqué l’opinion française pendant la guerre d’Algérie, est habituellement sous-estimé » (p. 81). (Delporte Christian, Facon Patrick et Lepesant-Hayat Jeannine (dir.), Jules Roy, un engagement. Actes du colloque du 5 octobre 2001, organisé par le Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines de l’UVSQ, coédition de l’UVSQ et du Service historique de l’armée de l’air, 2002, 150 p., 20 €.)
Histoires de mélomanes (suite)
Le nombre et la variété des parutions relatives à la musique méritent décidément d’être signalés. Non sans audace, non sans légèreté aussi, Christian Corre livre, sur l’histoire de la Revue musicale de 1920 à 1940, facilement désignée comme l’un des principaux « lieux de mémoire » de la vie musicale française (parisienne, surtout), un essai écrit comme un récit à la première personne. Il avoue heureusement ses emprunts à nombre d’auteurs et ajoute un « lexique sommaire » des noms de musiciens, critiques et musicologues qui y figurent. La méthode, certes, tourne un peu au procédé, et l’édition aurait pu être plus soignée. Mais l’amateur apprendra beaucoup sur la « chère RM », de Satie à Messiaen. (Corre Christian, Un lieu de mémoire. La Revue musicale (1920-1940), Rennes, Éditions La Part Commune, 2002, 169 p., 15 €.)
Panoramas de la recherche en cinéma et audiovisuel
L’Association française des enseignants et chercheurs en cinéma et audiovisuel (AFECCAV, BP 280, 75625 Paris CEDEX 13) publie deux précieux guides. L’un, fruit d’une enquête auprès de toutes les universités, détaille les unités d’enseignement, les diplômes, les équipes et les thèmes de recherche dans chacune d’entre elles (AFECCAV, État des lieux de l’enseignement du cinéma et de l’audiovisuel dans les universités françaises, 2002, 87 p.) ; l’autre recense les enseignants de cinéma ou de communication des sections 18 et 71 du CNU. Mais il va bien au-delà, du côté de la littérature comparée, des langues, de l’histoire, de la sociologie et de l’ethnologie. Les enseignants-chercheurs français à l’étranger ne sont pas oubliés (AFECCAV, Annuaire de l’AFECCAV, édition 2002, non paginé). Dans son bulletin Écrans et lucarnes, n° 10, septembre 2002, on trouve aussi un bilan des thèses soutenues depuis 1996.
Gendarmerie et gendarmes du 20e siècle
Pour faire suite à celui de mars 2000, dont les actes viennent de paraître (Gendarmerie, État et société au xix
e siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 510 p., 40 €), un important colloque est organisé sous ce titre au Grand amphithéâtre de la Sorbonne les 13 et 14 juin 2003 par l’université de Paris 4, avec le concours du Service historique de la gendarmerie nationale. Il y sera question des diverses missions de la gendarmerie, de ses personnels et de ses représentations, depuis la Belle Époque jusqu’aux années 1980. Renseignements : jean-noel. luc@ paris4. sorbonne. fr, ou Service historique de la gendarmerie nationale (01 41 79 25 32/33).