Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629485
184 pages

p. 113 à 122
doi: en cours

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Propagande et communication politique dans les démocraties européennes (1945-2003)

no 80 2003/4

2003 Vingtième siècle Propagande et communication politique dans les démocraties européennes (1945-2003)

L’image au pouvoir

Les portraits de BERLUSCONI

Luciano Cheles  [*]
La propagande placardée de Forza Italia est dominée par l’effigie de Silvio Berlusconi. L’étude des portraits électoraux, dans une perspective comparatiste, permet de révéler le caractère très distinctif et l’évolution de la stratégie persuasive du parti. L’article aborde également la question de l’imitation de la propagande d’autrui et de la parodie. Cette étude remarque enfin que les portraits de Berlusconi sont nombreux et fréquents dans d’autres médias. Elle s’attarde sur une récente image de la campagne de recrutement de Forza Italia qui représente le leader comme une incarnation de l’Italie, ainsi qu’un défenseur d’une patrie menacée par le péril rouge. Forza Italia’s propaganda that papers the walls is dominated by Silvio Berlusconi’s effigy. The comparative study of election portraits underscores the very distinctive character and development of the persuasion strategy of the party. The article also deals with the question of the imitation of the propaganda of others and of parody. This study points out that there are many and frequent portraits of Berlusconi in other media. It focuses on a recent image of Forza Italia’s recruiting campaign that represents the leader as an incarnation of Italy and a defender of a country threatened by the red peril.
Au-delà de la maîtrise de technologies d’information récentes, Luciano Cheles montre que Silvio Berlusconi continue à utiliser l’affiche comme moyen privilégié de sa propagande politique. Cette étude décrit les affiches de dix années, permettant au lecteur français de se familiariser avec cet outil omniprésent de la politique italienne.
Les nombreuses études sur la propagande de Silvio Berlusconi se sont surtout penchées sur son utilisation audacieuse et sans scrupule de la télévision, ainsi que sur la nature de ses spots et de son langage. Elles ont peu traité des affiches de Forza Italia, malgré leur caractère « novateur » et le rôle important qu’elles ont joué dans toutes les campagnes électorales. L’affiche demeure en fait une des formes de mobilisation favorites des partis italiens, quelle que soit leur tendance politique. Elle doit sa popularité au fait que, bien que low-tech, son impact potentiel et son efficacité sont considérables, en raison de la prédominance du visuel sur le verbal (les images étant notamment plus mémorisables que les mots) et de sa permanence (l’affiche est placardée pour une certaine période durant laquelle elle jouit d’une protection légale). Sa forte visibilité est un autre atout majeur : l’affiche est presque inéluctable – elle se fait remarquer même par le passant pressé ou réfractaire à la politique [1].
Pratiquement, toutes les affiches électorales de Forza Italia représentent l’image du leader – résultat de la forte personnalisation qui a caractérisé ses campagnes. Le portrait officiel étant un genre figuratif très prégnant (la posture, l’expression du visage, les accessoires, le fond, le cadrage, le choix des couleurs, etc. sont potentiellement de riches porteurs de sens), l’analyse des affiches d’un stratège de l’image tel que Berlusconi promet d’être fructueuse [2].
 
â—¦ Une nouvelle force politique
 
 
L’affiche de l’incursion politique de l’homme d’affaires lors des élections législatives du 27 au 28 mars 1994 [3] – les premières depuis l’effondrement des principaux partis qui avaient gouverné l’Italie dans l’après-guerre, provoqué par les enquêtes sur les pots-de-vin Mani Pulite – le représente de trois quarts et en demi-figure, positionné vers le côté gauche de l’affiche. Sur le fond neutre figure deux fois le logo tricolore de Forza Italia, ainsi que le mot « VOTA » chevauchant partiellement la photo. Berlusconi, vêtu d’un costume sombre, fort rajeuni (il a 58 ans, mais paraît en avoir une bonne dizaine de moins), les rides cachées et sa calvitie miraculeusement disparue, exhibe un grand sourire. Ce sourire, qui est devenu le trait distinctif principal de Berlusconi, est l’attribut de l’entrepreneur à succès, ainsi que de la star du spectacle rayonnant de joie de vivre et promettant le rêve d’une vie comblée et excitante [4]. Le slogan ne fait que souligner l’optimisme de l’image [5] : « Per un nuovo miracolo italiano » (Pour un nouveau miracle italien) promet un renouvellement du boom économique des années 1958-1962 [6]. Le large sourire, jusqu’alors atypique parce que perçu comme signe de privilèges et de corruption, reflète également une approche « américaine », et donc « moderne », de cette propagande : le sourire rayonnant est un élément presque constant de l’expressivité électorale des candidats américains [7]. L’approche est confirmée par les meetings jubilants et spectaculaires évoquant les conventions présidentielles américaines [8].
Le portrait léché et soigné du leader servit de modèle aux autres candidats de Forza Italia, donnant ainsi à l’ensemble de la propagande placardée de Forza Italia une image coordonnée qui évoquait celle de la publicité des produits commerciaux. Parfaitement coiffés et habillés, représentés le buste légèrement penché, les candidats, toutefois, se distinguaient hiérarchiquement de leur chef par leur échelle plus réduite (le portrait de Berlusconi occupait une partie plus importante de l’espace pictural), par un sourire moins prononcé et la présence d’un seul logo. La disposition des candidats était sexuée : les femmes étaient systématiquement sur le côté droit du cadre, les hommes sur le côté gauche. Cette organisation spatiale, strictement déterminée, est intéressante : elle correspond à la position conventionnelle de la femme et de l’homme l’un par rapport à l’autre, autrement dit à la position des mariés devant l’autel, qui attribue le côté droit, traditionnellement le meilleur, à l’homme [9].
 
â—¦ Le chef victorieux
 
 
Les affiches de Forza Italia produites quelques semaines plus tard à l’occasion des élections européennes (12 mai) furent conçues de façon similaire, mais avec quelques différences intéressantes qui concernent surtout l’image du nouveau Président du Conseil. L’affiche de Berlusconi, tout en annonçant sa candidature au Parlement européen, visait à célébrer son triomphe aux élections législatives (illustration 1). Une forêt de microphones placée devant lui souligne l’intérêt des médias du monde entier pour son ascension fulgurante sur la scène politique. Pour mieux se différencier des autres candidats, le leader se fit représenter de face, selon un mode de représentation typiquement hiératique, et, renversant la disposition topographique traditionnelle, sur le côté droit du cadre. Un ciel bleu parsemé de nuages blancs sert de fond à son portrait. Si le bleu est la couleur officielle de Forza Italia, une couleur riche en connotations religieuses, patriotiques et sportives (c’est la couleur du manteau de la Vierge Marie, de la maison royale de Savoie et de l’équipe nationale de football) [10], le motif même du ciel contribue au caractère panégyriste de l’affiche puisque, en tant que domaine des dieux, il évoque des valeurs positives [11]. Il s’agit d’une typologie visuelle bien rodée : les grands leaders – Lénine, Hitler, Staline, Mao, Mussolini, Mitterrand et Saddam Hussein, pour ne citer que quelques exemples –, se sont tous fait représenter encadrés par un ciel plus ou moins serein exploitant la métaphore spatiale du haut. Cette mise en scène suggère également que le personnage jouit du consentement divin. L’apothéose de Berlusconi est complétée par l’ajout superflu de son prénom et de son nom, jouant une fonction emphatique, et surtout par la couronne de douze étoiles placée à gauche. Ce motif est le symbole de l’Union européenne, mais, il prend aussi l’allure d’une auréole et d’une guirlande : il effleure le visage du leader et incorpore le logo de Forza Italia, parti avec lequel il est naturellement identifié. À remarquer que la couronne d’étoiles (qui figura aussi, avec le motif du ciel, dans les affiches des autres candidats, la gloire du chef ayant touché tout le parti) fut utilisée très discrètement, ou pas du tout, dans la propagande figurative des aspirants députés des autres partis – ce qui confirmerait l’hypothèse selon laquelle Berlusconi s’en servit pour encenser son triomphe.
L’affiche de Berlusconi réalisée lors des élections législatives de 1996 évita le ton triomphaliste [12]. Les responsables de la propagande de Forza Italia optèrent plutôt pour le decorum. Le leader fut représenté assis derrière son bureau, stylo à la main, en train de peaufiner un discours. Son maintien et son expression – le sourire est ici à peine amorcé – ne pouvaient être que sobres et sérieux, vu que son premier gouvernement s’était écroulé après à peine sept mois, à la suite de la démission d’un des partenaires de sa coalition, le leader de la Ligue du Nord Umberto Bossi. En outre, Berlusconi venait de subir l’humiliation de voir son ancien ministre des Finances, Lamberto Dini, Président du Conseil ad interim du gouvernement de techniciens qui lui succéda, rejoindre la coalition de l’Olivier (centre-gauche), dirigée par Romano Prodi. Enfin, sur sa tête pesaient de lourdes enquêtes judiciaires. Il va sans dire que cette image grave et solennelle ne se prêtait pas à servir de prototype aux portraits des autres candidats : la multitude de poses, slogans, caractères typographiques et mises en scène qui caractérisa leur propagande indique qu’ils ne subirent aucun diktat iconographique de la part de Forza Italia.
Le portrait berlusconien de 1996 mérite d’être comparé à ceux de deux personnalités du centre-gauche. Dini, leader de Rinnovamento Italiano, se fit lui aussi représenter dans un contexte officiel : son bureau de Premier ministre (comme l’indique le tricolore à sa droite). Toutefois, malgré son style présidentiel, le portrait affiche un air naturel et « démocratique ». Dini se présente souriant, légèrement adossé contre le bord de sa table de travail. Contrairement à Berlusconi, qui se sert de son bureau comme dispositif de distanciation, il est donc positionné de façon à paraître le plus près possible du spectateur.
La comparaison avec l’affiche promouvant la candidature de Prodi est également instructive. Face à l’omniprésence de l’image de Berlusconi sur tous les médias, la direction de l’Olivier, surmontant la traditionnelle réticence de la gauche, décida de reproduire l’effigie de son chef sur tracts et affiches – autrement dit de personnaliser la campagne [13]. Prodi aurait pu être présenté entouré de livres, dans son bureau de professeur à l’université de Bologne, pour attirer l’attention sur sa carrière d’économiste de renommée internationale. Mais une autre approche l’emporta : on choisit de représenter le visage grassouillet du leader, en gros plan, comme pour attirer l’attention sur ses rides, sa barbe de fin de journée, ses cheveux grisonnants et ses yeux plissés derrière les verres épais de ses lunettes à la monture vieux style [14]. Les responsables de la campagne et le graphiste Andrea Rauch suivirent de près les conseils que Prodi reçut quand, en février 1995, il se proposa comme leader d’une coalition de centre gauche : il fallait se distinguer de Berlusconi, qui avait été rajeuni et soigné pour paraître aux électeurs comme une star de spectacle, parfait et distant. Les imperfections physiques du leader de l’Olivier devaient être transformées en atouts : elles évoquaient la normalité, la transparence, la sincérité et l’accessibilité [15].
 
â—¦ La consécration à l’image
 
 
L’affiche de Berlusconi, créée à l’occasion des élections européennes de 1999 [16] (illustration 2), le représentait de profil, le visage cadré en amorce à gauche, regardant, avec un sourire à peine ébauché, vers la droite. Le fond occupant une bonne portion de la moitié supérieure de l’image, sur lequel se découpait la tête du leader, était constitué par le ciel bleu floconneux canonique. Ce dernier accueillait un slogan affirmant la nécessité de défendre la plus haute des valeurs : « Difendi la tua libertà [17] ». L’image provient ostensiblement d’une affiche de la présidentielle française de 1988, représentant François Mitterrand sur un fond bleu, le visage tourné vers la droite. Le graphiste de Forza Italia avait évidemment estimé que, l’efficacité de l’affiche française ayant fait ses preuves, son iconographie pouvait également être utile à Berlusconi [18]. Certes, cette typologie convenait bien au leader italien. Dans son analyse détaillée de l’affiche de 1988, Pierre Fresnault-Deruelle remarque que le portrait de Mitterrand ne suggère ni l’écoute ni la proximité avec les citoyens : le profil – un mode de représentation emblématique et donc aristocratique, qui évoque l’effigie des médailles, des timbres et des billets – et le regard qui scrute l’avenir plus qu’il ne s’adresse au spectateur, donnent au candidat socialiste le caractère héroïque de l’homme providentiel, du leader charismatique [19]. L’affiche de Forza Italia soulignait davantage l’idée de leadership puisque Berlusconi y était représenté s’élevant au-dessus des multitudes de ses partisans, représentés, au moyen de la figure de la synecdoque, par la dense forêt de drapeaux tricolores de son parti.
 
â—¦ Berlusconi et les italiens
 
 
À l’occasion des élections législatives de 2001 [20], Forza Italia utilisa deux portraits de Berlusconi. La typologie de base était la même : le leader paraissait sur le côté gauche des affiches, à mi-corps (le côté droit était réservé au slogan), encadré par l’étendard du parti ; le fond était constitué par un ciel bleu. Plusieurs différences dans les détails indiquent que les deux portraits ont toutefois des caractères distincts et complémentaires.
Le premier portrait présente un Berlusconi rajeuni, habillé d’une façon classique et affichant un léger sourire. Il s’agit, en fait, de la photo d’apparat utilisée lors des élections de 1996. Ce recyclage semble avoir échappé aux médialogues parce que la photo originale a été coupée juste au-dessus de la main du leader, et le fond qui représentait le bureau a été remplacé par le ciel bleu et le logo du parti [21]. Le choix du portrait de 1996 mérite une explication : il est clair que le recours à une vieille photo est volontaire, d’autant que le deuxième portrait électoral de 2001 montrait un homme plus âgé et nettement chauve. Il faut donc résister à la tentation d’interpréter la réutilisation de la photo comme une tentative de suggérer l’idée de la perpétuelle jeunesse du leader. Il est probable que son but était plutôt d’exprimer un esprit de revanche : le portrait de la défaite de 1996, reproduit sur une affiche, à l’occasion d’un scrutin annoncé favorable à Forza Italia, devait servir à neutraliser le souvenir de l’échec passé, à suggérer que les convictions et les buts politiques du leader n’avaient point changé, et à annuler sur les plans symbolique et polémique les cinq années de gouvernement du centre-gauche. Le fait que la citation soit passée inaperçue n’affaiblit pas cette interprétation, puisqu’en Italie la propagande visuelle se complaît parfois à incorporer des allusions subtiles et même secrètes, qui ne peuvent être remarquées que par les initiés [22].
Le ton de la deuxième affiche des élections de 2001 se voulait manifestement informel. Berlusconi y figurait rayonnant, détendu, portant un pull-over bleu foncé sur sa chemise blanche au col ouvert, de manière désinvolte. La photo cherchait à donner l’impression d’un instantané pris durant un moment de loisir. Ce portrait complétait le portrait officiel pour promouvoir la double image de Berlusconi : celle de l’homme politique tout-puissant, mais proche de son public, dont il incarne les valeurs, les intérêts et les habitudes [23].
Aucun de ces deux portraits ne pouvait servir de moule à ceux des autres candidats de Forza Italia : le premier – on l’a déjà remarqué – en raison de son ton protocolaire ; le deuxième parce que trop décontracté. Les aspirants députés et sénateurs, toutefois, ne furent pas libres de s’afficher comme ils le souhaitaient : Berlusconi décréta que seule son effigie devait paraître sur les affiches électorales ; les candidats étaient censés se limiter à ajouter leurs prénom et nom au-dessous de son portrait [24]. La consigne s’appliquait aussi aux élections locales qui eurent lieu en même temps que les législatives. Ce césarisme ne fut pas toujours accepté. L’interdiction de montrer son visage fut parfois violée ; elle fut aussi détournée avec astuce et humour. Antonio Cosentino, candidat au conseil municipal de Salerne, par exemple, se fit représenter de dos.
Une grande variété de slogans aux tons déterminés mais aux propos vagues et difficilement contestables, visant manifestement un consentement universel, fut conçue pour accompagner l’image du leader : « Un impegno concreto : un buon lavoro anche per te » (un engagement concret : un bon poste pour vous aussi) ; « Un impegno concreto : meno tasse per tutti » (un engagement concret : moins d’impôts pour tous) ; « Un impegno preciso : città più sicure » (un engagement précis : des villes plus sûres). De même que sur les affiches, les portraits et les slogans furent reproduits sur des panneaux géants de format horizontal (6×3m). Le leader de la coalition de centre gauche, Francesco Rutelli, riposta avec des panneaux similaires bien que beaucoup moins nombreux [25]. L’Economist (3-9 février 2001) remarqua, sur un ton narquois, que cette propagande gigantesque et envahissante, fondée sur les portraits des deux leaders, donnait au paysage urbain de l’Italie l’aspect de celui de l’Irak de Saddam Hussein. La campagne électorale de 2001 fut effectivement la plus personnalisée de l’après-guerre.
Si quelques posters géants de Rutelli s’inspiraient ostensiblement de ceux de Berlusconi – le slogan « La sicurezza è un diritto di tutti. Garantirla è mio dovere » (La sécurité est un droit universel. J’ai l’obligation de la garantir), par exemple, reprenait la devise berlusconienne « Un impegno preciso : città più sicure » [26] – les campagnes d’affichage de Forza Italia et de l’Olivier demeuraient en général fort différentes. Rutelli chercha à s’éloigner de l’image charismatique de son rival en se faisant figurer le plus souvent en contact direct avec la population. À la posture calculée, il préféra un style direct et immédiat : les images, souvent partiellement floues et au cadrage impromptu, donnaient l’impression de spontanéité. Il va sans dire qu’il s’agissait d’une spontanéité préméditée : les photos en question furent sûrement choisies avec soin, et peut-être même posées.
La population, en fait, n’était pas complètement exclue de la propagande placardée de Forza Italia. Elle y parut – distincte de Berlusconi – dans deux affiches qui eurent une diffusion plus limitée. La première reproduisait l’image de quatre jeunes étudiants – deux garçons et deux filles. Une autre affiche, consacrée à l’emploi, représentait huit personnages placés l’un à côté de l’autre, symbolisant par leurs habits leurs métiers respectifs (illustration 3a) : trois femmes et cinq hommes, tous jeunes ou relativement jeunes, dont l’unique noir portait une toque de cuisinier. Une femme avec un petit enfant dans les bras était aussi représentée : sa position privilégiée, au centre de l’affiche et précédant les autres d’un pas, voulait sans doute souligner l’importance que le parti attribuait au statut de la femme au foyer. Les visages souriants, le maintien guindé et les vêtements de marque des protagonistes des deux affiches donnaient à ce prétendu échantillon de la société italienne l’air faux et kitsch des images publicitaires et des feuilletons. L’image de la rangée de personnages précédée par une femme tenant un enfant semble faire allusion au célèbre tableau du peintre socialiste Pellizza da Volpedo, Le Quatrième État (illustration 3b). Il s’agirait alors d’une réinterprétation ironique de cette icône de la gauche qui représente une femme et deux hommes en marche à la tête d’une foule de paysans, symboles des revendications du prolétariat et de la solidarité de classes. Elle était transformée en célébration d’une société interclassiste satisfaite et optimiste, prête à faire confiance à un homme politique présenté comme un créateur d’emplois. Le slogan affirmait en effet : « Votiamo Berlusconi perché sa creare lavoro » (Votons Berlusconi parce qu’il sait créer du travail) [27].
Face à la campagne d’affichage mégalomane, omniprésente et égocentrique de Forza Italia, une campagne agressive fondée sur le modèle de la publicité commerciale, comme en témoigne la répétition incessante de quelques images et de slogans simples et faciles à retenir, les adversaires de Berlusconi utilisèrent l’arme de la dérision. Sur de nombreux portraits placardés du leader aux promesses invraisemblables fut ajouté le nez rouge d’un clown. Particulièrement originale fut la guérilla informatique lancée par Mark Bernardini, un entreprenant militant de Comunisti Italiani (formation politique faisant partie de la coalition de centre-gauche) : il créa un site Internet sur lequel le public fut invité à présenter ses parodies de la propagande de Forza Italia. Le site se remplit vite de milliers de photomontages satiriques. Ainsi, l’affiche de Berlusconi déclarant son ferme engagement à rendre les villes plus sûres fut raillée en surimposant au portrait original les barreaux d’une prison, tandis que les hautes ambitions du leader furent ridiculisées dans un autre photomontage qui le représentait habillé en Pape, accompagné par le slogan « Un impegno concreto : diventare papa (e poi santo) » (Un engagement concret : devenir pape (puis saint)). Le succès de cette initiative de contre-propagande fut tel que Berlusconi tenta de neutraliser les effets en lançant un concours doté de prix pour la meilleure caricature, et en incluant un certain nombre de ces images sur son propre site Internet.
La campagne électorale de 2001 a montré que l’image placardée est loin d’être une forme de communication périmée. L’utilisation intensive de l’affiche par Forza Italia fut même stimulée par la loi 28/2000, introduite par le gouvernement de l’Olivier en février 2000, pour garantir l’égalité d’accès aux moyens d’information. La loi visait à empêcher Berlusconi d’inonder les chaînes de télévision avec ses spots, comme il l’avait surtout fait lors des élections de 1994. Berlusconi l’éluda en se servant de l’affichage de façon également envahissante [28]. L’importance que Forza Italia attribua à cette forme de communication est d’ailleurs clairement attestée par les ressources investies : 60 milliards de lires (environs 31 millions d’euros) sur un budget de plus de 80 milliards consacrés à la campagne. Notons, à titre comparatif, que l’Olivier dépensa 13 milliards de lires sur un montant total estimé entre 24 et 27 milliards.
 
â—¦ Toujours là !
 
 
L’effigie de Berlusconi figure également, avec une abondance et une fréquence sans égaux dans l’histoire politique post-fasciste, sur différents supports médiatiques. Ainsi le numéro illustré de Vita Italiana (publication officielle du département pour l’Information et l’Édition de la présidence du Conseil des ministres) portant le titre « Governo Berlusconi : sette mesi di attività » fut amplement diffusé en Italie et à l’étranger en décembre 1994. Quelques semaines avant les élections de 2001, Una storia italiana, autobiographie en belles images couleurs célébrant avec un ton triomphaliste la carrière du leader, fut distribuée gratuitement à 12 millions d’exemplaires [29]. Il faut aussi mentionner les innombrables photo reportages publiés dans la presse appartenant à Berlusconi, ainsi que dans les autres journaux et magazines – publications qui se servent toutes le plus souvent d’images fournies par la direction de Forza Italia, et donc soigneusement sélectionnées [30]. Il conviendrait enfin d’évoquer les nombreuses photos de Berlusconi qui paraissent sur le site Internet de son parti [31]. Le 1er mai 2003 encore, une image invite le public à adhérer à Forza Italia pour résister à « questa sinistra pericolosa per l’Italia, per la democrazia, per la libertà » (« cette gauche dangereuse pour l’Italie, pour la démocratie, pour la liberté »), comme l’affirme la légende (illustration 4). Suivant un modèle bien établi, le leader y est représenté de trois quarts et en demi-figure, sur le côté gauche du cadre. Souriant aimablement, il se penche vers le spectateur, comme pour mieux lui prêter l’oreille (une posture qui figurait déjà en 1983 sur une affiche électorale de Craxi). Cette fois le buste de Berlusconi ne se découpe pas sur le drapeau de Forza Italia, comme on pourrait s’y attendre, puisqu’il s’agit d’une publicité visant à l’adhésion (le logo du parti figure discrètement, en petit format, à droite du portrait), mais sur le tricolore flottant au vent. L’ensemble donne au leader du parti l’allure bienveillante, affable et distinguée d’un président de la République, bref d’une personnalité au-dessus de la mêlée. Personnification des valeurs de la nation (ainsi que de celles de l’Union Européenne dont il s’apprête à assumer la présidence, comme l’évoque la couronne d’étoiles juxtaposée au drapeau), Berlusconi met en garde les Italiens contre la gauche, présentée comme autre, comme un véritable « péril rouge ». Cette diabolisation de l’opposition rappelle de près la propagande apocalyptique orchestrée en Italie par la démocratie chrétienne et ses alliées durant les années de la guerre froide.
Illustration 1
Élections européennes, 1994.
IMGIMGÉlections européennes, 1994.IMGIMF
© Forza Italia
Illustration 2
Élections européennes, 1999.
IMGIMGÉlections européennes, 1999.IMGIMF
© Forza Italia
Illustration 3a
Élection législatives, 2001
IMGIMGÉlection législatives, 2001IMGIMF
© Forza Italia
Illustration 3b
Pellizza da Volpedo, Le Quatrième État, 1901 (détail)
IMGIMGPellizza da Volpedo, Le Quatrième État, 1901 (déta...IMGIMF
© Comune di Milano, tous droits réservés, Galleria d’Arte Moderna, Milan.
Illustration 4
Image de recrutement, 2003
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© Forza Italia
Nous remercions le service de propagande de Forza Italia de nous avoir autorisé à reproduire les illustrations 1, 2 3a et 4 de cet article.
 
NOTES
 
[1] Sur l’affiche politique italienne en général cf. Luciano Cheles, « Picture Battles in the Piazza : the Political Poster », in L. Cheles et L. Sponza (dir.), The Art of Persuasion. Political Communication in Italy from 1945 to the 1990s, Manchester, Manchester University Press, 2001, p. 124-179.
[2] Pour le portrait comme genre pictural, son évolution et son utilisation sociale et politique en Italie, cf. E. Castelnuovo, « Il significato del ritratto pittorico nella società », in Storia d’Italia. I documenti, V, 2, Turin, Einaudi, 1973, p. 1031-1034. Cf. aussi P. Burke, « The Presentation of Self in the Renaissance Portrait », in The Historical Anthropology in Early Modern Italy, Cambridge, Cambridge University Press, 1987, p. 150-67. L’importance du portrait photographique du leader et du chef d’État dans le système de la communication politique est bien reconnue en France, comme l’attestent de nombreuses études, par exemple P. Fresnault-Deruelle, Les images prises aux mots, Paris, Edilig, 1989, ou V. Esders, La photo du Président, Paris, Hazan, 2002. La bibliographie sur les portraits des personnalités politiques italiennes de l’après-guerre est, en revanche, presque inexistante.
[3] La bibliographie sur Berlusconi et sur Forza Italia est désormais très vaste. On se limitera à citer : G. Fiori, Il venditore. Storia di Silvio Berlusconi e della Fininvest, Milan, Garzanti, 1995 ; G. Statera, Il volto seduttivo del potere. Berlusconi, i media, il consenso, Rome, SEAM, 1995 ; E. Jozsef, Main basse sur l’Italie. La résistible ascension de Silvio Berlusconi, Paris, Grasset, 2001 ; M. Travaglio et E. Veltri, L’odeur de l’argent. Les origines et les dessous de la fortune de Silvio Berlusconi, Paris, Fayard, 2001 ; E. Poli, Forza Italia. Strutture, leadership e radicamento territoriale, Bologne, Il Mulino, 2001. Sur les élections de 1994 cf. A. Lyttelton, « Italy : The Triumph of TV », The New York Review of Books, 11 août 1994, p. 25-29 ; R. S. Katz et P. Ignazi (dir.), Italian Politics. The Year of the Tycoon, Oxford, Westview, 1995 ; M. Livolsi et U. Volli (dir.), La comunicazione politica tra Prima e Seconda Repubblica, Milan, Franco Angeli, 1995.
[4] Cf. S. Gundle, « Il sorriso di Berlusconi », Altrochemestre, 3, 1995, p. 14-17.
[5] Sur l’optimisme comme topos berlusconien cf. A. Amadori, Mi consenta. Metafore, messaggi e simboli. Come Silvio Berlusconi ha conquistato il consenso degli italiani, Milan, Scheiwiller, 2002, p. 61-63.
[6] Sur ce leitmotiv de la propagande de Berlusconi en 1994, cf. S. Novelli et G. Urbani, Dizionario italiano. Parole nuove della Seconda e Terza Repubblica, Rome, Datanews, 1995, p. 95.
[7] Cf. K. Melder, Hail to the Candidate. Presidential Campaigns from Banners to Broadcasts, Washington DC et New York, Smithsonian Institution Press, 1992.
[8] Berlusconi n’est pas le premier à afficher un grand sourire. Il avait été précédé par le leader socialiste Bettino Craxi (un allié), qui, lors des élections de 1983 se fit représenter sur les affiches avec un sourire éclatant et la chemise ouverte pour suggérer naturel et optimisme – le slogan choisi fut précisément « L’ottimismo della volontà ». Cf. B. Craxi (préface), Le immagini del Socialismo. Comunicazione politica e propaganda del PSI dalle origini agli anni Ottanta, Rome, PSI, s.d. [1983], p. 540-545, et p. 546 où l’on souligne l’influence américaine sur la nouvelle communication du parti. Le sourire, ainsi que la pratique même de placarder le portrait des candidats, résultaient du double phénomène de la personnalisation et de la spectacularisation de la politique. Cf. D. Campus, « Leader, dreams and journeys : Italy’s new political communication », Journal of Modern Italian Studies, 7, 2, 2002, p. 171-191. Cf. aussi F. Ceccarelli, Il teatrone della politica, Milan, Longanesi, 2003.
[9] Sur le symbolisme du côté droit/côté gauche dans la culture occidentale cf. le numéro monographique de Sfera, 12, 1990 (« Destra e sinistra »).
[10] Berlusconi a notamment adopté le terme Azzurri (les Bleus) pour se référer aux parlementaires et aux conseillers municipaux de Forza Italia ; d’autres termes sportifs ont également été utilisés pour donner au parti un caractère supra-idéologique. Cf. P. McCarthy, « The languages of politics : from politichese to the “discourse of serenity” », in L. Cheles et L. Sponza (dir.), The Art of Persuasion, p. 200 ; du même, « Italy : a New Language for a New Politics ? », Journal of Modern Italian Studies, II, 3, 1997, p. 337-357 ; E. Semino et M. Masci, « Politics is Football : Metaphor in the Discourse of Silvio Berlusconi in Italy », Discourse and Society, 7, 2, 1996, p. 243-269. Sur le symbolisme du bleu en général cf. M. Pastoureau, Histoire d’une couleur, Paris, Le Seuil, 2002.
[11] Cf. F. Rigotti, Metafore della politica, Bologne, Il Mulino, 1989, chapitre 3 (« Metafore spaziali dell’alto e del basso »). En fait l’image du ciel fut utilisée par Forza Italia dès ses débuts (janvier 1994), comme toile de fond des meetings de Berlusconi et sur les couvertures de certaines publications du parti ; mais c’est à l’occasion des élections européennes qu’elle parut pour la première fois sur une affiche figurant le leader.
[12] Sur ces élections cf. A. Stille, « Italy : the Convulsions of Normalcy », The New York Review of Books, 6 juin 1996, p. 42-46 et R. d’Alimonte et D. Nelken (dir.), Italian Politics. The Centre-Left in Power, Oxford, Westview, 1997.
[13] Cette réticence s’explique par le fait que la gauche privilégiait les valeurs collectives plutôt que l’idée du leader charismatique. En 1994, Achille Occhetto, leader du Partito Democratico della Sinistra et des Progressisti, la coalition gauchiste, ne s’était pas fait représenter sur les affiches. Sur l’évolution de l’attitude de la gauche sur cette question cf. L. Cheles, « Le portrait du leader », colloque « Propagande et contre-propagande en Italie de 1945 à nos jours », Institut Culturel Italien, Paris, 21 au 21 novembre 2001, à paraître dans un volume collectif dirigé par Luciano Cheles et Pierre Sorlin.
[14] Durant la campagne électorale, le visage rondelet de Prodi fut fréquemment caricaturé par ses adversaires. À Bologne, par exemple, Filippo Berselli, candidat du parti « post-fasciste » Alleanza Nazionale, fit distribuer 30 000 tracts imprimés sur du papier de charcutier représentant une tranche de mortadelle avec l’effigie du leader de l’Olivier.
[15] Le manuel que l’Olivier distribua à ses militants (O. Calabrese, M. Rafaiani et L. Sacchetti (dir.), Orientamenti di comunicazione politica, Bologne, Grafiche Damiani, 1996) préconise une communication simple et sobre, sans combines, une communication facilitant le contact direct entre candidats et votants. Andrea Rauch était bien apte à créer une imagerie adéquate, ayant consacré son activité de graphiste exclusivement à des organismes humanitaires et culturels. Cf. F. Taborda, « Studio Graphiti », Novum Gebrauchsgraphik, 61, 11, 1991, p. 10-13.
[16] Sur ces élections, P. Daniels, « The 1999 Elections to the European Parliament », in M. Gilbert et G. Pasquino (dir.), Italian Politics. The Faltering Transition, Oxford, Berghahn, 2000, p. 87-106.
[17] Une autre affiche figurant le même portrait portait un slogan plus long : « Difendi i tuoi diritti, i tuoi interessi, la tua libertà » (Défendez vos droits, vos intérêts, votre liberté).
[18] Une autre affiche de François Mitterrand avait déjà été imitée : « La force tranquille » (1981) fut exploitée par le leader du Partito Repubblicano, Giorgio La Malfa, lors des législatives de 1992. Cf. L. Cheles, « L’immagine riciclata : camuffamenti, citazioni e plagi nella propaganda figurativa italiana del dopoguerra », in M. Ridolfi (dir.), Linguaggi della politica nel Novecento, Bologne, Il Mulino (sous presse).
[19] P. Fresnault-Dervelle, Les images prises au mot, op. cit., p. 192-195.
[20] Sur ces élections cf. G. Pasquino (dir.), Dall’Ulivo al Governo Berlusconi. Le elezioni del 13 maggio 2001 e il sistema politico italiano, Bologne, Il Mulino, 2002 ; P. Bellucci et M. Bull (dir.), Italian Politics. The Return of Berlusconi, Oxford, Berghahn, 2002 et J. Newell (dir.), The Italian Election of 2001. Berlusconi’s Victory, Manchester University Press, 2002. Les affiches des législatives ont été analysées dans une perspective socio-sémiologique par P. Guarino et I. Pezzini, « I manifesti elettorali. Il caso 2001 », in A. Semprini (dir.), Lo sguardo socio-semiotico, Milan, Franco Angeli (sous presse).
[21] De cette affiche il existe en fait deux versions légèrement différentes : dans la première, la partie inférieure du portrait a été moins mutilée (on y voit partiellement la main de Berlusconi appuyée sur la feuille) ; dans la seconde affiche, le portrait se découpe sur un fond neutre.
[22] J’ai traité de cette problématique dans « “Nostalgia dell’Avvenire”. The Propaganda of the Italian Far Right between Tradition and Innovation », in L. Cheles, R.G. Ferguson et M. Vaughan (dir.), The Far Right in Western and Eastern Europe, Londres et New York, Longman, 1995, p. 64-94. Cf. aussi Luciano Cheles, « Dalla donna-angelo a Alessandra Mussolini. L’immagine femminile nella propaganda della destra parlamentare », in F. Billi (dir.), La paura e l’utopia. Saggi sulla comunicazione politica contemporanea, Milan, Punto Rosso, 2001, p. 83-122.
[23] Sur ce double rôle de Berlusconi, synthétisé par le costume et le pull-over qu’il alterne, cf. M. P. Pozzato, « Fashion and Political Communication in the 1980s and 1990s », in L. Cheles et L. Sponza (dir.), The Art of Persuasion, op. cit., p. 292, 294. La « proximité distante » du leader est également analysée par A. Amadori, Mi consenta, op. cit., p. 131-132.
[24] S. Messina, « Il lusso », La Repubblica, 12 juin 2001, p. 10.
[25] Les premiers posters géants de Berlusconi parurent en octobre 2000, plus de six mois avant les dates des élections ; ceux de Rutelli (qui ne fut désigné leader de la coalition qu’en octobre 2000) en janvier 2001.
[26] On peut toutefois noter que, à son tour, Forza Italia s’empara de thématiques telles que la solidarité et l’environnement, qui appartiennent traditionnellement au répertoire de la gauche.
[27] Le tableau de Pellizza da Volpedo (connu hors de l’Italie surtout après été utilisé par Bernardo Bertolucci comme « logo » de Novecento [1976]), a été fréquemment parodié par les publicitaires. Cf. A. Scotti, Cento anni di Quarto Stato. La fortuna del quadro di Pellizza da Volpedo tra ideologia e comunicazione di massa, Milan, M & B Publishing, 2001 ; et M. Nani, L. Ellena et M. Scavino, Il Quarto Stato di Pellizza da Volpedo tra cultura e politica. Un’immagine e la sua fortuna, Turin, Angolo Manzoni, 2002.
[28] Cf. C. Paolucci, « Campaign strategies and tactics : leaders, experts and the media », in J. Newell (dir.), op. cit., p. 127-142, p. 133. Sur cette loi, dite Par condicio, voir P. L. Ballini, « Le “regole del gioco” : dai banchetti elettorali alle campagne disciplinate », in P. L. Ballini et M. Ridolfi (dir.), Storia delle campagne elettorali in Italia, Milan, Bruno Mondadori, 2002, p. 51-55.
[29] Sur ce document cf. : W. V. Harris, « Letter from Rome », The Times Literary Supplement, 8 juin 2001, p. 15 (qui remarque que Berlusconi paraît dans 218 photos) ; et A. Amadori, Mi consenta, op. cit.
[30] Ces photos, prises par les photographes personnels de Berlusconi, qui le suivent dans ses déplacements, ont évidemment pour but de présenter le leader au public sous un aspect le plus favorable possible. Sur la coutume en question, qui fut inaugurée par Craxi et suivie par plusieurs autres personnalités politiques (dont Romano Prodi, et Massimo d’Alema [Democratici di Sinistra]), cf. G. Quaranta, « Il fotografo del potere. Sì, il Palazzo è tutto un click », L’Espresso, 28 janvier 1999, p. 60. Ce phénomène rappelle le contrôle exercé par le régime fasciste sur les photos de presse. Cf. Ph. V. Cannistraro, La fabbrica del consenso. Fascismo e mass media, Rome, Laterza, 1975, p. 195-196.
[31] Sur le rôle d’Internet dans la communication politique italienne cf. R. K. Gibson, J. L. Newell et S. J. Ward, « New Parties, New Media : Italian Politics and the Internet », South European Society and Politics, 5, 1, 2000, p. 123-144 ; idem, « The New Technologies : the First Internet Election ? », in J. L. Newell (dir.), op. cit., p. 162-182.
[*] Luciano Cheles est professeur d’études italiennes à l’université de Poitiers. Il est spécialiste des relations entre arts visuels et politique, à la Renaissance et dans l’Italie contemporaine. Il a organisé, en France et en Grande Bretagne, diverses expositions sur le graphisme politique et social italien.
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Berlusconi a notamment adopté le terme Azzurri (les Bleus) ...
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Élections européennes, 1994.
Élections européennes, 1999.
Élection législatives, 2001
Pellizza da Volpedo, Le Quatrième État, 1901 (détail)
Image de recrutement, 2003