Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629485
184 pages

p. 146 à 151
doi: en cours

Veille sur la revue
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Vingtième siècle signale

no 80 2003/4

 
Pour une politique de la recherche
 
 
Difficile, en ces temps où se multiplient les signes d’une crise profonde de la recherche scientifique dans notre pays, de ne pas accueillir avec faveur le livre collectif que l’on doit à l’initiative de deux historiens, Alain Chatriot et Vincent Duclert, Quel avenir pour la recherche ? Jean-Louis Crémieux-Brilhac, François Jacob, Pierre Joliot, Jean-Claude Pecker, Pierre Piganiol et Alain Touraine le disent sans emphase à la fin de leur préface, la réponse des cinquante savants réunis ici doit s’entendre comme « un cri d’alarme adressé à l’opinion publique autant qu’un manifeste pour une politique de la recherche ». Le pire serait qu’elle ne fût pas entendue. Aux historiens du contemporain, nous signalons tout particulièrement la contribution intitulée « La recherche en sciences sociales. Pour un bilan critique », où Christophe Charle relève avec lucidité les effets du « carcan technocratique » (Vincent Duclert et Alain Chatriot (dir.), Quel avenir pour la recherche ?, Paris, Flammarion, 2003, 349 p., 21 e).
 
Histoire et mémoires d’Espagne
 
 
Pour faire suite à notre no 74, « Les 25 ans de l’Espagne démocratique », signalons la dernière livraison des Matériaux pour l’histoire de notre temps, tout entière consacrée, elle aussi, à l’Espagne, sur le thème de « la mémoire retrouvée (1975-2002) ». Dans sa présentation, Danielle Rozenberg souligne à juste titre l’importance du vote, par le Congrès des députés espagnols, à l’unanimité, le 20 novembre dernier, jour anniversaire de la mort du général Franco, de la déclaration qui « condamne le soulèvement militaire du 18 juillet 1936 ». C’était en finir avec la « différence » revendiquée par le régime franquiste, rendre sa légitimité au combat des vaincus, ouvrir ainsi une réflexion apaisée sur la mémoire de la guerre civile. La revue de la BDIC apporte une belle contribution à l’étude de cet héritage et de ses composantes, qu’il s’agisse de propagande ou d’enseignement de l’histoire, et à celle des mémoires nationalistes ravivées ou reconstruites dans la société postfranquiste (Matériaux pour l’histoire de notre temps, no 70, avril-juin 2003, « Espagne : la mémoire retrouvée (1975-2002) », 96 p., 12 €).
 
Viv(r)e la politique
 
 
L’ambition est sympathique : « Notre approche sera à la fois scientifique, polémique, littéraire ou esthétique, à l’image du parlementarisme comme phénomène social. En somme, rien de ce qui est parlementaire et politique ne devra échapper à notre attention. C’est notre façon à nous, scientifique et citoyenne, de dire que la politique n’est pas morte et qu’elle vaut la peine d’être vécue. » La réalisation savante est à bonne hauteur : le premier numéro de Parlement(s). Revue d’histoire parlementaire et politique (printemps 2003, tous renseignements à attal. frederic@ free. fr) publie, sur le thème « Faut-il tourner le dos à la politique ? », des entretiens avec René Rémond, Christian Poncelet, Jean-Louis Debré, Michel Rocard et Édouard Balladur, suivis d’articles scientifiques très bien enlevés par des historiens spécialistes bien connus, Jean Garrigues (rédacteur en chef), Gilles Le Béguec, Jérôme Grévy, Didier Musiedlack, Fabrice d’Almeida, Noëlline Castagnez, Sabine Jansen et Éric Anceau. Des rubriques magazine, des lectures, un billet de Sabine Jansen complètent l’ensemble. Cette nouvelle revue « décoiffe » gentiment et va démontrer qu’une recherche rajeunie peut venir au secours de l’actualité et aider à mieux cerner les enjeux de demain. Nous souhaitons très bon vent à l’entreprise.
 
D’où nous viennent les « sciences de gouvernement » ?
 
 
La Revue française de science politique (53,2, avril 2003) propose un dossier sur cette question, après un récent numéro des Actes de la recherche en sciences sociales et les travaux, entre autres, de Bruno Matour, Marc Olivier Baruch et Vincent Duclert. Ces sciences nous viennent, bien entendu, de l’import-export de la « révolution managériale » de Burnham, note Joseph Romano. Ne négligeons pas l’apport des fondations philanthropiques et de la Public Administration américaines, confirme Pierre-Yves Saunier. Certaine tradition juridique française, politiquement assumée par le Conseil d’État, eut sa part, majeure, depuis le début du 20e siècle, ajoute Rachel Vanneuville. Renaud Payre dit, pour sa part, les origines d’une science de gestion municipale et Marc Dixneuf signale l’exemple récent des médicaments génériques, capables de bousculer les règles d’une politique mondiale de la santé. L’ensemble de ce dossier est aussi neuf que stimulant.
 
Le prix de la Fondation Jean-Jaurès
 
 
Décerné, à l’unanimité cette année, par un jury présidé par Alain Bergounioux et composé de Franck Georgi, Marc Lazar, Fabrice d’Almeida, Noëlline Castagnez, Jean-William Dereymez, Hélène Hatzfeld et Gilles Morin, le prix de la Fondation Jean-Jaurès récompense le mémoire de DEA de Rémi Darfeuil, soutenu à l’IEP de Paris. Ce travail, intitulé La mémoire du mitterrandisme au sein du Parti socialiste, fournit la matière de la dernière des Notes de la Fondation. L’auteur conclut à la mise en forme d’une mémoire collective qui « demeure minimale » (Rémi Darfeuil, La mémoire du mitterrandisme au sein du Parti socialiste, préface d’Alain Bergounioux, Les Notes de la Fondation Jean-Jaurès, no 34, avril-mai 2003, 188 p., 7,50 €).
 
Tentations populistes
 
 
Prolongeant les réflexions réunies ici même, dans notre no 56 (octobre-décembre 1997), ou celles de Roger Dupuy dans son récent essai de synthèse, La politique du peuple (Paris, Albin Michel, 2002), des chercheurs grenoblois, historiens, sociologues ou philosophes du politique, ont rassemblé quelques-uns des meilleurs spécialistes européens pour éclairer, à partir de plusieurs points de vue disciplinaires, les ressorts et la portée du phénomène désigné par le mot « populisme », dont ils rappellent avec raison qu’il fonctionne autant comme épouvantail que comme principe de mobilisation ou catégorie d’analyse. Sans prétendre en faire le tour, l’ouvrage qui est le fruit de ces échanges offre, pour la recherche, un bilan et des perspectives également utiles (Olivier Ihl, Janine Chêne, Éric Vial, Ghislain Waterlot (dir.), La tentation populiste au cœur de l’Europe, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2003, 318 p., 34 €).
 
L’Ouest, terre atypique d’immigrations ?
 
 
Telle est l’hypothèse qu’avançait Janine Ponty dans sa précise introduction au colloque tenu à Cholet en juillet 2002 sur Les étrangers dans l’Ouest de la France (xviii exx e siècle). Voici que paraissent les actes, réunis par Yves Denéchère et Jean-Luc Marais. Le plan, chronologique, conduit le lecteur de l’exil jacobite irlandais du tournant des 17e et 18e siècles jusqu’aux témoignages d’Algériennes qui ont fui à Angers ou à La Roche-sur-Yon le terrorisme islamique. Les deux guerres mondiales ont fait l’objet d’une attention particulière, qui fait tout le prix de la troisième partie de l’ouvrage (Yves Denéchère et Jean-Luc Marais (dir.), Les étrangers dans l’Ouest de la France (xviii e-xx e siècle), Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, t. 109, 2002, no 4, Presses universitaires de Rennes, 263 p., 18 €).
 
Croyances et incroyances urbaines
 
 
Fondé en 1995 à l’initiative d’Albert Broder, l’Institut Jean-Baptiste Say de l’université de Paris-12, aujourd’hui dirigé par Florence Bourillon, réunit enseignants et chercheurs autour de l’étude des cultures urbaines. C’est dans ce cadre que deux de ses membres, Philippe Boutry et André Encrevé, ont organisé trois journées d’études sur « La religion et la ville ». Les communications aujourd’hui réunies en volume sous le même titre portent en majorité sur le 19e siècle, et se répartissent suivant trois axes de recherche : le renouvellement des structures religieuses ou irréligieuses, l’émergence de l’anticléricalisme et de la laïcité, la diversité des opinions et des croyances. L’ensemble répond de façon probante à l’ambition que Philippe Boutry exprime dans sa conclusion en ces termes : « Si, pour plagier Clemenceau, l’histoire religieuse est une chose trop sérieuse pour être abandonnée aux historiens du religieux, elle a vocation à irriguer des champs entiers de l’histoire économique, sociale et démographique, urbanistique et architecturale, politique, culturelle et artistique, de la ville à l’âge contemporain. » (La Religion dans la Ville, textes réunis par Philippe Boutry et André Encrevé, Bordeaux, Éditions Bière, 2003, 270 p., 28 €).
 
De l’atelier à l’école, et retour
 
 
En janvier 2001 s’est tenu à Villeneuve d’Ascq un colloque qui a permis de présenter, enfin, un tableau approfondi de l’histoire de la formation professionnelle et technique en Europe du 18e au 20e siècle. Quatre directions avaient été privilégiées : les politiques de formation, d’abord, dont ont été examinés les origines, les champs d’application et les effets ; les modèles de formation, depuis l’apprentissage jusqu’aux spécialisations fines de l’époque contemporaine ; la réception des dispositifs et des méthodes pédagogiques, les résistances qu’ils ont rencontrées ; ce qui a conduit à ancrer fortement cette histoire comparative dans celle des populations ouvrières concernées. À tous égards, le volume d’actes que l’on doit aux soins de Philippe Marchand et Gérard Bodé est appelé à rester un jalon bibliographique majeur dans ce domaine de recherche (Gérard Bodé et Philippe Marchand (dir.), Formation professionnelle et apprentissage (xviii e-xx e siècle), co-édition INRP/ Revue du Nord, hors série, coll. « Histoire », no 17, 2003, 520 p., 33 €).
 
Le Play et les juristes
 
 
Que Les Études sociales, revue publiée par la Société d’économie et de science sociales, elle-même fondée par Frédéric Le Play en 1856, fît le point sur les relations entre le monde des juristes et le mouvement leplaysien entre le milieu du 19e siècle et 1914, c’était bien le moins qu’on dût attendre d’elle. C’est chose faite, et bien faite, dans le numéro double de l’année 2002. Frédéric Audren et Antoine Savoye se sont assuré le concours de spécialistes reconnus (Jean-Luc Coronel de Boissezon, Paolo Napoli, Olivier Descamps, Katia Weidenfeld, Jacques Poumarède, Jean-Louis Halpérin et Marie-Claude Prémont). Ils proposent eux-mêmes de substantiels « éléments pour une proso-pographie » ainsi qu’une bibliographie. L’érudition sert une problématique pertinente, qui constate que la science juridique est la grande oubliée des études relatives à l’affirmation de la sociologie en discipline autonome, et s’inscrit en faux contre l’hypothèse selon laquelle les juristes n’auraient que peu contribué à l’institution de la science sociale (Les Études sociales, no 135-136, 1er et 2e semestres 2002, « Les juristes et l’École de Le Play », 314 p., 25 €).
 
Deux siècles d’enseignement de l’histoire
 
 
Enfin un manuel sûr et précis sur l’art et la manière d’apprendre l’histoire aux jeunes générations, sur l’obstination française à distinguer sans les désunir l’histoire savante et l’histoire enseignée, depuis l’Ancien Régime jusqu’à Jack Lang en passant par Duruy, Lavisse, Haby et quelques autres. Finalités nationales et politiques point toujours aussi affichées qu’on le dit, programmations laborieuses et souvent contradictoires, méthodes pédagogiques et leur effet sur les élèves, corporatismes variés : tout est élégamment disséqué, critiqué et constamment rapporté à l’ambition républicaine. On ne voit guère qui peut désormais enseigner ou prétendre enseigner l’histoire sans s’être pénétré de Patrick Garcia et Jean Leduc, L’enseignement de l’histoire en France, de l’Ancien Régime à nos jours, Paris, Armand Colin, coll. « U », 2003, 320 p., prix non indiqué. À noter aussi, la richesse de l’appareil critique (bibliographie, chronologie, index).
 
Actualités guerrières
 
 
À l’heure où se préparent les cours sur la nouvelle question d’agrégation, un rapide parcours dans les plus récents numéros de quelques revues conduit à signaler des travaux particulièrement utiles. La première livraison des Annales de démographie historique pour l’année 2002 est presque tout entière consacrée au dossier dirigé par Olivier Faron sur « La population dans la Grande Guerre », et constitué d’articles relatifs aux cas français, italien, anglais et américain (consulter le site www. editions-belin. com). Dans French History (vol. 17, no 1, march 2003), Martyn Lyons revient sur la correspondance des soldats français (« French Soldiers and Their Correspondence : Towards a History of Writing Practices in the Forst World War », p. 79-95). Archives juives publie de son côté un dossier intitulé « Aspects de la presse juive entre les deux guerres », introduit par Catherine Nicault, et en tête duquel figure l’étude de Philippe-E. Landau sur « La presse des anciens combattants juifs face aux défis des années trente » (Archives juives. Revue d’histoire des Juifs de France, no 36/1, 1er semestre 2003, p. 10-24).
 
La démocratie anglaise entre deux guerres
 
 
Deux articles au sommaire du dernier numéro d’Historical Research font le point sur deux questions d’importance pour la démocratie anglaise entre les deux guerres. Jon Lawrence s’efforce de montrer que, contrairement à de récentes interprétations, le rejet de la violence, en particulier dans les rangs du parti conservateur et dans la presse, a beaucoup contribué à l’échec de Sir Oswald Mosley et de sa British Union of Fascists (« Fascist violence and the politics of public order in inter-war Britain : the Olympia debate revisited », p. 238-267). Puis Patricia M. Thane s’interroge sur ce qu’a (et ce que n’a pas) changé dans la vie des femmes anglaises l’accession au droit de vote en 1918 (« What difference did the vote make ? Women in public and private life in Britain since 1918 », p. 268-285) (Historical Research, vol. 76, no 192, may 2003).
 
Retour au Levant
 
 
Voici que reprend, avec le volume X-11, pour les années 1999-2000, la parution de Tempora. Annales d’histoire et d’archéologie, revue éditée par l’université Saint-Joseph de Beyrouth. La nouvelle mérite d’autant plus d’être signalée que cette livraison comprend deux articles confirmant la vitalité des études sur la fin de la période ottomane et l’entre-deux-guerres. Jean-Claude Voisin et Marc Delpech évoquent « Le Liban sous la plume des voyageurs allemands au début du 20e siècle (1898-1920) », avec d’utiles fiches biographiques des auteurs cités (p. 35-71). Puis Vahé Tachjian se penche sur « La genèse d’une politique kurde chez les autorités françaises en Syrie dans les années 1920 » (p. 73-102) (Tempora. Annales d’histoire et d’archéologie, vol. 10-11, années 1999-2000, 189 p., B. P. 17-5208, Mar Mikhaël Beyrouth 1104-2020).
 
Le legs de Léon Poliakov
 
 
Léon Poliakov est mort en 1997. Son Bréviaire de la haine. Le IIIe Reich et les Juifs, paru en 1951 sur les recommandations de Kojève avec une préface de Raymond Aron est, à bien des égards, un ouvrage fondateur. Première analyse, en France, qui cherche une explication historique à l’extermination des juifs d’Europe, le livre de Poliakov est une introduction à sa monumentale Histoire de l’antisémitisme. Au cœur de la réflexion, le constat d’une dérive de la pensée occidentale qui conduit au crime. Un phénomène que Poliakov scrute dans les attitudes des individus comme des institutions. Ce recueil d’articles montre l’ampleur du champ d’observation qui fut le sien pendant un demi-siècle : Louis-Ferdinand Céline, l’Église catholique, Vichy et « le racisme de compromis », l’historiographie de la Shoah, Freud et le judaïsme, la sociologie de Max Weber. À signaler l’introduction éclairante de Paul Zavadzki (Léon Poliakov, Sur les traces du crime, Paris, Berg international, 231 p., 18 €).
 
Paradoxes néerlandais
 
 
Opportune réédition que celle de l’Histoire des Pays-Bas de Christophe de Voogd, directeur de l’Institut français des Pays-Bas, parue en 1992 chez Hatier et reprise aujourd’hui par la Librairie Arthème Fayard. De l’« embarras de richesses » analysé naguère par Simon Schama au « modèle néerlandais » des années 1945-1980, l’auteur retrace une histoire intérieure, sociale et politique, souvent ignorée. Chronologie, bibliographie mise à jour et index complètent utilement l’ouvrage (Christophe de Voogd, Histoire des Pays-Bas, des origines à nos jours, Paris, Fayard, 2003, 391 p., 24 €).
 
Retrouvailles franco-polonaises
 
 
Le 29 avril dernier, le ministre de la Culture et de la Communication Jean-Jacques Aillagon présentait à la presse Les sources de l’histoire de la Pologne et des Polonais dans les archives françaises (des origines à 1939), guide publié, sous la direction de Ghislain Brunel, par les Archives de France. Preuve de la qualité des relations bilatérales dans ce domaine, ce guide, qui entend restituer dans leur diversité les réactions françaises à la politique intérieure polonaise aussi bien que les conditions d’accueil des immigrés polonais sur le sol français, répond à celui des Sources de la France et des Français en Pologne, publié en décembre 2002 sous la direction de Daria Lipinska-Nalecz, directrice des Archives nationales de Pologne.
 
Identités coréennes
 
 
L’importance historiographique des travaux sur l’identité nationale et culturelle reflète, comme il se doit, les interrogations des historiens sur l’accroissement contemporain des échanges interculturels, à l’heure de la « mondialisation ». Les tenants du comparatisme (et les autres) apprécieront, dans cet esprit, le dernier numéro du Korea Journal. « How Korean is Korean Culture ? The Quest for National Identity. » Telle est la grande question à laquelle un dossier de sept articles propose quelques réponses. Son intérêt résulte aussi bien des échanges interdisciplinaires (anthropologie, histoire, littérature) que du croisement des regards, chinois, occidentaux et africains (Korea Journal, vol. 43, no 1, Spring 2003, Korean National Commission for Unesco, 288 p.).
 
Le sport entre spectacle et droit
 
 
Au début de mai 2001, des spécialistes des sciences et techniques des activités physiques et sportives et du centre « Éthique et procédures » de la faculté de droit de Douai tenaient à Liévin des journées d’études intitulées « Approches plurielles de l’objet sport ». Cette heureuse initiative interdisciplinaire débouche aujourd’hui sur la publication d’une partie des actes, réunis par Olivier Chovaux et Charles Coutel, sous le titre Éthique et spectacle sportif. Qu’il s’agisse de l’évolution du football, du dopage et du traitement qu’il reçoit de la part des médias, ou encore des effets de la construction européenne sur les réglementations sportives, les auteurs s’attaquent crânement aux problèmes soulevés par une actualité chargée, avec le souci louable de se défier du « sportivement correct » (Éthique et spectacle sportif, études réunies par Olivier Chovaux et Charles Coutel, Arras, Artois Presses Université, coll. « Cultures sportives », 2003, 143 p., 15 €).
 
Histoire, économie et droit
 
 
Décloisonner les disciplines est un vœu souvent formulé mais pas toujours couronné de succès. La revue Genèses s’y attache depuis son origine et relève le défi à chacune de ses livraisons. Dans son numéro de mars 2003, l’histoire, l’économie et le droit sont mobilisés de concert. Un ensemble de quatre articles offrira au lecteur de véritables apports positifs doublés d’exercices de méthode plutôt réussis. Ainsi, étudier l’usage, par les paysans russes du début du 20e siècle, de la justice de proximité pour le règlement des conflits et différends locaux, permet de mettre à jour combien les savoirs et les apprentissages de l’économie de marché étaient plus avancés que l’image traditionnelle d’une paysannerie arriérée l’avait laissé entendre jusque-là (Jane Burbank). La chambre de commerce de Paris, qui n’était au 19e siècle ni un véritable pouvoir public ni une organisation sociale homogène, n’en fut pas moins active et contribua à la production de normes infra-juridiques. Elle a dorénavant trouvé son historienne, Claire Lemercier (dossier « Histoire économique et règles de droit », sous la direction d’Alessandro Stanziani, Genèses, 50, mars 2003, 13, 72 € le numéro).
 
Pour que vive l’interdisciplinarité
 
 
Saluons comme il se doit l’initiative qui a conduit à la parution du premier numéro d’A contrario. Revue interdisciplinaire de sciences sociales, publiée à Lausanne par les éditions Antipodes. Dans leur manifeste liminaire, trois des six membres du comité éditorial, Nicolas Freymond, Daniel Meier et Giuseppe Merrone s’efforcent de dire « Ce qui donne sens à l’interdisciplinarité ». Suit la preuve par quatre exemples variés, l’analyse par Jeremias Blaser des procédures de consultation en Suisse, l’examen critique par Richard Farnetti des fonds de pension britanniques, l’étude d’Alain Guillemin sur le « polar marseillais : reconstitution d’une identité locale et constitution d’un sous-genre », enfin l’enquête de Tina Gehrig et Alessandro Monsutti sur les « territoires, flux et représentations de l’exil afghan : le cas des Hazaras et des Kaboulis ». Tous nos vœux à l’équipe qui se lance dans cette courageuse entreprise (A contrario. Revue interdisciplinaire de sciences sociales, vol. 1, no 1, Lausanne, Éditions Antipodes, adresses électroniques : acontrario@ unil. ch, et editions@ antipodes. ch).
 
Revue des revues : new look
 
 
La Revue des revues change de format sans changer de tenue. La rédaction tient à maintenir, pour chaque numéro, un même volume de textes et d’illustrations, mais en des pages moins spacieuses. Au rendez-vous de ce numéro 32, signalons la lettre inédite de Théodore Reinach à Lucien Lévy-Bruhl, du 6 novembre 1880, au sujet d’un article du second sur Spinoza, les riches « mémoires de revues » de Bernard Pingaud, de la Revue hebdomadaire d’avant-guerre à L’Arc, ou encore l’étude par François Matheron des vains efforts de Louis Althusser pour créer, dans les années 1960, une revue Théorie (La Revue des revues. Histoire et actualité des revues, no 32, 2002, 125 p., 15,50 €).
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