Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629485
184 pages

p. 33 à 42
doi: en cours

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Propagande et communication politique dans les démocraties européennes (1945-2003)

no 80 2003/4

2003 Vingtième siècle Propagande et communication politique dans les démocraties européennes (1945-2003)

La propagande anticommuniste en Allemagne fédérale

Le « VFF », pendant allemand de « Paix et Liberté » ?

Bernard Ludwig  [*]
Cet article esquisse l’évolution de l’association ouest-allemande de propagande anticommuniste, le Volksbund für Frieden und Freiheit, active de 1950 à 1970. Sa tutelle et son financement par plusieurs ministères en firent un instrument du gouvernement de la RFA. Pour celui-ci, une politique anticommuniste paraissait, dans le cadre de la guerre froide et de la division de l’Allemagne, nécessaire tant pour assurer son ancrage à l’Ouest que son retour parmi le concert des puissances, mais aussi pour affirmer son identité. À bien des égards, cette association ressemble à Paix et Liberté. Mais l’utilisation de cadres de la propagande anticommuniste nationale-socialiste force à s’interroger sur la continuité et le primat d’un anticommunisme d’État et pose le problème de la démocratisation de la société allemande des années 1950 et 1960. This article outlines the development of the West German anticommunist propaganda, the Volksbund für Frieden und Freiheit, active from 1950-1970. Its supervision and financing by several ministries made it a West German governmental tool. An anticommunist policy seemed necessary in the framework of the cold war and the division of Germany to guarantee its connection to the West as well as its return among the powers and to affirm its identity. In many respects, this association resembles Paix et Liberté. But the use of managers from the national-socialist anticommunist propaganda makes it necessary to question the continuity and the primacy of a State anticommunism and poses the problem of the democratization of the German society in the 1950s and 1960s.
Durant la guerre froide, l’anticommunisme devint pour les dirigeants ouest-allemands l’un des moteurs de l’action politique. Ils utilisèrent comme principal relais une organisation privée, la Fédération populaire pour la paix et la liberté (VFF), dirigée par d’anciens nazis. L’histoire de cette association permet donc d’explorer la relation triangulaire nouée entre démocratie, propagande et anticommunisme.
Le Volksbund für Frieden und Freiheit e.V. (1950-1970), que l’on pourrait traduire par la Fédération populaire pour la paix et la liberté [1], fut essentiellement une association de propagande anticommuniste. La comparer avec l’association française de même nature Paix et Liberté [2] (1950-1957) ne permet pas seulement de dégager les spécificités de chacune d’entre elles mais apporte aussi de nouveaux éclairages dans les questionnements. Si les formes de leurs actions furent très proches, leurs fondements révèlent des différences fondamentales. Leur relation à la démocratie est au centre de ces divergences, interrogeant ainsi tant la relation entre démocratie et anticommunisme que le lien entre démocratie et propagande. Au-delà, leur anticommunisme questionne l’unité et la spécificité de cette notion. Il y a bien un paradoxe dans la longévité du Volksbund et la faiblesse [3] puis l’interdiction en 1956, du parti communiste ouest-allemand (KPD), en regard du court destin de Paix et Liberté [4] et de la vigueur du PCF. Enfin, le VFF indique que le problème de la continuité des élites national-socialistes et la question de la démocratisation de la société allemande des années 1950 et 1960 se pose aussi dans le domaine de la persuasion politique (Öffentlichkeitsarbeit) et dans le couple Öffentlichkeitsarbeit/Propaganda ; et ce, malgré la guerre froide.
 
â—¦ Fondation, acteurs et structures du VFF
 
 
Le 29 août 1950, le Volksbund für Frieden und Freiheit e.V. déposa ses statuts à Hambourg. Le même jour, le haut-commissaire américain, John McCloy, détaillait, dans un télégramme au département d’État, les mesures prises pour intensifier la lutte contre le communisme en Allemagne [5]. Quelques jours plus tard seulement, Jean-Paul David fonda Paix et Liberté, une association aux mêmes buts, avec un nom quasi identique : coïncidence pour le moins troublante, la question de la coordination de ces créations reste sans réponse. Seule certitude, les Américains financèrent le Volksbund [6], le gouvernement allemand n’intervant pas directement. Cependant, début septembre déjà, Dr Arthur Ruppert, membre fondateur et vice-président du VFF (1950-1953), annonça au ministre des Affaires pan-allemandes [7], Jakob Kaiser, la création du VFF, en lui transmettant les statuts. Il eut, par ailleurs, un entretien avec le secrétaire d’État du ministère, Franz Thedieck [8]. À la fin du mois, à la suite d’une discussion détaillée entre un conseiller du ministère, Ruppert et Jürgen Hahn-Butry, président du VFF, démarra une longue coopération idéologique et financière [9]. Fin octobre, le suivi du VFF fut conféré à Ewert von Dellingshausen. L’association trouva chez ce Balte allemand, né en 1907, ayant tout juste fui la Zone, un soutien presque indéfectible à son action. Le Volksbund n’était déjà plus une « officine » parmi d’autres.
Cette création s’inscrivait dans un contexte tendu après l’invasion de la Corée du Sud fin juin 1950. En raison de situations géopolitiques semblables, beaucoup d’Allemands de l’Ouest y avaient vu la répétition d’un scénario dont ils seraient bientôt victimes. Ce sentiment de peur était de surcroît entretenu par l’agitation des jeunesses communistes (FDJ) mobilisées par l’appel à la « résistance nationale » contre la politique d’intégration occidentale de la RFA, lancé par le 3e congrès du parti communiste est-allemand (SED), en juillet 1950. Les anticommunistes renforçaient ce climat de tension en dénonçant l’attitude réticente de la population à s’engager dans une lutte active contre le communisme et pour le réarmement, attitude qualifiée de « Ohne-mich-Haltung [10]  ».
Enfin, l’ascension rapide du Volksbund s’explique aussi par la modeste influence du ministère des Affaires pan-allemandes et la volonté affirmée de Konrad Adenauer. Ce dernier, qui se réservait les problèmes internationaux, avait sur la question allemande des conceptions différentes de celles de son ministre Kaiser, mais avait aussi besoin de lui pour des raisons politiques. Cherchant à contourner des moyens limités, le secrétaire d’État Thedieck jugea astucieux et nécessaire de recourir à des associations privées. Le Volksbund n’était pas la seule organisation financée par ce ministère, mais il allait vite devenir la principale.
La force avec laquelle le VFF s’imposa comme la principale structure de propagande anticommuniste en RFA repose sur ce contexte, mais aussi et surtout sur la détermination de ses dirigeants. Dr Eberhard Taubert était « l’origine » du Volksbund. La grande expérience et la foi dans le combat anticommuniste de ce juriste né en 1907, lui avaient valu le surnom de « Dr Anti ». Déjà actif à Berlin avant d’y rejoindre le NSDAP en 1931, il s’était appliqué, dans le Gau de Goebbels, à coordonner les initiatives anticommunistes, créant l’année suivante la Confédération générale des associations anticommunistes allemandes (Gesamtverband deutscher anti-kommunistischer Vereinigungen). Cette association ne prit toutefois son ampleur que fin 1933, rebaptisée alors Antikomintern. Avec elle, Taubert avait intégré le ministère de la Propagande comme rédacteur chargé de l’anticommunisme, avant de diriger la Section Est (Abteilung Ost) jusqu’à la fin de la guerre [11]. Parallèlement, il fut aussi appelé en 1934 comme juge assesseur à la Cour de justice du peuple (Volksgerichtshof). Enfin, il fut un des principaux scénaristes du film de propagande antisémite Der ewige Jude (Le Juif éternel), et l’auteur d’un important article de doctrine sur le judéobolchevisme [12]. Taubert passa ensuite les années zéro dans la clandestinité à Hambourg, multipliant les noms d’emprunt et travaillant comme journaliste. Mais il sut également vendre son passé aux services de renseignements alliés et allemands en voie de constitution. Le contexte propice déjà évoqué l’amena à fonder, avec des amis de Hambourg, le Volksbund. Parmi les huit membres fondateurs, seuls deux, hormis Taubert, n’avaient pas rejoint l’association uniquement pour lui permettre d’obtenir le nombre de membres juridiquement nécessaires à sa fondation. Fritz Cramer, son président de 1951 à 1966, était né en 1899. Ayant travaillé dans le contre-espionnage au Portugal pour l’amiral Canaris pendant la guerre, il avait conservé des liens avec l’organisation Gehlen après-guerre [13]. Son anticommunisme était déjà virulent lors de la répression contre les spartakistes en 1919 : sans en avoir reçu l’ordre, il détruit la tour de l’hôtel de ville de Spandau, uniquement pour y réduire un « nid » de communistes [14], ce qui entraîna sa démission de l’armée. Du même âge que le précédent, Jürgen Hahn-Butry, éphémère président du VFF (août 1950 – août 1951), était connu pour ses romans militaires populaires sous le national-socialisme. Il en fut proche, mais, selon ses dires, n’y adhéra pas. Journaliste après guerre, son anticommunisme reposait, selon Ewert von Dellingshausen, sur un « fondement national et chrétien [15] ».
De ces trois portraits, se dégage surtout l’ancienneté et la profondeur de l’engagement anticommuniste. Il en va souvent de même pour les cadres du VFF. Ces derniers, parfois réfugiés de la zone soviétique, sensiblement de la même génération que les fondateurs, offrent des biographies contrastées, bien qu’encore lacunaires. L’appartenance au NSDAP est néanmoins attestée pour plusieurs d’entre eux. Un seul, Alfred Gielen, avait travaillé avec Taubert au ministère de la Propagande. Il semble, par ailleurs, que l’essentiel des cadres engagés dans un parti l’étaient à la CDU. Les sympathisants, eux, très souvent réfugiés et expulsés, se montraient tout aussi déterminés. Les anciens prisonniers de guerre en Russie, les Heimkehrer, l’étaient également. Mais on comptait aussi des femmes et des jeunes qui militaient fréquemment déjà dans une autre structure politique ou sociale [16], voire dans des groupements extrémistes comme la Fédération de la jeunesse allemande (Bund deutscher Jugend). Ces jeunes étaient toujours prêts à assurer le service d’ordre ou disputer la rue aux militants communistes.
Le Volksbund s’imposa enfin par une organisation rigoureuse et efficace, détaillée dans un « Struktur-Schema » de septembre 1950. Au sommet, l’assemblée des membres (Mitgliederversammlung) comprenait uniquement les huit membres fondateurs, afin d’éviter toute infiltration [17]. Un comité exécutif (Vorstand) de deux membres en dépendait. À ce comité était adjoint un secrétaire général, absent des statuts, mais à qui ce schéma organisationnel conférait un rôle central [18]. Il gérait le travail et concevait les actions au niveau fédéral [19], produisait le matériel de propagande et en établissait un catalogue, destiné aux niveaux inférieurs. Il éditait aussi une lettre interne sur la propagande communiste en cours ou à venir. Un conseil (Beirat) devait coordonner plus largement la diffusion de la propagande ; mais, bien que mentionné dans les statuts, il ne fut pas mis en place. Enfin, simples exécutants, des représentants à l’échelon des régions (Landesbeauftragte), au niveau des circonscriptions (Bezirksbeauftragte), des districts (Kreisbeauftragte) et au niveau local (Ortsbeauftragte) assuraient bénévolement la diffusion du matériel de propagande ainsi que la surveillance des agissements communistes, aidés en cela par des sympathisants (Freundeskreise). Au 1er septembre 1953, on dénombrait ainsi 12 Landesbeauftragte, 8 Bezirksbeauftragte, 307 Kreisbeauftragte et 1109 Ortsbeauftragte, ces derniers travaillant chacun avec environ 20 personnes, soit un total d’environ 20 000 sympathisants [20]. Cette organisation offrait un quadrillage dense du territoire, mis en place – au moins sur le plan régional – dès avril 1951. Les foyers initiaux, Hambourg et la Ruhr, restèrent des pôles structurants, même si la géographie du VFF était aussi fonction du dynamisme des délégués et de la carte industrielle de l’Allemagne.
Ce fin maillage, ainsi que l’organisation centralisée et pyramidale, fondée sur le Führerprinzip, fit la force du Volksbund et contribua indéniablement à sa pérennité. Il était encore l’œuvre de Taubert qui, contrôlant fondation et organisation, influença aussi largement les idées et les modalités d’action du VFF.
 
â—¦ De la communauté nationale anticommuniste au « Front mondial ».
 
 
La comparaison des objectifs, surtout dans les statuts mais aussi dans les publications de Paix et Liberté et du VFF [21], révèle moins des différences de nature – les deux associations mettent en valeur les termes éponymes – que d’approche de l’anticommunisme. Dans ses statuts, Paix et Liberté fonde son anticommunisme sur un héritage républicain hexagonal, soulignant les valeurs qui s’y rattachent. L’organisation met en avant un patriotisme aux accents anti-allemands et joue très souvent sur le thème de la trahison nationale en pointant l’alliance de circonstance unissant communisme et nazisme. Mais l’anticommunisme antitotalitaire est ignoré. On représente ici le communisme aussi comme le nouvel ennemi héréditaire [22]. Dans le cas du Volksbund, la notion de communauté allemande, présente dans les statuts, dans le discours et déjà sous-jacente dans le terme de Volksbund, traduit la forme dominante de la culture politique de l’Allemagne du premier 20e siècle et laisse deviner la référence à sa forme extrême, mise en avant par le national-socialisme : la Volksgemeinschaft. Elle manifeste aussi le désespoir d’une communauté brisée par la division de la nation. La dimension internationale presque messianique, affichée dans les statuts comme dans l’action, reflète la volonté déjà ancienne de Taubert (du temps du national-socialisme), de rassembler et de grouper derrière la bannière anticommuniste. D’autre part, la justification de son combat par la référence au « communisme » – clairement indiquée dans les statuts du VFF, contrairement à ceux de Paix et Liberté – montre l’intégration décalée des normes du débat démocratique.
Toutefois, la différence ne s’arrête pas là. Les statuts du Volksbund présentent en effet à la suite aux objectifs généraux, des objectifs plus précis constituant un véritable programme de travail – largement identifiables dans son action –, d’abord définie comme un « travail d’éducation » (Aufklärungsarbeit). Les moyens de cette propagande étaient à la fois proches de ceux de Paix et Liberté (affiches, tracts, brochures [23]) et plus larges. Le Volksbund organisait davantage de réunions et conférences publiques ou restreintes à un public particuliers (ouvriers, jeunes…), utilisait abondamment les projections commentées de films documentaires, surtout sur la RDA, insérait des articles ou des communiqués dans la presse. Il n’avait pas d’émission radio comme celle de Jean-Paul David, mais savait l’utiliser en produisant très régulièrement des communiqués relayés à l’antenne.
Taubert insistait aussi sur la nécessité de développer et diffuser ce qu’il appelait des « matériaux scientifiques ». Mais, quoique reposant généralement sur des informations fiables, les publications périodiques du VFF [24] consistaient le plus souvent en un catalogue de déclarations ou de faits bruts en provenance du bloc communiste, avancées comme autant de « preuves ». La propagande de Taubert, depuis 1931, revenait essentiellement à attaquer le communisme sur son décalage entre le discours et la réalité, à le « démasquer ». Pour ce thème, comme pour d’autres, elle innovait peu et restait très marquée par celle élaborée pour Goebbels, tant dans sa rhétorique – bien qu’épurée des éléments antisémites – que dans le choix des graphismes souvent grossiers, couleurs et typographies [25]. Ce retour au passé semblait combler l’aspiration à la sécurité. Les continuités entre le régime totalitaire défunt et la nouvelle démocratie de Bonn inquiétaient peu les membres du gouvernement et des ministères [26]. Et si, pour certains, le passé et la personnalité de Taubert étaient gênants, tous s’accordaient pour dire que le travail réalisé par le Volksbund était précieux.
Les statuts et le travail du VFF plaçaient aussi ses idées sur le terrain international [27]. Pour Taubert, il ne faisait désormais plus de doute que son analyse de la dimension internationale du communisme, déjà élaborée avant 1945 et marquée par le Komintern, se confirmait. L’URSS et le communisme étaient d’abord « les ennemis de la paix » parce qu’ils étaient les adversaires de la « paix honorable » qui aurait permis le recouvrement des frontières de 1937. Le Volksbund se tourna avidemment, dans ce cadre, vers l’idée européenne alors florissante : le topos nazi de l’Europe unifiée, si chère à Taubert, prenait alors un visage respectable. C’est pourquoi les premiers contacts avec Jean-Paul David et Paix et Liberté, établis fin avril 1951 et louant la « solidarité franco-allemande dans le combat anticommuniste [28] », débouchèrent dès mai 1951 sur une campagne d’affichage européenne autour du thème du « paradis soviétique ». Les affiches de Paix et Liberté « Pour vos vacances visitez l’URSS, pays de la liberté », et peut-être aussi « Profitez des camps de vacances… soviétiques », participent de ce programme européen [29]. En Allemagne, le slogan était « Des vacances au paradis soviétique : inoubliables ! ». Le thème faisait cependant écho à l’exposition « Le paradis soviétique », en partie conçue par Taubert et montrée dans les pays occupés et en Allemagne entre 1942 et 1943… Finalement, on décida à San Remo, le 30 août 1951, la création d’un Comité européen Paix et Liberté [30]. Bientôt international, il fut, en 1956, rebaptisé CIAS (Comité international d’information et d’action sociale) « pour des raisons techniques »… Si les actions communes furent en définitive plutôt rares, l’échange d’informations sur le communisme, sur l’état des pays de l’Est et finalement sur les expériences de lutte anticommunistes, fut important. Les méthodes allemandes concernant les cellules anticommunistes dans les entreprises, louées par Jean-Paul David en 1955, furent par exemple reprises par plusieurs comités. Enfin, la cohésion que semblait donner les congrès et réunions de travail, n’était pas moins importante pour fortifier les convictions de tous.
C’est d’ailleurs dans la lutte anticommuniste au sein de l’industrie que le Volksbund fit ses premières armes [31] et s’assura la bienveillance des autorités et des financements [32]. Le Bund der deutschen Industrie ainsi que le Bundesvereinigung der deutschen Arbeitgeberverbände, deux grandes organisations patronales, y virent, en mai 1951, un moyen d’organiser une autodéfense (Selbstschutz) [33]. Quoique recommandé par de nombreuses chambres de commerce et d’industrie et par les deux organisations patronales en question, l’implantation du Volksbund fut souvent plus difficile localement que voudrait le laisser croire sa propagande. En mai 1954, seulement 130 cellules fonctionnaient [34]. « La préservation de la paix sociale dans les entreprises [35] », semblait bien mieux garantie par la cogestion et l’économie sociale de marché ! Le VFF tenta également, dès 1951, de sensibiliser le monde économique au problème du commerce interzone et des échanges Est-Ouest [36]. Toutefois, début décembre 1952, la virulence des attaques amena Ludwig Erhard, ministre de l’Économie, alerté par les milieux économiques, à s’en inquiéter auprès de Kaiser [37]. Le VFF fut alors prié de bien différencier le commerce interzone illégal de celui autorisé et contrôlé par le gouvernement !
Outre la propagande, la « défense contre la terreur communiste » passait par la surveillance étroite de ses adversaires et la « surveillance attentive de la préparation d’une guerre civile ». De fait, le VFF aimait se poser en auxiliaire de l’État en informant la police ou en incitant la population à le faire [38], et en collaborant de manière ambiguë avec le service de protection de la constitution. Bien plus encore, il envoyait à toute manifestation adverse des observateurs et/ou des agitateurs. Leurs comptes-rendus, souvent transmis aux ministères, alimentaient un fichier comportant environ 4 900 fiches en 1967 [39], qu’administrait Hans Pieper, ancien de la police de Berlin et de l’Office central de sûreté du Reich [40] (Reichssicherheithauptamt) ! Cette surveillance n’alla pas sans dérapages et, à de nombreuses reprises, le VFF dut déclarer sur l’honneur qu’il ne pratiquait ni renseignement ni espionnage. Pourtant, il observait non seulement le KPD mais tous les groupes dont les idées servaient la politique soviétique : les cercles nationalistes et neutralistes, proches du national-bolchevisme, les pacifistes et neutralistes hostiles au réarmement, autour de Martin Niemöller et de Gustav Heinemann. Lorsque ce dernier fonda en 1952 le parti populaire pan-allemand (Gesamtdeutsche Volkspartei), le Volksbund devint plus directement encore un instrument de lutte politique et de propagande du gouvernement contre ses adversaires. C’est cette dimension que Taubert voulut mettre en avant dans une note d’août 1954, transmise directement à Adenauer, intitulée « Le Volksbund comme instrument du gouvernement [41] ». Cette relation ambiguë et cette proximité avec le pouvoir ne furent pas étrangères à la crise qui allait secouer le Volksbund au milieu des années 1950.
 
â—¦ Crise et recul du VFF
 
 
Le Volksbund paraissait alors à son zénith. Taubert avait même cru pouvoir demander son intégration dans la fonction publique. La note d’août 1954, qui voulait aussi intensifier le travail du Volksbund et réclamait des moyens supplémentaires, relançait, sous un jour favorable, une interrogation de fond sur la collaboration avec le VFF. Or, en février 1955, un article des Rheinisch-Westfälische Nachrichten [42], journal proche des sphères nationales-neutralistes, attaqua Taubert sur son passé et dénonça les fonds fournis au VFF par le ministère des Affaires pan-allemandes. L’organisation fut secouée. Mais l’attaque fatale fut déclenchée – ironie de l’histoire – par Karl Marx, l’éditeur d’un hebdomadaire de la communauté juive allemande [43], manipulé et documenté pour la circonstance par les Rheinisch-Westfälische Nachrichten. La publication d’une conversation [44] entre Marx et Ewert von Dellingshausen par Der Spiegel [45], en août 1955, entraîna une campagne de presse et déclencha une « affaire Taubert ». Celui-ci dut démissionner [46] et Ewert von Dellingshausen reçut de la part du ministre un avertissement écrit.
L’interrogation de fond sur la collaboration avec le VFF redevenait d’actualité. Au gouvernement, les notes se multiplièrent entre septembre et décembre 1955. Adenauer et Kaiser, pourtant peu préoccupé jusqu’alors par le VFF même si son ministère avait versé environ deux millions de DM depuis 1950 [47], souhaitèrent être informés de manière précise. Même les Américains firent savoir qu’ils étudiaient une réorganisation de leur aide [48]. Tous ou presque s’accordèrent toutefois pour faire perdurer l’association, pensant que l’éviction de Taubert lui donnerait un nouveau cours. Fin janvier 1956, la réunion interministérielle des Staatssekretäre, demandée par Thedieck depuis décembre 1954, décida même de renforcer les moyens alloués au VFF. Kaiser, quant à lui, semblait plus circonspect.
Au Volksbund, la sortie de Taubert prit un caractère épique. Celui-ci manœuvrait pour garder son influence, alors que les délégués régionaux, en mars 1956, refusaient de continuer à travailler tant qu’il serait encore membre de l’association. On fut alors proche de la création d’une nouvelle association, que les délégués avides de démocratie, pensèrent appeler « Volksbund pour la conservation de la démocratie ». Elle devait, par exemple, « s’atteler à la lutte contre le radicalisme de gauche comme de droite, dans le but d’une stabilisation de l’État démocratique, mais aussi du renforcement de la considération pour l’Allemagne à l’étranger ». Elle devait aussi « posséder des statuts démocratiques et reposer sur des personnalités dont les convictions démocratiques ne faisaient aucun doute ». En mai 1956 enfin, Taubert fut définitivement mis à l’écart par une nouvelle assemblée des membres. De nouveaux statuts assurèrent une relative démocratisation structurelle : ainsi l’admission de nouveaux membres fut-elle rendue possible. De plus, à la lutte contre le communisme, se substituait désormais « la défense de la démocratie contre la menace tant intérieure qu’extérieure du radicalisme et du totalitarisme, en particulier comme condition à la réunification de l’Allemagne [49] ». En novembre 1957, la démocratisation s’intensifia. L’assemblée imposa le vote à bulletin secret ainsi que la création d’un Kuratorium, et demanda l’élaboration d’un plan de travail.
On aurait pu penser que les événements de l’année 1956 (20e congrès du PCUS, dissolution du Kominform et interdiction du KPD) faciliteraient un virage possible de la propagande anticommuniste. Mais les permanences l’emportèrent sur les mutations : le Volksbund se démocratisa, mais son anticommunisme beaucoup moins [50]. L’interdiction du KPD par le tribunal constitutionnel, ardemment souhaité par le VFF, le conduisit à la surenchère. Désormais, l’illégalité juridique de ses ennemis les rendait plus dangereux encore. La lutte contre l’infiltration, vieux leitmotiv de sa propagande, devint obsessionnelle. On continua à observer attentivement les entreprises et les élections syndicales. Mais on renforça surtout la surveillance du pacifisme et du nouveau débat sur le réarmement nucléaire. Une attention particulière fut portée sur le monde universitaire, intellectuel et scientifique, très engagé dans ces débats. Par leur impact sur l’opinion et sur la jeunesse, ils devenaient des cibles à traiter en priorité.
D’une façon générale, on essaya d’atteindre plus systématiquement les personnes pouvant en influencer d’autres : « les multiplicateurs ». La sensibilisation des travailleurs immigrés, italiens dès 1961 puis grecs et turcs à partir de 1965, par des journaux rédigés dans leur langue maternelle participait de cette initiative [51]. Plus stratégique encore devenait la sensibilisation de l’armée [52]. Le VFF multiplia les actions en sa direction : si on en ignore le détail, on sait, en revanche, que la démarche s’inscrivait dans la nécessité, selon l’organisation, de développer la guerre psychologique contre les Soviétiques.
L’approfondissement de la coopération avec des groupements d’autres pays – dont l’impact, finalement resta faible – fut aussi caractéristique de l’ère 1956-1966. Elle était, pour le VFF, un instrument clé pour favoriser le retour de l’Allemagne parmi les puissances (Gleichberechtigung). Cramer qui accéda en avril 1957 à la présidence du CIAS [53], en fit une priorité. Il pensait notamment pouvoir sensibiliser de nombreux pays au problème allemand. Ainsi, le CIAS invita-t-il à Berlin des industriels italiens en avril, puis français en juin 1959 [54]. Même le ministère des Affaires étrangères, réticent jusqu’alors au travail international du VFF, lui consentit des financements en 1956 et 1957. Mais l’objectif, depuis longtemps caressé, de coopérer avec l’OTAN sur le terrain de la défense psychologique [55], ne semble pas avoir abouti, malgré les initiatives de Van Zeeland, élu président d’honneur du CIAS en 1957.
Enfin, l’accroissement des contacts privés entre citoyens des deux Allemagne, initié en 1957 par le nouveau ministre des Affaires pan-allemandes, Ernst Lemmer, puis poursuivie et approfondie par ses successeurs, conduisit le VFF à renforcer sa rhétorique sur l’infiltration et à développer un discours sur la nécessaire « immunisation » de la société allemande.
La démocratisation de l’anticommunisme du Volksbund ne put se faire qu’à partir de 1966, au moment où s’esquissa le rapprochement avec la RDA. Elle puisait dans la contradiction consistant à accélérer la rencontre entre les deux Allemagne, tout en renforçant le discours sur l’immunisation et l’infiltration. Au fond, les hommes du VFF avaient perdu leur ennemi avec l’interdiction du KPD. La détente des années 1960 et la politique hardie des libéraux pour tenter de régler la question allemande ajoutèrent à leur désarroi. Le Volksbund n’avait plus vraiment de ligne idéologique claire. En janvier 1965, de nouveaux statuts avaient tenté d’y remédier, mais la réélection de Cramer annihilait toute réforme en profondeur. Pourtant, une révolution feutrée de palais, le 25 mai 1966, finit par y remédier. La réorganisation du ministère, qui mit à l’écart Ewert von Dellingshausen, renforça la rupture. Nouveau président, Horst Hämmerle, ancien secrétaire du délégué, puis, lui-même délégué régional du VFF pour le Wurtemberg, insuffla au Volksbund la ligne nouvelle, désormais essentiellement dictée par le ministère. Le VFF devint alors, plus que jamais, l’instrument du gouvernement, et surtout d’une politique, tendance qu’accentua l’époque de la grande coalition, à partir de décembre 1966. Il lui appartenait de clarifier aux yeux de l’opinion les positions gouvernementales sur la question allemande. Il fut également chargé de sensibiliser l’opinion aux dangers d’une extrême droite montante et de lutter contre le désintérêt lancinant pour l’État et la démocratie. Avec l’arrivée de Willy Brandt, sa réorientation prit un caractère définitif : en 1970, il fut rebaptisé « Groupe de travail État et société » (Arbeitsgemeinschaft Staat und Gesellschaft) !
Au bout du compte, l’évolution du Volksbund für Frieden und Freiheit et de sa propagande soulignent, grâce à la comparaison avec Paix et Liberté, que l’anticommunisme est une culture politique liée au degré de démocratisation d’une société, mais qu’il repose également sur des héritages nationaux. La comparaison des deux associations montre à la fois la démocratisation plus profonde et plus ancienne dans le cas de la France, et le processus encore en cours dans l’Allemagne des années 1950. Elle pose, pour cette dernière, tant dans le soutien indéfectible des autorités au Volksbund que dans l’interdiction du KPD, la question d’un « anticommunisme d’État ». Mais l’histoire du Volksbund indique peut-être aussi les difficultés, en démocratie, à fonder son action sur la seule propagande. Le VFF a pu être l’instrument de la politique d’intégration occidentale contribuant à la démocratisation par la stabilisation intérieure et extérieure. Mais les années 1960 (ici surtout à partir de 1965-1966), dans leur remise en cause des idées et des moyens utilisés jusqu’alors, montrent que la démocratisation s’était développée aussi par d’autres biais. Pour le Volksbund, 1956 est une première rupture, tant dans la mise à l’écart de Taubert, l’adoption de nouveaux statuts que l’interdiction du KPD. Or, le VFF n’a pu les intégrer en partie par la crainte que toute redéfinition de son idéologie ne mette son existence en péril. À l’évidence, les permanences du personnel, tant du Volksbund que du ministère, constituaient un lourd facteur handicapant, ralentissant du même coup la démocratisation du VFF. La RFA cherchait alors dans l’anticommunisme les repères et la cohésion nécessaires à la reconstruction d’une identité nationale, face à une RDA dont la reconstruction idéologique et identitaire avait été en partie confisquée par le communisme.
 
NOTES
 
[1] La mention « e.V. », « eingetragener Verein », indique simplement son statut d’association déclarée conformément à la loi en vigueur. Sur le VFF cf. Mathias Friedel, Der Volksbund für Frieden und Freiheit (VFF). Eine Teiluntersuchung über westdeutsche antikommunistische Propaganda im Kalten Krieg und deren Wurzeln im Nationalsozialismus, St. Augustin, Gardez ! Verlag, 2001, 193 p. ; Klaus Körner, « Erst in Goebbels, dann in Adenauers Diensten », Die Zeit, 24 août 1990, p. 37-38 ; Klaus Körner, « Kalter Krieg und kleine Schriften », Aus dem Antiquariat, 1991, 9, p. 1-7 (supplément du Börsenblatt für den deutschen Buchhandel, 77, 27 septembre 1991) ; Klaus Körner, « Von der antibolschewistischen zur antisowjetischen Propaganda : Dr Eberhard Taubert » in Arnold Sywottek (Hrsg.), Der Kalte Krieg – Vorspiel zum Frieden ?, Münster, Hamburg, 1994 (Jahrbuch für Historische Friedensforschung, 2/1993), p. 54-68. Iconographie : Dieter Vorsteher (Hrsg.), Deutschland im Kalten Krieg, 1945-1963, Berlin, Argon, 1992, 295 p. ; Zwischen Kaltem Krieg und Wirtschaftswunder. Deutsche und europäische Plakate 1945 – 1959, München, Münchner Stadtmuseum, 1986, 349 p. Les archives ici sont celles de la chancellerie (B136), du service de presse et d’information du gouvernement (B145), du ministère de l’Intérieur (B106), du ministère des Affaires pan-allemandes (B137), les Zeitgeschichtliche Sammlungen (ZSg) et le Nachlass (NL) Ewert von Dellingshausen déposées au Bundesarchiv Koblenz.
[2] Cf. René Sommer, La France dans la guerre froide. Paix et Liberté, 1950-1956, Paris, IEP, mémoire de DEA, 1980, 173 p. et « Paix et Liberté : la Quatrième République contre le PC », L’Histoire, 40, 1981, p. 26-35 ; Éric Duhamel, « Jean-Paul David et le mouvement Paix et Liberté, un anticommunisme radical » et Christian Delporte, « Propagande anticommuniste et images : le cas de Paix et Liberté » in Jean Delmas, Jean Kessler (dir.), Renseignement et propagande pendant la guerre froide, 1947-1953, Bruxelles, Complexe, 1999, p. 217-225. Iconographie : ibid. et Philippe Buton, Laurent Gervereau, Le couteau entre les dents, Paris, Chêne, 1989, 159 p.
[3] On passa de 300 000 adhérents en 1947 à 78 000 en 1956. Aux élections fédérales de 1953 le KPD ne recueillait plus que 2,2 % des suffrages et n’était plus représenté au Parlement.
[4] Même si Pierre Rostini, le bras droit de Jean-Paul David poursuivit en partie son action en créant le 18 mai 1956, l’Office national d’Information pour la démocratie française, qui resta en lien avec le VFF.
[5] Cf. Foreign Relations of the United States, 1950, 4 ; Central and Eastern Europe, Germany, 1980, p. 712-713.
[6] Cf. par ex. B 136-1765 ou B 137-2607 et NL 1515-2, not. p. 90-122 [Ewert von Dellingshausen revient ici longuement sur son contact personnel avec un agent de la CIA]. Le financement de Paix et Liberté par ce biais n’est aujourd’hui pas prouvé.
[7] Bundesminister für gesamtdeutsche Fragen. Ruppert usa dans doute de ses réseaux politiques : il dirigeait une circonscription de la CDU en Rhénanie du Nord-Westphalie.
[8] B 137-2607. Les fonctions de ce « secrétaire d’État » relèvent à la fois de celles d’un directeur de cabinet et de celles d’un secrétaire général. Chef de son administration, il peut, selon sa personnalité, jouer un rôle politique important.
[9] B 137-2607.
[10] Attitude « sans moi ».
[11] Eberhard Taubert, « L’appareil antisoviétique du ministère allemand de la propagande », in Jay Baird, « L’expert en bolchevisme du Dr Goebbels », Revue d’Histoire de la Deuxième guerre mondiale, 24, 1974, p. 13-36.
[12] Eberhard Taubert, « Das Weltjudentum als Ausgangspunkt der bolschewistischen Weltgefahr », Zeitschrift für Politik, 1939, p. 246-253.
[13] NL 1515-2, p. 44-45.
[14] B 137-2610.
[15] B 137-16229.
[16] Le plus souvent dans les organisations de jeunesse chrétiennes ou celles de la CDU. Cf. B 137-2607.
[17] Tout comme Paix et Liberté il s’agissait d’une association sans adhérents !
[18] Il ne s’agit en fait que d’un poste pour garantir une fonction à Taubert, que l’on préférait garder – aussi selon sa propre volonté – en arrière plan vis-à-vis de l’extérieur.
[19] Avec le Vorstand il formait l’essentiel de la direction fédérale (Bundesleitung), établie à Bonn, qui ne dépassa jamais une quinzaine de personnes, mais dont cinq au maximum avait un rôle exécutif.
[20] Cf. B 137-2616. Un document de 1954 ne parle déjà plus que de 15 000 personnes.
[21] Paix et Liberté avait « pour but de grouper tous les Français épris de liberté et de démocratie et décidés à défendre la paix intérieure et extérieure de notre pays ainsi qu’une forme de civilisation conforme à nos intérêts et à notre tradition nationale, en dehors de toutes considérations politiques », statuts du 7 septembre 1950, titre 1, § 2. L’objectif du VFF « est le maintien de la paix dans la liberté pour la communauté allemande, tout comme, dans le cadre d’une coopération internationale l’accomplissement de cet objectif pour tous les peuples », statuts du 29 août 1950, § 2 [1ère phrase], cf. B 137-2686.
[22] Cf. tracts et affiches conservés à la BDIC.
[23] Cf. ZSg. 1-107/1 et ZSg. 1-107/5. Les tirages, très variables, étaient cependant très inférieurs à ceux de Paix et Liberté.
[24] Die Wahrheit (1953) ; VFF-Dienst (1953-1956) ; Der aktuelle Osten (1955-1959) ; Kommunistische Agitation (1954-1964) ; VFF-Verbandsnachrichten (1955-1960) ; Argumente, Dokumente, Zitate (1967) et quelques périodiques des représentations régionales : Stimme der Freiheit ou Volk und Freiheit. Informationen und Kommentare, cf. ZSg 1-107.
[25] Notamment, parce que Taubert travaillait avec d’anciens contacts du ministère de la Propagande ou du service propagande de l’Auswärtiges Amt.
[26] Parfois cependant, comme en septembre 1951, le ministère exprima des doutes et refusa l’utilisation de notions comme « hordes asiatiques » ou « Iwan raus ». En décembre 1952, il refusa également, tout comme le service de presse et d’information du gouvernement, au motif qu’il ne serait « pas approprié » pour l’Allemagne, le rachat du film, même épuré des symboles nazis, Im Walde von Katyn, réalisé en 1942-1943 par le service de propagande de la Wehrmacht. Le VFF avait envisagé des projections commentées ou de le montrer comme complément à certaines conférences. Pour ces deux exemples cf. B 137-2609.
[27] « L’entente et l’union des peuples libres, et par là le maintien de la paix mondiale contre l’ennemi de la paix ; l’obtention d’une paix honorable pour la Nation allemande dans son ensemble ; une Allemagne libre dans une Europe libre, et pour cela pour une défense de la liberté contre toute agression de l’intérieur et de l’extérieur », cf. statuts du 29 août 1950, § 2, 1) a – c).
[28] Toast porté par le président du VFF, Hahn-Butry, cf. B 137-2607.
[29] Une reproduction de ces affiches (documents 5 et 6) ainsi qu’une analyse plus précise ont été proposées par Christian Delporte, op. cit., p. 222.
[30] B 137-2609.
[31] Il s’agit d’une série de six affiches et affichettes, aux tonalités nationales-socialistes, mettant en garde contre l’infiltration, l’espionnage industriel et le sabotage. Leur vente à partir de septembre 1950 s’apparentait plus souvent à du racket.
[32] En mars 1952, le VFF avait d’ailleurs été reconnu comme corporation d’utilité publique rendant les dons à son égard fiscalement déductibles. En juin 1952 il obtint un statut fiscal particulier. Cf. B 137-2609.
[33] B 137-2607 et B 137-16229. La BDI (Fédération de l’industrie allemande) était une puissante organisation patronale qui ne regroupait que des entreprises industrielles et la BDA (Confédération des associations patronales allemandes) regroupait et coordonnait les organisations patronales émanant tant de l’industrie que des services et de l’artisanat.
[34] Surtout dans le Wurtemberg et en Rhénanie du Nord-Westphalie, cf. B 137-2616.
[35] Statuts, 29 août 1950, § 2.
[36] Affiches « Verrat bringt Tod » et « Dunkle Geschäfte über die Grenze », cf. Deutschland im Kalten Krieg 1945-1963, op. cit., p. 154.
[37] B 137-2609.
[38] « Quand la FDJ manifeste pour les Soviets le 1er octobre, Personne ne reste sur le bord des rues, Personne n’applaudit, Personne n’est aux fenêtres, Personne n’aide les traîtres du peuple, Chaque démocrate aide la police », Gelsenkirchener Anzeiger. Heimatzeitung für Gelsenkirchen, 228, 29 septembre 1950.
[39] B 137-5986.
[40] Créé en 1939, le RSHA fut dirigé par Reinhard Heydrich jusqu’en 1942 puis par Ernst Kaltenbrunner.
[41] B 137-16229.
[42] « Scham ! », Rheinisch-Westfälische Nachrichten, 12 février 1955, p. 5.
[43] Allgemeine Wochenzeitung der Juden in Deutschland.
[44] Elle mettait aussi en cause Hans Zehrer, rédacteur en chef de Die Welt, qui venait de publier dans son journal un compte rendu de son voyage en URSS minant, selon Ewert von Dellingshausen, les efforts anticommunistes.
[45] « Es hat sich ja nichts geändert », Der Spiegel, 34, 17 août 1955, p. 11-13.
[46] Mais le règlement définitif n’intervint qu’en mars 1956 : son retrait du VFF fut effectif au 31 décembre 1956, mais il continua à en percevoir un salaire jusqu’en octobre 1957 ! cf. B 137-16229 et B 137-2615.
[47] B 137-16229.
[48] Idem.
[49] Statuts du 18 janvier 1956, § 2 (B 106-15445).
[50] En juillet 1957 encore, le VFF tentait vainement d’imposer à la fédération des villes allemandes (Deutscher Städtetag) de demander à ses membres de rebaptiser toutes les rues portant des noms de communistes célèbres ; B 136-1766.
[51] B 137-2628 et B 136-3903.
[52] La question de la sensibilisation des recrues avait été posée dès novembre 1954, avant même sa création, dans le cadre du Comité européen Paix et Liberté. Cf. B 137-2610.
[53] B 137-2616.
[54] B 137-2617 et B 136-4426.
[55] B 137-2614. Jean-Paul David avait déjà en 1953, notamment par sa brochure A Psychological Defence of the Free World, attiré l’attention sur cette notion et tenté un rapprochement avec l’OTAN en liaison avec Georges Bidault.
[*] Moniteur en histoire contemporaine à l’université de Cergy-Pontoise, Bernard Ludwig prépare une thèse en cotutelle sur « L’anticommunisme en RFA dans les années 1950 et 1960 » à l’université Paris 1 (Institut Pierre Renouvin) et à la Ruhr-Universität-Bochum.
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