2003
Vingtième siècle
Propagande et communication politique dans les démocraties européennes (1945-2003)
La BBC, imperméable à la propagande ?
de la guerre des Malouines aux guerres du Moyen-Orient
Renée Dickason
[*]
Auréolée d’un mythe qui s’est forgé au cours de la deuxième guerre mondiale, la British Broadcasting Corporation n’a cessé de défendre une idéologie encore bien vivace aujourd’hui. La cause est noble, les préceptes fondamentaux. L’éthique de la BBC peut se résumer en peu de mots : droit à la vérité, impartialité, qualité du service public, indépendance de l’information ou tout synonyme symbolisant excellence et professionnalisme. La crédibilité de la vieille institution est cependant parfois mise à mal, en particulier dans des situations de conflits engageant directement le Royaume-Uni comme ce fut le cas dans les guerres des Malouines et du Moyen-Orient.
Wreathed by a myth that was developed during World War II, the BBC hasn’t stopped defending a still vibrant ideology today. The cause is noble and the precepts fundamental. BBC’s ethic can be summarized in a few words : the right to truth, impartiality, quality of public service, independence of information or any synonym symbolizing excellence and professionalism. The old institution’s credibility is sometimes shaken, particularly in conflicts in which the United Kingdom is directly involved as it was in the wars of the Falklands and the Middle East.
La BBC, depuis de longues années, re-présente une référence, cette prestigieuse institution se gardant bien, dit-on, de confondre information et propagande. Cette image vertueuse pèche sans doute par optimisme. La BBC est loin d’apparaître comme le parangon de la vertu journalistique, comme le suggère la couverture de trois conflits récents – Malouines, Golfe, Irak. Sans que l’on puisse pour autant affirmer que le quatrième pouvoir s’est soumis au premier.
« Nous écoutons la BBC et nous faisons confiance à la BBC car elle relate toujours la vérité [1]. »
Terre promise de l’Habeas Corpus, des pensées philosophiques et politiques de John Locke, de Thomas Macaulay ou d’Edmund Burke, la Grande-Bretagne a, avant même l’apothéose de la Révolution industrielle, lutté pour les bienfaits pressentis d’un quatrième pouvoir qui devait, en théorie, garantir une certaine liberté de l’information face à l’État. Soupape de sécurité au service d’une indépendance intellectuelle indispensable à l’affirmation de la démocratie, la relation des médias avec les instances gouvernementales britanniques, unique, se distinguait de celle vécue dans d’autres contrées. La corrélation entre la liberté de l’information et la circulation des idées sous-tendant un journalisme de presse, animé par une sensibilisation grandissante à l’argumentation et une intention appuyée de rendre compte de la réalité, fonde ce que d’aucuns nommeront « contre-pouvoir ». Hérité d’un 19e siècle conscient du processus immuable des progrès et de l’appel nécessaire à un public avide de connaissances, ce besoin, revendiqué au nom de l’utilité publique, inspire les considérations de l’industrie audiovisuelle dès ses balbutiements. Le « devoir moral » dicté à la presse, ou plus généralement aux médias, consiste désormais à ne pas enfreindre les droits du lecteur, de l’auditeur ou du téléspectateur. Aussi est-il fait appel au respect de certains préceptes – impartialité, honnêteté, exactitude, intégrité – défendus par les journalistes. Dès les années 1920, là où les Américains semblent louer les mérites des nouvelles techniques de communication enclines à soutenir les intérêts du gouvernement ou de grands groupes financiers, les Britanniques se sont fixé une ambition qui s’écarte de la « propagande américaine ». Dans la mise en œuvre du « service public » audiovisuel, le premier directeur général de la British Broadcasting Corporation, le dogmatique John Reith, prône une ligne de conduite ferme qui fera de la Corporation une institution nationale prestigieuse et appréciée. La radio, puis la télévision BBC, ont su peu à peu s’imposer dans le domaine délicat de la gestion de l’information et donner des modalités nouvelles à la représentation et à la médiatisation de la réalité.
Depuis sa création, la
BBC s’enorgueillit d’être une « référence mondiale » et de faire toujours autorité dans les trois principales priorités du « service public » audiovisuel que sont « informer, éduquer, distraire ». L’exemple de la Corporation, dont la ligne de conduite annoncée – elle a contribué à élever la
BBC au rang de mythe – n’est autre que l’impartialité, l’exactitude et la vérité des informations diffusées, pose l’épineuse question de la fiabilité de l’information et de la présentation de la vérité. C’est à partir de la deuxième guerre mondiale que la Corporation prend une dimension inégalée jusqu’alors dans son souci de proposer aux Britanniques un service « digne de confiance », synonyme pour certains de l’instrumentation majestueuse d’une propagande mise à la disposition de la nation. À cette époque, la voix de la
BBC était la voix du bon sens, de la rigueur, du patriotisme et de l’information maîtrisée. Le rapport de la
BBC à la propagande était alors relativement simple à cerner : pour des raisons d’intérêt national les messages étaient contrôlés selon des logiques de propagande interne ou externe. La
BBC ne se cachait d’ailleurs pas d’être un véhicule de communication propagandiste, afin de défendre l’image de la Grande-Bretagne dans le monde. Christopher Lee rappelle dans
This Sceptred Isle, chronologie historique de la Grande-Bretagne publiée par les presses de la
BBC en 1999, que la définition attestée de la « propagande de guerre » insiste sur deux points : ce que l’on cherche à vaincre ; ce que l’on cherche à préserver et à créer. Un opuscule, longtemps gardé secret dans les archives de la
BBC, divulgue des précisions complémentaires quant au principe et à la fonction de la propagande en temps de guerre. Il soulignait que la question fondamentale n’était pas de savoir si l’ordre ancien allait prévaloir sur l’ordre nouveau, mais bien si l’ordre nouveau devait reposer sur une « éthique chrétienne ». Arme incontestable et incontestée, la propagande devait, par conséquent, s’efforcer de représenter tout débordement induit par une guerre, non comme un effet néfaste, mais comme une chance. La
BBC prétendait alors être le plus important organe indirect du gouvernement
[2]. Bien que ces credos aient été élaborés dans un contexte de guerre totale, ils apportent un éclairage significatif sur l’identité de la
BBC et montrent toute la complexité de son « indépendance ».
La vénérable institution, qui affirme ne pas être un suppôt du gouvernement, revendique jalousement et inlassablement une indépendance préservée par deux principes fondateurs : le maintien de sa charte royale et son mode de financement public. En temps de paix comme en temps de guerre, la
BBC s’abrite derrière de multiples textes qui vont des simples « conseils » ou directives aux interdits pour tout ce qui ne se conforme pas à son éthique. À l’image des « journaux de qualité », la
BBC, référence indéniable dans le domaine de l’information, prétend ne pas se laisser séduire par les intérêts chauvins de certains tabloïdes, et résiste autant que possible à d’éventuelles allégeances avec le pouvoir politique. Pourtant, de l’avis du sociologue Tom Burns
[3], le pouvoir du gouvernement sur la Corporation est, en théorie, absolu, le contrôle direct étant exercé par un système de redevance public.
â—¦ La voix de la vérité ?
Vecteur d’une « idéologie » qui se propage sous couvert d’une « communication culturelle » et se décline selon des nuances particulières, le statut hybride de la BBC permet de nombreuses conjectures. La BBC génère-t-elle une « propagande » qui lui est propre ? Est-elle un instrument du pouvoir ? Tente-t-elle de façonner les perceptions, de manipuler les esprits et de guider les comportements ? Questions rhétoriques ou zones d’ombre ? Les procédés de la propagande que sont la déformation ou l’exagération des faits, le gommage des nuances, la dissimulation, la diffusion de fausses nouvelles, ne semblent toutefois pas correspondre aux contenus des nombreuses mises en garde éditoriales de la BBC. Pour autant, la BBC n’est pas invulnérable. Il lui est arrivé « d’écouter la raison du plus fort », d’adhérer à un esprit de consensus et de se rallier à un sentiment général d’unanimité, par exemple, lors des guerres des Malouines et du Golfe.
Chaque guerre garde ses mystères sous l’emprise d’un pouvoir gouvernemental ou militaire ou sous la vigilance des médias. À la BBC, les ciseaux de la censure sont parfois particulièrement affûtés, surtout lorsque les sujets touchent à des situations de conflit. L’autocensure a parfois été une solution de repli. La propagande – avatar perverti de la communication ou forme de l’action psychologique requise en temps de guerre – emprunte des voies plus spécifiques, selon qu’elle aura pour objet d’aboutir à un effet précis et ponctuel ou de maintenir l’esprit combattant d’une nation en guerre. À cet égard, la BBC a le plus souvent pris le pari de s’engager dans une lutte de longue haleine, gage de sérieux et d’excellence, dans la production de ses émissions d’actualités. Cadrage du propos et professionnalisme sont plus que jamais mis à l’épreuve en temps de guerre, et la ligne de conduite de la BBC se doit d’être inflexible.
L’art de relater une guerre demande méticulosité et ingéniosité. Le témoignage édifiant de l’historien Bruce Cumings, chargé par Thames Television et le Public Broadcasting System de faire un film sur la guerre de Corée, une guerre médiatique oubliée, met en lumière les complexités rencontrées. « Réaliser un film d’histoire pour la télévision est devenu, dit-il, une sorte de guerre : une guerre d’interprétation, une guerre d’accès et d’accessibilité aux divers points de vue des belligérants, une guerre de choix éditorial et de discours, enfin, une guerre de diffusion et de réception du film
[4]. » Les stratégies de communication envisagées peuvent, en outre, avoir des incidences fâcheuses. Le choix de dévoiler quotidiennement les affrontements sanguinaires des belligérants américains et vietnamiens, lors de la guerre du Viêtnam, a permis de sonder les limites de la bienséance en matière d’informations télévisuelles et de tester les potentialités subversives d’un média dont la subjectivité se module parfois selon l’engagement du pays concerné. Ainsi l’« impartialité » de la
BBC sera-t-elle conditionnée par les implications politiques et/ou culturelles existant entre le pays agresseur et le pays agressé. De même, les « relations spéciales », telles celles entretenues entre le Royaume-Uni et les États-Unis, ne manqueront pas d’apporter des nuances aux messages diffusés. Il apparaît, en effet, que certains « conflits » touchent plus directement le public britannique s’ils concernent certaines régions du monde ayant un lien plus ou moins étroit avec le Royaume-Uni
[5]. Le degré de la collaboration entre la
BBC et le gouvernement se pose plus ou moins systématiquement à chaque « crise » : de ce point de vue, les guerres des Malouines (1982), du Golfe Persique (1991) et en Irak (2003) ne font pas exception à la règle.
â—¦ Guerre des Malouines : la BBC sous contrôle ?
Pendant les guerres des Malouines et du Golfe, la
BBC n’a pas eu recours aux mêmes stratégies de communication
[6]. Étape importante dans l’histoire des relations entre les médias, les instances politiques et les militaires, la campagne des Malouines apporte une version autre dans la « gestion de l’information » d’un gouvernement désireux de présenter aux Britanniques une « vérité bien narrée ». Les personnalités politiques britanniques n’ont pas hésité à faire pression sur les discours des journalistes en usant des techniques classiques de la propagande que sont la censure, la déformation de nouvelles, la mise en scène des faits.
Seuls 28 journalistes étaient présents dans les Malouines, dont 2 correspondants de la
BBC (un pour la radio, un pour la télévision). Leurs consignes strictes consistaient à ne laisser filtrer aucun renseignement susceptible d’aider l’ennemi ou de « choquer » l’opinion publique. Le gouvernement britannique avait même refusé de coopérer avec la presse étrangère en interdisant sa présence sur les vaisseaux militaires navigant au large de l’Argentine
[7]. Pendant la guerre du Golfe, les journalistes, bien que plus nombreux (de 1 500 à 1 600, selon les sources), ne jouirent pas d’une plus grande « indépendance ». La primauté des images n’était autre qu’un subterfuge, une illusion masquant l’absence criante d’informations fiables. Alors muselée et impuissante face à la programmation imposée par les instances gouvernementales et militaires, la position de faiblesse de la
BBC, source et diffuseur d’informations, dont le devoir ou la mission est d’informer le public des « événements », a suscité maintes réflexions quant au rôle qu’elle devait remplir en pareille circonstance. Aux Malouines, la
BBC n’était pas logée à meilleure enseigne que les autres médias. Si la Corporation bénéficiait d’une assez grande latitude sur le front radiophonique, il n’en a pas été de même pour les retransmissions d’images, où elle n’a eu d’autre liberté que de travailler conjointement avec l’équipe de l’Independent Television News (
ITN).
Le rapport de force entre le gouvernement britannique et les médias était inégal. Dans un chapitre au titre non ambigu – « A Policy of Media Manipulation » – portant sur la guerre des Malouines, Young et Jesser
[8] insistent sur la détermination absolue du gouvernement de maintenir le soutien unanime du public britannique dans ce qui était considéré par certains comme une aventure militaire hasardeuse. Le dispositif mis en place par le gouvernement était renforcé par la brièveté de la campagne, qui n’a laissé que peu de temps aux médias pour s’organiser, d’autant qu’il n’y avait pas en Amérique du Sud d’infrastructures médiatiques bien établies. La gestion de l’information n’était donc pas contingente. Les journalistes embarqués avec la marine britannique devaient se soumettre au bon vouloir des officiers pour la transmission des messages radio, des images ou des messages écrits
[9]. La coopération était parfois difficile, et même si les journalistes concernés n’ont pas été contraints de respecter l’
Official Secrets Act,
stricto sensu, ils ont dû signer un document certifiant qu’ils ne divulgueraient pas d’informations jugées sensibles telles que la localisation et les mouvements des unités militaires, les détails connus sur les forces argentines ou le matériel militaire dont disposaient les Britanniques. D’autre part, un système de pool ou de mise en commun des informations était appliqué afin de faciliter la censure ; les journalistes dépendaient de briefings faisant la part belle aux « bonnes nouvelles » et à la désinformation dans les simples buts de réconforter l’opinion britannique et de confondre l’ennemi. Le contrôle maîtrisé de l’information se manifestait, entre autres, par les retards imposés par le ministère de la Défense, quant à la révélation de revers militaires tels que la perte consternante de l’HMS Sheffield
[10]. Les informations officielles sur l’avancement de la campagne étaient données en direct à la télévision (au cours du bulletin principal de la
BBC de 21 heures) par un haut responsable du ministère de la Défense, ce qui ne laissait aucune marge de manœuvre pour effectuer une mise en contexte éditoriale
[11].
Une fois la campagne terminée, la commission Défense du parlement britannique a mené une enquête sur le déroulement des opérations aux Malouines. « Nous n’avons pas menti même si nous n’avons pas dit toute la vérité » : cette déclaration de Sir Frank Cooper, secrétaire général du ministère de la Défense, éclaire bien l’esprit qui régnait du côté des autorités britanniques. Dans sa déposition devant la même commission, la
BBC déplorait son impuissance face au dispositif d’information adopté par le gouvernement de Margaret Thatcher. De nombreux observateurs ont reproché aux médias de s’être pliés trop volontiers à la férule gouvernementale. Robert Harris
[12] n’hésite pas à parler de connivence. Les critiques ont fusé tous azimuts. Le mouvement « anti-guerre » se plaignait du manque d’attention porté à leur encontre par la
BBC. Comme beaucoup, John Pilger
[13] s’indigne, en outre, du peu de cas accordé aux négociations entamées par le gouvernement péruvien, dont l’objectif était de résoudre le conflit par voie diplomatique. La
BBC a également été accusée, entre autres par les chercheurs de l’université de Glasgow, d’avoir repris à la légère les déclarations gouvernementales relatives à la localisation du Belgrano
[14], qui représentait une menace très discutable pour les forces britanniques. Greg Philo
[15] condamne les formulations insensibles de la
BBC dans la description des pertes « ennemies », tandis que le vocabulaire utilisé pour rapporter les disparitions des Britanniques était soigneusement choisi pour faire vibrer la corde patriotique.
À d’autres moments, la
BBC a, en revanche, pris le parti de recourir à un style dépouillé au risque de déplaire fortement au gouvernement qui aurait préféré une approche moins équivoque. « Si l’on en croit les Britanniques » était la réplique consacrée de l’émission
Newsnight, dès le 2 mai 1982. Dans ses
Mémoires, Margaret Thatcher
[16] récuse l’emploi saisissant d’un discours déshumanisé pendant la guerre des Malouines. La
BBC a, en effet, longtemps résisté à la tentation d’utiliser le pronom « nous » et de se référer à « nos soldats ». La « neutralité » de la
BBC gênait le gouvernement britannique déterminé à donner une image positive de l’intervention militaire. Pour autant, le
Times du 8 mai, citant les paroles de George Howard, alors président du conseil des gouverneurs, prenait la défense de la
BBC en déclarant que celle-ci « savait toujours identifier la propagande » et que la « vérité ne devait pas être la première victime de la guerre ».
Le 10 mai, le magazine d’investigation
Panorama, donnait aux opposants de la guerre l’occasion de défendre leur point de vue. L’affaire provoquait une vive indignation parmi les parlementaires conservateurs, répercutée dans les tabloïdes (le
Sun, en particulier) qui accusaient la
BBC d’avoir trahi l’initiative britannique aux Malouines. L’incident suscita une réflexion de fond sur les relations entre le gouvernement et les médias et provoqua nombre de rebondissements : George Howard et Alasdair Milne, directeur général de la
BBC, durent comparaître, le 12 mai, devant la commission parlementaire de la presse et des médias pour entendre les plus vives remontrances. Les avis étaient donc des plus contrastés. Dans son éditorial du 13 mai, le
Times défendait le droit de la
BBC à diffuser une pluralité d’opinions inhérente à son devoir de tenir le public informé. Deux jours plus tard, le
Times, assurément moins rebelle, précisait qu’un certain déséquilibre existait dans l’attribution des prises de parole au cours de l’émission en question, ce qui aurait pu conduire à une méprise et laissé croire que les sentiments contre la guerre étaient plus vifs qu’ils ne l’étaient en réalité. La
BBC a, ensuite, fait preuve d’une plus grande discrétion, au risque de paraître paradoxale. La Corporation aurait dû, déclare Brian McNair
[17], assumer pleinement son rôle de service public en continuant de refléter la diversité des opinions et en résistant aux pressions gouvernementales. Toutefois, admet-il, il n’appartenait pas à la
BBC d’afficher ouvertement des sentiments anti-britanniques ou de dénigrer le choix du gouvernement qui d’ailleurs avait un appui sans partage de l’
ITN, alors sous la responsabilité éditoriale du complaisant Alistair Burnet.
Pendant les années Thatcher, on ne peut guère parler d’entente cordiale entre le gouvernement et la BBC. Lorsque le gouvernement britannique a autorisé, en 1986, les Américains à envoyer des avions basés au Royaume-Uni pour bombarder la Libye, les reportages de la BBC ont laissé transparaître une désapprobation, une contestation à laquelle le président du parti conservateur, Norman Tebbit, a répondu en rédigeant un rapport condamnant avec virulence le choix éditorial de la BBC. La même année, acte de résistance, coïncidence ou mise en application stricte du principe d’impartialité, la BBC décida de ne pas diffuser une pièce radiophonique sur la guerre des Malouines, sous le prétexte que l’œuvre en question montrait la « Dame de fer » sous un jour trop favorable. Ce n’est qu’en 2002, à l’occasion du lancement du nouveau service télévisuel BBC 4, que la pièce fut finalement transmise. 2002 fut également l’année du vingtième anniversaire du conflit des Malouines. À partir d’une sélection d’archives de l’époque, cette commémoration visait à réconcilier Argentins et Britanniques, en restituant les faits de manière équitable pour les deux parties. Redresseur de torts, dans sa quête de faire triompher la vérité, la BBC s’ingénie à mettre en archives l’histoire du monde. Cinq ans après la guerre du Golfe, un phénomène semblable s’est manifesté avec la diffusion d’un documentaire abondant en images et témoignages inédits pour rétablir la vérité et éclairer de nombreux faits restés secrets.
â—¦ Guerre du Golfe : la BBC manipulée ?
Lors de la guerre du Golfe, la BBC n’a bénéficié que d’une liberté rédactionnelle très restreinte, posant ainsi la question du rôle des médias d’une façon plus intense. Les enjeux et les ressorts de la propagande, qui se dessinaient clairement de part et d’autre, ont été exploités diversement : les alliés contrôlaient les informations, perfectionnant les techniques utilisées dans les Malouines ; Saddam Hussein pensait émouvoir l’opinion publique mondiale en communiquant des témoignages de civils blessés ; la nouvelle chaîne satellitaire Al-Jazira s’attardait sur des scènes de désolation et de massacres.
Cette guerre, qualifiée de « première guerre télévisée » ou encore de « première guerre d’information », a été au centre d’une médiatisation jugée excessive, à tel point que certains penseurs se sont même demandé si la guerre avait vraiment eu lieu. Les informations « en direct de Bagdad » divulguées par
CNN étaient diffusées en continu au détriment de toute analyse ou mise en contexte. Stuart Allan observe que cette guerre aseptisée a été consommée comme un divertissement, Philip Taylor parle même d’
infotainment pour décrire le flou des frontières entre information et spectacle
[18].
Les journalistes présents dans le Golfe ont subi maintes contraintes : censure, mise en commun des informations, nombre limité de reporters sur le terrain (seuls 200 journalistes américains, britanniques et français avaient eu le droit d’être embarqués). L’une des tâches assignées aux 6 équipes britanniques consistait à valoriser le rôle des quelques troupes anglaises sur place (soit 5 % du total de la coalition). Les principales informations émanaient des briefings officiels, encore plus soigneusement calculés que ceux des Malouines. En invoquant l’impératif sécuritaire, les autorités militaires avaient trouvé un argument irréfutable pour consolider la censure et éloigner les reporters des points stratégiques ou dangereux. Les images transmises par les diverses chaînes de télévision occidentales étaient à quelques exceptions près identiques, frustrant les attentes des téléspectateurs.
La manipulation des médias était sans ambiguïté. Saddam Hussein était diabolisé alors que le président Assad de Syrie, dont les troupes combattaient aux côtés des alliés était réhabilité. Pour décrire les progrès de la guerre, un arsenal d’euphémismes vit le jour : des « tirs amis » aux « dégâts collatéraux » en passant par les « frappes chirurgicales » et les « bombes intelligentes ». Cette rhétorique, issue des techniques du
spin, couvrait la pauvreté des investigations menées par des reporters mis au rang de témoins muselés. Au cours de l’émission
BBC Newsnight du 6 février 1991, un journaliste resté anonyme, cité par Jeremy Paxman, s’alarmait du vide informationnel qui caractérisait cette guerre
[19]. Mais les 20 millions de téléspectateurs britanniques voulaient-ils vraiment connaître la vérité ou préféraient-ils, comme le suggère Philip Taylor, la vision déformée de la réalité offerte par la propagande ? La
BBC, dans une telle situation, était réduite à un rôle moindre. La sensibilisation de l’opinion publique semblait un combat perdu d’avance, et la
BBC, à l’exemple de ses concurrents, restait soumise, se conformant aux idées partagées par un public soutenant la politique du gouvernement Major. Certaines initiatives de la Corporation, au demeurant, surprennent : l’interdiction de transmettre plus de 60 chansons populaires aux paroles jugées subversives
[20] sur ses différents services radiophoniques peut paraître pour le moins contestable, voire irrationnelle. La censure de la
BBC ne s’est pas arrêtée là. En effet, la diffusion d’une émission de
Panorama, en janvier 1991, n’eut pas lieu, son sujet étant alors considéré trop sensible : il s’agissait d’une enquête sur les relations entre le gouvernement et les compagnies britanniques ayant fourni du matériel militaire aux Irakiens. Deux incidents qui auraient pu faire basculer l’opinion publique – le bombardement du 13 février d’un abri de civils à Bagdad occasionnant 400 morts et le massacre des troupes irakiennes qui tentaient de fuir du Koweit à la fin des hostilités – ont également été succinctement commentés par une
BBC qui s’appuyait sur les clauses de son code de bonne conduite, en particulier celles traitant du respect des victimes et de la bienséance. Le 17 janvier, John Major félicitait la
BBC pour la qualité de ses services. Peut-être peut-on déceler ici une relation de cause à effet.
â—¦ Guerre en Irak : l’affirmation d’une BBC autonome ?
Lors de la guerre en Irak, la diversification des émissions radiophoniques ou télévisuelles proposées au public
[21] ainsi que les fréquentes mises à jour de l’évolution du conflit, sur ses différents sites Internet, ont permis à la
BBC d’ajuster progressivement son discours et d’affiner ses commentaires – une initiative approuvée par le public. Selon l’organisme de sondage Broadcasters’ Audience Research Board, le taux d’écoute des bulletins d’information de la
BBC a nettement augmenté pendant la guerre en Irak
[22]. L’assiduité relative du public, toujours enclin à soupçonner les « belles paroles » des politiques et des
spin doctors, s’est maintenue à toutes les étapes du conflit. Soucieuse de faire valoir son « impartialité », la
BBC a donné voix aux opinions divergentes d’avant-guerre. Cette décision se justifie d’autant qu’il semblait important alors de contrer la campagne menée par Tony Blair, qui visait à persuader le public du bien-fondé de ses actions. Afin de rétorquer à la croisade de la
BBC, Downing Street a usé de divers subterfuges, comme celui d’insérer sur son site Internet le texte d’un débat entre un Tony Blair confiant et le public jeune de
MTV. La mise en ligne de ce document n’est autre qu’un acte de contre-propagande, qu’une riposte à la décision de la
BBC de publier un compte rendu de l’émission
Newsnight dans laquelle Tony Blair et Jeremy Paxman discutaient de la politique gouvernementale devant un public hostile à l’intervention militaire britannique. Dans une tentative d’éviter les dérives de 1991, tout au long de l’entrée en guerre mais aussi au cours des hostilités, les principes d’impartialité et d’indépendance semblent avoir été, cette fois, plus rigoureusement appliqués par la
BBC
[23].
En pleine guerre, la BBC s’est constamment interrogée sur le rôle qu’elle devait remplir. Dès le début des interventions des soldats américains et britanniques en Irak, l’embarquement des journalistes avec les militaires a été fortement médiatisé. Vivre au quotidien au cœur de l’action renforce les arguments relatifs à la crédibilité et à l’authenticité dans la narration des faits. Mais comme le soulignait la pugnace Kate Adie
[24], dans un entretien – diffusé sur
BBC World et
BBC News 24, le 12 avril 2003 – avec l’animateur vedette Tim Sebastian de
HARDtalk
[25], cela ne présage pas nécessairement un regard neutre. Ce qui offre une vision plus objective de la guerre, dans ce cas précis, disait-elle, est la présence de journalistes sur plusieurs sites stratégiques en Irak et dans les pays voisins. L’ancienne correspondante, en activité lors des guerres des Malouines et du Golfe, expliquait rétrospectivement les pressions exercées par les gouvernements méfiants de tout désir d’« indépendance » des journalistes, souvent confrontés au choix de l’autocensure pour se fondre dans la logique implacable du « politiquement correct » mais aussi pour répondre aux attentes du public conditionnées par des « idées dominantes ». Les questions débattues avec Jef Mcallister, chef du bureau londonien de
Time Magazine, étaient sans détour : est-il dangereux et difficile de faire un reportage sur la guerre en Irak ? Peut-on révéler toute la vérité ? Les journalistes sont-ils à la merci des gouvernements et face au dilemme de la manipulation médiatique ? Que penser du nombre de bavures qui se cachent derrière l’expression « brouillard rhétorique de la guerre »
[26] ? Dans la discussion engagée entre les trois professionnels de l’information, plusieurs accusations étaient proférées à la suite des allégations d’un gouvernement britannique insatisfait des journalistes de la
BBC, manquant, selon lui, de « loyauté ou de patriotisme » dans la présentation de la guerre en Irak. Cette critique acerbe résume, de l’avis de Kate Adie, l’attitude d’une administration travailliste très critique envers les journalistes « libéraux ». L’expression d’un sentiment démocratique ne revêt pas la même connotation de part et d’autre. En temps de guerre, nul ne peut être neutre : il importe de laisser les coudées franches aux journalistes devant exercer leur métier avec professionnalisme et honnêteté. Pour décrire la couverture de la guerre en Irak, la
BBC a vu dans la décision de l’administration américaine d’accueillir les journalistes aux côtés des militaires un subterfuge destiné à « endormir les médias en les dorlotant » et à mieux les contrôler.
Le récit « en direct » d’une guerre saisie « en temps réel » ne signifie néanmoins pas écriture simultanée même s’il impose un travail dans l’urgence. Quelques événements tels que le témoignage de John Simpson
[27], spécialiste du Moyen-Orient, relaté dans le feu de l’action, brouillent les pistes interprétatives dans la narration de ce qui se passe effectivement sur le terrain. Victime d’un « tir ami », alors que l’équipe de tournage de la
BBC filme le désastre, le journaliste réagit spontanément et abruptement
[28] à la situation qui se déroule sous ses yeux, laissant filtrer ses émotions (il évoque l’horreur du spectacle et fait part de sa tristesse face à la perte de l’interprète kurde, Kamaran Abdurazaq Muhamed, embarqué aux côtés de l’équipe
BBC). Les archives électroniques de
BBC News ont méticuleusement enregistré les commentaires du journaliste qui apparaissent sous une photographie de ce dernier. Au cours d’une brève émission éponyme –
Simpson Report – diffusée une semaine plus tard sur
BBC World et
BBC News 24, Simpson, visiblement éprouvé, une canne à la main, explique les conditions dans lesquelles il a recueilli les informations, en apportant un éclairage nouveau et en livrant des précisions sur les circonstances de l’événement malheureux. Ce témoignage vient en écho à un article au titre révélateur – « le pour et le contre de l’
embedding » – paru le 4 avril sur
BBC News. La
BBC ne laisse décidément rien au hasard.
Dans ses analyses, elle revendique son autonomie et, plus que jamais, souhaite rassurer ses fidèles de la qualité indiscutable de ses services. Suite aux erreurs commises lors des guerres des Malouines et du Golfe, dans un contexte de concurrence effrénée depuis le milieu des années 1990, elle est très préoccupée par son image et tente d’appliquer les promesses faites à son public. Le conseil des gouverneurs, gardien du bon goût et de la décence, qui affirme constamment son autorité en matière de pluralisme de l’information, de déontologie, de qualité et de diversité des émissions ou programmes, joue, certainement depuis le renouvellement de la charte royale de 1997, un rôle (auto)régulateur accru au sein de la
BBC rendant régulièrement des comptes au Parlement ainsi qu’au public. Un effort particulier est fait pour conduire une politique de grande rigueur professionnelle qui se matérialise, entre autres, par la rédaction de « codes de bonne conduite », riches en détail sur le respect des auditeurs et des téléspectateurs. Les maîtres mots que sont impartialité, équité, respect de la vie privée, décence se retrouvent à satiété dans une abondante littérature interne et externe à la
BBC, sans cesse actualisée, au point de convaincre les plus réticents. Tout conflit ou événement impliquant directement la sécurité de l’État britannique est soumis à des contraintes spécifiques, quelle que soit la période étudiée. Un nouveau texte est, par exemple, sorti le 7 mars 2003 peu de temps avant le déclenchement de la guerre en Irak. Intitulé
War Guidelines, le document ressemble à un engagement moral, proche d’une profession de foi. Il y est rappelé que le « diffuseur international » a une responsabilité spéciale envers « ses publics » confiants dans une
BBC qui défend la vérité et s’engage à promouvoir une pluralité de points de vue
[29]. Les clauses insistent sur le langage (verbal et visuel) à adopter dans les reportages, sur l’origine, l’identification et la fiabilité des sources des informations recueillies, sur le nécessaire recours aux experts, sur la façon de « montrer » les morts, les blessés ou les prisonniers de guerre. Il y est stipulé l’importance d’une mise en contexte de toute information avant diffusion. Enfin, la
BBC affirme résister à toutes pratiques déloyales tout en évitant de se livrer aux conjectures ou de se prêter aux allégations.
Entreprise publique désormais tentaculaire tant dans les domaines radiophoniques, télévisuels qu’électroniques, la BBC jouit, toujours en 2003, d’un financement émanant très majoritairement du système de redevance. Les missions d’information et d’éducation sont valorisées diversement et visent aussi bien les adultes que les plus jeunes – auditeurs et/ou téléspectateurs – désireux de s’instruire. De nombreux projets sont mis en place pour expliquer l’actualité de façon didactique. Les émissions pour enfants telles que Blue Peter offrent des analyses sur l’état du monde. Depuis la fin des années 1990, la BBC a mis un point d’honneur à offrir des programmes « en ligne » pour aider les enseignants ou les autodidactes à se faire une opinion sur les faits et les événements passés ou actuels. À l’occasion de la deuxième guerre du Golfe, le site Internet de Newsround, par exemple, a proposé des réponses simples à des questions du type : « Pourquoi la guerre en Irak a-t-elle lieu ? » L’objectif initial de la BBC d’offrir aux Britanniques un service public de qualité n’a cessé d’être au cœur de ses motivations. À vouloir faire triompher la vérité, la BBC est elle-même dispensatrice d’une propagande « douce » diluée au quotidien, une « communication culturelle » protégée par un bouclier de principes moraux, de directives déontologiques et un professionnalisme apparemment sans failles. Illusion ou leurre, le ton grave et solennel des commentateurs de la BBC, de circonstance pour narrer les aléas du monde, est gravé dans l’imaginaire des citoyens britanniques toujours convaincus de ses vertus, de son « impartialité » et de son « indépendance ». Après quelque quatre-vingts années d’existence, la vieille dame affectueusement nommée « Auntie » a su, bon gré mal gré, défier la concurrence, s’adapter aux fluctuations conjoncturelles et demeurer aux yeux des Britanniques l’ambassadrice invétérée de la culture nationale.
[1]
Miles Hudson et John Stanier,
War and the Media, Stroud, Sutton, 1997, p. 69. Propos du journaliste Frank Gillard dans un rapport radiophonique diffusé en 1945.
[2]
R. S. Lambert,
Ariel and All His Quality, An Impression of the BBC from Within, Londres, Gollancz, 1940, p. 317.
[3]
Tom Burns,
The BBC : Public Institution and Private World, Londres, Macmillan, 1977, p. 187.
[4]
Bruce Cumings,
War and Television, Londres, Verso, 1992, p. 3.
[5]
Le dossier sensible des « troubles » en Irlande du Nord, non abordé dans cette étude, fait, par exemple, l’objet de plusieurs filtres d’interprétation et de censure.
[6]
Des leçons ont été tirées suite à la diffusion dans chaque foyer des images choquantes de la guerre du Viêt-nam. D’après Bruce Cumings, « l’invasion américaine de l’île de Grenade et la campagne des Malouines ont été présentées par des personnes persuadées que la guerre du Viêt-nam avait été perdue non pas sur le terrain mais sur les écrans de télévision ». (Bruce Cumings,
op. cit., p. 100).
[7]
Certes les médias sud américains étaient en position privilégiée et à même de commenter les événements du point de vue argentin. Dans certains cas, lorsqu’elles ne pouvaient transmettre leurs propres « images », la
BBC et l’
ITN ont eu recours aux films réalisés par les Argentins. À la Chambre des communes, le 6 mai 1982, Margaret Thatcher déplorait l’utilisation, au sein des bulletins d’informations, d’images en provenance de l’Argentine, ce qui représentait à ses yeux une tentative de mettre les deux belligérants sur le même plan.
[8]
Peter Young et Peter Jesser,
The Media and the Military from the Crimea to Desert Strike, Basingstoke, Macmillan, 1997.
[9]
Le temps d’acheminement des images était considérable. Il fallait les envoyer par voie aérienne en Amérique du Sud d’où elles étaient retransmises par satellite.
[10]
L’attaque du navire fut annoncée avec 24 heures de retard et il fallut attendre 23 jours pour que les premières images atteignent la Grande-Bretagne.
[11]
Un dessin de Calman publié dans le
Times du 12 mai 1982 dénonçait la manipulation de la
BBC en ces termes : « Voici les informations – avec les sous-titres prévus par le Premier ministre. »
[12]
Robert Harris,
Gotcha ! The Media, the Government and the Falklands, Londres, Faber and Faber, 1983, p. 151.
[13]
John Pilger,
Hidden Agendas, Londres, Vintage, 1998, p. 492.
[14]
Le navire a été torpillé par un sous-marin britannique le 2 mai provoquant environ 400 morts. Peu de précisions avaient été alors apportées, il avait été omis de révéler que le navire se trouvait à 30 milles de la zone de guerre. Cette « erreur » ne fut rectifiée qu’après la guerre.
[15]
Greg Philo,
Seeing and Believing. The Influence of Television, Londres, Routledge, 1990, p. 201.
[16]
Margaret Thatcher,
The Downing Street Years, Londres, HarperCollins, 1995, p. 181.
[17]
Brian McNair,
News and Journalism in the UK, Londres, Routledge, 1989, p. 83-84.
[18]
Stuart Allan,
News Culture, Buckingham, Open University Press, 1999, p. 175 ; Philip M. Taylor,
War and the Media, Manchester, Manchester University Press, 1998, p. 14.
[19]
«
Never in the field of recent conflict has so little been disclosed by so few to so many » étaient les paroles exactes parodiant la célèbre phrase de Churchill pendant la bataille de l’Angleterre.
[20]
Parmi ce mélange composite de chansons se trouvaient
End of the World de Skeeter Davis,
Give Peace a Chance de John Lennon,
Waterloo du groupe Abba,
Boom, Bang A Bang de Lulu et
Fools Rush In de Rick Nelson.
[21]
La notion de public est à prendre au sens large, elle comprend plusieurs cibles envisagées selon les objectifs et les profils des programmes considérés.
[22]
La répartition de l’audimat pour la semaine du 27 mars au 2 avril 2003 était de 50 % pour
BBC TV, 30 % pour
ITV, 15 % pour
Sky News, 4 % pour
Channel 4 et 2 % pour
Channel 5. À l’évidence, les Britanniques font confiance à la
BBC. Les informations disponibles en ligne ont été plus abondantes que de coutume offrant à leurs lecteurs pas moins de 112 millions de pages pour la même semaine, soit environ le double que ce qui est diffusé pendant une semaine ordinaire.
[23]
Richard Tait, « Principles under Fire »,
Television, Londres, Royal Television Society, avril 2003, p. 8-9.
[24]
Célébrer le professionnalisme de ses journalistes est une tradition à la
BBC.
[25]
Tim Sebastian a la « dent dure » à l’image des principes défendus dans son émission, lieu de débats d’où émerge « la vérité ». Orateur prestigieux, Sebastian a consacré sa vie à la
BBC. Il a reçu de nombreuses distinctions et a été nommé, en 2001, « meilleur journaliste de l’année » par la Royal Television Society.
[26]
Dans « Lost in the Rhetorical Fog of War », paru dans l’
Independent du 9 octobre 2001, Robert Fisk s’interroge sur le caractère impénétrable de la langue « de bois » utilisée pour décrire les événements de la guerre du Golfe (1991) à celle du Kosovo (1999).
[27]
John Simpson, rédacteur du service « des affaires mondiales », a fait carrière à la
BBC où il a débuté en 1966.
[28]
Il avait l’impression que l’un des militaires près de lui tentait de l’empêcher de mener sa mission à terme. Sa réaction immédiate –
« Shut up. I’m broadcasting… Oh yes, I’m fine, am I bleeding ? » – fait désormais partie des annales de la
BBC.
[29]
h
http:// www. bbc. uk/ info/ editorial/ prodgl/ war_guidelines. shtml,
BBC Producers’ Guidelines, War Guidelines, 7 mars 2003.
[*]
Renée Dickason, professeur à l’université de Caen Basse-Normandie, est l’auteur de plusieurs travaux sur l’histoire des médias, des images et des propagandes. Elle a notamment publié
Radio et télévision britanniques (Presses Universitaires de Rennes, 1999),
British Television Advertising – Cutural Identity and Communication (University of Luton Press, 2000),
Vers la paix en Irlande du Nord : communication politique et publicité télévisuelle 1988-1997 (Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2000) et a coordonné, avec Xavier Cervantes,
La propagande au Royaume-Uni. De la Renaissance à l’Internet (Ellipses, 2002).