2004
Vingtième siècle
Dossier : Révolution urbaine et mondialisation
La mondialisation, une aventure urbaine
Du Moyen Âge au « globalblabla »
Thierry Dutour
[*]
Un historien du Moyen Âge clôt ce dossier en rappelant la durée et la complexité de toute aventure humaine. La mondialisation est d’abord une aventure urbaine : elle procède d’une histoire amorcée dès le 9e siècle. Le marché « mondial » date du 10e siècle. La libéralisation des échanges au 18e siècle a renoué avec une situation antérieure. Conclusion : la mondialisation que nous redoutons ou voulons apprivoiser aujourd’hui est le produit, dans la longue durée, de l’évolution des sociétés qui y participent, et d’abord à travers leur développement urbain.
A historian of the Middle Ages closes this file by recalling the length and complexity of all human adventures. Globalization is first an urban adventure ; it results from a history begun in the 9th century. The « world » market dates from the 10th century. The liberalization of exchanges in the 18th century harkened back to a previous situation. Conclusion : the globalization that we fear or want to tame today is the product, in the long term, of the development of the societies that participate in it, and at the outset through their urban development.
Les nouveautés qui nous sautent aux yeux aujourd’hui à travers la mondialisation sont aussi vieilles que le Pont Neuf : la ville a été le lieu de production et d’échange privilégié dès les 8e-9e siècles, le marché « mondial » date du 10e siècle, le « droit international privé » des affaires du 13e, la libéralisation des échanges du 18e n’est qu’un retour à une situation antérieure. Rien de nouveau, donc, sous le soleil global ? Distinguant nouveauté absolue et relative de ce que nous nommons la mondialisation, refusant tout relativisme, un médiéviste parle ici en historien : il clôt notre dossier en faisant appel conjoint à la longue durée et à la complexité, pour aider à comprendre la très vieille aventure qui nous a saisis.
La mondialisation (
globalization) est une aventure urbaine. Un des aspects majeurs de son affirmation est, en effet, l’apparition depuis les 8
e-9
e siècles et le développement, dans une large mesure spontané, d’une urbanisation d’un type nouveau. Celle-ci constitue, dans le cadre d’une vie économique animée par des échanges marchands libres, le mode de réponse au besoin de lieux de marché et de lieux de production d’objets manufacturés qui a dominé depuis le haut Moyen Âge l’évolution de l’Europe latine, puis celle des mondes extra européens atteints par son influence depuis le 15
e siècle. Ainsi, non seulement la mondialisation est une aventure urbaine, mais c’est une aventure commencée depuis plus de dix siècles
[1]. Or, elle est généralement perçue comme une nouveauté. Tels sont les trois aspects des processus de la
globalization qu’on souhaite souligner.
C’est prendre le risque d’ajouter à ce que Janet Abu-Lughod appelait sévèrement, en 1991, « globalblabla
[2] », tant la prolifération des écrits sur le thème peut donner une impression de confusion. Pour y échapper, précisons les fondements du propos. La mondialisation est un processus dans lequel les distances font progressivement de moins en moins obstacle à l’établissement d’échanges marchands ; elle s’accompagne d’une internationalisation croissante des processus de production et d’une interdépendance croissante des marchés et de la production des zones économiques qui entrent en contact. Parmi les principaux facteurs qui la favorisent figurent, en premier lieu, la réduction des difficultés et des coûts de transport et de communication, ainsi que la réduction des entraves aux échanges marchands libres et au déplacement des individus. L’emploi du terme mondialisation attire l’attention sur le fait que ce processus prend une dimension mondiale (comprise aujourd’hui comme étant ce qui concerne l’ensemble de la planète), ainsi que sur la prise de conscience de la diversité des cultures et en même temps d’un œcoumène constituant le cadre commun de leur existence (des points de contact ou d’accord entre des cultures différentes permettant l’échange). La mondialisation affecte des sociétés hautement complexes, dans lesquelles les processus économiques résultent essentiellement de décisions décentralisées ; toute réflexion fondée sur le postulat, explicite ou implicite, que la complexité est une propriété du monde contemporain, les temps passés étant plus simples, est bâtie sur un postulat erroné. Le changement est une propriété permanente de l’existence des sociétés ; toute réflexion fondée sur le postulat que le changement relève d’une dimension spéciale de l’explication s’avère irrecevable, car elle admet à tort une conception statique, fixiste même, de la société, qui considère l’immuabilité comme l’état social normal de sociétés ordonnées et le changement comme ce qui les perturbe
[3].
La mondialisation étant une aventure urbaine de très longue durée, on mettra en relation cette évolution avec le discours courant sur la mondialisation, puis on s’interrogera sur l’apparente bizarrerie de la pensée consistant à présenter la mondialisation comme un phénomène propre à notre temps : donc, sur la prise de conscience de son existence.
Envisager la mondialisation dans la longue durée, c’est s’intéresser aux dynamiques de l’échange, en même temps que de la production dans la mesure où elle participe à celles-ci. L’effet le plus visible de ces dynamiques est l’apparition de villes dont l’existence est soutenue par la production et l’échange marchands. C’est l’évolution que connaissent les temps médiévaux, puis les temps industriels : elle transforme un monde rural en un ensemble de sociétés dont la ville est l’horizon. En 1500, l’Europe latine compte 154 villes ayant au moins 10 000 habitants
[4]. Les trois quarts de ces villes sont nées au Moyen Âge. Elles tendent à exercer une influence sur une part sans cesse croissante des activités sociales, des populations, des espaces qu’elles occupent. Ainsi, la ville, qui est un lieu (celui dans lequel se concentrent les hommes en un espace restreint et plus ou moins délimité, distinct par là de la campagne), devient aussi un fait social qui tend à être partout. Si l’on tient absolument à assigner aux processus de la mondialisation un point de départ, on le trouvera aux 8
e-9
e siècles : la croissance du phénomène urbain manifeste alors un changement de nature de la ville en Europe.
La ville est une forme de l’interdépendance entre les hommes dont l’apparition a été rendue possible par la diffusion de l’agriculture sédentaire. Depuis Fustel de Coulanges
[5], divers auteurs ont souligné que les premières villes, jusqu’à celles de l’Antiquité, ont été des villes du pouvoir. L’existence d’un pouvoir organisé sur une base territoriale permet le rassemblement des surplus de production qui autorisent la subsistance des villes. Celles-ci, lieux du déroulement de rites et de liturgies, tirent leur existence de l’exercice d’une domination symbolique et matérielle dont elles sont le siège. Elles sont avant tout, au plan que nous appelons économique, des lieux de consommation ; la production des biens et le commerce libre y jouent un rôle secondaire. On peut admettre que la ville romaine du 3
e siècle est une ville du pouvoir. Centre politique et administratif, elle tire ses moyens d’existence d’un impôt direct d’État assis sur les biens fonciers, pesant, avant tout, sur l’agriculture et finançant un appareil militaire qui absorbe les trois quarts des dépenses de l’État. Son poids économique se mesure à son importance comme lieu de résidence des propriétaires terriens. Le cas de Rome illustre ce fonctionnement. La population de cette ville parasitaire reçoit des distributions gratuites de blé ou de pain, provenant non pas des échanges entre la ville et son arrière-pays, mais de l’expédition, organisée par l’État, de grains provenant de régions lointaines, soumises à diverses formes de tributs (Sicile, Afrique du Nord, Égypte). Entre le 3
e et le 5
e siècle, selon les régions qui avaient appartenu à l’Empire, l’impôt foncier cesse d’être perçu. À Rome, les effectifs de la population s’effondrent et, dans l’Europe anciennement romaine en général, le rapport entretenu par les villes avec leur arrière-pays devient profondément différent. L’existence des villes, en effet, n’est plus soutenue par une coercition. Elle l’est par des échanges marchands libres, par la résidence en ville des propriétaires terriens qui continuent à y demeurer, par un consensus, enfin, sur la nécessité de la ville. La ville romaine existe parce que l’État romain l’impose ; la ville médiévale existe sans que rien ne l’impose.
L’essor urbain, qui se manifeste à partir des 8
e-9
e siècles, se produit dans ce cadre. Directement lié à l’essor de l’économie rurale et donc aux initiatives paysannes, il procède de la combinaison d’une expansion démographique lente, mais continue, avec l’essor agraire et avec le développement d’une production artisanale et d’échanges marchands qui répondent, avant tout, aux besoins des campagnes et se déploient à des échelles progressivement de plus en plus grandes. Dès les 9
e-10
e siècles, la variété de l’Europe urbaine est considérable. À côté des cités d’origine romaine (dont la permanence s’explique avant tout par leur rôle de chef-lieu de diocèse et de lieu de résidence de l’évêque), d’autres villes s’affirment. Elles apparaissent avant tout comme des marchés locaux, régionaux, interrégionaux voire internationaux avec les ports de la mer du Nord et de la mer Baltique que relie le commerce frison, et des villes côtières d’Italie (comme Venise) qui entretiennent des relations permanentes avec le Proche-Orient grec et musulman et avec l’Afrique du Nord. L’étroitesse des liens entretenus par ces villes avec leur arrière-pays est frappante : un soubassement local et agraire rend compte de leur développement. La croissance urbaine se poursuivant, elle modifie les équilibres existants, parfois très profondément : ainsi, dans le pays de St Omer, la proportion de population urbaine passe de 6 % vers 900 à 60 % vers 1300. Vers le 12
e siècle, un peu avant ou un peu après selon les lieux, elle amène l’apparition de problèmes aujourd’hui bien connus du développement urbain, avec le déploiement de zones urbaines polycentriques, s’étendant sur plusieurs districts administratifs (et dépourvues en tant que telles, de ce fait, de représentation politique), l’intervention d’autorités essayant de planifier l’expansion urbaine, la prolifération de l’habitat précaire, les difficultés d’ordre écologique
[6] (liées en particulier à la nécessité d’un approvisionnement en eau) par exemple dans une ville comme Calais, où la population triple à chaque génération entre 1165 et 1198. Vers le 12
e siècle encore, un peu avant ou un peu après selon les lieux, alors même que les villes nouvelles continuent à se multiplier et toutes les villes à se développer, une intensification de la croissance qui est à la fois cause de l’essor urbain et conséquence de celui-ci (et que manifeste, dans les campagnes, l’influence croissante des initiatives urbaines et du capital citadin) commence à révéler que les impulsions à la croissance ne viennent plus seulement des campagnes, mais aussi des villes. L’urbanisation de l’Europe latine dépasse alors un seuil qui, considéré
a posteriori, apparaît comme celui de l’irréversibilité. Alors même qu’après le 13
e siècle on ne fonde plus guère de villes nouvelles jusqu’aux temps industriels, que la population de l’Europe, après avoir fortement décru au 14
e siècle, retrouve son effectif d’avant les crises au 16
e siècle seulement, l’urbanisation, en tant que fait social, continue.
Relevons quelques caractéristiques majeures de cette urbanisation. Elle est fondée sur la production artisanale d’objets manufacturés pour le marché, sur la mobilité des hommes, sur l’échange et sur des réseaux marchands ignorant les frontières politiques. Elle est marquée par le fait que la proportion de la population citadine qui vit de la production de biens manufacturés et de l’échange marchand est nettement supérieure à celle qu’on rencontre dans les villages et les bourgs et d’autant plus importante que la ville est grande (notons, par exemple, qu’au 14
e siècle, à Provins, où l’on produit pour un marché local, plus de 50 % des actifs travaillent dans le textile et à Gand, où l’on produit essentiellement pour l’exportation, plus de 60 % des actifs travaillent dans le textile). Spontanée pour l’essentiel, née d’une évolution qui fait de la ville une réponse à un besoin, massive dans ses résultats, elle fait de la civilisation européenne une civilisation urbaine. Elle s’affirme dans une interpénétration constante du monde urbain et du monde rural ; celle-ci est manifestée notamment par le fait que les villes médiévales sont des villes d’immigrés (20 à 60 % de leurs habitants sont d’origine extérieure à la ville), issus le plus souvent, quand ils sont sans qualification particulière, des campagnes proches
[7], et par le fait que « le système économique et social intègre […] complètement la ville et la campagne
[8] ». On le souligne généralement pour les sociétés industrielles contemporaines, mais c’est une caractéristique des sociétés européennes dans la longue durée et non une nouveauté. Sa diffusion croissante rend parfois fort difficile de distinguer citadins et ruraux sur le critère de la résidence.
Cette civilisation urbaine n’est pas modifiée par l’expansion européenne dans le continent américain, ni par les progrès au 19
e siècle de ce qu’on appelle le libre-échange. Elle l’est par l’ensemble des changements regroupés sous l’appellation de révolution industrielle, en particulier parce qu’ils modifient le type de relations entretenues par villes et campagnes. Celles-ci, aux temps industriels, en deux ou trois siècles, ont profondément changé. Dès le 17
e siècle, de très grandes villes apparaissent. Leur population dépasse 500 000 habitants (Paris, Londres). Encore exceptionnelles en ce temps, elles se multiplient aux siècles suivants, rassemblant une part croissante des populations urbaines. Dans ces villes, le lien des hommes avec la terre se détend : la part de l’immigration d’origine lointaine et même très lointaine augmente au point que, dans certains cas (on pense aux États-Unis et à des villes comme Chicago, ou à l’Australie et à une ville comme Melbourne), la ville crée son arrière-pays autant qu’elle s’en nourrit. Voilà pourquoi, depuis longtemps, des historiens considérables – Jacques Le Goff, notamment
[9] – admettent que le Moyen Âge a pris fin avec le développement de la révolution industrielle.
â—‹ Continuité et « globalblabla »
La vision la plus courante de la mondialisation ne prend pas en compte l’évolution qu’on a sommairement tracée.
On considère généralement que la mondialisation procède de la libéralisation des échanges et de l’émergence de marchés mondiaux. On voit le début de la libéralisation des échanges dans le rejet progressif par un nombre croissant d’États, à partir du 18e siècle, du mercantilisme et du protectionnisme. Petit à petit, les entraves aux échanges s’amenuisent (avec l’acceptation du principe de non-discrimination et l’abaissement des tarifs douaniers, déterminés par des traités internationaux). L’évolution n’a pas été linéaire et c’est surtout depuis la seconde moitié du 20e siècle qu’elle a pris toute son ampleur. Elle se traduit par un accroissement régulier des échanges internationaux et par la mise en place de régimes juridiques qui manifestent l’acceptation, par les États, d’une limitation de leur capacité à intervenir dans la vie économique et à entraver le déplacement des individus. Par ailleurs, depuis les années 1980, des moyens techniques nouveaux permettent d’effectuer plus rapidement les opérations commerciales et financières internationales. Finalement, il apparaît qu’existe, de plus en plus, une économie mondiale (globale, en anglais), dans laquelle chacun peut traiter avec le monde entier 24 heures sur 24. On tire généralement de cette vision de l’évolution des conséquences qui paraissent évidentes. On souligne alors que la mondialisation menace les États ; qu’elle ruine la stabilité acquise par des communautés car elle introduit des changements majeurs ; qu’elle est, en fait, le changement et par là remet en cause des identités collectives construites sur la base de cadres de référence désormais inadaptés ; qu’elle s’accélère, du fait en particulier du développement des technologies de l’information, cette accélération constituant – selon, par exemple, l’encyclopédie Hachette – une « mutation économique sans précédent ». Pour un spécialiste des sciences sociales, cette perception des choses semble justiciable de deux types d’observations, de fait d’abord, de principe ensuite.
Il existe, en réalité, des marchés mondiaux depuis le 10e siècle. S’ils n’existaient pas, on ne comprendrait pas comment on peut, vers 900, acheter à Francfort-sur-le-Main des épices venus de l’Inde, ni pourquoi, au début du 15e siècle, la République de Venise, qui ne possède pas de mines d’or, frappe tous les ans dans ses ateliers monétaires 1 200 000 ducats d’or représentant 4 tonnes d’or fin. Il existe depuis le 13e siècle au plus tard un droit international privé, commercial et maritime en particulier, reconnu et appliqué par les juridictions des différents États. La libéralisation des échanges à partir du 18e siècle est un retour à une situation antérieure ; elle n’est pas la condition, mais la conséquence de l’essor des échanges ; elle procède à la fois de cet essor (qui s’est poursuivi en dépit de toutes les limitations que des pouvoirs politiques ont prétendu imposer) et d’une prise de conscience de leur utilité. L’évolution, certes, n’a pas été linéaire, mais au total ce sont surtout les guerres qui l’ont entravée et cela n’a rien d’une nouveauté. Quant aux évolutions du rôle des villes dans la production d’objets manufacturés, elles attirent l’attention aujourd’hui, car le rapport entre ville et industrie change, mais elles ne sont pas sans précédent : d’une façon ou d’une autre, depuis les 8e-9e siècles, mais d’une façon toujours changeante, les villes restent des lieux de production privilégiés.
Les moyens techniques qui facilitent échanges et communications sont le domaine d’apparition de nouveautés qui frappent les esprits. Cependant, le fait que le rôle de l’innovation technique et de sa diffusion est essentiel dans les processus de la mondialisation n’est pas nouveau. On aurait tort de sous-estimer, par exemple, l’importance à cet égard de la diffusion du fer à cheval, attesté depuis le 9e siècle, très répandu dès le 11e siècle, du joug qui permet l’attelage de bêtes de front et non plus seulement en file, du collier d’attelage à partir du 9e siècle qui, étant un collier d’épaule et non plus de gorge permet d’utiliser le cheval comme animal de trait.
Le fait que les communautés humaines produisent un discours relatif à leur identité collective, que cette identité, qui est une construction, évolue, que cette évolution puisse être perçue comme un mal, ce n’est pas nouveau non plus. La construction d’un passé historique
[10] est une dimension de toute entreprise d’élaboration de représentations des groupes et de ce qui les fonde, une mémoire collective en particulier qui, étant fonction des nécessités de l’action dans le présent, est une construction, reposant nécessairement sur des choix, souvent partisans, sur la censure, sur l’invention. Aucun spécialiste des sciences sociales ne prendra ce discours pour argent comptant ; il est un objet d’étude. Ainsi, à Venise, on invente un passé imaginaire, qui occulte le fait que Venise est au Moyen Âge une ville nouvelle ; on efface, aussi, celui qui contredit la logique de la démonstration
[11]. En Allemagne, les chroniques de ville, écrites en prose, généralement en allemand et non en latin, se multiplient à la fin du Moyen Âge. Ces œuvres « jouent un rôle décisif dans la formation d’une conscience civique et d’une mémoire collective
[12] » à une époque où la montée en puissance des pouvoirs territoriaux, princiers et royaux, menace les pouvoirs urbains. Les collectivités admettent des cadres de référence, présentés comme évidents, dont la genèse, souvent récente, est occultée du discours qu’elles produisent. Prenons-en des exemples intéressant notre époque. L’idée de nation est récente (elle a deux siècles) et le mot « nationalisme » apparaît dans le
Dictionnaire de l’Académie française en 1812 seulement. La mondialisation ne remet pas en cause l’existence des communautés politiques mais une conception de l’État qui n’est pas vieille de plus d’un siècle et n’est pas la seule conception possible de celui-ci
[13]. Les traditions paysannes de l’Europe occidentale existent, certes, comme on l’aurait dit au 14
e siècle, « depuis si long temps qu’il n’estoit mémoire du contraire » mais pour autant remontent généralement au début du 19
e siècle, au plus tôt. L’équilibre écologique des campagnes européennes est le résultat, non des processus naturels, mais de quinze siècles de défrichements acharnés, de fondation de villages, de mise en culture et d’introduction d’espèces animales et végétales nouvelles (par exemple : l’artichaut, l’épinard, l’aubergine, la pêche, l’abricot, la tomate, la pomme de terre, le maïs…) qui ont irrémédiablement anéanti les équilibres précédents.
Quant aux observations de principe, on relèvera que c’est l’existence de figures particulières des rapports entre les hommes qui intéresse, aujourd’hui, les spécialistes des sciences sociales ; les relations interpersonnelles constituent leur objet d’étude
[14]. S’interroger sur elles, c’est attacher de l’importance à la rencontre entre des hommes, créateurs de la réalité sociale qu’ils partagent. C’est envisager les faits sociaux comme des constructions qui prennent forme dans des rapports et par des échanges interindividuels, concrets et quotidiens, en fonction du sens que les individus donnent aux situations, telles qu’ils les vivent et les ressentent dans la relation aux autres. C’est considérer les faits sociaux non comme des choses, mais comme des situations, qu’on ne peut comprendre sans s’interroger sur la façon dont les acteurs les définissent
[15]. C’est donc choisir d’être attentif à la complexité de toute vie sociale et de toute société et admettre qu’une tentative d’explication de cette complexité est, nécessairement, partielle et provisoire. Cette perspective invite à s’interroger sur la nature même d’un discours ayant pour objet la mondialisation.
La prise de conscience du phénomène, en effet, ne s’accompagne pas de la clarification de sa perception. Le terme mondialisation, qui est en français une traduction de l’anglais globalization (global signifie mondial) est employé dans le débat public (en France, depuis le début des années 1990) pour désigner la dimension mondiale prise par les phénomènes économiques, devenue particulièrement manifeste depuis la disparition de l’ancienne Union Soviétique. Il possède une charge émotive forte. On l’utilise pour nourrir des prises de position ou des actions tendant à la défense ou à la modification de l’ordre de choses existant ou de son évolution. Le flou de sa définition dans le langage courant permet de regrouper sous le vocable de mondialisation divers phénomènes économiques (et en particulier financiers), mais aussi sociaux, politiques, culturels, perçus comme des maux. C’est donc un ensemble de processus très hétérogènes que désigne le terme. Son usage paraît souvent répondre au souhait de concilier ce qui apparaît nouveau avec des cadres d’interprétation connus : bien souvent, la mondialisation n’est pas nommée pour qu’on puisse la comprendre, mais pour l’apprivoiser ou pour envisager de la combattre. On s’aperçoit, si l’on distingue le phénomène et ses effets, que ce sont surtout les seconds qui attirent l’attention et suscitent des réactions. Le discours qui les exprime passe, sans cesse, du raisonnement sur des processus regroupés par commodité sous un unique vocable, à l’invention d’un personnage imaginaire. Cet espèce d’être, appelé mondialisation, a des aventures dont on développe le récit ; il est né, ce qui incite à chercher, dans sa naissance, une séparation nette d’avec ce qui le précède ; il côtoie d’autres personnages qu’on fait entrer en scène à un moment ou à un autre (des gentils et des méchants : l’État, le mouvement social, le marché, etc.). Or seuls existent, dans le présent, et ont existé, dans le passé, des hommes, leurs actes, leurs relations, leurs croyances et leur vision du monde. La dénommée mondialisation est un être de discours.
Pour l’homme d’étude, c’est une représentation qui constitue un outil de compréhension. Utilisé ainsi, cet outil intellectuel met en évidence le fait que la mondialisation est le produit, dans une très longue durée, de l’évolution des sociétés qui y participent.
â—‹ Mondialisation et nouveauté
Cependant, à partir du moment où la mondialisation est l’objet d’une prise de conscience et de débats, où elle est le mot à la mode, le buzzword, elle devient aussi une de ces représentations que les hommes se font de leur société, des phénomènes qui l’affectent, du monde dans lequel ils vivent – et donc, un objet d’études. C’est un objet récent, car la prise de conscience des phénomènes qu’on regroupe communément sous ce terme de mondialisation l’est elle aussi. Sans doute y a-t-il là, dans la très longue histoire de la mondialisation, l’un des phénomènes les plus neufs, en lui-même et par ses conséquences. Il est, évidemment, impossible d’en explorer ici les dimensions. Cependant, si le phénomène est neuf, ses origines sont lointaines. On évoquera, sommairement, deux aspects de sa genèse : la prise de conscience de l’urbanisation du monde et de ce qui l’accompagne ; la prise de conscience de la diversité des cultures.
C’est depuis le 12
e siècle que le spectacle de l’urbanisation du monde commence à devenir manifeste et suscite une attention croissante. L’essor massif des villes frappe alors les contemporains. Ils mettent en valeur la nouveauté d’un phénomène qu’ils considèrent, à juste titre, comme sans précédent – et en lequel beaucoup voient un mal. « C’est Caïn, qui, le premier, construisit une ville », rappelle en 1128 Rupert de Deutz (1075-1129), qui contemple avec dégoût le bourg marchand entourant le monastère dont il est l’abbé. « Ils surpassent en richesse et en puissance les autres villes du monde », écrit en 1154 Otton de Freising (1114-1158) des villes d’Italie, notant qu’« ils y sont aidés […] par leur activité » – l’élaboration de produits manufacturés et le négoce – et qu’« ils ne jugent pas indigne d’eux de laisser des jeunes gens de basse condition, voire des artisans exerçant de méprisables métiers mécaniques, ceindre le baudrier de chevalier et accéder aux plus hautes fonctions »
[16]. La réflexion sur les villes est restée, depuis, l’une des préoccupations des hommes d’étude. Avec l’urbanisation croissante du monde, qui caractérise les deux derniers siècles de son histoire et qui voit s’accomplir le passage de la ville médiévale à la ville contemporaine
[17], elle est devenue l’une de leurs préoccupations majeures, donnant naissance à de nouvelles branches du savoir : aux États-Unis, à la fin du 19
e siècle, naît un nouveau type de discours sur la ville, qui manifeste la conscience de l’irréversibilité d’une urbanisation croissante et la volonté d’observer, de décrire, de comprendre
[18]. Ainsi sont nées la sociologie et l’anthropologie urbaines au début du 20
e siècle
[19]. La question de ce qui fait l’urbain est au cœur de leur définition, depuis les travaux de Louis Wirth, qui essayait de cerner une sociabilité spécifique à la ville et d’envisager « le phénomène urbain comme mode de vie
[20] », jusqu’aux réflexions les plus contemporaines, attentives par exemple au phénomène de la « métropolisation
[21] », caractérisé par l’accroissement du poids des plus grandes villes dans la répartition des fonctions urbaines, ainsi que par la concentration croissante de la population dans des aires métropolitaines.
L’interrogation sur la ville s’est accompagnée, logiquement, d’une réflexion sur l’échange marchand. Les deux sont liées, naissent chez des penseurs citadins et trouvent leurs points d’applications concrets dans les activités des citadins. Thomas d’Aquin, par exemple, au 13
e siècle, intègre la ville dans ses préoccupations, se soucie des problèmes relatifs à la production des biens et à l’échange, développe une réflexion sur la nature sociale de l’homme qui met en valeur sa pleine réalisation en ville. Il note que la diversité des besoins de l’homme est telle que seule la ville offre les activités diverses qui les satisfont ; que le langage humain permet de se mettre en rapport avec d’autres hommes pour parler de ce qui construira une vie commune, qui trouve en ville son expression
[22]. La réflexion sur l’échange a débouché, au terme d’une longue évolution, sur la conviction qu’il n’est pas seulement un moyen de se procurer, ou de perdre, des richesses, mais une richesse en lui-même.
Et l’échange se comprenant par la recherche de la satisfaction de besoins et d’intérêts, la réflexion sur les villes et sur l’échange s’est accompagnée, aussi, comme l’a mis en lumière Albert Hirschman
[23], d’une évolution du sens de la notion d’intérêt. Le terme, à la fin du Moyen Âge, est employé comme un euphémisme ; il permet de désigner par un autre mot que celui d’usure le fait de percevoir, en remboursement d’un prêt, plus que la somme prêtée. La perception d’un supplément sur la somme prêtée relève à la fois de l’attention à soi-même et d’un calcul rationnel. Quand la recherche de l’intérêt en vient à désigner un certain type de conduite individuelle, l’emploi du mot intérêt permet d’éviter de parler – comme Rupert de Deutz l’aurait certainement fait – de cupidité, d’avarice, d’âpreté au gain. On en vient, aux 17
e et 18
e siècles, à opposer les passions et les intérêts. Au bout du compte, quand se précise, au 18
e siècle, une conception de l’ordre politique dans une société mue par l’intérêt, on considère que la poursuite de l’intérêt privé sert indirectement l’intérêt public.
Sans doute peut-on admettre – même si la place manque ici pour étayer solidement le raisonnement – que la prise de conscience de l’urbanisation du monde, de l’importance de l’échange, le préjugé favorable dont jouissent l’action intéressée et la libre entrée en rapport des hommes les uns avec les autres (comme l’écrivait Benjamin Constant, « l’art des gouvernements qui oppriment les citoyens, c’est de les tenir éloignés les uns des autres »), favorisent la prise de conscience de cette interconnexion transnationale et de plus en plus globale des sociétés et des individus sous l’effet des dynamiques du marché, à laquelle les processus de la mondialisation sont couramment identifiés.
Cette interconnexion s’accompagne d’une perception croissante de la diversité des cultures et d’interrogations sur le double mouvement d’uniformisation et de diversification qui les affecte
[24]. Elle est exprimée, en particulier, par la crainte de leur homogénéisation, perçue comme un mal ; par le sentiment, dont le discours contemporain est porteur, d’une unité essentielle de l’humanité et du monde ; enfin par l’identification, erronée mais courante, évoquée ci-dessus, de ce qui est local avec la stabilité et de ce qui est global avec le changement. Cette perception de la diversité culturelle est sans doute, du fait des moyens techniques de communication actuels et parce qu’ils sont, à peu de choses près, à la disposition de tous, plus répandue que jadis
[25]. Cependant, l’évolution technique la rend possible parce qu’elle a été précédée d’une transformation des façons de penser.
L’étude de l’évolution du sens du mot culture permet d’en apercevoir les grandes étapes car elle révèle l’apparition progressive du concept de culture tel qu’il est admis aujourd’hui
[26]. En moyen français, le terme culture signifie le culte religieux ; un mot très voisin, couture, désigne un champ labouré et ensemencé ; les verbes culturer et couturer désignent l’action de cultiver la terre. Par analogie, à partir du 17
e siècle, on l’emploie dans des expressions comme la culture des lettres, la culture des sciences. Au 18
e siècle, des écrivains commencent à l’utiliser pour désigner aussi, par analogie encore, la formation de l’esprit et le terme en vient à désigner le progrès intellectuel d’une personne ou le travail nécessaire à ce progrès. C’est alors que le mot est traduit en allemand où, par analogie toujours, il prend un sens plus étendu, collectif : il désigne le progrès intellectuel et social de l’homme en général, des collectivités humaines, de l’humanité. Cet élargissement de la signification du mot culture est à mettre en relation avec l’influence croissante des penseurs des Lumières (
Aufklärung) : le mot en vient à désigner le patrimoine universel de connaissances et de valeurs qui s’est formé au long de l’histoire de l’humanité. Ceux qui l’utilisent sont des historiens qui produisent des études d’histoire universelle. Ils emploient le terme
Cultur pour décrire une évolution vers le progrès. À la même époque se répand l’usage du mot civilisation ; on l’utilise pour souligner la différence existant entre des sociétés complexes et évoluées, et celles dont on considère qu’elles ne le sont pas. Par civilisation, on fait référence au développement des formes de la courtoisie, au contrôle des passions et de la violence, dus au développement de la culture, lui-même vu comme résultat d’un mouvement collectif qui permet à l’humanité de sortir d’un état primitif. Il y a donc un lien étroit entre les mots culture et civilisation. De la France, le mot civilisation passe vite à l’anglais et à l’allemand. Dans ces deux langues, le sens donné aux deux mots en fait presque des synonymes. Finalement, le mot culture passe de l’allemand à l’anglais. L’emprunt est fait par les anthropologues, en particulier Edward B. Tylor (1832-1917) dans son livre
Primitive Culture (1871). Pour Tylor, « la culture ou la civilisation, entendue dans son sens ethnographique étendu, est cet ensemble complexe qui comprend les connaissances, les croyances, l’art, le droit, la morale, les coutumes, et toutes les autres aptitudes et habitudes qu’acquiert l’homme en tant que membre d’une société ». Cette définition est une description ; elle se rapporte à des faits observables et qu’il s’agit d’observer, sans faire intervenir aucune vision téléologique du cours des choses
[27]. La définition de la culture proposée par Tylor a été admise par les anthropologues ; elle est au point de départ de l’anthropologie culturelle, qui se définit comme la science de la culture. Au point d’arrivée de l’évolution, la culture est, dans le principe, conçue comme lieu de la diversité. Le
Dictionnaire de l’Académie française, dans son édition actuelle, en porte témoignage par la définition qu’il donne de la culture : « Sur le plan social culture désigne aujourd’hui l’ensemble des aspects intellectuels, moraux, matériels, des systèmes de valeurs, des styles de vie qui caractérisent une civilisation. »
Cette conception de la culture en fait un patrimoine commun constitué au long d’une histoire. La vision d’une histoire de l’humanité comme progrès continu, qui apparaît au 18
e siècle, permet la prise de conscience du caractère relatif en tant qu’il est historique – au sens de contingent – des diverses cultures. Dès lors, les penseurs des Lumières prennent en compte la diversité de ce que l’on appelle alors les mœurs ; on peut en voir un témoignage dans la diffusion d’une mode littéraire fondée sur la comparaison des coutumes des Européens et d’autres civilisations (Montesquieu, 1721,
les Lettres persanes ; Jonathan Swift, 1726,
Les voyages de Gulliver). Cette prise de conscience d’une certaine relativité des cultures est un moment clé pour la naissance des sciences sociales ; on peut relever, en particulier, que modifiant le rapport à l’histoire elle amène, à la longue, une évolution de la conception même de celle-ci
[28].
Elle permet, aussi, la prise de conscience du fait que chaque culture a sa cohérence et, dans le cadre de cette cohérence, une pertinence. Voilà pourquoi on peut penser que la perception plus répandue de la diversité culturelle n’est pas due seulement à la rapidité toujours croissante des transports et des communications.
La perspective qu’on a développée invite à distinguer nouveauté absolue et nouveauté relative. La première est celle qui n’a pas de précédent. On peut énumérer, à ce titre : les processus de la mondialisation, tels qu’ils se forment à partir des 8e-9e siècles ; la prodigieuse aventure urbaine qui les accompagne et fait de la civilisation européenne une civilisation urbaine ; le caractère inédit et profondément original du type d’urbanisation qui caractérise le développement européen depuis les 8e-9e siècles ; le développement de l’industrialisation dans le monde depuis la fin du 18e siècle ; le fait qu’avec l’industrialisation du monde, la mondialisation, quoique restant une aventure urbaine, est de moins en moins une aventure européenne ; le changement de dimension de l’aventure urbaine avec l’apparition et le développement continu de villes d’une taille inimaginable avant l’industrialisation ; la prise de conscience de l’existence des processus de la mondialisation et de leurs effets. La plupart de ces nouveautés sont, comme le Pont Neuf à Paris, fort anciennes. Dans une certaine mesure, leur prise de conscience, elle, ne l’est pas. La compréhension du monde qu’elle autorise est bien réelle. Cependant, elle gagnerait à prendre en considération non seulement le passé proche, mais aussi le passé lointain : c’est sur lui qu’on a voulu attirer l’attention.
â–¡
[1]
Thierry Dutour,
La ville médiévale. Origines et triomphe de l’Europe urbaine, Paris, Éditions Odile Jacob, 2003.
[2]
Janet L. Abu-Lughod, « Going beyond global babble »,
in Anthony King dir.,
Culture, Globalization and the World-System, Londres, Macmillan, 1991.
[3]
Thierry Dutour,
La ville médiévale. Origines et triomphe…, op. cit.
[4]
Wim Blockmans, « Voracious states and obstructing cities. An aspect of state formation in preindustrial Europe »,
in Theory and society, t. 18, 1989, p. 733-755.
[5]
Numa-Denis Fustel de Coulanges,
La Cité antique, Paris, 1864.
[6]
Le développement de l’agglomération rémoise en fournit un exemple parlant pour le Moyen Âge, celui de Hô Chi Minh-Ville illustre au temps présent des processus comparables. Cf. Pierre Desportes,
Reims et les Rémois aux XIIIe et XIVe siècles, Paris, Picard, 1979 ; Michel Bassand, Thai Thi Ngoc Du, Joseph Taradellas, Antonio Cunha, Jean-Claude Bolay,
Métropolisation, crise écologique et développement durable. L’eau et l’habitat précaire à Hô Chi Minh-Ville, Vietnam, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2000.
[7]
Thierry Dutour,
La ville médiévale. Origines et triomphe…, op. cit. et, pour les temps postérieurs au 15
e siècle, Paola Corti,
Storia delle migrazioni internazionali, Rome-Bari, Editori Laterza, 2003.
[8]
Bernard Kayser,
La renaissance rurale. Sociologie des campagnes du monde occidental, Paris, 1990, citation p. 29.
[9]
Jacques Le Goff,
La civilisation médiévale, Paris, Arthaud, 1964 et
Pour l’amour des villes. Entretiens avec Jean Lebrun, Paris, Textuel, 1997.
[10]
C’est-à-dire excédant la durée d’une existence individuelle et constitué d’un ensemble d’images du passé retenues comme des éléments significatifs d’une histoire.
[11]
Élisabeth Crouzet-Pavan,
La mort lente de Torcello. Histoire d’une cité disparue, Paris, Fayard, 1995.
[12]
Gérald Chaix, « Coellen eyn kroyn boven allen steden schoyn. L’historiographie colonaise à la fin du Moyen Âge »,
in M. Bourin (dir.),
Villes, bonnes villes, cités et capitales, Tours, Presses de l’Université de Tours, 1989, p. 315-322 ; Pierre Monnet,
Les Rohrbach de Francfort. Pouvoirs, affaires et parenté à l’aube de la Renaissance allemande, Genève, Droz, 1997.
[13]
Hugh Seton-Watson,
Nations and States. An Enquiry into the origins of Nations and the politics of Nationalism, Londres, Meuthen, 1977.
[14]
Thierry Dutour, « Perspectives d’analyse interactionnistes et histoire médiévale »,
in P. Laborier et D. Trom (dir.),
Historicités de l’action publique. Activités pratiques et histoire des dispositifs publics. Amiens, 5-6 octobre 2000, Paris, PUF, 2003, p. 485-514.
[15]
Thierry Dutour, « La réhabilitation de l’acteur social en histoire médiévale »,
in Genèses. Sciences sociales et histoire, 47, « L’individu social », p. 21-41.
[16]
Thierry Dutour,
La ville médiévale. Origines et triomphe…,
op. cit.
[17]
Bernardo Secchi,
Prima lezione di urbanistica, Bari, Laterza, 2000, en particulier chap. 4 et 5.
[18]
Stuart M. Blumin, « Explaining the New Metropolis : Perception, Depiction and Analysis in Mid-Nineteenth Century New-York City »,
Journal of Urban History, 11, 1984, p. 9-38.
[19]
Ulf Hannerz,
Exploring the City, Columbia University Press, 1980.
[20]
Louis Wirth, « Urbanism as a Way of Life »,
American Journal of Sociology, 1938.
[21]
Jean-Marc Fontan, Juan-Luis Klein et Diane-Gabrielle Tremblay (dir.),
Entre la métropolisation et le village global. Les scènes territoriales de la reconversion, Québec, Presses de l’Université du Québec, 1999 ; Cynthia Ghorra-Gobin,
Les États-Unis entre local et mondial, Paris, Presses de Sciences Po, 2000 ; Keith Ihlanfeldt, « The Importance of the Central City to the Regional and National Economy. A Review of the Arguments and Empirical Evidence »,
Cityscape, 1-2, juin 1995, p. 125-150 ; Claude Lacour et Sylvette Puissant (dir.),
La métropolisation. Croissance, diversité et fractures, Paris, Anthropos-Economica, 1999.
[22]
Joseph Comblin,
Théologie de la ville, Paris, Éditions Universitaires, 1968, p. 440-444.
[23]
Albert Hirschman,
Vers une économie politique élargie, Paris, Éditions de Minuit, 1986.
[24]
Daniel Mercure (dir.),
Une société-monde ? Les dynamiques sociales de la mondialisation, Québec, Presses de l’Université Laval – De Boeck Université, 2001.
[25]
Ulf Hannerz,
Transnational Connections. Culture, People, Places, London-New York, Routledge, 1996, en particulier les chapitres 2, 6, 9.
[26]
Alfred L. Kroeber et Clyde Kluckhohn,
Culture. A Critical Review of Concepts and Definitions, New York, Vintage Books, Random House, 1952.
[27]
Marett, R.R.,
Modern Sociologist – Tylor, New York, John Wiley and Sons Inc, 1936.
[28]
Agostino Giovagnoli,
Storia e globalizzazione, Rome-Bari, Laterza, 2003.
[*]
Historien de Dijon à la fin du Moyen Âge, poursuivant des recherches sur les noblesses citadines dans le royaume de France, Thierry Dutour
est maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne (Paris 4). Il vient de publier La ville médiévale. Origines et triomphe de l’Europe urbaine
(Odile Jacob, 2003).