Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629736
210 pages

p. 174 à 180
doi: en cours

Veille sur la revue
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Vingtième siècle signale

no 81 2004/1

 
Le courant revient
 
 
Le Bulletin d’histoire de l’électricité publié de 1997 à 2001 est mort, vive les Annales historiques de l’électricité ! Publiée par Victoires-Éditions avec le soutien de la Fondation EDF, la nouvelle revue est pleine d’allure et de promesses. La première livraison est centrée sur un sujet dont l’à propos ne peut guère être contesté : « Nationalisations et dénationalisations de l’électricité ». Le dossier, supervisé par Pierre Lanthier, Alain Beltran et Martin Chick, est construit en deux solides parties, « Avant et après la nationalisation », « De la nationalisation à la privatisation ? ». Une revue bibliographique suit, puis une rubrique « Patrimoine », présentant cette fois le Musée Electropolis de Mulhouse. Belle façon, pour Sophie Cœuré, de conclure la mission qui lui avait été confiée à la Fondation. Souhaitons que la revue maintienne avec succès les trois orientations que lui assigne, dans son avant-propos, François Caron : rendre compte de l’actualité de la recherche, d’un point de vue international, ouvrir de nouveaux chantiers, tant en histoire des sciences qu’en histoire des usages sociaux de l’électricité, cultiver résolument l’interdisciplinarité (Annales historiques de l’électricité, 1, juin 2003, « Nationalisations et dénationalisations de l’électricité », 207 p., 30 €, abonnement de deux numéros : 50 €, tél. : 01.53.45.91.76, vente@ victoires-editions. fr).
 
La passion d’Alphonse Dupront
 
 
Cette passion du maître ès histoire du sacré fut celle de l’Université, avec grand U et sans phrases inutiles. Alphonse Dupront, hissé de Montpellier à la Sorbonne, devint après la tourmente de mai 1968 le président fondateur de Paris 4 de 1970 à 1976 et le co-fondateur de l’Institut universitaire européen de Florence. L’Université, dans ses dimensions françaises et européennes, fit ainsi de lui un homme d’action et même, si l’on lit bien les six textes qui ouvrent le volume (notamment une étonnante conférence de 1972 au collège Saint-Joseph d’Épinal), un de ces « experts » dont on s’est longtemps passé : « Quelle puissance sociale, disait-il dès 1960 dans La Revue de l’enseignement supérieur, peut aujourd’hui plus sûrement qu’elle et peut-être plus efficacement rendre conscient ce qui doit l’être, éviter des ruptures, des partialités déséquilibrantes, sauver un monde d’hommes ? ». Un livre lui rend cet hommage, sans grande distance critique, mais utilement et, surtout, opportunément, au beau milieu de notre crise de l’éducation et de la transmission (Alphonse Dupront, La chaîne vive. L’Université, école d’humanité, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2003, 193 p., 23 €).
 
Histoire et littérature au 20e siècle
 
 
Diligenté par le Groupe de recherches historiques en histoire immédiate, préfacé par René Rémond, riche de trente-deux textes tous bien venus, le recueil d’hommages à Jean Rives, longtemps professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail, est mieux qu’un excellent exemple d’un genre bien délaissé. On n’y apprend strictement rien – pudeur ? clin d’œil ? - sur la vie et l’œuvre de l’heureux bénéficiaire, comme si le cercle des lecteurs potentiels ne devait pas dépasser Le Mirail. Mais de nombreux textes posent avec vigueur la vieille question méthodologique et même épistémologique du rapport entre création littéraire et écriture de l’histoire, entre ces éclairages croisés d’une même réalité mise en double intrigue. Démonstrations très convaincantes de cette illumination réciproque, ici, à propos, entre autres, de Yourcenar, Daeninckx, Chanson, Cassou, de Gaulle, Guillaumin, Orwell, Camus, Le Carré, le « polar » de 1900 ou les « hussards » de 1950 (Histoire et littérature au xx e siècle. Recueil d’études offert à Jean Rives, Toulouse, GRHI, 2003, 527 p., 30 €, http:// www. univ-tlse2. fr/ grhi).
 
Actualités américaines
 
 
La revue Critique se penche sur la littérature de fiction nord-américaine contemporaine, en choisissant des thèmes et des auteurs qui ne peuvent qu’être sensibles aux historiens. Son directeur, Philippe Roger, propose, après un alerte avant-propos dialogué, une lecture de Cosmopolis de Don DeLillo. Puis P. Lee Basoar met en relief, dans Mason & Dixon de Thomas Pynchon, « la mascarade des mots et de l’histoire ». On lira avec un égal intérêt les réflexions de François Cusset, à partir des propositions de Pierre Bourdieu dans Les règles de l’art, sur « Made in USA. La fabrique éditoriale », l’entretien avec Deborah Treisman, « fiction editor » du New Yorker, titré « Un ordre mondial qui est celui de la littérature », enfin l’article de Patrizia Lombardo sur Gangs of New York, « Sublime Scorsese. Le cinéma comme mémoire et imagination ». Signalons encore la note de Béatrice Pire sur les nouveaux romans familiaux, au moment où paraît, dans la Revue française d’études américaines, un dossier préparé par Éveline Thévenard et Élisabeth Boulot sur « La sphère familiale dans la culture politique américaine : controverses et contradictions » (Revue française d’études américaines, 97, septembre 2003, Belin, 127 p., 15,24 €). De son côté, Le mouvement social offre un dossier attendu sur « Droits et mouvements sociaux aux Etats-Unis », confié à Marianne Debouzy (Le mouvement social, avril-juin 2003, 203). À compléter par la lecture de l’article de James A. Hijiya sur le conservatisme aux États-Unis dans les années 1960, paru dans la livraison d’août du Journal of American Studies (vol. 37, 2, p. 201-227).
 
Le centenaire de Zola
 
 
Les Cahiers naturalistes proposent un bilan du centenaire de la mort d’Émile Zola, auquel ne manque pas le texte du discours prononcé par le président de la République, fraîchement réélu, le 6 octobre 2002 à Médan. Liste et brefs comptes rendus des colloques et autres manifestations zoliennes (il faut y rattacher la note d’Alexandrine Viboud sur « Zola et la BD pour adultes ») sont prolongés par trois dossiers littéraires, respectivement consacrés aux « dérives de la fiction », problème auquel les historiens ne peuvent qu’être sensibles, à Maupassant, enfin au naturalisme en Grèce et dans les Balkans (Les Cahiers naturalistes, 77, 2003, Paris, Société littéraire des Amis d’Émile Zola et éditions Grasset, 2003, 427 p., 24,50 €).
 
Des inédits de Jean Cocteau
 
 
La célébration de Cocteau ne pouvait pas ne pas favoriser l’exhumation d’une guirlande d’inédits, dessins ou textes retrouvés. Les Cahiers Jean Cocteau en regroupent quelques-uns, autour d’un thème central confié à Brigitte Borsaro, « Cocteau, le cirque et le music-hall », qui inclut le jazz, la chanson, bien sûr, et aussi la boxe. Cette petite collection de signes de complicité ou d’éloges adressés à des « vedettes » amies s’achève avec ce mot, qui se trouvait sur le bureau de Cocteau le jour de sa mort et devait figurer dans le programme du tour de chant de Johnny Halliday, avec un dessin de Bernard Buffet en couverture, en novembre 1963 : « Salut Johnny, coq d’une nouvelle journée » (Cahiers Jean Cocteau, nouvelle série, 2, Passage du Marais, 2003, 248 p., 20 €).
 
Un inédit de Marcel Mauss
 
 
Les Archives européennes de sociologie publient, de Marcel Mauss, un brouillon manuscrit de trente-deux pages, titré « La Politique », puis « Politique ». Ces pages, où se reflète « l’idée de la politique que cultive et prône Mauss, le scientifique, dans la dernière partie de sa vie intellectuelle », sont présentées par Christian Papilloud. Elles étaient le point de départ d’un ouvrage dont on ne peut que présumer l’importance, sur la relation du politique avec le problème de la nation tel que l’auteur l’envisageait alors. En dépit des difficultés de lecture, dues au nombre des mots ou membres de phrase illisibles dans le manuscrit, on prêtera attention aux derniers développements de ces brouillons, relatifs à « la science sociale et son corollaire, la science politique, ou plutôt l’art Politique », ainsi qu’à la « fondation du socialisme » et à la « position de la question sociale » (Archives européennes de sociologie, t. 44, 2003-1, p. 3-26).
 
Le « passé local » dans French Historical Studies
 
 
La revue des French Historical Studies a confié à Stéphane Gerson, « assistant professor » pour les études françaises à l’université de New York, un substantiel « review essay » qui fait utilement le point sur les apports de la décennie écoulée à l’historiographie des relations entre les formes et expressions de l’appartenance locale et la construction du patriotisme français (« Une France locale. The Local Past in Recent French Scholarship », French Historical Studies, vol. 26-3, Sum-mer 2003, p. 539-559). Au sommaire de la même livraison, Talbot C. Imlay, l’auteur de Facing the Second World War. Strategy, Politics and Economics in Britain and France, 1938-1940 (Oxford, 2003), réévalue, sous ces trois angles, la politique de Paul Reynaud face à la menace de l’Allemagne nazie (« Paul Reynaud and France’s Response to Nazi Germany, 1938-1940 », p. 497-538).
 
Archives et conscience historique
 
 
« Les archives ont-elles encore une conscience historique ? » Telle est la question inquiète que se sont posée douze chercheurs réunis non pour débattre, une fois encore, sur la question des rapports entre l’écriture de l’histoire et les archives, mais pour analyser ce que leur hôte, Bertrand Müller, considère comme « l’ébranlement d’une évidence : la relation étroite qui s’est établie à partir du 19e siècle entre l’histoire et l’archive, l’historien et l’archiviste ». De la table ronde tenue aux archives fédérales de Berne et au département d’histoire générale à l’université de Genève, la Revue suisse d’histoire publie aujourd’hui les principales contributions, signées de Gérald Arlettaz, Vincent Duclert, Frédéric Sardet, Thomas Maissen, Andreas Kellerhals-Maeder, Serge Wolikow (sur « L’histoire du temps présent et ses archives »), Florence Descamps (sur l’histoire orale), Herbert Obenaus, Marc Perrenoud (sur « les archives bancaires de la Suisse à l’époque du national-socialisme »), Thomas Lindenberger et Jakob Tanner (Revue suisse d’histoire, « Écriture de l’histoire et archives », vol. 53, 3, 2003, p. 263-355).
 
Allemands en liberté
 
 
Juif, ancien camarade de Kurt Eisner en 1918, le photographe munichois Josef Breitenbach n’avait aucune chance en 1933 : ce fut l’exil à Paris jusqu’en 1941, puis l’installation aux États-Unis. Au passage, appareil au poing, il a travaillé pour fixer sur la pellicule la mission que s’étaient assignée tant d’artistes orphelins de leur patrie : une autre Allemagne existe, et existera. Magnifique preuve, à travers déambulations parisiennes, sur les traces de celles de Walter Benjamin, scènes de théâtre, visites d’expositions, flâneries en librairies et, pour finir, film du trajet, banal mais haletant, entre Paris, Marseille et New York, vers la liberté. L’Office franco-allemand pour la jeunesse a bien joué son rôle, une fois de plus, en aidant à éditer ce superbe album. (Keich Holz et Wolfgang Shopf, Allemands en exil, Paris 1933-1941. Écrivains, hommes de théâtre, compositeurs, peintres photographiés par Josef Breitenbach, Paris, Éditions Autrement, 2003, 254 p., ill., 38 €).
 
Hommage à Freddy Raphaël
 
 
Les amis et collaborateurs de Freddy Raphaël ont réuni en un numéro spécial de la Revue des sciences sociales un hommage particulièrement riche à la diversité et à l’éclectisme de ce chercheur atypique, devenu finalement sociologue dans une Alsace qu’il avait dû quitter, enfant, pour cause de judaïsme, sous la persécution nazie. Des contributions évoquent la judéité et aussi l’antisémitisme, y compris à travers des réflexions sur la mémoire ou sur le travail de sociologue. Les frontières et le thème du passage sont au cœur de différents textes sur l’altérité, qu’elle soit culturelle, religieuse, linguistique, sociale. Enfin, le corps est pris comme objet frontière et lieu de contact en même temps pour réfléchir sur la souffrance, le deuil ou encore la maladie (Revue des sciences sociales, « Hommage à Freddy Raphaël », 31, 2003, 21,50 €).
 
La guerre en cartes
 
 
Les Éditions Autrement publient dans le cadre de leur collection d’atlas un ouvrage traduit de l’anglais et consacré à la cartographie des guerres et conflits dans le monde. L’approche thématique et géographique y sont mêlées. On y trouve autant les cartes classiques des conflits par continents que des cartes sur les enfants soldats, le terrorisme ou les opérations de maintien de la paix de l’ONU. Chaque carte est accompagnée d’un commentaire historique et de multiples tableaux statistiques et chronologiques, donnant ainsi une extrême densité à ce mince ouvrage (Dan Smith, Atlas des guerres et des conflits dans le monde. Peuples, puissances militaires, espoirs de paix, Paris, Autrement, 2003, 128 p., 26 €).
 
Paix impossible, guerre improbable
 
 
L’ouvrage publié par l’historien Stanislas Jeannesson et intitulé La guerre froide se fixe comme objectif de faire le point en une centaine de pages sur les derniers travaux consacrés à l’affrontement est-ouest. En réalité, l’auteur offre plutôt une synthèse classique et chronologique des relations internationales entre 1945 et 1991, passant sous silence les avancées récentes de l’historiographie. On peut ainsi regretter que les aspects culturels de l’affrontement est-ouest soient pratiquement oubliés, alors que de nombreux ouvrages novateurs paraissent actuellement sur ce thème aux États-Unis. Et que dire des pages consacrées à la stratégie du bloc soviétique ? Fondées sur une bibliographie vieillie, elles ignorent les recherches menées dans les archives de l’ancien empire soviétique et facilement accessibles, grâce aux initiatives d’institutions ou de chercheurs européens et américains, comme par exemple le Cold War International History Project (Woodrow Wilson Center, Washington DC) (Stanislas Jeannesson, La guerre froide, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2002, 122 p., prix non indiqué).
 
Guerre et communisme
 
 
Du communisme de guerre à la guerre froide, de la Finlande à la Chine, des paysans aux sportifs, de la formation des cadres à l’exaltation de la cité idéale, les contributions à l’histoire des cultures communistes au 20e siècle rassemblées par Jean Vigreux et Serge Wolikow, avec l’appui de leur UMR de l’université de Bourgogne, mettent en perspective un ensemble de questions touchant à la guerre et à la modernité. La variété des points de vue, des disciplines représentées, fait la richesse et l’utilité d’un volume dont les épreuves auraient pu être relues avec plus de soin. On déplore en effet qu’il faille atteindre la quatrième de couverture, et elle seule, pour voir orthographier correctement le nom de l’auteur d’une postface qui n’est pas le moindre attrait du livre : Maurice Agulhon (Jean Vigreux et Serge Wolikow (dir.), Cultures communistes au xx e siècle. Entre guerre et modernité, Paris, La Dispute, 2003, 317 p., 22 €).
 
L’affaire Rosenberg
 
 
L’ouvrage écrit par Florian Aftalion, professeur de finances à l’ESSEC, fait le point sur les derniers travaux concernant l’affaire Rosenberg. Utilisant les découvertes récentes faites dans les archives par des historiens russes et américains, l’auteur retrace le parcours de Julius et Ethel Rosenberg, dont la participation aux réseaux d’espionnage soviétiques est désormais établie. Émaillé d’erreurs factuelles (discours de Churchill sur le rideau de fer en 1947, mort de Jan Masaryk le 25 février 1948…), cet ouvrage s’attarde sur les aspects psychologiques et amoureux de l’affaire Rosenberg. Il est donc conseillé aux lecteurs intéressés par ce sujet de se reporter plutôt aux ouvrages, malheureusement non traduits en français, d’Harvey Klehr et John Earl Haynes : The American Communist Movement (New York, Twayne, 1992) et Venona. Decoding Soviet Espionage in America (New Haven, Yale University Press, 1999) (Florin Aftalion, La trahison des Rosenberg, Paris, Jean-Claude Lattès, 2003, 232 p., prix non indiqué).
 
Le grand échiquier
 
 
En 1991, l’URSS implosait, faisant apparaître sur la scène internationale quinze nouvelles républiques. L’ouvrage collectif intitulé Les États postsoviétiques, dirigé par le géographe Jean Radvanyi, dresse le bilan de ces douze années d’indépendance, offrant pour chacun des quinze pays un tableau clair et documenté de la transition postsoviétique. Chaque chapitre, illustré par des cartes et des tableaux statistiques, s’articule autour de quatre thèmes communs : la reconstruction de l’identité nationale, l’évolution du système politique, la transition économique et la politique étrangère. Cet ouvrage fort utile permet donc au non-spécialiste de mieux comprendre l’enjeu international que représentent depuis quelques années les anciennes républiques soviétiques, notamment pour les États-Unis (Jean Radvanyi (dir.), Les États postsoviétiques. Identités en construction, transformations politiques, trajectoires économiques, Paris, Armand Colin, 2003, 235 p., prix non indiqué).
 
Les revues d’histoire en République tchèque
 
 
Depuis la chute du rideau de fer, les historiens d’Europe centrale témoignent de leur dynamisme, notamment à travers la haute tenue de leurs revues. En République tchèque, l’Institut d’histoire de l’Académie des Sciences publie la revue Český časopis historický (Revue historique tchèque). Ce trimestriel, fondé en 1895, est dirigé par les historiens Jaroslav Pánek, spécialiste de l’histoire tchèque et centre-européenne des 16e et 17e siècles, et Jiří Pešek, spécialiste de l’histoire urbaine tchèque. Il rassemble des articles consacrés, toutes périodes confondues, à l’histoire tchèque et européenne et se caractérise par son ouverture sur l’historiographie française, notamment celle issue de l’école des Annales. L’Institut d’histoire contemporaine de l’Académie des sciences édite quant à lui le trimestriel Soubobé dĕjiny (Histoire contemporaine). Cet équivalent de notre revue Vingtième Siècle, dirigé par l’historien Oldřich Tůma, spécialiste de l’histoire de la Tchécoslovaquie communiste, est ouvert aux historiens tchèques et étrangers et effectue un travail novateur dans l’étude de la période du communisme, dans ses aspects intérieurs comme internationaux. La revue offre aussi l’avantage de publier des documents d’archives inédits, issus des fonds secrets des partis communistes du bloc soviétique.
 
Mémoire japonaise de la seconde guerre mondiale
 
 
Au sommaire du dernier numéro du Journal of Asian Studies, on relève un article de John Nelson sur les formes de commémoration des morts de soldats japonais durant la seconde guerre mondiale au « lieu saint » shinto de Yasukuni à Tokyo. On pouvait présumer que le poids de la défaite et de la capitulation sans condition, ainsi que de la condamnation internationale des actions militaires japonaises, des réparations que le pays a dû payer à plusieurs nations et, bien sûr, des destructions sans précédent que les bombes, « traditionnelles » puis atomiques, ont causées sur son territoire, s’y faisaient lourdement sentir. Mais de quelles façons ? Les réponses de John Nelson viennent à point apporter un terme de comparaison aux études occidentales sur les monuments aux morts et les fallen soldiers, où qu’elles se situent par rapport à celle de George Mosse (« Social Memory as Ritual Practice Commemorating Spirits of the Military Dead at Yasukuni Shinto Shrine », The Journal of Asian Studies, 62-2, may 2003, p. 443-467).
 
Archives d’Algérie
 
 
Sous forme d’un abécédaire richement illustré, le livre dirigé par Françoise Durand-Evrad et Lucienne Marcini, Archives d’Algérie, 1830-1960, permet de se familiariser avec les différentes archives sur l’Algérie conservées au Centre des archives d’Outre-mer d’Aix-en-Provence. L’Algérie française du 19e siècle est largement favorisée, les guerres mondiales et la guerre d’Algérie ayant droit à deux rubriques spécifiques et globales. Les documents vont cependant au-delà de la date finale choisie puisque des tracts de l’OAS sont utilisés. Sans fournir d’appareil critique (les documents sont référencés par leur cote et les rubriques de l’abécédaire sommairement – parfois trop – présentées), ce volume est autant une invitation au voyage dans l’Algérie coloniale qu’une incitation à découvrir son centre d’archives. Il est comme un écho poétique des richesses documentaires qu’il incite à aller voir de plus près (Françoise Durand-Evrad et Lucienne Marcini (dir.), Archives d’Algérie, 1830-1960, Paris, Hazan, 2003, 255 p., 48,95 €).
 
Le nationalisme algérien entre deux guerres
 
 
Rabah Aissaoui, « senior lecturer » à l’université de Wolverhampton, publie dans le dernier numéro de French History une analyse rapide du discours politique de l’Étoile nord-africaine et du Parti du peuple algérien, et examine les voies de consolidation de l’influence politique des immigrés nord-africains en France durant l’entre-deux-guerres (« “Nous voulons déchirer le baillon et briser nos chaînes” : Racism, Colonialism and Universalism in the Discourse of Algerian Nationalists in France between the Wars », French History, vol. 17-2, June 2003, p. 186-209). Auparavant, à partir du cas d’un appelé de 22 ans, Albert Aernoult, battu à mort par des officiers de son unité dans une prison militaire d’Algérie en juillet 1909, rendu public par un de ses camarades, Émile Rousset, Paul B. Miller étudie l’attitude de la gauche antimilitariste dans les années qui précèdent l’entrée en guerre de 1914 (« Down but not out. The antimilitarist left in the Aernoult-Rousset affair, 1909-1912 », p. 172-185).
 
Retour à Évian
 
 
La direction des Archives du ministère des Affaires étrangères vient de publier dans un même volume la plupart des documents diplomatiques français concernant les négociations d’Evian. Des procès-verbaux de discussions en constituent l’essentiel. Bien qu’ils aient été déjà publiés, il est fort utile de les trouver réunis en un même volume. Une chronologie fine permet, en outre, de situer précisément le contexte de chacun des documents tandis que l’index offre un outil appréciable de circulation dans le volume. Enfin, les responsables de cette publication ont eu l’heureuse idée de reproduire in extenso un fac-similé de la conclusion de ces négociations alors que les versions publiées jusqu’alors étaient incomplètes. Ce contact direct avec l’archive ajoute un plaisir certain à la lecture de l’ouvrage. Notons pour finir qu’une étude de Charles-Robert Ageron sur la coopération française avec l’Algérie jusqu’en avril 1969 vient compléter l’ensemble (Vers la paix en Algérie. Les négociations d’Evian dans les archives diplomatiques françaises (15 janvier 1961-29 juin 1962), Bruxelles, Bruylant, 2003, 528 p., prix non indiqué).
 
De Duchamp au design
 
 
Riche livraison des Cahiers du Musée national d’art moderne, où André Gervais édite avec soin trente-trois lettres et cartes de Marcel Duchamp à Robert Lebel, de 1955 à 1960, au sujet du livre de ce dernier, Sur Marcel Duchamp, paru en 1959 (p. 14-47). Spécialiste du fondateur de l’« anti-design », Joe Cesare Colombo, Alexandra Midal retrace les buts et les œuvres du créateur des « capsules d’habitation », qui, dix ans plus tard, entre 1969 et 1971, a cherché dans ce nouveau modèle d’habitat une issue aux bouleversements que traversaient, chacun de son côté, l’architecture et le design (« 1969, design année zéro », p. 86-111). Entre les deux, on ne négligera surtout pas l’étude par Marie-Hélène Joyeux du « photomontage politique à travers les couvertures de Vu (1928-1936) » (Cahiers du Musée national d’art moderne, été 2003, Centre Pompidou, p. 48-65, 21,50 €).
 
La richesse et la croissance
 
 
« Pourquoi la richesse ne s’est pas diffusée avec la croissance ? » À cette question qui a pour premier mérite sa netteté, Jérôme Bourdieu, Gilles Postel-Vinay et Akiko Suwa-Eisenmann proposent des éléments de réponse, dans le dernier numéro de la revue Histoire & mesure. Leur article étudie le niveau de richesse en France et sa distribution du début du 19e au milieu du 20e siècle, à partir de données issues de successions prélevées dans toute la France. Leur attention se concentre sur la distinction entre ceux qui décèdent avec un patrimoine et ceux qui ne laissent rien. Elle les conduit à cette constatation : sur l’ensemble de la période, environ 60 % des adultes font partie du premier groupe, mais cette proportion décline avec le temps – tendance qui, selon eux, ne peut s’expliquer seulement par un « effet de structures provoqué par l’urbanisation et l’industrialisation », en un temps où la progression de l’espérance de vie, la diffusion des systèmes de pensions et des assurances-vie ont profondément transformé les « modèles de cycles de vie ». On mesure à ce résumé l’importance de cette contribution à l’histoire économique et sociale de la France contemporaine (« Pourquoi la richesse ne s’est pas diffusée avec la croissance ? Le degré zéro de l’inégalité et son évolution en France, 1800-1940 », Histoire & mesure, 2003, vol. 18-1/2, p. 147-198).
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