2004
Vingtième siècle
Enjeux
Pour une autre histoire de l’État
Le secret, l’information politique et le renseignement
Sébastien Laurent
[**]
L’histoire en France ne s’est guère intéressée aux services de renseignement, ces structures informelles à leur origine mais qui accomplissent des missions d’intérêt étatique. Or, la modernité politique recèle deux évolutions majeures : l’apparition de la démocratie libérale et la croissance de l’appareil d’État. Cet article plaide pour une autre histoire de l’État fondée sur sa face cachée, les services de renseignement, qui accompagnent le phénomène global de croissance de l’appareil étatique. Récusant le faux argument de l’absence d’archives, encourageant à passer outre les nombreux préjugés entourant les services de renseignement militaires et policiers, cet article montre que le renseignement constitue un objet scientifique à part entière. Plaidoyer pour une approche renouvelée de l’État, cette étude est également une invitation à croiser l’histoire politique, l’histoire du droit et l’histoire sociale, approches trop souvent séparées qui empêchent de comprendre ce qu’est l’État en actes, dans ses pratiques. L’enjeu est loin d’être négligeable : c’est peut-être dans sa part d’ombre que la nature profonde de l’État à l’ère démocratique peut être appréhendée.
French historians have never shown much interest in Intelligence Services, structures that, although informal at the outset, accomplished missions of national importance. There are two major developments in political modernity : the emergence of liberal democracy and the growth of state apparatus. This article argues for another history of the state based on its hidden side, that of intelligence, that goes along with the global phenomenon of the growth of state structures. It rules out the false argument of the lack of archives and records and goes beyond the many prejudices surrounding military and police intelligence services, showing that intelligence is a scientific object in and of itself. A brief for a new approach of the state, this study is also an invitation to mix and match political history, history of law and social history as these approaches are too often separated which prevents understanding what the state is in its actions and practices. The stakes are big : it is perhaps in its concealed side that the deep nature of the state in the democratic era can be grasped.
Prenant acte du faible intérêt des historiens français pour les services de renseignement, Sébastien Laurent s’attache à démontrer que cette histoire est non seulement possible, en dépit du caractère secret de ses acteurs, mais encore nécessaire à qui veut approcher le fonctionnement de l’État moderne.
L’histoire
[*], en France, ne s’est guère intéressée aux services de renseignement policiers
[1] et militaires, ces structures informelles à leur origine mais qui ont accompli dès cette époque des missions d’intérêt étatique. L’étude des services de renseignement ne peut se faire hors de son contexte administratif et politique, et donc en négligeant l’État. Face à l’objet État, Jean Meyer prônait avec raison il y a vingt ans le retour à la « vertu d’étonnement
[2] ». Sa recommandation demeure d’actualité car, dans le cabinet de curiosités de l’historien, l’État est aujourd’hui aussi absent dans les travaux universitaires qu’en fait omniprésent dans la réalité historique. Le développement de l’histoire administrative depuis le milieu des années 1970
[3] a permis, grâce à de nombreux travaux essentiellement descriptifs, une meilleure appréhension de certaines administrations et de la psychologie de ses fonctionnaires. Mais le fonctionnement d’ensemble de la machinerie d’État, les relations entre administrations et ministères, entre ministères et cabinets ou encore l’analyse de la politisation demeurent
terra incognita.
La modernité politique recèle deux évolutions majeures au 19
e siècle : l’apparition de la démocratie libérale et la croissance de l’appareil d’État
[4]. En France, les monarchies censitaires ont créé une nouvelle forme de régime politique en favorisant le développement des libertés publiques et en instaurant le parlementarisme. Cette double évolution, politique et juridique, fut marquée dans le débat public à partir de 1830 par la critique de la politique secrète, du caché au profit du principe de publicité
[5]. Les débats sur le régime de la presse et sur la publicité de la délibération politique, mais aussi la décision de suppression du cabinet noir au sein de l’administration des postes, l’inscription du montant des « dépenses secrètes » dans un chapitre particulier du budget du royaume à partir de l’avènement de Louis-Philippe attestent de cet état d’esprit. On voit également se manifester à la même époque les premières critiques libérales d’une bureaucratie qui commence son inexorable expansion. En effet, dans le même temps se perfectionne un appareil d’État dont la caractéristique se traduit – dès la Monarchie de Juillet, comme l’a montré Pierre Rosanvallon – par une pesée plus forte de l’État sur la société. Ce fait historique majeur est facilité par la croissance en nombre des serviteurs de l’État, les fonctionnaires. La rencontre entre le libéralisme et la réalité étatique fut inattendue. La critique de l’État fut en effet faible et inefficace : comme l’a montré Lucien Jaume, la prégnance chez les publicistes français d’un « libéralisme d’esprit “étatiste”
[6] » n’a pu entraver la croissance de l’appareil d’État et son emprise sur le pays.
Les historiens de l’époque moderne eux-mêmes, dépassant la leçon tocquevilienne, ont mis en exergue la nouveauté du phénomène, l’apparition de l’administration contemporaine se traduisant par l’éclipse de la notion de « police » propre à l’Ancien Régime
[7]. La bureaucratie d’État née de la Révolution française se caractérise ainsi par la mise en place d’une « structure hiérarchisée et spécialisée, dont les membres agissent selon des règles formalisées »
[8]. La loi du 19 mai 1834 sur l’« état des officiers » qui constitue en fait le premier statut des fonctionnaires, le versement de pensions de retraites (par un régime unifié depuis la loi du 9 juin 1853), l’instauration des premiers concours de recrutement dans une partie de l’administration mais aussi l’apparition d’un droit administratif sont autant de mesures montrant que l’État et son service sont entrés dans une nouvelle période.
â—¦ La face cachée de l’État
Pour autant l’historien doit veiller à ne pas basculer dans une approche trop wébérienne
[9] : non seulement le concept d’État rationalisé n’est pas une réalité historique, mais surtout les progrès du libéralisme politique n’ont pas empêché la persistance d’une face cachée de l’État. Le « secret du roi » survécut à la disparition des souverains et des dynastes, devenant alors au 19
e siècle, à proprement parler, « secret d’État ». Les « services de renseignement », usuellement affublés de l’épithète « secrets », relèvent de cette face cachée, mais – et c’est l’un de ses paradoxes – d’un clandestin en partie légal, et même « organisé
[10] » comme on se propose de le montrer dans les pages qui suivent. Il n’est d’ailleurs pas improbable que telle une ombre portée, cette face cachée ait grandi à la mesure de l’expansion de l’État.
Pour qui veut comprendre la nature et l’activité des organes de renseignement au sein de l’État aux 19
e et 20
e siècles, il faut donc adopter deux démarches parallèles : saisir la structure et l’activité d’organismes discrets ou secrets – très souvent inconnus –, les situer au sein d’un appareil d’État mal connu et lui-même en pleine croissance, afin de prendre la mesure des influences réciproques. Dans cette perspective, on ne peut se limiter à une physiologie balzacienne de l’État relevant de l’histoire de l’administration mais il faut incorporer cette étape – nécessaire afin de cerner l’objet – dans une approche plus générale permettant de bâtir une histoire du renseignement au sein d’une histoire politique de l’État
[11]. Une telle vision du renseignement privilégie une certaine optique sur laquelle nous devons nous expliquer. Insérer cette étude dans le cadre d’une histoire de l’État permet de prendre en considération un fait majeur, le pouvoir d’État dont disposent les services de renseignement, source tout à la fois de l’étendue de leurs moyens, de leurs modes d’actions et de leur proximité avec les hautes autorités administratives et politiques. Le but de cet article est de proposer une esquisse méthodologique de ce point de vue et de formuler quelques hypothèses.
Objet historique protéiforme, le renseignement peut cependant être envisagé dans d’autres perspectives. Une vision différente de celle qui vient d’être évoquée peut privilégier le renseignement en soi, en le déclinant à deux niveaux, soit comme information, soit comme un élément du processus de décision. En effet, le renseignement, quelle que soit sa matière est un élément d’information théoriquement enrichi par la vérification et l’analyse. Aujourd’hui l’histoire des médias et de l’information
[12] repose essentiellement sur l’étude de l’information ouverte et ne s’intéresse pas à l’étude de l’information fermée, objet d’une partie du processus de renseignement et d’espionnage. En cela donc, le renseignement intéresse tout un pan de l’histoire de l’information et, là aussi, le chantier est totalement ouvert. Enfin, il est une troisième perspective que les spécialistes des relations internationales appellent l’étude du « processus de décision
[13] ». Dans un esprit analogue les spécialistes du renseignement s’intéressent à « l’exploitation du renseignement
[14] ». Il s’agit alors dans les deux cas d’analyser sa prise en compte (ou son absence, voire sa mauvaise ou partielle interprétation) dans la décision politique.
Trois approches existent donc pour faire l’histoire du renseignement : étatique, informationnelle ou décisionnelle. En France, les spécialistes des relations internationales penchent vers la dernière mais les travaux sont très rares, les études s’attachant souvent exclusivement au renseignement d’origine diplomatique. En revanche cette perspective décisionnelle du renseignement a concentré tous les efforts des historiens anglo-saxons
[15]. Il faut insister sur le fait que cette vision peut faire dériver l’historien vers une voie quasi-téléologique en posant plus ou moins implicitement la question de l’utilité ou du bilan. Elle incline ainsi à penser en termes de succès ou d’échec, ce qui néglige des pans entiers du passé, notamment pendant les périodes de paix. Or, pour le renseignement, fondamentalement, il n’y a ni paix, ni guerre, mais un état permanent de veille.
Paradoxalement, le secret laisse des traces
[16] et les archives des organes de renseignement dans la France contemporaine sont diverses et disséminées dans de nombreux services d’archives. Pour la période allant du Premier Empire au milieu du 20
e siècle, l’accès ne pose pas – depuis longtemps – de difficultés mais ces archives sont également consultables pour la période postérieure, quoique seulement en partie dans certains cas. Les dérogations à la règle des soixante ans sont souvent accordées plus généreusement qu’on le croit comme l’a montré la thèse de doctorat de Raphaëlle Branche, fondée en partie sur l’exploitation des archives d’organes et d’unités de renseignement pendant la guerre d’Algérie
[17]. Un bilan très (trop) général et par-là même non exhaustif des sources disponibles montre aisément la diversité des administrations contribuant au renseignement, en premier lieu celles de la police, des affaires étrangères et des forces armées (Guerre et Marine). Outre les archives des préfets et de la police (sous-séries F
7, F
1B, F
4 aux Archives nationales, archives rapatriées de Moscou au CAC, sous-série 4M dans les archives départementales, sous-séries BA et DB à la préfecture de police), de l’armée (sous-séries MR, 7N et 7N supplément, 2P et 3P…), de la marine, de l’armée de l’air et de la gendarmerie
[18], il faut inclure également les archives diplomatiques (fonds des statistiques extérieures, correspondance politique, correspondance interministérielle et archives des ambassades). Bien évidemment les archives du secrétariat général du gouvernement (F
60), certains fonds privés de présidents de la République ou de papiers de chefs d’État (Félix Faure, Émile Loubet, Philippe Pétain, Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand) ou de ministres (Alexandre Millerand, Camille Krantz, Adolphe Messimy), voire de conseillers (Jacques Foccart) aux Archives nationales ou dans d’autres institutions (fonds Michel Debré et Delouvrier-Vaujour aux archives de Sciences-Po (AHC)), fonds privés des ministres de la Guerre ou de la Défense au SHAT, peuvent contenir de précieuses indications sur le renseignement. Des administrations d’importance secondaire ont également contribué depuis le 19
e siècle au recueil du renseignement : celle des eaux et forêts (F
10), des douanes (F
12), des phares et balises (F
14), des garde-côtes etc. Si l’accès aux fonds évoqués plus haut n’est pas la difficulté majeure, sauf pour les années très récentes, il demeure certain que l’utilisation des archives du renseignement est délicate. Non seulement les organes de renseignement ne sont pas omniscients, mais ils ne sont pas non plus neutres et tendent parfois, volontairement ou involontairement, à informer partiellement ou à désinformer comme l’ont presque ouvertement montré les services américains et anglais depuis le 11 septembre 2001. Comme les sources policières, les sources du renseignement doivent donc faire l’objet d’un travail critique particulièrement exigeant
[19].
â—¦ Un objet scientifique à part entière
Construire cette histoire nouvelle suppose de dépasser la légende noire entourant les services secrets. Celle-ci est en effet à l’origine du désintérêt de la communauté universitaire française ou parfois d’une hostilité reposant en partie sur une vision morale ou à tout le moins hiérarchique de la discipline historique, distinguant les sujets dignes d’intérêt de ceux qui le sont moins. La position de la communauté universitaire anglo-saxonne à l’égard de l’objet « renseignement » était identique jusqu’au milieu des années 1980, et ce, pour les mêmes raisons
[20]. Depuis, la situation s’est profondément inversée dans ces pays au point que l’histoire du renseignement s’est imposée à part entière, à côté de (voire contre) celle des relations internationales
[21].
Il importe pour dépasser ce blocage persistant en France de se tenir à distance d’une approche irénique autant que d’une forme d’histoire imprégnée d’une théorie de la conspiration influençant de nombreux ouvrages issus du journalisme d’investigation ou inspirés par des romans d’espionnage
[22]. Une délimitation large de l’objet permet d’éviter ce double écueil. Il faut en premier lieu délier l’étude des services de renseignement de celles, trop souvent exclusives, des crises politiques ou internationales. En se libérant de la focalisation journalistique excessive sur l’analyse des échecs piteux et des succès héroïques, l’historien se trouve alors confronté à l’étude du renseignement dans son fonctionnement quotidien et courant.
D’autre part, c’est l’activité des organes de renseignement dans son ensemble, qu’elle s’applique au territoire national ou s’étende au vaste monde, que l’historien doit envisager. La dichotomie temps de paix/temps de guerre caractérisant deux époques porteuses de changements profonds pour les services de renseignement ne correspond pas non plus à deux âges radicalement différents pour eux. Hausser le regard permet d’entreprendre une étude sur la longue durée, au-delà d’une approche survalorisant les contextes immédiats. Enfin, les services de renseignement, peu respectueux des rythmes de la vie politique, ne se laissent pas non plus enfermer facilement dans ce temps particulier. Le regard historique doit accommoder avec une chronologie propre aux organes de renseignement et à leurs activités, plus proche peut-être de celle de l’évolution de l’État que de celle des régimes politiques.
â—¦ La bataille pour le monopole au sein de l’État
De l’Ancien Régime
[23] à aujourd’hui, que ce soit sur son territoire (métropolitain et colonial) ou en dehors de ses frontières, l’État a organisé son appareil de renseignement en utilisant quatre administrations distinctes, la diplomatie, la marine, la police et l’armée. Les structures des services de renseignement français au 20
e siècle et leurs rapports internes sont le fruit d’une longue histoire qui trouve ses racines dans le siècle précédent. C’est en effet à cette époque que le legs de l’Ancien Régime, le monopole de l’appareil diplomatique, à peine tempéré par la Marine (ayant autorité sur le réseau consulaire jusqu’à la Convention), disparaît face à l’irruption de deux acteurs nouveaux. D’une part se met en place une « police politique
[24] » chargée de l’information politique sur le territoire
[25], de l’autre les militaires – au sens large, incluant les marins – se dotent de leurs propres moyens d’information, initialement strictement cantonnés à des missions militaires
[26]. Dès les origines apparaît une « guerre des polices
[27] » que le 20
e siècle, caractérisé par la mondialisation des guerres et celle des enjeux en temps de paix, va exacerber. Les conflits, parfois fort violents, ne se fondent pas seulement sur la tendance naturelle des organisations à croître et à vouloir embrasser de plus en plus large, car les rivalités se doublent parfois de lignes de fracture politiques. Il faut ajouter que la tripartition du renseignement (diplomatie, police, forces armées), dont notre époque actuelle a hérité, a installé la question de la « centralisation » du renseignement au cœur des préoccupations des différents responsables des services, tout en donnant à chacun un argument de grande force pour tenter de réaliser l’unité à son profit. Les guerres mondiales ont permis la mise en œuvre de telles réformes. En 1914, le décret du 2 août sur l’état de siège réactivant des dispositions datant de la Deuxième République, conféra à l’autorité militaire les pouvoirs de police. Le service de renseignement militaire (SR-SCR) put effectuer alors une véritable centralisation du renseignement et mettre temporairement un terme à la « guerre des polices ». Le second conflit mondial fut une étape bien plus marquante encore pour les services de renseignement. Si la déclaration de guerre permit de réaliser la fusion armée-police au profit des premiers en subordonnant étroitement la surveillance du territoire aux officiers de renseignement, la défaite et la mise en place de deux autorités politiques rendirent encore plus complexe l’organisation des services. En se dotant de services de renseignement parallèles avant d’être rivaux, l’État français et la France libre (BCRA) créèrent de réelles oppositions politiques entre leurs services respectifs. Le SR de Vichy entendait poursuivre la lutte clandestine contre l’Allemagne
[28] tout en menant le combat intérieur et politique contre les menées anti-nationales. Ses bureaux des « menées antinationales » arrêtèrent 390 agents gaullistes et 516 agents communistes entre mars 1941 et juin 1942
[29]. De son côté le BCRA
[30], formé aux écoles anglaises de l’Intelligence Service et du SOE, tira une grande partie de sa puissance des moyens humains fournis par des mouvements de résistance politisés. Cette politisation et ces différences entravèrent le processus de fusion entre les deux organismes de 1943 à 1944 et se traduisirent par une vague de départs d’anciens cadres du SR à la Libération. Le retour à la paix après chacun des conflits mondiaux s’est traduit par la réapparition du dispositif diplomatie-armée-police. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure la centralisation n’est pas la pire solution – acceptable seulement en cas de crise absolue, la guerre – pour les plus hautes autorités politiques. Celles-ci semblent avoir en effet intérêt à multiplier les sources d’information, fussent-elles étatiques. Les diverses tentatives de délimitation de ressorts entre les services policiers et militaires de renseignement ont toutes échoué (décrets des 1
er mai 1899, 10 février 1939, 26 août 1964 – celui-ci toujours en vigueur) non seulement parce qu’elles n’ont pas été respectées par les différents services, mais plus encore parce que le pouvoir politique n’a jamais voulu intervenir sur ce plan. De même les tentatives d’effectuer une centralisation réelle des organes de renseignement, de plus en plus nombreux après 1945, n’ont jamais débouché que sur des réformes sans effets réels : il en fut ainsi du comité interministériel de la documentation, créé en 1946, réformé en 1959 (et devenu alors comité interministériel du renseignement
[31]) puis une nouvelle fois en 1989. Passé le temps des séances inaugurales, les services sont revenus à leurs conflits structurels plus ou moins feutrés et à leur aspiration, rarement démentie, au monopole au sein de l’État.
â—¦ Les espions aussi ont une administration
La perspective étatique de recherche du renseignement doit prendre comme fondement l’autorité exceptionnelle dont disposent les services de renseignement. Mais il s’agit là d’un principe bien abstrait. Pour l’historien il s’incarne avant tout dans le fait que les services de renseignement constituent des parcelles d’administration, peuplées de fonctionnaires civils ou militaires. L’administration militaire de l’époque contemporaine a malheureusement été très peu étudiée alors que celle de la police est mieux connue
[32]. Pour autant, il faut aussi envisager le système de renseignement étatique sous cet angle particulier. Fragments de l’administration au 19
e siècle – on dénombre sous la Troisième République, en temps de paix, entre 200 et 400 fonctionnaires de la police spéciale, une trentaine d’officiers au 2
e bureau et seulement 5 à 6 officiers à la section de statistique –, les services de renseignement sont devenus après 1945 des centrales, c’est-à-dire aussi des administrations nettement plus importantes numériquement – 2 000 à 3 000 personnels pour le SDECE
[33], 1 500 fonctionnaires pour la DST. Certes, il s’agit d’administrations singulières à la recherche d’une discrétion permanente, obstacle constant pour le chercheur. Très fréquemment, les décrets et les textes réglementaires les concernant ne sont pas publiés au
Journal Officiel, qu’il s’agisse des nominations individuelles ou des nombreuses réorganisations administratives. Les
Annuaires administratifs, au 19
e siècle et pendant au moins la première moitié du 20
e siècle, ne connaissent pas ces administrations dont l’État se refuse ainsi jusqu’à affirmer l’existence même. Le recours aux archives privées est alors bien souvent indispensable pour mettre la main sur cette littérature grise si précieuse. Bien que les principaux responsables des services refusent cette idée, ils ont été, et sont encore, des administrateurs pour certains, ou à tout le moins des fonctionnaires membres d’une administration, même s’ils dérogent au statut général de la fonction publique. C’est probablement le général de Gaulle qui donna en 1946 la qualification la plus juste des services de renseignement : une « administration essentielle à l’État
[34] ». L’historien peut ainsi mettre au jour des phénomènes de bureaucratisation, des comportements, des rivalités et des psychologies individuelles ou collectives
[35] caractéristiques des administrations. Il peut alors entrer dans le quotidien administratif
[36] de ces services dont l’action ne se résume pas à des manœuvres d’intoxication, à des fabrications de faux documents ou aux manipulations d’agents de pénétration.
â—¦ Les « grands corps » du renseignement ?
Démarche s’insérant dans la longue durée, l’histoire étatique du renseignement ne peut faire l’impasse sur celle des groupes socio-professionnels
[37] ayant animé les différentes administrations du renseignement. En effet, seule une histoire sociale des institutions permet de dépasser l’approche statique qui demeure celle de l’histoire administrative. Il s’agit de se donner les moyens d’une analyse sociale et culturelle des pratiques ayant cours au sein des administrations du renseignement, en dépassant l’invocation abstraite et trop commode de « l’État » ou de « l’Administration ». On ne peut en effet supposer d’emblée que tous ceux qui la composent s’approprient un éthos administratif ou s’en fassent le reflet. Il convient donc une fois encore de dépasser le discours de ces serviteurs de l’État qui, en dernière analyse et souvent en situation de crise, invoquent l’autorité dont ils sont les dépositaires pour justifier leurs actes. Une histoire sociale des fonctionnaires civils et militaires du renseignement permettrait d’éclairer cette voie.
Peut-on pour autant parler de « grands corps » pour qualifier ces fonctionnaires situés au plus près du pouvoir politique ? Cela supposerait plusieurs caractéristiques : une formation commune dispensée dans des écoles spécialisées, un processus de professionnalisation débouchant sur l’accès organisé aux plus hautes fonctions de l’État, enfin la diffusion de valeurs et de savoir-faire particuliers liés aux métiers du renseignement. Si la dernière caractéristique est assurément présente, il en va autrement des trois premières. En effet, la formation au renseignement a longtemps été acquise sur le tas. La deuxième guerre mondiale avait pourtant vu s’esquisser un début de formation théorique et générale : en 1941, une école du SR interarmées avait vu le jour à Lyon et en 1942, un enseignement formalisé des renseignements généraux était mis en place à l’école de police de Lyon, créée un an plus tôt. Mais ces initiatives modestes furent sans lendemain du côté des militaires, jusqu’à ce que soit créé en 1973 un Centre de formation interarmées du renseignement (CFIR), devenu en 1975 École interarmées du renseignement et des études linguistiques (EIREL). Il n’empêche que la formation des cadres de la DGSE et de la DST est encore aujourd’hui assurée par ces institutions elle-même sans qu’il existe, comme dans le système militaire classique, des écoles d’application pour les différentes armées et armes. Quant à la professionnalisation, évidente dès le premier tiers du 19
e siècle pour ce qui concerne l’armée
[38] et la fin du 19
e siècle pour la police
[39], elle n’existe pas à proprement parler pour les spécialistes du renseignement. Cette spécialité qui a longtemps retardé l’avancement n’a jamais été vraiment recherchée, sauf par quelques marginaux ayant pour ce faire accepté de sacrifier leur carrière policière ou militaire.
â—¦ Le droit et les pratiques, anatomie de la « raison d’État »
A priori, l’activité des services de renseignement est le domaine par excellence de la raison d’État, c’est-à-dire de la négation du droit. Ainsi l’activité du SDECE ne relève pas de la catégorie juridique des actes administratifs mais des « actes de gouvernement », c’est-à-dire qu’ils ne sont pas susceptibles d’un recours auprès de la justice administrative ou même judiciaire. Il s’agit là en fait de la traduction juridique logique d’un absolu du pouvoir régalien, un excès de pouvoir institutionnalisé, résidu de la raison d’État. Les services entretiennent ainsi avec le droit une relation particulière. N’ayant pas eu pendant longtemps d’existence administrative reconnue, ils ne peuvent être acteurs ou sujets de droit. C’est donc en quelque sorte négativement qu’un espace juridique leur a été reconnu. L’étude de cette dimension croise encore une fois le chemin de l’État. Les services de renseignement ont pu s’appuyer en premier lieu sur une définition précoce de la « sûreté de l’État », apparue avec la constitution de l’an III (article 146), confirmée avec la constitution de l’an VIII (article 47) et inscrite dans le marbre intangible du Code pénal en 1810 (articles 75 à 85 et 108). Une seconde étape a été franchie avec la tardive loi Boulanger de 1886 sur l’espionnage, considérablement renforcée et précisée par de multiples décrets, lois et décrets-lois dans les années 1930 qui ont ajouté des éléments à un édifice juridique de plus en plus complexe. C’est à partir de cette période que s’élabore une législation protectrice des informations sensibles, essentiellement à l’origine celle du « secret-défense
[40] ».
L’historien doit cependant prendre garde à ne pas juridiciser à outrance cet objet historique mal identifié. En effet, le droit ne dit pas tout et c’est peut-être du côté de l’étude des pratiques que l’on peut mieux appréhender la nature réelle des services de renseignement. Malgré l’abrogation en 1870
[41] de l’article 75 de la constitution de l’an VIII – disposant que les « agents du gouvernement […] ne peuvent être poursuivis [y compris en matière pénale] pour des faits relatifs à leur fonction, qu’en vertu d’une décision du Conseil d’État », il est resté bien après l’idée d’une certaine impunité du fonctionnaire dans la « coutume administrative » (Guy Thuillier). Cette conception semble avoir durablement imprégné les hommes des services de renseignement, bien au-delà des comportements des officiers de la section de statistique entre 1894 et 1906. De nombreuses pratiques propres aux services de renseignement l’attestent parmi lesquelles la plus emblématique est probablement le contrôle des échanges entre personnes privées par les policiers ou les militaires, selon les époques et les circonstances. Malgré la proclamation dès le début de la Révolution du principe d’inviolabilité des correspondances, souvent rappelé par la suite, le contrôle postal par les préfets aux 19
e et 20
e siècles s’est s’inscrit dans la tradition d’Ancien Régime du cabinet noir. Le monopole étatique en matière de postes (1793) et de télégraphes (1837), la loi du 29 novembre 1850 qui assure au ministre de l’Intérieur la haute main sur les communications télégraphiques puis la nationalisation des compagnies de téléphone en 1889 ont donné à l’État les moyens d’une surveillance très complète et à la France une avance mondiale en matière de décryptage
[42] jusqu’à la Grande Guerre. Ce contrôle étatique a survécu au 20
e siècle par l’activité du Service des contrôles techniques (SCT) en 1939, devenu Groupe des contrôles radioélectriques (GCR) puis Groupement interministériel de contrôle (GIC) en 1960, à l’initiative de Michel Debré qui réaffirma la tutelle du Premier ministre
[43]. Mais il faudra attendre la loi du 10 juillet 1991 voulue par Michel Rocard sur les écoutes administratives, créant la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) pour un encadrement de ces pratiques offrant une garantie des libertés publiques.
â—¦ Dissiper l’illusion d’administrations apolitiques
Si une vision trop juridique du sujet constitue assurément un obstacle à l’analyse des pratiques, il est un autre danger véhiculé par une certaine conception de l’État et de son agent d’exécution, l’Administration. Bien souvent, le déni d’intérêt qui leur est porté réside dans l’idée de sa neutralité. Simple relais du pouvoir d’État, l’administration, dans une vision durkheimienne rampante ne serait qu’un objet terne, à l’abri du politique, sans identité réelle, presque dépourvu d’histoire. Cette idée reçue qu’une histoire exclusivement administrative a peut-être renforcée, repose en fait sur deux présupposés : le principe de neutralité du fonctionnaire et la vision de la politisation dans une dimension exclusivement militante. L’idée de neutralité du fonctionnaire repose sur un principe théorique qui se traduit par l’obligation d’accomplissement impartial de sa tâche et par la non-manifestation dans sa mission de convictions politiques. Cette conception actuelle s’est forgée au 19
e siècle et l’ancien préfet de police de la Monarchie de Juillet puis conseiller d’État Vivien de Goubert en a synthétisé en 1845 l’esprit lorsqu’il évoque les trois qualités nécessaires au service de l’État : « la probité, l’obéissance et la discrétion
[44] », la dernière étant, ajoutait-il, « l’une des plus essentielles
[45] ». Longtemps l’historien est demeuré prisonnier de cette vision idéale. De plus, la politisation des fonctionnaires n’a pas été beaucoup étudiée en raison d’une conception trop restreinte de cette attitude. En fait, ce phénomène auquel les hommes du renseignement n’ont pas échappé peut être étudié à plusieurs niveaux. En premier lieu, les administrations du renseignement ont connu une évolution d’importance lorsque leurs recherches ont dû prendre en compte le fait politique. Dès l’origine, la police de Fouché puis la police politique de Napoléon III ont traqué toute forme d’opposition. Mais les militaires n’ont pas été en reste : au 19
e siècle, la balbutiante « statistique militaire » s’est penchée sur la politique, dans une optique à l’origine purement descriptive. À partir de la Troisième République, la section de statistique a incorporé définitivement cette dimension, à côté de sa mission principale de renseignement militaire. En 1922, l’article 2 de l’
Instruction provisoire sur la recherche et l’interprétation des renseignements publiée par le ministère de la Guerre le précisait très clairement afin de faire des militaires des généralistes du renseignement, anticipant sur les tâches confiées après 1945 aux centrales : « Les renseignements s’étendent à tous les domaines de l’activité ennemie (politique, économique, militaire) […]
[46] ». Ainsi la matière sur laquelle ont travaillé les services de renseignement n’a pas été seulement technique, comme certains mémorialistes militaires voudraient le faire accroire. Le fait que les premiers véritables officiers de renseignement (de 1870 à 1945) n’aient pas eu le droit de vote leur a longtemps permis de nier une évidente politisation
[47]. En effet, l’interdiction légale d’expression d’une opinion ne signifie pas qu’elle n’existe pas. Divers moyens existent pour rendre ce sentiment, cantonné au for intérieur, public voire actif : le comportement dans des prétoires
[48], le filtrage d’information dans la presse sont autant de moyens parmi d’autres de contourner l’absence de droit de vote
[49]. Certaines périodes de l’histoire des services de renseignement ont d’ailleurs vu les sentiments politiques s’exprimer ouvertement : la crise dreyfusienne (1894-1906), les années 1930 puis l’Occupation. Après l’incorporation des officiers dans la Cité, la guerre d’Algérie en a constitué une autre illustration, période que la subordination étroite de l’armée au pouvoir civil sous la Cinquième République
[50] a transformé en ultime avatar. D’autre part, les corps (police spéciale, officiers de renseignement) ainsi que les organes sont porteurs de valeurs éthiques ou philosophiques (incarnées parfois par « l’esprit de corps ») qui ont des conséquences politiques
[51]. Enfin, ces mêmes corps transmettent à leurs membres des savoir-faire, inspirant des pratiques professionnelles dont certaines sont d’origine politique ou ont des implications politiques. À différents niveaux cette politisation est assurément l’une des clefs d’explication de la « guerre des polices » latente
[52] entre les officiers de renseignement et la police spéciale, puis la DST
[53].
Si l’information politique et le renseignement sont consubstantiels aux pouvoirs politiques les plus anciens, quelles qu’en soient les formes, la création de services de renseignement est étroitement liée à la modernité politique. L’édification d’un appareil d’État et d’un droit particulier protégeant la « sûreté de l’État », pérennisant le principe de la raison d’État au travers de la catégorie de « l’acte de gouvernement » en ont constitué les fondements politico-juridiques. Faire l’histoire du système de renseignement étatique suppose cependant de ne pas céder au fantasme panoptique qui sature le discours et les conceptions de nombreux acteurs policiers et militaires. Le système de renseignement français après 1870 et jusqu’à nos jours prend un caractère de plus en plus complexe, déjouant les tentatives de centralisation et faisant entrer en lice, souvent de façon concurrente, des administrations diverses. En cela le cas français ne représente pas une exception : la naissance et l’évolution dans le derniers tiers du 19
e siècle des services de renseignement américains et plus encore britanniques présentent de fortes analogies, même si l’empreinte policière est assurément une spécificité hexagonale
[54]. À cet égard, la comparaison internationale conforte la perspective étatique, tout en faisant ressortir les nuances des modèles nationaux.
Sur le plan méthodologique, l’histoire du renseignement doit finalement réunir des approches souvent séparées, parfois même artificiellement opposées : l’histoire administrative de ses institutions, l’histoire sociale de ses fonctionnaires, l’étude politique et juridique de ses actes, enfin l’analyse politique et culturelle des pratiques. Seule cette démarche globale peut permettre de prendre en compte le caractère quotidien de l’activité de renseignement de l’État, de le banaliser en quelque sorte pour la proposer, sereinement, au regard historique. L’histoire politique de l’État, n’est donc politique que dans sa finalité – comprendre le politique dans l’État – qui ne peut être atteinte que par la combinaison d’approches historiques variées et pensées comme complémentaires. Alain Guery indiquait avec justesse que « l’histoire de l’État est nécessairement une histoire synthétique
[55] ». Mais au préalable, la barrière du secret doit être franchie. En effet, l’étude de l’activité des organes de renseignement montre que le secret
[56], en particulier le secret de l’État, n’est pas à proprement parler un fait historique mais plutôt une construction culturelle et politique complexe que les historiens peuvent saisir, comme tout autre objet, afin de le déconstruire et d’en proposer des interprétations.
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[*]
Cette étude doit beaucoup aux remarques critiques de Thierry Sarmant que l’auteur tient à remercier. Il y associe Philippe Vial qui a su lui rappeler l’importance d’une véritable réflexion interarmées.
[1]
À l’exception de Jean-Marc Berlière,
L’Institution policière en France sous la Troisième République, thèse de doctorat d’histoire sous la direction de Pierre Lévêque, université de Bourgogne, 1991, p. 431-450, 1065-1076 et 1084-1090.
[2]
Jean Meyer,
Le poids de l’État, Paris, PUF, coll. « Histoires », 1983, p. 23-42.
[3]
Un bilan en même temps qu’un programme : Guy Thuillier,
Pour une histoire de la bureaucratie en France, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière, 2 tomes, 1999 et 2001, 650 et 346 p.
[4]
Jean Meyer,
Le poids de l’État, op. cit. et les remarques de Pierre Rosanvallon, « La croissance de l’État comme problème », in André Burguière et Jacques Revel (dir.),
Histoire de la France.
L’État et les pouvoirs, t. 2, Paris, Le Seuil, 1989, p. 491-512.
[5]
Sur ce point la brillante analyse d’Alain Dewerpe,
Espion. Une anthropologie historique du secret d’État, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1994, 480 p.
[6]
Lucien Jaume,
L’individu effacé ou le paradoxe du libéralisme français, Paris, Fayard, 1997, p. 352.
[7]
Roland Mousnier, « La fonction publique en France du début du seizième siècle à la fin du dix-huitième siècle »,
Revue historique, t. CCLXI, n° 530, avril-juin 1979, p. 321 et Robert Descimon, Jean-Frédéric Schaub, Bernard Vincent (dir.),
Les Figures de l’administrateur. Institutions, réseaux, pouvoirs en Espagne, en France et au Portugal 16e– 19e siècles, Paris, Éditions de l’EHESS, 1997, p. 15.
[8]
Bernd Wunder, « La bureaucratie d’État en France et en Allemagne, rôle et structure », in Helmut Berding (dir.),
La Révolution, la France et l’Allemagne. Deux modèles opposés de changement social ? Paris, Éditions de la MSH, 1989, p. 145.
[9]
Une illustration de cette déformation dans un ouvrage écrit par une politiste, Françoise Dreyfus,
L’Invention de la bureaucratie. Servir l’État en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis (xviii
e-xx
e siècles), Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », 1999, 289 p.
[10]
L’expression est de Pierre Lenain dans un ouvrage fort roboratif,
Le Clandestin politique. La France de demain, Paris, Economica, 1987, p. 16.
[11]
Marc-Olivier Baruch et Vincent Duclert,
Serviteurs de l’État. Une histoire politique de l’administration française 1875-1945, Paris, La Découverte, 2000, 587 p. et Marc-Olivier Baruch,
Servir l’État français. L’administration en France de 1940 à 1944, Paris, Fayard, coll. « Pour une histoire du
xx
e siècle », 1997, 737 p.
[12]
Christian Delporte, « De l’histoire de la presse à l’histoire des médias »,
Bulletin de l’association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche, n° 22, avril 2001, p. 11-19.
[13]
Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle,
Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris, Colin, 1991 [1
ère éd., 1964], p. 411-444 et Jean-Baptiste Duroselle,
Tout empire périra. Une vision théorique des relations internationales, Paris, Publications de la Sorbonne, 1981, p. 75-85.
[14]
Georges-Henri Soutou, Jacques Frémeaux et Olivier Forcade (dir.),
L’Exploitation du renseignement en Europe et aux États-unis des années 1930 aux années 1960, Paris, Economica, 2001, 332 p.
[15]
Dans une production théorique abondante, on renverra aux études fondatrices : Richard K. Betts, « Analysis, War, and Decision. Why Intelligence Failures Are Inevitable »,
World Politics, vol. XXXI, n° 1, Octobre 1978, p. 61-89 ; Mark Lowenthal, « The Burdensome Concept of Failure », in A. Maurer, M. Tunstall et J. Keagle (dir.),
Intelligence. Policy and process, London, 1985, p. 43-56 et surtout les remarquables articles de Michael I. Handel, « Leaders and Intelligence »,
Intelligence and national security, juillet 1988, vol. 3, n° 3, p. 3-39; « The Politics of Intelligence »,
ibid., octobre 1987, vol. 2, n° 4, p. 5-46.
[16]
Sébastien Laurent (dir.),
Archives « secrètes », secrets d’archives ? Le travail de l’historien et de l’archiviste sur les archives sensibles, Paris, Éditions du CNRS, 2003, 288 p.
[17]
Raphaëlle Branche,
L’armée et la torture pendant la guerre d’Algérie. Les soldats, leurs chefs et les violences illégales, thèse de doctorat d’histoire sous la direction de Jean-François Sirinelli, IEP de Paris, 2000.
[18]
Celles-ci sont réparties entre le service historique de la gendarmerie, le service historique de l’armée de terre et les archives départementales (sous-série 5R).
[19]
Les remarques de Jean-Marc Berlière, « Les archives de police, des fantasmes aux mirages »,
Histoire et archives, hors-série n° 2, numéro spécial « L’histoire contemporaine et les usages des archives judiciaires (1800-1939) », 1998, p. 291-304 et Sébastien Laurent, « Le renseignement de 1860 à nos jours. État des sources militaires »
, Revue historique des armées, n° 221-4, décembre 2000, p. 97-110 ; « Faire l’histoire du renseignement », in
Archives « secrètes »…,
op. cit., p. 221-220.
[20]
Un état des lieux établi il y a près de vingt ans : Christopher Andrew,
Secret Service. The Making of the British Intelligence community, London, William Heinemann, 1985, p. 16 et l’introduction de Christopher Andrew et David Dilks à
The missing dimension.
Governments and Intelligence Communities in the Twentieh Century, London, Macmillan, 1985.
[21]
Deux excellents états des lieux de la recherche anglo-saxonne : Wesley K. Wark, « Introduction, the study of Espionage. Past, Present, Future ? »,
Intelligence and national security, vol. 8, n° 3, juillet 1993, p. 1-13; Michael Fry et Miles Hochstein, « Epistemic Communities. Intelligence Studies and International Relations »,
ibid., p. 14-28, ainsi que Richard J. Aldrich, « “Grow your own”. Cold War Intelligence and History Supermarkets »,
Intelligence and National Security, vol. 17, n° 1, printemps 2002, p. 135-152.
[22]
Erik Neveu,
L’idéologie dans le roman d’espionnage, Paris, Presses de Sciences Po, 1985, 416 p. et du même auteur, « Trente ans de littérature d’espionnage en France (1950-1980) »,
Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 10, avril-juin 1986, p. 51-65.
[23]
On renverra sur l’époque moderne aux travaux d’habilitation menés sous la direction de Daniel Roche par Thierry Sarmant,
Le ministre-soleil. Autour de Louis XIV et de Louvois, recherches sur le pouvoir ministériel en France.
[24]
Deux réflexions philosophiques sur la police utiles à l’historien : Michel Foucault,
Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1975, p. 215-217 et Hélène L’Heuillet,
Basse politique, haute police. Une approche historique et philosophique de la police, Paris, Fayard, 2001, 416 p.
[25]
Celle-ci ne rechigne pas à mettre en place ponctuellement des moyens d’information propres hors du territoire.
[26]
Pour une mise en perspective historique du rôle joué par les militaires dans la diplomatie française, Philippe Vial, « Une place à part. Les militaires et les relations extérieures de la France en temps de paix depuis 1870 »,
Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 65-66, janvier-juin 2002, p. 41-47.
[27]
Sébastien Laurent, « Aux origines de la “guerre des polices”. Militaires et policiers du renseignement dans la République (1870-1914) », in Frédéric Guelton (dir.),
Réflexions sur le renseignement en Europe 1900-1945. Des structures et des hommes, à paraître.
[28]
Simon Kitson,
Vichy et la chasse aux espions nazis (1940-1944), Paris, Autrement, à paraître.
[29]
Sous-Lieutenant François Delalez,
Le Service des menées antinationales 1940-1942, mémoire des écoles de Coëtquidan sous la direction d’Olivier Forcade, 1998, p. 119-120.
[30]
Sébastien Laurent, « The Free French Secret Services. Intelligence and the Politics of Republican Legitimacy »,
Intelligence and National Security, vol. 15, n° 4, hiver 2000, p. 19-41 et Sébastien Albertelli,
Les Officiers du BCRA, Londres, 1940-1944. Essai d’étude prosopographique, mémoire de DEA d’histoire préparé sous la direction du professeur Jean-Pierre Azéma, Institut d’Études politiques de Paris, 1999, 278 p. Ce chercheur achève une thèse très attendue sur le même sujet.
[31]
Siègent au Comité interministériel du renseignement les ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur, des Armées, des Finances, des départements et territoires d’outre-Mer, de la Recherche scientifique ainsi que le secrétaire général pour la Communauté et les affaires africaines et malgaches, le secrétaire général du gouvernement, enfin le directeur général du SDECE (décret n° 62-1208 du 17 octobre 1962 publié dans
Journal Officiel, n° 247, 19 octobre 1962, p. 10204).
[32]
Marie Vogel, « Les sources froides. La police de la III
e République comme administration »,
Les Cahiers de la sécurité intérieure, n° 17, 3
e trimestre 1994, p. 44-53.
[33]
Les effectifs de la DGSE, héritière du SDECE, ont notablement cru dans les vingt dernières années : il y a aujourd’hui plus de 4 700 fonctionnaires – en majorité des civils – boulevard Mortier (Bernard Carayon,
Rapport fait au nom de la commission des finances, de l’économie générale et du plan sur le projet loi de finances pour 2003. Annexe n° 36 : secrétariat général de la défense nationale et renseignement, Assemblée nationale, 10 octobre 2002, p. 10). Les effectifs de la DST, fondée sur une forte assise territoriale, ont été marqués par une plus forte stabilité (Yves Bonnet,
Contre-espionnage. Mémoires d’un patron de la DST, Paris, Calmann-Lévy, 2000, p. 118).
[34]
Propos tenus par le général de Gaulle le 20 mai 1946, Claude Guy,
En écoutant de Gaulle. Journal 1946-1949, Paris, Grasset, 1996, p. 68-69.
[35]
L’apport des témoignages oraux est sur ce point précis irremplaçable : l’enquête de collecte de témoignages sur les « hautes instances militaires sous les IV
e et V
e Républiques » et celle sur « les services de renseignement et de sécurité » au SHAT (sous-série 3K) en atteste.
[36]
Pour une étude menée dans cet esprit, on renverra au maître-livre de Bruno Latour,
La Fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d’État, Paris, La Découverte, coll. « Armillaire », 2002, 316 p.
[37]
Philippe Minard, « Faire l’histoire sociale des institutions. Démarches et enjeux »,
Bulletin de la Société d’histoire moderne et contemporaine, n° 3-4, 2000, p. 119-123.
[38]
Serge William Serman,
Le Corps des officiers français sous la Deuxième République et le Second Empire. Aristocratie et démocratie dans l’armée au milieu du xix
e siècle, thèse d’État en histoire sous la direction de Louis Girard, Service de reproduction des thèses de l’université de Lille 3, 1978, 3 tomes, 1747 p.
[39]
Jean-Marc Berlière,
L’Institution policière en France…, op. cit.
[40]
La thèse de droit de Bertrand Warusfel publiée sous le titre
Contre-espionnage et protection du secret. Histoire, droit et organisation de la sécurité nationale en France, Paris, Charles Lavauzelle, 2000, 496 p. Rappelons que le « secret d’État » n’a pas d’existence juridique (
Rapport de la commission consultative du secret de la défense nationale, Paris, La Documentation Française, 2001, 67 p.)
[41]
Lucien Jaume,
L’individu effacé…, op. cit., p. 374.
[42]
David Kahn,
The Codebreakers. The Story of secret writing, New York, Macmillan publishing, 1967 [rééd. 1996], p. 230-265.
[43]
Il faut y ajouter aujourd’hui les moyens d’observation et d’écoute satellitaires.
[44]
M. Vivien,
Études administratives, Paris, Guillaumin et C
ie, 1852 [éd. augmentée, 1
ère éd. 1845], t. 1, p. 243.
[46]
Ministère de la Guerre,
Instruction provisoire sur la recherche et l’interprétation des renseignements, Paris, Imprimerie nationale, 1922, p. 11. On notera avec intérêt l’ordre des missions.
[47]
Mattéi Dogan, « Les officiers dans la carrière politique. Du Maréchal Mac-Mahon au général de Gaulle »,
Revue française de sociologie, II-2, avril-juin 1961, p. 88-99 ; François Bédarida, « L’Armée et la République. Les opinions politiques des officiers français en 1876-78 »,
Revue historique, t. CCXXXII, juillet-septembre 1964, p. 119-164 ; Robert Nanteuil,
Le Dossier de M. Guyot de Villeneuve. L’armée cléricale, Paris, Bibliographie sociale, 1906, 284 p.
[48]
Les officiers de renseignement n’ont pas été absents, loin s’en faut, des grands procès politiques, du procès Bazaine à ceux des généraux putschistes lors de la guerre d’Algérie.
[49]
Olivier Forcade, « Les murmures de la “Grande Muette” sous la Troisième République », in Olivier Forcade, Éric Duhamel et Philippe Vial (dir.),
Militaires en République 1870-1962. Les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 507-519.
[50]
Sammy Cohen,
La Défaite des généraux. Le pouvoir politique et l’armée sous la Ve République, Paris, Fayard, 1994, 276 p.
[51]
Marc-Olivier Baruch,
Servir l’État français…, op. cit.
[52]
Le conflit n’a pas été permanent avant 1945. Les archives rapatriées de Moscou (sous-série 7N supplément) montrent qu’il y a eu pendant les années 1930 une bonne coopération entre les polices notamment pour la surveillance du parti communiste et dans la lutte contre le Komintern. Mais la surveillance du territoire n’avait pas la puissance qu’elle a acquis à partir de 1944.
[53]
Cependant ce conflit est aussi structurel et n’est pas une spécificité française. Les rivalités MI5-MI6 ou FBI-CIA reposent fondamentalement sur une querelle de ressorts d’action.
[54]
Christopher Andrew,
For the Presidents eyes only. Secret Intelligence and the American Presidency from Washington to Bush, Londres, Harper Collins Publishers, 1995, 660 p. et, du même auteur,
Secret Service. The Making of the British Intelligence community, London, William Heinemann, 1985, 616 p.
[55]
Alain Guery, « L’historien, la crise et l’État »,
Annales HSS, n° 2, mars-avril 1997, p. 253.
[56]
« Le secret en histoire »,
Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 58, avril-juin 2000, 80 p. ainsi que « Économie politique du secret »,
Politix. Revue des sciences sociales du politique, vol. 14, n° 54, 2001, 234 p.
[**]
Sébastien Laurent
est maître de conférences à l’université Michel de Montaigne (Bordeaux 3). Chargé d’études au SHAT, il a récemment dirigé la publication de l’ouvrage collectif Archives « secrètes », secrets d’archives ? L’historien et l’archiviste face aux archives sensibles
, Paris, CNRS-Éditions, 2003. Il prépare actuellement, en collaboration, un essai historique consacré au renseignement à paraître aux Éditions Armand Colin. Ses travaux actuels portent sur l’histoire du renseignement, envisagé comme une contribution à l’histoire politique de l’État.