Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629752
256 pages

p. 209 à 212
doi: en cours

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Vingtième siècle signale

no 83 2004/3

 
Les mots de la guerre
 
 
Faut-il s’en étonner ? Plusieurs publications récentes illustrent la présence de la guerre au premier plan des réflexions des chercheurs en sciences humaines et sociales, et pas seulement la persistance de leurs interrogations sur les formes et les limites de la « brutalisation » au 20e siècle. Les Annales Benjamin Constant proposent un riche dossier où François Rosset étudie les « valorisations paradoxales de la guerre et de la violence dans les écrits du Groupe de Coppet », Gérard Gengembre, la guerre dans les Considérations sur la Révolution française, Jean-Pierre Perchellet, les « images de la guerre moderne dans la préface de Wallstein », Alain Laquièze, enfin, « État d’exception et coup d’État dans la pensée du Groupe de Coppet ». Ce même numéro contient la table complète des Annales Benjamin Constant depuis le n° 1 (n° 27, Institut Benjamin Constant, Lausanne, Éditions Slatkine, Genève, 2003, 246 p.). Michel Senellart et Jean-Claude Zancarini présentent de leur côté dans la revue Mots un dossier intitulé « Les discours de la guerre ». Carl Schmitt et Gabriel Tarde y figurent en bonne place, grâce à Makram Abbès, Emmanuelle Bonerandi et Myriam Houssay-Holzschuch. Signalons aussi, de Gauthier Autin, « Guerre et paix en islam. Naissance et évolution d’une “théorie” », de Laurent Henninger, « L’éloquence des cartes. De la défense du territoire national à la bataille de Bagdad », et d’Isabelle Delpla, « La “révolution militaire”. Quelques éléments historio-graphiques » (Mots. Les langages du politique, n° 73, novembre 2003, ENS Éditions, 17 €). Enfin, à l’heure où se multiplient les travaux sur les formes variées de littérature de guerre, on ne lira pas sans profit l’article de Martha Hanna sur la correspondance en France durant la guerre de 1914-1918 (« A Republic of Letters. The Epistolary Tradition in France during World War I », American Historical Review, vol. 108, n° 5, December 2003, p. 1338-1361).
 
Libelles et brochures
 
 
Il n’est pas indifférent que l’historiographie d’inspiration marxiste illustre à sa manière, en ce moment, le sentiment selon lequel « les études historiques sur la persuasion politique restent trop rares », qu’exprimait ici même Christian Delporte, en ouverture au numéro spécial sur « Propagande et communication politique dans les démocraties européennes (1945-2003) » (n° 80). Sous la direction de Jean-Yves Mollier et Maurice Carrez paraît dans les Cahiers d’histoire un dossier intitulé « Écrire pour convaincre. Libelles et brochures, xvi e-xx e siècles ». Jean-Yves Mollier lui-même se penche sur « la “littérature du trottoir” à la Belle Époque entre contestation et dérision ». Jean Vigreux s’intéresse aux « Brochures communistes pour les paysans entre 1945 et 1948 ». Les indications bibliographiques données par les responsables du numéro seront appréciées. On relève d’autre part, à la rubrique « Chantiers », les stimulantes prises de position de Jérôme Lamy, « La science, le continent ignoré des historiens français ? », et de William Guéraiche, « Le progrès en Occident au xx e siècle, perspectives de recherche » (Cahiers d’histoire, revue d’histoire critique, n° 90-91, 2003, 250 p., 20 €).
 
Analyses de discours
 
 
Faut-il réhabiliter les analyses de discours ? Oui, répondent avec assurance Jean-Philippe Genet et Pierre Lafon dans leur introduction au dossier « Mesurer le texte » qu’ils font paraître dans Histoire & Mesure. Bien conscients des différences de nature et de fonction entre les exigences des historiens et celles des linguistes à l’égard de leurs corpus respectifs, ils proposent sept études entre lesquelles on retiendra surtout celle d’Elsa Carrillo-Blouin, qui a soumis à l’analyse factorielle les discours des présidents du Mexique au long d’un siècle (1877-1976), pour mieux faire ressortir la ligne de partage que trace la Révolution de 1910 (p. 225-262). À lire aussi l’article de Damon Mayaffre et Xuen Luong, qui prétend donner à voir, à partir d’un corpus de discours prononcés par les présidents de la Cinquième République de 1958 à 2002, « l’absence de généalogie politique de Jacques Chirac » (p. 289-311). Mais n’aurait-il pas fallu la chercher plus haut, du côté d’un certain Henri Queuille ? (Histoire & Mesure, 2003, vol. 18, n° 3/4, « Mesurer le texte »).
 
Plongée dans la Légion française des combattants
 
 
Jean-Marie Guillon réunit et présente dans les Annales du Midi six monographies qui éclairent l’implantation, le recrutement et l’action de la Légion française des combattants dans autant de départements méridionaux : l’Aveyron (Françoise Jarrige, Jean-Philippe Marcy et Henri Moizet), l’Hérault (Olivier Dedieu), le Lot-et-Garonne (Jean-Pierre Koscielnak), la Gironde (Philippe Souleau), les Alpes-Maritimes (Jean-Louis Panicacci) et la Corse (Hélène Chaubin). Autant d’enquêtes minutieuses, à partir de sources variées, qui constituent un jalon important dans la connaissance de cette organisation de masse, la seule que le régime de Vichy ait créée, donc « le meilleur instrument de mesure de son évolution ou, pour mieux dire, de sa désagrégation », comme le souligne Jean-Marie Guillon (Annales du Midi, Revue de la France méridionale, t. 116, n° 245, janvier-mars 2004, « Voyage dans la France de Vichy. La Légion française des combattants », Éditions Privat, 317 p., 16 €).
 
La politique internationale de l’URSS
 
 
Six ans après la parution dans Communisme (n° 49-50) d’un dossier consacré, à partir des nouvelles archives de l’ex-URSS, à la politique extérieure soviétique, la même revue a souhaité donner un aperçu des recherches actuelles. Sabine Dullin dégage les lignes directrices des questionnements actuels : la composante idéologique de cette politique, dont les articles aident précisément à affiner la définition, l’idée de l’intérêt national qui la détermine, les évolutions qui la caractérisent, la variété des acteurs qui l’animent. La diversité des approches doit beaucoup à celle des types d’archives aujourd’hui accessibles : archives du ministère des Affaires étrangères mais aussi archives militaires, archives du PCUS, de la fondation Gorbatchev, sans oublier bien sûr les archives occidentales. Après une partie documentaire présentée par Nicolas Werth sur la famine au Kazakhstan de 1931 à 1933, qui a entraîné la disparition d’1,7 à 2 millions d’habitants, on pourra lire un important article d’Oleg Ken sur « le double aspect de la stratégie soviétique en Europe centrale et orientale, 1925-1939 ». Derek Watson évoque « Molotov et la conférence de Moscou d’octobre 1943 ». Lorens Luthi traite des relations sino-soviétiques et de « l’effondrement de l’“unité socialiste”, du “rapport secret” à la conférence de Moscou, février 1956-novembre 1957 ». Thomas Gomart rend compte de « l’utilisation du dossier algérien par la diplomatie soviétique, 1958-1962 ». Petr Zidek retrace l’« aventure africaine d’un pays satellite : la Tchécoslovaquie en Guinée, 1958-1962 ». Marie-Pierre Rey étudie les relations entre « le Département international du Comité central du PCUS, le MID et la politique extérieure soviétique ». Enfin, Mikhaïl Narinski se livre à un essai d’« histoire orale de la fin de la Guerre froide ». Ajoutons les éléments bibliographiques et l’index, bienvenus (Communisme, « La politique internationale de l’URSS. Nouvelles approches », n° 74/75, 2003, L’Âge d’homme, 268 p., prix non indiqué).
 
Aux marges de l’Europe, l’Ukraine
 
 
Situant l’ambition de la revue qu’il dirige dans le prolongement de « l’activité déployée lors de cent cinquante années de sociétés savantes », Jean Cuisenier rappelle, en tête du numéro d’avril-juin 2004, qu’Ethnologie française se doit de « contribuer à la réflexion sur la pertinence du domaine français et européen comme cadre de recherche et de publication ». Si elle n’est pas seule, Dieu merci, à se fixer un tel objectif, elle a le mérite de l’envisager dans sa globalité, c’est-à-dire en y intégrant le plus souvent possible les pays de « l’autre Europe », celle située, naguère encore, de l’autre côté du « rideau de fer », aujourd’hui partagée par la nouvelle frontière de l’Union européenne. Après la Roumanie en 1995, la Russie en 1996, la Bulgarie en 2001, voici un bel ensemble sur l’Ukraine. La partie intitulée « Devenirs » est celle qui recoupe le plus directement les préoccupations des historiens, qu’il s’agisse de l’article de Galyna Bondarenko sur « l’Église, facteur d’évolution ethnoculturelle du peuple ukrainien au xx e siècle », de ceux de Valentyna Bonyssenko sur la grande famine de 1932-1933 et d’Oxana Kis sur « l’approche du “genre” dans les recherches historiques et ethnologiques », ou encore de celui d’Iaroslava Mouzytchenko sur « les vicissitudes du patrimoine ukrainien à partir de la Seconde Guerre mondiale » (Ethnologie française, « Ukraine. Terrains, éveils », 2004-2, avril-juin, PUF, 373 p., 22 €).
 
Que reste-t-il du modèle allemand ?
 
 
« Le modèle allemand, un modèle dé-passé ? » Tel est le questionnement commun aux auteurs réunis dans la dernière livraison de la Revue d’Allemagne. Pierre Koenig l’applique à la Constitution (« La Loi fondamentale, un modèle dépassé ? »), Gilles Leroux aux « réformes sociales des gouvernements Schröder (1998-2003) ». François Bilger et Eric Rugraff reviennent sur « Les trois chocs de l’économie allemande », le choc de la réunification qui a entraîné le choix de la solidarité nationale, le choc de la mondialisation qui suscite l’interrogation sur le modèle allemand, le choc de la monnaie unique, enfin, qui relance la discussion des règles européennes. À noter encore, de Catherine Iffly, « Du conflit à la coopération ? Les rapprochements franco-allemand, germano-polonais et polono-ukrainien en perspective comparée (1945-2003) » (Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, t. 35, n° 4, octobre-décembre 2003).
 
Homme, femme et genre (suite)
 
 
Parmi les huit articles réunis dans le dossier « Homme/femme » que publie, accompagnés d’une iconographie toujours remarquable, la revue Terrain, on signalera particulièrement celui de Valérie Feschet, « “Nouveaux pères” et “dernières épouses”. Les formes de la parenté en France à travers le droit de la famille (1999-2003) » (p. 33-52). Il s’agit d’un essai d’analyse ethnologique de l’évolution du droit de la famille, depuis le Code Napoléon jusqu’aux innovations législatives qui ont marqué la fin du 20e siècle. À lire également, sous le titre « Le déploiement du genre » (p. 109-128), la traduction d’un texte pionnier d’Erving Goffman, paru dans son ouvrage intitulé Gender Advertisements en… 1976. No comment (Terrain, 42, mars 2004, MSH Éditions, 168 p., 15,24 €).
 
Tabac et allumettes
 
 
Altadis, l’entreprise née en 1995 de la privatisation des monopoles d’État sur le tabac et les allumettes, a créé en 1999 un comité d’histoire, « Seita, Terres d’histoire », qui a pour mission de conserver et valoriser un patrimoine et une mémoire bi-séculaires (les premières traces archivées remontent à 1811) qui risquent pour le moins de partir en fumée de nos jours, mais cette fois par volonté contraire de l’État, devenu si soucieux de santé publique. Elle édite aujour-d’hui, grâce à Muriel Eveno et Paul Smith, sous la direction scientifique de Nathalie Carré de Malberg et après relecture de Sylvie Schweitzer, un opulent et très précis Guide du chercheur. Histoire des monopoles du tabac et des allumettes en France, xix e-xx e siècles, Paris, Éditions Jacques Marseille, 480 p. et un cédérom, prix non indiqué). On y trouve, pour appel du pied aux jeunes chercheurs potentiels, le détail des archives ouvertes, de l’entreprise et des fonds publics, une large recension des documents imprimés, audiovisuels et oraux, une foule d’annexes, index, glossaire, cartes, chronologie et bibliographie rétrospective. Cette heureuse minutie ne va pas, hélas, jusqu’à donner les coordonnées de « Seita, Terres d’histoire ». Les voici, puisées dans le précieux Guide des comités d’histoire et des services historiques de Florence Descamps, Sophie Cœuré et Valérie Lambert-Moreau : 182-188, avenue de France, 75639 Paris cedex 13 ; suzanne. ouguergouz@ altadis. com .
 
Tour de la France et Purgatoire
 
 
Deux articles au moins retiennent l’attention au sommaire du dernier numéro de French History. John Strachan relit le Tour de la France par deux enfants (et non Tour de France, abréviation répandue quoique fautive et qui prête à confusion, mais qui est reprise tout au long de l’article) pour mettre en lumière la coexistence de trois « récits de la nation », le romantique, dans la fidélité à Michelet, le religieux et le moderniste, dans cette première et durable synthèse républicaine à l’usage des écoliers français (« Romance, Religion and the Republic. Bruno’s Le Tour de la France par deux enfants », p. 96-118). Auparavant, Guillaume Cuchet propose un excellent résumé de sa thèse, « The Revival of the Cult of Purgatory in France (1850-1914) » (French History, vol. 18, n° 1, p. 76-95).
 
Des festivals et des frontières
 
 
Une occasion parmi d’autres de rappeler aux historiens du contemporain le profit qu’ils peuvent retirer de la fréquentation de leurs collègues géographes : au sommaire du dernier numéro des Annales de géographie, les historiens de la culture et de ses territoires apprécieront l’étude d’Arnaud Brennetot sur la distribution et le rayonnement des festivals en France (« Des festivals pour animer les territoires », p. 29-50). Et il faut savoir gré à Lucile Medina-Nicolas de proposer un bilan actualisé de « l’étude de la frontière. Un état des lieux à travers la production doctorale française » (p. 74-86) (Annales de géographie, n° 635, janvier-février 2004, Armand Colin, 16 €).
 
Du neuf à Besançon
 
 
Le Bulletin du Centre d’histoire contemporaine de l’université de Franche-Comté à Besançon (n° 7, 2003, tél. et fax : 03 81 66 54 33) est toujours aussi stimulant. Sa dernière édition est consacrée aux progrès de l’histoire du sport en Franche-Comté (l’éducation sportive sous Vichy, le football professionnel intégré dans un groupe industriel à Sochaux comme à Turin, le vélo et ses sociabilités dans le Jura), avec une mise au point historiographique générale. L’ensemble est complété, notamment, par un travail très neuf d’Odile Roynette sur les mots et argots de soldats, une étude de Stéphanie Krapoth sur les visions françaises et allemandes de l’autre entre 1919 et 1939 et le compte rendu d’une journée d’études sur « Devoir de mémoire et légitimité de l’oubli », puis par des informations sur les colloques, mémoires de maîtrise et publications du Centre.
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