Vingtième Siècle. Revue d'histoire
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629752
256 pages

p. 39 à 51
doi: en cours

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no 83 2004/3

2004 Vingtième siècle

Transgressions impossibles ?

L’avant-garde atonale et le champ musical parisien en 1954

Julien Mathieu  [*]
Dans le Paris du milieu des années 1950, marqué par une vie culturelle assez conservatrice encore, un groupe de jeunes musiciens se structure autour de la figure paternelle d’Arnold Schoenberg et de sa création, l’atonalité (avec comme chef de file Pierre Boulez) ou autour de recherches en laboratoire sur le matériau sonore. Une nouvelle esthétique, fondée sur la rupture avec le passé naît et conditionne une nouvelle morphologie du champ musical. Ces positionnements artistiques aboutissent à l’émergence d’une nouvelle rhétorique, toute entière tournée vers la défense de la modernité contre l’académisme, reconstruction de l’histoire visant à créer une nouvelle identité esthétique. In the middle of the 1950s, Parisian cultural life was still quite conservative. A group of young musicians, inspired by the paternal figure, Arnold Schoenberg, and his creation, atonality, was formed (the leader was Pierre Boulez). Another source of inspiration was laboratory research on sound. A new aesthetics, based upon a break with the past, was born. It influenced the development of a new morphology in the musical field. These artistic positions led to the emergence of a new rhetoric, entirely turned towards the defence of modernity as opposed to academicism, a reconstruction of history aimed at a new aesthetic identity.
Les noms de Pierre Schaeffer ou Pierre Boulez évoquent la vie musicale de l’après 1945 en France. Mais la façon dont s’affirme cette « avant-garde atonale » dans les années 1950 constitue l’un des aspects les plus obscurs de la vie culturelle de la Quatrième République. Ce coin du voile est levé ici. Dépassant une lecture exclusivement musicologique, l’analyse croise les domaines politique et musical pour interroger les stratégies d’affirmation et de rupture de ces jeunes musiciens dans leur champ de compétences.
Dans le Paris du milieu des années 1950, marqué par une vie culturelle assez conservatrice encore, un groupe de jeunes musiciens se structure autour de la figure paternelle d’Arnold Schoenberg et de sa création, l’atonalité. On envisagera cette avant-garde atonale durant l’année 1954, année durant laquelle elle se fit connaître, notamment par l’intermédiaire du célèbre scandale provoqué par la création de Déserts d’Edgar Varèse [1]. En laissant ici de côté la question de la réception de ses œuvres et en se concentrant sur l’étude de ses défenseurs, on voudrait tenter une approche de la place qui leur était dévolue au sein du champ musical parisien, champ dont il nous faudra expliquer brièvement le fonctionnement, à travers son rapport à l’État, à la radio, aux institutions musicales, aux lieux symboliques de fonctionnement et aux revues spécialisées et littéraires.
 
â—¦ L’avant-garde atonale
 
 
Il nous faut d’abord revenir sur le renouvellement des canons esthétiques que connaît la musique savante en France durant les années 1940 et 1950. À l’initiative des compositeurs Olivier Messiaen et René Leibowitz, tous deux appartenant à la génération d’avant-guerre, se transmirent en effet, par leur enseignement (le premier au Conservatoire, le second dans des cours privés), les innovations des compositeurs viennois Arnold Schönberg, Alban Berg et Anton Webern. Ces derniers décidèrent au début du siècle, afin d’enrichir les possibilités créatrices du compositeur, d’abandonner le système dit tonal qui régissait jusqu’alors la musique occidentale [2]. Les « trois Viennois » décidèrent de prendre la responsabilité, estimant que traiter hiérarchiquement les sons était devenu totalement obsolète, de décréter que toutes les hauteurs sonores de la gamme tempérée étaient strictement équivalentes. Ils les organisèrent en séries de douze sons (d’où le terme de dodécaphonisme puis de sérialisme), modulables ensuite en fonction des intentions de l’auteur. Lorsque cette musique fut, vingt ou trente ans plus tard, diffusée dans les cercles musicaux parisiens, en partie donc à l’instigation de Messiaen et Leibowitz, de jeunes compositeurs, tels que Pierre Boulez, s’en emparèrent afin de généraliser le principe du sérialisme à tous les paramètres sonores, c’est-à-dire pas seulement aux hauteurs sonores, mais également aux timbres, rythmes et intensités du son. Le sérialisme généralisé était né, de même que l’école atonale française. Dans le même temps, d’autres expériences musicales se faisaient jour, notamment au sein des laboratoires de la RTF. Pierre Schaeffer, polytechnicien de formation et son assistant Pierre Henry, y inventèrent la musique concrète : il s’agissait de recueillir des sons bruts (du quotidien, de trains, d’usines…) à l’aide d’un magnétophone puis de les retravailler en studio. Enfin, les jeunes compositeurs parisiens découvrirent à cette époque les travaux de musiciens allemands, tels que Karlheinz Stockhausen qui inventaient ex nihilo des sonorités nouvelles en studio : on parla à cet égard de musique électroacoustique.
 
â—¦ Le rôle de l’état et de la radio
 
 
L’avant-garde atonale ne fut guère favorisée par les pouvoirs publics, comme en témoignent les chiffres relatifs aux subventions allouées par l’État à la création musicale en 1954-1955 [3]. En étudiant les dépenses faites par le pouvoir politique en matière de promotion de la culture sous la Quatrième République, on constate que l’aide, toute relative au regard du total des fonds distribués, est surtout destinée à la création théâtrale et à sa décentralisation, ainsi qu’aux opéras nationaux (Opéra Garnier et Opéra comique) et aux grandes sociétés de concerts qu’étaient, à l’époque, les concerts Colonne, Lamoureux, Pasdeloup et les concerts du Conservatoire, très conservateurs dans le choix de leur répertoire. Il n’est donc pas étonnant de constater que la musique moderne ne disposait pas, à la fin de l’année 1954, de lieu de création spécialisé subventionné par les pouvoirs publics (puisque c’est par ce terme de musique moderne qu’à l’époque on nommait, avec un soupçon d’ironie, ce que l’on désigne aujourd’hui par musique contemporaine). De fait, en décembre 1954, un amateur de concerts de musique contemporaine avait tendance à se tourner vers le Domaine musical, association spécialisée dans la création d’œuvres de musique novatrice, créé par Pierre Boulez, avec l’aide de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, à la fin de l’année 1953, situé au Théâtre du Petit-Marigny [4]. Le Domaine avait pour vocation de faire connaître les œuvres classiques du répertoire atonal contemporain (Schoenberg, Berg…) ainsi que de créer des œuvres de jeunes compositeurs se réclamant de cette filiation (Boulez, Barraqué…). Or, le musicologue Jésus Aguila montre, témoignages à l’appui et après avoir consulté les comptes de l’association, le désintérêt total de l’État pour l’entreprise à ses débuts, c’est-à-dire pour les années 1953-1954. Ainsi cite-t-il le témoignage du critique musical Antoine Goléa qui, relatant l’entrevue entre Pierre Boulez, Jean-Louis Barrault et le ministre Jean Berthoin, affirme que ce dernier leur aurait répondu : « Je ne sais pas si la commission compétente envisage de vous accorder une subvention. Que voulez-vous, vos programmes sont par trop révolutionnaires ; et la France, Messieurs, c’est le pays de la mesure. » Si l’on considère que ces phrases reflètent bien la pensée du ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Mendès France, on ne peut qu’être frappé par leur similitude avec l’idéologie « petite-bourgeoise » dont Roland Barthes fit, à la même époque, le procès dans ses Mythologies : la création artistique se doit d’être « tempérée », « utile », en un mot : « morale » [5]. Quoi qu’il en soit, d’après les enquêtes de Jésus Aguila, en décembre 1954, le Domaine musical ne disposait d’aucune aide publique.
Si ce désintérêt peut s’expliquer par une conjoncture difficile, sur le plan intérieur où s’accumulent les attaques contre Pierre Mendès France, qu’elles viennent de l’opposition parlementaire ou des syndicats, comme sur le plan extérieur (querelle de la CED ou mouvements indépendantistes en Afrique du Nord, en particulier en Algérie), il n’en reste pas moins qu’on peut s’interroger sur ses motivations plus profondes : la musique contemporaine était-elle considérée comme inutile, trop élitiste ou trop différente ? Elle disposait toutefois d’une forme de tribune : la RTF, grâce, notamment, à son directeur de la musique, Henry Barraud [6].
Dans les années 1950, la radio vivait son apogée, le poste rythmant alors le cours de la vie quotidienne d’une majorité de Français. Le paysage radiophonique était encore largement dominé par les différentes chaînes de la radio d’État, la Radio-Télévision Française. Cette dernière, fondée à la Libération, demeurait toujours marquée par ce que l’on a appelé plus tard l’esprit de la Résistance, c’est-à-dire par une volonté de démocratisation culturelle [7]. La culture (ou, du moins, la « grande » culture) qui était au sortir de la guerre réservée à une très mince élite, devait, par l’intermédiaire de l’État, être diffusée le plus largement possible. Si le Théâtre National Populaire et la décentralisation théâtrale furent en apparence les réussites les plus visibles de cette politique, la radio y joua également un rôle important. Toutefois, écartelée entre des aspirations contradictoires, défense de la culture française contre réponse aux attentes du public, cette mission fut menée souvent avec difficulté, difficulté que ses responsables, notamment le Directeur de la radiodiffusion, Wladimir Porché, familier des milieux littéraires et intellectuels, tentèrent de résoudre par, selon le terme d’Hélène Eck, une « politique d’offre de programmes », c’est-à-dire par la spécialisation des chaînes [8]. Ainsi fut dévolue à une station spécifique, la Chaîne Nationale (l’ancêtre de France Culture), la mission de médiatiser la « haute » culture.
Cette dernière avait pour mission de « former le goût » des auditeurs, selon le terme de Wladimir Porché, en élaborant des programmes de « grande qualité [9] ». Toutefois, son audience était très faible : aux alentours de 3 ou 4 % des auditeurs [10]. C’était là le résultat de la politique volontairement élitiste de son directeur, Henry Barraud [11]. Or, ce dernier était également le responsable des services musicaux de la Radiodiffusion. Il fut ainsi l’artisan du développement de l’Orchestre National de France qui dépendait directement, et dépend toujours, de la Radio. Il lui confia la création de nombreuses œuvres de compositeurs français contemporains (il s’agissait là d’une mission de service public considérée comme fondamentale : la Radiodiffusion française se devait de promouvoir, avant toute chose, le répertoire français). Henry Barraud, lui-même compositeur, chercha à faire entendre, notamment sur les ondes de la Chaîne nationale, le plus grand nombre possible de représentants, sans, selon ses dires, se soucier de leur orientation esthétique, de la création hexagonale. Toutefois, si l’on observe la programmation de « grande musique » (selon le terme de l’époque, qui signifiait tacitement qu’il existait une « petite » musique) ainsi que les œuvres commandées par la Radio et retenues par le comité de la musique – composé de personnalités du monde musical, il assumait le rôle de comité de lecture et émettait des avis sur la programmation ; ses relations avec Henry Barraud étaient tout sauf excellentes –, on constate que la place réservée à la musique atonale était loin d’être prédominante : quelques créations, dont la Turangalîla Symphonie de Messiaen en 1950, Wozzeck de Berg la même année, Déserts en 1954, et quelques retransmissions [12]. Font exception les travaux du Club d’Essai – organisme interne à la RTF, mais relativement indépendant par rapport à la Direction de la musique – chargé de la recherche sur les possibilités sonores de l’outil radiophonique, dirigé par le poète Jean Tardieu. C’est d’ailleurs en son sein que naquit la musique concrète, sous l’impulsion, comme on l’a vu précédemment, de Pierre Schaeffer [13]. On peut donc, à la lumière de la place relativement limitée dévolue à la musique atonale dans la programmation de la Chaîne nationale, et à la lumière de l’audience très réduite de cette dernière, se faire une idée assez précise de l’étroitesse du public touché par ce type de musique [14].
Cependant, en seconde analyse, cette situation n’a rien de surprenant. À l’examen des instances chargées de choisir les œuvres diffusées par les médias officiels, constat peut être fait qu’elles étaient composées de personnages à la fois juges et parties dans le champ musical, puisqu’ils étaient compositeurs, directeurs d’institutions musicales, professeurs au Conservatoire ou critiques musicaux [15]. Ces derniers appartenaient de fait à cette catégorie intermédiaire de producteurs-promoteurs de biens culturels que Christophe Charle nomme les « hommes doubles » : « Tout auteur, tout savant doit en passer [à partir, notamment, de la deuxième moitié du 19e siècle] par les exigences non plus seulement d’un public qu’il pouvait toujours rejeter ou déclarer indigne ou incompétent mais de plus en plus par celles de ses propres semblables plus anciens, déjà installés, reconnus et gages d’accès à la reconnaissance. Les maudire, c’est se maudire soi-même [16]. »
 
â—¦ Les défenseurs de la tradition
 
 
Le champ musical légitime se présente, en effet, comme un monde apparemment fermé car solidement structuré. C’est un domaine de luttes permanentes, volontiers organisées de façon dichotomique. Les écoles, voire les chapelles, s’y organisent par opposition ou, pour être plus exact, par oppositions successives et répétées. Ces luttes sont rudes, sciemment violentes, les coups portés s’y voulant efficaces. On pourrait par ailleurs expliquer cette violence symbolique – mais cela demanderait une étude séparée et plus approfondie – par la formation même des musiciens sérieux, qui se fait au Conservatoire supérieur de Paris. Cette institution, représentante de l’académisme français, était chargée – elle l’est toujours, d’ailleurs, aujourd’hui – de reproduire les normes en vigueur en matière de formation des musiciens, normes marquées par une redoutable exigence corporelle. Le corps de l’apprenti y est soumis dès l’enfance à une gymnastique quotidienne extrêmement rigoureuse, le but ultime de ce travail étant de former des virtuoses, capables de se produire en public, ou bien des compositeurs rompus à l’art de l’harmonie, du contrepoint et de l’orchestration. Ces exigences, qui visent à l’excellence, peuvent être ainsi sources de frustrations, donc de violence verbale. En outre, tout musicien qui se respecte et veut avoir légitimité à parler de musique sérieuse doit en France sortir de ses rangs. Or, pour revenir plus directement à notre sujet, si l’on veut établir la forme globale des partitions du champ de l’année 1954, on peut schématiquement, en suivant les musicologues, voir s’affronter deux formations sur la scène musicale : les « classiques », majoritaires, tenants de la tonalité, donc de la règle, souvent professeurs au Conservatoire ; les « modernes », minoritaires, tenants de l’atonalité, donc de la transgression, représentant quelques-uns des élèves de ces mêmes professeurs.
À propos des premiers, le musicologue Jésus Aguila affirmait récemment : « Remarquablement mise en valeur par les musiciens français de l’entre-deux-guerres, l’“esthétique française” était un potentiel de force poétique, de fiction, de rêverie et de refuge. Après l’Occupation, la plupart des compositeurs continuèrent à exploiter les possibilités de ce langage musical : une macro-structure tonale, des procédés harmoniques hérités de Debussy, Fauré et Ravel, sur lesquels venaient se greffer quelques tensions contrapuntiques, quelques impertinences locales – à la manière du groupe des Six [constitué autour d’Erik Satie] –, quelques tournures folkloriques ou exotiques, quelques formules propres à Igor Stravinsky ou à Belá Bartok. Ce langage avait l’avantage d’être devenu familier au public […]. En contrepartie, il avait l’inconvénient d’être de plus en plus prévisible : ses invariants devenaient des stéréotypes [17]. » Ces compositeurs « d’expression harmonique » avaient été, pour la plupart, formés au Conservatoire ou à la Schola Cantorum, par Vincent d’Indy, Charles Koechlin, Paul Dukas, Albert Roussel ou Nadia Boulanger, « eux-mêmes héritiers directs de la génération de César Franck [1822-1890] ou Gabriel Fauré [1815-1924]. Les musiciens plus jeunes, nés après 1910 comme Marcel Landowsky, avaient suivi les traces de la génération d’Arthur Honegger ou André Jolivet [18]. » Il est aisé de se rendre compte de la place très importante qui était la leur dans la vie musicale à la lumière de la programmation des grandes salles parisiennes. Elle montre en effet, à côté d’une forte présence des grands classiques (Bach, Mozart, Beethoven, Wagner…), une nette prédominance des noms précédemment cités [19]. Toutefois, s’en tenir à ces quelques considérations ne suffit pas à notre analyse. Ce qu’il nous faut voir désormais, c’est comment ces compositeurs se considéraient et comment ils considéraient (ou déconsidéraient) ceux qui n’étaient pas de leur bord.
Sur ce point, l’étude de La Revue musicale, cette vénérable et respectée institution de l’univers musical français (elle existe encore aujourd’hui), sur une période d’un peu plus de deux ans, peut être d’un grand profit. Par exemple, en décembre 1953, paraît un numéro spécial consacré aux rapports entretenus entre la musique et le ballet [20]. À cette occasion, la revue demanda à de jeunes compositeurs quel était leur avis sur cette question. Tous nés entre 1920 et 1930, tous issus, à une seule exception près, sur un total de seize musiciens interrogés, des cours du Conservatoire, la plupart a déjà obtenu un Prix de Rome, concours musical renommé, dès l’époque de Debussy, pour son académisme, réputé ouvrir d’intéressantes perspectives de carrière. Il est frappant de constater que ceux d’entre eux qui se réclament d’une certaine tradition, celle évoquée plus haut par Jésus Aguila, sont favorables au ballet, dont ils exaltent l’aptitude à toucher le public, son caractère divertissant, charmant, « agréable à l’œil » ; de même affirment-ils sa capacité à sortir des ornières de la « musique à système », cette musique « dodécaphoniste »
qu’ils « détestent ». À l’inverse, les compositeurs se réclamant du sérialisme ou de la musique électroacoustique (minoritaires ici) rejettent catégoriquement le ballet, jugé « inutile », « dépassé », « mineur », etc. Or, ce dernier était une des formes d’expression musicale les plus appréciées par le grand public parisien. De nombreux ballets étaient ainsi programmés par l’Opéra ou l’Opéra comique [21]. Dès lors, se prononcer en sa faveur, en dehors de toute considération esthétique, c’était s’appuyer sur une valeur sûre.
Il existait une autre façon de légitimer son travail et, ce faisant, de le rentabiliser : la référence historique. Par exemple, à l’occasion de la parution d’un numéro spécial consacré à Belá Bartok, un vibrant hommage fut rendu au compositeur hongrois par Darius Milhaud, Jacques Ibert, Francis Poulenc et Gisèle Brelet [22]. Bartok a en effet le grand « avantage », par rapport à un compositeur comme Schoenberg, d’avoir composé une musique certes parfois difficile, mais tonale (ou, du moins, point trop éloignée du système tonal, même dans les usages de modes orientaux qui y sont faits) et qui se rapproche de « la spontanéité du chant populaire ». C’est donc une musique « accessible », proche, d’une certaine façon, d’un certain « réalisme » [23]. En outre, Bartok est mort dans la misère et en exil, ce qui ne peut que l’assimiler, de la part de ses exégètes ou thuriféraires, au mythe romantique du génie incompris, qui englobe un Mozart aussi bien qu’un Rimbaud.
Les compositeurs légitimes se voient donc parés de toutes les vertus. À ce sujet, l’ethnomusicologue André Schaeffner affirmait, en 1951, que « les historiens de la musique [et, par extension, les compositeurs] ne se sont jamais beaucoup interrogés sur ce qu’ils cherchent exactement », tout comme François Lesure, autre musicologue, notera deux ans plus tard que « la musicologie vit encore, plus ou moins inconsciemment, sur le mythe du héros […]. Aux chefs de file s’opposent seulement les compositeurs réputés “secondaires”, aux novateurs les attardés [24]. » C’est que se positionner par rapport à l’histoire de la musique, c’est avant tout se situer par rapport à ses concurrents vivants. L’histoire devient une caution, elle sert à établir une règle pour une tradition attachée à des valeurs éthiques : réalisme, attachement quelque peu condescendant au peuple, culte du grand homme et des ancêtres, affirmation virile et plutôt paternaliste de la nécessité d’un ordre d’airain. De fait, l’atonalité ne pouvait être vécue que sur le mode de la transgression de cette règle. Ainsi, par exemple, dans une série d’émissions diffusées par la Chaîne nationale, « Pour ou contre la musique moderne », deux représentants de la musique traditionnelle, le compositeur Daniel Lesur et le critique musical Bernard Gavoty, invitaient des musiciens à dire tout le mal qu’ils pensaient de la musique sérielle. Jacques Chailley, par ailleurs éminent musicologue, y fit un parallèle entre ce dernier et la fin de la musique grecque ou l’Ars nova médiéval, et pronostiqua sa fin prochaine, du fait qu’elle semblait « anti-naturelle [25] » ; on retrouve là un argument que Claude Lévi-Strauss développera quelques années plus tard. On découvre enfin, à travers cette manière de « parler la musique », une forme de doxa musicale, celle du « mélomane averti » dont Estebán Buch a pu dire (dans son ouvrage consacré à Alban Berg) qu’elle prétend avant tout « dire ce que musique veut dire », légitimant ainsi une forme de « noblesse sonore », déconsidérant du même coup d’autres formes de discours tenus sur la musique [26].
De fait, la conception de la musique qui était celle des tenants de la tradition, dont on ne doit pas faire, pour autant, un bloc uni, n’était, finalement, pas si éloignée de celle que l’on a pu évoquer plus haut : une musique divertissante, agréable, réaliste, utile, en un mot, bourgeoise mais, dans le même temps, aristocratique au sens où la façon correcte d’en parler demeurait très codifiée et réservée à une élite. C’est là du moins la façon dont elle fut perçue par les tenants de la subversion.
 
â—¦ Les tenants de la subversion
 
 
Ils occupent, à l’heure actuelle, une partie des places qui étaient celles des « défenseurs de la tradition » en 1954, comme l’a montré Pierre-Michel Menger, qui a par ailleurs étudié précisément leur rapport aux riches mécènes parisiens de la seconde moitié du siècle dernier [27]. Cinquante ans auparavant, ils avaient entre 25 et 30 ans et leur esthétique était avant tout centrée sur la rupture. Afin de comprendre cet état d’esprit, Jésus Aguila a tenté de le mettre en parallèle avec la situation historique qui était celle des années 1950, caractérisée par l’expression des ressentiments issus de la deuxième guerre mondiale et par les craintes suscitées par la Guerre froide [28]. Faut-il alors parler, pour cette génération d’artistes, qui comprend également des écrivains, des peintres et des cinéastes, d’une génération désenchantée, donc encline à devenir transgressive ? La fin d’une période de crise serait-elle donc, pour les élites culturelles, plus propice qu’une autre à la création subversive, en quête de pureté de la forme ? Serait-elle le ferment d’une « révolte contre le père », selon le terme du psychanalyste Gérard Mendel [29] ? Serait-elle le moment privilégié pour une recomposition de l’« espace des possibles » culturel, selon le terme de Pierre Bourdieu [30] ? Nous ne saurions répondre, en si peu de lignes, à une telle question. Nous nous contenterons simplement d’une première analyse de la structuration de ce groupe transgressif.
En son sein, la rupture – et sa cohorte de synonymes – y est donc toujours présentée comme nécessaire : rupture avec la tonalité, rupture avec les tenants du « classicisme français » considérés comme dépassés, « le renouvellement des moyens employés étant constamment exigé » afin de « réaliser » les « utopies » de la nouvelle musique, « juste le temps de pulvériser certaines habitudes déjà vieilles » [31]. Relativisons tout de suite la nouveauté de cette rupture, dans le sens où elle n’est jamais, dans l’absolu, que la continuation d’une tradition fort ancienne, qui remonterait au moins au romantisme, mais dont on pourrait trouver la genèse dans un temps plus reculé. Comme l’a montré Françoise Escal, la musique, comme tous les arts « sérieux », est soumise au régime de la « nécessité historique », donc à la continuité de la discontinuité [32]. L’esthétique musicale d’un temps donné n’est jamais qu’un palimpseste volontaire : il s’agit avant tout d’effacer artificiellement les traces de ce qu’une longue histoire a transmis, de nier l’habitus musical qui est consubstantiel à tout compositeur savant. C’est là une action de légitimation de la nouveauté, nouveauté qui, bien évidemment, ne saurait exister sans la tradition. On ne peut nier que ce qui est. Le développement historique de la musique sérieuse n’est donc pas envisageable, du moins en Occident, sans l’existence de ce couplage de notions interdépendantes et apparemment opposées : la tradition et la modernité. La tradition, de fait, ne peut s’établir, en tant que principe d’autorité, que parce qu’elle suppose l’éventualité d’une transgression, tout comme la transgression ne peut advenir, en tant qu’élément de subversion, que parce qu’elle s’oppose à une tradition donnée.
Par conséquent, les tenants de la modernité, dans les années 1950, ont dépensé beaucoup d’énergie à développer un corpus de références sciemment conçu comme opposé en tous points à l’« ordre musical ». Ainsi, pour l’école sérielle, est appelée en renfort la génération de 1870-1880 : Schoenberg, Berg, Webern, Stravinsky (celui du Sacre du printemps) et Varèse, puis les recherches rythmiques de Messiaen, les nouveaux timbres du piano préparé de Cage, le Moyen Âge (Guillaume de Machaut, l’Ars nova) et les musiques d’autres civilisations (le Japon et sa musique théâtrale, celle du et du Kabuki, l’Inde et ses Râga, Bali et Java et leurs orchestres de percussions résonantes – les Gamelans, l’Afrique pour ses percussions « sèches »), etc. [33] Le choix de ces références, en dehors de toute considération esthétique, est stratégique, puisqu’il s’agit de musiques, soit composées par des hétérodoxes, soit de musiques extra-européennes considérées, jusque-là, comme des musiques mineures ou utilisées seulement pour conférer une note d’exotisme à des pages musicales.
La volonté de se démarquer passe également par l’utilisation d’une nouvelle terminologie musicale. On utilisa alors volontiers des termes issus du domaine scientifique : on parla de recherche musicale, on compara le processus compositionnel à des modèles mathématiques ou physiques. Le concept de série généralisée prit ainsi l’allure d’un algorithme ; les schémas explicatifs remplacèrent les classiques livrets de concert. Maurice Le Roux affirma, par exemple, en 1953 : « La véritable musique contemporaine, héritière de la rigueur de la pensée de Webern, celle qui a conscience d’une mission plus importante que de délasser, séduire, amuser, pourra-t-elle trouver sa place dans un art essentiellement empirique [34] ? »
Or, à la lumière de ce témoignage (et de bien d’autres), il est frappant de constater, de façon générale, que le sérialisme et les différents courants musicaux avant-gardistes de l’époque, ont calqué leur discours sur un certain type de langage révolutionnaire qui est, en fin de compte, très proche du discours communiste. À travers ces mots est conspuée, tout d’abord, une conception bourgeoise de la musique : on refuse le délassement, l’hédonisme hérité de la tradition romantique puis debus-syste ; ainsi sont voués aux gémonies Schubert, Chopin, etc., alors que, d’une certaine manière, la logique musicale de la rupture est directement inspirée du romantisme. De même, les nouvelles voies de compréhension du phénomène sonore se veulent fondées sur une démarche scientifique, tout comme le marxisme prétendait libérer le prolétariat par l’intermédiaire d’une praxis rationnellement conduite. En outre, sur le plan esthétique, le sérialisme généralisé est un système qui abolit les hiérarchies sonores héritées du système tonal : chaque hauteur est équivalente à une autre, de même que chaque timbre, chaque intensité et chaque rythme. Il s’agit donc d’une sorte de « communisme » des sons. En parallèle, la musique que Iannis Xenakis commence alors à composer – on pense, notamment, à Métastaseis, écrite en 1954 – est fondée également sur un refus des hiérarchies sonores, puisque le son y est traité par grandes masses, un peu comme des foules en mouvement. De son côté, Pierre Schaeffer traite d’objets sonores considérés jusqu’alors comme « réprouvés », « non-musicaux », « refoulés », ce que l’on appelle les « bruits » [35]. « Rupture des hiérarchies », « intégration des masses » et des « rɰrouvés », appel aux « refoulés » constituent une terminologie qui paraît tout sauf innocente, même si son utilisation n’était pas forcément consciente. Enfin, nombreux furent les commentateurs à rapprocher cette esthétique musicale du phénomène industriel, et notamment de l’usine : Theodor W. Adorno l’a fait, par exemple, sur le ton de la dénonciation, tandis que Hugues Dufourt y vit une sorte de preuve de meilleure compréhension de son époque [36]. Tout cela nous ramène donc obstinément au phénomène communiste, ce qui n’a rien d’étonnant pour les années 1950, profondément marquées par la Guerre froide. La logique de la transgression, pour des musiciens pratiquement tous issus de la moyenne ou de la grande bourgeoisie, les a probablement amenés à épouser, du moins en paroles et en musique, les thèses du « camp adverse [37] ». Toutefois, la comparaison tourne court au regard de la réalité de l’esthétique qui était alors celle du Parti communiste français, plus proche, en définitive, dans ce domaine, d’un certain populisme que de la culture des tenants de l’avant-garde culturelle. En fait, du côté de ces derniers, on ne retrouve pas, à notre connaissance, le cas d’un Luigi Nono, qui articula délibérément engagement politique au sein du PCI et innovation musicale ; il n’y eut manifestement pas à Paris, du moins durant les années 1950, de musique consciemment « engagée » politiquement ou, du moins, revendiquée explicitement comme telle, cette visée « éthique » de la composition étant même plutôt considérée comme dévalorisant un art qui « n’avait rien à faire avec la morale » [38].
 
â—¦ Les lieux de la modernité musicale
 
 
Il n’en demeure pas moins qu’au sein de la jeune génération musicale, les mots d’ordre et les ostracismes eurent pour effet de constituer progressivement de petites sectes organisées par des rites spécifiques et, par conséquent, de disposer d’un public et de lieux de diffusion de plus en plus spécifiques. Au milieu des années 1950, le moment était venu pour les atonaux, enfin, de jouer chez soi. Toutefois, en 1954, cet entre soi était assez réduit. En dehors des lieux de sociabilité habituels réservés aux seuls musiciens (couloirs et salles de cours du Conservatoire, laboratoires radiophoniques), en dehors des salons de grands bourgeois amateurs d’art (comme ceux de Suzanne Tézenas), les lieux fixes de diffusion de la musique atonale se résumaient approximativement à quelques points de l’un des quartiers les plus mondains de la capitale : dans le 8e arrondissement de Paris, autour du Rond-Point des Champs-Élysées. En effet, s’y situaient le Domaine musical fondé par Pierre Boulez et Jean-Louis Barrault, avec le soutien de mécènes (Théâtre du Petit-Marigny), ainsi que, d’une certaine façon, le Théâtre des Champs-Élysées (avenue Montaigne), salle de concert symbolique d’une certaine distinction et d’un goût pour le lancement de nouvelles modes, notamment à travers les scandales qui s’y produisirent (Le Sacre du Printemps de Stravinsky en 1913, manifestations dadaïstes en 1921, Déserts de Varèse en 1954). Sachant, de plus, que l’influence d’un mouvement artistique dépend toujours d’un facteur extrêmement important – se faire connaître –, il s’agissait également de s’assurer le soutien de membres de la profession. Nous avons vu que l’audience de la musique moderne était, tout compte fait, assez restreinte auprès de la RTF. Elle l’était également auprès des musiciens professionnels eux-mêmes : ainsi, selon l’ancien régisseur de l’Orchestre national de France, qui était alors la formation la plus célèbre et la plus prestigieuse du pays, les musiciens de cet ensemble ne cachaient pas leur aversion à l’égard de la nouvelle musique [39]. En ce qui concerne les publications musicologiques, nous avons vu qu’elles faisaient une petite place à cette dernière. Seuls quelques musicologues de renom, ou en passe d’être reconnus, prirent l’initiative de la défendre. On peut citer quelques noms : André Schaeffner fit créer plusieurs œuvres dans le cadre des Concerts de la Pléiade, tandis que Marina Scriabine, Boris de Schloezer et Antoine Goléa soutinrent leurs compositeurs dans la NNRF, pour les deux premiers, et Esprit, pour le troisième. Les créateurs qu’ils mirent ainsi en avant étaient, pour la plupart, issus du courant sériel (le nom de Pierre Boulez est celui qui revient le plus souvent). On peut remarquer, à propos de leurs articles et publications que, même si ces musicologues eurent souvent à cœur de dégager ce qui leur semblait erroné dans les nouvelles approches musicales, la tonalité de leurs écrits était toujours proche du discours de rupture qui était celui des « nouveaux » musiciens eux-mêmes, rupture ressentie comme la marque du « destin » propre au novateur [40]. Cependant, de façon plus générale, la présence, même discrète, de tels compositeurs dans ces revues pouvait signifier qu’ils commençaient à devenir à la mode [41]. En effet, ce qui comptait, à l’époque (et toujours maintenant, manifestement), pour être reconnu dans le monde si fermé, et si difficile, parfois, à définir, des élites culturelles, c’était de figurer en bonne place dans les grandes revues [42].
En ce qui concerne Les Temps Modernes, la revue alors la plus influente dans les sphères intellectuelles de la capitale, en cette année de rapprochement entre Sartre et le PCF, il est assez logique de n’y trouver nulle trace de musique moderne [43]. Cela pourrait s’expliquer par la volonté de coller au plus près des impératifs esthétiques du réalisme socialiste [44]. Pourtant, il faut nuancer ce jugement, puisque l’on y trouve ici et là des articles écrits par René Leibowitz, compositeur et pédagogue d’obédience très clairement « schoenbergienne », donc atonale [45]. On a vu, par ailleurs, tout l’intérêt que Sartre portait à la musique de Schoenberg, puisqu’il a écrit une préface fort élogieuse à l’un de ses livres [46]. Pourtant, il affirmait qu’il « est plus éloigné des ouvriers que Mozart ne l’était jadis des paysans », pour se demander, au terme de sa réflexion, quelle était l’alternative de l’artiste, entre la recherche formelle libre mais coupée des masses, ou la création contrôlée du programme jdanovien : « Réaction ou terreur ? Art libre mais abstrait, art concret mais obéré ? Public de masse mais inculte, auditoire spécialisé mais bourgeois [47] ? » Quoi qu’il en soit, Sartre confia à son ami musicien des chroniques dans sa revue, chroniques qui, toutefois, ne concernèrent que des compositeurs classiques (Beethoven, Verdi…). Au sujet des conceptions esthétiques de Jean-Paul Sartre, s’il est évident que toute production intellectuelle et culturelle est souvent politisée, voire politique, il faut se garder de toute simplification sur la réalité d’une musique qui serait « de droite » (bourgeoise) tandis qu’une autre serait « de gauche » (socialiste) [48]. Comme l’a montré Pierre Vaisse, parler d’un « art de droite » est toujours périlleux [49]. Surtout en ce qui concerne la musique, art non-référentiel. Toutefois, afin de préciser quelque peu cette question, examinons le contenu d’autres revues du temps.
Comme nous l’avons remarqué précédemment, ce sont deux revues de sensibilités alors plutôt « de gauche », Nouvelle NRF [50] et Esprit – cette dernière se voulant proche, malgré son catholicisme, du PCF – qui, les premières, tentèrent de mettre la musique moderne au goût du jour, certainement parce que cette esthétique du refus et de la recherche formelle semblait proche de la leur, la NNRF souhaitant peut-être effacer, en promouvant de telles recherches, l’opprobre qui avait été jeté sur elle suite à son attitude durant la guerre. D’autres revues, encore bien plus marquées politiquement puisque se réclamant ouvertement des principes communistes, étaient, quant à elles (et cela n’a rien d’étonnant) apparemment insensibles aux charmes des dissonances post-weberniennes. Ainsi, Europe, par l’intermédiaire de son critique musical, Frédéric Robert, exalta volontiers la musique des pays de l’Est, si « proche du peuple », tout comme La Pensée (dont le critique musical était Pierre Bonnoure) dans une tonalité assez similaire à celle du discours développé par les tenants de la « qualité française » [51]. Demeure enfin une revue qui se revendiquait clairement du libéralisme, conspuée par l’ensemble de la gauche communiste, celle où Raymond Aron écrivait, Preuves. On y trouve peu d’articles concernant la musique moderne, mais l’un d’eux mérite toute notre attention, par l’analyse tout à fait intéressante qui y est développée. Il s’agit d’une courte chronique, écrite par Denis de Rougemont, qui cherche à défendre la musique de son temps en essayant d’abattre certains « préjugés » qui circulent à son égard :
« La “musique moderne” […] n’est guère plus qu’une manière de parler. C’est l’invention de ceux qui ont décidé qu’après Wagner, il n’y avait plus que des bruits désagréables. […] Bref, la “musique moderne” est celle que l’on n’aime pas.
[…] Parler de musique “moderne” en général, comme on le fait, c’est supposer quelque manière d’école, de style commun, de ton d’époque dont je n’aperçois pas de témoignages concluants au 20e siècle […] Aucune époque peut-être n’a connu moins d’unité que la nôtre.
Il faut pousser un peu plus loin le paradoxe. S’il est tout de même un caractère commun aux compositeurs d’aujourd’hui, c’est qu’ils sont justement moins “modernes” et moins naïvement de leur temps, que ne le furent un Rameau, un Haydn ou un Mozart. Pourquoi cela ? Parce qu’ils écrivent de la musique en connaissance de toute l’histoire de la musique – d’après elle, pour faire autre chose. Ils ont perdu la bonne conscience naïve de l’artiste acceptant les lieux communs du temps.
[…] De là sans doute le ton crispé, voire coléreux de beaucoup de jeunes théoriciens. On les sent beaucoup plus affectés par les résistances qu’ils prévoient que joyeux de leurs découvertes. […] C’est qu’ils se placent et se regardent dans l’Histoire. Il semble que leur principal souci soit de s’intégrer dans une évolution qu’ils déclarent “nécessaire” ; dans on ne sait quelle logique hégélienne de l’Histoire. […] Les “nécessités nouvelles de la musique”, que l’on invoque, ne sont telles que pour l’oreille et l’intelligence d’un très petit groupe d’hommes connaissant toute l’histoire des techniques musicales [52]. »
Si cet article tend à prouver l’intérêt porté à la « nouvelle musique » par la droite « libérale », on ne peut pour autant en conclure que cette esthétique musicale était fondamentalement « de droite ». En revanche, on peut y déceler la confirmation d’une idée que nous avions précédemment esquissée : finalement, le rapport à l’Histoire développé par les dodécaphonistes peut se rapprocher de la téléologie hégélienne, voire marxiste, tout comme il n’est, en définitive – par son exaltation des héros de la musique, nécessaires fossoyeurs de la tradition – pas si éloigné de l’éthique des tenants de la tradition, dans le sens où l’histoire de la musique serait toujours instrumentalisée par ceux qui y participent à des fins de positionnement dans le champ musical.
 
â—¦ Épilogue
 
 
La « nouvelle musique » s’affirma donc, dans les années 1950, par ses refus stratégiques et son esthétique de la rupture, marquée notamment par une certaine mise en scène de la violence verbale. C’est que l’enjeu était avant tout la liberté de création de l’école sérielle, revendiquée avec passion, le communisme apparent de ses membres (communisme purement sonore, en tout cas rarement marqué par des prises de position directement politiques), étant alors comme la face délibérément inversée de la culture aristocratique de la jouissance hédoniste et distinguée qui était celle des compositeurs académiques, représentants du dogme enseigné au Conservatoire. Il s’agissait également de se faire connaître des milieux les plus distinctifs de la capitale : mécènes, directeurs de théâtres, critiques, éditorialistes de revues culturelles.
Il n’est donc guère étonnant, de ce point de vue, que leurs œuvres suscitent réprobation, injures ou indifférence, puisque tel était leur but premier, avoué ou non. Paradoxalement, c’est peut-être à partir de ce constat « d’incommunicabilité » que cette forme d’expression artistique a pu naître, car elle l’a fait exister dans le champ musical de l’époque. Ce phénomène apparemment contradictoire d’attraction et de répulsion peut s’expliquer par une logique, en quelque sorte, de transgression impossible (ou de double lien), dans le sens où cette volonté des fils de s’opposer aux pères dans leurs canons esthétiques fut peut-être le meilleur hommage que les premiers aient pu rendre aux seconds : en rejetant le dogme, on se montrait digne, finalement, de la lignée ; par l’expérience des limites, on recréait une règle proche, dans ses présupposés, des canons précédents. La musique atonale, dans sa version parisienne, n’abolissait donc pas l’histoire ; elle y trouvait, bien au contraire, son fondement et presque sa propre négation. La machine de guerre atonale, dans ses mots d’ordre fonctionnant comme une sorte d’appel à la réalisation d’un destin imaginaire, a par ailleurs fini, d’une certaine manière, par atteindre son but à la fin du siècle dernier : obtenir une part du pouvoir musical, comme pourraient l’attester, par exemple, la création de l’Institut de recherche et de coordination acoustique/ musique (IRCAM) en 1975, l’attribution d’une chaire au Collège de France à Pierre Boulez ou, tout récemment, la création d’un DEA commun à l’École des hautes études en sciences sociales, l’École normale supérieure, le Conservatoire supérieur de Paris et l’IRCAM, consacré aux rapports tissés entre l’histoire, la musique et la société. En somme, s’est finalement créé un consensus entre la tradition tonale, toujours bien vivante, et une autre tradition, l’atonale, plus récente, toujours minoritaire en termes d’audience, non plus concurrente mais tolérée ou, du moins, associée à la précédente puisqu’en étant issue.
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NOTES
 
[1] Cf. Julien Mathieu, « Un mythe fondateur de la musique contemporaine. Le scandale provoqué par la création de Déserts d’Edgar Varèse », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 51-1, janvier-mars 2004, p. 130-153, « “Tragédie”, “Mythe”, “Téléologie”. L’a posteriori d’un scandale vu à travers l’exemple de Déserts de Varèse », in Didier Francfort et Simone Mazauric (dir.), Culture de la provocation. Actes du colloque tenu les 10, 11 et 12 décembre 2003 à la faculté de droit de Nancy, à paraître. Ces articles sont des reprises retravaillées de notre travail de maîtrise, Dissonance et transgression. Propositions pour une étude du « scandale » provoqué par la création de Déserts d’Edgar Varèse (Paris, 2 décembre 1954), dirigé par Didier Francfort, université de Nancy 2, juin 2000.
[2] Le système tonal est fondé sur l’idée qu’il existe une hiérarchie stricte devant régir les rapports entretenus par les différents sons de la gamme dite tempérée (do, ré, mi, fa, sol, la, si ainsi que toutes les altérations – dièses et bémols, qui permettent de rajouter cinq hauteurs sonores intermédiaires à ces sept sons de base, ce qui, au total, fait douze sons utilisables). C’est cette hiérarchie qui organise une œuvre musicale (par exemple, une œuvre dite en do majeur aura comme note tonique le do, c’est-à-dire que ses mélodies et ses accords auront cette hauteur sonore comme centre de gravité). Cette hiérarchie fut, par ailleurs, très longtemps considérée comme régissant un ordre naturel. Cette hiérarchie naturelle a manifestement tout à voir avec le fait que la musique savante fut très longtemps une musique de cour, phénomène social qui commença à être remis en question durant tout le 19e siècle par les musiciens lorsqu’ils choisirent, dans la mouvance romantique, de prendre leur autonomie par rapport à l’aristocratie curiale, à la manière d’une « révolution bourgeoise ». Cf. Norbert Élias, Mozart. Sociologie d’un génie, traduit de l’allemand par Jeanne Etoré et Bernard Lortholary, Paris, Le Seuil, coll. « La librairie du xx e siècle », 1991 et Estebán Buch, La Neuvième de Beethoven. Une histoire politique, Paris, Gallimard, coll. « La Bibliothèque des Histoires », 1999.
[3] Cf. Jeanne Laurent, La République et les Beaux-arts, Paris, Julliard, 1955 ; Jean-François Chougnet, « Réconcilier l’État et le génie », in Pierre Gumplowicz et Jean-Claude Klein (dir.), Paris 1944-1954. Artistes, intellectuels, publics, la culture comme enjeu, Paris, Autrement, coll. « Mémoires », n° 38, 1995 ; Journal Officiel – Lois et décrets, 5 janvier 1954, n° 5, et 1er janvier 1955, n° 1 (cf. décret n° 53-1344 du 31 décembre 1953, p. 269 pour le premier, et décret n° 54-1316 du 31 décembre 1954, p. 39 pour le second). Documents parlementaires – Conseil de la République, annexe n° 5 et annexe n° 203.
[4] Dominique Jameux, Pierre Boulez, Paris, Fayard-SACEM, 1984. Jésus Aguila, Le Domaine musical. Pierre Boulez et vingt ans de création contemporaine, Paris, Fayard, 1992.
[5] Jésus Aguila, Le Domaine musical…, op. cit., p. 57. Roland Barthes, Mythologies, Le Seuil, 1957, réédité en 1970 dans la collection « Points » (cf. l’article relatif à « l’art musical bourgeois »).
[6] Hélène Eck, La radiodiffusion française sous la IVe République. Monopole et service public (août 1944-décembre 1953), thèse de doctorat d’histoire dirigée par Jean-Jacques Becker, université Paris 10-Nanterre, 1997.
[7] Jon Cowans, « Political Culture and Cultural Politics. The Reconstruction of French Radio after the Second World War », Journal of Contemporary History, vol. 31, 1996, p. 145-170, notamment sa conclusion, mitigée quant à la réussite du projet culturel issu de la Résistance, p. 166.
[8] Archives nationales, Centre des archives contemporaines de Fontainebleau (désormais CAC), versement n° 900214/article 3/dossier 1. Hélène Eck, La radiodiffusion française sous la IVe République…, op. cit., p. 595.
[9] CAC, versement n° 900214/article 6/dossier 1.
[10] « Une enquête par sondage sur l’auditoire radiophonique », INSEE. Supplément au Bulletin mensuel de statistique, janvier-mars 1954, p. 31-58 et juillet-septembre 1954, p. 22 ; cf. également CAC, n° 900214/6/1.
[11] Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion, n° 43, décembre 1994 – février 1995, notamment p. 163 bis : « J’ai toujours eu une conception absolument élitiste de la Chaîne nationale. »
[12] « Grilles de programmes de la Chaîne nationale », Service des archives écrites de Radio France. « Comptes rendus de lecture du Comité de la musique », CAC, versement n° 900214/article 21/dossier 2.
[13] CAC, versement n° 950218, carton 22.
[14] Henry Barraud, « Musique… », La vie de la radio. Bulletin intérieur de la Radio-Télédiffusion Française, n° 10, décembre 1954, p. 11.
[15] La composition du comité de la musique est, à cet égard, tout à fait éclairante (cf. CAC, n° 900214/20/2) : s’y trouvent des compositeurs de la génération d’avant-guerre, souvent professeurs au Conservatoire (Florent Schmitt, Louis Aubert, Marcel Dupré, Georges Auric…), ainsi que des critiques musicaux (René Dumesnil, Bernard Gavoty), souvent, dans le même temps, musicologues.
[16] Christophe Charle, « Le temps des hommes doubles », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, janvier-mars 1992, n° 39-1, art. cité, p. 85.
[17] Jésus Aguila, « Musique contemporaine, le temps des ruptures », in Pierre Gumplowicz et Jean-Claude Klein (dir.), Paris 1944-1954…, op. cit., 1995, p. 151-153.
[18] Parmi les plus connus – et les plus joués – à l’époque, on peut citer Claude Delvincourt, Henri Dutilleux (dans sa première manière), Georges Enesco, Arthur Honneger, Jean Rivier, Georges Auric (membre du Comité de la musique de la RTF), Henry Barraud, Henri Tomasi, Henri Sauguet, Maurice Duruflé (même remarque que précédemment), Manuel Rosenthal, André Jolivet (qui fut pourtant l’élève de l’« atonal » Edgar Varèse), Daniel Lesur (chroniqueur à la Chaîne nationale) ou Jacques Chailley. Il faut, ici, noter que la grande majorité des membres du comité de la musique de la RTF appartenaient à ce courant musical. La citation provient de Jésus Aguila, Le Domaine musical…, op. cit., p. 152.
[19] Le guide du concert et du disque, n° 49 à 61, du 5 novembre 1954 au 4 février 1955.
[20] La Revue musicale, n° spécial, « La musique et le ballet », n° 219, décembre-janvier 1953.
[21] Jacques Debû-Bridel, « Rapports d’activité de l’Opéra et de l’Opéra comique », janvier 1955, Conseil de la République – Documents parlementaires, rapport n° 203.
[22] « Bartok », La Revue musicale, numéro spécial, n°224, 1955, p. 17-40.
[23] En pleine période de guerre froide et de réalisme socialiste, est-ce là si étonnant ?
[24] André Schaeffner, « Musique populaire et art musical », Journal de Psychologie, janvier-juin 1951, p. 252 et François Lesure, « Musicologie et sociologie », La Revue musicale, n° 221, 1953, p. 9.
[25] Jacques Chailley, Bernard Gavoty, Daniel Lesur (réal.), Pour ou contre la musique moderne, émission enregistrée le 1er décembre 1954, diffusée le 4 décembre 1954 à 19 h 01, Chaîne nationale, Phonothèque de l’INA. Claude Lévi-Strauss, Mythologiques 1. Le cru et le cuit, Paris, Plon, 1964.
[26] Estebán Buch, Histoire d’un secret. À propos de la Suite lyrique d’Alban Berg, Arles, Actes Sud, 1994.
[27] Pierre-Michel Menger, Le paradoxe du musicien. Le compositeur, le mélomane et l’État dans la société contemporaine, Paris, Flammarion, 1983. Cet ouvrage (qui fut par ailleurs violemment critiqué par les acteurs de ce même champ) vient d’être récemment republié aux éditions L’Harmattan (2003).
[28] Jésus Aguila, « Musique contemporaine, le temps des ruptures », in Pierre Gumplowicz et Jean-Claude Klein (dir.), Paris 1944-1954…, op. cit., p. 154-155.
[29] Gérard Mendel, La révolte contre le père, Paris, Payot, 1994.
[30] Pierre Bourdieu, Les règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1998, notamment, II, 2, « Le point de vue de l’auteur. Quelques propriétés générales des champs de production culturelle ».
[31] Pierre Boulez, « Recherches maintenant », La Nouvelle NRF, n° 23, novembre 1954, p. 901 et p. 903.
[32] Françoise Escal, Aléas de l’œuvre musicale, Paris, Hermann, 1996 et, du même auteur, Le compositeur et ses modèles, PUF, coll. « Écritures », 1984. Françoise Escal a par ailleurs co-dirigé un colloque, tenu en 1994 à la MSH qui indique de nombreuses pistes relatives à une approche interdisciplinaire de la musique ; Françoise Escal et Michel Imberty (dir.), La musique au regard des sciences humaines et des sciences sociales, 2 vol., Paris, L’Harmattan, 1997.
[33] Olivier Messiaen (1908-1992) s’est beaucoup intéressé, dans sa musique, aux problèmes rythmiques ; il a ainsi inventé et développé – par sa grande connaissance des chants d’oiseaux – une série de rythmes très complexes (notamment les fameux « rythmes non rétrogradables ») qu’il a cherché à articuler avec un ensemble de modes tout aussi complexes. Il influença – par ses conceptions musicales et son ouverture d’esprit, qui s’étendait au-delà de l’Occident – profondément les étudiants qui suivirent ses cours au Conservatoire (parmi lesquels on peut citer Pierre Boulez, Jean Barraqué, Pierre Henry ou Iannis Xenakis ; cf. à ce sujet Jean Boivin, La classe de Messiaen, Paris, Christian Bourgois, 1995). L’enseignement de René Leibowitz, disciple de Schoenberg, fut également déterminant, après-guerre, dans la formulation des choix esthétiques qui furent ceux de « l’école sérielle » française. John Cage (1912-1998) est un compositeur américain qui plaça son œuvre sous le signe du hasard et qui composa en 1949 ses fameux Sonatas and Interludes for Prepared Piano, où il transforma le timbre de l’instrument à l’aide d’objets placés sur ou entre les cordes (gommes, stylos, etc.).
[34] Maurice Le Roux, « La musique et le ballet », La Revue musicale, n° 219, décembre-janvier 1953, p. 181.
[35] Pierre Boulez, Penser la musique aujourd’hui, Paris, Gonthier, 1963. Iannis Xenakis était, par ailleurs, architecte et ingénieur de formation (signalons qu’il n’appartenait pas à la mouvance sérielle), tandis que Pierre Schaeffer était polytechnicien, ce qui renforce l’idée d’une influence scientifique assez largement généralisée dans toute l’avant-garde musicale des années 1950 (Pierre Schaeffer, Traité des objets sonores, Paris, Le Seuil, 1966).
[36] Theodor W. Adorno, Quasi una fantasia, traduit par Jean-Louis Leleu, Paris, Gallimard, 1982, cf. p. 271-288. Hugues Dufourt, « Pierre Boulez, musicien de l’ère industrielle », in Harmoniques, n° spécial, « Le temps des mutations », n° 1, décembre 1986, p. 50-61.
[37] Pierre-Michel Menger, Le paradoxe…, op. cit.
[38] Entretien avec Pierre Boulez, décembre 1999. Luigi Nono, Écrits, trad. dirigée par Laurent Feneyrou, Paris, Christian Bourgeois, 1993 ; Jean-Sébastin Noël, L’engagement politique de Luigi Nono, mémoire de maîtrise d’histoire dirigé par Didier Francfort, université Nancy 2, 2002.
[39] Entretien avec René Batard, décembre 1999.
[40] Marina Scriabine, « Points sur les I », Nouvelle NRF, janvier 1955, n° 25, p. 167-170. Antoine Goléa, Esthétique de la nouvelle musique, Paris, PUF, 1954.
[41] Le rôle des revues en tant que lieux de lancement de nouvelles modes musicales n’est, bien évidemment, pas nouveau ; il s’agit là, apparemment, d’un phénomène initié au moins dès le 19e siècle. Cf , à ce sujet, le livre de l’historienne américaine Katharine Ellis, Music Criticism in Nineteenth-Century France. « La Revue et Gazette musicale de Paris », 1834-1880, Cambridge, CUP, 1995.
[42] Jean-François Sirinelli, « Les élites culturelles », in Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, Pour une histoire culturelle, Paris, Le Seuil, 1997.
[43] Cf. les deux ouvrages de Jean-François Sirinelli, Deux intellectuels dans le siècle, Sartre et Aron, Paris, Fayard, 1995, notamment p. 293-310, ainsi que Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au 20e siècle, Paris, Fayard, 1990, p. 143-172. Cf. enfin, Anna Boschetti, Sartre et Les Temps Modernes. Une entreprise intellectuelle, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun », 1985.
[44] Jeannine Verdès-Leroux, Au service du Parti. Le parti communiste, les intellectuels et la culture (1944-1956), Paris, Fayard/Minuit, 1983, notamment « L’art de parti », p. 269-304.
[45] René Leibowitz, « Connaissez-vous Verdi ? », Les Temps modernes, n° 108, p. 890-815, décembre 1954.
[46] Jean-Paul Sartre, « Préface » à L’artiste et sa conscience, repris dans Situations IV, Paris, Gallimard, 1964. On remercie Mme Françoise Escal de nous avoir aimablement signalé cette référence.
[47] Ibid., p. 21 et 37.
[48] Jean-François Sirinelli, « Les intellectuels », in René Rémond (dir.), Pour une histoire politique, Paris, Le Seuil, 1996.
[49] Pierre Vaisse, « Les arts », in Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, t. 2, Sensibilités, Paris, Gallimard, 1992.
[50] Remarquons tout de suite qu’il existe, bien évidemment, une différence de fond entre ces deux revues, Esprit privilégiant plus le débat politique et de société que la Nouvelle NRF, revue essentiellement littéraire, donc plus difficile à situer dans le champ politique.
[51] Frédéric Robert, « L’année de la musique tchèque », Europe, n° 107, novembre 1954, p. 181-186. Pierre Bonnoure, « La place de la musique dans la culture nationale tchèque », La Pensée. Revue du rationalisme moderne, n° 60, mars-avril 1955, p. 66-80 : « En Tchécoslovaquie, littérature et musique procèdent de la même origine, boivent à la même source : l’inspiration populaire ; la musique y puise le naturel, la sincérité, l’intérêt passionné de tous. C’est peu d’affirmer que cet art musical est issu du peuple ; il est le peuple même. » (p. 80).
[52] Denis de Rougemont, « Il n’y a pas de “musique moderne” », Preuves, juillet 1954, n° 41, p. 75-77.
[*] Julien Mathieu est enseignant et chercheur nancéien. Ses recherches actuelles portent sur la musique en tant que vecteur de démocratisation de la culture et de révolte imaginaire des dominés au 20e siècle.
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[1]
Cf. Julien Mathieu, « Un mythe fondateur de la musique cont...
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[2]
Le système tonal est fondé sur l’idée qu’il existe une hiér...
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[3]
Cf. Jeanne Laurent, La République et les Beaux-arts, Paris,...
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[4]
Dominique Jameux, Pierre Boulez, Paris, Fayard-SACEM, 1984....
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[5]
Jésus Aguila, Le Domaine musical…, op. cit., p. 57. Roland ...
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[6]
Hélène Eck, La radiodiffusion française sous la IVe Républi...
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[7]
Jon Cowans, « Political Culture and Cultural Politics. The ...
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[8]
Archives nationales, Centre des archives contemporaines de ...
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[9]
CAC, versement n° 900214/article 6/dossier 1. Suite de la note...
[10]
« Une enquête par sondage sur l’auditoire radiophonique », ...
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[11]
Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion, n° 43, décembre 1...
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[12]
« Grilles de programmes de la Chaîne nationale », Service d...
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[13]
CAC, versement n° 950218, carton 22. Suite de la note...
[14]
Henry Barraud, « Musique… », La vie de la radio. Bulletin i...
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[15]
La composition du comité de la musique est, à cet égard, to...
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[16]
Christophe Charle, « Le temps des hommes doubles », Revue d...
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[17]
Jésus Aguila, « Musique contemporaine, le temps des rupture...
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[18]
Parmi les plus connus – et les plus joués – à l’époque, on ...
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[19]
Le guide du concert et du disque, n° 49 à 61, du 5 novembr...
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[20]
La Revue musicale, n° spécial, « La musique et le ballet »...
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[21]
Jacques Debû-Bridel, « Rapports d’activité de l’Opéra et de...
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[22]
« Bartok », La Revue musicale, numéro spécial, n°224, 1955,...
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[23]
En pleine période de guerre froide et de réalisme socialist...
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[24]
André Schaeffner, « Musique populaire et art musical », Jou...
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[25]
Jacques Chailley, Bernard Gavoty, Daniel Lesur (réal.), Pou...
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[26]
Estebán Buch, Histoire d’un secret. À propos de la Suite ly...
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[27]
Pierre-Michel Menger, Le paradoxe du musicien. Le composite...
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[28]
Jésus Aguila, « Musique contemporaine, le temps des rupture...
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[29]
Gérard Mendel, La révolte contre le père, Paris, Payot, 199...
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[30]
Pierre Bourdieu, Les règles de l’art. Genèse et structure d...
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[31]
Pierre Boulez, « Recherches maintenant », La Nouvelle NRF, ...
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[32]
Françoise Escal, Aléas de l’œuvre musicale, Paris, Hermann,...
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[33]
Olivier Messiaen (1908-1992) s’est beaucoup intéressé, dans...
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[34]
Maurice Le Roux, « La musique et le ballet », La Revue musi...
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[35]
Pierre Boulez, Penser la musique aujourd’hui, Paris, Gonthi...
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[36]
Theodor W. Adorno, Quasi una fantasia, traduit par Jean-Lou...
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Pierre-Michel Menger, Le paradoxe…, op. cit. Suite de la note...
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Entretien avec Pierre Boulez, décembre 1999. Luigi Nono, Éc...
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Entretien avec René Batard, décembre 1999. Suite de la note...
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Marina Scriabine, « Points sur les I », Nouvelle NRF, janvi...
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Le rôle des revues en tant que lieux de lancement de nouvel...
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Jean-François Sirinelli, « Les élites culturelles », in Jea...
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[43]
Cf. les deux ouvrages de Jean-François Sirinelli, Deux inte...
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[44]
Jeannine Verdès-Leroux, Au service du Parti. Le parti commu...
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René Leibowitz, « Connaissez-vous Verdi ? », Les Temps mode...
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[46]
Jean-Paul Sartre, « Préface » à L’artiste et sa conscience,...
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[47]
Ibid., p. 21 et 37. Suite de la note...
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Pierre Vaisse, « Les arts », in Jean-François Sirinelli (di...
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