2004
Vingtième siècle
Dossier : Crises et conscience de crise
Les théories économiques et la crise de 1973
Lucette Le Van Lemesle
[*]
En matière de théorie des crises, l’héritage des théoriciens de la première révolution industrielle est encore vivant. Il est complété au début du 20e siècle par des recherches plus concrètes. Pourtant, la crise de 1930 trouve les experts bien démunis. Le keynésianisme met une dizaine d’années à s’imposer et confirme son efficacité pendant les Trente Glorieuses au point de faire croire à l’impossibilité du retour de crises profondes. La crise de 1973 remet en cause cet optimisme théorique. Ce sont les héritiers des théoriciens du 19e siècle qui rénovent la recherche et qui examinent comment affronter ce qui pourrait être le tournant vers une troisième révolution industrielle.
In crisis theory, the legacy of the theoreticians of the first industrial revolution is still allive. It was completed in the early 20th c. by more concrete research. Yet the 1930 crisis left the experts empty-handed. It took Keynesianism about ten years to establish itself and its efficiency was confirmed during the 30 glorious years, so much so that it was believed that deep crises were no longer possible. The crisis of 1973 challenged this theoretical optimism. The heirs of the 19th c. theoreticians are renewing the research and examining how to meet what could be a turing point towards a third industrial revolution.
Depuis le 18e siècle, les économistes ont cherché à comprendre les crises, pour mieux prévenir leur réédition. Par-delà l’originalité des théories qui s’efforcèrent d’expliquer le bouleversement induit par le choc pétrolier de 1973, force est, une fois encore, de revenir à l’histoire pour saisir l’importance des substrats qui nourrirent la réflexion des économistes et des historiens confrontés à un phénomène dont les conséquences se font, aujourd’hui encore, ressentir.
On attend souvent des économistes, que tel un bon médecin, ils soient capables de fournir les remèdes prêts à guérir ces maladies socio-économiques que le 20e siècle a dénoncées sous le nom de crise. La réalité est moins simple et de façon générale, c’est souvent après l’échec des remèdes jusqu’alors efficaces, que lentement s’élabore une typologie d’interventions, parfois contradictoires, mais peu à peu expérimentées jusqu’à ce que des résultats soient jugés suffisants.
L’arsenal anti-crise n’est pourtant jamais dépourvu d’armes. Les grandes théories explicatives existent parfois depuis plus d’un siècle, offrant des conseils conjoncturels qu’elles justifient. Nous examinerons d’abord ces héritages théoriques, toujours revendiqués, puis les mutations marquant les remèdes proposés face aux grandes ruptures économiques, avant d’évoquer les tâtonnements (mot cher aux économistes néoclassiques mais employé ici dans son sens littéral) qui président à la découverte de solutions qu’on espère enfin efficaces.
â—¦ Héritages historiques
Depuis le 19
e siècle, la récurrence des crises économiques a suscité des réflexions contradictoires. Dès le milieu du siècle elles ne paraissent plus liées à la seule pénurie des subsistances, aux conséquences des mauvaises récoltes de céréales. Elles naissent désormais dans le secteur des échanges et de leurs outils : monnaie, crédit, bourse. Répétées et quasiment périodiques, ces crises commerciales, parce qu’elles marquent essentiellement la sphère de la circulation, intéressent et inquiètent particulièrement les économistes libéraux, fervents partisans de la liberté des échanges. Sont-elles caractéristiques du progrès économique ? Leur périodicité dans un cycle court d’une dizaine d’années ne contribue-t-elle pas à assainir le monde de l’économie en éliminant, par un darwinisme qu’il faut accepter, les entreprises inadap-tées, les « canards boiteux
[1] » ? Dans cette optique, elles corrigeraient les surproductions relatives des cycles intra-décennaux.
Ces recherches conjoncturelles s’inscrivent sur un fonds, celui des grandes théories de l’École classique puis de leur contestation qui ont accompagné la première révolution industrielle en Grande-Bretagne et en France.
Outre la description des mécanismes de fonctionnement du monde économique, Ricardo et Malthus ont présenté, au début du 19e siècle, des analyses centrées sur une représentation des classes sociales en présence. Pour Ricardo, à l’occasion du processus normal de production des surplus (ce qui dépasse le nécessaire pour survivre), trois groupes sociaux sont en présence : les capitalistes, les propriétaires fonciers et les travailleurs salariés productifs. Des rapports de force se nouent alors entre eux dans le mécanisme de production et la répartition de ce surplus. Les capitalistes détiennent les machines nouvelles, les propriétaires possèdent la terre. Les travailleurs salariés quant à eux, servent à produire et sont dominés. Légitime, la recherche du profit aboutit cependant à une accumulation du capital qui favorise les détenteurs de machines plus que les propriétaires fonciers. Malgré ces intérêts contradictoires en matière de répartition, les crises ne sont que des accidents : en effet l’équilibre est naturel, puisque, pour Ricardo, la production crée sa demande. Plus sensible aux intérêts des propriétaires fonciers, Malthus raisonne différemment en soulignant que l’équilibre n’est plus automatique. Une régulation reste toutefois possible grâce au contrôle de la natalité.
Une trentaine d’années plus tard, Marx dont la pensée est nourrie par les classiques, s’en différencie sur deux points essentiels : d’une part il se place du point de vue des dominés, et d’autre part il introduit l’histoire et de ce fait relativise le mode de fonctionnement du monde économique. Le système de production capitaliste n’est qu’un système de fonctionnement économique, qui succède – mais peut précéder – d’autres systèmes possibles. Daté, l’ordre actuel peut et doit être dépassé. Lors du procès de production il prélève en effet sur les travailleurs salariés productifs une partie de la valeur qu’ils ont été seuls à créer, la plus-value, et ce sans la rémunérer, au profit exclusif de ceux qui détiennent les capitaux. Dans un tel système économique, caractérisé par le rapport salarial, jamais le salaire ne paie la valeur du travail produit. L’antagonisme est donc inévitable. Des crises sectorielles peuvent donc se produire quand la concurrence s’approfondit entre deux fractions du capital. Une crise globale, surtout, se profile quand les forces de production appelées à se développer entrent en contradiction avec le rapport salarial. La production ne peut plus être absorbée, achetée par un monde salarial qui s’appauvrit. Les intérêts sont toujours contradictoires, puisque même les innovations sont triées, choisies exclusivement en fonction des besoins solvables. Une crise générale du système est donc normale et prévisible. Son issue dépendra non des seules relations économiques, mais du rapport de force politique des adversaires sociaux en présence.
Face à ces visions du monde accompagnant la première révolution industrielle se produit une rupture au début des années 1870. En Grande-Bretagne avec Stanley Jevons, en Autriche avec Karl Menger et en France avec Léon Walras, trois publications indépendantes
[2] mais concomitantes fondent une tout autre représentation du monde de l’économie, intitulée, de façon discutable d’ailleurs, l’École néo-classique. Plus éloigné du concret, ce nouvel ensemble doctrinal rompt avec l’approche en terme de groupes sociaux antagonistes et s’efforce de construire un schéma abstrait du fonctionnement théorique de l’économie. Même si leur démarche est différente, ces trois œuvres convergent pour proposer une vision fonctionnaliste des acteurs sociaux. Les détenteurs de capital fournissent les services du capital, les détenteurs de terre celui du service de la terre, les travailleurs productifs celui des services du travail. Ce schéma abstrait exclut ainsi les contradictions d’intérêts. La société se résume à un système d’échange qui, toujours théoriquement, fonctionne sur la base d’une concurrence pure et parfaite et dans ces conditions parvient nécessairement à l’équilibre. Pour que ce système soit efficace, il faut et il suffit que chaque « agent économique », quelle que soit sa place dans la société, recherche lucidement son véritable intérêt et soit parfaitement informé des conditions réelles du marché qui lui permettent de l’obtenir. L’homo économicus, rationnel et conscient de son intérêt, capable d’obtenir une satisfaction maximale au moindre coût, était né. De façon plus générale, les agents économiques sans influence mutuelle, se rencontrent sur le marché et, par le jeu de l’offre et de la demande, produisent, comme face à un commissaire priseur, un système de prix d’équilibre. Globalement l’offre et la demande s’équilibrent et provoquent la meilleure utilisation des ressources, ce qui réalise ainsi l’équilibre général, que le Français Walras surtout s’efforce de mathématiser. Dans cette logique, l’équilibre général est naturel, à condition, bien sûr, que l’information soit complète, qu’il n’y ait pas de rapport de forces entre les acteurs, et que l’État s’abstienne d’intervenir intempestivement. La somme des intérêts individuels aboutit et à l’équilibre global, et à l’intérêt général. Une économie de marché, dans un contexte de concurrence parfaite, ignore par conséquent les crises.
Soulignons qu’à cette même époque, l’économie politique en France est perçue comme le support ou la justification des politiques économiques. À de rares exceptions près, les économistes militent pour le libre-échange. Longtemps refoulés des institutions publiques à prétention académique ou réfugiés dans des positions marginales, ils n’obtiennent qu’à partir du décret de 1877, une place de discipline obligatoire dans les facultés de droit, qui forment encore la majorité du personnel politique et de la haute administration. On comprend alors que l’économie pure de Walras ait été rejetée. D’autant plus abstraite qu’elle se présente sous la forme mathématique d’un jeu de fonctions et de dérivées, elle n’offre même pas aux contemporains le mérite de justifier le libre échange. Sur le plan de l’économie appliquée, Walras n’envisage-t-il d’ailleurs pas la nécessité de nationaliser les terres ? En revanche, les hommes qui veulent intervenir dans le contexte de longue dépression la perçoivent comme une apologie sans nuance du simple jeu de l’offre et de la demande. Walras sera ainsi évincé du système d’enseignement français, n’obtenant une chaire qu’à Lausanne. Son exclusion découle ainsi de ce double refus. Les libéraux récusent l’économie appliquée de Walras et les protectionnistes s’opposent à son schéma théorique.
En offrant une véritable place à l’économie politique – discipline jusqu’alors peu reconnue
– les facultés de droit organisent une formation spécifique. Pour recruter les nouveaux professeurs d’économie dans les facultés de droit, une agrégation d’économie politique est instituée en 1896. Les nouveaux agrégés (de deux à cinq tous les deux ans), acceptent de collaborer avec leurs collègues juristes à la grande œuvre réformiste et républicaine de rénovation du droit
[3]. La création de bonnes lois doit permettre à la société française d’affronter les conséquences sociales et politiques du retournement de conjoncture : la longue dépression s’achève et une augmentation des prix accompagne la reprise et les débuts de la deuxième révolution industrielle.
De la fin du 19
e siècle à la crise de 1929, on admet désormais que de graves crises de surproduction peuvent se produire, contrairement à ce qu’affirment, de façon bien optimiste, certains libéraux. La reprise de la croissance qui accompagne l’œuvre de rénovation républicaine suscite des recherches neuves. Dès 1909, le jeune agrégé d’économie politique Albert Aftalion étudie, statistiques à l’appui, l’opposition entre le temps nécessaire à la production des biens de production – ceux qui servent à produire outillage et machines – et le temps beaucoup plus court de la production des biens de consommation
[4]. Quand la demande fluctue, les temps de réaction de ces deux secteurs varient de façon telle qu’ils expliquent une partie des crises de surproduction, parfois accompagnées de surinvestissement. Un autre jeune économiste, Jean Lescure, avant même de passer l’agrégation d’économie politique, propose dès 1906 une thèse (suivie de nombreuses rééditions et mises à jour) sur « Les crises générales et périodiques de surproduction
[5] ». Il situe pour sa part la source des crises dans la sphère du profit. D’autres noms pourraient également être cités – Charles Rist ou Gaêtan. Pirou par exemple. À l’abri des facultés de droit, une autre méthode d’analyse des crises s’élabore, en associant l’histoire et la statistique. Les résultats visent à trouver des solutions concrètes aux problèmes réels. Émerge une génération de nouveaux « intellectuels » républicains. Pour la plupart jeunes professeurs issus de la nouvelle agrégation d’économie politique, ils reconnaissent avoir été marqués par l’Affaire Dreyfus. Après la guerre de 1914-1918 et durant les années 1920, ces travaux commencent à leur valoir une reconnaissance sociale qui dépasse les limites de l’Université. Les diverses théories des cycles longs, qui induisent l’idée de crises révélatrices du passage de la croissance lente au ralentissement ou l’inverse, complètent ces travaux
[6]. D’une part la crise correspond à un retournement des courbes de croissance ou de dépression. D’autre part elle se manifeste par des diminutions de production, des hausses ou des baisses brutales de prix, des faillites, du chômage, des difficultés dans le domaine du crédit.
À la fin des années 1920, on dispose donc, sur les crises, à la fois de théories globales et d’études concrètes. Le concept de crise existe et on sait utiliser des outils statistiques permettant d’en mesurer certaines manifestations.
â—¦ À nouvelle crise, nouvelles théories ?
Pourtant la grande dépression des années 1930 va, dans une large mesure, mettre en accusation cet héritage, dès lors que les remèdes proposés se révèlent inefficaces. Il est vrai que quelles que soient ses interprétations, cette crise ne se caractérise plus seulement par ses symptômes. « Par son ampleur sans égale, par l’importance de ses effets immédiats – chômage massif, effondrement de la production et des prix dans les principaux pays occidentaux – et de ses effets indirects à moyen terme – le nazisme et la seconde guerre mondiale –, la grande crise de 1929 et la grande dépression de près de dix ans qui la suit font problème tant du point de vue de leur statut théorique que de l’explication que l’on peut tenter d’y apporter
[7]. »
La victoire de la théorie keynésienne apparaît après coup comme une évidence. Mais les débats ont, en réalité, été violents. Chaque famille de pensée économique a tenté d’imposer ses interprétations.
Pour les marxistes, il s’agit non d’une simple crise de surproduction, mais d’une crise normale issue de la contradiction entre les forces de production et l’état des relations sociales. La puissante capacité de production moderne contraste avec les faibles capacités de consommation dans la mesure où les revenus du travail sont restés modestes durant la phase de reconstruction. L’existence de l’URSS où la conjoncture économique, telle qu’on la perçoit, semble très différente, confirme, du moins en apparence, que cette crise « inéluctable » révèle les contradictions spécifiques du capitalisme et annonce sa fin.
Pour les théoriciens des cycles longs, la crise annonce un retournement normal de conjoncture après la lente croissance ébauchée à partie de 1896. Un cycle court et un cycle long se superposent et les nécessités de la reconstruction amplifient leur effet.
Les théoriciens néo-classiques orthodoxes (Lionel Robbins ou Jacques Rueff) analysent le phénomène comme une crise classique, plus forte parce qu’elle suit la période de rattrapage qui succède à la grande guerre. Mais si les mécanismes d’ajustement de l’offre et de la demande ne peuvent plus jouer, et empêcher la crise, c’est surtout à cause de la force des mouvements ouvriers et des syndicats. En parvenant à empêcher la baisse des salaires, ils ont provoqué « une rigidité des taux de salaires à la baisse ». En fait à condition de rétablir les équilibres budgétaires, de libérer les marchés et de laisser baisser les salaires jusqu’au point où les détenteurs de capitaux auront intérêt à réembaucher, la crise ne peut être qu’assainissante et la reprise s’effectuera d’elle-même.
En fait, on le sait ex post, les politiques d’équilibre budgétaire des années 1930 ont accentué la déflation. La reprise ne s’opère pas et la crise, loin d’assainir la vie économique, s’approfondit. Ses conséquences politiques, bien connues (fascismes, crises des démocraties, seconde guerre mondiale) débordent notre sujet et ne seront pas traitées.
Si les solutions keynésiennes nous semblent familières, voire évidentes, force est cependant de souligner le temps, ou plutôt les temps longs nécessaires à leur acceptation. De l’expérience du New Deal aux États-Unis à la politique économique qui a suivi la Libération en France, le cheminement de cette théorie n’a pas eu pour les contemporains l’évidence qu’elle a eue ensuite. En France, tout particulièrement, Keynes est moins perçu comme le professeur de Cambridge, expert reconnu que comme l’homme qui après 1918 avait dénoncé le leurre et les dangers des réparations. Il est ainsi plutôt perçu comme un polémiste anti-français. Parue en 1936, la Théorie générale n’est traduite en français qu’en 1941 et connaît jusqu’en 1945 une diffusion très restreinte. Par ailleurs, après un léger recul à la fin du 19e siècle, les libéraux comme le professeur Germain-Martin reconquièrent des positions de pouvoir dans l’Université comme dans la vie publique. Plusieurs fois ministre, Germain-Martin devient l’incarnation de la politique de déflation. Il espère que la baisse des charges comme celle des prix « libérera les entreprises » et relancera le marché.
Or, la première originalité de la théorie keynésienne, consiste à refuser l’idée que les équilibres économiques se rétablissent d’eux-mêmes, ou grâce aux seules thérapeutiques libérales. Keynes ne méconnaît pourtant ni la nécessité de l’accumulation du capital, ni celle de la reconstitution des profits. Il propose une politique d’incitation par l’État, qui à terme restaure la possibilité réelle d’acheter les biens produits, donc la demande effective. En finançant de grands travaux, au prix de déficits budgétaires, l’État fournit des capitaux pour la production et distribue des salaires recréant ainsi du pouvoir d’achat. Il s’agit d’abord de « relancer » la machine économique
[8]. Cette relance, très annoncée, médiatisée, table également sur les anticipations des acteurs économiques. L’équilibre entre l’offre et la demande n’est possible qu’à condition que la production de masse soit absorbée par une consommation de masse. L’intervention de l’État doit ainsi favoriser tant cette consommation que cette production. C’est cette relation nouvelle qui a pris, après les études de Gramsci, le nom de fordisme social. La protection des salaires permet d’absorber la production et de reconstituer le capital. C’est cet ensemble d’interventions de l’État sur plusieurs secteurs associés qui permet une régulation de l’ensemble de la vie économique.
Or la théorie keynésienne, de 1945 à 1973 reçoit une confirmation empirique par le succès de la politique économique des Trente Glorieuses.
En France, cette politique se caractérise à la fois par des réformes de structures, des nationalisations, la sécurité sociale, l’extension du monde des salariés protégés (statut du fonctionnaire), la réforme des baux, la planification indicative, mesures auxquelles s’ajoute une mise en œuvre très conjoncturelle des remèdes keynésiens : grands travaux nécessaires à la reconstruction, indexation des prix et des salaires, consolidation du pouvoir d’achat grâce au salaire direct et indirect (prestations sociales). Ce fordisme social se conjugue à des actions conjoncturelles périodiques qui freinent ou relancent la vie économique. Et sur un fond d’inflation parfois forte, défavorable aux revenus fixes, mais stimulante pour tous ceux qui produisent, vendent ou empruntent, dans un contexte spécifique de domination du tiers-monde qui perdure malgré la décolonisation, l’économie française a connu des taux de croissance jamais atteints jusque lors et inégalés depuis. Une grande partie des Français entre ainsi dans la société « de consommation ».
On comprend pourquoi ce fonctionnement concret s’est accompagné d’un optimisme théorique. Une bonne théorie rend impossible le retour des crises graves et généralisées comme celle de 1930. En cas de conjoncture défavorable, l’application de remèdes keynésiens éprouvés vérifiera leur efficacité et confirmera leur statut de doctrine dominante. L’offre et la demande restent bien à la source du fonctionnement normal, mais leur équilibre reste placé sous la haute surveillance de l’État. Dans l’enseignement « modernisé » de l’économie les étudiants apprennent que les crises sont à la fois normales et évitables. Appuyés par un solide appareil statistique, les remèdes keynésiens pourront les réduire à une courte récession, empêchant le développement des crises profondes.
C’est dans ce contexte qu’éclate la crise de 1973. En fait elle apparaît d’abord comme un simple coup d’arrêt de la prospérité antérieure que provoque le choc pétrolier. Les pays de l’OPEP multiplient par quatre le prix du baril de pétrole. Les répercussions à l’intérieur des pays consommateurs sont immédiates. En France l’inflation atteint 14 %, dont 3 % sont imputés au pétrole. C’est une « simple » crise de l’énergie. Mais le déficit commercial augmente. Cette augmentation du coût de l’énergie concerne l’ensemble des pays industrialisés du Nord. Elle provoque « une chute des taux de croissance de la production industrielle (inégale et irrégulière), le ralentissement de la progression de la productivité, une élévation continue des taux de chômage et des faillites, phénomènes caractéristiques des crises
[9] ». Cette fois se profile le retour d’une crise courte classique.
On découvre en effet qu’au-delà de la conjoncture immédiate, des phénomènes sociaux, lourds de conséquences avaient été quelque peu sous-estimés. Dans la plupart des pays développés des mouvements sociaux, comme mai 1968 en France, avaient pris des contenus nouveaux. Par leur force, ils avaient contribué à freiner la rentabilité du capital. Le contenu nouveau associait, malgré leurs désaccords, la contestation étudiante au mouvement ouvrier. Il aboutissait à refuser à la fois le type de consommation de masse (la dénonciation de la société de consommation) qui avait soutenu la croissance des Trente Glorieuses et, dans le monde du travail, le mode de production taylorien qui avait soutenu la croissance. Les salaires nominaux avaient été bien défendus, mais l’inflation augmentait.
Avec la crise, l’inflation aggravée ne stimulait plus la croissance. Le terme de « stagflation » est alors forgé pour désigner l’association de cette inflation forte avec la stagnation. La « simple récession » prend décidément des allures de véritable crise durable, ce qui provoque une révision des interprétations.
â—¦ Nouvelle régulation ou amorce d’une ère nouvelle
Dans un premier temps en effet, la crise est niée, qu’elle soit réduite à l’état d’accident ou considérée comme le produit de la conjonction de divers facteurs accidentels exogènes. Ces interprétations de Robert Marjolin et de Raymond Barre sont rappelées par Jean Bouvier dans le chapitre écrit en 1981 sur « une crise économique insolite
[10] ». Pour le premier, la crise n’est « ni une fin du régime capitaliste, ni même une Grande Dépression, mais un choc sérieux… provenant d’une conjonction tout à fait extraordinaire de circonstances et d’erreurs, conjonction que l’on peut légitimement considérer comme unique, et non susceptible de se reproduire dans un avenir prévisible, même si certaines des conséquences de ce traumatisme doivent être durables ». Cette interprétation de « l’accident » date de 1977. Pour R. Barre en 1978, la crise résulte de quatre facteurs : dérèglement du système monétaire depuis 1968, vague inflationniste de 1971-1974 suivie de son indispensable « assainissement », hausse pétrolière et son effet déflationniste sur les pays industriels et enfin émergence des pays en voie de développement sur la scène internationale, en clair le changement des rapports de force avec le « Tiers Monde ». Pour R. Marjolin, la crise s’est étendue à cause des politiques de stabilisation des gouvernements (réduction de l’inflation). Pour R. Barre, c’est la conjonction de ces quatre facteurs « extérieurs » qui rend la sortie de crise si difficile.
En réalité, tant les politiques conjoncturelles que les théories reconnues semblent mises en échec.
Les politiques conjoncturelles n’ont pas empêché le choc pétrolier de se transformer en crise. Entre 1974 et 1981, sous la présidence de V. Giscard d’Estaing, se succèdent ainsi le plan Fourcade (1974) qui s’attaque, énergiquement mais sans succès, à l’inflation, la relance Chirac (1975) qui injecte 32 milliards (soit 2 % du PNB) dans l’économie. Si la croissance, en 1976, dépasse les 4 %, elle n’enraye ni le chômage, ni l’inflation. La politique d’austérité du gouvernement Barre, enfin, bloque le pouvoir d’achat mais non les coûts de production si bien que le chômage et l’inflation persistent. Le second choc pétrolier de 1979 accroît en 1980 le déficit extérieur et l’inflation à l’intérieur. Le nombre de chômeurs atteint deux millions. La politique d’austérité a échoué.
Mais la théorie keynésienne est, elle aussi, mise en accusation par les praticiens qui la jugent inefficace parce qu’elle minore l’internationalisation des faits économiques. L’action de l’État produit des effets pervers quand elle est anticipée. Elle augmente le chômage comme le coût du travail et freine l’embauche dans la mesure où elle provoque du chômage « volontaire » (refus d’embauche au-dessous du SMIC). Mais surtout, toute politique purement nationale est vouée à l’échec dans un environnement hostile à moins d’avoir les dimensions d’un continent et de fermer ses frontières. Au début des années 1980, la seule défense théorique de l’École keynésienne
stricto sensu vient d’Alain Barrère
[11]. Ce dernier analyse la crise comme une crise de type nouveau, une « crise organique ». Les charges sur le capital, comme sur les salaires croissant, le revenu réellement disponible pour la consommation comme pour l’investissement chute. La demande effective diminue ce qui transforme l’investissement en surinvestissement. À l’échelle nationale une politique économique globale plus impérative peut renverser cette tendance.
Les marxistes, pour leur part, se divisent désormais en plusieurs écoles, au moment même où le modèle soviétique commence, selon certains observateurs, à donner des signes de blocage. Pour les partisans français du capitalisme monopoliste d’État
[12], la crise s’explique par la « baisse tendancielle du taux de profit » liée à la suraccumulation du capital par rapport à ses capacités de rentabilité. Elle s’explique concrètement par le remplacement du travail vivant par des machines, du capital technique qui, lui, ne produit pas de plus value. Cette thèse représente une variante plus sophistiquée du marxisme classique. La sortie de crise pourrait intervenir non par la seule révolution, mais aussi par la recherche de nouvelles techniques utilisant moins de capital. Signalons que l’État est perçu comme le représentant, sans contradiction, du monde du « grand capital ».
Le marxisme a cependant réussi à fertiliser d’autres groupes, moins soucieux d’orthodoxie, plus orientés vers la critique. Pour le groupe qui se rassemble autour de G. de Bernis
[13], le marxisme est un outil théorique pour mettre à distance l’importance croissante des théories néo classiques. Comme Ricardo, cette école estime que les taux de profit tendent à s’égaliser, mais, comme Marx, qu’il existe aussi une loi de la baisse tendancielle du taux de profit. À chaque phase historique, ces deux lois se combinent différemment et se cristallisent dans des formes institutionnelles spécifiques qui assurent l’accumulation du capital, en le régulant. La crise se produit quand la loi d’égalisation des taux de profits ne joue plus. Les profits baissent de façon différenciée, provoquant des déplacements de capitaux rapides, d’une branche à l’autre, d’un pays à l’autre, sources de crises graves avant qu’une nouvelle régulation institutionnelle ne soit retrouvée. La crise naît donc toujours dans la sphère de l’accumulation du capital. D’autres écoles s’inspirent d’un marxisme critique. Elles soulignent la contradiction interne entre des secteurs d’accumulation capitalistes « normaux » et la naissance à l’intérieur de la société de secteurs qui échappent aux caractéristiques capitalistes (secteur public, nationalisations, développements de l’État providence). La crise peut alors naître d’un déséquilibre dans les rapports de fonctionnement de ces deux secteurs
[14].
D’autres enfin, voient dans la crise de 1973 une crise de suraccumulation du capital, liée à l’inflation. Mais pour eux la tendance se renverse quand le monde de la finance retrouve son hégémonie avec la politique de monnaie forte, l’éradication de l’inflation et le retour du capital « usuraire » qui accompagne la « financiarisation » de la société
[15].
D’autres écoles de pensée tentent également d’imposer leur synthèse. De façon assez contradictoire, l’effort théorique né de la crise voit le développement en France de l’École de la régulation, et, partout dans le monde, le renouveau des théories néoclassiques.
Née vers 1975, l’École de la régulation occupe une place importante dans la recherche économique française. Dans un effort de synthèse, entre l’histoire et l’ensemble des théories économiques, elle tente d’offrir une interprétation de la crise associant certains aspects du marxisme et du keynésianisme, tout en témoignant d’une bonne connaissance de l’évolution des néoclassiques. Elle part de l’inefficacité des interprétations traditionnelles, du « désarroi des économistes
[16] » face à la crise de 1973, qui contraste avec leurs certitudes antérieures. Les auteurs passent en revue, sans indulgence, leurs interprétations successives « un peu courtes et surtout inefficaces ». La démarche de l’École de la régulation consiste à analyser les spécificités historiques de la période pour comprendre la logique des bouleversements sociaux et économiques afin de dégager une issue à cette crise. Les auteurs s’intéressent particulièrement aux régularités historiques qui accompagnent les régimes d’accumulation du capital. Les conditions institutionnelles qui ont assuré une croissance sans précédent sont à repérer autant que « les tendances nouvelles qui apparaissent au cœur de la crise
[17] ».
R. Boyer distingue trois régimes d’accumulation : une accumulation extensive avec de faibles gains de productivité au 19
e siècle, une accumulation intensive sans consommation de masse jusqu’en 1929 (ce qui explique la crise des années 1930) et enfin une phase d’accumulation intensive avec consommation de masse, liée au fordisme social des Trente Glorieuses. Les formes institutionnelles sont indissociables du fonctionnement économique – systèmes monétaires, rapports salariaux, rapports de concurrence, types d’intervention de l’État notamment. La régulation réussie par des institutions adaptées explique les réussites économiques. La vision se veut globale et constate une crise du système de régulation. La crise de 1973 révèle à la fois le refus du taylorisme et du fordisme social, un changement des normes de consommation, mais aussi le rôle croissant des besoins de service dont la productivité s’accroît moins vite, sans omettre le coût excessif de l’État providence. Il faut par conséquent réinventer une autre forme de régulation dans une analyse globale intégrant les progrès de la mondialisation
[18].
Dans l’immédiat cette École n’a pas été tout à fait étrangère aux tentatives de relance par la demande opérée par la gauche entre 1981 et 1983 – bien que l’inspiration keynésienne ait également joué. Mais cette politique s’est heurtée aux limites nationales de l’efficacité keynésienne, dans un contexte international où la France était la seule à tenter cette politique. La véritable rupture se situe donc en 1983-1984.
À partir de cette date, les néoclassiques qui avaient déjà triomphé aux États-Unis (Ronald Reagan) et en Grande-Bretagne (avec l’arrivée au pouvoir de Margareth Thatcher) retrouvent une situation de domination théorique que le keynésianisme avait longtemps contenue. Triomphent alors les politiques économiques qui en découlent, en particulier la régulation par le libre jeu du marché.
Depuis les trois grands textes fondateurs des années 1870, les théories néoclassiques ne se limitent plus au courant walrasien de l’équilibre général (École de Lausanne) plus théorique et plus mathématisé, à l’École anglaise, qui s’est développée en laissant plus de place à l’histoire, et aux problèmes concrets (A. Marshall et A.-C. Pigou) ou au courant plus subjectiviste de l’École autrichienne (la valeur d’un produit vient des préférences des agents économiques). Cette mouvance a développé et perfectionné ses outils mathématiques. De nombreuses écoles existent, qu’illustrent des économistes travaillant aux États-Unis souvent « nobélisés ». Certains ont approfondi la mathématisation de l’équilibre général (Arrow, Debreu, Allais), d’autres s’attachant au rôle de la monnaie et critiquant son rôle inflationniste chez Keynes (Milton Friedman). Les anticipations rationnelles des agents économiques ont été analysées, toujours mathématiquement. Certains enfin, mesurent et critiquent l’inefficacité de l’État (l’École du « public choice ») ou approfondissent la micro-économie, à l’échelle de l’entreprise. Mais leurs points communs sont réaffirmés devant la crise : l’essentiel est la priorité de l’échange marchand, qui en économie réellement concurrentielle, aboutit à la flexibilité des prix. La concurrence doit être recherchée même si de nombreux modèles ont analysé la concurrence imparfaite. Les agents économiques ont à apprendre la rationalité et dans ce cadre le chômage ne peut être que « volontaire », puisqu’il provient du refus d’accepter de travailler à un prix inférieur à celui que l’on avait obtenu jusqu’alors.
Leurs thérapeutiques anti crises consistent logiquement à libérer le marché du travail de toutes ses entraves (Smic, réglementation du licenciement, protection sociale…) par une déréglementation associée à moins d’État. Elles tendent à réduire la pression fiscale sur les revenus élevés pour stimuler la consommation et l’investissement. Elles souhaitent surveiller la masse monétaire et les taux de crédit. Mais des études récentes, plus complètes
[19], s’attachant aux théories du déséquilibre et à leur propagation, réintroduisent des situations de déséquilibres concrets dans les analyses.
Depuis 1973, des éléments de reprise sont apparus. L’attention des théoriciens se porte désormais sur la mondialisation. Les aspects nouveaux d’une éventuelle troisième révolution industrielle sont envisagés. Dans un cadre mondial modifié, elle s’appuierait sur l’informatique et les services. Les mouvements longs ont retrouvé des analystes et la crise de 1973 pourrait alors s’interpréter comme le moment mal géré d’un important retournement de cycle long. Mais les effets de marché sont si évidents que les économistes néoclassiques ont regagné de l’importance, devenant les véritables gagnants théoriques de cette « crise insolite ».
Une troisième révolution industrielle, l’Europe face à la mondialisation, le décalage de plus en plus évident entre les frontières politiques et les espaces économiques… Ces évolutions donnent une importance grandissante aux extensions de ces espaces politiques ou économiques (Europe, zones de libre-échange). Ceux qui restent fidèles au keynésianisme rêvent de l’appliquer à l’échelle de l’Europe (J. Delors), voire, à long terme, du monde. Au plan théorique la division entre culture économique anglo-saxonne (confiante dans le rôle régulateur des marchés) et cultures plus interventionnistes subsiste même si certains partis réformistes commencent à intégrer, avec des résultats variés, une dose de libéralisme.
Pour l’historien, la nécessité de conclure sur un constat très partiel s’impose. Les théories sont des objets abstraits de longue durée et toujours réadaptables. Dans le même temps, aucune théorie n’a, jusqu’à présent, donné la preuve de son efficacité globale. Les opinions publiques habituées aux régulations keynésiennes se sentent dépouillées de leurs acquis. Deux types de théories coexistent par conséquent. Les unes conservent leur confiance dans le rôle du marché pour optimiser le fonctionnement économique, tout en concédant qu’une certaine dose de régulation, jamais précisément définie, toujours à renégocier, reste nécessaire. Les autres espèrent convaincre les espaces politiques plus grands des bienfaits d’une intervention régulatrice à retrouver. Seule conclusion acquise : la fin de l’optimisme théorique. On sait désormais qu’on ne dispose d’aucune théorie susceptible d’enrayer le retour de la crise.
â–¡
[1]
Clément Juglar,
Des crises commerciale et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis, Paris, Guillaumin, 1862.
[2]
William Stanley Jevons,
The Theory of Political Economy, London, Macmillan, 1871 ; Carl Menger,
Grundsätze der Volkswirthschafslehre, Vienne, Wilhelm Braumüller, 1874, et Léon Walras,
Éléments d’économie politique pure, 1874 et 1877, Lausanne, Corbaz.
[3]
André Topalov,
La nébuleuse réformiste, Paris, École des hautes études, 2000.
[4]
Albert Aftalion, « La réalité des crises de surproduction générales »,
Revue d‘économie politique, 1909 et « Les trois notions de productivité et les revenus »,
Revue d’économie politique, 1911.
[5]
Jean Lescure,
Des crises générales et périodiques de surproduction, Paris, Domat-Montchrétien, 1906. 5
e édition en 1938.
[6]
Simiand et Kondratiev. Schumpeter.
[7]
Bernard Rozier,
Les théories des crises économiques, Paris, La Découverte, 1988, 1991, 1993, 2000.
[8]
John Maynard Keynes,
Théorie générale, de l’emploi et de la monnaie, London, Macmillan, 1936.
[9]
Bernard Rosier,
op. cit., p. 63
[10]
Jean Bouvier,
Histoire économique et sociale de la France, Paris, PUF, 1982, t. 4, vol. 3, p. 1577-1622.
[11]
Alain Barrère,
La crise n’est pas ce que l’on croit, Paris, Economica, 1981.
[12]
Paul Boccara, Philippe Herzog et Louis Fontvielle. Cf. surtout P. Boccara,
Études sur le capitalisme monopoliste d’État, sa crise et son issue, Paris, Éditions Sociales, 1974.
[13]
Gérard de Bernis,
Contributions à « crise et régulation », Université de Grenoble II, GRECC, 1983.
[14]
Christian Barrère, Gérard Kebadjian et Olivier Weinstein,
Lire la crise, Paris, PUF, 1983.
[15]
Gérard Dumenil et Daniel Levy,
La dynamique du capital. Un siècle d’économie américaine, Paris, PUF, 1996.
[16]
Robert Boyer et Jacques Mistral, « Le temps présent. La crise, pesanteur et potentialité des années quatre vingt, »,
Annales, Économies, sociétés, civilisation, juillet-août 1983.
[17]
Robert Boyer,
La théorie de la régulation, une analyse critique, Paris, La Découverte, 1986. De nombreux autres chercheurs doivent être mentionnés dont Michel Aglietta, Robert Salais, l’école lyonnaise.
[18]
Le travail des économistes radicaux américains offre une variante à cette école. Ces chercheurs expliquent l’expansion et la crise américaine comme une « crise du système de la grande entreprise », appuyée par la domination mondiale américaine, les accords entre le capital et les organisations syndicales et le pacte entre citoyens et entreprises. L’État peut intervenir pour réguler l’activité économique, en arbitrant entre les besoins sociaux et les besoins de rentabilité des entreprises La crise est aussi une crise d’autorité, de l’État et des rapports de pouvoirs internationaux.
[19]
Edmond Malinvaud,
Réexamen de la théorie du chômage, Paris, Calmann-Lévy, 1980.
[*]
Lucette Le Van Lemesle
après avoir été maître de conférence à Paris 1, est devenue professeur à l’université de Metz, puis à Marne la Vallée. Émérite, elle est membre de l’IDHE et a notamment publié Le Juste ou le Riche, l’enseignement de l’économie politique (1815-1950)
(Comité pour l’histoire économique et financière, Paris, 2004).