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Vingtième Siècle. Revue d'histoire

2008/3 (n° 99)


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« Si la pensée raciale était, comme on l’a parfois affirmé, une invention allemande, alors la “pensée allemande” (quelle qu’elle soit) avait triomphé dans de nombreuses régions du monde de l’esprit bien avant que les nazis n’aient entrepris leur désastreuse tentative de conquérir le monde lui-même. »

« On ne peut se dissimuler que l’officier qui une fois a adopté l’Afrique [...] prend l’usage et le goût d’un gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier. [...] Sous le point de vue militaire, j’admire ces hommes ; mais je confesse qu’ils me font peur et que je me demande ce que nous ferions d’un grand nombre d’hommes semblables, s’ils rentraient parmi nous. »

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L’occupation par les nazis de Europe de l’Est et les exterminations qu’ils y ont perpétrées peuvent-elles être considérées comme un avatar du colonialisme ? Cet article stimulant examine la thèse actuellement en vogue d’une filiation directe entre les massacres commis par les Allemands contre les peuples Hereros et Nama à l’aube du 20e siècle et le génocide juif... pour finalement l’invalider, arguments convaincants à l’appui.

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En 1841, Alexis de Tocqueville, penseur averti de la chose politique, exprime une crainte qui sera plus tard reformulée et deviendra monnaie courante dans les postcolonial studies de ces derniers vingt ans. Selon lui, la violence exercée dans des contextes non européens pourrait revenir un jour en Europe à la manière d’un boomerang. Ce retour entraînerait une double conséquence : non seulement les Européens l’ayant organisée seraient devenus incapables de se réintégrer dans la société civile, mais encore les pratiques de l’extermination pourraient être adaptées et réimportées sur le continent.

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En France, comme on le sait, les écrits de Tocqueville sont récemment devenus l’objet d’une interprétation qui présente Tocqueville comme défenseur, voire précurseur, d’une pensée génocidaire. Par voie de conséquence, l’extrême violence dans le contexte de la conquête de l’Algérie est alors appréhendée comme une guerre d’extermination avant la lettre et dont certains parallèles avec la guerre d’extermination nazie et l’Holocauste ne seraient pas à exclure.

Les enjeux du débat

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Dans le débat outre-Rhin, une interprétation récente prétend avoir décelé des liens étroits entre les massacres commis par des troupes allemandes en Afrique au début du 20e siècle et l’Holocauste et propose par ailleurs de penser l’occupation et l’extermination nazie en Europe de l’Est comme un avatar du « colonialisme ». Le présent article a pour objectif à la fois d’analyser et de nuancer ce débat commencé dans plusieurs pays de façon plus ou moins isolée et de le replacer dans son contexte européen.

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L’interprétation des liens entre impérialisme et national-socialisme que Hannah Arendt expose dans son œuvre majeure Les Origines du totalitarisme (1951) est certainement l’une de ses thèses qui a fait par la suite le plus autorité sur le plan intellectuel. Pour Arendt, l’impérialisme européen de la fin du 19e siècle a servi de laboratoire aux doctrines raciales amalgamées et aux politiques bureaucratiques anonymes. De telles conceptions furent par la suite réimportées en Europe où elles se mélangèrent à un antisémitisme fraîchement imprégné d’idéologies racistes.

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Au cours de ces dernières années, la « re-découverte » des « liens » entre les massacres coloniaux et la violence qui ravagea l’Europe au 20e siècle a permis de remettre en question un bon nombre d’orthodoxies précisément dans le domaine des recherches sur le génocide. Cet intérêt renouvelé a fait également apparaître de nouveaux moyens pour sortir de l’eurocentrisme qui domine l’histoire des meurtres de masse. Dans de récents ouvrages au sujet des « génocides » allemands des Hereros et du peuple Nama en Afrique du Sud-Ouest entre 1904 et 1907, il est fort probable qu’on ait voulu pousser trop loin l’hypothèse des « racines africaines » de l’Holocauste, notamment sur leur prétendu rôle en tant que « modèle » pour la guerre d’extermination nazie après 1939-1941 [3][3] Helmut Bley est le premier à formuler l’idée dans Kolonialherrschaft.... Selon Jürgen Zimmerer, défenseur le plus ardent et le plus productif de cette interprétation, les correspondances entre la guerre génocidaire du Sud-Ouest africain allemand et la guerre d’extermination nazie dépasseraient de loin les simples similitudes phénoménologiques. Bien que Zimmerer se soit distancé à plusieurs reprises de toute explication univoque de l’Holocauste, le « nexus causal [4][4] Lors de l’Historikerstreit, débat autour de la question... » évident entre « le premier génocide du 20e siècle » commis par les troupes coloniales allemandes en Afrique et l’Holocauste reste au cœur de son argumentation. On peut alors en déduire que les études internationales entreprises sur le Troisième Reich auraient, en ignorant les « racines africaines » de l’Holocauste, négligé un élément majeur de l’explication de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis. Si l’on suit le raisonnement de Zimmerer, les guerres coloniales allemandes contre les peuples Herero et Nama présentent d’une part un « lien décisif avec les crimes nazis » et, d’autre part, furent une « source importante d’idées » pour les guerres d’extermination menées par l’Allemagne en Europe de l’Est après 1939-1941. Dans cette optique, l’obsession nazie de « l’espace et de la race » tout comme le meurtre des juifs d’Europe sont alors considérés comme un héritage du passé colonial allemand [5][5] Jürgen Zimmerer, « Colonialism and the Holocaust :.... « La propension à exterminer certains groupes de populations » représenterait l’« ultime transgression » qui s’est profilée tout d’abord dans les colonies pour prendre finalement « sa forme la plus radicale pendant l’Holocauste ». La campagne contre les Hereros aurait été par conséquent « un paradigme de la guerre nazie d’extermination » ; « même le meurtre des juifs » n’aurait « probablement pas été possible sans l’expérience coloniale de l’Allemagne [6][6] Jürgen Zimmerer, Holocaust und Kolonialismus…, op.... ». Dans son dernier ouvrage, intitulé De Windhoek à Auschwitz, Zimmerer caractérise la guerre contre le peuple Herero comme le point de départ d’une démarche « génocidaire » qui aboutirait à l’Holocauste. Soulignons que le titre réducteur de ce volume évoque également l’apogée sémantique d’une thèse qui remet en question des rayonnages entiers d’ouvrages sur les origines de l’Holocauste et l’histoire du Troisième Reich, études dans lesquelles le passé colonial de l’Allemagne n’aurait pas été pris en compte [7][7] Voir par exemple Peter Longerich, Policy of Destruction :....

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En s’appuyant sur les travaux de Zimmerer ainsi que sur d’autres thèses relatives aux « continuités totalitaires » – comme celles par exemple de Henning Melber [8][8] Henning Melber, « Kontinuitäten totaler Herrschaft :... –, l’historien américain Benjamin Madley soutient que la notion de « Lebensraum » (espace vital) et le concept des camps de concentration auraient d’abord été mis à l’épreuve dans les colonies allemandes d’Afrique du Sud-Ouest et que les nazis « ont emprunté au génocide allemand du Sud-Ouest africain les idées et les méthodes qu’ils ont été appliquées et perfectionnées par la suite. La rhétorique génocidaire, une nouvelle définition de la Vernichtungskrieg (guerre d’extermination), l’exécution des prisonniers de guerre, le meurtre en masse des civils, la déportation de prisonniers de guerre et des non-combattants dans des camps de travail et d’extermination, tous ces éléments ont été introduits dans l’histoire de l’Allemagne moderne par l’expérience coloniale en Namibie [9][9] Benjamin Madley, op. cit., p. 458. ».

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L’un des problèmes majeurs que posent de tels arguments réside dans le fait que leurs limites chronologiques et spatiales ne sont pas clairement circonscrites, ce qui rend difficile tout débat critique. Dans la plupart des nombreux écrits de Zimmerer, la guerre contre les peuples Herero et Nama occupe une place centrale [10][10] Étrangement, la violence infligée aux populations autochtones.... En effet, son argument clé repose sur l’affirmation que la guerre de 1904, l’expulsion et l’extermination des Hereros et du peuple Nama marqueraient une « transgression de tabou » jusqu’alors sans précédent, ainsi que « le premier génocide du siècle ».

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Cela étant, dans d’autres publications, Zimmerer évoque les massacres coloniaux de 1904 uniquement comme un cas parmi d’autres, suggérant alors la nature plus générale du potentiel destructeur du colonialisme et de son héritage. Pourtant, même dans cette perspective plus large, l’auteur stigmatise la guerre contre les Hereros et les Namas comme un « événement remarquable pour l’histoire universelle du déchaînement de la violence [11][11] Jürgen Zimmerer, « Rassenkrieg und Völkermord… », op.... ».

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Dans ce débat qui n’en est qu’à ses prémices, les historiens ont autant acclamé que critiqué l’idée d’une continuité de la « violence coloniale » entre Windhoek et Auschwitz. À dire vrai, la tonalité acerbe du récent débat provient en partie du fait que la controverse tourne autour de problèmes essentiels de l’histoire de l’Europe du 20e siècle qui englobe à la fois la question des origines et de la singularité de l’Holocauste et celle de l’impact des massacres coloniaux sur les sociétés européennes génératrices de cette violence. Pour sa part, Michael Brumlik, ancien directeur de l’Institut Fritz Bauer, a récemment affirmé que le « caractère exemplaire des guerres coloniales allemandes » pour la politique d’extermination nazie « jouissait d’une plausibilité croissante » [12][12] Michael Brumlik, « Das Jahrhundert der Extreme », in.... En revanche, certains historiens comme Pascal Grosse et Birthe Kundrus ont relevé d’importantes lacunes dans la thèse de la continuité. Pour Pascal Grosse, les particularités du colonialisme allemand résideraient moins dans la suppression violente des révoltes indigènes que dans sa fin abrupte en 1918. Le traité de Versailles fit de l’Allemagne une puissance postcoloniale dans un monde colonial et contribua ainsi à la réorientation des appétits coloniaux vers l’Europe centrale et l’Europe de l’Est : « Alors que les plus grandes puissances coloniales traversaient une période de colonisation, l’Allemagne a été dépossédée de ses colonies à la suite de sa défaite pendant la première guerre mondiale. Ceci laissa un vide dans la sphère de l’expansionnisme au moment même où les aspirations expansionnistes atteignaient leur apogée [13][13] Pascal Grosse, « What Does German Colonialism Have.... » Sur ce point, Birthe Kundrus a soutenu de façon fort convaincante que les similitudes phénoménologiques superficielles entre la violence fasciste et la violence coloniale ne devraient pas être confondues avec des lignes possibles de continuité et que « rhétorique coloniale » n’était pas « politique coloniale » [14][14] Birthe Kundrus, « Kontinuitäten, Parallelen, Rezeptionen :....

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L’article qui suit laisse ainsi place à cette lecture des violences coloniales et nazie pour s’appliquer ensuite à analyser de façon systématique l’hypothèse du « nexus causal » et des similitudes structurelles entre la violence coloniale et la politique d’extermination à partir de 1941. Il s’agit alors d’examiner la thèse du caractère dit « exceptionnel » des guerres coloniales allemandes face aux caractéristiques inter- et trans-national de la violence coloniale, élément central de l’argumentation de Hannah Arendt sur les origines du totalitarisme. On soutiendra pour notre part que ladite « transgression de tabou » de 1904 correspond sur bien des points aux pratiques coloniales européennes courantes et aux « standards de la violence » établis avant 1904. Ni les massacres d’une population indigène jugée « inférieure » ni l’envergure, la nature ou les objectifs de la violence déchaînée dans le Sud-Ouest africain allemand ne constituèrent des degrés exceptionnels de violence jusqu’alors inconnus du colonialisme européen. On abordera ensuite l’épineuse question des continuités directes entre les massacres allemands commis en Afrique et l’Holocauste d’un point de vue prosopographique et structurel en soulignant l’idée que le national-socialisme et la guerre d’extermination nazie ont davantage marqué une rupture avec les traditions du colonialisme européen qu’une continuité.

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Si l’on fait sienne la thèse de Hannah Arendt sur les racines coloniales du fascisme européen comme point de départ de l’analyse des connexions entre le colonialisme et le fascisme, alors le caractère inter-, parfois trans-national de la violence coloniale doit rester au centre de tout cadre analytique. Affirmer que l’intention déclarée « d’exterminer un certain groupe de la population » constitue « une transgression de tabou [15][15] Jürgen Zimmerer, « Krieg, KZ… », op. cit., p. 62. » spécifiquement allemande dans le Sud-Ouest africain peut sans doute se concevoir à l’intérieur d’un cadre d’analyse centré sur la nation. Mais il en est tout autrement si l’on replace les événements de 1904-1907 dans le contexte plus large du colonialisme occidental. À la différence de certains historiens, défenseurs de la thèse d’un « nexus causal », Hannah Arendt n’a jamais avancé l’hypothèse de la « transgression de tabou » dans un contexte national dans lequel les carrières coloniales et les pratiques institutionnelles auraient pu faire leur chemin depuis le Waterberg jusqu’à Auschwitz. Bien au contraire, dans le chapitre « La pensée raciale avant le racisme », Arendt soutient explicitement que ni les Allemands ni les nazis n’ont inventé les théories raciales [16][16] Hannah Arendt, op. cit., p. 415-450.. L’intérêt constant que suscitent les interprétations d’Arendt résulte en partie du fait qu’Arendt analyse l’antisémitisme, le racisme et le colonialisme comme des phénomènes européens transnationaux [17][17] Ibid., p. 229-282, 451-500..

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La mise en valeur de certains éléments du totalitarisme – mot par ailleurs absent de la traduction française de Elemente und Ursprünge totaler Herrschaft – ayant pris effet à des époques et en des lieux différents est l’une des forces majeures de l’analyse d’Arendt. Et à ce titre, les références faites à Arthur de Gobineau, Cecil Rhodes, Joseph Conrad et Rudyard Kipling y sont plus importantes que celles faites aux protagonistes allemands des massacres coloniaux comme les officiers Lothar von Trotha ou Franz Ritter von Epp. Arendt atténue la signification de l’expérience coloniale allemande en évoquant celle des Boers, de la construction du canal de Suez, de l’« alliance de la populace et du capital » ainsi que la tentative de hiérarchiser « l’humanité en races de maîtres et d’esclaves » [18][18] Ibid., p. 400-414, 451-467.. L’ensemble des pratiques coloniales violentes existait ainsi bien avant que le général von Trotha ne lance sa campagne d’extermination contre les Hereros. Force est de constater que dans le monde colonial des puissances européennes, les transgressions de la « guerre civilisée » – durant laquelle était respectée, en principe, sur le continent et seulement pendant une période limitée la différence entre les combattants et les civils [19][19] Dieter Langewiesche, « Zum Wandel von Krieg und Kriegslegitimation... – étaient nombreuses. La « guerre asymétrique » menée par des appareils militaires modernes contre une guérilla puis contre des populations entières, caractérise non seulement la guerre allemande de 1904 en Afrique mais la majorité des guerres coloniales [20][20] Herfried Münkler, Der Wandel des Krieges : Von der....

1904 : violation d’un « tabou » ?

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Ce n’est pas une coïncidence si la métaphore de Joseph Conrad dans son roman Au cœur des ténèbres – qui se rapporte originairement au Congo belge – est devenue rapidement le synonyme par excellence des univers parallèles de la violence et de l’exploitation dans les colonies. Ni ceux qui défendent « l’œuvre positive » de la colonisation, ni ceux qui s’opposent à la « repentance coloniale » ne s’aventurent à démentir le caractère globalement violent du colonialisme [21][21] Daniel Lefeuvre, Chère Algérie : la France et sa colonie,.... La violente usurpation des terres et des ressources, la destruction systématique de l’infrastructure économique et culturelle des vaincus et l’introduction d’une législation raciste par les puissances coloniales européennes étaient davantage des pratiques habituelles qu’une « transgression de tabou » qui, par définition, reste de l’ordre de l’exceptionnel.

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Sur ce point, on peut donner quelques exemples de massacres coloniaux qui auraient davantage de ressemblances avec le génocide de 1904 qu’avec la guerre de 1941-1945 et l’Holocauste. On pense ici à la conquête américaine des Philippines, aux guerres coloniales espagnoles à Cuba et aux massacres français en Algérie au 19e siècle [22][22] Pour d’autres cas de meurtres de masses coloniaux consulter :.... Effectivement la conquête et la colonisation américaines des Philippines entre 1898 et 1902 puis l’expulsion et l’extermination d’une civilisation indigène définie selon des critères racistes présentent plusieurs analogies avec les événements ultérieurs du Sud-Ouest africain allemand. Il existe un certain nombre d’ordres militaires américains que l’on peut considérer comme les équivalents fonctionnels de l’« ordre d’extermination » de Lothar von Trotha en 1904, comme par exemple celui du brigadier général Jacob H. Smith : « Je ne veux aucun prisonnier. Je veux que vous tuiez et brûliez. Plus vous tuerez et brûlerez, plus il me plaira. Je veux que chaque personne capable de porter une arme hostile aux États-Unis soit tuée. » Smith avait décrit précédemment combien ses expériences de la guerre américaine contre les Indiens lui avaient appris à combattre les « sauvages » et il menaçait de transformer la région entière en une jungle hurlante et pleurante [23][23] Leon Friedman (dir.), The Law of War : A Documentary.... Lorsqu’il fut demandé à Smith de clarifier ses ordres celui-ci, à l’instar de Trotha en 1904, précisa que toute personne âgée de plus de 10 ans devait être abattue [24][24] David L. Fritz, « Before the “Howling Wilderness” :....

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En termes quantitatifs, le massacre colonial américain – auquel Rudyard Kipling a consacré son célèbre poème Le Fardeau de l’homme blanc – a excédé maintes fois le nombre de morts dans le Sud-Ouest africain allemand [25][25] Le poème de Kipling a été publié pour la première fois.... Au total, quelque 4 000 Américains, 20 000 soldats philippins et entre 250 000 et 750 000 civils y trouvèrent la mort [26][26] Stuart Creighton Miller, « Benevolent Assimilation » :.... Pour expliquer le nombre considérablement plus élevé de « victimes » philippines, le général commandant Arthur MacArthur déclara que les Blancs étaient moins susceptibles de succomber à leurs blessures que les races inférieures [27][27] Stuart Creighton Miller, op. cit., p. 189..

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Dans ce contexte, on peut aisément appliquer le concept de « colonial archive[28][28] Max Boot, The Savage Wars of Peace : Small Wars and... » commun au colonialisme européen comme un savoir collectif sur la création, le traitement, l’exploitation et l’extermination des « sous-hommes », connaissances accumulées par les puissances occidentales tout au long de leur histoire coloniale et qui, une fois établies, peuvent être mises en application dans diverses zones géographiques [29][29] Voir l’usage qu’en fait Lorenzo Veracini (« settler.... Le fait que vingt-six des trente généraux américains ayant opéré aux Philippines aient auparavant acquis une « expérience de combat » pendant la guerre contre les Indiens d’Amérique du Nord, à laquelle ils se réfèrent souvent comme à la « guerre contre les sauvages », ne fait que souligner le caractère trans-continental du concept de « colonial archive ». MacArthur en personne attira l’attention du Sénat sur la transnationalité des pratiques coloniales en soulignant les superbes exploits des « ancêtres aryens ». Ces derniers avaient créé une civilisation qui « inonda et fertilisa le globe de sang, d’idées et des principes fondamentaux de tout progrès humain ». Les actions de l’armée américaine dans le Pacifique représenteraient alors le dernier avatar de cette expansion de la « race aryenne [30][30] Mac Arthur cité dans Helmut Walser Smith, « The Logic... ».

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C’est bien l’accent mis par MacArthur sur la « mission civilisatrice » aryenne qui traduit le caractère trans-national du colonial archive. La carrière du général Lothar von Trotha (1848-1920), commandant des troupes coloniales en 1904 et profil incontournable pour la théorie d’une « transgression de tabou » en 1904, démontre d’ailleurs d’une façon saisissante ce que la métaphore du « colonial archive » pouvait signifier concrètement [31][31] Les analyses les plus pertinentes sur ce sujet se trouvent.... La raison principale de la nomination de von Trotha en 1904 semble reposer sur son expérience dans les guerres en Afrique de l’Est (1894-1897) et lors de la révolte des Boxers en Chine [32][32] Thoralf Klein, « Straffeldzug im Namen der Zivilisation :.... Dans le deuxième cas de figure, l’expédition en Chine étant une « expédition punitive » menée en coopération par huit nations occidentales, Trotha avait contribué à écraser les émeutes d’une manière particulièrement sanglante. Ainsi, et bien avant 1904, Trotha avait acquis la réputation d’être un « spécialiste de la violence » dans les contextes non européens – un genre d’officier relativement rare dans l’Empire allemand de cette époque, si on le compare avec le personnel du même type déjà en place en France, en Angleterre ou dans les Pays-Bas.

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Les observations similaires peuvent être avancées pour la guerre hispano-cubaine entre 1895 et 1898. Avant que le général commandant espagnol Valeriano Weyler ne débute son infâme programme de « re-concentration » qui rassembla une bonne partie de la population rurale dans les villes aux mains des Espagnols et qui coûta la vie à plus de cent cinquante mille civils cubains, il avait accumulé une certaine expérience en matière d’extermination vis-à-vis de la population indigène aux Philippines, alors colonie espagnole. Le parallèle avec l’exemple allemand et américain ne concerne donc pas uniquement l’usage de la violence envers une partie de la population. À l’instar de la campagne d’extermination de von Trotha et de celle de MacArthur, les actions de Weyler se heurtèrent à de vives critiques de la part du public espagnol. En 1887, Valeriano Weyler dit « le boucher » fut remplacé par un commandant militaire plus modéré qui abandonna d’ailleurs le système des camps [33][33] John Lawrence Tone, War and Genocide in Cuba, 1895-1898,....

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Les camps de concentration de Weyler prirent une place éminente au sein du colonial archive. Vers 1900, le terme « reconcentración » avait déjà été traduit en anglais pour décrire les camps de concentration britanniques mis en place par lord Kitchener pendant la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud (1899-1902). Comme Weyler à Cuba, Kitchener était de plus en plus irrité par les tactiques de guérilla des soldats Boers et il se mit à « concentrer » dûment les civils autochtones dans des camps afin de priver les boers d’abris et d’appuis. Une fois encore, la misère, la famine, ainsi qu’un taux de mortalité record en furent les conséquences sinistres. Le lien entre les camps sud-africains et les camps cubains était évident aux yeux des contemporains et de la presse internationale de l’époque qui célébrait ou bien qui condamnait les Anglais pour avoir adapté « les méthodes du général Weyler » au Transvaal [34][34] Voir, par exemple, Denis Judd et Keith Surridge, The.... Peu de temps après, l’armée américaine organisa des camps de concentration pour civils philippins, en particulier dans la province rebelle de Batangas où la mise en œuvre d’une politique de reconcentración aboutit à un taux effroyable de mortalité parmi la population civile [35][35] Glenn Anthony May, Battle for Batangas : A Philippine.... Parallèlement, une politique similaire fut adoptée dans un autre cadre colonial, celui du Sud-Ouest africain allemand [36][36] Joël Kotek et Pierre Rigoulot, Le Siècle des camps :....

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Les discours racistes, la planification administrative, la réalisation des politiques de conquête coloniale, les expulsions et les exterminations viennent de plus loin encore. Pendant la conquête française de l’Algérie, pour citer le troisième exemple, les estimations du nombre de victimes – pour la plupart civiles – entre 1830 et 1872 s’étendent de deux cent cinquante mille à neuf cent mille [37][37] Comme pour presque toute guerre coloniale, le nombre.... On y retrouve le meurtre de civils, hommes, femmes et enfants, ainsi que la destruction systématique des infrastructures et des moyens de subsistance comme pratiques courantes pendant des décennies. En 1841, le général Thomas-Robert Bugeaud révéla le dessein de la campagne d’extermination algérienne : « Le but n’est pas de courir après les Arabes, ce qui est fort inutile ; il est d’empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer, de jouir de leurs champs […]. Allez tous les ans leur brûler leurs récoltes, ou bien exterminez-les jusqu’au dernier [38][38] Cité dans François Maspero, L’Honneur de Saint-Arnaud,.... » Les actuels débats suscités autour du dernier livre d’Olivier Le Cour Grandmaison ont montré les différences entre d’une part, les pratiques de la violence en Algérie et d’autre part, la guerre d’extermination nazie [39][39] Daniel Lefeuvre, Pour en finir…, op. cit. Un résumé.... On notera par ailleurs que cette première vague de violence française sur le sol algérien ressemble à beaucoup d’égards aux stratégies dévastatrices du général Lothar von Trotha et de ses troupes en 1904-1907.

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Les exemples américains et français en particulier montrent que la violence coloniale n’était en aucun cas réservée aux États autoritaires et totalitaires. Bien au contraire, les États ayant une histoire coloniale particulièrement longue et violente – comme celle de la France, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et des États-Unis – demeurèrent, à l’exception importante du régime de Vichy, des démocraties tout au long du 20e siècle, ce qui confirme la fameuse remarque d’Alexis de Tocqueville sur la nature expansionniste et potentiellement violente des démocraties [40][40] Voir Harald Bluhm, « Tocqueville – der klassische Analytiker.... Observation qui fait l’objet d’un intérêt toujours actuel dans la recherche [41][41] Michael Mann, The Dark Side of Democracy : Explaining....

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Sous ce rapport, la thèse de la singularité des massacres coloniaux allemands en Afrique reste donc difficilement soutenable. Si l’on rejette la possibilité d’un Sonderweg (chemin particulier) colonial allemand et que l’on interprète l’usage de la violence comme héritage européen commun, la question des continuités directes se complique. Pourquoi en effet les pays ayant la tradition coloniale la plus longue et la plus violente ne furent pas ceux qui accumulèrent après 1918 le plus haut degré de destruction raciste tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs frontières ?

Continuation de la violence coloniale en Europe ?

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Si l’expérience intensive de sujétion et d’extermination coloniales contribue à générer la violence individuelle et institutionnelle et qu’une telle expérience puisse être re-transférée en Europe, il devient alors difficile d’expliquer les différences entre d’une part, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas et d’autre part, l’Allemagne, on pourrait également ajouter l’Autriche et l’Italie. Selon l’hypothèse des continuités, il devient alors impossible de comprendre le fait que la Grande-Bretagne et la France aient pratiqué une violence coloniale à connotation raciale tout en constituant le noyau des démocraties occidentales et non celui du totalitarisme génocidaire.

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Dans le souci d’essayer prudemment d’expliquer ces divergences, l’historien Dirk Schuman a récemment avancé l’idée que la relative stabilité intérieure de la France et de la Grande-Bretagne pendant l’entre-deux-guerres était due en partie au fait que leur potentiel de violence fut assouvi dans les colonies, ce qui n’était plus possible pour l’Allemagne après 1918 [42][42] Dirk Schumann, « Europa, der Erste Weltkrieg und die.... Cet argument rejoint la suggestion de Pascal Grosse selon laquelle s’il n’y « avait probablement pas de différences immanentes » entre les colonialismes européens d’avant 1914, il y en avait certainement « dans leurs expériences respectives de la décolonisation ». Pour Grosse, l’expérience unique de la décolonisation de l’Allemagne devint un « facteur fondamental pendant l’entre-deux-guerres dans la radicalisation des idées et des pratiques d’une biopolitique expansionniste datant d’avant la première guerre mondiale » [43][43] Pascal Grosse, « What Does German Colonialism Have....

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Sans pour autant souscrire à l’interprétation du national-socialisme comme substitut d’occasions manquées d’évacuer un potentiel de violence dans les colonies, ni même du reste à la thèse appréhendant la seconde guerre mondiale comme une guerre coloniale et l’Holocauste comme un « génocide colonial », on peut cependant reconnaître que Schuman et Grosse proposent une analyse considérable des expériences de la violence entre « Windhoek et Auschwitz ». Reste à savoir où et quand entre 1904 et 1941 de telles expériences qui s’avèrent cruciales pour le développement des futurs protagonistes du Troisième Reich se sont réalisées. Ce qui est surprenant dans le cadre du débat actuel sur les traditions coloniales de l’Allemagne nazie, c’est la persistance avec laquelle le rôle de la première guerre mondiale est négligé [44][44] Gerhard Hirschfeld et al. (dir.), « Keiner fühlt sich.... Les nouvelles dimensions prises par la violence en termes quantitatif et qualitatifs, les formes particulières de l’extermination sur le front Est, les guerres civiles et les campagnes des Freikorps ne sont pas évoquées dans les études qui soulignent les continuités entre « Windhoek et Auschwitz ». Au contraire, il y est simplement présumé que la machine militaire génocidaire allemande s’est arrêtée après le génocide de 1904 en Afrique pour se remettre en route lors de l’offensive contre la Pologne et l’Union soviétique, cette fois-ci soutenue par un « État fort [45][45] Jürgen Zimmerer, Holocaust und Kolonialismus…, op.... ». Cependant on peut clairement avancer l’idée que les origines de la déviation allemande du cours des autres puissances coloniales européennes ne résident pas dans les événements de l’année 1904 mais bien dans ceux de la période qui suivit la première guerre mondiale. À côté de la Grande Guerre, l’expérience de la défaite, la révolution et la guerre civile sont d’une importance capitale pour expliquer la propension à l’usage de la violence [46][46] Robert Gerwarth, « The Central European Counterrevolution :.... Ce n’est pas une coïncidence si la plus grande capacité de destruction après 1918 provient des États révisionnistes qui faisaient partie des vaincus « officiels » ou qui considéraient, à l’instar de l’Italie, avoir gagné la guerre mais perdu la paix.

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Une autre objection significative à la thèse de la continuité est le saut des générations entre 1904 et 1939-1941. En replaçant les hommes dans le temps, un soldat de 20 ans ayant participé au meurtre de masse des peuples Herero et Nama aurait été un homme de 60 ans pendant l’opération Barbarossa. Les officiers qui ont commandé la campagne de 1904 sont nés entre les années 1840 et 1860 et – en supposant qu’ils aient été en vie au début de la guerre nazie contre l’Union soviétique – ils auraient alors eu entre 80 et 90 ans. Des études précédentes ont essayé de combler cette « lacune » entre 1904 et 1941 en évoquant les « transferts de savoirs » d’une génération à l’autre. Benjamin Madley, par exemple, a affirmé que le médecin d’Auschwitz Josef Mengele a été profondément influencé par l’anthropologue Eugen Fischer, qui avait réalisé des études de terrain sur les races du Sud-Ouest africain en 1908. Madley a également avancé que Hermann Göring était devenu un partisan du colonialisme par son père, qui fut premier commissaire du Reich du Sud-Ouest africain allemand (1886-1891). Quelle que soit l’importance de ces observations, la signification exacte de telles influences sur la future carrière d’éminents nazis reste très difficile à mesurer [47][47] Benjamin Madley, op. cit., p. 450-457.. « Traditions » et « savoirs » peuvent certes se transmettre de génération en génération – pour autant qu’il soit aisé de supposer l’existence d’une « relation maître-élève » et de transmissions indirectes des pratiques génocidaires dans le cadre de la mémoire individuelle ou institutionnelle –, mais il reste complexe de déterminer l’impact exact de ces influences sur les mentalités et les carrières individuelles [48][48] Jürgen Zimmerer, « The Birth of the “Ostland”… », op..... Un « élève » a généralement plus d’un « maître » et les institutions nourrissent leur mémoire à partir d’un vaste fonds de traditions.

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Même s’il est possible de remonter aux origines de quelques « parcours spécialisés dans la violence » entre l’Afrique et l’Europe de l’Est, il n’est pas certain que les quelque vingt ou deux cents portraits de ces carrières militaires apportent des éléments à la compréhension de la guerre d’extermination. Et dans l’hypothèse la plus improbable où l’ensemble des quelques milliers de vétérans du Sud-Ouest africain aient participé à l’entreprise allemande sur le front Est, ils n’auraient été qu’un petit groupe en marge d’une armée allemande qui comptait près de trois millions d’hommes au commencement de l’opération Barbarossa. Le simple argument quantitatif pose la question de l’impact que les expériences allemandes en Afrique auraient pu avoir sur la colossale armée d’invasion et sur ses chefs militaires. Les défenseurs de la thèse des continuités ont souvent invoqué le cas de Franz Xaver Ritter von Epp, ancien officier colonial, leader des Freikorps puis directeur de l’office colonial du Troisième Reich comme « preuve vivante » des continuités entre l’Afrique et le Troisième Reich. Cependant, Epp n’a eu aucune influence sur les politiques d’extermination nazies et il a été isolé à la suite de l’abandon du plan de Madagascar [49][49] Magnus Brechtken, Madagaskar für die Juden : Antisemitische... qui aboutira à la dissolution du bureau colonial en 1943 [50][50] Katja-Maria Wächter, Die Macht der Ohnmacht : Leben.... La question est alors de savoir dans quelle mesure le personnel fanatique du bureau le plus important de la sécurité du Reich, responsable de la planification et de l’exécution de la Solution finale, a pu être influencé par la connaissance des massacres coloniaux allemands en Afrique et par l’idéologie coloniale wilhelmienne. Jusqu’à présent, dans le domaine actif et récent des perpetrator studies analysant les motifs et la mentalité des hommes directement engagés dans la réalisation de l’Holocauste, on n’a avancé que très peu de preuves valables de la signification des traditions coloniales africaines pour la radicalisation de la Generation des Unbedingten qui a dominé les institutions de l’extermination [51][51] L’expression « Generation des Unbedingten » (génération.... Il semble fort improbable que les meilleurs spécialistes dans ce domaine de la recherche soient restés aveugles depuis des décennies sur ce point. La faiblesse, voire l’absence des indices indiquant une imprégnation coloniale dans la guerre d’extermination résiste à l’hypothèse d’une continuité coloniale [52][52] Michael Wildt (dir.), Nachrichtendienst, politische....

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Finalement, les seules preuves en faveur de la thèse des continuités reposent donc sur ces quelques biographies qui se chevauchent. On y ajoutera aussi un certain nombre de citations de Hitler et de Himmler qui suggèrent une analogie entre le colonialisme et la guerre d’extermination allemande, dont la plus fameuse est extraite d’une allocution de Hitler en septembre 1941 : « La Russie est notre Inde et de la même façon que les Anglais l’ont gouvernée avec une poignée d’hommes, nous gouvernerons notre espace colonial [53][53] Hitler, 17 septembre 1941, cité dans Werner Jochman.... » On peut reprendre ici le point de vue de Birthe Kundrus sur la confusion la « rhétorique » et la « pratique coloniale ». Les différences structurelles entre le colonialisme européen et la guerre d’extermination nazie que camouflent ces ambitions coloniales trompeuses sont encore plus frappantes que les quelques références rhétoriques faites au colonialisme britannique par Hitler, Himmler ou d’autres. Les renvois – de façon occasionnelle et particulièrement dans ce dernier exemple – sont certes le reflet d’une admiration pour la capacité de la Grande-Bretagne à gouverner l’empire le plus vaste du monde avec aussi peu d’officiers, cependant ce mélange voire cette confusion entre phantasmes coloniaux et politique coloniale reste très problématique. L’Allemagne nazie n’a jamais poursuivi une politique de mandats dans aucune partie de l’Europe de l’Est occupée. Depuis l’entre-deux-guerres, la Grande-Bretagne – tout comme la France à un degré moindre – a cherché à « occidentaliser » les élites autochtones afin d’élever le rendement et de faciliter le commerce, tout en réprimant brutalement les révoltes anticoloniales [54][54] Sur les contradictions, l’envergure et les limites.... Il reste donc difficile de trouver quelque analogie entre la guerre d’extermination nazie et ce mélange d’« aide au développement » et de violence propre au colonialisme européen tardif. Le sens de la politique de « développement » en Pologne ou en Ukraine reposait sur la suppression physique de l’élite autochtone sans qu’aucun membre de celle-ci n’ait jamais eu la possibilité, à l’instar de Nehru, de Gandhi ou de Sédar Senghor et d’une grande partie de la première génération des élites politiques de l’indépendance, de suivre des études de droit ou de lettres dans les meilleures universités de la métropole coloniale.

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Bien que les meurtres de masse de la population civile autochtone dans le contexte de la conquête de nouveaux territoires et la violente suppression de la résistance aient constitué un motif récurrent dans l’histoire du colonialisme occidental, il serait erroné de prétendre que « colonialisme » fut synonyme d’extermination [55][55] Comme le suggère par exemple le philosophe Enrique.... Pendant la guerre allemande « à l’Est » la politique d’extermination des populations « racialement inférieures » ne fut pas un moyen de triompher ou de « rétablir l’ordre » mais bien un des objectifs principaux de toute l’opération Barbarossa et du Generalplan Ost.

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Une différence supplémentaire entre le colonialisme et l’Allemagne nazie réside dans le rôle crucial joué par les communautés de colons et le déplacement des conflits militaires dans un décor extra-européen [56][56] Jürgen Osterhammel, Kolonialismus : Geschichte, Formen,.... Les guerres et les massacres coloniaux, y compris ceux des peuples Herero et Nama, ont été particulièrement fréquents et brutaux là où l’existence d’une petite communauté de colons blancs se trouvait menacée par la rébellion indigène contre leur domination. Pour revenir au cas de l’offensive allemande en Pologne, il n’y a pas eu de « thin white line », de minorité de colons en conflit avec la population locale. Au contraire, tout au long de la campagne militaire allemande, l’objectif fut d’expulser ou d’exterminer la population indigène avant que les colons aryens ne s’installent à l’Est [57][57] Sur le concept des « Wehrbauernhöfe », des futurs colons....

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Les partisans de la thèse des parallèles structurels entre colonialisme et fascisme ont tenté d’expliquer les nombreuses différences quantitatives et qualitatives entre la violence de 1904 et celle de 1939-1941, en soutenant que la divergence principale résidait dans l’appareil de terreur plus sophistiqué du Troisième Reich [58][58] Jürgen Zimmerer, « Holocaust und Kolonialismus… »,.... Cette perspective néglige l’absence d’un « public critique » et des institutions civiles sous le Troisième Reich, alors que les massacres des populations autochtones dans les colonies furent fréquemment critiqués dans la presse contemporaine ou au Parlement de Londres, de Paris et de Berlin. Même si ces interventions – par exemple dans le cas du Sud-Ouest africain – ne pouvaient pas sauver la vie des victimes, on doit reconnaître l’existence d’institutions civiles bénévoles et capables d’intervenir dans les affaires coloniales. Lothar von Trotha, dont les ordres militaires furent à l’origine de l’escalade de la violence dans le Sud-Ouest africain, a été la cible de blâmes émanant du parti socialiste, des missionnaires, des cercles de colons et même de l’état-major allemand.

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Ce ne fut pas le cas de l’Allemagne nazie. Des études récentes ont conforté l’analyse classique d’Ernst Fraenkel sur le « double État » ainsi que la mise en lumière d’une coopération explicite entre les institutions bureaucratiques traditionnelles et l’appareil de la terreur du Troisième Reich [59][59] Ernst Fraenkel, The Dual State : A Contribution to.... On peut donc se demander si le Troisième Reich peut être considéré comme un exemple d’« État moderne » particulièrement radical ou s’il s’agit d’un nouveau type d’État qui aurait rompu avec l’ensemble des traditions dans lesquelles les institutions civiles sont en mesure d’enrayer les actions de violence étatiques ou non étatiques. Lors des massacres coloniaux de l’Empire allemand, il est possible d’identifier des institutions militaires et civiles qui se sont opposées aux campagnes d’extermination des généraux comme Lothar von Trotha. En ce sens, une campagne d’extermination n’est pas une politique d’extermination. Dans les structures du Troisième Reich et dans le fonctionnement du dual state pour rappeler la formule célèbre d’Ernst Fraenkel [60][60] Ernst Fraenkel, op. cit., on cherchera alors en vain une telle diversité des institutions.

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Dans un débat similaire sur la guerre française en Algérie entre 1954 et 1962, l’historien Pierre Vidal-Naquet avait déjà rejeté les comparaisons avec Auschwitz en soulignant le fait qu’en Algérie certains généraux avaient agi contre les lois françaises de cette époque, tandis que Himmler, Eichmann et Heydrich agirent en accord avec les lois allemandes [61][61] Pierre Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire, « un.... Alors que le remplacement de von Trotha aurait eu une influence indéniable sur l’escalade du conflit en 1904, la différence que fit le remplacement de Heydrich par Kaltenbrunner en 1942 pour l’histoire de l’Holocauste reste indémontrable. La question de savoir si un massacre ou un génocide est exécuté suivant les ordres d’un certain nombre d’hommes limité ou bien par la quasi-totalité des institutions d’un État doit rester au centre du débat et n’admet sans doute pas de réponses en demi-teintes.

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La persécution et le meurtre systématiques des juifs dans la sphère d’influence des nazis – quels que soient l’âge, le sexe ou la nationalité – soulèvent la question de la relation exacte entre le racisme colonial et l’antisémitisme génocidaire de l’Allemagne nazie [62][62] Au sein des ouvrages sur l’antisémitisme allemand,.... Ce qui distingue les deux catastrophes est le fait plutôt évident que le racisme colonial fut dirigé contre des populations non européennes, alors que l’antisémitisme allemand avant 1939 visait l’« ennemi intérieur » y compris les citoyens allemands d’origine juive, séculiers et intégrés. La question de savoir comment et par quels moyens le racisme colonial européen, motivé idéologiquement et défini biologiquement et qui aurait pu exercer une influence sur l’antisémitisme allemand radicalisé après 1918 reste alors en suspens.

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Il serait pourtant productif d’examiner la coïncidence entre la perte des colonies allemandes, donc du théâtre de la violence raciale avant 1918, et la réalisation simultanée d’un antisémitisme violent en Allemagne. Une telle étude des causes de la déviation allemande du modèle européen serait centrée autour de l’année 1918 et non pas de l’inexistante et unique « transgression de tabou » de 1904.

Héritage européen et particularités nationales

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Dans cet article, il a été présenté une série d’objections contre la thèse des continuités directes et des similitudes structurelles entre les massacres coloniaux allemands de 1904-1907 et la guerre d’extermination nazie en Europe centrale et de l’Est entre 1939 et 1945. Aussi bienvenu que soit le regain d’intérêt universitaire pour l’étude des massacres coloniaux, on peut se demander dans quelle mesure le fait d’établir des liens directs avec l’Holocauste peut faire avancer qualitativement une recherche d’une telle importance. À dire vrai, on peut clairement rejeter la thèse des continuités du personnel et des institutions de Windhoek à Auschwitz sur la base d’arguments factuels solides, sans pour autant chercher à édulcorer l’histoire de la violence coloniale allemande ou européenne.

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On peut également se demander s’il est judicieux de conceptualiser le « fascisme » comme une forme de « colonialisme » et l’Holocauste comme un « génocide colonial ». Même s’il est devenu fréquent de qualifier la guerre d’extermination nazie de « conquête coloniale », des études récentes sur l’occupation allemande de l’Europe de l’Est ont montré le peu de parallèles structurels avec le colonialisme occidental. Jusqu’à présent, le « tournant colonial » dans l’historiographie du Troisième Reich s’est avant tout réduit à une redéfinition sémantique de la guerre d’extermination nazie.

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Il serait pertinent que de futures études abordent aussi le problème de l’utilité du terme de « génocide » pour l’historiographie. Dans le domaine de l’historiographie, la valeur analytique de ce terme, inventé comme outil juridique dans les années 1940 dans un contexte très particulier, reste encore à déterminer [63][63] Jacques Sémelin a apporté une importante contribution.... En droit international, ce terme et les instruments juridiques qui l’accompagnent possèdent et gardent une importance considérable. En revanche, il serait légitime de poser la question de son utilité pour les historiens. L’historien qui appose un terme juridique datant de 1944 sur massacres réalisés quarante ou quatre cents ans avant risque de se réduire à un procureur rétroactif. On peut se demander si la tâche de l’historien ne consiste pas dans la reconstruction des genèses, des circonstances, des victimes, des acteurs des massacres coloniaux, plutôt que de savoir si on doit classifier tel ou tel cas comme génocide. Pour un tel travail, les outils de l’historiographie comparative semblent davantage appropriés que ceux du droit pénal international.

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Que la destruction des peuples autochtones en Amérique centrale et du Sud par les conquistadores espagnols ou portugais [64][64] Tzvetan Todorov, The Conquest of America : The Question..., l’extermination des Aborigènes de Tasmanie par les colons britanniques dans les années 1830 [65][65] Mark Cocker, Rivers of Blood, Rivers of Gold : Europe’s... ou bien l’expulsion brutale de près de deux millions de Circassiens et de Turcs par l’armée russe vers 1830 [66][66] Stephen D. Shenfield, « The Circassians : A Forgotten... puissent rétrospectivement être qualifiées de « génocides » suivant la définition de 1944, peut éloigner de la tâche beaucoup plus essentielle d’expliquer comment et pourquoi les États européens, à des moments différents, déchaînèrent des campagnes de violence de masse contre des populations qu’ils considéraient comme « inférieures ».

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De plus, il faudrait replacer l’idée de « transgression de tabou » allemande de 1904 dans le contexte européen ou occidental des pratiques coloniales violentes et cela de manière plus conséquente que ce qui a été fait jusqu’à présent. Les meurtres de masse des populations indigènes qualifiées d’inférieures d’un point de vue soit racial soit culturel étaient monnaie courante dans les empires coloniaux de l’Europe et ne traduisent pas en ce sens le Sonderweg colonial allemand.

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Un demi-siècle après la publication des Origines du totalitarisme, la pensée de Hannah Arendt sur l’impérialisme raciste en tant que laboratoire du totalitarisme continue de poser un défi intellectuel aux historiens qui travaillent sur le Troisième Reich [67][67] Voir la discussion des « laboratoires de la modernité ».... Malgré les doutes que suscitent la thèse des liens directs entre les massacres coloniaux et la guerre d’extermination en Europe de l’Est, on peut supposer que les idées et les pratiques qui ont caractérisé la domination coloniale de l’Europe sur le monde ont eu des répercussions certaines sur l’histoire intra-européenne et que les « transferts de savoir » tels l’eugénisme, l’« hygiène raciale », la planification des colonies et la législation raciste ont pu prendre place dans certaines régions. Cependant, jusqu’ici il n’a pas encore été démontré de manière convaincante dans quelle mesure ces transferts ont pu influencer les processus de décision qui conduisirent à l’Holocauste. Il faudrait alors d’autres études empiriques sur l’eugénisme et l’anthropologie raciste pour déterminer l’impact exact de tels transferts de savoirs [68][68] Des études novatrices dans ce domaine ont été publiées.... Mais il serait important aussi de rappeler que les autres puissances coloniales ont été actives dans ces domaines aussi vivement que l’Allemagne et sur une période de temps beaucoup plus longue.

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L’examen de tels transferts nécessite une approche qui pourrait comprendre à la fois la construction d’un colonial archive européen commun et son application spécifique dans les différents contextes géographiques. Une telle approche devrait prendre en compte l’extrême violence intra-européenne des années 1914 à 1923 qui a eu des retombées immédiates sur les protagonistes de la guerre d’extermination nazie. Seule cette perspective pourrait expliquer la raison pour laquelle les pays qui possédaient la plus longue expérience de violence coloniale ne furent pas ceux qui développèrent le plus grand potentiel de destruction après 1918. Il serait également utile de voir si les fantasmes de re-colonisation[69][69] Sur le concept des « empires imaginaires », voir Birthe... ne s’expliqueraient pas davantage par les processus de décolonisation à l’intérieur de l’Europe, comme la dissolution des Empires ottoman et habsbourgeois ou bien encore le détachement de territoires appartenant aux Empires allemand et russe après 1918, que par les souvenirs lointains d’un Empire colonial allemand de courte durée en Afrique. Hannah Arendt n’a jamais fait de distinction catégorique entre le colonialisme et les vastes empires en Europe, mais l’Allemagne de 1918 a certainement souffert de la désintégration des deux formes impériales [70][70] Jürgen Osterhammel, « Imperien », in Gunilla Budde....

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À ce travail s’ajouterait une grille d’interprétation qui mettrait l’accent sur un modèle de violence coloniale commun aux empires coloniaux européens, sur les discontinuités dans l’histoire allemande entre 1904 et 1941 et sur les expériences différentes des puissances coloniales européennes en 1918. Une telle approche serait moins offensive que la conceptualisation de la guerre d’extermination nazie comme « conflit colonial » et apogée d’un chemin génocidaire qui commencerait en Afrique pour aboutir à Auschwitz. Une telle interprétation aurait aussi l’avantage d’être démontrable d’un point de vue empirique.

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(traduit de l’allemand par Chloé Naneix)

Notes

[1]

Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme [1951]. Eichmann à Jérusalem [1963], Pierre Bouretz (éd. sous la dir.), Paris, Gallimard, « Quarto », 2002, p. 415.

[2]

Alexis de Tocqueville, De la colonie en Algérie [1841], prés. de Tzvetan Todorov, Bruxelles, Complexe, 1988, p. 88 sq.

[3]

Helmut Bley est le premier à formuler l’idée dans Kolonialherrschaft und Sozialstruktur in Deutsch-Südwestafrika 1894-1914, Hambourg, Leibniz-Verlag, 1968. Plus récemment, voir : Jürgen Zimmerer, « Krieg, KZ und Völkermord in Südwestafrika : der erste deutsche Genozid », in Joachim Zeller et Jürgen Zimmerer (dir.), Völkermord in Deutsch-Südwestafrika : der Kolonialkrieg (1904-1908) in Namibia und seine Folgen, Berlin, Links, 2003, p. 45-63 ; Jürgen Zimmerer, « Holocaust und Kolonialismus : Beitrag zu einer Archäologie des genozidalen Gedankens », Zeitschrift für Geschichtswissenschaft, 51, 2003, p. 1098-1119 ; id., « Die Geburt des “Ostlandes” aus dem Geiste des Kolonialismus : ein postkolonialer Blick auf die NS-Eroberungs- und Vernichtungspolitik », Sozial Geschichte : Zeitschrift für die historische Analyse des 20. und 21. Jahrhunderts, 2004, p. 10-43 ; id., « Rassenkrieg und Völkermord : der Kolonialkrieg in Deutsch-Südwestafrika und die Globalgeschichte des Genozids », in Henning Melber (dir.), Genozid und Gedenken : Namibisch-deutsche Geschichte und Gegenwart, Francfort-sur-le-Main, Brandes & Apsel, 2005, p. 23-48 ; id., Von Windhuk nach Auschwitz : Beiträge zum Verhältnis von Kolonialismus und Holocaust, Münster, Lit, 2008 ; Benjamin Madley, « From Africa to Auschwitz : How German South West Africa Included Ideas and Methods Adopted and Developed by the Nazis in Eastern Europe », European History Quarterly, 33, 2005, p. 429-464 ; Janntje Böhlke-Itzen, Kolonialschuld und Entschädigung : der deutsche Völkermord an den Hereros 1904-1907, Francfort-sur-le-Main, Brandes & Apsel, 2004. Voir également Trutz von Trotha, « Genozidaler Pazifizierungskrieg : Soziologische Anmerkungen zum Konzept des Genozids am Beispiel des Kolonialkrieges in Deutsch-Südwestafrika 1904-1907 », Zeitschrift für Genozidforschung, 4, 2003, p. 30-57 ; Jürgen Zimmerer, Deutsche Herrschaft über Afrikaner : Staatlicher Machtanspruch und Wirklichkeit im kolonialen Namibia, Münster, Lit, 2002 ; Jan-Bart Gewald, Herero Heroes : A Socio-Political History of the Herero of Namibia 1890-1923, Oxford, James Currey, 1999.

[4]

Lors de l’Historikerstreit, débat autour de la question de la singularité de l’Holocauste, déclenché en 1986, l’historien Ernst Nolte avait parlé d’un nexus causal (kausaler Nexus) entre le Goulag et l’Holocauste. Ce dernier serait, selon cette interprétation, une partie de la « réponse » à la menace présentée par la révolution bolchevique. Pour cette interprétation, voir Ernst Nolte, Der europäische Bürgerkrieg 1917-1945 : Nationalsozialismus und Bolschewismus, Francfort-sur-le-Main, Propyläen, 1987 ; trad. fr., id., La Guerre civile européenne 1917-1945 : national-socialisme et bolchevisme, trad. de l’all. par Jean-Marie Argelès, Paris, Syrtes, 1987, 2000.

[5]

Jürgen Zimmerer, « Colonialism and the Holocaust : Towards an Archeology of Genocide », in Dirk Moses (dir.), Genocide and Settler Society : Frontier Violence and Stolen Indigenous Children in Australian History, New York, Berghahn Books, 2004, p. 49-76 ; id., « The Birth of the “Ostland” out of the Spirit of Colonialism : A Postcolonial Perspective on the Nazi Policy of Conquest and Extermination », Patterns of Prejudice, 39, 2005, p. 219.

[6]

Jürgen Zimmerer, Holocaust und Kolonialismus…, op. cit., p. 1116 et 1119 ; id., « Krieg, KZ… », op. cit., p. 62 sq. ; id., « Rassenkrieg und Völkermord », op. cit., p. 48 ; id., « Die Geburt des “Ostlandes” », op. cit., p. 29.

[7]

Voir par exemple Peter Longerich, Policy of Destruction : Nazi Anti-Jewish Policy and the Genesis of the « Final Solution », Washington, United States Holocaust Memorial Museum, Center for Advanced Holocaust Studies, 2001 ; Christopher R. Browning, The Origins of the Final Solution : The Evolution of Nazi Jewish Policy, 1939-1942, Londres, William Heinemann, 2004 ; Saul Friedländer, Nazi Germany and the Jews, New York, Harper Collins, 1997, 2007.

[8]

Henning Melber, « Kontinuitäten totaler Herrschaft : Völkermord und Apartheid in Deutsch-Südwestafrika. Zur kolonialen Herrschaftspraxis im Deutschen Kaiserreich », Jahrbuch für Antisemitismusforschung, 1, 1992, p. 91-114.

[9]

Benjamin Madley, op. cit., p. 458.

[10]

Étrangement, la violence infligée aux populations autochtones pendant la guerre Maji-Maji n’est pas évoquée dans ce contexte, alors que le nombre de morts est beaucoup plus élevé que celui de la guerre Herero. Voir Feliticas Becker et Jigal Beez (dir.), Der Maji-Maji-Krieg in Deutsch-Ostafrika 1905-1907, Berlin, Links, 2005.

[11]

Jürgen Zimmerer, « Rassenkrieg und Völkermord… », op. cit., p. 48.

[12]

Michael Brumlik, « Das Jahrhundert der Extreme », in Irmtrud Wojak et Susanne Meinl (dir.), Völkermord und Kriegsverbrechen in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts, Francfort-sur-le-Main, Campus, 2004, p. 19-36, p. 28.

[13]

Pascal Grosse, « What Does German Colonialism Have to Do with National Socialism ? A Conceptual Framework », in Eric Ames, Marcia Klotz et Lora Wildenthal (dir.), Germany’s Colonial Pasts, Lincoln, University of Nebraska Press, 2005, p. 115-134, p. 118-119 ; id., « From Colonialism to National Socialism to Postcolonialism : Hannah Arendt’s “Origins of Totalitarianism” », Postcolonial Studies, 9, 2006, p. 35-52 ; Dirk van Laak, « Afrika vor den Toren : Deutsche Raum- und Ordnungsvorstellungen nach der erzwungenen “Dekolonisation” », in Wolfgang Hardtwig (dir.), Ordnungen in der Krise : zur politischen Kulturgeschichte Deutschlands 1900-1933, Munich, Oldenbourg, 2007, p. 95-114.

[14]

Birthe Kundrus, « Kontinuitäten, Parallelen, Rezeptionen : Überlegungen zur “Kolonialisierung” des Nationalsozialismus », Werkstatt Geschichte, 43, 2006, p. 45-62 ; id., « Von den Herero zum Holocaust ? Einige Bemerkungen zur aktuellen Debatte », Mittelweg 36, 14 (4), 2005, p. 82-91 ; id., « Von Windhoek nach Nürnberg ? Koloniale “Mischehenverbote” und die nationalsozialistische Rassengesetzgebung », in id. (dir.), « Phantasiereiche » : der deutsche Kolonialismus aus kulturgeschichtlicher Perspektive, Francfort-sur-le-Main, Campus, 2003, p. 110-131.

[15]

Jürgen Zimmerer, « Krieg, KZ… », op. cit., p. 62.

[16]

Hannah Arendt, op. cit., p. 415-450.

[17]

Ibid., p. 229-282, 451-500.

[18]

Ibid., p. 400-414, 451-467.

[19]

Dieter Langewiesche, « Zum Wandel von Krieg und Kriegslegitimation in der Neuzeit », Journal of Modern European History, 34 (1), 2004, p. 5-27 ; id., « Eskalierte die Kriegsgewalt im Laufe der Geschichte ? », in Jörg Baberowski (dir.), Moderne Zeiten : Krieg, Revolution und Gewalt im 20. Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoek & Ruprecht, 2006, p. 12-36.

[20]

Herfried Münkler, Der Wandel des Krieges : Von der Symmetrie zur Asymmetrie, Weilerswist, Velbrück, 2006 ; Frank Schumacher et Thoralf Klein (dir.), Kolonialkriege : Beiträge zu einer vergleichenden Kulturgeschichte militärischer Gewalt im Zeichen des Imperialismus, Hambourg, Hamburger Edition, 2006, p. 114 sq.

[21]

Daniel Lefeuvre, Chère Algérie : la France et sa colonie, 1930-1962, Paris, Flammarion, 2005 ; id., Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2006. En ce qui concerne la Grande-Bretagne, voir l’ouvrage nostalgique de l’Empire de Niall Ferguson, Empire : The Rise and Demise of the British World Order and the Lessons for Global Power, New York, Basic Books, 2002.

[22]

Pour d’autres cas de meurtres de masses coloniaux consulter : Boris Barth, Genozid : Völkermord im 20. Jahrhundert. Geschichte, Theorie, Kontroversen, Munich, Beck, 2006 ; Mark Levene, The Rise of the West and the Coming of Genocide, Londres, Tauris, 2005 ; Marc Ferro (dir.), Le Livre noir du colonialisme, Paris, Robert Laffont, 2003.

[23]

Leon Friedman (dir.), The Law of War : A Documentary History, New York, Random House, 1972, vol. 1, p. 804-809 ; Glenn Anthony May, « Was the Philippine-American War a Total War ? », in Manfred Boemeke et al. (dir.), Anticipating Total War : The German and American Experiences 1871-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 446 sq.

[24]

David L. Fritz, « Before the “Howling Wilderness” : The Military Career of Jacob Hurd Smith, 1862-1902 », Military Affairs, 43, 1979, p. 186-190. Jacob « Howling Wilderness » Smith a été jugé pour crime de guerre en 1902 puis révoqué de l’armée sans condamnation. Comme dans le cas de von Trotha, les institutions civiles intervinrent trop tard.

[25]

Le poème de Kipling a été publié pour la première fois dans McClure’s Magazine (février 1899), avec le sous-titre : « Les États-Unis et les îles Philippines ».

[26]

Stuart Creighton Miller, « Benevolent Assimilation » : The American Conquest of the Philippines, 1899-1903, New Haven, Yale University Press, 1982 ; Brian McAllister Linn, The Philippine War : 1899-1902, Lawrence, University Press of Kansas, 2000 ; John M. Gates, « War-Related Deaths in the Philippines, 1898-1902 », Pacific Historical Review, 53, 1984, p. 367-378 ; Frank Schumacher, « “Niederbrennen, plündern und töten sollt ihr” : der Kolonialkrieg der USA auf den Philippinen (1899-1913) », in Thoralf Klein et Frank Schumacher (dir.), op. cit., p. 114 sq.

[27]

Stuart Creighton Miller, op. cit., p. 189.

[28]

Max Boot, The Savage Wars of Peace : Small Wars and the Rise of American Power, New York, Basic Books, 2003, p. 127.

[29]

Voir l’usage qu’en fait Lorenzo Veracini (« settler archive ») dans A. Dirk Moses (dir.), Empire, Colony, Genocide : Conquest, Occupation and Subaltern Resistance in World History, New York, Berghahn Books, 2008, p. 226-246.

[30]

Mac Arthur cité dans Helmut Walser Smith, « The Logic of Colonial Violence : Germany in Southwest Africa (1904-1907). The United States in the Philippines (1899-1902) », in Hartmut Lehmann et Hermann Wellenreuther (dir.), German and American Nationalism, Oxford, Berg Publishers, 1999, p. 205-231, p. 220.

[31]

Les analyses les plus pertinentes sur ce sujet se trouvent dans le mémoire de maîtrise de Christoph Kamissek, « Lernorte des Völkermordes ? Die Kolonialerfahrungen des Generals Lothar von Trotha in Ostafrika, China und Südwestafrika (1894-1907) », université Humboldt, Berlin, 2007.

[32]

Thoralf Klein, « Straffeldzug im Namen der Zivilisation : der “Boxerkrieg” in China (1900-1901) », in Thoralf Klein et Frank Schumacher (dir.), op. cit., p. 145-181 ; Mechtild Leutner et Klaus Mühlhahn (dir.), Kolonialkrieg in China : die Niederschlagung der Boxerbewegung 1900-1901, Berlin, Links, 2007.

[33]

John Lawrence Tone, War and Genocide in Cuba, 1895-1898, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2006, p. 153-179, 193-225.

[34]

Voir, par exemple, Denis Judd et Keith Surridge, The Boer War, New York, John Murray, 2003. Pour une tentative récente de recenser les nombreux ouvrages sur la guerre des Boers : Fred van Hartesveldt, The Boer War : Historiography and Annotated Bibliography, Londres, Greenwood Press, 2000.

[35]

Glenn Anthony May, Battle for Batangas : A Philippine Province at War, New Haven, Yale University Press, 1991, p. 262-267.

[36]

Joël Kotek et Pierre Rigoulot, Le Siècle des camps : emprisonnement, détention, extermination. Cent ans de mal absolu, Paris, J.-Cl. Lattès, 2006.

[37]

Comme pour presque toute guerre coloniale, le nombre de victimes reste incertain et contesté. Pour les estimations les plus hautes, voir Kamel Kateb, Européens, « Indigènes » et Juifs en Algérie (1830-1962) : représentations et réalités des populations, Paris, INDE/PUF, 2001, p. 47 ; Olivier Le Cour Grandmaison, Coloniser, Exterminer : sur la guerre et l’État colonial, Paris, Fayard, 2005, p. 188-192. Pour des estimations plus basses, voir Daniel Lefeuvre, Pour en finir…, op. cit., p. 65.

[38]

Cité dans François Maspero, L’Honneur de Saint-Arnaud, Paris, Seuil, « Points », 1993, p. 177 sq.

[39]

Daniel Lefeuvre, Pour en finir…, op. cit. Un résumé des arguments contre les interprétations d’Olivier Le Cour Grandmaison est présenté par Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet, « Coloniser, exterminer : de vérités bonnes à dire à l’art de la simplification idéologique », Esprit, décembre 2005, p. 162-177.

[40]

Voir Harald Bluhm, « Tocqueville – der klassische Analytiker der modernen Demokratie », in id. (dir.), Alexis de Tocqueville : Kleine Politische Schriften, Akademie Verlag, Berlin, 2006, p. 11-47, p. 33.

[41]

Michael Mann, The Dark Side of Democracy : Explaining Ethnic Cleansing, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.

[42]

Dirk Schumann, « Europa, der Erste Weltkrieg und die Nachkriegszeit : Eine Kontinuität der Gewalt ? », Journal of Modern European History, 1, 2003, p. 23-43.

[43]

Pascal Grosse, « What Does German Colonialism Have to Do with National Socialism ? A Conceptual Framework », in Eric Ames et Marcia Klotz (dir.), Germany’s Colonial Pasts, Lincoln, University of Nebraska Press, 2005, p. 115-134.

[44]

Gerhard Hirschfeld et al. (dir.), « Keiner fühlt sich hier mehr als Mensch… » Erlebnis und Wirkung des Ersten Weltkrieges, Essen, Klartext, 1993 ; Gerhard Hirschfeld et al. (dir.), Kriegserfahrungen : Studien zur Sozial- und Mentalitätsgeschichte des Ersten Weltkrieges, Essen, Klartext, 1997.

[45]

Jürgen Zimmerer, Holocaust und Kolonialismus…, op. cit., p. 1114 sq.

[46]

Robert Gerwarth, « The Central European Counterrevolution : Paramilitary Violence in Germany, Austria and Hungary after the Great War », Past & Present, sous presse.

[47]

Benjamin Madley, op. cit., p. 450-457.

[48]

Jürgen Zimmerer, « The Birth of the “Ostland”… », op. cit., p. 213-218.

[49]

Magnus Brechtken, Madagaskar für die Juden : Antisemitische Idee und politische Praxis 1885-1945, Munich, Oldenbourg, 1998 ; Hans Jansen, Der Madagaskar-Plan : die beabsichtigte Deportation der europäischen Juden nach Madagaskar, Munich, Herbig, 1997.

[50]

Katja-Maria Wächter, Die Macht der Ohnmacht : Leben und Politik des Franz Xaver Ritter von Epp (1868-1946), Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 1999 ; Klaus Hildebrand, Vom Reich zum Weltreich : Hitler, NSDAP und koloniale Frage 1919-1945, Munich, Fink, 1969, p. 774 ; Dirk von Laak, Imperiale Infrastruktur : Deutsche Planungen für die Erschließung Afrikas, 1880-1960, Paderborn, Schöningh, 2004, p. 301-331. Voir également l’étude la plus exhaustive sur ce thème de Chantal Metzger, L’Empire colonial français dans la stratégie du Troisième Reich, 1936-1945, Bruxelles, Peter Lang, 2002.

[51]

L’expression « Generation des Unbedingten » (génération sans compromis) est utilisée par l’historien Michael Wildt pour désigner le cercle des hommes qui a dominé le Reichssicherheitshauptamt (l’Office central de la sécurité du Reich), trop jeunes pour avoir participés aux combats de la première guerre mondiale, universitaires pour la plupart et politisés d’une façon neuve et fanatique. Peu de traces, dans les portraits de ses hommes, d’une influence du colonialisme « vieille école ». (Michael Wildt, Generation des Unbedingten : das Führungskorps des Reichssicherungshauptamtes, Hambourg, Hamburger Edition, 2002)

[52]

Michael Wildt (dir.), Nachrichtendienst, politische Elite, Mordeinheit : der Sicherheitsdienst des Reichsführers SS, Hambourg, Hamburger Edition, 2003 ; Christopher R. Browning, Ordinary Men : Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland, New York, Harper Collins, 1992 ; trad. fr., id., Des hommes ordinaire : le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne, préf. de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Les Belles Lettres, 1994 ; Isabel Heinemann, « Rasse, Siedlung, deutsches Blut » : Das Rasse- und Siedlungshauptamt der SS und die rassenpolitische Neuordnung Europas, Göttingen, Wallstein, 2003 ; Johannes Hürter, Hitlers Heerführer : die deutschen Oberbefehlshaber im Krieg gegen die Sowjetunion 1941-1942, Munich, Oldenbourg, 2006 ; Omer Bartov, Hitlers Wehrmacht : Soldaten, Fanatismus und die Brutalisierung des Krieges, Reinbek, Rowohlt, 1995 ; trad. fr., id., L’Armée d’Hitler : la Wehrmacht, les nazis et la guerre, préf. de Philippe Burrin, Paris, Hachette littératures, 1999 ; Andrej Angrick, Besatzungspolitik und Massenmord : die Einsatzgruppe D in der südlichen Sowjetunion 1941-1943, Hambourg, Hamburger Edition, 2003 ; Harald Welzer, Täter : wie aus ganz normalen Menschen Massenmörder werden, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 2005 ; Gerhard Paul (dir.), Die Täter der Shoah : fanatische Nationalsozialisten oder ganz normale Deutsche ?, Göttingen, Wallstein, 2002, p. 237-253 ; Marin Cüppers, Wegbereiter der Shoah : die Waffen-SS, der Kommandostab Reichsführer-SS und die Judenvernichtung 1939-1945, Darmstadt, WBG, 2005.

[53]

Hitler, 17 septembre 1941, cité dans Werner Jochman (dir.), Adolf Hitler, Monologe im Führerhauptquartier 1941-1944 : die Aufzeichnungen Heinrich Heims, Hambourg, Knaus, 1980, p. 62-63, 193, 361. Voir les multiples références aux « guerres contre les Indiens » et d’autres allusions coloniales faites par Himmler et d’autres responsables de la Shoah dans le cinquième chapitre de David Blackbourn, The Conquest of Nature : Water, Landscape and the Making of Modern Germany, Londres, Random House, 2006.

[54]

Sur les contradictions, l’envergure et les limites de l’« occidentalisation » coloniale, voir Frederick Cooper, Decolonization and African Society : The Labor Question in French and British Africa, Cambridge, Cambridge University Press, 1996 ; Alice L. Conklin, A Mission to Civilize : The Republican Idea of Empire in France and West Africa, 1895-1930, Stanford, Stanford University Press, 1997.

[55]

Comme le suggère par exemple le philosophe Enrique Dussel, The Invention of the Americas : Eclipse of « The Other » and the Myth of Modernity, New York, Continuum, 1995.

[56]

Jürgen Osterhammel, Kolonialismus : Geschichte, Formen, Folgen, Munich, Beck, 1995, p. 58, 70. Pour le Kenya et la Rhodésie, voir Dane Kennedy, Islands of White : Settler Society and Culture in Kenya and Southern Rhodesia, 1890-1939, Durham, Duke University Press, 1987 ; pour la période après 1945, voir John Springhall, Decolonization since 1945, Houndmills, Palgrave, 2001, p. 146-185 ; Anthony H. M. Kirk-Greene, « The Thin White Line », African Affairs, 79, 1980, p. 25-44 ; John W. Cell, « Colonial Rule », in Oxford History of the British Empire, Oxford, Oxford University Press, vol. 5, 1999, p. 232-325 ; Stephen Constantine, « Migrants and Settlers », in ibid., p. 163-187.

[57]

Sur le concept des « Wehrbauernhöfe », des futurs colons « aryens » en Europe de l’Est, voir Richard Walther Darré, Neuadel aus Blut und Boden, Munich, Lehmann, 1930 ; Uwe Mai, Rasse und Raum : Agrarpolitik, Sozial- und Raumplanung im NS-Staat, Paderborn, Schöningh, 2002 ; Jan Erik Schulte, Zwangsarbeit und Vernichtung : das Wirtschaftsimperium der SS. Oswald Pohl und das SS-Wirtschafts-Verwaltungshauptamt 1933-1945, Paderborn, Schöningh, 2001.

[58]

Jürgen Zimmerer, « Holocaust und Kolonialismus… », op. cit., p. 1114 sq. ; id., « Rassenkrieg und Völkermord », op. cit., p. 47.

[59]

Ernst Fraenkel, The Dual State : A Contribution to the Theory of Dictatorship, New York, Oxford University Press, 1941. Voir également Cornelia Essner, Die « Nürnberger Gesetze » oder die Verwaltung des Rassenwahns 1933-1945, Paderborn, Schöningh, 2002 ; Christian Gerlach, Kalkulierte Morde : die deutsche Wirtschafts- und Vernichtungspolitik in Weißrußland 1941-1944, Hambourg, Hamburger Edition, 1999 ; Nikolaus Wachsmann, Hitler’s Prisons : Legal Terror in Nazi Germany, New Haven, Yale University Press, 2004.

[60]

Ernst Fraenkel, op. cit.

[61]

Pierre Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire, « un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme, Paris, La Découverte, 1987, p. 168-180.

[62]

Au sein des ouvrages sur l’antisémitisme allemand, l’influence qu’aurait eu le racisme venant ou revenant des colonies en métropole sur le développement de l’antisémitisme n’a jusqu’à présent pas été démontrée. Voir, par exemple, Saul Friedländer, op. cit. ; Peter Pulzer, The Rise of Political Anti-Semitism in Germany and Austria, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, éd. rev. 1988 ; Walter Laqueur, The Changing Face of Antisemitism, Oxford, Oxford University Press, 2006.

[63]

Jacques Sémelin a apporté une importante contribution à ce débat, de même que David El Kenz et Éric Wenzel (Jacques Semelin, Purifier et détruire : usages politiques des massacres et des génocides, Paris, Seuil, 2005 ; David El Kenz, « Le massacre, objet d’histoire » et Éric Wenzel, « Le massacre dans les méandres de l’histoire du droit », in David El Kenz (dir.), Le Massacre, objet d’histoire, Paris, Gallimard, 2005, p. 7-45). Voir Bernard Bruneteau, « Génocide : origines, enjeux et usages d’un concept », Journal of Modern European History, 5, 2007, p. 165-193.

[64]

Tzvetan Todorov, The Conquest of America : The Question of the Other, New York, Harper Colophon, 1984.

[65]

Mark Cocker, Rivers of Blood, Rivers of Gold : Europe’s Conflict with Tribal Peoples, Londres, Jonathan Cape, 1998.

[66]

Stephen D. Shenfield, « The Circassians : A Forgotten Genocide ? », in Mark Levene et Penny Roberts (dir.), The Massacre in History, Oxford, Berghahn Books, 1999, p. 149-163 ; Anatol Lieven, Chechnya : Tombstone of Russian Power, New Haven, Yale University Press, 1998.

[67]

Voir la discussion des « laboratoires de la modernité » par Dirk van Laak, « Kolonien als “Laboratorien der Moderne” ? », in Sebastian Conrad et Jürgen Osterhammel (dir.), Das Kaiserreich transnational : Deutschland in der Welt 1871-1914, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2004, p. 257-279.

[68]

Des études novatrices dans ce domaine ont été publiées par Pascal Grosse, Kolonialismus, Eugenik und bürgerliche Gesellschaft in Deutschland 1850-1914, Francfort-sur-le-Main, Campus, 2001, particulièrement p. 26-31 ; Sören Niemann-Findeisen, Weeding the Garden : die Eugenik-Rezeption der frühen Fabian Society, Münster, Westfälisches Dampfboot, 2004 ; Christian Geulen, Wahlverwandte : Rassendiskurs und Nationalismus im späten 19. Jahrhundert, Hambourg, Hamburger Edition, 2004.

[69]

Sur le concept des « empires imaginaires », voir Birthe Kundrus, « Die Kolonien : “Kinder des Gefühls und der Phantasie” », in id., Phantasiereiche : zur Kulturgeschichte des deutschen Kolonialismus, Francfort-sur-le-Main, Campus, 2003, p. 7-19.

[70]

Jürgen Osterhammel, « Imperien », in Gunilla Budde et al. (dir.), Transnationale Geschichte : Themen, Tendenzen und Theorien, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2006, p. 56-67 ; Pascal Grosse, op. cit., p. 35-52.

[*]

Docteur de l’université d’Oxford, visiting fellow à Harvard University et à la NIOD (Amsterdam), Robert Gerwarth est lecturer en histoire contemporaine de l’Europe à University College (Dublin). Il est notamment l’auteur de The Bismarck Myth (Oxford University Press, 2005) et de Twisted Paths : Europe 1914-1945 (Oxford University Press, 2007).

(robert. gerwarth@ ucd. ie)

[**]

Ancien Kennedy-Fellow à Harvard University, Stephan Malinowski est maître de conférences à la Freie Universität (Berlin) où il enseigne l’histoire contemporaine. Il a notamment publié Vom König zum Führer : Deutscher Adel und Nationalsozialismus (Fischer, 2003) et prépare actuellement une étude intitulée « Fighting backwardness : théorie du progrès et pratique de la violence en Algérie 1945-1962 ».

(stephan. malinowski@ arcor. de)

Résumé

Français

Les rapports entre le colonialisme européen et le national-socialisme sont devenus l’enjeu d’une controverse à l’échelle internationale. Dans les pas de Hannah Arendt, certains universitaires ont récemment avancé l’idée que l’Holocauste ne pourrait pas être compris sans prendre en compte les « racines coloniales » du nazisme. En particulier, il est suggéré que le colonialisme allemand et la guerre contre les Herero (1904-1907) aurait servi de modèle à la guerre d’extermination en Europe de l’Est (1939-1945). Cet article tente de critiquer une telle approche qui suggère une continuité entre les massacres coloniaux de 1904 et Auschwitz. Il s’agit de mettre en question ce caractère dit exceptionnel de la guerre coloniale allemande. Du reste, la nature « coloniale » de la guerre d’extermination nazie – malgré sa rhétorique – serait davantage une chimère qu’une réalité historique.

Mots-clés

  • colonialisme
  • génocide
  • violence coloniale
  • Holocauste
  • national-socialisme

English

In recent years, historians in Germany, France and elsewhere have been engaged in a major controversy about “connecting lines” and structural similarities between European colonialism and fascism. Drawing on Hannah Arendt’s Origins of Totalitarianism, some scholars have recently argued that the history of the Holocaust can only be understood by taking into account Nazism’s “colonial roots”. More specifically, it has been suggested that German colonialism and the Herero wars (1904-1907) in particular served as a model for the German war of extermination in Eastern Europe (1939-1945). This essay seeks to critically examine the notion of direct continuity from German 1904 South-West Africa Colonial massacres to Auschwitz. Based on a critical examination of the allegedly “exceptional” character of the German colonial wars, it will be argued that the “taboo violation” of 1904 was in fact very much in line with common European colonial standards and that Nazism’s “colonialism” was more a fantasy rather than a historical reality.

Keywords

  • colonialism
  • genocide
  • colonial violence
  • Holocaust
  • national-socialism

Plan de l'article

  1. Les enjeux du débat
  2. 1904 : violation d’un « tabou » ?
  3. Continuation de la violence coloniale en Europe ?
  4. Héritage européen et particularités nationales

Pour citer cet article

Gerwarth Robert, Malinowski Stephan, « L'antichambre de l'Holocauste ? À propos du débat sur les violences coloniales et la guerre d'extermination nazie», Vingtième Siècle. Revue d'histoire 3/2008 (n° 99) , p. 143-159
URL : www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2008-3-page-143.htm.
DOI : 10.3917/ving.099.0143.


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