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AuteurJudith Lyon-Caen du même auteur
Judith Lyon-Caen est historienne, maître de conférences à l’EHESS, membre du Groupe de recherches interdisciplinaires en histoire du littéraire (GRIHL-CRH). Ses travaux portent sur les usages sociaux de la littérature au 19e et au 20e siècle. Elle a publié La Lecture et la Vie : les usages du roman au temps de Balzac (Tallandier, 2006) et, avec Dinah Ribard, L’Historien et la Littérature (La Découverte, 2010) Judith.Lyon-Caen@ehess.frLe lecteur de cette livraison de Vingtième Siècle sera probablement surpris de l’absence des polémiques qui a suivi la publication des Bienveillantes, de Jonathan Littell, en 2006. Point de face-à-face ici entre des historiens « experts » et des romanciers explorant le passé avec les outils, et les libertés, de la fiction. Il ne sera pas non plus question de la rentrée littéraire 2009, et de son cortège de romans post-Bienveillantes, du Jan Karski de Yannick Haennel au HHhH de Laurent Binet en passant par Les Sentinelles de Bruno Tessarech. Tout ceci a été largement commenté ailleurs[1]
[1] Sur Les Bienveillantes, voir Jean Solchany, « Les...
suite. Aucun des articles réunis dans ce numéro n’a d’ailleurs trait à l’importante production romanesque liée à la Seconde Guerre mondiale, à la Shoah, aux crimes nazis ou à la Résistance, qu’il s’agisse de publications récentes ou de celles qui ont paru, continûment et sous des formes très variées, depuis le moment même de la catastrophe. La présence du passé de la Seconde Guerre mondiale dans la fiction apparaît pourtant dans deux des articles de la dernière partie de ce dossier, qui propose des regards décalés sur des romans du 20e siècle : mais il s’agit bien, justement, d’une présence du passé, à la fois silencieuse et inattendue, et non d’une saisie thématique. On y reviendra. Pour le reste, l’absence de ces romans de la Seconde Guerre mondiale relève bien d’un choix : il s’agissait d’éviter la surdétermination de toute la réflexion sur les relations entre roman et histoire par les publications et les polémiques les plus récentes et d’envisager cette question à l’échelle de tout le 20e siècle, en donnant une visibilité à des travaux et à des réflexions d’historiens qui, sur des terrains d’études divers, ont affaire avec des romans.
La « tentation » documentaire
2 Avoir affaire avec le roman, quand on est historien : expérience récurrente, qui vient souvent comme une tentation. Tentation d’écriture, qu’on ne développera pas, tant elle a été commentée : l’écriture historique investit des procédés multiples, dont ceux de la fiction (mais l’usage de la fiction n’est pas le propre de la littérature, qu’on pense à l’argumentation juridique...), pour rendre visible son travail, organiser ses résultats dans un récit, etc. Ce qui nous concerne ici, c’est la tentation de saisir le passé dans des fictions qui viennent de ce passé, – véritables monuments de papier qui, par leur efficace descriptive ou narrative, ont traversé le temps et évoquent des décors effacés, des événements révolus, ou explorent les cheminements complexes du passage du temps, mémoire ou oubli. Cette tentation documentaire conduit à traiter les romans comme des sources, le plus souvent en mettant la fiction de côté, comme ce qui n’intéresse pas l’historien, ne le regarde pas, mais qui relèverait, dans un partage des tâches disciplinaires, des études littéraires. À l’historien, en somme, ce que le roman dit de ses contextes politiques, sociaux, économiques, culturels. Aux études littéraires la langue, l’écriture, le texte et tous ses contextes spécifiques – traditions et influences, genres, mais aussi vies d’écrivains, milieux, etc. Lire le roman comme une source pour l’histoire revient, le plus souvent, à y repérer les représentations d’un événement, à y saisir des figures, typiques ou marginales, d’une époque, à analyser des descriptions, des situations, des segments d’intrigue, des discours tenus par des personnages ou par le narrateur comme autant de signes pointant vers une réalité extérieure à l’œuvre et la documentant, bien ou mal. Documenter le passé (la France de l’entre-deux-guerres, l’Union soviétique stalinienne, Rome occupée par les Allemands) en se servant de ces fictions qui semblent restituer avec tant de vivacité des événements, des décors, des manières d’être, des expériences partagées ou singulières, des rapports à la famille, à la morale, à la politique ou à la sexualité, est donc une tentation omniprésente. Mais aussi constamment repoussée : on sait que les romanciers composent, écrivent, donnent l’illusion du vrai, et ne renseignent pas directement ni sur ce qui a eu lieu ni sur des visions du monde. Le roman, et c’est son propre, raconte des histoires. Mais que faire de cette production scripturaire particulière qui se trouve constituer l’un des lieux majeurs de figuration de l’expérience vécue depuis deux ou trois siècles ?
3 On remarquera qu’à le tenir comme une source sur ses « dehors », le roman demeure extérieur à l’univers des faits (sociaux, politiques) qui sont les objets usuels des historiens. Il documente les « contextes » auxquels il renvoie, dans lesquels il s’inscrit, qui l’éclairent, mais il n’en fait pas partie. On peut pourtant remarquer, très simplement, que ces contextes sont également construits comme tels par les romans : un livre comme Les Thibault de Roger Martin du Gard inscrit les actions de ses personnages dans un contexte socio-historique (la France de la Première Guerre mondiale et de ses lendemains) qu’il produit comme le contexte pertinent d’explication de parcours biographiques inventés. Ainsi certains romans contribuent, ont contribué à faire exister ces faits qui leur sont « extérieurs » – des découpages sociaux ou des événements politiques par exemple. Ils appartiennent bien à l’univers des faits socio-politiques : ils y agissent.
Le « rôle historique » des œuvres littéraires
4 Il existe toute une série de travaux, à la confluence de l’histoire des historiens et des études littéraires, visant à saisir le « rôle historique » des œuvres littéraires en général – on entend, par « œuvres littéraires » dans une définition strictement empiriste, les écrits qui, dans le passé et au présent, ont été qualifiés et sont tenus comme « littéraires »[2]
[2] Pour une présentation générale de ces questions, voir...
suite. Le « rôle historique » d’une œuvre : tout ce qui fait qu’à un moment donné elle a marqué son temps, qu’elle a cheminé à travers le temps. L’expression vient sous la plume de Gustave Lanson, dans un article célèbre de 1904, souvent repris et commenté, en particulier par Lucien Febvre en 1941[3]
[3] Gustave Lanson, « L’histoire littéraire et la sociologie »,...
suite. Lanson y promouvait une vision large de l’histoire littéraire, allant des contextes les plus littéraires à tout ce qui fait la vie sociale des œuvres – depuis les conditions, matérielles et sociales, de la production d’écrits et de livres, jusqu’aux modalités de leur circulation et de leurs appropriations dans l’espace social, en passant par l’histoire des institutions de la vie littéraire et du statut des écrivains, etc. Autant de questions qui aujourd’hui marquent un territoire partagé par l’histoire littéraire, l’histoire sociale et culturelle et la sociologie de la littérature, qui nourrit un important champ de recherches, entre histoire du livre et de l’édition, histoire des pratiques de lecture, histoire du champ littéraire ou histoire sociale des écrivains. Autant de savoirs qui situent le « fait littéraire » dans l’histoire et dans l’espace social, qui insistent sur l’historicité propre de la littérature – des écrits qu’on nomme, dans le passé et dans le présent, « littérature » et préviennent contre la « tentation » de voir dans les écrits littéraires des savoirs flottant au-dessus du temps. Car c’est bien le propre de la « littérature », telle qu’on l’entend communément depuis le 19e siècle, de susciter une croyance dans son pouvoir de dire le monde, comme parole venue du monde mais s’arrachant à lui et le surplombant, par la force propre du génie de ceux qui la produisent. La socialisation de cette croyance, à laquelle travaille, depuis le 19e siècle, le système scolaire de nombreux pays occidentaux mais aussi tout ce qui, dans l’écrit « littéraire » lui-même, figure ou efface ses conditions de production, est un objet pour l’histoire. Regarder le roman en historien impose une conscience ‑ un savoir – de l’historicité et de la socialité des écrits littéraires, parmi lesquels le roman domine, symboliquement et quantitativement, depuis le milieu du 19e siècle. Cette conscience invite l’historien à situer son propre geste de convocation, parfois gêné, du roman, dans une histoire. Nous « croyons » dans la littérature, et dans la fiction romanesque en premier lieu, nous croyons dans son pouvoir d’évocation, de narration, de description, de dérangement ou d’« estrangement[4]
[4] Le terme, on le sait, vient souvent sous la plume de Carlo...
suite » parfois, et cette croyance est aussi ce qui fait de nous, historiens d’aujourd’hui, des contemporains des producteurs et des lecteurs de fictions d’une modernité vieille au moins de deux siècles, mais qui marque fondamentalement le 20e siècle occidental. Regarder le pouvoir de la littérature comme un objet d’histoire, le suivre dans les institutions, les pratiques, les actions qui ne cessent de le construire, de le produire, de le socialiser permet de faire sur les usages historiens du roman, qui relèvent souvent d’une forme d’adhésion critique à la vérité de la fiction, un nécessaire retour réflexif.
Regarder le roman comme un objet d’histoire
5 Mettre face à face « roman » et « histoire » ne renvoie pas seulement à la disponibilité du roman pour l’historien. Car l’histoire, comme temps collectif mais aussi comme opération savante, est centrale dans la fiction romanesque. La concurrence entre l’histoire des romanciers et l’histoire « en toge » n’est pas neuve : Balzac y a logé tout son programme d’histoire des mœurs, en posant l’architecture de son œuvre romanesque, monument d’écriture en mosaïque, face à la sécheresse de l’historiographie[5]
[5] Ainsi, par exemple, dans l’introduction aux Études philosophiques...
suite. Mais il s’agit bien ici encore d’échapper au « toujours déjà là » d’un face-à-face où des historiens utiliseraient les romans comme des documents d’histoire ; où les mêmes historiens, dans le moment de l’écriture, succomberaient aux facilités, aux séductions des modèles romanesques ; et où les romanciers viendraient concurrencer l’histoire sur son terrain (dans ses objets, ses archives, les modalités même de l’opération historiographique) pour écrire l’histoire autrement. Si la rivalité entre fiction littéraire et écriture historique est ancienne, l’investissement explicite du savoir et des modes d’enquête de la discipline historique est particulièrement intense dans la littérature plus contemporaine. Emmanuel Bouju suit, dans ses recherches, ces modalités spécifiques de « transcription » de l’histoire dans le roman européen de la fin du 20e siècle[6]
[6] Emmanuel Bouju, La Transcription de l’histoire :...
suite. C’est le lieu même du travail littéraire sur la mémoire et les fantômes de l’écrivain allemand Winfried Georg Sebald[7]
[7] Voir Muriel Pic, L’Image-papillon suivi de W. G. Sebald :...
suite. Mais on sait aussi ce que la Dora Bruder de Patrick Modiano (1997) doit à la publication du Mémorial de la déportation des juifs de France édité par Serge Klarsfeld[8]
[8] Voir le texte de Patrick Modiano, « Avec Serge Klarsfeld,...
suite. Les anxiétés mémorielles des dernières décennies reconfigurent ainsi les relations entre écriture romanesque et opération historiographique.
6 Faire de la littérature un objet d’histoire, la tenir comme une institution, une activité sociale, une pratique, regarder le roman – comme production éditoriale dominante dans le champ de la littérature occidentale depuis le 19e siècle – dans cette perspective, c’est se donner la possibilité de décrire ce face-à-face dans des conjonctures situées, de le saisir dans son historicité et sa socialité. C’est bien se donner le moyen de comprendre ce que tel ou tel écrit romanesque fait de son temps et à son temps. Écrire un roman, saisir quelque chose du présent, ou du passé, ou du passage du temps, dans ce type d’écriture particulier qu’est la fiction romanesque, le faire publier comme tel, être lu comme tel, c’est un geste, une action sociale que l’on peut regarder parmi d’autres actions, qui ne sont pas nécessairement des actions d’écriture, et que l’on peut connaître, justement, en envisageant ces écrits qui sont des actions. Qu’est-ce qu’agir, dans telle ou telle conjoncture, avec un roman ? Cette question ne vaut pas seulement pour ce qu’on appelle la « littérature engagée », et qui revient bien à accomplir un certain type d’action politique en composant des fictions.
Connaissance et témoignage
7 C’est dans cette perspective que prennent sens les deux premiers dossiers proposés dans ce numéro. « Savoirs », tout d’abord : il ne s’agit pas ici de dégager une capacité cognitive intrinsèque au roman, d’un savoir qui serait singulier, surplombant et transtemporel, qui saisirait ce que les savoirs institués ne peuvent atteindre, mais de situer la production, l’identification de savoirs tenus pour spécifiques au roman dans des contextes sociaux, politiques, culturels, éditoriaux précis. Les relations entre l’écriture littéraire de fiction et les savoirs des sciences de l’homme – ceux de la discipline historique, de la sociologie, de l’anthropologie – ont une histoire, éclairée dans ce numéro par deux études de cas, associées à deux conjonctures, deux époques, deux lieux : il s’agit des liens entre littérature, journalisme et enquête sociologique sous la république de Weimar dans le travail de Marie-Bénédicte Vincent sur Hans Fallada ; puis de l’investissement de la forme romanesque dans la pastorale catholique des années 1950, dans le travail de Frédéric Gugelot.
8 Deux articles proposent ensuite des réflexions sur la valeur de témoignage de la fiction romanesque. Nicolas Beaupré revient sur les nombreux débats autour des témoignages littéraires de la Première Guerre mondiale et Cécile Vaissié envisage la production romanesque de la période gorbatchévienne comme autant de récits de fiction tenant lieu d’histoire. On perçoit ainsi la récurrence, tout au long du 20e siècle, du questionnement sur la valeur de témoignage du roman et, ce, dès le moment même de l’événement. D’une certaine manière, ces articles suggèrent combien des romans, dans le passé, ont pu être produits, contextualisés et reçus comme des témoignages, et combien cette opération a pu, d’emblée, faire question : voilà donc un objet pour l’histoire, tout autant qu’une question de méthode, puisque la production d’écrits romanesques apparaît ici, fortement, comme un événement de l’histoire que ces mêmes écrits sont censés documenter. Un chantier de recherches s’ouvre, qui a trait aux opérations de contextualisation des écrits, en particulier de fictions, produites par les acteurs du passé : dans sa récente et remarquable étude sur Emanuel Ringelblum, Samuel Kassow montre ainsi combien la suscitation, la collecte, la mise en forme, la conservation de témoignages sur la vie dans le ghetto de Varsovie entre 1940 et 1943 obéit à des préoccupations savantes, militantes et combattantes tout à la fois qui font du témoignage un événement d’écriture d’une histoire tout à la fois intellectuelle, savante, militante et combattante[9]
[9] Samuel D. Kassow, Who Will Write our History ? Emanuel...
suite.
Transporter le temps
9 Par les démarches multiples de contextualisation qu’illustrent ces articles, l’historien interroge ce que des romans, produits, publiés, lus dans le siècle, ont fait à leur temps et de leur temps. Mais, on l’a dit d’emblée, le propre de ces romans, si nous les lisons aujourd’hui, est bien de transporter dans notre présent quelque chose du passé dont ils viennent et d’affecter, par là, notre présent, notamment en ce qu’il vient du passé. L’opération historiographique produit le passé comme révolu ; les écrits littéraires, dans les modalités propres de leur circulation dans le temps (modalités qui, on l’a dit, relèvent d’une historicité et d’une socialité particulière et non d’une « nature » atemporelle de la littérature), transportent du temps. Les lire comme venus du passé, c’est faire l’expérience d’autres manières de produire du temps que dans l’opération historiographique. La dernière partie de ce volume est ainsi consacrée à des travaux qui prennent en charge, de front, des expériences de décalage produites dans la lecture de fictions contemporaines. Il s’agit, d’une part, avec Anne Simonin, de se laisser dérouter par les contextualisations et les temporalisations produites par Romain Gary dans les Racines du ciel (1956) ; d’autre part, avec Christian Jouhaud, de regarder des dispositifs temporels dans un roman de Simenon abordé comme un « paysage » et voir ainsi, en écartant les opérations de l’explication par le contexte historique ou la biographie de l’écrivain, des présences du passé non thématisées par Simenon, présences récalcitrantes, aussi silencieuses que prégnantes.
10 Les deux derniers articles de ce recueil proposent également des expériences de lecture, menées ici par des historiens non spécialistes du 20e siècle, et interpellés comme tels, dans des romans qui ont marqué leur travail : Alain Boureau, spécialiste de la scholastique médiévale, traverse La Plaisanterie de Milan Kundera (1967) avec sa bibliothèque pour réfléchir à la contingence en histoire ; Yves Carrez-Maratray, spécialiste de l’Égypte ancienne, évoque à la fois son parcours de recherche et les formes de présence du passé antique dans l’Égypte actuelle à partir de l’Immeuble Yacoubian d’Alaa al-Aswani, roman à succès publié en Égypte en 2002, traduit en français et adapté pour le cinéma en 2006.
11 Cette livraison de la revue Vingtième Siècle consacrée au face-à-face entre roman et histoire ambitionne ainsi d’offrir autre chose qu’un panorama des débats les plus récents sur les romans de la Seconde Guerre mondiale ou sur les savoirs de la littérature. Nous avons tenu à souligner, d’une part, la productivité savante du travail historique sur des romans envisagés non comme des sources mais comme des objets – des écrits – pris dans l’histoire sociale, intellectuelle et politique du 20e siècle ; d’autre part, à proposer des expériences de lecture de romans du 20e siècle assumant une part de décalage ou de suspens par rapport aux gestes historiographiques usuels ; précisément pour se donner les moyens de saisir ce en quoi certains romans, dans ces expériences de lecture, font histoire et font à l’histoire.
12 Judith Lyon-Caen, École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Centre de recherches historiques (CRH), CNRS, 75013, Paris, France.
Notes
[1] Sur Les Bienveillantes, voir Jean Solchany, « Les Bienveillantes ou l’histoire à l’épreuve de la fiction », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 54 (3), 2007, p. 159-178 ; sur la rentrée littéraire 2009, la « Chronique » de Patrick Boucheron et les comptes rendus de Florent Brayard dans les Annales HSS, « Savoirs de la littérature », 65 (2), mars-avril 2010, p. 441-467 et p. 534-538 ; plus récemment encore, Patrick Boucheron, « On nomme littérature la fragilité de l’histoire », Le Débat, 165, 2011, p. 41-56. 
[2] Pour une présentation générale de ces questions, voir Judith Lyon-Caen et Dinah Ribard, L’Historien et la Littérature, Paris, La Découverte, « Repères », 2010. 
[3] Gustave Lanson, « L’histoire littéraire et la sociologie », Revue de métaphysique et de morale, 12 (4), juillet 1904, p. 621-642 ; Lucien Febvre, « Littérature et vie sociale : de Lanson à Daniel Mornet, un renoncement ? », Annales d’histoire sociale, 3, janvier-juin 1941, repris dans Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1953, p. 263-268. 
[4] Le terme, on le sait, vient souvent sous la plume de Carlo Ginzburg qui, récemment, dans Le Fil et les Traces : vrai faux fictif, invite à une exploration des défis cognitifs lancés aux historiens par le roman dans une lecture singulière du Rouge et le Noir de Stendhal. (Carlo Ginzburg, Il filo e le tracce : vero, falso, finto, Milan, Feltrinelli, 2006 ; trad. fr., id., Le Fil et les Traces : vrai faux fictif, trad. de l’it. par Martin Rueff, Paris, Verdier, 2010) 
[5] Ainsi, par exemple, dans l’introduction aux Études philosophiques (1834) : « Le roman, pour arriver à une place honorable dans la littérature, doit être en effet l’histoire des mœurs, dont ne se soucient guère les historiens en toge qui se croient grands pour avoir enregistré des faits. » 
[6] Emmanuel Bouju, La Transcription de l’histoire : essai sur le roman européen de la fin du vingtième siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006 ; id., « Exercice des mémoires possibles et littérature “à-présent” », Annales HSS, « Savoirs de la littérature », 65 (2), mars-avril 2010, p. 417-438. 
[7] Voir Muriel Pic, L’Image-papillon suivi de W. G. Sebald : l’art de voler, Dijon, Les Presses du réel, 2009 ; et le travail de Martine Carré, « Fiction et Histoire dans Austerlitz de W. G. Sebald : vers un roman de la mémoire ? », Textes & Contextes, 5, 2010, http://revuesshs.u-bourgogne.fr /textes &contextes /document.php? id = 1134. 
[8] Voir le texte de Patrick Modiano, « Avec Serge Klarsfeld, contre l’oubli » (1994), repris dans les éditions récentes de Dora Bruder. 
[9] Samuel D. Kassow, Who Will Write our History ? Emanuel Ringelblum, the Warsaw Ghetto, and the Oyneg Shabes Archive, Bloomington, Indiana University Press, 2007 ; trad.fr., id., Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, trad. de l’angl. par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Grasset, 2011. Sur le témoignage comme événement d’écriture, voir Christian Jouhaud, Dinah Ribard et Nicolas Schapira, Histoire, littérature, témoignage : écrire les malheurs du temps, Paris, Gallimard, 2009.
PLAN DE L'ARTICLE
- La « tentation » documentaire
- Le « rôle historique » des œuvres littéraires
- Regarder le roman comme un objet d’histoire
- Connaissance et témoignage
- Transporter le temps
POUR CITER CET ARTICLE
Judith Lyon-Caen « Présentation », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 4/2011 (n° 112), p. 3-9.
URL : www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2011-4-page-3.htm.
DOI : 10.3917/vin.112.0003.




