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La compétition entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Conséquences économiques et sociales

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Irina Peaucelle
Publié dans

Innovations

2010/3 (n° 33)

Éditeur
De Boeck Supérieur
Pages 37 - 63
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Depuis le 18e siècle Moscou et Saint-Pétersbourg cherchent à s’imposer sur l’arène internationale en tant que places européennes en termes de performance économique et de progrès social. En 1900, Saint-Pétersbourg est la capitale et la plus grande ville de la Russie. C’est aussi la 8e des plus grandes villes du monde. En 2007, dans le classement des « villes mondiales » selon quatre critères proposés par GaWC [1][1] Groupe et réseau d’étude sur la mondialisation et les... (économique, politique, culturel et d’infrastructure), Moscou, la capitale aujourd’hui, est classée parmi les Alpha villes (troisième catégorie d’en haut par importance). Saint-Pétersbourg n’est que dans la 10e et dernière catégorie, dite Gamma. Moscou est de loin la plus importante ville pour l’économie de la Russie. Saint-Pétersbourg est la deuxième, mais avec un décalage très significatif (Tableau 1).

Tableau 1 - Le poids relatif de Moscou et de Saint-Pétersbourg dans les principaux indicateurs sociaux et économiques de la Fédération de Russe, 2008, en pourcentageTableau 1
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Avec une population active employée environ trois fois supérieure, Moscou produit globalement six fois plus en termes de valeur ajoutée, exporte sept fois plus et contribue sept fois plus au budget fédéral que Saint-Pétersbourg. La comparaison des rangs des deux villes établis à partir des indicateurs sociaux et économiques (Tableau 2) montre pourtant quelques avantages relatifs de Saint-Pétersbourg. Ainsi, son rang est meilleur en termes de taux d’activité, de nombre de voitures personnelles et de mètres carrés de logement par habitant, en même temps que de la mise à la disposition de nouveaux logements en 2008. Le taux de chômage y est plus faible et la criminalité aussi.

Tableau 2 - Le rang de Moscou et de Saint-Pétersbourg parmi les 86 découpages administratifs (républiques, territoires, districts, régions) de la Fédération de Russe (indicateurs sociaux et économiques), 2008Tableau 2
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Les ressortissants de Saint-Pétersbourg occupent les principales postes de l’État et d’une manière générale les postes de décision politique du pays. Ainsi, les deux derniers présidents de la Fédération de Russie sont d’anciens résidants de Leningrad (Saint-Pétersbourg) et diplômés de l’Université d’État de cette ville, l’actuel premier ministre est l’un d’eux. Un nombre non négligeable de ministres, de chefs de partis, d’élus de la Douma et de sénateurs le sont également. La cour constitutionnelle siège à l’heure actuelle à Saint-Pétersbourg. Ces aspects bien que conjoncturels jouent en faveur de Saint-Pétersbourg sur la scène internationale.

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Notre objectif est d’analyser la co-évolution économique et sociale de deux villes – capitales de Russie – sur une longue période et de voir dans quelle mesure la compétition entre ces deux entités modifie les conditions de vie de la population et l’image du pays. En premier lieu, sera exposée la situation économique des industries des deux régions à la fin du 19e siècle. Elle explique les raisons de l’hostilité entre les villes, mais en même temps les avancées législatives et sociales en Russie. En second lieu, en combinant les indicateurs couramment utilisés d’innovation, de compétitivité, de corruption, et les grandes lignes des politiques d’incitation aux investissements et des politiques d’éducation/formation, nous déterminerons les spécificités de Moscou et de Saint-Pétersbourg en matière d’innovation. L’article souligne les difficultés communes explicables par la disparition du système étatique d’innovation et l’excessive attractivité des activités commerciales liées à l’exportation de ressources naturelles au détriment des activités culturelles, technologiques et scientifiques. Enfin, une brève récapitulation de l’analyse de cas des deux villes aide à formuler des éléments de réponse quant à la pertinence de la compétition entre les villes pour le développement économique et social.

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Tougan-Baranovsky (1898) a étudié à la fin du 19e siècle le développement du capitalisme russe dans un ouvrage la Fabrique russe. Il montra la diversité des pratiques capitalistes russes et les conséquences de la concurrence entre Saint-Pétersbourg et Moscou pour expliquer les moteurs du progrès technique et organisationnel en Russie, lesquels sont aussi sources du progrès social. D’une manière générale, ce type de recherche sur le développement du capitalisme a suscité par la suite deux grandes orientations : une privilégiant le rôle du capital, de l’innovation et de la planification, l’autre mettant l’accent sur la complexité de la force de travail. À l’heure actuelle, nous retrouvons ces deux orientations. Le premier axe de recherche concentre entre autres les travaux relatifs au rôle des opérateurs de connaissance et de réseaux d’innovation (Batten, 1995 ; Porter, 1998 ; Laperche, Sommers, Uzunidis, 2010), sur la place de la planification et de la régulation dans les économies du 21e siècle (Peaucelle, 2005 ; Galbraith, 2009), sur la gouvernance métropolitaine (Heinelt, Kübler, 2005).

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L’autre axe est représenté par les théories de la justice sociale dont les principaux fondateurs sont Serge-Christophe Kolm (Kolm, 1972, 1996) et Amartya Sen (Sen, 1982). Les travaux de ces auteurs ont conduit à analyser les sociétés industrielles et post-industrielles de la fin du 20e siècle et à les comparer sur l’échelle du développement humain, qui n’est plus l’indicateur de performance capitalistique. L’indice unidimensionnel des inégalités absolues et relatives, qui ressort de l’approche dite de Atkinson-Kolm-Sen, est utilisé par l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour évaluer l’indicateur du développement humain des différents territoires, mais aussi par d’autres institutions pour les classer selon divers signes distinctifs, tels que : performance de leurs entrepreneurs (ALTIDIEM, 2009 ; Chepurenko, 2008 ; Gabelko, 2009 ; Bosma, Levie, 2010) ou de leurs gouverneurs (OCDE, 2000), de leur capacité d’innover (Atlas social des régions de la Fédération de Russie, 2009).

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Cet article repose sur la combinaison de deux avancées théoriques issues de l’économie politique classique pour analyser la nature de la compétition entre Moscou et Saint-Pétersbourg et l’impact de cette compétition sur le mode et le niveau de vie de la population. Cependant, n’ayant que deux sujets à analyser, il a paru raisonnable de ne pas construire l’indicateur unidimensionnel de compétitivité pour les classer. On restera à la comparaison point par point, chacun étant l’objet de multiples travaux en économie, droit, sociologie ou géographie. Il s’agit des catégories analytiques spécifiant la concurrence et/ou compétition, telles que les formes de propriété sur les moyens de production, rôle du progrès technique et scientifique, la qualité de la force de travail, formation professionnelle et clusters. Par la suite dans ce texte le terme de « concurrence » désignera une course entre les capitalistes visant à réduire les coûts de production dans leur entreprise, le plus souvent grâce à des innovations technologiques, afin d’obtenir le profit supplémentaire aussi longtemps que les marchandises analogues se vendent aux prix correspondant aux coûts de production moyens (antérieur à l’innovation). La « compétitivité » sera synonyme de la productivité ou de son accroissement. La « compétition » est une notion plus large. Elle se rapporte aux différents systèmes sociaux et différentes activités humaines sans avoir fatalement un but lucratif. Souvent la compétition est aussi assimilée à un instinct de survie. Par ailleurs, sachant que la compétition et la concurrence sont sources d’inégalités et de problèmes sociaux graves (Peaucelle, 2008), parmi lesquels la corruption et la criminalité, une partie du texte leur est consacrée.

Les rapports conflictuels entre les deux capitales au 19e siècle

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Nous commençons par reprendre la définition de la ville comme espace fondé sur les échanges marchands, le droit et l’autonomie de Max Weber (1921). Mais nous réfutons l’affirmation selon laquelle toutes les villes russes soufraient au 19e siècle de l’absence d’une bourgeoisie urbaine et d’un État pauvre. En effet, si à la fin du 18e siècle, 36 % des villes russes sont de type préindustriel, car plus de la moitié de leur population active se concentre dans l’agriculture, l’administration et l’armée, Moscou est une grande ville bourgeoise, commerciale et industrielle et Saint-Pétersbourg est alors, une des trois villes russes avec Odessa et Kiev, de type tertiaire ou de services (Nefedova, Polian, Treyvish, 2001) [2][2] Dans les années 1960-1970, Saint-Pétersbourg a perdu.... Saint-Pétersbourg, dès sa fondation en 1703, est une ville planifiée, car l’État est fort et déterminé à lui réserver une place européenne de premier plan.

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Selon les catégories russes prérévolutionnaires, la « classe marchande » regroupe les personnes enregistrées dans les guildes marchandes. Ces « marchands », du point de vue professionnel, ne sont pas toujours engagés dans des activités commerciales ou industrielles. Ils sont enregistrés dans la guilde pour diverses raisons, souvent non liées aux activités de négoce. Par exemple, les Juifs sont enregistrés dans la guilde des marchands d’abord parce que ainsi ils ont le droit de vivre partout, indépendamment de la soi-disant « zone de résidence » (Bourychkine, 1954). Moscou est une ville marchande et bourgeoise. Saint-Pétersbourg est bureaucratique. Les relations entre les deux capitales ont toujours été conflictuelles. Le dédain pour la classe marchande à Saint-Pétersbourg est manifeste sur trois points selon Bourychkine : d’abord, les négociants étrangers ont créé une légende selon laquelle le peuple russe, qu’ils fréquentaient principalement à Moscou, est malhonnête et tricheur, ensuite, la littérature russe dépeint le personnage du « marchand » comme ressortissant du « royaume de l’obscurité », et enfin, des adeptes de « la Russie agraire », militent contre les commerçants, pour que le pays reste renfermé sur lui-même. Les résidents de Moscou, de leur côté, n’affectionnent pas la bureaucratie pétersbourgeoise et, en particulier, ses porte-parole industriels.

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L’industrie de Moscou est représentée par les usines de textile, et le commerce par les marchands du coton en gros. En revanche les banques et le capital étranger sont peu présents [3][3] Sur les 2,242 millions de roubles investis par des.... Les entreprises et les usines de Moscou appartiennent souvent à des familles, dont les membres les ont fondés et administrés, et ceci malgré la spécificité du droit de succession. En Russie la « fortune » est individuelle plutôt que familiale, elle est acquise, et l’héritier peut bien en faire ce qu’il veut. Les femmes aussi sont totalement libres de disposer de leurs biens. Ainsi, en principe, des intérêts de l’entreprise ne sont pas défendus par des circonstances juridiques. Si elle reste familiale, c’est grâce au libre choix des clans. Les entreprises familiales russes ont contribué au paternalisme ; en particulier, des écoles et des hôpitaux sont souvent créés auprès d’elles [4][4] « Le patron » pouvait beaucoup plus facilement réaliser.... Au début de la Première Guerre mondiale, quand presque tous les grands commerces et l’industrie ont été transformés en sociétés anonymes, à Moscou, les parts des entreprises restent entre les mains des familles d’entrepreneurs.

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Il existe une grande disparité de stratégies entrepreneuriales (niveau de mécanisation et de qualification de la main-d’œuvre) entre les industriels des deux villes, savamment analysée par Tugan-Baranovsky (1898). Voici la trame du conflit industriel autour de la législation relative aux conditions de travail. Après une accélération de la croissance à la fin des années 1870 vient la crise, qui touche particulièrement l’industrie du coton. Des milliers de travailleurs sont licenciés. Cet état des choses donne raison à la mise en place de diverses commissions qui ont pour tâche de proposer les nouvelles règles de fonctionnement des usines. Longtemps les projets n’ont pas la chance d’aboutir, car la majorité de fabricants n’est pas prête à accepter des aménagements législatifs favorables aux travailleurs. Par exemple, les projets relatifs aux conditions du travail des mineurs sont retardés et amendés plusieurs fois. Une commission d’État proposait d’interdire l’accès au travail des enfants de moins de 11 ans, de réduire la durée de travail des enfants âgés entre 11 et 15 ans à 10 heures par jour et le travail pendant la nuit pour les autres catégories de personnes. Une résistance exceptionnelle à ce type de propositions est constatée de la part de la branche moscovite du Conseil des fabricants. En 1872, la réunion des patrons d’usines a voté à Moscou le texte suivant : « un tel bouleversement majeur peut provoquer une grande difficulté dans les secteurs industriels. Dans de nombreux cas, la destruction du travail de nuit, avec des coûts importants pour le fonctionnement de l’usine, ainsi que la hausse des salaires, à cause de la réduction du nombre des mineurs et leur remplacement par les adultes, impliqueront inévitablement des augmentations sensibles des coûts de production, et même modifieront les prix des travaux en faveur des concurrents étrangers ». Par contre les fabricants de Saint-Pétersbourg approuvaient les projets de réglementation dans les usines.

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Pourquoi les fabricants de Saint-Pétersbourg sont-ils des partisans de cette législation, tandis que les Moscovites s’opposent à de tels projets ? La principale raison, selon Tougan-Baranovsky, est la différence entre les niveaux de salaires de Saint-Pétersbourg et de Moscou. Les salaires dans la région de Saint-Pétersbourg sont significativement plus élevés qu’à Moscou – d’environ 30 %, voire davantage. La région centrale de la Russie est densément peuplée, et les usines de Moscou ne souffrent jamais d’une pénurie de main-d’œuvre. Saint-Pétersbourg est situé à la périphérie faiblement peuplée de la Russie. Une grande partie de sa population active sont des paysans des provinces industrielles plus ou moins éloignées. Afin d’attirer des travailleurs provenant de ces provinces, les entrepreneurs leur accordent un salaire plus élevé que celui qu’ils reçoivent dans leurs régions d’origine. Ce différentiel des salaires mène inévitablement à des différences dans les techniques de production. Les usines de Saint-Pétersbourg, en règle générale, sont beaucoup mieux équipées techniquement que celles de Moscou. Mais la nouvelle technologie impose de plus grandes exigences aux travailleurs. Si le travail peu productif de nuit ou le travail des mineurs peut être « bénéfique » dans les usines à bas salaires de Moscou, il n’est pas rentable à Saint-Pétersbourg. Par conséquent, dans les fabriques de Saint-Pétersbourg le travail de jour domine, en revanche à Moscou, le travail est organisé en continu. Plus les salaires sont élevés, plus il est rentable de remplacer les travailleurs par les machines. Pour le fabricant de Moscou, une telle substitution peut conduire à des pertes, en raison de l’existence d’une main-d’œuvre bon marché dans la région.

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Prenant en compte la concurrence entre les usines de Saint-Pétersbourg et Moscou, on comprend aisément pourquoi les fabricants de Saint-Pétersbourg ont souvent explicitement insisté sur la limitation par la législation des heures de travail en Russie. Les usines de Moscou, travaillant en permanence jour et nuit, jouissant du travail « bon marché », minaient la profitabilité des usines à Saint-Pétersbourg avec une journée de travail plus courte et un salaire supérieur. La réduction par la loi de la durée de travail en Russie améliorait très sensiblement l’environnement concurrentiel de Saint-Pétersbourg par rapport à Moscou. C’est pour cette raison que les fabricants de Saint-Pétersbourg agissaient en faveur des projets améliorant les conditions des travailleurs, et à Moscou ils s’opposaient à de tels projets.

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En 1905, lorsque les premiers signes de la révolution apparaissent, les industriels de Saint-Pétersbourg posent la question de l’opportunité de créer en Russie le parti unique de tous les commerçants et industriels. La ville de Moscou, lors des premières réunions et congrès constituant ce type de rassemblement, est représentée par le comité de la Bourse, par la société marchande, et les propriétaires des entreprises. Des intellectuels, ingénieurs, hommes politiques et avocats se trouvent à la tête des délégations de Saint-Pétersbourg. Les discussions se déroulent en « différentes langues » : les marchands suent et sourient, en utilisant les expressions de l’industriel moscovite Bourychkine, mais ils ne comprennent pas les raisonnements politiques pétersbourgeois. Il faudra un certain temps pour que leur situation change, et qu’à la suite évolue l’avis sur cette classe d’entrepreneurs. Du marchand moscovite on entendra enfin des « vrais mots » [5][5] Entre guillemets : expression de Bourychkine, et il commencera à concevoir, produire, fabriquer et finira par s’insérer, dans la deuxième décennie du 20e siècle et pour une courte période, dans la science et l’art. Ce sont des marchands-entrepreneurs. Quelques marchands-entrepreneurs moscovites : P. Tretiakov, A. Konovalov, C. Morozov, L. Knop, C. Schoukin ont ainsi joué un rôle crucial dans le dynamisme économique de leur ville, au même titre que Henry Ford et Alferd P. Sloan (pour General Motors) aux États-Unis.

Analyse comparative des capacités à innover et des risques sociaux : période post-soviétique

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Le système soviétique du financement et de l’administration de l’activité de recherche et développement (R&D) se caractérise par le rôle décisif de l’État dans le processus planifié d’intégration de la science à l’industrie. Depuis la destruction de ce système avec la disparition de l’Union soviétique, un fossé entre la science et l’économie s’est creusé. Les nouveaux mécanismes de la stimulation de l’activité d’innovation pour la modernisation du système productif ne sont toujours pas trouvés. Les investisseurs privés choisissent des secteurs rentables à court terme et les actifs susceptibles d’être transférés à moindres coûts dans les différents coins de la planète. Les bas salaires des chercheurs et l’infrastructure académique en perdition depuis deux décennies mènent à la stagnation et à l’appauvrissement du potentiel intellectuel et d’innovation. Ces ruptures néfastes sont communes pour l’économie aussi bien de Moscou que de Saint-Pétersbourg.

Les innovations dans les secteurs productifs

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La majorité des entreprises et des établissements de Moscou et de Saint-Pétersbourg sont privés (respectivement à 90 % et 92 %). Dans chaque ville, ne subsiste que 1 % d’établissements appartenant à l’État et 2 % dépendant des organismes sociaux et publics. Ainsi, du point de vue de la propriété sur les moyens de production les villes sont remarquablement identiques, et ont une potentialité équivalente à l’éclosion de l’initiative privée.

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Quand on observe les structures économiques par activité, on remarque les différences significatives qui évoquent les spécialisations de ces villes au 19e siècle : Moscou-commerçante, Saint-Pétersbourg-bureaucratique, voire tertiaire (voir graphique 1). À Moscou certaines activités sont beaucoup plus importantes qu’à Saint-Pétersbourg : le commerce de détail et du gros (40 % vs 24 %) et les opérations immobilières (19 % vs 13 %). À Saint-Pétersbourg, le poids de l’éducation (4 % vs 2 %), de santé et services sociaux (5 % vs 2 %), des structures étatiques, défense militaire, sécurité sociale obligatoire (4 % vs 2 %) est plus marquant qu’à Moscou, mais aussi le rôle de l’industrie du bâtiment (8 % vs 3 %) et de l’industrie manufacturière (20 % vs 15 %).

Graphique 1 - Structure des activités par secteurs économiquesGraphique 1

Le rôle des très grandes entreprises dans la recherche et le développement

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Parmi les vingt plus grandes firmes russes [6][6] Selon l’agence de notation « Expert RA », qui a utilisé..., onze ont leur siège social à Moscou et une seule est basée à Saint-Pétersbourg. Les très grandes entreprises restent les principaux acteurs dans le système d’innovation industrielle russe selon tous les indicateurs : pourcentage de nouveaux produits, pourcentage de nouvelles technologies, achats d’équipement, de nouvelles technologies, utilisation de logiciels, formation du personnel, études des marchés. Ces firmes sont mieux loties en termes de ressources, elles sont aussi plus stables face aux risques, ont plus facilement l’accès aux financements extérieurs, sont proches du pouvoir et ont plus facilement accès aux programmes étatiques. Pourtant en Russie l’innovation n’est pas au centre de la stratégie de développement même de telles grandes firmes [7][7] Le volume de financement de R&D par la majorité de....

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Dans l’article de Gontchar (2009), nous trouvons des éléments de réponse à ce phénomène paradoxal. L’auteur interroge les personnes informées sur les raisons de réussite économique de certaines grandes firmes russes et essaye de créer à partir de leurs récits une nouvelle théorie de performance (méthode, dite appreciative inquiry). Il lui est apparu que ses interlocuteurs ne perçoivent pas le processus de la recherche et développement (R&D) comme la pensée économique soviétique le décrivait, c’est-à-dire comme les chaînons allant de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée, à la production de prototypes puis à la production de masse. Les gestionnaires audacieux ont formulé une stratégie dite « à projet », quand après la naissance d’une nouvelle idée dans l’entreprise vient l’étape de la formation du portefeuille des projets à financer pour trouver la manière de réaliser cette idée. En même temps, se déroule la consultation avec des clients susceptibles d’être intéressés par l’élaboration du projet. Dans ce schéma, l’étape de la recherche peut ne pas exister du tout. Les entreprises paient uniquement les connaissances et les savoir-faire qu’il leur faut pour le projet en question, sans se soucier des conditions de création des connaissances en général. Pour elles, les stratégies d’investissement et d’innovation sont substituables. Quand l’écart de productivité par rapport aux firmes technologiquement plus performantes semble important, les grandes firmes russes choisissent la licence pour acquérir leurs compétences, ou elles achètent des actifs des firmes de haute technologie avec leurs divisions de recherche. Par conséquent, parmi les 29 plus grandes firmes russes, citées sur la liste de « Forbes » en 2008, une seule a développé sa propre technologie et ses propres compétences. Il s’agit de Vympel qui se trouve dans le secteur des services des télécommunications. Toutes les autres gèrent les transferts des ressources énergétiques et quelques-unes sont les banques. Aucune ne participe au financement ou au développement de la recherche fondamentale ou de la recherche appliquée dans son secteur.

L’état du secteur de Recherche et Développement

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Depuis les réformes économiques en Russie avec les transferts des capitaux, les fusions et les reventes, la profitabilité de la finance est beaucoup plus grande que la profitabilité industrielle. La part de dépenses en R&D diminue ; ces dernières paraissent non rentables. Les consultations « aux projets » ou « à l’accompagnement de l’innovation », s’occupent de ce qu’on appelle la gestion de la R&D dans les firmes : achat de technologie, participation aux concours et aux projets, prenant le pas sur les instituts de recherche sectorielle d’autrefois.

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Le nombre d’organismes spécialisés en R&D est égal à plus de 800 à Moscou et, à Saint-Pétersbourg, il est pratiquement deux fois moins élevé selon les chiffres de 2004. Parmi les agences de Saint-Pétersbourg, 123 entreprises et centres de recherche scientifique sont reconnus comme exerçant l’activité stratégique, c’est-à-dire dotées d’une image de pionnier technologique visible au niveau mondial. Plus de la moitié de ces agences appartiennent à l’État, une cinquantaine sont des sociétés par actions et huit entreprises sont d’autres formes de propriété.

Le potentiel humain

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L’écart entre les salaires des personnes du même niveau de diplôme employés dans de différents secteurs a augmenté et parfois a changé de sens en Russie. Ainsi jusqu’à 2001, les salaires dans les industries extractives étaient 29 % plus élevés que dans la finance. En 2007, les salaires du secteur extractif sont de 26 % moindres que dans la finance et ceux du secteur manufacturier de 174 % inférieurs aux salaires du secteur financier. Les scientifiques migrent vers la finance, les instituts de recherche sectorielle se vident du personnel de haute compétence. En 2008, environ 250 000 personnes sont employées dans les activités de R&D à Moscou, contre 80 000 à Saint-Pétersbourg. Leur nombre a en effet chuté dans les deux cas depuis la libéralisation de l’économie. En 1995, les personnels de R&D comportaient respectivement 340 000 et 145 000 personnes.

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Selon le dernier rapport sur l’entrepreneuriat dans 54 pays du monde (Bosma, Levie, 2010), la Russie se trouve dans le groupe des économies tirées par l’efficacité et non par innovation, qui marque la faiblesse de la disposition à entreprendre. Le nombre d’entrepreneurs potentiels diminue. Les experts estiment (Obraztsova, 2009) [8][8] Dans chaque pays, dont en Russie, les équipes nationales... qu’ils représentent seulement 1,4 % de la population active. En effet, l’activité entrepreneuriale a baissé de -61,6 % entre 2006 et 2007 et encore de -46 % entre 2007 et 2008. Par comparaison elle a augmenté de 22,6 % et 58,3 % au Brésil et de 11,3 % et 29 % en Inde, de 3,3 % en Chine.

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Le niveau de la formation professionnelle de la population de Moscou est plus élevé que celui de Saint-Pétersbourg. À Moscou plus de la moitié de personnes (53 %), ayant la formation professionnelle, ont déclaré, pendant le recensement de 2002, avoir des diplômes plus élevés que le 1er cycle du supérieur. La proportion des diplômés des grandes écoles d’ingénieurs s’élève ici à 43 %. Selon les réponses faites à Saint-Pétersbourg, la majorité des professionnels ont les niveaux d’éducation spécialisée au-dessous du supérieur, dont 41 % ont les diplômes du secondaire et 12 % du primaire (voir graphique 2).

Graphique 2 - Distribution de la population selon le niveau de l’éducation professionnelleGraphique 2

Les politiques d’innovation

Les ensembles unis territorialement et les pôles de compétitivité

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Dans les années 1920-1940 en URSS, les économistes et les géographes ont développé la théorie de planification « d’ensembles industriels unis territorialement ». Selon la définition initiale, il s’agissait de concevoir des productions liées et interdépendantes et de les insérer sur le même territoire afin de générer des retombées économiques supplémentaires grâce à l’utilisation en commun de l’infrastructure, du bassin professionnel et des capacités énergétiques. Sur la base de cette théorie, des ensembles industriels et de recherche ont été créés par le gouvernement soviétique. Le cluster est compris usuellement comme un système des entreprises interconnectées dans un seul cycle de production spontanément, suite à leurs initiatives particulières. Elles sont censées se compléter mutuellement en renforçant les avantages compétitifs de chaque entreprise affiliée et du système territorial dans son ensemble. Les économistes (Duranton et al., 2009) expliquent ces concentrations géographiques des activités en se référant aux concepts d’économie d’échelle et des coûts de transaction, autrement dit à la concurrence capitalistique.

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À Moscou et dans la région de Moscou, on reconnaît des ensembles industriels unis qui existent depuis l’époque soviétique et les clusters qui se forment au fur et à mesure du développement des petites et moyennes entreprises et de la concurrence. Par exemple, le cluster « chimique » de cette région hautement agrégé comprend plus de 230 entreprises de profil chimique, des grandes universités, des instituts de recherche et des organismes de développement. Il réalise environ 50 % de la capacité de transformation des matières plastiques et 30 % de la production de polypropylène de la Russie. D’autres clusters se forment progressivement depuis juillet 2009. Il en va ainsi lorsque la Douma d’État de la Fédération de Russie a voté la loi autorisant la création par les établissements de recherche et d’enseignement, des entreprises ayant pour but l’application industrielle et commerciale des résultats de leur activité intellectuelle, les universités développent les créneaux commerciaux d’innovation et trouvent de nouvelles sources de financement. Grâce à cette loi, le gouvernement prévoit l’élargissement de l’emploi des jeunes spécialistes.

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À Saint-Pétersbourg, on peut isoler une dizaine de structures du type cluster tels que : l’ingénierie et la transformation des métaux, l’optoélectronique, l’informatique et la télécommunication, la production de composants automobiles. Par exemple, fondée en 2008, le cluster d’innovation en ingénierie technologique et en métallurgie se compose de 25 entreprises industrielles, des universités, des instituts de recherche et des compagnies juridiques et d’assurance. Dans ce cadre, environ 25 000 personnes y sont employées.

Les programmes de recherche ciblés financés par la ville

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La Douma de la ville de Moscou élabore les programmes spécifiques de financement de projets en science appliqués et ciblés aux besoins du développement de la ville. Les domaines ciblés pour les années 2009-2011 sont : la médecine, les transports (par exemple, la création de l’automobile écologiquement propre), les infrastructures communales, l’énergie, et les matériaux de construction. Il a été programmé de consacrer 3,5 milliards de roubles (110 millions de dollars) pour ces projets en 2009, mais la crise a changé la donne et seulement 2 milliards ont été déboursés jusqu’à présent. Au cours des années précédentes, 2007-2009, en dépit des sommes très modiques investies (voir plus loin dans le texte le montant de revenus de certains présidents directeurs généraux - PDG - à Moscou) des résultats significatifs ont été obtenus. Un des projets, « Élaboration et la mise en valeur pratique dans la santé publique des nouvelles méthodes et des moyens de la prophylaxie, de diagnostic et du traitement des maladies oncologiques, infectieuses et autres maladies dangereuses » a été le produit de la participation de près de 80 institutions scientifiques de Moscou, il a été à l’origine de 65 demandes de certification d’inventions et a abouti à l’obtention de 33 brevets d’invention.

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De son côté, le budget de Saint-Pétersbourg prévoit de subventionner les firmes qui réalisent les recherches sur les projets. L’allocation de cette subvention est déterminée par le Comité du développement économique, de la politique industrielle et du commerce. En 2008, 27 entreprises ont été sélectionnées pour réaliser des projets dans quatre domaines : protection des droits à la propriété intellectuelle (1,1 million de roubles, soit environ 24 000 euros), conception des baux d’habitation ou utilisation de l’équipement original (22,25 millions de roubles), production et vente de produits nouveaux destinés à l’exportation (16,7 millions de roubles), participation à des expositions, foires, forums, conférences et séminaires (4,6 millions de roubles) [9][9] http://www.rosbalt.ru/print/618947.html.

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Les priorités en R&D sont très différentes à Moscou et à Saint-Pétersbourg. À Moscou, on vise à développer les recherches sur le vivant pour la médecine, sur les nouveaux matériaux et sur les sources d’énergie pour le développement soutenable à l’avenir. Tandis qu’à Saint-Pétersbourg, il s’agit des recherches dans les chaînons manquants par rapport à Moscou et en particulier, en marketing. On cible l’aménagement du territoire et l’accueil des capitaux étrangers.

La formation professionnelle des cadres au management de l’innovation

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Les besoins en spécialistes de gestion dans la sphère de l’activité d’innovation se chiffrent à 4 200 postes à Saint-Pétersbourg et à 8 200 postes à Moscou (Zinov, 2008). Chaque ville a mis en place des programmes de formation pour la promotion de l’innovation.

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La pratique de Moscou est la suivante :

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À l’initiative du gouvernement de Moscou a été constitué le Fond de formation des cadres, en d’autres termes une organisation non gouvernementale, sans but lucratif. Les bailleurs du Fond sont les entreprises et un département du gouvernement. Ce sont les établissements publics de l’enseignement supérieur qui assurent la formation. Un programme spécifique de formation pour les responsables des structures du pouvoir à l’innovation a été réalisé dans les années 2004-2006.

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L’administration de Saint-Pétersbourg a procédé autrement. Elle a créé un établissement public, le « Centre inter régional de ressources » qui a en charge le monitoring et l’admission des auditeurs aux cours de formation. Le Centre fournit la documentation scientifique et méthodologique aux sept établissements de l’enseignement supérieur de Saint-Pétersbourg et à leurs filières spécialisées [10][10] Faculté d’innovatique de l’Université Polytechnique..., chargées de réaliser la formation professionnelle dans le domaine d’innovation. La formation est prise en charge conjointement par le budget de la ville et par les firmes. Plus précisément, le soutien étatique consiste à : (1) élaborer les modules de programmes d’éducation et de formation ; (2) recenser les personnes qualifiées et innovateurs et gérer leurs listes ; (3) adapter les programmes d’enseignement aux besoins des employeurs ; (4) inciter par des primes les enseignants à travailler dans le domaine de formation professionnelle ; (5) organiser les concours pour les étudiants ; et (5) organiser des stages d’innovation pour les dirigeants des entreprises. Comme résultat important : à Moscou le programme de formation à l’innovation est géré par une fondation indépendante avec la participation de la ville. Les cadres du gouvernement sont admis à cette éducation ciblée grâce à un programme spécifique, financé du budget. À Saint-Pétersbourg, comme dans d’autres domaines politiques, le gouvernement établit un plan stratégique de formation professionnelle à l’innovation. La formation est organisée par la ville, et pour les auditeurs privés, les cours sont payants.

Concurrence, bonus, corruption et criminalité

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Poutine, le 7 décembre 2009 à Perm :

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« Qu’est-ce que ce cercle vicieux ? Plus on donne du pouvoir de contrôle aux administrations, plus on a de corruption. Dès qu’on commence à réduire les charges pesant sur les entreprises commence la malpropreté et ‘l’optimisation des coûts’, principalement dans le domaine de la sécurité ».

(faisant référence à l’inondation de la centrale hydraulique Saïano-Chouchenskaia et de l’incendie de la discothèque à Perm)
37

Medvedev, le 31 juillet 2008 :

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« Je demande les services répressifs et les autorités du pouvoir d’arrêter de ‘cauchemarder’ le milieu d’affaires. Nos entrepreneurs sont en proie à des inspections »… « De toute évidence, personne n’aime payer des impôts. Tout le monde essaie de trouver un moyen de les optimiser. Mais alors, chez nous (en Russie) cela se fait de telle façon qu’on arrive à atteindre des réductions de quatre à cinq fois des obligations fiscales, c’est également inacceptable ».

Le patrimoine des membres des gouvernements et les bonus

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Le maire de Moscou Uri Loujkov a rendu publique sa déclaration d’impôts en mai 2009. Il a déclaré avoir gagné en 2008 et avoir possédé un patrimoine de 6 millions de roubles (soit 200 000 dollars). L’épouse du maire, entrepreneur, Elena Butyrina, a déclaré de son côté des revenus 1 100 fois plus élevés que son mari, soit 7 milliards de roubles (environ 220 millions dollars).

40

À Saint-Pétersbourg, les dirigeants sont plus modestes. Madame Le maire de Saint-Pétersbourg, Valentina Matvienko, selon le niveau de sa rémunération, n’occupe que la seconde place dans le gouvernement de la ville. Ses revenus annuels pour 2008 ont été de 1,7 million de roubles (soit 57 000 dollars), et elle possédait 3 millions de roubles (soit 100 000 dollars) sur son compte bancaire.

41

Au début d’avril 2009, le Président de la Russie Dmitri Medvedev au cours de son intervention à London School of Economics a appelé les chefs des compagnies d’État à réduire leurs bonus, à cause de la crise financière, et à ne pas surévaluer les montants des primes. Au lendemain de ce discours, le ministre des Finances (Alexeï Kudrin) annonça que les bonus aux tops managers des compagnies d’État russes, des banques nationales et des corporations d’État seront gelés au minimum pour deux ans à venir. Cette décision a provoqué une forte résistance de la part des dirigeants des Banques. La Banque Centrale a refusé de recommander aux banques nationales de changer leurs politiques par rapport aux bonus et aux paiements des primes. La pratique montre que les compagnies ne font pas d’économie sur les rémunérations de leurs dirigeants. La plupart des tops managers en Russie continuent à encaisser des sommes considérables [11][11] Reference : http://lenta.ru/articles/2009/06/22/bo... malgré la crise et la chute dramatique de la production.

Corruption et criminalité

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« Le bandit qui ne rêve pas devenir entrepreneur est un mauvais bandit » – slogan typique des années qui ont suivi la libéralisation de l’économie russe.

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L’inventivité menant à la prospérité peut concerner les domaines qu’on préférerait voir disparaître, tels la corruption et la criminalité organisée. Kostukovsky (2009) distingue trois types de criminalité : traditionnelle pénale, économique et nouvelle. Saint-Pétersbourg est une ville portuaire où la contrebande existe toujours. Dans les années 1980, elle prenait la forme de « fartsovka » : vente et revente des objets importés illégalement. Les acteurs raquetteurs de la « nouvelle » criminalité étaient les organisations de jeunes gens, sportifs, militaires combattants en Afghanistan et les professionnels licenciés pour des raisons diverses des organes de sécurité. Les carrés des cimetières de Saint-Pétersbourg des années 1992-1995 recèlent des pierres tombales avec les portraits de jeunes gens en parfaite santé physique. Car dans ces années, les groupes paramilitaires menaient des attaques avec une grande cruauté, en utilisant armes et explosifs. Ils contrôlaient les territoires de concentration de grands magasins, hôtels, restaurants. Le visage du crime a changé assez vite, la tromperie liée aux activités de change de devises s’est répandue, elle alimente la criminalité organisée de Saint-Pétersbourg. Le business autour de l’automobile se développe également : vol des voitures, souvent à l’étranger (utilisation du ferry entre Kiel et Saint-Pétersbourg), leur maquillage et transfert dans les régions où il n’y a pas de concessionnaires. Le business informatique a servi de support à la propagation de l’activité criminelle des années suivantes. Le monde criminel de Saint-Pétersbourg s’organise autour des trois grands groupes [12][12] « Malychertsy » – saisissent des biens et des actifs... qui utilisent dans leurs affairements criminels les institutions financières, économiques et la police. En effet, dans les bandes organisées, on trouve même des officiels comme des fonctionnaires et des députés. La manière de résoudre les conflits est moins fréquemment une attaque armée, mais plutôt le négoce, la corruption, la tromperie. Le langage des criminels, des politiques et des businessmen devient très similaire, ils utilisent le même jargon.

44

Le processus de la privatisation à Saint-Pétersbourg a favorisé l’accélération de la criminalité. Il s’agit des saisies de biens par des fonctionnaires et des organisations criminelles à des prix très bas. Des grandes usines se retrouvent sous contrôle des groupes criminels. La police est corrompue, elle crée une police parallèle qui se constitue avec le temps en organismes quasi légaux de gardiennage et de protection [13][13] Il faut attendre décembre 2009 pour que le Président.... L’autre direction de fraude est la falsification des produits alcoolisés. L’étape suivante : les formations criminelles autour des ressources énergétiques et naturelles. À Saint-Pétersbourg, la fraude concerne avant tout l’essence et le bois en raison du « commerce de proximité » avec la Finlande. Les longues chaînes de vendeurs revendeurs font grimper les prix. Actuellement, le marché des médicaments est à 80 % composé de produits importés.

45

Le terrain de la criminalité de la capitale est plus large qu’à Saint-Pétersbourg en raison de la concentration des institutions financières, de la croissance rapide du marché immobilier et de l’exubérance de festivités d’importance étatique et internationale. Les formes spécifiques que prend la criminalité proviennent de l’excès de combativité liée à la volonté de remporter les concours de grands projets de construction et de l’aménagement du territoire. Par ailleurs les sociologues font état de facteurs accentuant la criminalité à Moscou tels qu’une baisse du contrôle social, l’accroissement de contacts entre les personnes dans la métropole avec leur anonymat, la saturation informationnelle de la vie, l’accroissement des inégalités matérielles, la concentration des intersections des transports et les flux migratoires accélérés (Matveeva, 2001). La criminalité avec violence, en particulier des assassinats à gage, était spécialement forte au début de libéralisation de l’économie. Aujourd’hui une autre forme fait jour : la criminalité dans la sphère de haute technologie.

Les résultats des politiques d’innovation et de l’entreprenariat à Moscou et Saint-Pétersbourg

Les données statistiques sur l’innovation

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Arrêtons-nous sur quelques données statistiques pour apprécier les conséquences des efforts dans le domaine de l’innovation depuis le début du siècle. À Moscou (graphique 3), on observe un accroissement significatif du nombre d’entreprises (sujets juridiques) qui utilisent les technologies nouvelles entre 2000 et 2008, avec 8 000 en 2000 et plus de 18 000 en 2007. La progression est plus lente à Saint-Pétersbourg. D’ailleurs, elle ne se remarque qu’à partir de 2005.

Graphique 3 - Le nombre de technologies de production avancée nouvelles [14][14] La technologie de production avancée se rapporte à... utilisées à Moscou et Saint-PétersbourgGraphique 3
Source : Rosstat, 2009.
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En revanche, l’évolution de la proportion d’organismes réalisant des innovations prouve l’avantage tendanciel de Saint-Pétersbourg, car la tendance à Saint-Pétersbourg est à la hausse, tandis que celle de Moscou est à la baisse sur la même période (voir graphique 4). On peut noter une variabilité de cet indicateur pour Moscou (entre plus de 17 % et moins de 13 %). La densité des firmes innovantes dans l’ensemble des régions de la Russie reste faible.

Graphique 4 - Part des établissements réalisant les innovations à Moscou, à Saint-Pétersbourg et en moyennes dans les régions la Fédération de RussieGraphique 4
Source : Rosstat, 2009
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La tendance de l’évolution des produits, travaux et services innovants [15][15] Les produits, travaux et services innovants sont les... dans l’ensemble de la production est encore plus décevante pour Moscou, car depuis 2000 la proportion de nouveaux produits, travaux et services a chuté de 16 % à presque 2 % (graphique 5). À Saint-Pétersbourg, on peut observer une stabilité, mais la proportion de produits et services innovants reste très faible, inférieur à 4 %. C’est un niveau plus bas que pour l’ensemble des régions de la Fédération de Russie.

Graphique 5 - Proportion des produits, services et travaux innovants dans la production de Moscou, de Saint-Pétersbourg et de la Fédération de Russie (moyennes de toutes les régions)Graphique 5
Sources : Rosstat, 2009
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Nous complétons notre analyse comparative basée sur les données brutes par les estimations de l’indicateur synthétique d’innovation réalisées par le Centre d’observation des régions russes. Cette étude repose sur un nombre restreint de facteurs de capacité d’innover qui sont :

  • A – nombre de personnes employées dans la R&D en % des emplois totaux de la région ;

  • B – nombre d’étudiants du Supérieur sur 10 000 habitants ;

  • C – nombre de brevets enregistrés sur 1 000 employés ;

  • D – dépenses pour les innovations technologiques par tête ;

  • E – pénétration de l’Internet aux foyers.

À l’aide de ces indicateurs l’indice mesurant la capacité à innover a été calculé à partir des données de 2002 et de 2006. Dans le graphique 6 sont données les valeurs des composantes pour l’année 2006. Puis, dans le tableau 3, on peut voir l’évolution entre les deux dates.

Graphique 6 - Les valeurs des composantes de l’indice de la capacité à innover pour Moscou, Saint-Pétersbourg et la Fédération de Russie, 2006Graphique 6
Sources : ?????????? ????? ?????????? ????????, http://atlas.socpol.ru/
Tableau 3 - L’indice de la capacité à innover en 2002 et 2006Tableau 3
50

On observe la croissance de l’indice général de la capacité à innover, calculée selon les principes exposés ci-dessus, entre les deux dates à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Dans les deux cas, les indices de capacités sont largement supérieurs aux valeurs moyennes des régions de la Fédération de Russie. Moscou est en tête, sauf en ce qui concerne l’indicateur de pénétration de l’Internet aux foyers (facteur E).

Le niveau de vie en 2009

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Pour le 3e trimestre de 2009, les revenus de subsistance ont été fixés de façon suivante (en roubles) :

Tableau 4 - Les revenues de subsistance au 3e trimestre de 2009 (en roubles [16][16] 1 Rouble est égal à cette période à 0,022 euro et à...)Tableau 4
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Ces données montrent que le revenu de subsistance est significativement plus élevé à Moscou qu’à Saint-Pétersbourg et que la moyenne russe. Les revenus de subsistance sont estimés en se basant sur le panier de produits de première nécessité du consommateur moyen (qui ne diffère pas significativement dans les grandes villes) et des prix à la consommation, plus élevés à Moscou [17][17] On peut noter que Moscou est la ville la plus chère.... À Saint-Pétersbourg, les revenus de subsistance pour les retraités et pour les enfants sont fixés au-dessous de la norme fédérale [18][18] Source : L’instruction du gouvernement de la FR du.... Le coût de la vie de ces couches de la population est moindre par rapport à la moyenne car ces personnes ont plus facilement accès aux prestations sociales régionales que leurs compatriotes des autres régions de la Fédération de Russie. La plus large couverture sociale à Saint-Pétersbourg s’explique par des spécificités démographiques et économiques de la ville. Ces particularités se résument en quatre caractéristiques défavorables pour le budget de la ville, historiquement formés : la proportion élevée de personnes âgées ; le poids des fonctionnaires et des travailleurs sociaux dans les secteurs de recherche scientifique, art et culture, éducation et santé ; un très grand parc de logements inconfortables (les appartements communautaires) ; un taux de naissance à 20 % plus faible qu’en moyenne dans le pays et le pourcentage élevé de naissance d’enfants handicapés.

Remarques conclusives

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L’immersion historique dans la vie économique et politique de deux villes russes (Moscou et Saint-Pétersbourg) à deux époques éloignées de plus d’un siècle nous donne la possibilité d’exprimer quelques réserves sur les idées reçues autour de l’engouement pour l’entreprise. Le progrès technologique initié et soutenu par l’État fort donne la possibilité aux entrepreneurs de rationaliser le processus de production. Les plus performants d’entre eux, cherchant à éliminer les concurrents, peuvent imposer des lois favorables à leur entreprise et moderniser par la même occasion le processus de travail de tous. C’est une conclusion tirée de l’expérience de la concurrence entre les entreprises de Moscou, principalement gérées par les entrepreneurs commerçants, et de Saint-Pétersbourg, où elles étaient administrées par les technocrates inspirés par des idées de justice et d’efficacité. De cette compétition est saillie la réglementation de conditions de travail socialement progressiste et économiquement avantageuse pour tous. En revanche, l’absence de l’État et de la législation est propice à l’entreprise « sauvage », indifférente aux intérêts communautaires et à l’évolution économique de long terme. L’innovation dans de telles circonstances se produit inlassablement dans les sphères qu’historiquement on cherche à étouffer, comme la corruption et la criminalité. La science, la technologie et l’humanité en subissent les conséquences négatives. C’est l’enseignement que nous tirons de l’éruption de la combativité entre les individus dans l’espace économique après la destruction de l’État soviétique. En l’absence de règles légales, la débrouillardise a permis l’enrichissement rapide d’une minorité de la population, qui s’est attribué les richesses nationales et ne veut pas ou ne sait pas les gérer rationnellement. Le marketing sans innovations technologiques prospère, lorsque l’éducation, la recherche et la culture sont sacrifiées.

54

Plus concrètement sur la rivalité entre les capitales russes quelles sont les conclusions générales que nous pouvons en tirer ? Au 19e siècle, elle se manifestait par l’opposition entre Moscou commerçante et Saint-Pétersbourg bureaucratique avec l’avantage de cette dernière compte tenu des compétences techniques plus élevées des « bureaucrates ingénieurs » à l’époque de l’industrialisation. En forçant un peu le trait, nous pouvons arguer qu’au 21e siècle, Moscou est restée commerçante et Saint-Pétersbourg continue son chemin initial d’une ville planifiée. Dans le contexte actuel de la course générale à l’implantation de pôles de compétitivité, les résultats de ces grandes villes sont antinomiques. La ville avec la planification stratégique montre son avantage en attestant même dans la crise un nombre croissant d’entreprises innovantes et une inégalité sociale atténuée. Moscou, portée par la libéralisation économique, démontre ses avantages en termes d’entreprises innovantes et de milliardaires. Elle manifeste l’affaiblissement d’intérêt pour le progrès technique et scientifique, et les nouveaux biens, travaux et services deviennent plus rares dans l’ensemble de sa production.


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Notes

[*]

L’auteur tient à remercier Sophie Boutillier pour la relecture du texte et les deux rapporteurs anonymes pour leur précieux conseils.

[1]

Groupe et réseau d’étude sur la mondialisation et les villes de l’université de Loughborough.

[2]

Dans les années 1960-1970, Saint-Pétersbourg a perdu son titre de ville tertiaire (post-industriel, dans la nouvelle grille de nominations).

[3]

Sur les 2,242 millions de roubles investis par des entrepreneurs étrangers dans l’économie russe, seulement 191 millions ont été investis dans l’industrie textile, soit 8,5 % des sommes investies (Bourychkine, 1954).

[4]

« Le patron » pouvait beaucoup plus facilement réaliser de telles activités, financièrement non rentables. Par exemple, « le fabricant Konovalov lors de la célébration du centenaire de ses firmes, a présenté ses institutions, somptueux établissements d’écoles, d’hôpitaux, d’asiles et d’hospices, construits par l’architecte de talent Zheltovsky. Il était impensable d’avoir de tels établissements auprès des entreprises, où dominait le capital étranger, ou celui des banques, car ces dernières avaient un seul souci – élever le niveau de cotation des actions ». Aussi, « à partir de 1910, chez Konovalov à Nikitskaia, se réunissaient régulièrement les intellectuels pour les ‘talks économiques’ autour des problèmes de l’union entre les sciences et l’industrie ». (Bourychkine, 1954)

[5]

Entre guillemets : expression de Bourychkine

[6]

Selon l’agence de notation « Expert RA », qui a utilisé les données de Rosstat, en 2008 parmi les 20 plus grandes compagnies en chiffres d’affaires on trouve :

  • 6 compagnies pétrolières, respectivement 1, 2, 3, 5, 7, 10e places ;

  • 6 compagnies de métallurgie 8, 9, 15, 18 places, 12e - Aluminerie et 13e - Nickel ;

  • 3 banques 6, 11, 17e places ;

  • 2 de transport 4e et 16e places ;

  • 1 chimie 14e place ;

  • 2 entreprises de télécommunication 19 et 20e.

[7]

Le volume de financement de R&D par la majorité de grandes firmes est de loin moins grand que leurs dépenses consacrées aux festivités corporatives, peut-on lire dans le journal Expert (cité par Gontchar, 2009).

[8]

Dans chaque pays, dont en Russie, les équipes nationales ont étudié la situations des entreprises récemment créées (moins de trois ans et demi) à l’aide d’une enquête auprès des managers-dirigeants (environ 2 000 entrepreneurs par pays).

[10]

Faculté d’innovatique de l’Université Polytechnique d’État de St. Pétersbourg, St. Petersbourg University of Aerospace Instrumentation. Joint Innovation scientific and technological complex, Baltic State Technical University. Institut des systèmes de contrôle, St. Petersbourg Institut minier nommé d’après Plekhanov, St. Pétersbourg University électrotechnique Oulianov Lénine, École d’économie de Saint-Pétersbourg Université d’Économie et des Finances. Centre de conseil en management et des projets innovants. Saint-Pétersbourg Institut d’État de Technologie.

[12]

« Malychertsy » – saisissent des biens et des actifs des firmes (ex. control du business du raffinage), « Tombovskoie soobschestvo » – les affaires bancaires, du bâtiment, d’énergie ; « Kazanskoie soobshestvo » – très mobile et souvent changeant.

[13]

Il faut attendre décembre 2009 pour que le Président D. Medvedev réagisse et propose une loi de transformation de la politique de cadre dans la milice (service de l’ordre dans le ministère de l’intérieur). Il s’agit de financement de ces personnels exclusivement par le budget fédéral, diminution de 20 % du nombre des fonctionnaires, l’augmentation des salaires et de la rotation obligatoire des hauts gradés.

[14]

La technologie de production avancée se rapporte à la technologie et des procédés technologiques, y compris les machines, véhicules, équipements et dispositifs basés sur la microélectronique et contrôlé par ordinateur et utilisé pour conception, fabrication ou transformation des produits.

[15]

Les produits, travaux et services innovants sont les biens, travaux ou services technologiquement transformés à de divers degrés au cours des trois dernières années. En termes de nouveauté on distingue deux types de produits, travaux et services innovants : 1) nouvellement introduits (passés par des changements technologiques significatifs), 2) perfectionnés. Selon la définition du Bureau fédéral de statistique de la Fédération de Russie.

[16]

1 Rouble est égal à cette période à 0,022 euro et à 0,033 dollar.

[17]

On peut noter que Moscou est la ville la plus chère au monde pour les étrangers (1,1 fois plus chère que Tokyo, et 2,2 fois plus chère que Paris, en 2009) depuis trois années consécutives.

[18]

Source : L’instruction du gouvernement de la FR du 14 novembre 2009.

Résumé

Français

Moscou et Saint-Pétersbourg sont les plus grandes villes de la Russie, les deux cherchent à s’imposer sur la scène internationale comme modèle du développement économique et du progrès social. Pour tenir compte des avantages concurrentiels de ces villes, deux stratégies de recherche sont utilisées dans le présent article : 1) l’analyse critique de la littérature dans les domaines suivants : histoire économique de la ville et système russe de l’industrialisation ; 2) l’analyse empirique des variables décrivant les villes innovantes et le potentiel humain. Il est montré que la divergence liée à la tactique de développement – action de lobbying pour améliorer la compétitivité d’import-export contre la planification stratégique – donne en matière d’innovation, des avantages différenciés à l’une et à l’autre ville.
Codes JEL : R11, O3, L5, D73, B14

Mots-clés

  • économie urbaine
  • recherche et développement
  • politique industrielle
  • bureaucratie
  • entrepreneurs

English

The competition between Moscow and St. Petersburg: economic and social consequencesMoscow and Saint Petersburg are the biggest cities of Russia, both seeking to impose themselves on the international arena as active economic places and models of social progress. To consider the competitive advantages of the two cities, two major research strategies are used in this paper: 1) a critical analysis of literature in the following subject areas: history of the economy of the city and Russian system of industrialisation; 2) an empirical analysis of variables describing innovative cities and human potential. The paper challenges the argument that difference in the tactics of development - lobbying action to enhance the competitiveness of the export-import marketplace against the legislative strategic planning - gives several advantages to one or other city.
JEL codes: R11, O3, L5, D73, B14

Keywords

  • urban economics
  • research and development
  • industrial policy
  • bureaucracy
  • entrepreneurship

Plan de l'article

  1. Les rapports conflictuels entre les deux capitales au 19e siècle
  2. Analyse comparative des capacités à innover et des risques sociaux : période post-soviétique
    1. Les innovations dans les secteurs productifs
    2. Le rôle des très grandes entreprises dans la recherche et le développement
    3. L’état du secteur de Recherche et Développement
    4. Le potentiel humain
  3. Les politiques d’innovation
    1. Les ensembles unis territorialement et les pôles de compétitivité
    2. Les programmes de recherche ciblés financés par la ville
    3. La formation professionnelle des cadres au management de l’innovation
  4. Concurrence, bonus, corruption et criminalité
    1. Le patrimoine des membres des gouvernements et les bonus
    2. Corruption et criminalité
  5. Les résultats des politiques d’innovation et de l’entreprenariat à Moscou et Saint-Pétersbourg
    1. Les données statistiques sur l’innovation
    2. Le niveau de vie en 2009
  6. Remarques conclusives

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