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Que sait-on de la situation socioéconomique des sortants de prison ?

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Annie Kensey
Publié dans

Revue du MAUSS

2012/2 (n° 40)

Éditeur
La Découverte
Pages 147 - 160
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La justice pénale qui traite des délits ne fait pas la une des journaux, elle concerne la masse des justiciables, la justice des tribunaux correctionnels et non celle des cours d’assises. Depuis quelques années, plusieurs crimes commis par des personnes déjà condamnées, incarcérées et libérées poussent les parlementaires à se saisir de la question de la prison et notamment de la récidive des sortants de prison. Si la loi du 24 novembre 2009 dite « loi pénitentiaire » a pu représenter une avancée de la politique pénitentiaire, la réalité de la croissance importante des effectifs de détenus et de la surdensité carcérale se pose en premier lieu.

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Dans le domaine pénal, les cinq dernières années ont été marquées par l’abandon des grâces collectives du 14 juillet et de la loi d’amnistie de certaines condamnations après l’élection du président de la République ainsi que par le vote de plusieurs lois pour lutter contre la récidive notamment. Par rapport à l’état critique de nombreux établissements pénitentiaires, les effets cumulés de l’abandon de la grâce présidentielle, de la loi d’amnistie et de ces lois fondées sur le caractère dissuasif de l’aggravation des peines peuvent ralentir le progrès que peut représenter la loi pénitentiaire. Les conditions de détention et la bonne transition entre la détention et la liberté sont justement des éléments essentiels pour permettre une meilleure insertion sociale à la sortie. Ainsi, avant de présenter les données dont nous disposons concernant les caractéristiques socioéconomiques des sortants de prison, des informations sur les effectifs de personnes sous écrou seront traitées afin d’approcher les conditions de détention avant la sortie.

Évolution des effectifs des personnes placées sous main de justice

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Près de 250 000 personnes sont sous contrôle pénitentiaire en France au 1er janvier 2012. Les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) assurent le suivi d’un peu plus de 170 000 personnes qui effectuent notamment un travail d’intérêt général, un sursis avec mise à l’épreuve ou une libération conditionnelle. Dans les 191 établissements pénitentiaires, 73 780 personnes sont écrouées [1][1] Voir les différentes situations juridiques en anne.... Certaines d’entre elles sont écrouées mais ne sont pas détenues dans les établissements pénitentiaires : 8 993 sont placées sous surveillance électronique et 576 personnes accomplissent une mesure de placement à l’extérieur (en hébergement associatif). L’effectif des personnes détenues est ainsi de 64 787 au 1er janvier 2012.

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Le nombre de personnes écrouées a augmenté de 52 % depuis le 1er janvier 2002. À cette date, l’effectif s’établissait à un peu plus de 48 000. Cependant, depuis 2002, des périodes de hausse et de stagnation des effectifs se succèdent mais entre 2011 et 2012, on dénombre près de 7 000 personnes écrouées de plus, soit une croissance de 10 % en une année. Quant aux personnes détenues, elles ont progressé de 7 % entre 2011 et 2012 soit 4 000 de plus (fig. 1).

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Le nombre de personnes dont la peine est exécutée hors de l’établissement pénitentiaire (dans le cadre de la semi-liberté, du placement à l’extérieur ou du placement sous surveillance électronique) est en progression depuis le début de l’année 2007. Le niveau est cependant peu élevé avant cette date. Ce nombre passe de 2 403 au 1er janvier 2005 à 10 695 au 1er janvier 2012 et la hausse ne concerne pratiquement que les placés sous surveillance électronique.

 - FIGURE 1

ÉVOLUTION DU NOMBRE DE PERSONNES DÉTENUES DE 1995 À 2012 AU 1ER JANVIER DE CHAQUE ANNÉE, FRANCE ENTIÈRE

Surdensité carcérale

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Au 1er janvier 2012, la densité carcérale nationale s’établit à 113 détenus pour 100 places. Ce taux pour les maisons d’arrêt était de 128 détenus pour 100 places et 33 établissements avaient une densité supérieure à 150. Cette moyenne cache là encore des situations dissemblables : ainsi, au 1er janvier 2012, 56 % (soit 77 sur 138) des maisons d’arrêt ou quartiers ont une densité comprise entre 100 et 150 ; 17 % (soit 24 sur 138) d’entre elles ont une densité comprise entre 150 et 200 et 5 % (7) ont une densité supérieure à 200. Une densité de 200 signifie une place pour deux. Sous un autre angle, 38 850 personnes sont incarcérées dans des maisons d’arrêt où la densité est supérieure à 100 détenus pour 100 places.

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Les établissements pour peine ne sont pas concernés par la question de la surdensité puisque l’administration pénitentiaire maîtrise l’affectation des condamnés dans ces établissements par le maintien en maisons d’arrêt d’un certain nombre de personnes condamnées. Il y existe donc de fait un « numerus clausus ».

Qui sont les personnes incarcérées ?

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Si la population incarcérée a connu des évolutions importantes en volume, celles-ci ne se sont pas faites de façon homogène : elles se sont accompagnées de changements de structure significatifs. On observe la forte croissance du nombre de condamnés à une courte peine (moins de un an) depuis 2007. Le nombre des condamnés pour une peine allant de un à trois ans passe de 8 445 au 1er janvier 2007 à 17 226 au 1er janvier 2012, soit un doublement en cinq ans. Deux lois sur cette période pouvant avoir un effet sur la population incarcérée, et précisément sur ces peines, ont été votées pour lutter contre la récidive : la loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive des infractions pénales et la loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive. À noter également la hausse du nombre de condamnés à une peine allant de vingt à trente ans. Enfin, l’évolution la plus considérable concerne la structure des condamnés selon la nature de l’infraction avec la baisse du poids du vol simple (38 % en 1981, 7 % en 2012), la croissance puis la baisse du poids des viols et autres agressions sexuelles (6 % en 1981, 25 % en 2001 et 13 % en 2012) et la forte hausse de la part des condamnés pour violences volontaires (8 % en 1981, 20 % en 2007 et 26 % en 2012).

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En ce qui concerne les caractéristiques sociodémographiques, les détenus sont majoritairement des hommes (96,4 % au 1er janvier 2012) et des jeunes. Il y a une forte surreprésentation des tranches d’âge allant de 21 ans à 30 ans et aussi, mais dans une moindre mesure, de 18 à 21 ans et de 30 à 40 ans. Les mineurs représentent 1 % des personnes incarcérées et étaient 717 au 1er janvier 2012. Leur nombre est relativement stable depuis cinq ans.

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Les plus âgés, les personnes de 50 ans et plus, représentent 11 % (5 % en 1994 et 13 % en 2006). L’augmentation de ce groupe d’âge a été deux fois plus élevée en prison que dans la population générale – soit parce que davantage de personnes sont incarcérées relativement tard dans leur vie, soit parce qu’elles sont condamnées à des peines plus longues et vieillissent en prison. La moitié des plus de 50 ans sont détenus au titre d’un crime ou d’un délit sexuel. Les modifications législatives de 1994 apportées aux délais de prescription de l’action publique sont sans doute en cause dans cette augmentation : plus les victimes peuvent dénoncer les faits tardivement, plus les auteurs sont âgés quand cette dénonciation intervient. Toutefois, la fréquence de ce groupe d’âge diminue depuis 2007.

11

La proportion d’étrangers présents dans les prisons françaises est supérieure à celle des étrangers recensés sur le territoire national. Cette dernière, à laquelle il faudrait intégrer les personnes en situation irrégulière, est difficile à connaître de façon certaine, mais même les chiffres généralement annoncés ne dépassent pas les 12 % à 15 %. Avec 17,6 % au 1er janvier 2012, il y a donc une surreprésentation des étrangers dans les prisons. Cependant, la proportion d’étrangers en prison a diminué notablement depuis le milieu des années 1990, où elle atteignait alors 30 %. En 2012, parmi l’ensemble des détenus de nationalité étrangère, les étrangers détenus pour une infraction à la police des étrangers ne représentent plus que 1 % de l’ensemble des étrangers détenus. Il s’agit d’un contentieux pour lequel le nombre de personnes écrouées a été divisé par trois depuis le milieu des années 1990 en raison d’un traitement administratif et moins souvent judiciaire.

Éléments de connaissance des situations des personnes sortant de prison

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Il est plutôt souhaitable de ne pas entamer une réflexion sur l’insertion des sortants de prison à partir de représentations quantitatives infondées bien que, sur un sujet de cette importance, la situation des sortants de prison, il y ait peu de données. On peut faire référence à une enquête de l’INSEE en collaboration avec la direction de l’administration pénitentiaire sur l’histoire familiale des détenus en 1999 ainsi qu’à une enquête datant de 1996 qui fut menée à la demande de Xavier Emmanuelli alors chargé de l’action humanitaire au gouvernement. Ces éléments seront complétés par des données sur les libérés de prison en 2011 issues d’une application informatique gérant les situations pénales des détenus (GIDE). Dix ans environ séparent ces données des enquêtes en question et nous verrons que les résultats restent proches, ce qui tend à montrer que les situations n’évoluent guère.

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La pauvreté ne se résume pas à l’insuffisance de ressources. Certaines personnes détenues cumulent souvent un faible niveau scolaire, une absence de pratique ou de formation professionnelle, un déficit culturel, un isolement social voire familial. La lutte contre la pauvreté et les inégalités dans les établissements pénitentiaires ne peut se développer sans une connaissance quantitative des difficultés des personnes détenues. C’est la raison pour laquelle la proposition de l’INSEE d’élargir l’enquête familiale aux personnes détenues avait été accueillie très favorablement. Ainsi, en 1999, l’enquête Étude de l’histoire familiale (EHF) a été réalisée pour la première fois auprès des détenus. Elle permet de comparer l’histoire des hommes incarcérés avec celle du reste de la population masculine. Toutes les comparaisons ont été faites à structure par âge comparable. Leur histoire familiale, comparée à celle de l’ensemble de la population masculine, se caractérise plus fréquemment par la précocité et l’instabilité de leurs engagements familiaux. Ils vivent en couple deux ans plus tôt que les autres hommes et ont également leur premier enfant deux ans plus tôt. Dès avant leur incarcération, les liens qui les unissent à leurs compagnes sont fragiles : ils vivent plusieurs unions et de fréquentes ruptures. À leur entrée en prison, 40 % des détenus ont déjà connu au moins une rupture au cours de leur vie conjugale contre 18 % des autres hommes. L’incarcération fragilise encore les liens familiaux : l’absence de conjoint touche 60 % des détenus. La séparation s’impose également à leurs proches : ainsi 51 500 enfants mineurs vivent sans leur père ou beau-père [2][2] Selon l’étude de Francine Cassan et de France-Line... (fig. 2 et 3). En 2011, seuls 11 % se déclarent mariés ou pacsés et 20 % vivent en couple à l’entrée en détention. Les 70 % restant se déclarent sans conjoint (Tableau 1).

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En ce qui concerne la profession, d’après l’enquête Insee de 1999, une personne détenue sur deux a déclaré être ou avoir été ouvrier contre une sur trois dans la population générale. Les professions des parents confirment la surreprésentation des classes à bas revenus : 47 % des pères de détenus (ou la personne qui a élevé le détenu) sont ouvriers, 16 % sont artisans ou commerçants. Plus de la moitié des mères sont inactives. Lorsqu’elles travaillent, elles sont le plus souvent ouvrières ou employées. En 2011, la situation au regard de l’emploi déclarée lors de l’écrou indique que seuls 30 % des personnes écrouées ont un emploi, dont certains en intérim ou en stage ; 29 % se déclarent chômeurs et 35 % ne déclarent aucune situation (Tableau 2). La même année, une grand partie des personnes (70 %) ont au plus un niveau BEPC ou CAP et 12 % déclarent un niveau BAC ou supérieur (Tableau 3). S’il n’est certes pas justifié d’établir un rapport direct entre crime et pauvreté, il n’en a pas moins été démontré que la « surreprésentation » des pauvres en prison était le résultat d’un processus social [Godefroy, Laffargue, 1992].

 - FIGURE 2

PRÉCOCITÉ DU PARCOURS D’ENTRÉE DANS LA VIE ADULTE

INSEE, EHF (Étude de l’histoire familiale) 1999 auprès des hommes détenus et EHF 1999 auprès de l’ensemble des hommes.
 - FIGURE 3

SITUATIONS DE COUPLE

TABLEAU 1 - RÉPARTITION DES LIBÉRÉS AU COURS DE L’ANNÉE 2011 SELON LA SITUATION CONJUGALE

Champ : France entière.

Fichier national des détenus.
TABLEAU 2 - RÉPARTITION DES LIBÉRÉS AU COURS DE L’ANNÉE 2011 SELON LA SITUATION AU REGARD DE L’EMPLOI

Champ : France entière.

Fichier national des détenus.
TABLEAU 3 - RÉPARTITION DES LIBÉRÉS AU COURS DE L’ANNÉE 2011 SELON LE NIVEAU D’INSTRUCTION

Champ : France entière.

Fichier national des détenus.
15

La loi s’attache aux caractéristiques socio-familiales des personnes poursuivies. L’absence de garanties de présentation en justice, comme par exemple le fait d’être sans domicile ou sans profession, constitue un des motifs de placement en détention provisoire (article 144, al. 2 du code de procédure pénale) ; de même, la personnalité du condamné fait partie intégrante des critères de détermination des peines (article 132-24 du code pénal). Les ruptures conjugales et l’absence d’attaches familiales qui en découle peuvent constituer des éléments d’appréciation défavorables. Surtout, ces ruptures familiales peuvent être liées à d’éventuelles détentions antérieures.

16

Les conditions matérielles de la sortie de prison ont été examinées grâce à une enquête réalisée auprès des 1 208 libérés entre les 3 et 9 juin 1996. Dans leur grand majorité, les libérés de l’enquête avaient dû faire face à des difficultés matérielles, ils étaient sortis majoritairement sans emploi, avec peu d’argent et avec des problèmes de logement. Certains libérés ont connu à la fois un isolement social et des difficultés matérielles. Ceci a été mis en évidence par une échelle de cumul des handicaps. Ont été intégrés dans cette échelle les éléments suivants pour approcher ce cumul de difficultés : ne pas être embauché à la sortie, ne pas avoir de logement, avoir moins de 20 euros, ne pas avoir eu de visite et ne pas être attendu à la sortie. Il apparaît que 13 % des libérés ne connaissaient aucune des cinq difficultés définies. En revanche, plus de la moitié étaient confrontés à une ou deux de ces difficultés. Enfin, près de 30 % sont sortis en cumulant au moins trois handicaps (Tableau 4). Il s’agissait principalement des plus âgés, des étrangers, des illettrés et des célibataires. La situation était plus favorable pour les libérés conditionnels pour lesquels la sortie avait été préparée. Or, on sait que la sortie en libération conditionnelle est peu fréquente puisqu’elle concerne 9 % des libérés [Kensey, Benaouda, 2011].

TABLEAU 4 - RÉPARTITION DES LIBÉRÉS EN 1996 SELON LE NOMBRE DE DIFFICULTÉS RELEVANT DE L’ENQUÊTE

* 100 F. en 1996 : en tenant compte de l’inflation entre 1996 et 2011.

Champ : France entière.

enquête auprès des libérés entre le 3 et le 9 juin 1996, DAP.
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Bien que l’on ait observé un vieillissement au cours des vingt dernières années, les personnes détenues constituent une population jeune et une personne sur deux n’a pas 30 ans à la sortie de prison en 2011 (Tableau 5). Les personnes sortent le plus souvent après un court séjour en prison (Tableau 6) : en 2011, 60 % sont restés moins de six mois et 81 % moins d’un an. À l’inverse, 3 % ont séjourné plus de cinq ans en prison.

TABLEAU 5 - RÉPARTITION DES LIBÉRÉS AU COURS DE L’ANNÉE 2011 SELON L’ÂGE À LA SORTIE

Champ : France entière.

Fichier national des détenus.
TABLEAU 6 - RÉPARTITION DES LIBÉRÉS AU COURS DE L’ANNÉE 2011 SELON LA DURÉE DE DÉTENTION EFFECTUÉE

Champ : France entière.

Fichier national des détenus, durée : différence entre les dates de libération de prison et d’écrou initial.
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En résumé, les sortants de prison sont plutôt des personnes jeunes ayant effectué des courts séjours en prison et qui présentent plutôt des caractéristiques de personnes socialement en panne au plan professionnel, social et familial. Au cours des quinze dernières années, on constate que les éléments de connaissance dont nous disposons au travers d’enquêtes et de données statistiques administratives ont peu évolué dans le sens d’une amélioration.


Annexe

Annexes Les différentes situations juridiques

Personne placée sous main de justice (PPSMJ)

19

Personne confiée à l’administration pénitentiaire au titre d’une mesure judicaire privative ou restrictive de liberté. Cela inclut les personnes prévenues (personne placée en détention provisoire ou sous contrôle judiciaire dans l’attente de son jugement et personne jugée mais qui n’a pas épuisé ses voies de recours) et les personnes condamnées (personne ayant fait l’objet d’une condamnation pénale devenue définitive, les voies de recours étant épuisées).

20

Nota bene : Une même personne peut être prévenue dans une affaire et condamnée dans une autre.

Personne écrouée

21

Personne placée sous écrou en raison d’une mesure judiciaire (titre de détention) hébergée ou non dans un établissement pénitentiaire. L’écrou est l’acte par lequel est établie la prise en charge par l’administration pénitentiaire des personnes placées en détention provisoire ou condamnées à une peine privative de liberté (art. 725 du CPP[3][3] CPP : code de procédure pénale.). Par cet acte, le chef d’établissement atteste de la remise de la personne. À l’inverse, la levée d’écrou constate la fin de cette prise en charge.

22

L’écrou ne peut se faire qu’au vu d’un titre de détention, document autorisant légalement l’incarcération (article D. 149 du CPP). L’écrou doit bien être distingué de la détention effective à l’établissement. Exemple : une personne placée sous surveillance électronique est bien écrouée au sens juridique du terme (inscrite au registre d’écrou de l’établissement) mais elle n’est pas physiquement détenue. Donc toute personne détenue est nécessairement écrouée mais l’inverse n’est pas automatiquement exact.

Personne détenue

23

« Personne faisant l’objet d’une mesure privative de liberté à l’intérieur d’un établissement pénitentiaire » (article D. 50 du CPP), la personne détenue est hébergée de façon continue (à temps complet) ou discontinue (à temps incomplet) au sein d’un établissement pénitentiaire.

Personne libérée

24

Personne qui n’est plus détenue et dont l’écrou est levé car ayant fini d’exécuter sa peine.

25

Nota bene : Ne pas confondre la mise en liberté (écrou levé) avec les sorties de détention sous aménagement de peine (où l’écrou subsiste). La personne libérée n’est en effet plus sous écrou, à la différence des personnes en aménagement de peine.

26

Cas particulier : la libération conditionnelle où la personne est libre et n’est plus sous écrou mais est toujours soumise à des mesures de contrôle et n’a pas fini d’exécuter sa peine. Exemple : la personne bénéficiant d’une permission de sortir ou d’une autorisation de sortie sous escorte, décisions prises par l’autorité judiciaire, n’est pas une personne libérée. Elle demeure sous écrou.

Aménagements de peine

Fractionnement ou suspension de la peine

27

L’exécution d’une peine peut être suspendue provisoirement ou fractionnée pour motif grave d’ordre médical, familial, professionnel ou social (art. 132- 27 du CP [4][4] CP : code pénal. et 720-1 du CPP). Le fractionnement d’une peine s’entend en une possibilité pour la personne condamnée d’exécuter sa peine sous forme de fractions, la suspension d’une peine comme une possibilité de différer dans le temps l’exécution de sa peine.

Placement à l’extérieur sous surveillance de l’administration pénitentiaire

28

Le placement à l’extérieur sous surveillance du personnel pénitentiaire permet à une personne condamnée de se trouver à l’extérieur d’un établissement pénitentiaire selon des modalités décidées par le juge de l’application des peines, afin d’y réaliser des travaux pour le compte d’une administration, d’une collectivité publique, ou d’une personne physique ou morale sous la surveillance directe de l’administration (articles D. 126 et suivants du CPP).

Placement à l’extérieur sans surveillance de l’administration pénitentiaire

29

Le placement à l’extérieur sans surveillance du personnel pénitentiaire permet à une personne condamnée de se trouver à l’extérieur d’un établissement pénitentiaire selon des modalités décidées par le juge de l’application des peines, afin soit d’y travailler, soit d’y suivre un enseignement, une formation professionnelle ou un traitement médical, et ce, sans surveillance continue du personnel pénitentiaire (art. D. 136 CPP).

Semi-liberté

30

La semi-liberté permet à une personne condamnée, hors d’un établissement pénitentiaire et sans surveillance de :

31
  • exercer une activité professionnelle ;

  • suivre un enseignement ou une formation professionnelle ;

  • assurer une participation essentielle à la vie de sa famille ;

  • bénéficier d’un traitement médical.

32

La personne semi-libre est astreinte à rejoindre l’établissement pénitentiaire selon les modalités déterminées par le juge de l’application des peines en fonction du temps nécessaire à l’activité en vue de laquelle il a été admis au régime de la semi-liberté (articles 132-25 et 132-26 du CP, art. 723 et suivants du CPP).

Placement sous surveillance électronique (PSE)

33

Le placement sous surveillance électronique emporte pour la personne condamnée l’interdiction de s’absenter de son domicile ou de tout autre lieu désigné par le juge de l’application des peines en dehors des périodes fixées par celui-ci afin que la personne condamnée puisse suivre une activité professionnelle, un enseignement ou une formation, la vie de sa famille ou un traitement médical (art. 132-26-2 et suivants du CP et art 723-7 du CPP).

34

La personne condamnée porte à la cheville un « bracelet » qui, couplé à un récepteur placé au lieu d’assignation, permet à l’administration pénitentiaire de s’assurer à distance de sa présence en ce lieu aux heures déterminées par le juge.

Libération conditionnelle

35

La libération conditionnelle est une mesure d’individualisation de la peine qui permet à une personne condamnée d’être libérée, avant le terme de sa peine, en bénéficiant de mesures d’aide et de contrôle.

36

Les personnes condamnées peuvent bénéficier d’une libération conditionnelle si elles manifestent des efforts sérieux de réadaptation sociale et lorsqu’elles justifient de l’exercice d’une activité professionnelle, d’un enseignement ou d’une formation, de la participation essentielle à la vie de leur famille, de la nécessité de suivre un traitement médical, de leurs efforts en vue d’indemniser leurs victimes ou de leur implication dans tout autre projet sérieux d’insertion ou de réinsertion (art. 729 du CPP).


Références bibliographiques

  • KENSEY A., BENAOUDA A., 2011, « Les risques de récidive des sortants de prison. Une nouvelle évaluation », Cahiers d’études pénitentiaires et criminologiques n° 36, Direction de l’administration pénitentiaire, ministère de la Justice.
  • GUILLONNEAU M., KENSEY A., MAZUET P., 1998, « Les ressources des sortants de prison », Cahiers de démographie pénitentiaire n° 5, Direction de l’administration pénitentiaire, ministère de la Justice.
  • CASSAN F., TOULEMON L., KENSEY A., 2000, « L’histoire familiale des hommes détenus », Insee Première, n° 828, INSEE.
  • KENSEY A., CASSAN F., TOULEMON L., 2000, La prison : un risque plus fort pour les classes populaires, Cahiers de démographie pénitentiaire, n° 9, Direction de l’administration pénitentiaire, ministère de la Justice.
  • CASSAN F., MARY-PORTAS F.-L., 2002, « Précocité et instabilité familiale des hommes détenus », Insee Première, n° 828, Insee.
  • GODEFROY T., LAFFARGUE B., 1992, Regards sur l’actualité. Pauvreté, crime et prison, La Documentation française, Paris.

Notes

[1]

Voir les différentes situations juridiques en annexe.

[2]

Selon l’étude de Francine Cassan et de France-Line Mary-Portas [2002] à partir des données de l’enquête de 1999.

[3]

CPP : code de procédure pénale.

[4]

CP : code pénal.

Résumé

Français

Cet article présente les données disponibles concernant les caractéristiques socioéconomiques des sortants de prison et des informations sur les effectifs de personnes sous écrou afin d’approcher les conditions de détention avant la sortie. Le nombre de personnes détenues dans les établissements pénitentiaires est en forte augmentation et la surdensité carcérale est élevée, notamment dans les maisons d’arrêt. Les éléments provenant des statistiques permanentes les plus récentes, auxquelles s’ajoutent des données provenant de deux enquêtes menées à la fin des années 1990, permettent de constater que les personnes détenues cumulent un faible niveau scolaire, une absence de pratique ou de formation professionnelle, un déficit culturel, un isolement social voire familial.

English

What Do We Know of the Socio-Economic Situation of Those Released from Prison?This article presents the data available concerning the socio-economic characteristics of those released from prison. The number of people detained in penitentiary establishments is rapidly growing and the over-density is high, especially in detainment houses. The most recent statistical evidence, added to data from two late 1990s surveys, show that detainees combine low education levels, lack of professional training or practice, cultural deficits, and social and/or familial isolation.

Plan de l'article

  1. Évolution des effectifs des personnes placées sous main de justice
    1. Surdensité carcérale
    2. Qui sont les personnes incarcérées ?
  2. Éléments de connaissance des situations des personnes sortant de prison

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