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Les réseaux politiques locaux en Flandre sous la domination bourguignonne : les exemples de Gand et de Lille

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Jan Dumolyn
Publié dans

Revue du Nord

2006/2 (n° 365)

Éditeur
Université Lille-3
Pages 309 - 329
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La formation de l’État bourguignon exerça une influence importante sur la structuration des groupements de pouvoir locaux. Dans les villes flamandes où siégeaient les institutions instaurées par les ducs de la Maison de Valois, des réseaux politico-sociaux se créèrent, résultant dans l’intégration directe ou indirecte des élites politiques locales dans l’appareil de l’État bourguignon. Dans ma recherche prosopographique sur le personnel supérieur de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire dans le comté de Flandre, une place importante fut réservée à l’analyse des réseaux [2][2] J. Dumolyn, Staatsvorming en vorstelijke ambtenaren.... Il s’agit d’un thème pertinent au sein de la recherche sur les institutions de l’État du bas Moyen Âge. En effet, selon Jean-Philippe Genet, la principale contribution politique des institutions princières centrales, comme les chambres des comptes, consistait en ceci qu’elles étaient des espaces privilégiés pour les « transactions sociales et politiques ordonnées et équilibrées entre le prince et les classes dirigeantes » [3][3] J.-Ph. Genet, « Conclusion : Chambres des comptes des.... La cour princière et les cours de justice centrales ont joué des rôles similaires. Les institutions de l’ancien « État moderne » [4][4] J.-Ph. Genet (éd.), L’État moderne : genèse : bilans... constituaient ainsi des champs d’échanges sociaux de biens et de services matériels ou symboliques et étaient à l’origine de réseaux durables. Les officiers ducaux nouaient ainsi des relations de réseau avec les élites locales dominantes et intégraient ces autres centres de pouvoir socio-économiques et politiques qu’étaient les principales villes flamandes. Dans ce qui suit, nous allons démontrer que ce genre de transactions a mené, comme à Lille et à Gand, à des imbrications locales importantes dans lesquelles les nouveaux-venus pouvaient rejoindre les élites politiques existantes, et les intégrer plus durablement dans la consolidation de la politique centralisatrice des Bourguignons.

Patronage, courtage et réseaux

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À l’exemple de la network analysis, qui constitue un des courants dominants au sein de la recherche en sociologie, les médiévistes n’ont cessé de s’intéresser davantage aux « réseaux » en tant qu’instruments pour toutes sortes de gestions d’intérêts. C’est notamment depuis la publication d’articles de fond par Derville et par Blockmans, dans lesquels furent présentés les principaux acquis de l’anthropologie et de la sociologie dans ce domaine, qu’on s’est régulièrement intéressé au rôle des réseaux et des phénomènes de patronage au Moyen Âge et aux premiers Temps Modernes [5][5] A. Derville, « Pots-de-vin, cadeaux, racket, patronage..... La médiévistique récente traite régulièrement de cette question [6][6] Quelques exemples : C. Nolte, « Gendering Princely.... Les notions et les mécanismes de base propres à l’analyse de réseaux demandent qu’on s’y attarde un instant. Le « patronage » est un rapport socio-politique fondé sur des relations personnelles entre des instances inégales : des dirigeants (patroni) et leurs sujets (clients), qui peuvent mutuellement s’offrir quelque chose. Les clients font preuve, d’attitudes matérielles et symboliques, de reconnaissance et de respect. Les patrons, de leur côté, offrent à leurs clients protection et avantages matériels [7][7] P. Burke, Sociology and history, Londres, 1982, p..... Un client désire faire carrière ou monter dans la société. Pour ce faire, il cherche à obtenir toute l’aide et tout le soutien dont il peut disposer. En même temps, il tente de conserver un maximum d’indépendance. À son tour, il peut lui-même être patron et avoir ses propres clients [8][8] P. S. Lewis, Later Medieval France. The Polity, Londres,.... Le « courtage » est un phénomène d’action sociale qu’on observe « dans des situations où des intermédiaires mettent à profit leurs entrées dans les hautes sphères ainsi qu’au sein des moyens publics afin que d’autres personnes deviennent dépendantes d’eux » [9][9] W. Blockmans, « Corruption » ; D. Knoke, Political.... Les « courtiers » fonctionnent ainsi comme intermédiaires entre le pouvoir d’état et les groupements d’intérêts régionaux ou locaux. Ils sont à même, en tant que « gatekeepers », de faire en sorte que des portes s’ouvrent ou, au contraire, qu’elles restent fermées [10][10] W. Blockmans, « Corruption »..

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Les phénomènes de patronage et de courtage sont à l’origine du développement de relations de réseaux relativement durables. Pour l’État bourguignon, ces réseaux de patronage constituaient un ciment puissant. À tous les niveaux de la société féodale, des relations se nouaient, au sein desquelles des biens et des services matériels et symboliques étaient échangés. Pour les fonctionnaires supérieurs, les échanges se faisaient aussi bien en amont que en aval. Ils agissaient en tant que patroni de leurs propres parents, de personnes qui leur étaient liées par des relations de serviabilité, de fonctionnaires inférieurs, de groupements sociaux dominants dans leur propre région ou ville d’origine, ou enfin, d’institutions locales et de circonscriptions administratives en général. Toutes sortes de faveurs furent ainsi accordées, comme le fait d’attribuer des fonctions administratives ou des emplois, ou bien encore de veiller au soutien de certaines mesures politiques. Puis, à leur tour, les membres du personnel supérieur du Conseil et de la Chambre des comptes étaient eux-mêmes clients d’aristocrates bourguignons – fonctionnaires d’État du plus haut niveau, nobles supérieurs et courtisans puissants – et en dernière instance du prince en personne. Grâce à ces réseaux de fonctionnaires plus ou moins hétérogènes du point de vue social, le prince était à même d’entrer en communication avec les réseaux politiques locaux des familles dirigeantes des villes et des châtellenies et de les lier le plus possible, matériellement et symboliquement, au processus de formation de l’État. Prevenier a mentionné ce phénomène dans plusieurs articles, et parle dans ce contexte de « clans politiques » [11][11] E.a. W. Prevenier (éd.), Prinsen en poorters. Beelden.... De tels clans ou réseaux constituaient une réalité importante dans la construction de l’État bourguignon dans le comté de Flandre du xve siècle.

Les fonctionnaires dans le comté de Flandre

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À partir du xiie siècle, avec la création de la fonction de bailli du comte, apparaissent dans le comté de Flandre des fonctionnaires professionnels destituables. Ces fonctionnaires princiers furent amenés à jouer un rôle de plus en plus important dans la construction de l’appareil d’État du Moyen Âge tardif, tout en ne perdant jamais de vue leurs propres intérêts. Progressivement, ces fonctionnaires bâtirent une identité propre, au service du prince et de la construction de son État. Au xive siècle et tout au long de la période bourguignonne, une tendance à l’autonomisation de cet « État des fonctionnaires » se serait prolongée. Pierre Cockshaw prétendait – en s’inscrivant dans la théorie d’avant-guerre de Pierre Kauch – que les fonctionnaires bourguignons représentaient un « nouveau groupe social », issu principalement de la bourgeoisie. Ce groupe se caractérisait par l’endogamie et par une tendance naissante à former des castes, soit une préfiguration de la « noblesse de robe » plus tard, où la fonction devait conduire aussi juridiquement à l’anoblissement [12][12] P. Cockshaw, Le personnel de la chancellerie de Bourgogne-Flandre.... Francine Leclercq, en étudiant les maîtres de comptes lillois du xve siècle, parlait elle aussi d’un « nouveau groupe social », d’une « compagnie individualisée ». En réalisant les mêmes tâches, les fonctionnaires se seraient rapprochés pour constituer en fin de compte une communauté d’intérêts, et pour nourrir des aspirations semblables [13][13] F. Leclercq, Étude du personnel de la chambre des comptes.... Jean-Philippe Genet arriva également à la conclusion selon laquelle les « gens de comptes » français avaient tendance à former un « mini-groupe social ». Les gens appartenant à la petite noblesse, ou ceux que leur carrière avait réussi à anoblir, renforçaient leurs liens avec les membres des institutions financières et transmettaient leurs fonctions de manière quasiment héréditaire. Ces réseaux familiaux ne s’arrêtaient pas à la frontière d’une institution ou d’une principauté, mais ils s’étendaient au-delà. Il s’agissait ainsi, d’après lui, d’une noblesse de fonction à l’état embryonnaire [14][14] J.-Ph. Genet, « Conclusion », dans La France des principautés,....

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Ce sont précisément ces connexions avec des groupements d’élite situés en dehors du même milieu de fonctionnaires qui constituent l’objet de notre recherche. Dans quelle mesure les fonctionnaires défendaient-ils les intérêts d’autres groupements d’élite, et non pas seulement ceux du prince et de son État ? Françoise Autrand avance, à propos des gens du Parlement de Paris, qu’il s’agissait d’hommes qui abandonnaient leurs affaires individuelles pour s’occuper du service du roi [15][15] F. Autrand, Naissance d’un grand corps de l’État. Les.... Il est vrai, bien sûr, que les distances dans le royaume de France étaient plus grandes que celles dans le comté de Flandre, ce qui rendait moins évident pour des conseillers issus de régions décentrées le fait de s’occuper avec beaucoup d’attention de leur patrimoine ou de leurs intérêts locaux. D’autre part, l’image d’Autrand est tributaire du type de sources qu’elle a utilisé (il s’agit surtout de documents de l’administration centrale). Mais nous pouvons sans doute accepter que, parmi les fonctionnaires du Moyen Âge tardif, les parlementaires parisiens étaient ceux qui étaient les plus déracinés. Du reste, Autrand ne va pas jusqu’à prétendre qu’ils avaient tout à fait coupé les liens avec leur région d’origine. En ce qui concerne le comté de Flandre, la constitution d’un milieu de fonctionnaires autonome était moins évoluée d’une part, et d’autre part, les distances avec la région d’origine étaient bien sûr nettement plus petites dans la plupart des cas. Il est clair que les fonctionnaires princiers ne servaient pas uniquement l’intérêt de la dynastie de Valois. S’il est vrai que, depuis 1451, les ordonnances successives interdisaient formellement aux membres du personnel supérieur du Conseil de Flandre d’intervenir en tant que conseiller van eeneghe partien, noch van eeneghe kercken, abdien, cloosteren, steden, casselrien, heeren, vrauwen noch andren wie zij zijn, binder lande van Vlaendren (« d’un quelconque parti, d’une quelconque église ou abbaye, cloître, ville, châtellenie, seigneur, dame ou qui que ce soit en Flandre »), ou d’accepter un quelconque cadeau ou une pension [16][16] A. Vandenpeereboom, Le Conseil de Flandre à Ypres précédé..., cette clause est restée en grande partie lettre morte, comme on le verra par la suite. Les fonctionnaires usaient clairement de leur position de pouvoir pour veiller également à leurs propres intérêts ainsi qu’à ceux de leur réseau social.

L’origine géographique des fonctionnaires flamands centraux

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La localisation précise des fonctionnaires princiers n’est pas une tâche aisée. Les vrais hauts fonctionnaires possédaient en effet des maisons dans plusieurs grandes villes du comté et parfois aussi dans les résidences des institutions centrales telles que Malines, ou encore dans les résidences régulières de la cour comme Bruxelles [17][17] Voir en général A. Benoit, « Quelques hôtels particuliers.... Prenons le cas de Jean de La Kethulle, l’un des principaux fonctionnaires flamands du temps de Jean sans Peur et de Philippe le Bon, qui résidait normalement à Bruges. En tant que pensionnaire du Franc de Bruges, une fonction qu’il avait revêtue au début de sa carrière, il y disposait d’une résidence, qu’il allait garder plus tard en tant que membre du Conseil de Flandre. En 1401, il se vit offrir de la part du duc une maison d’un bâtard décédé, offre qu’il déclina cependant parce qu’elle était trop chargée de rentes. Dans la période 1409-1412, il tenait son ménage dans une maison à Lille, rue des Ensacquiées, près de la Grand Place [18][18] L’actuelle rue des Soeurs Noires près de la place du.... Il s’agissait probablement d’une maison louée, car en 1412, il reçut du duc un don de 300 F qui devait l’aider à acheter et à aménager une maison à Lille. En 1414 cependant, il reçut l’ordre de séjourner à Gand chez le comte de Charolais. Après avoir loué une habitation dans un premier temps, il acheta la maison Braemsteen dans la Onderstraat en 1424 (maison qui passa plus tard, par l’intermédiaire de sa fille Catherine, entre les mains de Jean Wielant). D’autre part, depuis 1413, il possédait aussi une maison à Courtrai, près de la Kanunnikenpoort (Porte des chanoines) mais il y résida rarement, voire jamais [19][19] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Dans une telle configuration de données, la question se pose bien évidemment de savoir dans quelle mesure de La Kethulle était effectivement intégré dans ces différentes villes. Malgré des difficultés méthodologiques de ce genre, nous avons néanmoins réussi à associer à un lieu d’origine précis la plus grande partie de la population prosopographique appartenant au personnel supérieur des ducs de Bourgogne dans le comté de Flandre.

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Dans cette recherche prosopographique, je me suis intéressé aux cas de 127 fonctionnaires supérieurs qui étaient liés, entre 1419 et 1477, au Conseil de Flandre – la cour de justice centrale du comté –, et à la chambre des comptes de Lille – la plus haute instance de contrôle financier [20][20] J. Dumolyn, Staatsvorming.. Plus de 16 % de l’ensemble des fonctionnaires étaient originaires de Gand, suivi en nombre par les châtellenies de Lille, de Douai et d’Orchies (environ 14 % pour chacune), par le Franc de Bruges (8,7 %), par Bruges (6,3 %) et par Ypres [21][21] Y compris la châtellenie vu qu’il s’est révélé très... (6,3 %). Respectivement 5,5 % et 4,7 % du personnel supérieur étaient issus des châtellenies de Courtrai et de Furnes, tandis que les circonscriptions rurales de Bergues, d’Alost, des Quatre Métiers, du Pays de Waes et des villes de Courtrai et de Termonde ne fournissaient chacune qu’un ou deux membres du personnel. Les fonctionnaires originaires de France étaient légèrement plus nombreux que les Brugeois et les Yprois (environ 7 %) [22][22] La France : en excluant évidemment la Flandre ainsi.... Il faut encore ajouter quelque 4,7 % d’Artésiens et 3,9 % de Bourguignons (que nous avons répertoriés séparément parce qu’ils relevaient de principautés du duc), un unique Zélandais et 3 % de Hennuyers. Lorsqu’on observe séparément le Conseil et la chambre des comptes, il apparaît d’abord que les fonctionnaires issus de territoires francophones, principalement de la Flandre wallonne, étaient employés en premier lieu à la chambre des comptes de Lille, et que les Gantois appartenaient tous au Conseil de Flandre qui résida dans cette ville durant la plus grande partie de la période considérée [23][23] J. Dumolyn, Staatsvorming, p. 144-145.. La prépondérance numérique globale de ces groupes géographiques peut donc tout d’abord être attribuée à l’implantation des institutions mêmes. Il est néanmoins significatif qu’aucun habitant ou bourgeois issu de Gand, de Bruges ou du Franc de Bruges n’ait siégé à la chambre des comptes lilloise. Les deux Yprois qui y ont appartenu semblent avoir été plutôt des figures « rurales » issues de la châtellenie d’Ypres, la circonscription rurale située autour de la ville. Le personnel du Conseil se répartissait plus ou moins équitablement du point de vue géographique entre les différents lieux d’origine. La plupart des Flamands de la Flandre flamingante qui ont travaillé pour la chambre des comptes lilloise, venaient des châtellenies de Furnes et d’Ypres, soit des régions occidentales de la Flandre, situées à proximité de Lille, dont les élites dominantes étaient sans doute plus ou moins soudées à ceux de la Flandre wallonne ou même de l’Artois. C’est une belle illustration de la base de recrutement avant tout géographique qui caractérise la chambre des comptes de Lille, plus encore que le Conseil.

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Les serviteurs du prince étaient supposés, en théorie, couper leurs liens avec les villes, et ne plus servir que l’intérêt des ducs. Et nous avons en effet pu observer que certains fonctionnaires de notre population qui possédaient le droit de bourgeoisie d’une ville durant certaines périodes de leur vie – ou étaient éventuellement nés dans ce statut – l’abandonnèrent par la suite. D’autres cependant en usaient tout de même – par exemple dans des affaires judiciaires – et niaient ainsi la volonté princière, laquelle, il est vrai, n’avait pas été consignée par ordonnance. Ce fut le cas pour certains membres de la chambre des comptes de Lille. Barthélemy a La Truye, dont le père avait certainement tenu le droit de bourgeoisie à Lille, ne conserva pas ce statut puisqu’en 1427, il lui fallut payer escot pour l’héritage de son père, conformément au règlement prévu par le droit de ville pour les non-bourgeois [24][24] Ibidem, fiche prosopographique de Berthelmy a la T.... Pierre de Hauteville a été fonctionnaire ducal, tout comme son fils. Pourtant, en 1433 il obtint le droit de bourgeoisie à Lille, alors qu’il revêtait toujours la fonction de maître de la monnaie du duc. Son fils cependant, maître Pierre de Hauteville – qui devint maître des comptes à Lille – abandonna son droit de bourgeoisie [25][25] Ibidem, fiche prosopographique de Pierre de Hautev.... Un officier comme Louis Dommessent, pourtant originaire de Lille, ne tenait pas ou plus le droit de bourgeoisie de cette ville [26][26] Ibidem, fiche prosopographique de Louis Dommessent ;.... Mais en 1500, son cousin Guillaume le récupéra curieusement [27][27] Ibidem, fiche prosopographique de Guillaume Dommes.... Lotard Fremault renonça, quant à lui, au statut de bourgeois de Lille lors de son mariage, peut-être en raison de la fonction centrale qu’il visait [28][28] Ibidem, fiche prosopographique de Lotard Fremault.. Il apparaît qu’en général, le droit de bourgeoisie n’était pas cumulable avec une fonction princière importante en raison de la double loyauté qui s’en suivait.

Intérêts et réseaux princiers locaux

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Malgré leur loyauté généralement indiscutable envers les ducs de Bourgogne, les fonctionnaires-courtiers veillaient aussi à leurs propres intérêts, à ceux de leurs parents et amis, et à ceux de leur localité. Le maître des comptes, Louis Dommessent, lui-même issu du patriciat citadin lillois (et plus précisément d’un milieu commercial), doit avoir assumé le rôle de courtier pour cette ville. C’est en tout cas ce que suggèrent les nombreux dons qu’elle lui a faits. Cela veut dire qu’il faisait en sorte d’ouvrir des portes vers les niveaux de pouvoir supérieurs pour y défendre les intérêts de sa ville natale, pratique considérée comme parfaitement légitime par ses contemporains. Mais son patronage ne se limitait pas à la seule ville de Lille : le Franc de Bruges lui accorda, en sa qualité de secrétaire, une allocation annuelle de 50 lb. par. [29][29] Ibidem, fiche prosopographique de Louis Dommessent ;.... Son père, Vincent, juré de la ville de Lille, avait intrigué en 1462 pour obtenir la nomination de son fils au poste de procureur de cette ville devant le Parlement de Paris. Il obtint cette fonction, mais sans qu’elle soit liée à une solde fixe : celle-ci étant réindexée chaque année. Louis Dommessent a occupé cette fonction jusqu’en 1465. Quant à son père, c’était sans doute le même Vincent Dommessent chez qui le seigneur de Ternant, un noble important de la région, était endetté en 1457, ayant reçu de lui des aliments et d’autres marchandises. J’ai pu découvrir que d’autres membres de cette famille occupaient des fonctions ecclésiastiques dans la même région. Par ailleurs, il est remarquable que maître Guillaume Dommessent était membre de la confrérie brugeoise du Droogenboom (arbre sec), une association exclusive dans laquelle l’élite brugeoise fréquentait des princes et des fonctionnaires supérieurs [30][30] Ibidem, fiches prosopographiques de Louis Dommessent.... Les fonctionnaires supérieurs s’intégraient donc aussi dans d’autres réseaux locaux que ceux de leur lieu d’origine.

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La question se pose alors de savoir si les villes et les châtellenies disposaient vraiment de délégués – formels ou informels – dans les plus hautes institutions gouvernementales, et dans quelle mesure ceux-ci subordonnaient les intérêts du prince à ces intérêts locaux. Froissart prétendait qu’en 1385, lors des négociations qui devaient mener à la Paix de Tournai, les Gantois avaient dorénavant revendiqué la présence de trois représentants des grandes villes dans le Conseil ducal [31][31] Cité dans W. Blockmans, De volksvertegenwoordiging.... Un siècle plus tard, lors du conflit entre les grandes villes flamandes et Maximilien d’Autriche, cette exigence figurait de nouveau à l’ordre du jour. Un acte datant du 16 mai 1488 déterminait que les Membres et États de Flandre interviendraient dorénavant lors de la mise en place des conseils [32][32] W. Blockmans, De volksvertegenwoordiging, p. 329.. De telles exigences et déclarations audacieuses, émises dans des périodes de crise de l’autorité, mais jamais mises en pratique, trahissent les opinions de certains milieux citadins concernant ce qui était à leurs yeux leur part légitime de l’autorité. Cela ne signifie pas, cependant, qu’il n’y ait jamais vraiment eu de principe de représentation, ou que certains fonctionnaires qui avaient le droit de bourgeoisie dans une ville, ne se soient pas considérés comme des représentants de cette ville. Quoi qu’il en soit, rien n’indique que les fonctionnaires ducaux en Flandre aient réellement laissé primer de façon structurelle les intérêts des réseaux locaux auxquels ils appartenaient sur l’intérêt « général » du prince, du moins lorsqu’il s’agissait d’affaires plus importantes que l’attribution de l’une ou l’autre fonction, qu’une réduction de leur part dans l’aide, ou qu’un brevet ou privilège de moindre importance. F. Autrand n’a étudié les conseillers du Parlement qu’à partir de ce qu’elle a appelé la « stabilisation » de l’effectif du personnel et de l’institution, vers 1345. Il fallut ensuite deux à trois générations pour créer un « milieu » avec ses « solidarités » [33][33] F. Autrand, Naissance d’un grand corps, p. 22.. À partir du milieu du xive siècle, les conditions pour la création d’un tel milieu auraient été remplies, avec pour facteurs propices : la stabilité du personnel, le paiement régulier des salaires et le contrôle de l’institution même sur le recrutement [34][34] Ibid., p. 37.. En Flandre, il est clair qu’un milieu de fonctionnaires – moins homogène – s’était déjà mis en place à partir du xive siècle. Mais on peut également plaider pour une image où différents milieux étaient intégrés et liés sous l’influence du développement de l’État.

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Un réseau politique ducal n’était en effet efficace que lorsqu’il était bien implanté localement dans les structures de pouvoir existantes. Maître Joris de Bul, conseiller-commissaire du Conseil de Flandre, offre, selon toute probabilité, l’exemple d’un descendant d’une riche famille brugeoise de merciers, de commerçants et de propriétaires de maisons, qui s’est intégré de plus en plus dans les réseaux gantois suite à la position centrale de sa fonction [35][35] Un exemple similaire se trouve dans l’intégration de.... Certains membres de sa famille continuaient à faire partie de l’élite politique et sociale à Bruges, mais à partir du milieu du xve siècle, on voit un certain nombre de de Bul occuper des fonctions d’échevin à Gand. Joris de Bul y épousa Katelijne Sersanders, fille de Filips Sersanders et de Catherine Utenhove – elle-même sœur du conseiller maître Jan Sersanders –, et se lia aussi financièrement à sa belle-famille. À la répartition des biens de son père, en 1473, on trouva dans l’assistance, à côté de son cousin Pieter Boudins – secrétaire ducal – et de ses frères, Jacob Donche, un autre conseiller-commissaire. Ce dernier, un immigré issu de la région de Furnes, s’était tout comme Joris de Bul intégré dans le « parti princier » gantois et était donc également mentionné parmi ses amis et proches parents. Le patron de ce réseau gantois pro-princier était sans aucun doute l’influent politicien gantois Filips Sersanders, comme l’a démontré Jelle Haemers dans une analyse détaillée. En 1449, de Bul, qui n’était alors qu’un secrétaire débutant sans importance au service de Philippe le Bon, choisit le parti du duc, comme on pouvait s’y attendre, et fit en sorte, avec maître Pieter Boudins, de manipuler les élections échevinales de cette année. Avec, entre autres, les Gantois Pieter Tyncke, Lievin Wycke et Eloy Coolbrant, ils organisèrent une conspiration pour liquider le doyen Daneel Sersanders ainsi que Lieven de Pottere et Lieven Sneevoet, qui étaient tous des opposants du duc. Ce fut la cause ultime de la révolte gantoise des années 1449-1453, au cours de laquelle les réseaux proprinciers de la ville, comprenant un certain nombre de fonctionnaires princiers, s’opposèrent aux réseaux anti-princiers et aux représentants de la classe corporative moyenne. Haemers a attiré l’attention sur le fait que, par conséquent, aussi bien certains réseaux citadins gantois, que des réseaux princiers de fonctionnaires se retrouvaient ainsi dans une même communauté d’intérêts [36][36] J. Haemers, De Gentse opstand 1449-1453. De strijd....

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La formation d’un tel « parti princier » était plus facile dans les localités où siégeaient les institutions centrales. Les fonctionnaires s’y mariaient et y investissaient dans des maisons et des terres. Les « étrangers » montraient en effet une tendance nette, au sein des institutions princières, à créer des alliances pour se lier aux élites locales du lieu où siégeait l’institution. Les fonctionnaires centraux brabançons qui s’étaient installés à Bruxelles en raison de leur fonction, avaient tendance à s’intégrer dans le patriciat de cette ville par voie de mariage [37][37] H. de Ridder-Symoens, « Milieu social, études universitaires.... Les fonctionnaires du Grand Conseil de Malines, originaires pour la grande majorité de régions francophones, achetaient des maisons dans cette ville [38][38] M. Kerckhoffs-de Hey, De Grote Raad en zijn functionarissen.... Fierabras Boids, qui était peut-être originaire de Bruges ou du Franc de Bruges, conclut un mariage dans une importante lignée lilloise. Il y devint maître des comptes [39][39] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... À Gand, où la situation politique était la plus précaire, des fonctionnaires centraux comme Simon van Formelis renforçaient le camp du prince et intriguaient en sa faveur [40][40] M. Boone, « Formelis (Formelles, Fourmeles, Fourmellis,.... Dans la fière ville d’Artevelde, la construction d’un « parti princier » local était très important, parce que c’était une ville qui se montrait traditionnellement très particulariste et qui entrait souvent en conflit avec l’autorité ducale. En revanche, Lille, au Moyen Âge tardif, était nettement plus docile et était, en tant que ville, indiscutablement favorable au prince. Là aussi, il se développa par le jeu des mariages et des intérêts communs un réseau complexe de fonctionnaires princiers et d’éléments appartenant aux élites économiques, sociales et politiques locales. Francine Leclercq a montré comment des liens de famille plus ou moins endogames venaient renforcer encore la communauté d’intérêts à laquelle était lié le personnel de la chambre des comptes de Lille [41][41] F. Leclercq, Étude du personnel de la chambre, p. .... Elle a pu montrer de manière assez détaillée comment les familles de maîtres des comptes Lanstais, Poulain, Fremault et La Tannerie, et d’autre part les a La Truye, les Hauteville, les Boids et les van Ysemberghe étaient liées [42][42] Ibid., p. 137-139.. Barthélemy a La Truye a épousé Marie de Pacy, la fille du maître des comptes Jehan de Pacy. Hugues a La Truye, le fils du maître des comptes Barthélemy, épousa une nièce du maître de la monnaie Pierre de Hauteville (le père du maître des comptes du même nom). Il s’agit selon toute apparence de Jehanne de Cordes, de laquelle Hugues eut une fille nommée Isabel a La Truye. Celle-ci a épousé à son tour, en 1479, Victor van Ysemberghe. La nièce de cette Isabel, Isabel (ou Jeanne) a La Truye, épousa quant à elle Nicolas le Prevost, fils du maître des comptes du même nom [43][43] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Enfin, le maître des comptes Pierre de Hauteville prit pour femme Marie Ruffault, veuve de son collègue Fierabras Boids, décédé en août 1448 [44][44] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... En d’autres termes, il existait dans la chambre des comptes de Lille une tendance nette à l’endogamie. Cette idée est confirmée par O. Mattéoni, qui a prétendu que dans les chambres de comptes, l’effet du « réseau de parenté » était toujours prépondérant [45][45] O. Mattéoni, Servir le prince. Les officiers des ducs....

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Comme nous l’avons déjà mentionné, le recrutement des fonctionnaires lillois se faisait avant tout localement. Lotard Fremault, maître des comptes de la chambre des comptes de Lille, descendait ainsi d’une ancienne lignée lilloise de patriciens. Son père et de nombreux ancêtres étaient marchands de vins et bourgeois de Lille. La famille faisait partie des quelque trente lignées qui dominaient le Lille du Moyen Âge tardif. Ses membres ont occupé au total 202 fonctions au conseil communal au cours des xive et xve siècles [46][46] F. Leclercq, Étude, p. 136-137, p. 184-193 ; J. Dumolyn,.... Jehan de Lanstais était un autre représentant de ce patriciat lillois, et plus précisément du milieu financier. Vers 1400, il occupait dans sa ville natale différentes fonctions de changeur ou de receveur [47][47] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Maître Barthélemy a La Truye appartenait lui aussi à une semblable famille lilloise de patriciens [48][48] F. Leclercq, Étude, p. 149-157 ; J. Dumolyn, Staatsvorming,.... Fremault père fut anobli en 1436, ce qui lui coûta la somme de 100 riders d’or. Ce marchand de vins et changeur, issu d’une lignée lilloise de patriciens, épousa Catherine d’Estambecque, une femme dont les deux parents avaient déjà été anoblis en 1391. Leur fils Lotard épousa quant à lui Margareta van der Tannerijen, fille de Jacob, le procureur-général de Flandre. En 1428, maistre Lotard Fremault fut nommé maître des comptes avec le soutien de différents membres du conseil ducal. Sans doute devait-il cette nomination ainsi que son anoblissement en grande partie à la générosité avec laquelle lui-même – ainsi que son père – avaient toujours accordé du crédit au duc, ou s’étaient portés garants de ses opérations financières. Fremault hérita et accumula un bien féodal considérable. Au moins deux de ses filles épousèrent des chevaliers. Son fils Philippe était lui-même chevalier et son autre fils Jean devint au moins écuyer et participa aux campagnes militaires de 1475, sans aucun doute dans le but de mieux intégrer la noblesse [49][49] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Il est possible que cette troisième génération ait déjà été considérée comme de la noblesse « pur sang », vu qu’aussi bien leurs parents que leurs grands-parents du côté paternel avaient été anoblis, et qu’il existait déjà suffisamment d’offices et de fiefs anoblissant au sein de la famille [50][50] Ibid.. Il faut souligner que les anoblis de la première génération occupaient encore à la cour des fonctions « roturières » et leur exemption fiscale pouvait être respectée ou non, ce qui reflète la précarité de leur position intermédiaire. Il ne leur était pas encore permis non plus de porter des habits courts [51][51] W. Paravicini, « Soziale Schichtung und soziale Mobilität.... De tout cela, il apparaît néanmoins clairement que le réseau ducal pouvait jouer un rôle déterminant pour l’anoblissement.

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Les deux membres de la famille Dommessent que nous avons recensés à la chambre des comptes de Lille, appartenaient à leur tour à l’élite politique lilloise [52][52] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiches prosopographiques..., tout comme par exemple leurs collègues maîtres des comptes Lotard Fremault et Jean de Lanstais. Louis et Guillaume Dommessent étaient dans la chambre des comptes de typiques représentants du patriciat citadin lillois. Des membres de cette famille ont occupé au cours du xive et du xve siècles cinquante-trois fonctions au sein du conseil communal lillois. Elle peut donc être comptée parmi les vingt principales lignées lilloises [53][53] Ibid.. Le maître des comptes Jean le Doulz était également fils d’un bourgeois lillois de marque, titulaire à plusieurs reprises de la fonction d’échevin [54][54] F. Leclercq, Étude, p. 232-240 ; J. Dumolyn, Staatsvorming,.... Le maître des comptes Thomas Malet était à son tour tres enclin et tres affecté au bien de la ville, et, entre 1484 et 1486, le conseil communal lillois lui accorda au moins 208 lb. par [55][55] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... D’après le chroniqueur Jacques du Clercq – qui est en général bien informé dans ce domaine – Thomas Malet, le seul fils prospère de Jean, doit sa carrière aux seigneurs de Croÿ [56][56] V. De Reiffenberg (éd.), Jacques du Clerq. Mémoires,.... On peut en tout cas affirmer qu’en 1453, il gérait les comptes de la seigneurie de Nielles appartenant à ce seigneur de Croÿ, et qu’entre 1445 et 1451, il était châtelain intérimaire d’Ath pour remplacer Antoine de Croÿ. Le 5 juin 1465, Thomas Malet fut arrêté par le prévôt de Lille, sur l’ordre de Charles de Charolais. Il fut ensuite extradé par quatorze archers du comte qui l’incarcérèrent aussitôt au château de Beaurevoir. Thomas fut relâché quatre ou cinq mois après son incarcération, et put récupérer sa fonction après avoir usé de beaucoup d’influence, par le grand pourchas qu’il olt[57][57] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiches prosopographiques.... Heureusement qu’il était encore là pour sauver l’honneur de la famille pour la postérité.

Patronage et clientélisme

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Il ne faut pas se représenter un réseau familial de fonctionnaires comme « homogène » par définition, en ce sens qu’il ne saurait s’agir que de fonctionnaires liés par des liens de parenté. Un tel réseau pouvait également être opérationnel au profit de parents de fonctionnaires situés plus bas sur l’échelle sociale. Ainsi, il est tout à fait légitime de supposer que le mercier lillois Mahieu Dommessent, fournisseur de l’armée ducale et de la chambre des comptes, était un parent proche des maîtres des comptes Guillaume et Louis Dommessent. Son avantage vis-à-vis de ses concurrents directs ne devait pas être lié uniquement à la qualité supérieure de ses produits [58][58] F. Leclercq, Étude, p. 176-183 ; J. Dumolyn, Staatsvorming,.... Barthélemy a La Truye de son côté, avait veillé à ce que sa fille naturelle Marie put épouser Henry Bouche, soudoyer du château de Lille. Quoique modeste, cet homme – probablement un client de son père – était sans doute loin d’être un mauvais parti pour une femme de la position sociale de Marie. Et sans doute était-elle aussi encore soutenue financièrement [59][59] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Les réseaux n’intégraient donc pas uniquement les élites politiques, mais ils avaient des ramifications dans toutes les classes sociales, ce qui explique l’importance de leur rôle social de cohésion et de reproduction.

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Maître Lotard Fremault faisait partie de ce qu’on appelle le « milieu financier » de Lille, le « milieu » étant une sorte de « réseau professionnel » qui était consolidé, bien évidemment, par des alliances. Il était changeur à Lille, chargé en cette qualité de change, de dépôts de personnes privées et du duc, et souvent aussi d’émissions de rentes. En 1408, Lotard était « roi de l’Épinette », c’est-à-dire chef des festivités de la Saint-Épine. Il s’agit d’une affaire socialement prestigieuse et coûteuse qui impliquait entre autres l’organisation de banquets et d’autres réceptions similaires [60][60] F. Leclercq, Étude, p. 136-137, 273-274 ; E. Van den.... Le milieu des maîtres des comptes était fonctionnellement lié à celui des financiers. En effet, un changeur lillois n’était admis à cette fonction qu’après l’examen par la chambre des comptes de sa compétence morale et technique. Il devait également prononcer un serment devant les maîtres des comptes [61][61] R. Marquant, La vie économique, p. 67-68.. Une telle situation menait presque automatiquement à la création de réseaux. L’institution centrale qu’était la chambre des comptes entretenait donc de différentes manières des liens étroits avec sa ville de résidence. Nous avons d’ailleurs déjà vu qu’elle recrutait essentiellement dans sa propre région. En ce qui concerne la formation de l’État, l’intégration d’officiers financiers et de gens appartenant au milieu important des changeurs y était du plus grand intérêt. Genet, dans sa conclusion lors d’un congrès consacré aux chambres des comptes des principautés françaises, constata que la question des rapports entre le personnel des comptes et les milieux financiers reste dans le vague [62][62] J.-Ph. Genet, « Conclusion », p. 274. Il est vrai que cet aspect mérite – certainement pour le cas de Lille – une microanalyse. Par ailleurs, le pouvoir d’une famille pouvait s’agrandir aussi par des réseaux dans les milieux ecclésiastiques. En tant qu’institution, l’Église vivait en grande partie en symbiose avec les groupes sociaux dominants de la société médiévale, et elle occupait la fonction idéologique la plus prestigieuse. Il était courant, dans les grandes villes, de trouver un entrelacement profond de l’élite politique locale et des chanoines des principaux chapitres. On sait ainsi que le maître des comptes Lotard Fremault entretenait de bonnes relations avec le chapitre lillois de Saint-Pierre. Son fils, Jean Fremault, devint d’ailleurs bailli de prévôt héréditaire et chanoine de Lille au bailliage et à la seigneurie de Deulesmons [63][63] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de....

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D’autre part, il existait aussi une tendance à la formation de réseaux « régionaux » entre les familles les plus importantes appartenant à des régions voisines, sans que d’éventuelles différences linguistiques eussent ici une quelconque influence. Il semblerait que les élites locales de la Flandre occidentale intégraient aussi dans une certaine mesure les châtellenies de Lille, de Douai et d’Orchies dans leurs plans de mariage et de carrière, c’est-à-dire des villes où la présence d’une chambre des comptes constituait précisément le principal pôle d’attraction. Un exemple de ce phénomène nous est offert par la famille van Ysemberghe qui, originaire de la région de Furnes, disposait de représentants dans les principales institutions en Flandre wallonne (la Gouvernance et la chambre des comptes). Victor van Ysemberghe épousa d’abord une femme de la famille patricienne lilloise Le Nepveu, et ensuite, en secondes noces, une petite-fille de l’ancien maître des comptes Barthélemy a La Truye, lui aussi issu d’une des plus importantes familles lilloises. Lors de son second contrat de mariage, Victor van Ysemberghe était entouré d’un certain nombre d’autres personnes importantes de cette ville, venus en tant qu’amis et parents : maître Alart de Rocque, chanoine du chapitre de Saint-Pierre de Lille, Mahieu Raimbault, procureur de la ville de Lille – du côté de Victor, Jehan a La Truye et Oste de Cordes – du côté de son épouse [64][64] F. Leclercq, Étude, p. 266-270 ; J. Dumolyn, Staatsvorming,.... Cette intégration de familles néerlandophones issues de la Flandre occidentale au sein de l’élite des châtellenies de Lille, de Douai et d’Orchies, était indubitablement liée à la problématique linguistique. C’était en effet le français qui dominait à la chambre des comptes de Lille alors que l’usage et la connaissance du (moyen) néerlandais y était nettement moins nette. Or on s’attendait en théorie à ce que le personnel de la chambre des comptes maîtrisât – probablement au moins de manière passive – les trois langues d’administration [65][65] AD Nord, B17728.. Et s’il est vrai que les comptes officiels étaient en général rédigés en français, beaucoup de documents justificatifs, de lettres officielles, d’enquêtes, de dénombrements et d’autres documents importants continuaient à être écrits en (moyen) néerlandais en beaucoup d’endroits. D’autre part, la grande majorité des comptes contrôlés par la chambre des comptes étaient rédigés en français et les receveurs domaniaux maîtrisaient probablement tous cette langue. Mais à la chambre des comptes, la plupart des membres du personnel étaient originaires de régions francophones et ne maîtrisaient sans doute pas du tout le (moyen) néerlandais. L’auditeur Robert de Boulogne, d’origine sans doute artésienne, ne parlait pas le (moyen) néerlandais, mais cela ne constituait apparemment pas un problème [66][66] M. Jean, La Chambre des Comptes de Lille. L’institution.... Il suffisait que quelques membres du personnel maîtrisassent cette langue, vu que la grande majorité des documents traités par l’institution – contrairement à ce qui fut le cas au Conseil – étaient des pièces rédigées en français. La connaissance des langues était ainsi une nécessité pragmatique et non de principe.

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Il en est de même pour les réseaux politiques gantois, qui intégraient par exemple des hommes de la Flandre occidentale. Jacob Donche obtint sa première fonction de secrétaire des échevins à Gand grâce au soutien de son beau-père, maître Pieter Boudins. Après la mort de sa première épouse Maria Boudins, il épousa en secondes noces Philippa Utenhove, descendante d’une famille encore plus importante. Le père de Philippa avait été surintendant des digues (watergraaf) de Flandre, et il lui succéda dans cette fonction [67][67] J. Haemers, De Gentse opstand, p. 107.. Il appartint ainsi clairement au parti pro-princier à Gand. Par conséquent, il devint membre de la confrérie de saint Jacques de l’hôpital Saint-Jacques à Gand, et de la guilde de Saint-Georges. Son intégration dans l’élite politique gantoise lui valut d’être banni de la ville en 1451 et en 1477, ce qui est, dans cette période, la meilleure preuve d’une loyauté sans faille envers le prince. En 1488, les rebelles gantois allèrent même jusqu’à détruire sa maison. Toutefois, ses activités au sein du réseau princier de Gand ne signifient pas que sa famille avait abandonné ses intérêts en Flandre occidentale. Regnault, le frère de Jacob Donche continua d’occuper les fonctions les plus hautes dans la châtellenie de Furnes, la région d’où la famille Donche était originaire [68][68] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Maître Omaer Claiszone était un autre personnage qui, issu de la région de Furnes, intégra le milieu politique gantois, entre autres en devenant membre de la guilde de Saint-Georges. Il se fit même enterrer dans l’église Sainte-Pharaïlde. Cela ne veut toutefois pas dire qu’il défendait les positions particularistes gantoises. Au contraire, durant la période agitée de la fin du xve siècle, il fut banni de Gand parce qu’il s’était prononcé dédaigneusement sur les privilèges de cette ville. Il appartenait donc clairement au parti proprincier de Gand, tout comme son ancien compatriote et parent Jacob Donche, au nom duquel il exerça durant trois ans le rôle de receveur des exploits. Ses enfants peuvent être considérés comme des Gantois [69][69] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Le président Andrieu Colins était d’ailleurs lui aussi originaire de la même châtellenie où de son vivant, sa famille était encore omniprésente dans les fonctions locales. Son propre fief et celui de sa famille étaient également considérables dans cette région [70][70] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de....

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Les groupements ruraux d’élite – mais roturière – ne se dégageaient cependant que difficilement de l’ombre de leurs correspondants citadins. Ils occupaient néanmoins une place importante dans la composition du Conseil de Flandre, ce qui s’explique peut-être par le fait que cette institution avait une influence sensiblement plus grande dans les zones rurales par rapport aux (grandes) villes durant la période bourguignonne. Quelqu’un comme Victor van Ysemberghe descendait vraisemblablement de l’élite politique de la châtellenie de Furnes, tout comme Andrieu Colins, Omaer Claiszone et Jacob Donche. Tous avaient des ancêtres dans les échevinages régionaux. Pour la famille Colins, c’est même un trait très prononcé : dans le domaine des mandats politiques, ils appartenaient au sommet absolu du Veurne-Ambacht (la châtellenie de Furnes) [71][71] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiches prosopographiques.... Il est néanmoins souvent difficile, dans ces cas, de les distinguer des élites politiques des petites villes qui se trouvaient dans ces châtellenies. Le Brugse Vrije (Franc de Bruges) fournissait également des hauts fonctionnaires au prince. Si les homonymes que nous avons rencontrés à partir des années 1360-1370 dans les listes du magistrat du Franc de Bruges étaient bel et bien des membres de la même famille, il est légitime de prétendre que la famille de Jan van den Berghe appartenait déjà à l’élite politique de la châtellenie du Franc bien avant l’illustre représentant qu’il était [72][72] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... La famille de Wilde occupait depuis le xiiie siècle le devant de la scène économique et politique du Franc de Bruges, et, se développant à partir de cette position de pouvoir, elle devint une des principales familles de fonctionnaires des xive et xve siècles [73][73] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de....

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La famille Donche était issue de lignées notables de la châtellenie de Furnes, tout comme c’était le cas pour un nombre remarquable de conseillers. La mention de leur nom dans les sources remonte jusqu’à la fin du xive siècle. Aux xvie et au xviie siècles, ils fournirent de nombreux membres du magistrat citadin de Dixmude. On les retrouvait plus spécifiquement autour de la paroisse d’Alveringem, où résidaient et séjournaient de nombreux membres du magistrat de la châtellenie [74][74] P. Donche, « De familie Donche in de kasselrij Veurne.... Mus a également décrit comment les notables de la ville d’Ypres se sont de plus en plus mêlés à ceux de la châtellenie environnante [75][75] O. Mus, « Mutaties in de samenstelling van de Ieperse.... On peut présumer que Guy de Boeye, greffier du Conseil de Flandre, en tout cas durant la période entre 1405 et 1432, était issu d’une classe sociale relativement modeste. Nous ne pouvons que supposer qu’il était originaire de Furnes, d’une famille de propriétaires terriens roturiers (vu qu’un certain nombre de membres de la famille y possédait des fiefs). Un certain Jacob de Boeye contemporain, mentionné comme keurheer (juré) du Veurne Ambacht (châtellenie de Furnes) en 1411, aurait pu être son père ou son frère. Quant à Guy de Boeye, le greffier issu de cette châtellenie, il épousa en 1416 la fille de maître Clais van der Eecken (ou Nicole du Chesne), ancien pensionnaire de Gand et du Franc de Bruges, et conseiller au Conseil de Flandre. Il s’alliait ainsi à un milieu typique de fonctionnaires alors que lui-même descendait probablement de propriétaires terriens provinciaux. Son mariage était le meilleur billet d’entrée qu’il put s’offrir pour rentrer dans la « société politique » du comté [76][76] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de....

La cour comme centre nerveux des réseaux politiques

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La cour, était l’ensemble des hommes et des femmes qui, dans des qualités différentes, constituaient l’entourage continu, périodique ou occasionnel du prince. Le principe contraignant était celui de la familiaritas : l’appartenance à la « maison » du duc qui en était le pater familias. La serviabilité personnelle du membre de la cour en question était un deuxième élément clé. Aussi, chaque fonction à la cour se terminait-elle à la mort du seigneur [77][77] W. Paravicini, « Structure et fonctionnement de la.... La cour n’était pas une communauté tout à fait close, mais il n’est pas difficile de déterminer ceux qui évoluaient en son cœur : ceux qui mangeaient à la table du prince. Les tâches les plus évidentes de la cour couvraient l’organisation de la vie quotidienne et la garantie de la sécurité du prince. Mais non moins importants étaient la propagande vis-à-vis de personnes extérieures ainsi que la gestion du gouvernement, dont elle détermina souvent le cours. En dehors de tout cela, la cour avait également une fonction sociale essentielle de stabilisation et d’intégration. Les classes sociales dominantes issues des régions socialement diversifiées des ducs de Bourgogne – et souvent aussi en dehors – étaient intégrées dans (le concept de) « l’État bourguignon ». On trouvait à la cour des membres de la famille ducale, des membres de la plus haute noblesse (seigneuriale), des évêques et des prélats, des membres de la noblesse moyenne et inférieure ainsi que des spécialistes du droit, de la médecine, de la théologie et des finances. Il s’agissait de trouver cet équilibre précaire entre un encadrement large et diversifié du point de vue social et géographique, d’autant plus que l’État bourguignon se développait beaucoup plus vite que la France, par exemple, et qu’il fallait en peu de temps créer une « identité nationale » spécifique. Il en résulta que la cour devint un lieu privilégié d’actions sociales et symboliques, et un noeud de relations d’interdépendance [78][78] Ibid., p. 67-68, 71 ; id., « Expansion et intégration.....

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Roland, seigneur de Dixmude, créa son « réseau local » dans cette petite ville de la Flandre occidentale. Non seulement il y disposait encore d’un certain nombre de droits seigneuriaux, mais il s’y trouvait incontestablement au sommet social. Ainsi, il y était le coninc (roi) de la guilde locale des arbalétriers. Lorsqu’il fêta son mariage, en 1450, le magistrat de la ville s’endetta spécialement en son honneur. Mais, dans une autre perspective, il est intéressant de savoir que dans les années 1450-1451, il avait longuement séjourné à la cour, dans l’entourage du seigneur de Croÿ [79][79] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Il ne nous est pas possible d’approfondir davantage ce réseau, mais c’est là l’exemple cité par excellence dans la littérature sur l’histoire bourguignonne. Eux aussi, les Croÿ devaient tout à leur position à la cour bourguignonne. En effet, selon le paradigme de réseau proposé par W. Prevenier, « le réseau du duc de Bourgogne » opérait « au-dessus de tout et chacun » [80][80] W. Prevenier, « De netwerken in actie », dans id. (éd.),.... En dernière instance, nous pourrions tout simplement identifier ce netwerk van de hertog (« réseau du duc ») avec l’État bourguignon même. Quel que soit le regard que l’on adopte, il est question de l’« idéal-type » d’une pyramide de réseaux politiques, qui a pour base les institutions locales et dont le sommet est la cour, et par laquelle se réalisèrent les échanges de capitaux qui ont contribué à la formation de l’État. Il s’agit d’une caractéristique universelle de l’État moderne « pré-bureaucratique » et « pré-bourgeois » du type monarchique en Europe occidentale. Même pour une institution devenue déjà fortement indépendante de la volonté royale comme le Parlement de Paris, il semble avoir été très difficile de résister à la pression du solide réseau que constituait la cour de France [81][81] F. Autrand, Naissance d’un grand corps, p. 117.. À côté du réseau du roi même, il faut en France compter aussi avec ceux des grands princes (comme ceux d’Orléans, de Berry et, bien sûr, de Bourgogne). Dans cette optique, la cour bourguignonne doit avoir été le centre nerveux de tous les réseaux de l’État bourguignon [82][82] En Hollande aussi, région plus décentrée que la Flandre....

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La cour princière était à la fois un espace privé et public. Bourdieu décrit cette institution comme une « confiscation » du capital social et symbolique à l’avantage du prince ; comme une monopolisation de l’espace public. Il a qualifié le patrimonialisme qui y régnait de coup d’État permanent, par l’intermédiaire duquel une seule personne s’attribuait le bien public [83][83] Bourdieu, « De la maison du roi à la raison d’état..... On pourrait supposer que chaque fonctionnaire plus ou moins important appartenait d’une façon ou d’une autre au « réseau princier ». Parfois, cette appartenance pouvait se manifester sous forme de dons plus élevés que la moyenne, ou sous forme d’opérations plutôt symboliques. Le maître des comptes lillois Barthélemy a La Truye avait une fille nommée Philippe, qui avait pour parrain le duc en personne. Cette donnée suggère des liens relativement personnels entretenus avec le duc [84][84] J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de.... Que tout le monde n’entretenait pas des contacts personnels directs de la même intensité et fréquence avec le duc est assez évident. Pour certaines personnes de notre population, la relation avec le duc offre cependant des éléments qui indiquent un lien affectif ou un lien de confiance plus important que pour d’autres. Ainsi, les enfants de certains fonctionnaires recevaient pour parrain le duc en personne, action à laquelle était liée également un don « princier » (le plus souvent une lourde pièce d’argent) [85][85] Voir aussi P. Cockshaw, Le personnel de la chancellerie,....

Conclusion

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Les ducs de Bourgogne firent appel aux réseaux sociaux et politiques de leurs fonctionnaires lors du développement de leur pouvoir, et utilisèrent leurs connexions et leur courtage de pouvoir afin d’intégrer dans la logique de l’État bourguignon les élites politiques locales. Inversement, les fonctionnaires supérieurs devaient veiller, dans une certaine mesure, aux intérêts locaux, ou au moins servir d’intermédiaires auprès des instances de pouvoir supérieures. En effet, une certaine complaisance envers les aspirations le plus souvent fiscales « à la base » – au sein de la communauté politique des élites locales – renforçait leur propre action centraliste ainsi que celle du duc. À Gand notamment, où les groupements de l’élite politique continuaient à manifester les réflexes les plus particularistes, des fonctionnaires issus d’autres régions de Flandre venaient s’installer. Ils y renforçaient et stimulaient la faction du patriciat et des élites corporatives qui étaient favorables au prince. Ceux-ci n’étaient que trop contents d’intégrer les réseaux du pouvoir ducal. Quant aux fonctionnaires originaires de Gand même, ils se virent à plusieurs reprises bannis, persécutés ou exécutés par leurs concitoyens, qui les considéraient comme des traîtres dans des moments de crise politique.

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Tous les réseaux socio-politiques des fonctionnaires supérieurs finissaient par rejoindre les cercles du pouvoir de la cour. Ces réseaux soutinrent de facto l’action intégrative de cette institution lors de la création de l’État moderne. La cour des ducs était ainsi le centre nerveux de tous les réseaux politiques qui contribuaient à la centralisation. C’était aussi un espace public d’intégration sociale centralisée pour les groupements de l’élite régionale. L’action des réseaux n’est donc pas, dans l’optique de Bourdieu, une donnée purement individualiste que l’on doit analyser uniquement du point de vue individuel de l’acquisition de pouvoir ou de biens. Il est vrai qu’en tant qu’« intermédiaires » par excellence, les fonctionnaires créaient des réseaux en engageant différents types de capitaux dans des transactions sociales, mais ils oeuvraient toujours à l’intérieur de relations de pouvoir et de dépendance structurelles. Il s’agit là d’un élément important pour une « théorie de réseaux » équilibrée, et qui n’a, jusqu’à maintenant, pas été suffisamment mis en relief dans l’historiographie des Pays-Bas bourguignons. Bien sûr, ils étaient à même de modifier progressivement ces structures par leur action sociale, surtout lorsque la maximisation de leurs propres intérêts coïncidait avec ceux des groupements de l’élite locale et avec ceux du prince. Une telle communauté d’intérêts s’est développée au cours de la genèse de l’État moderne, et a contribué fondamentalement et profondément à ce processus.

Notes

[*]

Jan Dumolyn, Université de Gand, Département d’histoire médiévale, Blandijnberg 2, B - 9000 Gent.

[1]

Je tiens à remercier Jelle Haemers et Élodie Lecuppre-Desjardin pour leurs remarques.

[2]

J. Dumolyn, Staatsvorming en vorstelijke ambtenaren in het graafschap Vlaanderen (1419-1477), Anvers-Apeldoorn, 2003, p. 178-215.

[3]

J.-Ph. Genet, « Conclusion : Chambres des comptes des principautés et genèse de l’État moderne », dans Ph. Contamine et O. Mattéoni (éds), La France des principautés. Les chambres des comptes, xive et xve siècles (colloque tenu aux archives départementales de l’Allier, à Moulins-Yzeure, les 6, 7 et 8 avril 1995), Paris, 1996, p. 279.

[4]

J.-Ph. Genet (éd.), L’État moderne : genèse : bilans et perspectives, Actes du colloque tenu au CNRS à Paris les 19-20 septembre 1989, Paris, 1990 ; A. Padoa-Schioppa (éd.), Legislation and justice (Origins of the modern state in Europe, 13th to 18th centuries, C), Oxford, 1997.

[5]

A. Derville, « Pots-de-vin, cadeaux, racket, patronage. Essai sur les mécanismes de décision dans l’État bourguignon », Revue du Nord, t. 56, 1974, p. 341-364 ; W. Blockmans, « Patronage, brokerage and corruption as symptoms of incipient state formation in the Burgundian-Habsburg Netherlands », dans A. Maczak et E. Müller-Luckner (éds), Klientelsysteme im Europa des frühen Neuzeit, Oldenburg, 1988, p. 117-126 ; M. Damen, De staat van dienst. De gewestelijke ambtenaren van Holland en Zeeland in de Bourgondische periode (1425-1482), Amsterdam, 2001 constitue l’exemple récent le plus réussi d’une approche en termes de réseau dans le domaine de la recherche prosopographique sur les fonctionnaires du Moyen Âge tardif.

[6]

Quelques exemples : C. Nolte, « Gendering Princely Dynasties : Some Notes on Family Structure, Social Networks, and Communication at the Courts of the Margraves of Brandenburg-Ansbach around 1500 », dans P. Stafford et A. Mulder-Bakker (éds), Gendering the Middle Ages, Malden Mass., 2004, p. 174-191 ; M. Damen, « Het Hof van Holland in de late Middeleeuwen », Holland : Historisch Tijdschrift, 35, 2003, p. 1-8 ; S. Te Brake, « In diens van Den Haag. Makelaardij bij het Hof van Holland aan het eind van de Middeleeuwen (1483-1506) », ibid., p. 9-26 ; C. Klapisch-Zuber, « Kin, Friends and Neighbors : the Urban Territory of a Merchant Family in 1400 », dans P. Findlen (éd.), The Italian Renaissance : the Essential Readings, Malden Mass., 2002, p. 97-123 ; C. Richmond, « Ruling Classes and Agents of the State : Formal and Informal Networks of Power », Historical Sociology, 10, 1997, p. 1-26 ; J. Rollo-Koster, « Amongst Brothers : Italian’s Networks in Papal Avignon (1360s-80s) », Medieval Prosopography, t. 21, 2000, p. 153-189.

[7]

P. Burke, Sociology and history, Londres, 1982, p. 72.

[8]

P. S. Lewis, Later Medieval France. The Polity, Londres, 1968, p. 154.

[9]

W. Blockmans, « Corruption » ; D. Knoke, Political networks : the structural perspective, Cambridge, 1990, p. 144-146.

[10]

W. Blockmans, « Corruption ».

[11]

E.a. W. Prevenier (éd.), Prinsen en poorters. Beelden van de laatmiddeleeuwse samenleving in de Bourgondische Nederlanden 1384-1530, Antwerpen, 1998, passim ; id., « Geforceerde huwelijken en politieke clans in de Nederlanden : de ontvoering van de weduwe van Guy van Humbercourt door Adriaan Vilain in 1477 », dans H. Soly, R. Vermeir (éds), Beleid en bestuur in de oude Nederlanden. Liber amicorum prof. dr. M. Baelde, Gent, 1993, p. 299-307 ; id., « De charmes van de diplomatie : centraliserende hertogen van Bourgondië in de (machts-)balans met een autonomistisch Gents stadspatriciaat 1379-1438 », Naamkunde, 17, 1985, p. 293-300 ; j’ai préféré ne pas utiliser ce terme parce qu’il suggère un degré de similitude trop important avec les clans politico-familiaux beaucoup plus solidement établis des villes italiennes, tels qu’ils sont décrits par J. Heers, Le clan familial au Moyen Âge. Étude sur les structures politiques et sociales des milieux urbains, Paris, 1974, et par d’autres.

[12]

P. Cockshaw, Le personnel de la chancellerie de Bourgogne-Flandre sous les ducs de Bourgogne de la maison de Valois, 1384-1477, Courtrai-Heule, 1982, p. I ; P. Kauch, « L’apparition d’un nouveau groupe social aux Pays-Bas bourguignons : celui des fonctionnaires », Revue de l’Institut de Sociologie Solvay, 15, 1935, p. 122-129.

[13]

F. Leclercq, Étude du personnel de la chambre des comptes de Lille sous les ducs de Bourgogne, thèse inédite de l’École des Chartes, Paris, 1958, p. 92 ; id., « Le personnel de la chambre des comptes de Lille : sa place dans la société du xve siècle », Revue du Nord, t. 41, 1959, p. 235-236.

[14]

J.-Ph. Genet, « Conclusion », dans La France des principautés, p. 275.

[15]

F. Autrand, Naissance d’un grand corps de l’État. Les gens du Parlement de Paris 1345-1454, Paris, 1981, p. 17.

[16]

A. Vandenpeereboom, Le Conseil de Flandre à Ypres précédé de : des Cours de Justice qui ont exercé juridiction souveraine sur la ville d’Ypres et la West-Flandre, Ypres, 1874, p. LXXXIV ; E. Strubbe, « De verordening van 1483 voor de Raad van Vlaanderen », Annales de la Société d’Émulation de Bruges, 74, 1931, p. 176.

[17]

Voir en général A. Benoit, « Quelques hôtels particuliers à Lille au temps de Philippe le Bon », Bulletin de la Commission Historique du Nord, 37, 1959, p. 129-136.

[18]

L’actuelle rue des Soeurs Noires près de la place du Général de Gaulle.

[19]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Jan van de Kethulle (sur CD-rom). Toutes les références aux sources et à la littérature se trouvent dans ces annexes prosopographiques sur CD-rom.

[20]

J. Dumolyn, Staatsvorming.

[21]

Y compris la châtellenie vu qu’il s’est révélé très difficile, en raison de l’état spécifique des sources, de distinguer entre les résidents de la châtellenie et les citadins.

[22]

La France : en excluant évidemment la Flandre ainsi que l’Artois et la Bourgogne, régions traitées séparément ; en incluant cependant Tournai.

[23]

J. Dumolyn, Staatsvorming, p. 144-145.

[24]

Ibidem, fiche prosopographique de Berthelmy a la Truye.

[25]

Ibidem, fiche prosopographique de Pierre de Hauteville.

[26]

Ibidem, fiche prosopographique de Louis Dommessent ; F. Leclercq, Étude du personnel, p. 176-183.

[27]

Ibidem, fiche prosopographique de Guillaume Dommessent.

[28]

Ibidem, fiche prosopographique de Lotard Fremault.

[29]

Ibidem, fiche prosopographique de Louis Dommessent ; il faut cependant se garder de tirer ici des conclusions trop extrêmes concernant son rapport spécifique avec cette châtellenie. C’était une chose plutôt courante au Franc de Bruges d’accorder un don annuel à tous les secrétaires ; voir aussi P. Cockshaw, Le personnel de la chancellerie, p. 148.

[30]

Ibidem, fiches prosopographiques de Louis Dommessent et de Guillaume Dommessent.

[31]

Cité dans W. Blockmans, De volksvertegenwoordiging in Vlaanderen in de overgang van Middeleeuwen naar nieuwe tijden (1384-1506), Bruxelles, 1978, p. 329 ; une proposition similaire avait déjà été faite lors d’une tentative d’armistice à la date du 1er décembre 1379, cf. J. Vuylsteke (éd.), De rekeningen der stad Gent. Tijdvak van Philips van Artevelde 1376-1389, Gand, 1893, p. 440-445 : il s’agissait de la création d’un tribunal d’enquête (inqueste-rechtbank) par les villes de Gand, de Bruges et d’Ypres. Ce tribunal devait surveiller l’observation des privilèges.

[32]

W. Blockmans, De volksvertegenwoordiging, p. 329.

[33]

F. Autrand, Naissance d’un grand corps, p. 22.

[34]

Ibid., p. 37.

[35]

Un exemple similaire se trouve dans l’intégration de Pieter Adornes à Gand, cf. M. Boone, M. Danneel et N. Geirnaert, « Pieter IV Adornes (1460-ca. 1496) : een Brugs patriciër in Gent », Handelingen van de Maatschappij voor Geschiedenis en Oudheidkunde te Gent, 39, 1985, p. 130.

[36]

J. Haemers, De Gentse opstand 1449-1453. De strijd tussen rivaliserende netwerken om het stedelijke kapitaal, Courtrai-Heule, 2004, p. 106, p. 149-157.

[37]

H. de Ridder-Symoens, « Milieu social, études universitaires et carrières des conseillers au Conseil de Brabant (1430-1600) », dans Recht en instellingen in de oude Nederlanden tijdens de middeleeuwen en de nieuwe tijd. Liber amicorum Jan Buntinx, Louvain, 1981, p. 257-301, p. 280.

[38]

M. Kerckhoffs-de Hey, De Grote Raad en zijn functionarissen 1477-1531. Biografieën van raadsheren, Amsterdam, 1980, p. 104.

[39]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Fierabras Boids.

[40]

M. Boone, « Formelis (Formelles, Fourmeles, Fourmellis, Fremelis, Fromelis, Fromelles) (Simon van) », Nationaal Biografisch Woordenboek, 13, Bruxelles, 1990, col. 286-292 ; voir aussi W. Prevenier, « De charmes van de diplomatie ».

[41]

F. Leclercq, Étude du personnel de la chambre, p. 136.

[42]

Ibid., p. 137-139.

[43]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Berthelmy a la Truye.

[44]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Pierre de Hauteville.

[45]

O. Mattéoni, Servir le prince. Les officiers des ducs de Bourbon à la fin du Moyen Âge (1356-1523), Paris, 1998, p. 296.

[46]

F. Leclercq, Étude, p. 136-137, p. 184-193 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Lotard Fremault.

[47]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Jehan de Lanstais ; sur les changeurs lillois, voir : R. Marquant, La vie économique à Lille sous Philippe le Bon, Paris, 1940, p. 65-69 ; D. Casteur, Les bourgeois et en particulier les patriciens à Lille sous Jean sans Peur et Philippe le Bon, DES, Lille, 1958, p. 63-73.

[48]

F. Leclercq, Étude, p. 149-157 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Berthelmy a la Truye.

[49]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Lotard Fremault (les sources ne permettent pas toujours de le distinguer de son père homonyme).

[50]

Ibid.

[51]

W. Paravicini, « Soziale Schichtung und soziale Mobilität am Hof der Herzöge von Burgund », Francia, 5, 1977, p. 151.

[52]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiches prosopographiques de Guillaume Dommessent et de Loys Dommessent ; voir aussi D. Clauzel, « Les élites urbaines et le pouvoir municipal : le « cas » de la bonne ville de Lille aux xive et xve siècles », Revue du Nord, t. 78, 1996, p. 262.

[53]

Ibid.

[54]

F. Leclercq, Étude, p. 232-240 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Jehan le Doulz.

[55]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Thomas Malet.

[56]

V. De Reiffenberg (éd.), Jacques du Clerq. Mémoires, Bruxelles, 1835-1836, IV, p. 134-135.

[57]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiches prosopographiques de Jehan Malet et de Thomas Malet.

[58]

F. Leclercq, Étude, p. 176-183 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Guillaume Dommessent.

[59]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Berthelmy a la Truye.

[60]

F. Leclercq, Étude, p. 136-137, 273-274 ; E. Van den Neste, Tournois, joutes, pas d’armes dans les villes de Flandre à la fin du Moyen Âge (1300-1486), Paris, 1996, p. 56-57 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiches prosopographiques de Lotard Fremault et de Jehan de Lanstais ; cf. aussi R. Marquant, La vie économique, p. 67.

[61]

R. Marquant, La vie économique, p. 67-68.

[62]

J.-Ph. Genet, « Conclusion », p. 274

[63]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Lotard Fremault.

[64]

F. Leclercq, Étude, p. 266-270 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Victor van Ysemberghe.

[65]

AD Nord, B17728.

[66]

M. Jean, La Chambre des Comptes de Lille. L’institution et les hommes (1477-1667), Paris, 1992, p. 286-287 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Robert de Boulogne.

[67]

J. Haemers, De Gentse opstand, p. 107.

[68]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Jacob Donche.

[69]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Omaer Claiszone ; sur les générations ultérieures : P. Van Peteghem, De Raad van Vlaanderen en Staatsvorming onder Karel V (1515-1555). Een publiekrechterlijk onderzoek naar centralisatiestreven in de XVII Provinciën, Nijmegen, 1990, p. 341-345.

[70]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Andrieu Colins.

[71]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiches prosopographiques de Andrieu Colins, Omaer Claiszone et Jacob Donche.

[72]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Jan van den Berghe.

[73]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Goossin de Wilde ; voir aussi J. Sabbe, « Ridder Goswin de Wilde (?-1394) uit Sint-Andries-Brugge en Varsenare, de eerste soeverein baljuw van Vlaanderen », Annales de la Société d’Emulation de Bruges, 134, 1997, p. 25-47.

[74]

P. Donche, « De familie Donche in de kasselrij Veurne in de 15de en 16de eeuw », Vlaamse Stam, 19, 1983, p. 453-459, p. 495-511 ; J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Jacob Donche ; il est typique pour J. Bartier, Légistes et gens de finances au xve siècle : les conseillers des ducs de Bourgogne Philippe le Bon et Charles le Téméraire, Bruxelles, 2 vol., 1952-1955, p. 324-325 de l’appeler « membre du patriciat gantois ».

[75]

O. Mus, « Mutaties in de samenstelling van de Ieperse magistraat in de 15de eeuw », dans Getuigen in Polderklei : Huldeboek Godgaf Dalle, Veurne, 1990, p. 77-92.

[76]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Guy de Boeye.

[77]

W. Paravicini, « Structure et fonctionnement de la cour bourguignonne au xve siècle », Publications du Centre Européen d’Études Bourguignonnes, 28, 1988, p. 67.

[78]

Ibid., p. 67-68, 71 ; id., « Expansion et intégration. La noblesse des Pays-Bas à la cour de Philippe le Bon », Bijdragen en Mededelingen betreffende de Geschiedenis van de Nederlanden, 95, 1980, p. 289-314 ; id., « Soziale Schichtung » ; id., Guy de Brimeu. Der burgundische Staat und seine adlige Führungsschicht unter Karl dem Kühnen, Bonn, 1975, p. 537-545 (sur la noblesse de la cour bourguignonne) ; inspiré par l’approche de N. Elias, La société de cour, Paris, 1974. Il faut clairement établir que la noblesse continuait à être quantitativement en force à la cour par rapport au clergé et à la bourgeoisie citadine.

[79]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Roeland van Diksmuide.

[80]

W. Prevenier, « De netwerken in actie », dans id. (éd.), Prinsen en poorters. Beelden van de laatmiddeleeuwse samenleving in de Bourgondische Nederlanden 1384-1530, Anvers, 1998, p. 388.

[81]

F. Autrand, Naissance d’un grand corps, p. 117.

[82]

En Hollande aussi, région plus décentrée que la Flandre au sein du complexe territorial bourguignon, les grands seigneurs créaient leurs propres réseaux, cf. M. Damen, De staat van dienst, p. 199-241.

[83]

Bourdieu, « De la maison du roi à la raison d’état. Un modèle de la genèse du champ bureaucratique », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 118, 1997, p. 63.

[84]

J. Dumolyn, Staatsvorming, fiche prosopographique de Berthelmy a le Truye.

[85]

Voir aussi P. Cockshaw, Le personnel de la chancellerie, p. 136.

Résumé

Français

Dans les villes flamandes où siégeaient les institutions instaurées par les ducs de Valois, des réseaux politico-sociaux se créèrent avec pour résultat l’intégration directe ou indirecte des élites politiques locales dans l’appareil de l’État bourguignon. Les ducs de Bourgogne ont fait appel aux réseaux sociaux et politiques de leurs fonctionnaires lors du développement de leur pouvoir, et utilisaient leurs connexions et leur courtage de pouvoir, afin d’intégrer dans la logique de l’État bourguignon les élites politiques locales. Inversement, les fonctionnaires supérieurs devaient veiller dans une certaine mesure aux intérêts locaux, ou au moins servir d’intermédiaires auprès des instances de pouvoir supérieures.

Mots-clés

  • genèse de l’État
  • réseaux
  • officiers princiers
  • patronage
  • Flandre

English

The Local Political Networks in Flanders under Burgundian Domination : the Examples of Gand and LilleIn the Flemish cities where the Dukes of Burgundy erected their institutions, social and political networks were created which resulted in the direct or indirect integration of the local political elites in the apparatus of the Burgundian state. The Dukes appealed to the social and political networks of their officials and used their connections and their power brokerage to integrate the local power elites in the logic of the state. Inversely, the superior officials had to uphold their local interests or served as intermediaries with the higher levels of power.

Nederlands

De lokale politieke netwerken in Vlaanderen tijdens de heerschappij van de Bourgondiërs, met als voorbeeld Gent en RijselIn de Vlaamse steden waar de instellingen zetelden die de Bourgondische hertogen hadden opgericht, werden sociaal-politieke netwerken gecreëerd met als resultaat de rechtstreekse of onrechtstreekse integratie van de lokale politieke elites in het apparaat van de Bourgondische staat. De hertogen hebben een beroep gedaan op de sociale en politieke netwerken van hun ambtenaren en gebruikten hun connecties en hun machtsmakelaardij om de lokale elites te integreren in de logica van de Bourgondische staat. Omgekeerd moesten de hogere ambtenaren in zekere mate waken over hun lokale belangen, of tenminste als tussenpersonen optreden bij de hogere machtsinstanties.

Plan de l'article

  1. Patronage, courtage et réseaux
  2. Les fonctionnaires dans le comté de Flandre
  3. L’origine géographique des fonctionnaires flamands centraux
  4. Intérêts et réseaux princiers locaux
  5. Patronage et clientélisme
  6. La cour comme centre nerveux des réseaux politiques
  7. Conclusion

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