CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Introduction

1 Les étudiants sont de plus en nombreux à franchir les frontières pour passer une à plusieurs années d’études dans un pays étranger. En 2007, 2,7 millions d’étudiants sont dans un pays autre que celui dont ils ont la nationalité alors qu’ils n’étaient que 1,75 million huit ans auparavant, ce qui représente une augmentation de 41 % depuis 1999 (OCDE). Cette recrudescence des migrations étudiantes amène à nous interroger sur les particularités de ce groupe caractérisé par une même expérience : celle d’un séjour d’études à l’étranger et par une dénomination commune : les étudiants internationaux [1]. Ces étudiants en mobilité internationale arrivent pour la plupart dans un pays qu’ils ne connaissent pas ou peu et dans une nouvelle ville de résidence qui leur est souvent étrangère. Étant donné qu’une des premières implications concrètes de leur migration internationale est ce contact avec de nouveaux lieux, les pratiques spatiales de ces étudiants constituent une dimension fondamentale de leur expérience.

2 Être mobile à l’échelle internationale peut-il alors aussi signifier être très mobile à d’autres échelles, plus locales et quotidiennes ? Est-ce que ces individus capables de parcourir de si longues distances et d’habiter loin de leur lieu d’origine continuent « de bouger » une fois arrivés dans le pays d’accueil ? Profitent-ils de leur séjour pour sortir et découvrir d’autres lieux ? La question est aussi de savoir si ces étudiants originaires des quatre coins du monde et faisant tous l’expérience commune de la mobilité internationale pour études présentent les mêmes pratiques de l’espace pendant le séjour. Existent-ils des différences importantes de mobilité entre ces étudiants, et si oui, qui sont les étudiants immobiles et comment expliquer ces différences ? Dans un monde où il est de plus en plus fait le constat d’une recrudescence de la mobilité spatiale des individus, il existe encore peu de recherches sur les inégalités d’accès à cette mobilité [2]. Pourtant, si nous voulons comprendre l’ensemble du système « mobilité », il ne suffit pas de décrire et d’analyser les déplacements effectifs, il est aussi indispensable de s’intéresser à l’immobilité des personnes. Comment expliquer qu’un individu soit mobile et qu’un autre le soit moins ?

3 À partir de la description statistique des pratiques de mobilité des étudiants internationaux, la première partie de cet article met en évidence plusieurs profils de mobilité qui se cristallisent autour de la variable « continent d’origine ». Dans un second temps (Partie 2) et grâce à l’analyse des données contextuelles et des entretiens, nous montrons que cette variable n’explique rien en tant que telle, cachant en réalité des effets de structure de populations étudiantes très différentes qui ne profitent pas des mêmes conditions de séjour et qui ne détiennent pas les mêmes ressources sociales. Enfin, dans une troisième partie, nous argumentons le fait que ces ressources ne peuvent pas tout expliquer et que les pratiques spatiales sont largement déterminées par la signification que l’étudiant attribue à sa migration pour études [3].

4 Les données sur lesquelles se fonde cette réflexion sont issues d’une enquête réalisée auprès d’étudiants ayant fait le choix d’une mobilité transnationale pour effectuer un séjour d’études en France, et plus particulièrement dans la région Bretagne (voir encadrés 1 et 2). En analysant les pratiques spatiales des étudiants en mobilité internationale, cet article poursuit deux objectifs : montrer la forte hétérogénéité de ce groupe dissimulée sous le nom commun « étudiants internationaux » et mieux comprendre les déterminants de la mobilité spatiale des individus.

ENCADRÉ 1 : LA POPULATION DES ÉTUDIANTS INTERNATIONAUX EN BRETAGNE


  • Il y a environ 5 000 étudiants internationaux inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur en Bretagne. Les villes de Rennes et de Brest regroupent à elles seules 91 % de ces étudiants.
  • Les continents représentés par les étudiants internationaux en Bretagne se répartissent de la même façon qu’à l’échelle nationale : 42 % viennent d’Afrique, 28 % d’Asie, 22 % d’Europe et 8 % d’Amérique. Parmi les Africains, les nationalités les plus présentes sont les Marocains, les Algériens, les Sénégalais, les Tunisiens et les Camerounais. Parmi les Européens, les Allemands, les Espagnols, les Roumains et les Polonais sont les plus nombreux. Et enfin la Chine et le Vietnam sont les pays asiatiques les plus représentés.
  • La parité des sexes observée pour l’ensemble des étudiants internationaux (49 % d’étudiantes pour 51 % d’étudiants) cache de fortes disparités lorsqu’on analyse la représentation des sexes par continent d’origine. Seuls les Asiatiques conservent une certaine égalité de représentation entre les hommes et les femmes. En revanche, les étudiants issus des pays européens sont à 70 % des femmes. Ces dernières sont par contre sous-représentées chez les étudiants africains. Sur dix étudiants étrangers originaires du continent africain, il n’y a que trois femmes.
  • Les disciplines diffèrent d’un continent d’origine à l’autre. Les étudiants des pays du Nord s’orientent principalement vers les Lettres et les Sciences Humaines : six étudiants américains sur dix et cinq étudiants européens sur dix s’inscrivent en Lettres et en Sciences Humaines contre seulement un étudiant africain sur dix. Les connaissances scientifiques et les compétences techniques font partie de la demande des étudiants des pays du Sud : 45 % des étudiants africains sont inscrits en Sciences contre seulement 16 % des étudiants européens.
  • Les étudiants internationaux sont en proportion moins nombreux que les étudiants français en premier cycle. En revanche, ils sont deux fois plus souvent inscrits en troisième cycle que les étudiants français : 40 % des étudiants internationaux sont en troisième cycle contre seulement 15 % des étudiants français.
  • Pour plus de 60 % des étudiants africains et 50 % des étudiants asiatiques, la durée du séjour est de deux ans et plus alors qu’il ne dure qu’une année ou qu’un semestre pour 70 % des étudiants de l’Union européenne ou d’Amérique du Nord.
  • La moitié des étudiants internationaux enquêtés loge en cité universitaire et parmi l’autre moitié logée dans le parc privé, 14 % vivent en colocation. Seulement 25 % des étudiants internationaux habitent en centre-ville et 50 % sont sur le campus, près de leur université.
figure im1
EUROPE
hors UE
AM ÉRIQUE 6,5%
7,6%
AFRIQUE
42,5%
UNION
EUROPEENNE
15,2%
ASIE
28,1%
Source : DEP, Rectorat (2007-2008).

1 Les mobilités spatiales des étudiants internationaux pendant leur sejour

1.1 Nommer et mesurer la mobilité

5 La mobilité spatiale est ici considérée dans son sens large, c’est-à-dire comme un mouvement qui s’exprime par un déplacement de l’individu dans l’espace, comme un mode de pratique de l’espace. Elle s’oppose à l’immobilité qui correspond à une absence de déplacement.

6 En ce qui concerne la dénomination des types de mobilité, nous considérons qu’il existe trois critères de distinction : la dimension spatiale (mobilité locale/régionale/nationale/internationale), la fréquence du déplacement (mobilités quotidiennes/hebdomadaires/mensuelles/annuelles...) et le motif de déplacement (mobilité de loisirs, mobilités résidentielles...)  [4]. Pour ce qui est de notre étude, nous avons choisi la dimension spatiale comme élément distinctif. C’est pourquoi nous parlerons de mobilités dans la ville d’accueil (ou locales) et de mobilités hors de la ville d’accueil (régionales, nationales ou internationales). L’intérêt de ce choix est d’uniformiser les dénominations des mobilités selon un seul critère et aussi d’intégrer la particularité de l’échelle de déplacement qui fournit un élément d’information sur la distance parcourue. Au-delà de ces dénominations, la fréquence de déplacement ou le motif seront bien sûr pris en compte dans les développements et explications.

7 Il est difficile de mesurer le degré de mobilité d’une personne. L’idéal serait de quantifier pour chaque individu tous les types de mobilité spatiale en prenant en compte l’ensemble des métriques : la distance euclidienne parcourue, le nombre de lieux pratiqués et la fréquence des déplacements (fig. 1). D’un point de vue théorique, plus le point i est proche de la borne +, plus l’individu est mobile (importance de la distance parcourue D, de la fréquence des déplacements T et du nombre de lieux visités L).

Fig. 1

Mesurer le degré de mobilité. Measuring mobility degree.

figure im2
+
i
D
d (i)
l (i) L
- t (i) T
D : Distance (euclidienne parcourue)
T : Temps (fréquence du déplacement)
L : Lieux visités (en nombre)
i : Degré de mobilité d'un individu
- + Axe de mobilité ® E. Terrier, 2008

Mesurer le degré de mobilité. Measuring mobility degree.


8 Nous n’avons pas pu prendre en compte la totalité de ces trois métriques pour chaque type de mobilité mais nous avons sélectionné des indicateurs de mobilité qui nous semblent les plus représentatifs et significatifs pour rendre compte des différences entre les étudiants internationaux.

9 Les types de mobilité qui se caractérisent par une forte fréquence de déplacements comme les mobilités quotidiennes sont les plus difficiles à identifier et mesurer. Les motifs de ces déplacements sont divers : achats, cours, travail, loisirs. En général, dans le registre des activités « obligatoires », les pratiques sont peu différenciées : en semaine, les étudiants sortent de chez eux pour aller en cours ou au laboratoire et pour faire leurs courses [5]. Par conséquent, ce sont les mobilités « de loisirs » qui nous permettent de discerner des différences parmi les étudiants en mobilité internationale, mobilités réalisées plutôt le soir et en week-end. Concernant les mobilités spatiales dans la ville de résidence, nous avons donc fait le choix de trois indicateurs :

10

  • temps passé en dehors du logement le week-end (en heures)
  • nombre moyen de sorties le soir (par mois)
  • fréquentation du centre-ville (fréquence)

11 Et nous faisons l’analyse de trois autres indicateurs pour la mobilité des étudiants en dehors de la ville de résidence [6] :

12

  • fréquence de la mobilité en dehors de la ville de résidence
  • nombre de lieux visités
  • échelle de déplacement régionale/nationale/internationale.

ENCADRÉ 2 : MÉTHODOLOGIE

  • Dans le contexte actuel de décentralisation politique des compétences, l’échelon régional représente un niveau d’observation pertinent dans la mesure où les régions jouent un rôle croissant dans le pilotage de l’enseignement supérieur. Le choix de la Bretagne comme cadre d’étude est d’autant plus intéressant que cette région connaît depuis quelques années l’un des plus forts taux de croissance des effectifs d’étudiants internationaux parmi les régions françaises. Ceci marque la nécessité de mieux connaître cette population spécifique pour qui les acteurs publics souhaitent adapter les structures s’accueil.
  • Pour appréhender les mobilités spatiales de ces étudiants, nous avons choisi d’articuler enquête quantitative et enquête qualitative. Les questions posées traitent du contexte de leur migration, de leurs conditions de vie, de leurs études, de leurs relations sociales et de leurs pratiques spatiales.
  • Les questionnaires ont été distribués aux étudiants internationaux par Email via les services de scolarité des établissements d’enseignement supérieur et par porte-à-porte dans les cités universitaires. Plus de 500 questionnaires ont pu être collectés, saisis et analysés, ce qui représente au total environ 10 % de la population-mère.
  • À l’analyse statistique issue de cette étude s’ajoutent des entretiens semi-directifs menés auprès d’une trentaine d’étudiants internationaux. Les étudiants contactés avaient accepté un entretien à la fin du questionnaire. Ces entretiens ont duré en moyenne une heure et demi.

1.2 Des étudiants internationaux plutôt mobiles

13 Dans le questionnaire, il était demandé aux étudiants d’évaluer le temps moyen en heures par jour passé en dehors du logement pendant le week-end. Étant donné que le temps passé dans le logement est plutôt la marque d’une certaine sédentarité (tendance à être casanier), le temps passé en dehors du logement serait alors un indice de mobilité. Alors que quatre étudiants internationaux sur dix passent entre quatre et sept heures par jour en dehors de leur logement, 35 % semblent très mobiles aux vues de cette durée moyenne en étant plus de 8h en dehors de chez eux. À l’inverse, une catégorie dit sortir moins de trois heures (18 %). Ces premiers chiffres montrent déjà l’existence d’importantes différences entre les étudiants internationaux.

14 L’analyse du nombre de sorties [7] (le soir) par mois confirme ces disparités. En moyenne, les étudiants internationaux font 5,6 sorties par mois mais 12 % des étudiants internationaux font moins de deux sorties et à l’inverse 26 % font plus de 8 sorties.

15 La fréquentation du centre de la ville d’études représente un autre indicateur de la mobilité de loisirs étant donné que, la plupart du temps, les étudiants s’y rendent pour la concentration de magasins, de bars et d’activités culturelles (cinémas, théâtres, salles de concert, etc.). Plus de la moitié des étudiants internationaux se rendent plusieurs fois par semaine dans le centre-ville (56 %). Notons qu’un étudiant sur dix ne va dans le centre-ville qu’une à deux fois par mois.

16 En ce qui concerne les mobilités spatiales en dehors de la ville de résidence, plus de 80 % des étudiants internationaux profitent de leur séjour pour faire des visites et voyager. Mais là encore nous voyons de fortes disparités : alors que 13 % font des visites plusieurs fois par mois, autant disent ne pas faire du tout de visites.

17 Les lieux pratiqués par les étudiants internationaux en dehors de la ville de résidence peuvent se lire sur trois échelles spatiales différentes : régionale, nationale et internationale (tab. 1). Une importante part de leur mobilité se limite aux frontières du territoire régional : 46 % des lieux cités par les étudiants se trouvent en Bretagne et 60 % des lieux visités appartiennent aux régions du « Grand-Ouest » (Bretagne, Basse-Normandie, Pays-de-la-Loire). Les trois lieux les plus pratiqués par les étudiants internationaux attestent d’une certaine finalité touristique de leur mobilité en dehors de la ville d’accueil : 38 % d’entre eux visitent Paris, 35 % visitent Saint-Malo, et presque autant visitent le Mont-Saint-Michel, trois haut-lieux du tourisme. En dehors de la Bretagne, les villes les plus visitées par les étudiants internationaux hormis Paris sont Nantes, Lyon et Bordeaux.

18 Une partie non négligeable de cette mobilité est internationale : 12 % des lieux cités sont à l’étranger et un étudiant international sur quatre est allé à l’étranger pendant son séjour en Bretagne. Les pays visités étant les pays limitrophes de la France : l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique, l’Angleterre, l’Italie, les Pays-Bas etc.

Tab. 1

Motifs et destinations des déplacements en dehors de la ville d’accueil. Motives and destinations of movements outside the city of residence.

Motifs des déplacements Destinations des déplacements
– visites touristiques avec des amis
– visites d’amis ou de membres de
la famille
– excursions organisées
– pour un travail
– conférences (doctorants)
– retour dans le pays d’origine
– rencontres sportives (football
universitaire)
– obligations administratives
Lieux à
l’étranger
12 %
Lieux en
Bretagne
46 %
Lieux en
France
(hors Bretagne)
42 %
Trois lieux de prédilection : 1. Paris (38 %)
2. Saint-Malo (35 %)
3. Mont-Saint-Michel (33 %)
figure im3

Motifs et destinations des déplacements en dehors de la ville d’accueil. Motives and destinations of movements outside the city of residence.




Enquête Mobilités et pratiques spatiales des étudiants étrangers en Bretagne (E. Terrier,2008).

1.3 Profils de mobilité : des disparités

19 Afin de réaliser une typologie des profils de mobilité, nous avons utilisé la classification ascendante hiérarchique comme méthode statistique. Celle-ci vise à regrouper les individus à partir de leurs réponses à un ensemble de questions : le but est de les regrouper en classes (appelées aussi « profils ») homogènes, mais très différentes les unes des autres [8]. Les étudiants sont ainsi classés selon leur profil de mobilité (à partir des six indicateurs de mobilité) et des variables illustratives viennent s’ajouter à l’analyse afin de caractériser ces groupes d’étudiants.

20 La classification ascendante hiérarchique réalisée sur l’échantillon des 500 étudiants internationaux interrogés permet de résumer les mobilités spatiales en cinq profils distincts [9].

21

  • La première classe (11,6 % de l’échantillon. Inertie [10] = 0,00696, DO [11] = 1,26) est particulière car elle est constituée d’étudiants présentant une surreprésentation des non-réponses aux questions sur la mobilité. Ceci semble lié au fait que ce profil concerne en forte majorité les sédentaires, ce qui laisse présupposer l’existence d’un certain malaise à « avouer » une faible mobilité. Il y a une surreprésentation des étudiants africains et des hommes dans ce groupe.
  • Étudiants sédentaires (classe 2 : 15,8 % de l’échantillon, I = 0,0455, DO = 1,04) : ce profil se caractérise par une très faible mobilité de la part des étudiants. 65 % d’entre eux font moins de deux sorties par mois contre 13 % sur l’ensemble de l’échantillon. Dans ce groupe, plus de sept étudiants sur dix font moins de deux visites par an en dehors de la ville d’accueil. 65 % passent moins de trois heures par jour en dehors de leur logement en week-end (contre 18 %). Les variables illustratives indiquent une surreprésentation des étudiants africains dans ce profil (57 % contre 28 % sur l’échantillon total).
  • Étudiants ayant une mobilité moyenne (classe 3 : 27,4 % de l’échantillon, I = 0,0599, DO = 0,05). Ces étudiants semblent plus mobiles que les précédents : la majorité d’entre eux (61 %) fait de deux à cinq sorties par mois. Malgré tout, le nombre de visites en dehors de la ville reste assez faible comme pour le profil des sédentaires (moins de deux). Dans ce groupe, le continent surreprésenté est l’Asie.
  • Étudiants très mobiles (classe 4 : 25,8 % de l’échantillon, I = 0,0720, DO = 0,50). Ces étudiants font souvent des visites en dehors de la ville d’accueil : deux ou trois fois par semestre pour 73 % d’entre eux. Ils font en moyenne cinq à huit sorties par mois. L’Union européenne est le continent d’origine surreprésenté dans ce profil (48 % contre 30 %).
  • Étudiants « hypermobiles » [12] (classe 5 : 19,5 % de l’échantillon, I = 0,0669, DO = 0,99). Ces étudiants font plus de dix visites par an en dehors de la ville (51 % contre 11 %) et font plus de huit sorties par mois. Les courts séjours (moins de six mois), la motivation de départ « améliorer la maîtrise d’une langue » et les étudiants d’Amérique du Nord sont les modalités surreprésentées de ce profil.

22 Cette méthode de classification ascendante hiérarchique indique que le continent d’origine semble déterminant pour le découpage de ces profils. En effet, parmi toutes les variables illustratives, le continent d’origine apparaît presque toujours comme première modalité avec la plus forte valeur-test [13]. Face à ce constat, il est intéressant d’affiner l’analyse statistique afin de mesurer le poids de la variable « continent d’origine » et des autres variables dans la détermination des mobilités spatiales des étudiants internationaux.

1.4 Le continent d’origine : une variable discriminante

23 Les étudiants internationaux présentent des profils de mobilité très différents : alors que certains semblent rester beaucoup chez eux, d’autres profitent de leur séjour pour sortir et voyager. Comment peut-on expliquer ces différences de comportement ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons réalisé la liste des variables de différenciation (déterminants sociaux) entre les étudiants internationaux puis nous avons testé leur indépendance/dépendance avec les indicateurs de mobilité grâce au test du Khi-deux[14] (tab. 2).

24 Cette première étape a permis d’écarter les variables qui se sont révélées indépendantes : « Âge », « Niveau d’études », « Budget » et « Difficultés financières ». Il faut faire attention au fait que le résultat de ce test n’est pas un indicateur de la force du lien entre les variables. C’est pourquoi, dans l’objectif de réaliser une hiérarchisation des variables ayant un effet sur la mobilité, nous avons eu recours à un autre test : le V de Cramer[15]. Celui-ci varie de 0 à 1 : plus il est proche de 1, plus la relation entre les deux variables est forte. Cette seconde étape de l’analyse a permis de voir que la variable qui présente l’effet le plus important sur les indicateurs de mobilité est le continent d’origine (V = 0,349). Elle est suivie du sexe, des motivations de départ, de la ville de résidence et de la discipline [16].

25 Enfin, nous avons réalisé une analyse statistique supplémentaire afin de détecter quelles sont les variables qui cachent l’effet d’une variable tierce. Le sexe a-t-il réellement un effet sur la mobilité comme semblent nous le dire ces deux tests précédents ou ne cache-t-il pas l’effet d’une troisième variable comme le continent d’origine ? Nous savons en effet qu’il y a une surreprésentation des hommes parmi les étudiants des pays du Sud et des femmes parmi les étudiants des pays du Nord. Pour vérifier l’effet de la variable sexe sur la mobilité, nous avons à nouveau croisé les indicateurs de mobilité avec les variables illustratives pour chaque sous-population (étudiants du Nord/étudiant du Sud), ce qui a permis d’annuler l’effet « continent d’origine ». Étant donné que pour chacune de ces sous-populations, le test du Khi-deux n’était plus significatif, cela indique que le sexe n’a finalement pas vraiment d’influence sur les mobilités spatiales. Il reste cependant un effet « ville de résidence » pour les étudiants du Nord : ceux de Brest sont moins mobiles que ceux qui habitent à Rennes [17]. Enfin, nous ne pouvons pas établir les mêmes conclusions pour les « motivations de départ » et pour la discipline dans la mesure où les modalités de ces variables sont presque entièrement symétriques au continent d’origine : par exemple 90 % des étudiants qui ont cité comme raison du départ « manque de formations universitaires dans le pays d’origine » sont originaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Ainsi, si nous testons l’effet de la variable « motivation de départ » sur la mobilité pour cette sous-population, nous avons des effectifs trop petits pour les autres motivations de départ.

26 D’après l’analyse statistique, les différences entre les mobilités des étudiants internationaux s’expliquent donc surtout par le continent d’origine. Les graphiques qui suivent permettent de décrire les mobilités spatiales des étudiants internationaux au regard de cette variable.

27 Concernant les mobilités dans la ville d’accueil, les Américains du Nord se démarquent nettement : 88 % d’entre eux vont dans le centre-ville plusieurs fois par semaine contre 50 % des étudiants asiatiques et 45 % des étudiants africains (fig. 2). Les étudiants d’Amérique du Nord sont ceux qui passent le plus de temps hors de leur domicile le week-end : 67 % d’entre eux passent plus de 8h à l’extérieur de leur logement par jour contre par exemple 26 % des étudiants africains.

28 Le nombre de sorties par mois confirme cette césure entre étudiants du Nord et étudiants du Sud : en moyenne les étudiants africains font trois sorties par mois le soir contre huit sorties pour les étudiants de l’Union européenne et sept pour les étudiants d’Amérique du Nord (fig. 3). Notons cependant que ces différences dans le nombre de sorties renvoient à la faible fréquentation des bars ou des lieux citadins de loisirs (cinémas, discothèques) par les étudiants africains et asiatiques qui préfèrent se rencontrer les uns chez les autres [18].

29 En outre, la tendance à la sédentarité repérée parmi les étudiants africains semble contrainte. En effet, seulement 36 % d’entre eux estiment qu’ils sortent assez de chez eux contre 56 % des étudiants de l’Union européenne (UE) et 67 % des étudiants d’Amérique du Nord.

30 Concernant la mobilité hors de la ville d’accueil, 16 % des étudiants asiatiques et 28 % des étudiants africains disent ne pas profiter de leur séjour en Bretagne pour visiter ou voyager contre moins d’1 % des étudiants de l’UE. En revanche, 40 % des étudiants d’Amérique du Nord et 24 % des étudiants de l’UE font des visites plusieurs fois par mois contre 3 % des Africains et 4 % des Asiatiques (fig. 4). Les étudiants issus des pays du Nord font beaucoup plus de déplacements en dehors de leur ville d’accueil que les étudiants des pays du Sud [19] (fig. 5).

Tab. 2

Synthèse des corrélations entre les indicateurs de mobilité et les déterminants sociaux. Summary of the correlations between the mobility indicators and the social determinants.

Relation statistique avec
indicateurs de mobilité
Effet de la variable
Si annulation de l’effet
« continent d’origine »
Test du khi-deux* V de Cramer**
Continent d’origine +++++ 0,349
Sexe +++ 0,287 non
Âge + 0,230
Ville de résidence ++ 0,243 Effet « ville de résidence »
pour les étudiants du Nord
Lieu du logement ++ < 0,200
Discipline ++++ 0,210
Niveau d’études + < 0,200
Durée du séjour ++++ < 0,200
Motivation de départ +++ 0,276
Budget < 0,200
Difficultés financières + < 0,200
figure im4

Synthèse des corrélations entre les indicateurs de mobilité et les déterminants sociaux. Summary of the correlations between the mobility indicators and the social determinants.





* Chaque signe « + » correspond à une relation très significative entre la variable et l’indicateur
de mobilité. Le test du khi-deux ayant été réalisé pour cinq indicateurs, le score maximum est
de cinq. Si ce score est inférieur à deux, nous considérons que la variable a peu d’effet sur les
mobilités spatiales.
** Dans ce tableau n’est montrée que la valeur (V de Cramer) la plus élevée parmi les cinq
indicateurs. Par convention les valeurs inférieures à 0,200 sont jugées comme peu significatives.

31 Pourquoi sort-on de sa ville de résidence quand on est étudiant international alors qu’on a peu de moyens de déplacement [20] ? Les deux raisons qui reviennent le plus souvent dans les entretiens sont les visites touristiques avec des amis et les visites d’amis ou de membres de la famille. Le motif de déplacement d’ordre touristique concerne surtout les étudiants du Nord alors que les étudiants africains et asiatiques « bougent » plutôt pour rendre visite à des connaissances. En lien avec l’histoire de l’immigration en France, il arrive très souvent que les étudiants originaires d’un pays africain aient des relations qui habitent en France. Le choix du lieu à visiter se fait alors surtout en fonction des connaissances qui s’y trouvent : le réseau de relations devient alors prétexte, finalité et condition de possibilité de voyage. C’est ainsi que Pierre, doctorant gabonais, s’est rendu à Paris et à Bordeaux car des cousins habitent dans ces deux villes. Kaoutar, étudiante marocaine est allé à Alençon pour visiter un ami français rencontré au Maroc. Zhao, étudiant chinois va à Nantes pour aller voir une amie taiwanaise. Nabil m’explique : « en 2004, j’ai passé l’été à Londres parce que j’ai deux frères qui sont là-bas ». Par ailleurs, les étudiants des pays du Sud sont concernés par des mobilités contraintes comme l’obligation de travailler ou de résoudre des problèmes administratifs (visa). En revanche la mobilité de Vroni, étudiante autrichienne Erasmus, est exclusivement touristique : elle est partie avec des amis visiter le Mont-Saint-Michel, Saint-Malo, Brest, Quimper, Vannes, Bordeaux et l’Espagne. Ceci se vérifie chez les autres étudiants européens comme Florian, étudiant allemand qui est allé à Brocéliande, Vannes, Carnac, Cancale, Saint-Malo, sur la presqu’île de Crozon, Cap Fréhel, Erquy, Fougères, Mont-saint-Michel, Saint-Malo, Chateaubriand ou Angela, étudiante espagnole qui a visité l’île de Ouessant, Quimper, Morlaix, Bruxelles et l’Égypte pendant son séjour.

Fig. 2

La fréquentation « plusieurs fois par semaine » du centre-ville selon le continent d’origine. “several times per week” frequenting of city centre by continent of origin.

figure im5
100%
90% 88%
80%
70%
64% 60%
60%
52% 50%
50% 45%
40%
30%
20%
10%
0%
Amérique du Union Europe hors Amérique du Asie Afrique
Nord européenne UE Sud

La fréquentation « plusieurs fois par semaine » du centre-ville selon le continent d’origine. “several times per week” frequenting of city centre by continent of origin.





Enquête Mobilités et pratiques spatiales des étudiants étrangers en Bretagne (E. Terrier,2008).
Fig. 3

Nombre moyen de sorties (le soir) par mois par continent d’origine. Average number of nights out by month and by continent of origin.

figure im6
9
8,29
8
7,3
7 6,43
x = 5,6
6 5,41
5,02
5
4
2,9
3
2
1
0
Union Amérique du Europe hors Amérique du Asie Afrique
européenne Nord UE Sud

Nombre moyen de sorties (le soir) par mois par continent d’origine. Average number of nights out by month and by continent of origin.




Enquête Mobilités et pratiques spatiales des étudiants étrangers en Bretagne (E. Terrier,2008).

32 Si la variable « continent d’origine » révèle les différences de pratiques spatiales et de mobilités entre les étudiants internationaux, elle n’explique rien en soi ; il nous faut donc regarder quels sont les éléments déterminants sous-jacents à l’origine géographique. Celle-ci renvoie en effet à différents contextes du séjour, à des inégalités financières, à divers degré d’intégration sociale, à différentes motivations de départ et à des rapports différents à la mobilité. L’étude des données contextuelles (politique nationale d’accueil) et l’analyse des entretiens nous donnent la possibilité de compléter l’analyse quantitative en décryptant les effets de structure cachés derrière la variable « continent d’origine » et en approchant des éléments d’explication des mobilités plus difficilement quantifiables et modélisables.

Fig. 4

Fréquence de la mobilité en dehors de la ville de résidence par continent d’origine. Frequency of movements outside the city of residence by continent of origin.

figure im7
100%
Plusieurs fois par mois
80%
Une fois par mois
60%
Deux ou trois fois
par semestre
40%
Une fois par semestre
20%
Pas du tout
0%
Amérique du Union Europe hors Amérique du Asie Afrique
Nord européenne UE Sud

Fréquence de la mobilité en dehors de la ville de résidence par continent d’origine. Frequency of movements outside the city of residence by continent of origin.




Enquête Mobilités et pratiques spatiales des étudiants étrangers en Bretagne (E. Terrier,2008).
Fig. 5

Nombre de déplacements en dehors de la ville d’accueil selon le continent d’origine. Number of movements outside the city of residence by continent of origin.

figure im8
plus de 6 visites moins de 2 visites
80%
72%
70% 67%
60%
60%
50%
40% 36% 35%
32%
30% 28%
19%
20% 16% 18%
12%
10%
4%
0%
Afrique Asie Amérique du Europe hors Union Amérique du
Sud UE européenne Nord

Nombre de déplacements en dehors de la ville d’accueil selon le continent d’origine. Number of movements outside the city of residence by continent of origin.





Enquête Mobilités et pratiques spatiales des étudiants étrangers en Bretagne (E. Terrier,2008).

2 Inégales conditions du séjour, ressources sociales et mobilités spatiales

2.1 Le contexte institutionnel du séjour d’études : mobilité internationale encadrée ou individuelle

33 La diversité des pratiques de mobilité des étudiants internationaux s’explique en partie par l’hétérogénéité des contextes de séjour. Certains étudiants sont encadrés par des programmes d’échange ou sont boursiers alors que d’autres viennent à titre individuel et ne profitent pas des avantages des premiers [21]. En Bretagne, 38 % des étudiants internationaux sont en programme d’échange ; parmi eux 60 % participent au programme Erasmus et les autres viennent dans le cadre d’un accord bilatéral. Ces étudiants en programme d’échange arrivent généralement des pays du Nord : 70 % des étudiants européens et des étudiants d’Amérique du Nord sont en programme contre 25 % des Asiatiques et seulement 7 % des Africains. Les bourses de mobilité les plus récurrentes sont les aides financières en lien avec un programme d’échange, les bourses du gouvernement français et les bourses du gouvernement d’origine. La moitié des étudiants internationaux bénéficient de bourses de mobilité [22] et parmi eux 42 % reçoivent une bourse Erasmus, 20 % une bourse du gouvernement français (BGF) et 20 % une bourse du gouvernement d’origine (BGE). À l’instar des programmes d’échanges, les bourses disponibles bénéficient davantage aux étudiants des pays du Nord : 78 % des étudiants de l’UE sont boursiers contre 43 % des étudiants d’Afrique et 25 % des étudiants asiatiques.

34 Ces inégalités de situation sont engendrées par les politiques internationales des pays en matière d’enseignement supérieur. Alors que la mobilité des étudiants du Nord est encouragée par les politiques d’accueil, celle des étudiants des pays du Sud est plutôt restreinte. Dès le début des années 80, la coopération Nord-Sud soutenue par une éthique de solidarité cède la place à une nouvelle conception des échanges universitaires internationaux qui les inscrit dans une logique du marché de la formation et de l’emploi hautement qualifié, restreinte aux frontières des pays occidentaux ou des pays émergents (Borgogno, Steiff-Fenart, 1996- 1997). Cette nouvelle vision de la coopération met en avant l’équivalence des valeurs, la réciprocité des échanges et la compétitivité. Ainsi, la création des programmes d’échange se situe prioritairement entre les pays du Nord [23]. En revanche, les universités africaines souvent considérées comme ne pouvant pas répondre à ce critère de « réciprocité des avantages » se trouvent exclues des nouvelles dispositions concernant les échanges universitaires. Par conséquent, ces étudiants africains arrivent pour la grande majorité à titre individuel, sans encadrement ni aide financière.

35 Ces différences de statuts ont des répercussions sur le quotidien des étudiants. Être en programme signifie dans la plupart des universités avoir accès à un accueil spécifique proposé par le service des relations internationales, alors que les étudiants individuels s’adressent à la scolarité de leur établissement au même titre que les étudiants français. Un séjour d’études à l’étranger dans le cadre d’un programme est la garantie d’une équivalence des diplômes [24], d’un droit à l’exonération des frais d’inscription, de cours de langue gratuits, pour beaucoup d’une bourse, et surtout l’assurance d’un logement réservé à l’avance [25].

36 Ce dernier avantage est sans doute le plus révélateur d’inégalités entre les étudiants en programme et les étudiants individuels car l’accès au logement est l’une des difficultés les plus fréquemment citées. Parmi les étudiants internationaux qui estiment très difficile de trouver un logement, 75 % sont venus en France sans l’encadrement d’un programme d’échange. Venir étudier à titre individuel implique également être soumis à davantage d’obligations administratives concernant les visas, les titres de séjour, les inscriptions etc. Celles-ci sont parfois la cause d’arrivées trop tardives en France, quelques mois après le début de l’année universitaire entraînant la perte d’une année d’étude pour certains. Parmi les étudiants interviewés, ceci a été le cas pour Abdoul, Mamadou et Pierre, tous trois étudiants africains sans programme d’échange.

37 Les étudiants internationaux originaires des pays du Sud sont victimes de ce que Serge Slama appelle la « logique de soupçon » (Slama, 1999). Ces étudiants sont perpétuellement suspectés d’être des immigrés potentiels cherchant à passer entre les mailles du filet en obtenant le statut d’étudiant étranger. Les critères de délivrance des visas font partie des instructions consulaires. Plus un pays est considéré à fort risque migratoire, plus l’application des critères d’attribution des visas est restrictive. C’est pourquoi de nombreux étudiants étrangers sont soumis à des contrôles administratifs contraignants et incessants.

38 Il faut donc voir derrière la variable « continent d’origine », ces inégalités qui expliqueraient en partie les différences de pratiques spatiales. Nous notons ici une adéquation entre une forte mobilité spatiale pour ceux qui bénéficient de privilèges institutionnels facilitant le quotidien et une faible mobilité spatiale pour ceux qui rencontrent davantage de tracas liés aux démarches administratives, à la recherche d’un logement etc. menés à titre individuel.

2.2 La mobilité : questions d’argent et de temps ?

39 Le manque d’argent constitue la première raison citée par les étudiants internationaux pour expliquer le fait qu’ils n’ont pas fait davantage de visites [26]. Voici comment Gérald, étudiant malgache, présente la situation : « j’aime voyager pour voir les pays que je n’ai jamais visités. Je ne l’ai pas fait parce qu’il y a le contexte financier. Je ne vais pas tout le temps demander à ma famille ici d’aller à Dinard. Mais sinon si j’avais de l’argent je serais parti même là parce que là je n’ai rien à faire. Là j’attends les résultats. Si j’avais de l’argent je serais déjà parti ».

40 Les étudiants originaires des pays du Sud sont rarement boursiers, ce qui les oblige généralement à demander une aide financière à leurs parents. Or, aux vues des inégalités de niveaux de vie entre les pays d’accueil et les pays d’origine, cette aide peut devenir un véritable sacrifice pour la famille. C’est le cas pour Mohamad, étudiant libanais, dont le père a dû vendre de la terre pour financer la fin du séjour de son fils.

41 Mamadou, étudiant mauritanien analyse ce décalage de niveaux de vie entre son pays d’origine et la France : « la famille a puisé l’économie de la famille, c’est pour toi ça, tu n’es pas le seul enfant de la famille, vous êtes nombreux. Il fallait... voilà... moi je me suis dit quand on me donne 100 euros, 100 euros c’est presque le salaire d’un fonctionnaire de voilà... le SMIC en Mauritanie et ça peut nourrir ma famille au moins 20 jours quoi, 15 à 20 jours, donc on te donne ça à toi seul c’est pas raisonnable ». D’après l’enquête, 51 % des étudiants africains parlent de difficultés financières contre 12 % des étudiants d’Amérique du Nord et 30 % des étudiants de l’Union européenne. Les situations de précarité sont plus fréquentes parmi les étudiants africains : voici l’exemple de Babacar, étudiant sénégalais qui nous dit : « Rien n’est facile dans la vie. Rien n’est facile. Il faut le préparer psychologiquement sur ce qu’il peut endurer. Parce que des fois c’est chaud aussi. Des fois tu mets ta carte bancaire et ça fonctionne pas. Tu devais manger tu ne peux pas. T’as besoin de quelque chose, tu peux pas te le payer. Il faut être psychologiquement prêt ».

42 Ces situations amènent à chercher une corrélation entre les difficultés financières des étudiants originaires des pays du Sud et leur faible mobilité spatiale pendant le séjour. Or, cette affirmation n’est pas vérifiée par l’analyse statistique (test du khi-deux)  [27]. Prenons l’exemple des étudiants arrivant d’Europe de l’Est qui sont assez mobiles et qui, pourtant, rencontrent de grandes difficultés d’argent : ils sont plus nombreux à citer les difficultés financières que les Africains (52 %). À l’inverse les étudiants asiatiques sont presque aussi peu mobiles que les étudiants africains alors qu’ils ont beaucoup moins de difficultés financières. En outre, il n’y a pas de lien statistique entre le continent d’origine et les ressources financières. Nous voyons donc ici un décalage entre les discours et la « réalité ». Alors que dans les entretiens, les étudiants considèrent que le manque d’argent est la première cause de leur non-mobilité, l’analyse statistique ne confirme pas cette corrélation. L’effet économique ne serait-il pas alors plutôt en lien avec les représentations que les étudiants se font de leurs ressources financières ? En effet, ce n’est pas la somme finale réunie chaque mois qui influe mais la manière dont les étudiants internationaux se procurent cet argent pour assurer leur quotidien. L’argent est plus difficile à trouver pour les étudiants des pays du Sud qui, étant moins souvent boursiers, demandent l’aide de leurs parents et ont plus souvent recours à des jobs disqualifiants mais nécessaires comme le travail à l’usine, la plonge etc. La relation explicative entre inégalités financières et différences de mobilité doit donc être lue à la lumière des modalités d’accès aux ressources financières et non pas par rapport au niveau de revenu. Il est possible aussi que l’étudiant possède l’argent nécessaire grâce à un job qui cependant peut le priver d’une autre ressource nécessaire à la mobilité : le temps.

43 La deuxième raison que les étudiants internationaux présentent comme un frein à la mobilité est en effet le manque de temps [28]. La faible mobilité des étudiants des pays africains et asiatiques peut ainsi tenir au type de discipline qu’ils étudient. Ils sont plus souvent inscrits en sciences « exactes » ce qui signifie que leurs emplois du temps sont plus chargés en heures de cours que pour les étudiants d’Europe et d’Amérique du Nord plutôt inscrits en LSHS, qui ont moins de cours et donc davantage de temps pour « bouger »  [29].

44 Le travail en dehors des études est une autre explication de ce manque de temps. 25 % des étudiants internationaux ont un job et parmi eux 15 % citent ce travail comme ressource financière première. Toutes les nationalités sont concernées par ces jobs étudiants mais les situations sont différentes selon le type de travail et le nombre d’heures travaillées. Ceux pour qui ce travail représente une ressource indispensable pour financer le séjour ont tendance à travailler beaucoup d’heures et à sécher des cours. Reprenons l’exemple de Babacar, qui tente de concilier travail à l’usine et études : « Je me lève à 3h du matin pour prendre mon bus à 4h. Commencer le travail à 5h30. J’ai que deux pauses ou bien trois pauses de 5 min pendant toute la journée. Je termine à 13h je rentre à la maison, qu’est-ce que je fais ? Je vais à l’école. Je rattrape les cours que j’ai perdus. Je repars à la maison. Et je fais ça toute la semaine. À trois heures du matin, qu’est-ce que tu fais toi ? ». Pendant les entretiens, Gérald (malgache), Nabil (marocain), Kamel (algérien), Pierre (gabonais) et Ahmed (marocain) racontent le même type de situation. Nous voyons ici une relation entre les difficultés des étudiants des pays du Sud à réunir l’argent pour financer leur séjour [30], la nécessité de travailler en dehors des études, le manque de temps et une faible mobilité spatiale.

2.3 Deux effets sur la mobilité difficiles à mesurer : l’intégration sociale pendant le séjour et le rapport culturel à la mobilité

45 Au-delà de l’argent et du temps, le manque d’intégration sociale s’avère aussi être un facteur de sédentarité pour les étudiants internationaux. Les entretiens ont montré que les étudiants qui connaissent peu de personnes et qui ont peu d’amis sont ceux qui sortent le moins souvent de chez eux. Cette phrase de Sanae, étudiante marocaine, illustre bien cette idée : « au début je faisais pas grand-chose de mes week-ends, le temps que je me fasse un peu d’amis sur Rennes ». Asmae, autre étudiante marocaine, est très peu mobile et explique ceci par le manque d’argent. Or, celle-ci bénéficie d’une allocation de thèse, ce qui rend peu plausible cette justification. Sans doute est-il plus facile pour elle d’amener cet argument au lieu de la véritable raison qui semble être le manque de relations sociales. En effet, l’entretien révèle qu’Asmae connaît très peu de monde à part deux autres étudiantes marocaines qui habitent dans la même cité universitaire ce qui a limité les opportunités de sorties. Pour certains étudiants internationaux, les facteurs d’explication de non-mobilité interagissent entre eux. C’est le cas pour Pierre, doctorant gabonais, qui, pour financer son séjour travaille beaucoup et qui, par manque de temps, n’a pas pu s’intégrer socialement et se lier d’amitié avec d’autres étudiants. Nous n’avons hélas pas d’indicateur d’intégration sociale assez fiable pour mesurer statistiquement son effet sur les mobilités spatiales [31].

46 Autre facteur difficile à mesurer : le rapport culturel à la mobilité. La question sur les voyages à l’étranger antérieurs au séjour montre en effet de fortes disparités entre les étudiants internationaux. Peu d’étudiants africains et asiatiques ont effectué un séjour à l’étranger avant de venir en France : respectivement 34 % et 49 % contre par exemple 94 % des étudiants de l’UE (fig. 6). Les étudiants des pays du Sud ou des pays émergents grandissent dans un environnement où les mobilités de loisirs sont moins courantes et sont aussi moins valorisées que dans les pays du Nord, ce qui nous amène à parler de différents rapports culturels à la mobilité spatiale. Voici ce que nous dit Zhao, étudiant chinois : « Je ne connaissais pas vraiment ce que ça voulait dire le mot « sortir » en français. C’est une action mais ça a un autre sens : aller s’amuser, aller dans un bar avec les copains comme ça, mais ce qui manque culturellement pour les chinois, on a pas ce genre d’habitudes ». Mamadou, étudiant mauritanien met également en avant ces différences culturelles concernant le rapport à la mobilité touristique dans son pays : « On a pas cette notion d’aller visiter, faire le tourisme (...) je ne sais pas si tout ça c’est du au fait que les moyens ne sont pas énormes euh... bon quand les moyens sont limités, il y aura une question de priorité. Donc voilà les études, les gens, ils vont dire la famille est prête pour mobiliser les ressources de ta famille, mettre à ta disposition pour aller faire tes études parce qu’il y a une finalité quoi, mais dire voilà... donnez-moi l’argent pour aller visiter, après le voyage, j’irai bien revenir avec de belles photos et puis raconter des histoires mais ça n’a pas une finalité concrète ». Ainsi, ceux qui ont moins l’habitude de voyager ont sans doute moins le réflexe de penser à faire des visites touristiques pendant leur séjour d’études en France. La forte mobilité des étudiants américains profitant d’être en France pour découvrir l’Europe s’explique aussi peut-être par une représentation différente des distances et un autre rapport à l’espace et la mobilité (Ramadier, 1997).

Fig. 6

Mobilité antérieure (à l’étranger) selon le continent d’originea. Previous mobility abroad by continent of origin.

figure im9
100% 94%
90%
84% 82%
80%
72%
70%
60%
50% 49%
40% 34%
30%
20%
10%
0%
Union Amérique du Amérique du Europe hors Afrique Asie
européenne Sud Nord UE

Mobilité antérieure (à l’étranger) selon le continent d’originea. Previous mobility abroad by continent of origin.

a. Réponse positive à la question : aviez-vous déjà voyagé à l’étranger avant votre
venue en France ?

47 En outre, les degrés d’autonomie et d’indépendance des jeunes sont différents d’une société à une autre comme le souligne Kaoutar, étudiante marocaine : « vous avez déjà l’habitude... une fois que avez 17 ans, vous commencez à avoir vos propres voyages, vos propres sorties, peut-être votre propre logement... ce qui n’est pas le cas chez nous ». Contrairement aux sociétés africaines et asiatiques où les jeunes gens restent plus longtemps auprès de leurs parents, parfois jusqu’au mariage, les jeunes occidentaux sont davantage autorisés, voire incités à voyager et font alors plus souvent l’expérience de la mobilité de manière autonome. Or ces expériences constituent un certain apprentissage de la mobilité spatiale qui permet d’acquérir des savoir-faire, des automatismes réutilisables dans des situations similaires. M. Stock (2004), dans son étude sur les touristes, nomme ces connaissances liées à la pratique des lieux, les « compétences géographiques ».

48 Nous venons de montrer dans cette deuxième partie que l’inégale répartition des ressources sociales (capital économique, temporel, relationnel et culturel) entre les personnes peut expliquer en partie les différences de mobilité spatiale et que, par conséquent, ces ressources constituent des conditions de possibilité de la mobilité spatiale. L’explication de la diversité des pratiques spatiales des étudiants internationaux ne se limite toutefois pas à leurs seules ressources. Il faut aussi s’intéresser aux intentions de ces étudiants : les causes de l’immobilité de certains se trouvent peut-être davantage en amont, au niveau des désirs, qu’ils soient individuels ou déterminés par un ensemble de contraintes sociétales et culturelles. Tous n’aspirent pas à visiter leur pays d’accueil, tous n’aspirent pas à la même mobilité. L’injonction à la mobilité et la valorisation sociale de celle-ci ne sont-elles pas pour l’instant qu’affaires d’Occidentaux ? Par ailleurs, les entretiens montrent que le quotidien des étudiants internationaux est largement déterminé par la signification du séjour d’études à l’étranger. Les enjeux associés à la migration internationale pour études sont totalement différents selon le continent d’origine, et influencent fortement les mobilités spatiales des étudiants internationaux pendant leur séjour.

3 Significations de la migration internationale pour études et mobilités sur place

3.1 Motivations de départ

49 Les pratiques spatiales et sociales des étudiants internationaux sont fortement déterminées par les motivations du départ qui donnent un sens à la migration et au projet de l’étudiant. Les trois principales raisons de départ citées par les étudiants d’Amérique du Nord et d’Europe sont la maîtrise de la langue française, la découverte d’un autre pays et la rencontre de nouveaux amis. La migration internationale pour études de ces étudiants correspond à un séjour linguistique et de découvertes culturelles. Participer au programme Erasmus représente une fin en soi pour les étudiants européens ; l’objectif étant de « faire Erasmus », de vivre l’expérience Erasmus dont la réputation pour les candidats au départ est basée sur ces quatre piliers : voyages, langue étrangère, rencontres et fête. Vroni (étudiante autrichienne) : « Depuis le début des études je voulais faire Erasmus. Ma sœur et mon frère ont déjà fait Erasmus, c’est pour ça ! ». Nous comprenons alors assez bien que, dans cette optique, les étudiants européens et d’Amérique du Nord sortent beaucoup et font de nombreuses visites en dehors de la ville de résidence.

50 En revanche, la motivation de départ qui arrive en tête pour les étudiants des pays du Sud est le manque de formations universitaires dans le pays d’origine. La migration internationale devient dès lors une nécessité plus qu’un choix pour ceux qui désirent continuer les études. Kaoutar, étudiante marocaine : « Vu que j’ai choisi des études de géologie, malheureusement il n’y a pas vraiment de master au Maroc dans cette discipline donc ça m’a vraiment poussée... j’avais pas le choix de venir ici ». L’entretien montre d’ailleurs que Kaoutar est un peu partie à contre-cœur ; elle semble souffrir énormément de la séparation d’avec sa famille. On retrouve cette nécessité de partir chez Mamadou, doctorant mauritanien : « Pourquoi vouloir étudier à l’étranger ? c’est simple aussi parce que en Mauritanie, (...) après la maîtrise il n’y a plus rien, bon on forme les étudiants jusqu’à la maîtrise et après si tu veux continuer bon voilà pour moi c’était hors de question de rester à Nouakchott, avec une simple maîtrise en poche, et puis bon c’est pas intéressant, si j’ai... si tu as les moyens comme tous les étudiants hein, tout le monde rêve de partir et puis ne serait-ce que augmenter un peu quoi, pousser le diplôme et puis voilà comment à la fin on a pas de troisième cycle il fallait partir... maintenant où... bon la France mais voilà la France c’était pour moi une destination idéale où continuer mes études quoi ».

51 Ces étudiants arrivent en France dans une réelle stratégie de promotion sociale dans le but d’obtenir des diplômes susceptibles d’ouvrir des perspectives professionnelles dans le pays d’origine ou ailleurs. De la même manière, les étudiants asiatiques sont d’abord venus pour les études. Le choix de partir des étudiants chinois est généralement lié au prestige du diplôme étranger occidental et à l’accès difficile à l’Université chinoise. Voici ce que nous dit Zhao : « En Chine, tous les étudiants veulent aller à l’étranger. Il y a plusieurs raisons. Par exemple pour augmenter la qualité de son diplôme, il va à l’étranger pour avoir un diplôme étranger (...) Il y a certains étudiants qui n’arrivent pas à entrer dans l’Université chinoise parce que pour entrer dans l’université chinoise il faut passer un concours après le Bac ». La priorité est alors donnée aux études, objectif qui limite les sorties et qui met de côté l’envie de découvertes culturelles. Voici ce que répond Kaoutar à la question « Auriez-vous aimé faire plus de visites ? » : « Si si j’y pense... en fait on va dire... je suis là pour étudier ».

52 Dans l’analyse des correspondances multiples présenté ci-dessous (fig. 7), l’axe factoriel n? 1 (horizontal) présente un gradient de mobilité (en dehors de la ville d’accueil) allant de la modalité « Plusieurs fois par mois » à gauche du graphique, à « Pas du tout » à droite. En clair, les étudiants d’Amérique du Nord et de l’UE qui se trouvent les plus à gauche sont les plus mobiles, et les étudiants d’Afrique et d’Asie qui sont les plus à droite sont les moins mobiles. La proximité entre modalités confirme la corrélation entre motivations de départ et degré de mobilité [32].

Fig. 7

La mobilité des étudiants internationaux en dehors de leur ville de résidence (par continent d’origine et motivation de départ). The mobility of the international students outside the city of residence (by continent of origin and motives of departure).

figure im10
CLASSE 1
Plus de 10 visites
Plusieurs fois par mois
CLASSE 5 Pas du tout
AMÉRIQUE DU NORD
Une fois par mois Moins de 2 visites
Voyager et découvrir Mauvaise qualité AFRIQUE
Mobilité + Améliorer maitrise d'une langueun nouveau pays des universités locales
Mobilité -
Avoir de nouveaux amis
Absence de moyen de recherche
UNION EUROPÉENNE AMÉRIQUE DU SUD ASIE CLASSE 3 Une fois par semestre CLASSE 2
EUROPE HORS UE
De 2 à 5 visites
De 5 à 10 visites
2 ou 3 par semestre
CLASSE 4
CONTINENT D'ORIGINE
Mobilité en dehors de la ville de résidence (fréquence et nombre de visites par an)
Motivation de départ (de la migration internationale)

La mobilité des étudiants internationaux en dehors de leur ville de résidence (par continent d’origine et motivation de départ). The mobility of the international students outside the city of residence (by continent of origin and motives of departure).






Enquête Mobilités et pratiques spatiales des étudiants étrangers en Bretagne (E. Terrier,2008).

3.2 Pression sociale et familiale

53 Les étudiants internationaux pour qui le séjour d’étude à l’étranger est rendu nécessaire par le manque de formations universitaires dans le pays d’origine sont aussi les étudiants qui doivent vivre au quotidien une certaine pression familiale et sociale. Alors que pour les étudiants du Nord, le choix du départ est individuel, pour les autres, cette décision peut être fortement influencée par l’entourage familial, particulièrement pour les étudiants africains et asiatiques. En Chine, les études à l’étranger sont très valorisées et les parents issus des classes moyennes essayent de s’affranchir d’une certaine reproduction sociale en envoyant leur enfant étudier à l’étranger (Waters, 2006). De même, beaucoup de parents africains, attachés au prestige des études en France, y ayant eux-mêmes parfois étudié, incitent leur enfant à partir. C’est le cas de Sanae, étudiante marocaine : « En fait c’est surtout mon père. Il disait que j’étudierai en France juste après le bac, j’étais pas prête parce que comme j’avais jamais quitté mes parents, j’ai refusé. Et puis j’ai fait un DUT au Maroc, et après le DUT, je voyais qu’il y avait plus de possibilités en France et comme il était près à me financer mes études alors j’ai accepté, donc c’est plus l’idée de mon père que la mienne à la base ».

54 La pression sur l’étudiant est d’autant plus forte que l’investissement financier de la famille est élevé. Or un séjour d’études dans un pays riche tel que la France est plus coûteux pour les familles issues des pays en développement que pour les étudiants occidentaux, et ceci pour diverses raisons : il existe moins de bourses de soutien à la mobilité pour ces étudiants, les billets d’avions sont onéreux, la vie en France est très chère du fait des écarts de niveaux de vie et de la durée du séjour... Ces étudiants ont conscience qu’il est déjà très difficile pour leurs parents de fournir chaque mois l’argent nécessaire, ce qui les dissuade fortement de dépenser pour faire des visites, pour être mobile : « quand t’as pas assez d’argent, tu vas te dire bon, je vais d’abord payer mon loyer puis tu vas pas te dire ouais je vais mettre 120 euros pour un aller-retour, je ne sais pas pour aller visiter le sud de la France quoi, tu vois, c’est un peu ça quoi donc l’argent... quand t’as l’argent, c’est vrai tu peux faire un peu tout ce que tu veux mais si c’est limité, voilà il y a une certaine hiérarchie qui s’établit, le jeu des priorités. L’essentiel c’est de vivre tranquillement et au lieu d’aller vadrouiller... parce que tu ne peux pas demander aussi à ta famille « envoyez moi de l’argent, je veux visiter la France ». On va dire ho le connard, les autres ils vont travailler et lui il va visiter la France ». (Mamadou).

55 Pour les étudiants du Sud, cette pression familiale et sociale est très présente car de nombreuses personnes dans l’entourage familial (oncles, cousins...) et même au sein de la communauté villageoise participent au financement du séjour d’études. Cette mobilisation collective est à mettre en lien avec l’image fortement valorisée des études en France au sein de ces sociétés. La France est souvent associée à la réussite sociale, dans la même logique d’idéalisation que pour la migration de travail. Mamadou raconte la sur-valorisation de cette migration pour études et la pression qui en découle : « je sais que quand on t’envoie à l’étranger, on te dit pas ça, mais bon on te dit c’est quoi le contrat. C’est quoi ? C’est un contrat : on te donne l’argent, toi tu vas partir, on te demande de rembourser ce qu’on t’a donné mais toi, arrivé là-bas, tu vas faire ce que tu dois faire, tu vas éventuellement travailler et puis après euh comment dire subvenir à certains besoins de la famille, en gros c’est le petit contrat, on va jamais te dire de le faire mais c’est... comment dire ?... on le pense tellement fort que toi tu l’entends et tu le comprends ». Du fait de ces contextes sociétaux, les étudiants issus des pays en développement ont l’obligation de réussir.

56 Cette pression sociale est quasi inexistante pour les étudiants des pays du Nord. Au contraire, beaucoup de ces étudiants voient dans leur séjour une occasion de s’émanciper du carcan familial. Preuve de l’insouciance de ces étudiants, la forte fréquence de la fête dans le quotidien des étudiants européens : 40 % des étudiants issus de l’Union européenne font une à deux fois la fête par semaine contre 9,5 % des étudiants africains. Autre pression pour les étudiants des pays du Sud, celle des conditions administratives à remplir pour obtenir le renouvellement du titre de séjour chaque année ; renouvellement plus difficile en cas de redoublements répétés, ce qui oblige ces étudiants à mettre la priorité sur les études, au détriment des loisirs.

57 En résumé, les migrations pour études peuvent avoir des significations totalement différentes selon le continent d’origine ce qui explique pour une très grande part les différences de pratiques de mobilités entre les étudiants internationaux. Les étudiants des pays du Sud viennent pour obtenir des diplômes, s’installent plus durablement et sont soumis à la pression de leurs parents et de leur communauté d’origine ; par conséquent, ils mettent la priorité sur leurs études et limitent les sorties en ville et les visites les week-ends. En revanche, la forte mobilité spatiale des étudiants des pays du Nord doit être mise en relation avec leur projet de départ motivé par une envie de découvrir un nouveau pays : ces étudiants sont de passage (séjour de courte durée) et ont une pratique plus touristique des lieux.

Conclusion

58 Les pratiques spatiales des étudiants internationaux sont hétérogènes entre les étudiants originaires des pays du Nord qui sont très mobiles pendant leur séjour et les étudiants des pays du Sud et des pays émergents, plus sédentaires. Étant donné que le déplacement dans l’espace est soumis à certaines conditions de possibilités telle que la mobilisation du capital social, qu’il soit économique, temporel, relationnel ou culturel, ces différences de mobilité s’expliquent dans un premier temps par l’inégale répartition des ressources sociales entre les étudiants en mobilité internationale. Les différences de niveau de revenu entre les étudiants originaires des quatre coins d’un monde inégalitaire et les politiques d’accueil discriminantes font que les étudiants internationaux n’ont pas tous les mêmes conditions de vie, ce qui amène à faire le rapprochement entre difficultés sociales et immobilités spatiales. Les inégalités économiques mondiales et les politiques internationales, par le jeu des interactions des échelles d’action, agissent sur le quotidien et les pratiques des individus. L’analyse montre toutefois que les mobilités spatiales ne sont pas seulement déterminées par la détention de ressources économiques. Reprenons l’exemple des étudiants chinois qui, même s’ils rencontrent beaucoup moins de difficultés matérielles que les étudiants africains, sont aussi peu mobiles que ces derniers. Ou à l’inverse les étudiants d’Europe de l’Est, qui malgré les difficultés financières, sont assez mobiles. La mobilité ou l’immobilité des étudiants internationaux pendant le séjour doivent être lues à la lumière du sens que ces étudiants attribuent à leur migration internationale pour études. L’étude de l’emboîtement des échelles de mobilité permet, via une analyse biographique, de mettre en évidence le rapport entre la signification de la migration internationale et les pratiques sociales et spatiales dans le pays d’accueil. Ceux pour qui partir étudier à l’étranger représente la condition sine qua non pour obtenir un diplôme ou pour échapper à une certaine condition sociale, voient leurs études comme une priorité loin devant les mobilités de loisirs. Ceux pour qui étudier à l’étranger est synonyme de découvertes et de rencontres, la mobilité est une évidence quelques soient les ressources disponibles. La mobilité spatiale est donc également conditionnée par l’intention des individus qui, au regard de leur projet de vie, instaure une hiérarchie des priorités même si celles-ci sont aussi prédestinées par l’environnement social. Face à l’accroissement de la mobilité spatiale des individus, une des questions qui se pose est celle des conséquences de ces déplacements pour les personnes. En ce qui concerne les migrations étudiantes, il s’agit alors de savoir dans quelles mesures un séjour d’études à l’étranger peut-il être enrichissant. Dans l’hypothèse que circuler permet de découvrir et de s’approprier de nouveaux lieux, nous considérons que la mobilité spatiale peut représenter un moyen d’acquisition de nouvelles connaissances et un moyen d’accroître le capital culturel des individus. Du fait de ces différences de mobilité entre les étudiants internationaux, l’accès aux ressources de la mobilité serait-il alors inégal ?

Notes

  • [1]
    Nous privilégierons les expressions « étudiants internationaux » et « étudiants en mobilité internationale » plutôt que celle d’étudiants étrangers, dénomination certes plus commune, mais qui a le désavantage de faire l’amalgame entre deux groupes sociaux très différents : les étudiants de nationalité étrangère véritablement en mobilité et ceux qui résident en France avec leurs parents.
  • [2]
    Quelques sociologues se sont intéressés à cette question tels que Éric Lebreton (2005), Bertrand Montulet (2004) et Vincent Kaufmann (2004).
  • [3]
    Cette étude est basée sur une méthodologie mixte, quantitative et qualitative : la première partie s’appuie plutôt sur l’analyse statistique et aboutit à une hiérarchisation des facteurs de mobilité/immobilité alors que la seconde partie confronte les deux méthodes en mettant en évidence le décalage existant entre les discours et la « réalité ». Les entretiens possèdent une vertu de complémentarité en apportant de nouvelles pistes d’explications et permettent d’approcher les facteurs difficiles à mesurer. Enfin la troisième partie fait le point sur les déterminants de la mobilité confirmés à la fois dans l’analyse statistique et les entretiens.
  • [4]
    Ces trois critères de caractérisation sont d’ailleurs souvent employés de manière ambiguë et mélangée dans les typologies existantes sur la mobilité.
  • [5]
    Ces motifs de mobilité sont communs à tous les étudiants et le seul facteur de différenciation est la discipline étudiée : les étudiants de Lettres Sciences humaines et sociales (LSHS), dont les emplois du temps sont moins chargés en heures de cours que ceux des étudiants de sciences « exactes » sont plus souvent chez eux en semaine.
  • [6]
    Nous possédons les trois indicateurs correspondant aux trois métriques qui permettent de mesurer la mobilité en dehors de la ville de résidence. Fréquence (T), Nombre de lieux visités (L), Échelle (D).
  • [7]
    Notons qu’il faut lire cet indicateur avec précaution au regard du fait que le mot « sortie » a pu ne pas être compris de la même manière par tous les étudiants.
  • [8]
    Ce procédé agrège les éléments suivant un algorithme de classification hiérarchique utilisant le critère d’agrégation de Ward (critère de variance). Elle agrège les éléments de façon à minimiser la variance interne de chaque classe (inerties intra-classes) et à maximiser la variance entre les classes (inertie inter-classes).
  • [9]
    L’inertie inter-classes est de 0,6484 ; cette partition explique donc 65 % de la variance.
  • [10]
    Plus l’inertie (I) intra-classe est proche de 0, plus la classe est homogène.
  • [11]
    Plus la distance à l’origine (DO) est proche de 0, plus la classe atteste d’un comportement moyen (proche du centre du nuage sur la carte factorielle).
  • [12]
    Le terme « hypermobile » est seulement employé ici pour caractériser un très fort degré de mobilité (au regard des indicateurs choisis dans cette étude). Il ne possède pas donc pas cette valeur conceptuelle que l’on trouve dans l’ouvrage de Dervin F et Ljalikova A. (2007) où le terme est défini ainsi : « Le préfixe hyper- souligne à la fois la pluralité des formes de mobilité qui touchent les sociétés du XXIe siècle et l’intensité avec laquelle ces mobilités semblent s’imposer aux individus contemporains », p. 10.
  • [13]
    La valeur-test est d’autant plus forte que la modalité correspondante occupe une position significative sur l’axe (CAH réalisée à partir d’une analyse factorielle).
  • [14]
    Le test du Khi-deux permet de saisir s’il existe une relation statistique significative entre deux variables qualitatives (sans indiquer la force de la relation). Il teste l’hypothèse selon laquelle les deux variables sont indépendantes l’une de l’autre et mesure la distance qu’il y a entre l’effectif réellement observé et l’effectif théorique.
  • [15]
    Le V de Cramer est un test permettant de mesurer les degrés de dépendance entre les lignes et les colonnes d’un tableau. Le V de Cramer est une mesure d’association basée sur le khi-deux. Il a l’avantage d’être standardisé pour tous les tableaux. Plus la valeur du V est proche de 1, plus la contingence dans le tableau est forte.
    equation im11
    2 v = ? n (k ?1)
    ? 2 , Chi carré
    n, Taille de la population
    k, Nombre de lignes ou de colonnes, le moindre des deux
  • [16]
    La borne inférieure de significativité établie à 0,200 par la convention a permis d’écarter la durée du séjour dont l’effet ne semble finalement pas si important (< 0,200).
  • [17]
    Ce résultat est intéressant mais nécessiterait une enquête supplémentaire pour être en mesure d’être l’interprétée, d’autant plus qu’il n’existe pas d’effet « ville de résidence » pour les étudiants du Sud.
  • [18]
    28 % des étudiants de l’Union européenne fréquentent les bars plusieurs fois par semaine contre 5 % des Africains et 3,5 % des Asiatiques.
  • [19]
    72 % des Africains et 60 % des Asiatiques font en moyenne moins de 2 visites par an contre 19 % des étudiants de l’UE et 18 % des étudiants d’Amérique du Nord (fig. 7).
  • [20]
    Seulement 7 % des étudiants internationaux disposent d’une voiture contre 62 % des étudiants français (Vourc’h, 2005).
  • [21]
    Au total, sur les 500 étudiants internationaux de l’enquête, 300 étudiants sont en programme et/ou boursiers et 200 sont venus à titre individuel.
  • [22]
    Ces bourses sont de montants différents selon le contexte de donation et le pays donateur.
  • [23]
    Nommons le programme Erasmus créé en 1987 afin d’encourager la mobilité des étudiants européens dans l’optique de renforcer la construction de l’Union européenne. Le programme CREPUQ vise à inciter la mobilité des étudiants québécois et français et le programme ISEP, les échanges entre étudiants originaires des États-Unis et étudiants français.
  • [24]
    Les programmes européens ont facilité la reconnaissance des unités d’enseignement obtenues grâce à l’instauration récente du système LMD (Licence-Master-Doctorat).
  • [25]
    Un quota de chambres universitaires est réservé chaque année pour tous les étudiants du programme Erasmus.
  • [26]
    46 % des étudiants internationaux évoquent le manque d’argent comme premier frein à la mobilité.
  • [27]
    Nous avons montré dans la première partie de cet article que les variables « budget » et « difficultés financières » n’avaient pas d’effet sur les indicateurs de mobilité.
  • [28]
    42 % des étudiants internationaux parlent de manque de temps pour expliquer le fait qu’ils n’ont pas fait davantage de visites.
  • [29]
    20 % des étudiants internationaux en LSHS font des visites plusieurs fois par mois contre seulement 8 % des étudiants en sciences.
  • [30]
    Malgré les difficultés pour obtenir cet argent (job, sacrifice des parents), nous faisons l’hypothèse qu’une fois l’argent obtenu, les étudiants ne veulent pas forcément parler de difficultés financières (ce qui peut-être expliquerait cette absence de lien statistique entre les indicateurs de mobilité et la variable « difficulté financière »).
  • [31]
    Ce manque de fiabilité est dû au fort taux de non-réponses ou aux trop petits effectifs concernant les questions sur la solitude, thème difficile à aborder.
  • [32]
    Une analyse factorielle sert à résumer ou hiérarchiser l’information contenue dans un tableau de n lignes (individus) et p colonnes (variables). Les individus forment un nuage de points dans un espace multidimensionnel où chaque dimension est associée à une variable. Ces méthodes ont pour objet de réduire les dimensions des tableaux de données de façon à représenter les associations entre individus et entre variables dans des espaces de faibles dimensions qui ajustent au mieux le nuage de points des individus et le nuage des points des variables. L’ACM, type d’analyse factorielle la mieux adaptée au croisement de variables qualitatives, permet de réduire le nombre de variables et d’élaborer une carte factorielle.
Français

Malgré cette expérience commune des études à l’étranger, les étudiants internationaux forment un groupe très hétérogène du point de vue de leurs motivations de départ, de leurs conditions de vie et de leurs pratiques spatiales. Pendant le séjour, les étudiants originaires des pays du Nord (Amérique du Nord, Europe) sont beaucoup plus mobiles que les étudiants des pays du sud et émergents (Afrique, Asie). Cet article interroge les causes de ces disparités en montrant qu’elles ne sont pas seulement dues à l’inégale répartition des ressources sociales entre les étudiants mais qu’elles s’expliquent aussi par la signification que ceux-ci attribuent à leur migration pour études qui, selon l’importance des enjeux, ne produit pas les mêmes pratiques pendant le séjour.

Mots-clés

  • Étudiants internationaux
  • migration pour études
  • mobilités spatiales
  • contextes sociétaux
  • échelles de mobilité

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Eugénie Terrier
ATER Université de Nantes – IGARUN ; Doctorante Université de Rennes – RESO, site rennais de l’UMR ESO CNRS 6590 Place du Recteur Henri Le Moal Maison de la Recherche en Sciences Sociales 35043 Rennes Cedex
eugenie.terrier@univ-rennes2.fr
Mis en ligne sur Cairn.info le 15/02/2010
https://doi.org/10.3917/ag.670.0609
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