Accueil Revue Numéro Article

Annales. Histoire, Sciences Sociales

2004/5 (59e année)


ALERTES EMAIL - REVUE Annales. Histoire, Sciences Sociales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 1205 - 1259
1

Dans l’un de ses derniers textes, “ L’analyse avec fin et l’analyse sans fin ”, Freud écrit : “ Partons du fait que l’analyse ne réalise chez le névrosé rien d’autre que ce à quoi réussit l’homme sain sans cette aide ” et, quelques pages plus loin, il s’interroge : “ Mais en est-il vraiment ainsi ? Notre théorie ne revendique-t.elle justement pas l’instauration d’un état qui n’est jamais présent spontanément dans le moi et dont la création originale constitue la différence essentielle entre l’homme analysé et celui qui ne l’est pas ? ”

2

À la suite des débats des années 1960-1970 où l’intérêt de la clinique s’oriente vers les pathologies dites narcissiques (en y incluant les maladies psychosomatiques et les soi-disant cas limites, voire les psychoses), l’horizon de la psychopathologie analytique se transforme. Pour un grand nombre d’analystes, le curatif de la cure prend alors le pas sur les différences théoriques, un genre de syncrétisme technique s’instaure. Mais d’autres analystes restent réservés à l’égard de la notion de maladie, et tout autant vis-à-vis de celle d’ “ homme sain ”. Ils se sentent plus proches de la position que Freud a formulée assez tôt et avec l’ironie qui lui était propre : nécessité de se contenter, concernant la guérison, de penser que le gain est déjà grand si le malheur névrotique peut laisser place au malheur ordinaire.

3

Ainsi la réflexion sur les fonctions curatives de la psychanalyse occupe-t-elle notre champ pratique et théorique depuis l’origine bien que, durant longtemps, la question du processus ait principalement retenu l’attention. Il est toutefois inexact et injuste de sous-estimer l’importance qu’a toujours eue celle des indications et des frontières des applications thérapeutiques. Mais il est vrai que cette dernière question revient aujourd’hui avec plus de force. Elle continue d’être une question que nous devons nous adresser à nous-mêmes en raison même de l’extension et du développement de nos pratiques. De plus elle nous est aussi, dans le cadre général de la politique du soin, renvoyée comme une interpellation de l’extérieur.

4

Que signifie alors pour nous, aujourd’hui, le terme de cure ? Comment nous représentons-nous son action ? Quelles idées de la guérison, du changement et de la résistance au changement sont implicitement ou explicitement présentes dans nos pratiques ? Le but de la cure est-il toujours bien défini par l’accroissement de la capacité de travailler et d’aimer ? Avons-nous assez pris au sérieux la “ création originale ” d’un moi de l’homme analysé ?


Article précédent Pages 1205 - 1259
© 2010-2017 Cairn.info