CAIRN.INFO : Matières à réflexion

En décembre 2005, l’élection à la Présidence de la République en Bolivie d’Evo Morales, dirigeant syndical cultivateur de coca, a marqué un tournant. Élu sur la base d’un discours progressiste et la promesse d’une meilleure inclusion sociale et politique des classes populaires et des populations autochtones du pays, il a fait campagne contre le néolibéralisme et l’impérialisme nord-américain, remettant en cause publiquement les politiques et les nombreux accords de coopération internationale. Parmi ces derniers, la coca – feuille traditionnellement consommée dans les Andes par mastication et infusion mais également principal ingrédient pour la fabrication de chlorhydrate de cocaïne – occupait une place particulière. Au-delà des enjeux du contrôle des cultures et de la reconnaissance de la consommation de la feuille à l’échelle internationale , ce changement de gouvernement interrogeait l’aide portant sur les politiques dites de « développement alternatif ». Mises en œuvre dans les régions de production de coca pour dynamiser l’économie rurale et les cultures légales de substitution depuis le milieu des années 1970, ces politiques – principalement menées par les États-Unis – faisaient l’objet de nombreux conflits, car elles étaient conditionnées à l’éradication des cultures et accompagnées de mesures répressives qui bafouaient les droits humains . Dès la prise de fonction d’Evo Morales, ces politiques de développement ont effectivement été redessinées. Tout d’abord, le traditionnel partenaire étasunien a été évincé, laissant de fait le champ de la coopération internationale à l’Union européenne (UE), qui développait depuis une dizaine d’années des politiques de développement davantage respectueuses des populations locales …

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Cet article interroge les reconfigurations se jouant autour des politiques de développement dans la région productrice de coca du Tropique de Cochabamba, en Bolivie. À partir de 2006, les conflits locaux, l’alternance politique gouvernementale au niveau national et la transformation du cheminement de l’aide au niveau international ont abouti à une saisie du développement par leurs principaux bénéficiaires, les syndicats de cultivateurs de coca, largement favorables au parti au pouvoir. Cette appropriation corporatiste, soutenue par des mobilisations et stratégies d’investissement électoral depuis les années 1990, a permis aux syndicats de définir à la fois les modalités d’accès aux agences canalisant les fonds de l’aide internationale, mais également de distribuer la manne du développement selon des logiques partisanes et sectorielles. Bien que contraintes par les instruments financiers imposés par les bailleurs, ces politiques ne sont pas tant imposées d’en haut que retravaillées selon les visions propres au territoire dans lequel elles s’inscrivent.

  • coopération internationale
  • développement
  • culture de la coca
  • syndicats
  • Bolivie
Romain Busnel
Romain Busnel est docteur en science politique de l’Université de Lille et de l’Université de Montréal (cotutelle). Ses recherches portent sur le rapport aux activités illicites et à l’État dans une perspective comparée, qu’il a entreprises dans le cadre de sa thèse portant sur les cultivateurs de coca au Pérou et en Bolivie. Il travaille actuellement sur les usages et les réappropriations de la lutte anticorruption. Postdoctorant CNRS au CREDA (Paris 3-Sorbonne Nouvelle) sur le projet ANR « Lutter contre la corruption pour imposer les bonnes pratiques démocratiques en Amérique latine (CORRUPT-AL) », il a publié dans Critique Internationale, Cahiers des Amériques latines et Revista de Ciencia Política y Gobierno.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 19/09/2022
https://doi.org/10.4000/conflits.23870
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