CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Depuis plus d’une trentaine d’années, la participation des populations s’érige en principe dans les interventions de développement. L’« implication des populations », leur « adhésion », « l’appropriation » des projets, sont autant de termes incontournables dans le secteur (Chauveau 1994 ; Lavigne-Delville 2011). La mobilisation souvent abstraite de ces concepts laisse habituellement en suspens deux questions-clés : quelles sont les populations dont la participation est attendue, et quelles sont les modalités de cette participation. Surgi dans les années 1990, le peacebuilding est une stratégie d’intervention qui postule précisément la nécessité « d’impliquer les populations » en vue de promouvoir la paix dans les zones post-conflits. Ces deux questions (la participation de qui, et à quoi) sont souvent au cœur des problématiques dérivant des interventions liées au peacebuilding (Pouligny 2006 ; Donais 2009 : 11).
En Casamance, de nombreuses recherches se sont penchées sur le peacebuilding. Elles se sont surtout intéressées à la manière dont les outils narratifs du peacebuilding (la participation des populations, la mobilisation de la tradition pour la résolution des conflits) ont été instrumentalisés au profit d’enjeux symboliques, politiques et économiques, aussi bien par les bailleurs de fonds, les ong nationales et internationales, que par l’État ou le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (mfdc) (Beck & Foucher 2009 ; Marut 2009 ; Diédhiou 2013). Peu d’attention, en revanche, a été portée à l’expérimentation des projets par les populations elles-mêmes…

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La mobilisation de thématiques en vogue dans le secteur développementiste telles que le « peacebuilding », le développement durable et la gouvernance locale, est particulièrement attractive pour les bailleurs. La combinaison de ces énoncés dans les projets postule des engrenages de causes et d’effets parfois très incertains dans la pratique. Lors d’une intervention de peacebuilding dans une localité de Ziguinchor (Sénégal), les objectifs liés à la protection de l’environnement et à la gestion des conflits se sont révélés éminemment contradictoires. Le projet, destiné à la gestion des ressources naturelles et à la médiation des conflits a été à l’origine de violents affrontements entre les habitants du village de Toubacouta. Tandis que les ONG instigatrices assuraient vouloir « promouvoir le dialogue, la solidarité et la reconstruction du lien social », l’intervention a profondément exacerbé les tensions existantes.

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Alvar Jones Sánchez
Investigación Cultura y Desarrollo Social (INCYDES) ; Centre d’études afro-hispaniques, Université nationale d’enseignement à distance, Madrid, Espagne.
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Mis en ligne sur Cairn.info le 10/09/2020
https://doi.org/10.4000/etudesafricaines.31478
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